Bayonne, chronique municipale n°5 : Torpeur caniculaire

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Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

Lors de ce conseil municipal, aux rangs un peu clairsemés, 3 sujets ont émergé : l’officialité des langues basque et gasconne, le coût du stationnement et (comme sujet « cavalier » importé) le stand du EHKS aux Fêtes de Bayonne. Mais quand cette chronique est rédigée, une semaine après, on peut se demander ce qu’il reste de près de 4h de séance. Seul le stationnement fit controverse, et des points méritant débat furent effacés. La canicule a accentué la traditionnelle torpeur estivale.

Ecouter le CM : https://www.youtube.com/watch?v=XauxhOBTNq4

Les interventions évoquées dans le billet font référence au minutage de cette séance.

Canicule et adaptation au changement climatique

Le plus étonnant est sans doute le silence général sur la canicule, uniquement présente à travers la tenue vestimentaire des élu.e.s. Et l’enjeu de l’adaptation qui l’accompagne. Plusieurs délibérations à l’ordre du jour permettaient pourtant d’accrocher cet enjeu, notamment les questions budgétaires.

Canicule au conseil du 23 juillet

Il y aurait pourtant eu, du côté de la municipalité, matière à vanter son action matière de végétalisation et sa réactivité avec l’envoi des écoliers en surchauffe dans les locaux climatisés de l’AB Campus.

Du côté de l’opposition il y avait matière pour souligner le retard pris dans l’adaptation au réchauffement climatique, loin de l’autosatisfaction affichée par la municipalité dans son bilan du Plan de Transition Ecologique et Solidaire (PTES). Et de proposer un état des lieux, établi de manière contradictoire pour déboucher sur des propositions d’accélération de cette adaptation. Pourquoi pas une convention citoyenne ?

D’autres sujets méritaient débat, comme le règlement intérieur, actualisé tous les 6 ans. Peut-on démocratiser ce conseil municipal, malgré le caractère autocratique du maire? Le thème de la « gouvernance après » avait fait l’objet de nombreuses propositions de Bayonne en Mouvement pendant la campagne électorale. Cette bataille politique aurait pu être prolongée à cette occasion.

Dissolution d’Israël. Confusion totale.

Le premier sujet qui a marqué ce conseil a été glissé par Henri Etcheto en tout début de séance (9’) en commentaire d’une décision concernant l’occupation du domaine public par des stands à l’occasion des Fêtes de Bayonne. Il a commencé par réaffirmer son soutien au peuple palestinien, mais il s’est ému que le « Conseil socialiste » (branche d’EHKS en Iparalde) ait pu disposé d’un stand avec du matériel hostile à Israël. Selon lui, EHKS accompagne une « campagne honteuse » appelant à la destruction de l’État d’Israël, comme le maire a pu le constater lui-même lors des Fêtes de Pampelune. A Bayonne, le mot d’ordre est « édulcoré » avec l’appel à la dissolution d’Israël. « Une incitation à la haine qui n’a aucune place dans notre République, sur le territoire basque et dans notre ville ». Pour lui, refuser la dissolution d’Israël ne vaut pas soutien à la « politique épouvantable » du gouvernement israélien d’extrême-droite. Il déplore que la ville ait apporté sa caution (avec aussi les gains financiers de la buvette) à EHKS, et estime qu’il y a eu manque de vigilance.

Sollicité sur ce qu’il avait vu aux Fêtes de Pampelune, le maire a embrayé en racontant en détails sa réaction : il a a été choqué, dit-il, à la vue de la banderole (immense) « Destroy Israël ».

Puis il passe à un récit, plus descriptif que politique, de ses relations avec la branche jeunesse d’EHKS en Iparalde : il en a fait connaissance pendant l’été 2025 quand ils ont occupé le bâtiment de l’ancienne Atalante. Il les avaient rencontré et obtenu leur départ.

On apprend d’ailleurs au passage (15’43’’) que ce bâtiment est « aujourd’hui en ruine ». A l’époque, un rapport du COL sur l’état du lieu avait été annoncé pour l’automne 2025. S’il existe, il n’avait donné lieu à aucune communication. C’est une révélation importante.

Le groupe des jeunes d’EHKS est, par la suite, venu demander un stand et une buvette pour les Fêtes de Bayonne : accordé à la Poterne, mais de petite dimension. Il les a convoqués après ce qui s’était passé aux Fêtes de Pampelune, pour leur interdire une banderole semblable, sous la menace d’arrêter toutes les Fêtes (rien que ça). Il n’y a donc pas eu de banderole à leur stand.

Le maire a profité de cette discussion pour assumer la disparition cette année des drapeaux israélien et palestinien du Pont Saint Esprit. L’an passé, des « groupuscules extrémistes » lui avaient demandé d’enlever le drapeau israélien. Après son refus, ils avaient « lapidé » ce drapeau. Il avait alors, pour calmer les esprits, fait installer un drapeau palestinien. Cette année, il a annulé d’un même mouvement Israël et la Palestine…, au prétexte de ne pas créer de polémiques.

La banderole rue Marengo. Capture d’écran

En s’en tenant à un récit très factuel et lisse, mettant en avant la manière dont il avait contrôlé la situation, le maire a évité de réagir aux accusations de manque de vigilance Henri Etcheto.

Déborah Loupien-Suares (24’45’’) a pris ses distances avec le discours lisse du maire, menant la charge contre l’antisémitisme qui, selon elle, se cache derrière l’antisionisme, se référant aussi à l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble. Elle a été « choquée » par le stand d’EHKS à La Poterne. Elle signale aussi qu’une banderole rue Marengo appelant à la dissolution d’Israël avait du être enlevée.

Selon elle, la communauté juive à Bayonne a été inquiète de cette ambiance, et s’est sentie mise en danger, au point de se poser la question d’annuler un concert programmé à la synagogue (il a été maintenu).

Jean-Claude Iriart (29’) a tenu à exprimer son accord avec tout ce qu’Henri Etcheto avait dit.

Commentaires

Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, tel que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle.

Ce point du conseil municipal a donné lieu à des articles dans Sud Ouest et Mediabask, ainsi qu’une mise au point du collectif Baiona Palestinarekin, à l’initiative de la banderole. Ce collectif avait d’ailleurs déjà organisé fin juin une manifestation à Bayonne dont l’affiche comportait ce même slogan.

Cela vaut la peine d’y revenir dans un autre billet

Officialité des langues basque et gasconne

Ce point avait été reporté du précédent conseil municipal, suite à des doutes sur la conformité juridique avec la constitution qui institue le français comme langue de la République. Selon l’interprétation dominante, donner un statut officiel à d’autres langues mettrait en danger l’unicité de la République.

La fédération des acteurs de l’euskara, Euskal Konfederazioa, avait demandé avant les élections aux candidat.e.s de s’engager à reconnaître cette officialité. Ce qu’avaient fait à Bayonne tant le maire que les listes de Bayonne en Mouvement (Jean-Claude Iriart) et Bayonne tout simplement (Henri Etcheto). Les raisons et l’importance de ce vote pour la survie des langues basque (vulnérable selon l’UNESCO) et gasconne (en danger) ont été développés une nouvelle fois par Pantxo Etchegaray (31’), conseiller délégué à la politique linguistique et Jean Claude Iriart (34’30’’- 40’20’’).

Colette Capdevielle rappelé avoir fait ajouter des précisions concernant le gascon. Le maire (48’- 57’), dans un long plaidoyer, a développé les éléments juridiques pour défendre la compatibilité avec la constitution, qui a cependant besoin d’être modifiée. Il en a profité pour vanter son « courage politique ». Il a rappelé en particulier qu’il avait fait voter en 2018 une délibération semblable, non contestée par la Préfecture. Il proposera à la nouvelle CAPB de revoter un texte semblable.

Après ce débat consensuel, le vote a été unanime. Toutefois, sans avoir expliqué leur position, 3 élues ont refusé de participer au vote : Agnès Duhart, Sylvie Durruty et Déborah Loupien-Suares.

Mais ce délai de sécurisation juridique s’est avéré inutile : comme il l’avait fait pour une délibération de la ville de Sare juste avant, le Préfet a, dès le 30 juillet, déféré la délibération devant le tribunal administratif

Voir la réaction de bayonne en Mouvement :

https://www.facebook.com/search/top?q=baiona%20en%20mouvement

Actualité périscolaire

L’actualité s’est aussi imposée quand est venue en discussion une modification du règlement intérieur pour l’accès aux cantines scolaires. Il s’agissait de réserver les repas de midi aux enfants effectivement présents à l’école, pour éviter que des parents amènent leurs enfants à la cantine sans qu’ils assistent aux cours. Cette modification posait problème en elle-même : d’où venait cette pratique, en quoi était-elle abusive ?

Mais ce n’est pas ce qui a été débattu. L’actualité brûlante venait des cas de violences sexuelles envers les enfants dans des centres de loisirs. Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation et à l’enfance, qui présentait la délibération (1h36’), est rapidement passée à l’actualité en développant les précautions prises dans le périscolaire à Bayonne pour éviter des situations comme celles de Paris, Tarnos ou Biarritz, où des animateurs ont été mis en examen.

Elle a indiqué que la conception du dispositif périscolaire avait fait l’objet d’une réunion de travail début juillet avec la commission municipale élargie aux élu.e.s en responsabilité dans les écoles : appui sur un projet précis, critères de sélection des animateurs, qualification des responsables de sites, utilisation de divers fichiers judiciaires, sensibilisation aux gestes, langages et comportements, plate forme d’appel,…

Colette Capdevielle (1h42’) a abondé dans le même sens, en élargissant à la prise en charge nationale du sujet. « On va assister à une révolution culturelle dans les semaines à venir », avec une nouvelle loi en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat, qui concernera tous les secteurs où des adultes sont en contact, de toute sorte, avec des enfants. Cette loi institue un « certificat de contrôle d’honorabilité ». On part de l’enfant et de son environnement. Le certificat est vérifié tous les deux ans. « Une révolution » insiste-t-elle, « une loi terrible, très coercitive ». Tout en se félicitant que la ville de Bayonne prenne les devants, elle souligne que ni les diplômes ni l’expérience professionnelle ne sont des garanties suffisantes, ce qui nécessite d’aller plus loin dans la protection des enfants.

Stationnement au centre ville

Il était demandé aux élu.e.s « d’actualiser » la grille tarifaire du stationnement, comprendre augmenter le coût du stationnement. Loïc Corrégé (3h14), adjoint en charge de la question, a délivré en 1 minute toute la langue de bois de circonstance pour présenter la délibération : le stationnement comme levier pour faire évoluer de l’automobile vers les mobilités douces, objectif défini par le fameux PTES ; la grille tarifaire qui fait encore plus office de levier ; mais comme l’usage de la voiture reste important, la nouvelle grille tarifaire se doit de répondre « aux besoins (en stationnement) des résidents, des usagers pendulaires, des visiteurs et des chalands ».

D’emblée, Henri Etcheto (3h15) a annoncé que son groupe voterait contre cette grille, pour 3 raisons : l’augmentation des tarifs pour les résidents, le déploiement de nouvelles places gratuites pendant 30 minutes, et les nouveaux aménagements au détriment des résidents. Et de conclure « au final, les habitants du centre ville devront payer plus cher avec moins de places à leur disposition ». Ila a reproché à la municipalité de considérer le centre ville comme un centre commercial davantage que comme un lieu de résidence. On avait rarement entendu Henri Etcheto défendre les habitants du centre ville avec une telle vigueur…

Au passage, il a relevé l’hypocrisie de la politique municipale : pour réduire l’usage de la voiture, elle encourage le fait de faire ses courses en voiture en multipliant les places « 30 », ce qui, mécaniquement, augmente la possibilité de rotation des voitures sur une seule place et donc la circulation.

De manière plus surprenante, mais sans en tirer de conclusions concrètes, Henri Etcheto s’est lancé dans une violente dénonciation de la place accordée aux deux-roues motorisés par la ville : les places qui leur sont réservées voient leur nombre augmenter, et elles sont gratuites. Pour lui, motos et scooters sont « le pire » mode de déplacement, pour l’impact environnemental, la tranquillité publique et les risques sanitaires. En contre point, il a évoqué la manière dont les grandes villes s’attaquent au problème.

Pour sa part, Joé Mendes Monteiro (3h18) a relevé le caractère estival fréquent des augmentations. Il a déploré l’absence d’une tarification sociale pour le stationnement : encore une fois, la justice sociale est oubliée. D’autres villes savent marier justice sociale et écologie. Le groupe Bayonne en Mouvemen s’abstiendra.

Dans sa réponse, Loïc Corrégé a expliqué que les places « 30 » sont appréciées aussi des résidents, et qu’elles permettent de limiter les voitures « ventouses ». Puis le maire a vanté le succès populaire du tram-bus et la suppression de plusieurs centaines de place de stationnement en quelques années. Comme réponses à l’opposition, ce fut léger et à côté, comme toujours.

Vigilance. Le vilain petit canard s’incruste

On n’a pas pu ne pas remarquer, lors de ce conseil, l’interventionnisme de Pascal Lesellier, l’élu du RN. Il diversifie ses interventions et ne se contente pas de dénoncer tout ce qui concerne les quartiers populaires (politique de la ville, place des Gascons, soutien aux associations) « par souci des finances de la ville ».

Il se montre « constructif » en présentant un amendement (accepté par le maire !) en défense du gascon dans la déclaration sur les langues. Il plaide pour la géothermie au lieu de la filière bois pour le réseau de chaleur du Prissé (Laurence Hardouin et le maire doivent lui expliquer qu’il n’a rien compris). Il prend prétexte du budget supplémentaire sur les fêtes pour lancer un assaut contre le stand d’EHKS disant que que les organisations d’extrême-gauche prenaient les Fêtes en otage avec leur soutien à la Palestine et à l’ETA, pour dénoncer leur antisémitisme et souligner la mansuétude du maire à leur égard. Il termine son intervention en se réclamant de l’histoire de Bayonne et de Benjamin Gomez, fondateur des fêtes, dont il semble se proclamer l’héritier. Quand au soutien à l’Aviron bayonnais, il aurait préféré que cet argent aille à la rénovation des écoles…

Les réponses du maire oscillent entre l’indifférence, la pédagogie et l’ironie. Mais pas vraiment de politique. L’opposition de gauche réagit peu. Plusieurs élu.e.s sont venu.e.s en renfort quand Lesellier s’est attaqué au GIP-DSU pour expliquer les activités associatives ainsi financées. Et heureusement, Colette Capdevielle (3h01) a pris la mouche (vraiment politique) pour défendre les quartiers en politique de la ville et le GIP-DSU, reliant les critiques de Lesellier aux problématiques générales du RN.

On aurait tort de sous-estimer cette omniprésence de l’élu RN et la diversité de ses interventions. Il y a un combat politique à mener pied-à-pied.

Prochain conseil 15 octobre.

Patrick Petitjean, 3 août 2026

Raoul Vaneigem. Sous les pavés, la terre

Raoul Vaneigem : ce nom ne doit pas dire grand chose aux étudiant.e.s d’aujourd’hui. Il vient de mourir ce mardi 28 juillet, à 92 ans. Ecrivain et philosophe, il fit partie dans les années 1960 de l’Internationale situationniste, qui eut une inffluence importante dans les mouvements étudiants qui précédèrent 1968.

A l’instar « La Société du spectacle » (1967) de Guy Debord et « De la misère en milieu étudiant » (1966) de Mustapha Khayati, son essai « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » (1967) contribua à l’éclosion du mouvement de Mai 1968, même si ce corpus situationniste fut rapidement marginalisé dans l’ampleur sociale du mouvement. Si la lettre des écrits de cette époque a beaucoup vieilli, les intuitions de nombre de penseurs du début des années 1970 (comme André Gorz, Françoise d’Eaubonne, Pierre Samuel ou Alexandre Grothendieck) sur l’écologie, la société de consommation, la science, le militarisme,… sont plus que jamais d’actualité.

Raoul Vaneigem, qui appelait dès cette époque à une « insurrection de la vie quotidienne » contre le « règne de la survie » instaurée par la société marchande, a su percevoir la manière dont aujourd’hui se combinent les luttes pour l’habitabilité de la planète et contre le système capitaliste. Il était parfaitement en phase avec la ZAD de Notre-Dame des Landes. En témoigne l’entretien donné à Reporterre en 2022, et republié à l’occasion de sa mort :

https://reporterre.net/Raoul-Vaneigem-Contre-le-capitalisme-une-revolution-maraichere

Les idées de Raoul Vaneigeim sont vivantes aussi bien dans la problématique des « Soulèvements de la terre » que dans les mouvements des potagers militants.

https://lessoulevementsdelaterre.org

https://reporterre.net/Jardins-ouvriers-potagers-militants-jardiner-c-est-resister

Patrick Petitjean, 30 juillet 2026

Bayonne. Fuck la Corrida

Dimanche 26 juillet, aux Arènes de Bayonne, c’était l’avant-dernier concert de la tournée 2026 des 9 chanteurs et chanteuses de la Star Academy (TF1). Cela ne s’est pas passé comme attendu. La ville utilise le lieu, les Arènes, pour de nombreuses activités culturelles ou associatives. C’est une manière d’en neutraliser et banaliser la dimension toromachique. Juste retour des choses. 3 artistes ont boycotté le spectacles, et 2 autres s’en sont désolidarisés. Ambre Jadah, la gagnante de l’édition 2026 a fait retentir les Arènes d’un « Fuck la Corrida » sacrilège en ce lieu.

Ambre Jadah

Selon public.fr, Ambre Jadah est engagée pour le bien-être animal, et a tenu à prendre la parole entre deux prestations. Selon public.fr, « Organiser des corridas, mettre à mort des animaux, il y en a qui trouvent normal ça ici ?« , a-t-elle demandé à son public visiblement acquis à sa cause. « C’est la dernière fois que je viendrais chanter dans une salle pareille. Aussi, j’espère qu’un jour on pourra faire résonner autrement ce genre d’arènes et que surtout on arrêtera de maltraiter, de massacrer les animaux pour divertir l’humain et pour l’amuser« , a-t-elle ajouté avant de hurler dans son micro un « FUCK LA CORRIDA« .

Logo repris d’un site anarchiste

On peut voir un reportage sur cette soirée ici :

Melissa, Victor et Sarah sont les 3 artistes qui se sont désistés. Une 4e, Jeanne, a chanté, tout en dénonçant les corridas. La dernière séance de la Star Ac se déroule ce soir le 28 juillet dans le théâtre antique à Orange. Une autre culture.

Sud Ouest, du 28 juillet, fait raconter à une spectatrice, la prestation finale d’Ambre :

« C’était un très bon show qui a duré jusqu’à 23 h 30, témoigne Aline, 26 ans, venue assister au spectacle avec une amie qui ne rate pas une émission de la Star Ac. Le concert s’est déroulé normalement. Il y a simplement eu un moment où Ambre, la gagnante de cette saison, a rappelé qu’elle avait choisi de chanter ‘‘La Corrida’’ de Francis Cabrel lors d’un prime pour ses convictions anti-corrida. »

 » La jeune chanteuse a ensuite réalisé un sondage à l’applaudimètre pour mesurer les pros et antis. La foule était plutôt jeune, composée de pas mal d’enfants et parents, ou de jeunes adultes de 18 à 25 ans « Le public était plutôt contre mais il y avait aussi des défenseurs, souligne la spectatrice, elle même pas emballée par les spectacles taurins auxquels elle ne se rendra jamais. Ambre a fini par crier un « Fuck la corrida ! »« 

La rage d’Ugalde

Selon le même journal, Yves Ugalde, adjoint en charge des corridas, a réagi ainsi à cet épisode dans un post facebook : « Deux chanteurs membres de la Star Ac, colonie de vacances post-pubère qui terminait sa tournée ce dimanche soir aux arènes de Bayonne, ont exprimé hier soir sur scène leurs positions antitaurines. Et je passe sous silence les trois autres qui ont refusé les planches en apprenant – oh stupeur ! – qu’il y avait des corridas dans les arènes. Je pense vraiment qu’à ce stade d’ignorance de la destination des lieux publics, le mois d’août ne serait pas de trop pour les soumettre à quelques devoirs de vacances, ne serait-ce que pour qu’ils sachent qu’on fait du sport dans les stades ou que des chevaux courent dans les hippodromes. » « Le public a eu droit à une leçon de morale animaliste avec des phrases aussi fortes que ‘‘les animaux font partie de ma vie’’ – comme s’ils n’appartenaient pas à la nôtre ! – ou encore ce ‘‘Fuck la corrida !’’ dont la force de la licence poétique n’aura échappé à personne, regrette l’élu. J’avais à mes côtés une mamie qui avait toutes les difficultés du monde à traduire ‘‘Fuck’’ à sa petite-fille. Elles sont d’ailleurs parties sur le champ ces deux-là. »

Conseil municipal du 23 juillet. Yves Ugalde consulte son smartphone pendant que sa voisine Sylvie Durruty parle des finances municipales

Jeunes fans de corridas

Sans surprise, les insultes d’Ugalde ont été démultipliées en commentaires de sa page facebook, notamment de la part des « jeunes » de l’Union de l’Aficion bayonnaise (l’Union des Villes Taurines Françaises).

« Au-delà du ridicule de la mise en scène, c’est bien le fond qui pose problème. Ce que ces jeunes gens, propulsés par un télé-crochet, ont exprimé hier soir, ce n’est pas une « conviction éthique » : c’est un mépris de classe pour une culture qui ne demande rien d’autre que d’être vécue en paix, dans le respect de ses habitants. Venir donner des leçons de morale à une ville entière, sur sa propre terre, dans ses propres arènes, sans jamais avoir pris la peine de se renseigner avant de signer un contrat, ce n’est pas du courage. C’est de l’ignorance drapée dans la posture. Les sifflets du public ne trompent personne. Les Bayonnais n’ont pas à rougir de leur histoire ni de leur identité. Ils n’ont certainement pas de leçons à recevoir d’artistes de passage, biberonnés au buzz, qui découvrent une tradition multiséculaire à quelques minutes d’un concert. La culture taurine ne se négocie pas. Elle se respecte, ou l’on reste chez soi. »

Le 26 juillet ne restera peu-être pas dans la mémoire bayonnaise. Mais il est impossible de résister au plaisir procuté par cette interjection « Fuck la Corrida » dans ce lieu. Merci à Ambre et ses collègues.

D’autant plus que le même jour, un rassemblement anti-corrida s’est déroulé à Orthez.

Orthez, dimanche 26 juillet

Et, ce qui n’a rien à voir, le 26 juillet 1953, Fidel Castro et ses compagnons se lançaient à l’assaut de la caserne de la Moncada à La Havane. On s’en souvient encore. Fuck Batista (et Trump)

Patrick Petitjean, 28 juillet 2026

Droit d’asile : pas de justice dégradée et déshumanisante

Depuis le 1er juillet, les audiences de justice pour les personnes enfermées au Centre de rétention administratif (CRA) d’Hendaye droit d’asile se déroulent en visio, dans une nouvelle salle annexe du commissariat, à côté du CRA. Avocats, associations de défense des droits de l’homme et antiracistes se mobilisent contre cette réforme de Darmanin. Une centaine a manifesté devant cette salle de justice le 4 juillet. Cette réforme, qui est concomitante avec le « pacte sur l’asile » et la « directive retour » au niveau européen, marque une nouvelle détérioration du droit d’asile.

Une réforme déshumanisante

Le CRA est déjà une sorte d’annexe du commissariat, non loin de la gare d’Hendaye. Le bâtiment « annexe de justice », qui vient d’être construit, complète le complexe policier. Ce dispositif aggrave la confusion entre le ministère de la justice et le ministère de l’intérieur.

Chaque année, dans ce CRA, près de 300 personnes y sont « retenues » plus ou moins longtemps, 90 jours maximum, en attente d’une éventuelle expulsion, ou d’être relâchées. C’est un lieu de privation de liberté, une prison qui ne dit pas son nom. Au cours de ce séjour forcé, une personne est présentée devant différents juges, chargés de vérifier la régularité de leur rétention ainsi que de leur expulsion.

le bâtiment du CRA annexé au commissariat

Pour les promoteurs de la nouvelle loi, ces procédures sont trop lourdes et coûteuses : amener la personne d’Hendaye à Bayonne avec les policiers nécessaires, entretien avec un avocat, audience, attente de la décision. Une audience en visio à côté du CRA est supposée permettre de libérer du temps (oh combien précieux) policier, de simplifier l’exercice de la justice et de faire des économies.

Les personnes retenues seront donc face à un écran, loin des magistrats, interprètes et représentants de l’État. Aux avocats de choisir d’être d’un côté ou de l’autre de l’écran.

Cette nouvelle procédure déshumanise un peu plus les procédures liées à l’asile, alors que ces audiences peuvent bouleverser la vie des personnes retenues.

Le Syndicat des Avocats de France (SAF), la Cimade, le syndicat LAB et plusieurs associations de solidarité avec les personnes exilées se sont mobilisés contre la création d’une justice dégradée avec la systématisation des procédures en visioconférence. Les personnes exilées sont toujours un peu plus stigmatisées. Est-ce un terrain d’essai avant l’extension d’une visio-justice ?

Lors du rassemblement organisé contre cette pseudo justice, une avocate du SAF a témoigné de la manière dont s’étaient déroulés les premières visio-audiences.

Témoignage d’une avocate du SAF

Nous sommes réunis aujourd’hui face au centre de rétention administrative d’Hendaye, face à la nouvelle annexe de justice, qui sert à la mise en place des visios audiences, de manière systématique, pour toutes les personnes retenues au CRA d’Hendaye depuis le 1er juillet 2026.

Cette annexe de justice construite dans le seul but de mettre en place des visio-audiences est illégale, illégitime et ne devrait pas être utilisée.

Les vidéo audiences systématisées ne peuvent qu’aboutir à une rupture des droits des personnes retenues, à renforcer leur isolement et leur enfermement, à rendre plus difficile leur défense et le respect de leurs droits fondamentaux. (…)

Les premières audiences mises en place de cette semaine ont démontré qu’il existe une réelle rupture dans les droits de la défense des personnes retenues.

En effet, cette annexe de justice est gérée par le Ministère de l’intérieur, par des fonctionnaires de police. Eux décident seul, du droit d’entrée et de sortie des personnes à l’audience. Ce sont eux qui mettent en marche la visio, qui aident la personne retenue en cas de difficultés.

Encore eux qui donnent accès au scanner pour transmettre des documents au juge.

Aucun membre du Ministère de la justice n’est présent. L’interprète n’est pas aux côtés de la personne retenue. Ce n’est pas tolérable.

Certains avocats de barreau de Bayonne ont entamé une grève de défense massive afin de faire entendre la voix des personnes retenues.

Lors de l’audience de mercredi dernier, les fonctionnaires de police ont voulu empêcher certains avocats d’entrer à l’audience sous prétexte que la jauge de sécurité de l’annexe avait été dépassée. Ils ont également voulu fouiller leurs sacs. C’est illégal et inadmissible.

Lors de l’audience du vendredi 3 juillet, le juge a entravé la parole des avocats, en les coupant et leur précisant qu’ils n’avaient que 5 minutes pour plaider, pour défendre la personne retenue. L’audience n’a pas pu être publique. Certains ont été empêchés d’entrer.

En résumé : la personne retenue est en présence unique de policiers qui décident du fonctionnement de l’audience, de la publicité de l’audience, de l’assistance ou de l’absence d’assistance à la personne retenue.

L’audience est expéditive. L’avocat est entravé dans l’exercice de ses fonctions (…).

(extrait du témoignage lu le 4 juillet lors du rassemblement)

Disons non aux CRA.

Non à l’enfermement des personnes exilées.

Pour le respect des droits de tous les justiciables, y compris les personnes « sans-papiers ».

Non aux vidéo audiences systématisées !

Patrick Petitjean, 8 juillet 2026

Entre deux canicules à Bayonne, la destruction du jardin Brana ne passe pas

Le dimanche 21 juin

A l’heure du réchauffement climatique et de la canicule, le moins que l’on puise dire est que la destruction du jardin pédagogique Brana est à contre temps. La multiplication des lieux de fraîcheur est partout mise en avant pour y faire face, on parle de « renaturer » des espaces artificialisés, mais on envoie un tractopelle pour éraser un jardin pédagogique. C’est particulièrement malvenu. Cette affaire est, comme toujours, singulière, avec ses circonstances précises. Mais elle illustre aussi l’incompréhension générale de tous les enjeux environnementaux par les élu.e.s municipaux. En ce sens, il est impossible, pour les habitants engagés dans la défense du vivant, de tourner la page. Brana ne sera pas oublié.

Avant le passage du tractopelle
Le 21 juin. Le tractopelle était passé le 10 juin

La municipalité sur Brana : défausse, changement de projet et biodiversité

Au-delà du fait brut, à savoir la destruction du jardin pédagogique, le plus sidérant a été l’art de la défausse de la municipalité, c’est-à-dire de l’échelon politique. Après avoir reconnu une erreur, mais des agents de la ville. Une élégance digne de Darmanin renvoyant toute la responsabilité aux juges et procureurs dans l’affaire du meurtre de Lyhanna.

Dans le journal Sud-Ouest, il est revenu au directeur général des services d’expliquer : « Nous assumons pleinement. Un agent a pris une initiative non appropriée au regard de ce que sont les projets de la Ville pour ce jardin ». Et d’insister, ils auraient du intervenir le jeudi 11 juin, en présence de la directrice de l’école. Ils l’ont fait dès le mercredi 10, dans l’après-midi, ce qui ne peut être considéré comme une surprise : c’est le jour habituel des services pour intervenir dans les écoles.

Les services sont accusés de ne pas avoir compris les projets de la ville. Ce n’est pas très aimable de la part de leur hiérarchie. Mais, au contraire, ne les auraient-ils trop bien compris ? Faire place nette pour un nouveau projet, de jardin intergénérationnel cette fois ? Et donc « effacer » le jardin actuel  pour passer à autre chose ? Il n’est resté que quelques arbres fruitiers et la serre, au milieu d’une terre nue.

La serre qui subsiste au milieu d’un terrain érasé

Ce nouveau jardin doit être lancé dès la rentrée scolaire, avec un nouveau financement. Il s’agit bien de mettre fin à une expérience de 12 ans. Pendant les vacances scolaires, les résidents de l’EHPAD et des habitants voisins n’avaient pas attendu un nouveau projet pour entretenir le jardin pédagogique. Mettre fin : les services l’ont bien compris, même si « l’intervention a été plus « radicale » que prévue », en faisant table rase de l’existant.

Débris après le tractopelle

Il est revenu au directeur général chargé de la transition écologique de justifier, au final, la table rase avec une description presque apocalyptique du jardin : « Certains espaces étaient abandonnés depuis fin 2024. Par endroits, c’était même devenu totalement inadapté », a-t-il déclaré à Sud Ouest. Il décrit notamment des planches avec des clous apparents « où les enfants auraient pu se blesser ». « Certaines parties devaient être débroussaillées et d’autres préservées ». Comme on dit, qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage.

Fin 2024, le retrait du contrat aidé qui permettait à l’association Graines de Liberté de suivre de près ce jardin, a déstabilisé la gestion du site. Selon la municipalité, au printemps 2026, la décision avait été prise de « nettoyer le terrain », en accord avec la direction de l’école et l’association Bio Divers Cité, partenaire de la ville pour ce qui concerne les jardins partagés.

Derrière ces mots, affleure une vision des jardins (et de la nature) très réductrice, une nature domestiquée. « La nature avait repris ses droits » écrit significativement la journaliste de Sud Ouest. La jardins un peu fouillis contre des jardins remis en ordre. La biodiversité préfère les premiers. Comme elle aime les mauvaises herbes sur la voie publique, même si cela va à l’encontre du goût des agents municipaux des espaces verts pour le travail bien fait – et du désir des habitants pour la propreté des bas d’immeubles. Laisser vivre les mauvaises herbes. En la matière, l’acculturation des élu.e.s et srvices est à parfaire.

Au final, rien ne dit mieux que la photo ci-après sur le budget participatif, pour illustrer l’hypocrisie de la municipalité et le gâchis de l’argent public, de l’argent de nos impôts.

photo prise le 21 juin. Le panneau de com’ est resté devant le terrain érasé.

Ce qui a été détruit n’était pas seulement un jardin

Je voudrais reprendre ici les termes utilisés par Laurent, un des fondateurs de Graines de Liberté, médiateur du jardin Brana, et dont le contrat aidé est venu à expiration fin 2024, dans une lettre ouverte à la ville de Bayonne et à l’agglomération du Pays basque sur son facebook le 20 juin : https://www.facebook.com/laurent.bernays.

« Pendant plus de douze ans, ce jardin a été construit, animé et entretenu avec les enfants, les enseignants, les habitants, les bénévoles et de nombreux partenaires publics et privés. Des centaines d’élèves y ont découvert le jardinage, la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les principes de l’agroécologie.

Ce lieu n’était pas un simple espace vert. C’était un outil pédagogique vivant, reconnu et soutenu bien au-delà du quartier. Il a reçu plusieurs trophées et distinctions pour sa qualité, sa beauté et sa valeur éducative (…).

Aujourd’hui, il est question d’une enveloppe de 16 000 euros pour accompagner un nouveau projet.

Mais aucun financement ponctuel ne remplacera douze années de travail collectif.

Aucun chèque ne remplacera les arbres fruitiers arrivés à maturité, la richesse d’un sol vivant, la biodiversité installée, les milliers d’heures de bénévolat ni les apprentissages transmis aux enfants.

Il faut également rappeler qu’il y a encore quelques années, l’ensemble des partenaires publics et privés étaient mobilisés autour de l’idée de faire de ce lieu un pôle exemplaire de permaculture, d’agroécologie, d’éducation à l’environnement et de lien social.

C’était une mémoire collective, un savoir-faire, un lieu d’apprentissage et un symbole de ce que pouvait être une écologie concrète, populaire et partagée ».

Une écologie vide de contenu et de sens, sans vision

Comme toujours, entre la réalité de terrain et la communication, il y a un gouffre, sur l’écologie comme dans d’autres domaines. La lecture du journal municipal est édifiante pour cela.

Mais les ambitions affichées dans les documents municipaux – notamment dans le « Plan de Transition Ecologique et Sociale », ne sont pas de la simple communication. Si elles se traduisent de manière très insuffisante dans la réalité, c’est en raison de l’absence de contenu politique, avec une écologie squelettique, réduite à une suite de mesures techniques.

Comme le dit très bien Laurent dans sa lettre ouverte à propos de Brana :

« Ce qui a manqué, c’est une vision capable de considérer ces espaces comme des biens communs précieux.

Une vision capable d’intégrer pleinement les projets d’agriculture urbaine, d’agroécologie et d’éducation à l’environnement dans les politiques publiques locales.

Une vision capable de faire de Bayonne une ville nourricière, résiliente et exemplaire.

Bayonnaises, Bayonnais, les défis écologiques de notre époque nécessitent davantage que des discours et communication. Ils exigent une ambition à la hauteur des enjeux ».

Pour prolonger, il faut lire cet article du journal Reporterre qui permet d’élargir l’angle pour comprendre notre micro-climat bayonnais : jardiner, c’est résister. J’y reviendrai.

https://reporterre.net/Jardins-ouvriers-potagers-militants-jardiner-c-est-resister

Dans ce domaine comme dans d’autres, le portage politique est essentiel pour l’accompagnement des projets, avec continuité, partenariat et respect des acteurs de terrain, conviction et compréhension de ce qui se joue dans un simple jardinage. C’est ce qui a manqué à la ville de Bayonne dans le fiasco Brana.

Patrick Petitjean, 1er juin 2026

Bayonne. Ecole Jules Ferry. Passoire thermique et cour vitrine

En 2025/26, l’école Jules Ferry a eu les honneurs de la communication municipale pour la végétalisation de sa cour. Pour sa réélection en mars dernier le maire avait mis en avant l’exemplarité de cette opération. En cette période caniculaire, la triste réalité a contre-attaqué et, surprise, cette école figure parmi les 11 que le maire a du fermer, en tant que passoires thermiques. Venant quelques jours après la destruction du jardin pédagogique de l’Ecole Brana, cette dissonance éclaire la conception « écologique » du maire : tout est affaire de com’.

Et si l’école Jules Ferry s’affiche comme centenaire, parmi les 11 écoles fermées, il y en des récentes, comme l’école Simone Veil.

Exemplaire, la cour de Jules Ferry l’est sans doute : verdissement et recherche d’égalité dans les usages par les élèves. Mais… Si l’on compare avec le jardin pédagogique de Brana avent sa destruction, il y avait en arrière plan des visions différentes de la nature : une nature mise en ordre, disciplinée à Jules Ferry, et une part de nature sauvage plus à même d’accueillir la biodiversité à Brana.

La vétusté des bâtiments scolaires à Bayonne, est bien documentée. La question revient souvent lors des conseils municipaux, soulevée par les élu.e.s d’opposition. Des sommes sont inscrites dans les plans d’investissements, pour le futur, et pas vraiment à la hauteur. La priorité absolue était le musée Bonnat. Pour les écoles, en dehors de la nouvelle école du Prissé (évidemment indispensable), la priorité était la végétalisation de quelques (rares) cours d’école : cela donne lieu à de meilleures photos.

De ce point de vue, le jardin pédagogique de l’école Brana a connu le même traitement que la cour de l’école Jules Ferry. De nombreuses opérations de communication pour un excellent projet. Mais derrière : les réactions municipales à sa destruction témoignent d’une superficialité sidérante, d’une absence de vision sur les enjeux environnementaux. Et ne parlons pas de la question de l’adaptation.

Alors, la ville a un « merveilleux » plan de transition écologique et sociale, qui est évalué tous les ans dans un rapport sur le développement durable. Plus largement, les engagements financiers de la ville sont examinés annuellement dans un « budget vert ». Dans ces deux cas, c’est l’autosatisfaction : de nombreuses actions sont en cours ou déjà réalisées.

Mais la réalité, comme à Jules Ferry, est là pour renvoyer cette autosatisfaction à de l’enfumage.

Le retour à la réalité, ce sont aussi les arbres sur le boulevard Alsace-Lorraine. La ville a une magnifique (communication oblige) « Charte de l’arbre ». Mais sur ce boulevard, en particulier devant l’école Jules Ferry, il y a une douzaine d’emplacements vides, où les arbres ont été rasés sans être remplacés depuis des mois voire des années. Mais de l’autre côté des murs de l’école, on a une cour végétalisée exemplaire.

Que ce soit sur le versant biodiversité de la décarbonation ou sur l’adaptation au réchauffement climatique, les évènements de ces derniers jours à Bayonne ont fait craquer le vernis « écologique » de la politique municipale. Il faudra suivre aussi les choix budgétaires.

Patrick Petitjean, 23 juin 2026

Bayonne. Lapix en procès le 23 juin pour la mort de Mohamed Kichouhi en 2022


Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

La société Lapix va être jugée le 23 juin en tant que personne morale comme responsable de la l’effondrement d’une grue à Saint-Esprit, sur un chantier entre le quai Bergeret et le boulevard Alsace-Lorraine. La chute de la grue le 9 mars 2022 avait provoqué la mort du grutier, Mohamed Kichouhi. Les syndicats et le Collectif 22-Bergeret (riverains) ont organisé tous les ans un hommage au grutier décédé. Dès décembre 2022, l’expertise avait établi les responsabilités. Il a fallu 4 ans pour que le procès se tienne. Syndicats et collectif appellent à un rassemblement le 23 juin à 13h devant le tribunal de Bayonne.

la chute de la grue et les hommages à Mohamed Kichouhi

Le Collectif 22-Bergeret a été créé juste après la chute de la grue par des riverains, face à l’ampleur du drame pour la famille de Mohamed Kichouhi et à l’impact pour les habitant-e-s touché-e-s par l’effondrement ou témoins de l’accident. Un premier hommage a été organisé le 17 mars, une semaine après l’accident

Hommage le 17 mars 2022, 8 jours après l’accident

Ce chantier avait déjà attiré l’attention des riverains depuis le début des travaux, inquiétudes remontées à la mairie et aux deux opérateurs, Domofrance et le COL : irruption d’eau lors des travaux de terrassement, avec un ouvrier désemparé, seul sur le chantier ; persistance de la présence d’eau et pompage systématique, continu ; conditions et rythme de travail difficiles pour des ouvriers pataugeant dans un sol boueux ; changement de grue au dernier moment.

Le 8 mars, la grue était encore en train d’être montée.

photo prise la veille de l’accident depuis un immeuble voisin

Au matin du 9 mars, une grue achève d’être installée. Plusieurs personnes, témoins de proximité, la voyaient bouger, l’entendaient craquer. Mohamed Kichouhi, appelé en urgence pour remplacer le grutier normalement en poste, découvre un chantier très peu rassurant, vide de ses ouvriers.

Des riverains l’ont vu arriver sur la plateforme et monter dans la tour.

Quelques instants après, la grue tombe dans un grand fracas entrainant Mohamed dans une chute mortelle. La tour et la flèche de la grue s’écrasent sur l’appartement du 5ième étage du Carré Saint Esprit et en travers du Boulevard Alsace Lorraine, désert par chance à ce moment. Deux voitures sont endommagées et la façade de la charcuterie Aubard touchée.

Les propriétaires de l’appartement qui se trouvaient dans des pièces de part et d’autre de l’impact de la grue, sont miraculeusement saufs.

Chaque année, le Collectif et les syndicats (CGT construction, LAB, Solidaires, FSU) organisent un rassemblement en mémoire de Mohamed Kichouhi et en soutien à sa compagne, leurs deux enfants et l’ensemble de sa famille.

Après la chute le chantier a continué d’être envahi par l’eau de l’Adour. On voit dans la mare le reste du support qui a fait basculer la grue (photo de juin 2022). En mars 2023, des canards avaient squatté la mare

En 2023, entre 200 et 300 personnes se sont rassemblées et ont formé une chaîne humaine au travers du boulevard Alsace-Lorraine, pour matérialiser l’impact de la grue

Je me suis fait l’écho des rassemblements de 2024 et 2025 sur ce blog :

plaque pour l’hommagge de mars 2025

La responsabilité de Lapix, jugé pour homicide involontaire

Dès décembre 2022, le rapport d’expertise avait été communiqué aux victimes de l’accident. Sud Ouest, qui avait pu consulter ce rapport, en avait longuement présenté les conclusions le 5/12/22. Sans rentrer dans les détails techniques du rapport, ses conclusions étaient claires. Elles révélaient un défaut dans la réalisation des fondations : son basculement a pour origine une défaillance du béton dans une partie des fondations. L’expert souligne que la qualité du béton n’est pas en cause, et que le problème est à chercher dans un défaut d’exécution de certaines opérations.

Il avance deux hypothèses : « Soit le béton a été coulé dans l’eau, soit le béton frais a été envahi en partie basse avec les montées et descentes successives des niveaux d’eau des marées, l’empêchant de faire sa prise ». Est ici désignée l’influence de l’Adour voisin, soumis aux marées. L’expertise privilégie la seconde probabilité.

Le béton n’était pas au sec au moment où les fondations ont été posées. Il était imbibé d’eau en raison de la proximité de l’Adour, et le système de pompage s’est avéré inefficace (Sud Ouest, 16/06/26)

En ce qui concerne les responsabilités, l’expert avait souligné que Lapix était titulaire du marché des fondations et du gros œuvre du chantier. Si elle avait sous-traité à une autre entreprise, les factures ne faisaient pas apparaître l’opération défectueuse, qui n’entrait alors pas dans le marché de sous-traitance. Ses conclusions pointaient donc la responsabilité de Lapix.

L’enquête judiciaire a permis de confirmer cette expertise, y compris sa conclusion. Il a fallu pour cela plus de 4 années. Lapix, comme personne morale, et deux employés seront jugés le 23 juin pour homicide involontaire.

Une quinzaine de parties civiles seront présentes, parmi lesquelles la compagne de Mohamed Kichouhi, sa famille, et les syndicats.

Pour Robert Dannus, responsable de la fédération CGT du bâtiment 64, interrogé par Sud Ouest, « le scénario de cet accident est digne d’un mauvais film : il y a eu une accumulation d’erreurs et de manquements à tous les niveaux ». « En tant que professionnels du bâtiment, on a du mal à comprendre comment des gens aussi expérimentés ont pu faire autant d’erreurs. Ce type d’accident est rare en France, il fait penser à ceux qu’on peut voir plutôt sur des chantiers à l’étranger, quand il y a des problèmes de communication. Sur ce chantier, on a l’impression que les gens ne se parlaient pas et que les procédures n’ont pas été respectées », souligne-t-il.

Les syndicats et les accidents du travail

Ce n’était pas, loin de là, le seul accident de travail au Pays basque.

Lors du rassemblement le 9 mars 2024, dans la prise de parole commune des syndicats et du collectif 22-Bergeret, il avait été rappelé que chaque jour en France deux personnes meurent au travail. Une hausse de 14% en un an. C’est l’Etat d’Europe qui a le plus mauvais bilan avec 3,53 accidents mortels pour 100 000 travailleur·euses, d’après le service européen de statistiques Eurostat.

Depuis le début de l’année 2024, 17 personnes sont mortes au travail au Pays Basque Sud. Rappelons aussi qu’en 2023 au Pays Basque, 59 personnes ne sont pas rentrées vivantes du travail, dont 5 en Iparralde. Bien plus encore se blessent quotidiennement ou développent des maladies longues voire incurables. Les accident et morts au travail sont massifs mais invisibilisés. Les plus touché·es sont les ouvriers et ouvrières, les emplois peu qualifiés, de plus en plus les jeunes et les femmes.

Les syndicats se sont appuyés sur la date du 28 avril, la journée internationale pour la santé et la sécurité au travail, et sur le cas de Mohamed Kichouhi, pour faire prendre conscience de l’invisibilsation des accidents du travail.

Les syndicats et l’électrochoc du décès de Mohamed Kichouhi

Dès le 28 avril 2022, un rassemblement était organisé devant Lapix à Bayonne. Les syndicats ont entrepris la rédaction d’un guide, un « protocole » applicable à chaque accident grave ou mortel. Selon eux, la sensibilisation reste le meilleur moyen pour améliorer durablement la prévention en santé au travail dans les entreprises..

Publié à l’occasion du 28 avril 2025, il est devenu une référence. Le journal Le Monde s’en est fait l’écho, mettant en lumière l’accident de Mohamed Kichouhi

Selon le journal, le « protocole basque » a pour vocation à être distribué dans les entreprises et à essaimer dans d’autres régions. Il se donne pour mission de faire de la pédagogie sur le sujet en rendant visible les accidents. « Au Pays basque espagnol, les syndicats sont en avance sur ce sujet. Côté français, l’idée de faire du syndicalisme sur des morts, même à cause du travail, était vue comme problématique » (Enaut Aramendy, LAB). Le décès de Mohamed Kichoui a été un électrochoc qui a convaincu les 4 syndicats de discuter d’un mode d’action en commun

Le 28 avril 2026 encore, un rassemblement a eu lieu devant la mairie de Beyrie sur Joyeuse (Basse Navarre) après un accident mortel survenu le 30 mars.

Il n’est pas fréquent que la responsabilité d’une société soit mise en cause en tant que telle devant un tribunal, sans se limiter à des mises en cause individuelles d’employés.

C’est pour cela que le procès de Lapix, ce 23 juin, est important. Et c’est le sens du rassemblement appelé à 13h par les syndicats et le collectif 22-Bergeret.

Patrick Petitjean, 21 juin 2026

Les brebis rebelles occupent Marienia

Le 14 juin, un pas important a été effectué vers le retour des terres de Marienia à Cambo à leur vocation de terres agricoles. Un troupeau de « brebis rebelles » est arrivé sur le site il y a quelques jours. Et ce dimanche, en présence de 200 ou 300 manifestants, une bergerie démontable en bois a été installée pour accueillir le paysan et son troupeau. Les changements politiques survenus aux élections municipales en mars dernier peuvent conduire à l’abandon du projet Bouygues

Une longue histoire

Les mobilisations ont commencé dès 2009 contre la modification du PLU de Cambo qui rendait constructible ces terres agricoles. Bouygues, en coopération avec Office 64 pour la partie « sociale », y prévoyait 94 logements sur 3,5 ha – un chiffre actualisé en fonction de différents recours contre le PLU et contre les variantes du Permis de Construire accordé par la municipalité.

Tous ces recours ont été rejetés. Un seul et dernier appel est pendant devant le Conseil d’État.

5 associations portent aujourd’hui ces mobilisations pour pérenniser la fonction nourricière de ces terres : Lurzaindia, le syndicat ELB, le Cade, le collectif Ostia et Nahi Dugun Herria (élu.e.s abertzale à la mairie de Cambo). La défense de Marienia est devenue une lutte emblématique à l’échelle du Pays Basque, bien au-delà des organisations agricoles.

cortège le 22 octobre 2022

Le Piment bayonnais a régulièrement chroniqué les principales mobilisations

Samedi 25 mai 2024 à Cambo, un rassemblement pour la défense des terres agricoles a été organisé pour réaffirmer un engagement : s’opposer à l’artificialisation du plateau de Marienia. Ces 10h pour la défense des terres nourricières avaient débuté par des ateliers le matin et en début d’après-midi. Elles ont continué avec une déambulation de 300 personnes jusqu’au site. La journée s’est achevée par un concert.

En mai 2025, les manifestants ont prêté le « serment des makilas » en plantant des bâtons, en référence à ce qui s’était fait au Larzac en 1972 et à Notre-Dame des Landes en 2018. Un serment de revenir si Bouygues veut engager des travaux. Puis elles ont planté des pommes de terre, piments doux et courges pour concrétiser le mantien du catactère agricole du site.

La recolte des pommes de terre s’est faite en septembre 2025

Entre temps, une partie des légumes avaient été coupés ou arrachés. La riposte s’est faite par cla fabrication d’épouvantails.

Puis du blé avait été semé la mi-octobre, dans l’optique de la fabrication de pain. Mais le vandalisme des partisans de la bétonisation a alors augmenté d’un cran : « le champ de blé a été irrémédiablement ravagé par l’utilisation de produits toxiques et potentiellement rémanents, sans aucun respect ni pour la terre ni pour le travail des paysans. En tous les cas, cet acte malveillant est symboliquement proche de la politique de la terre brûlée utilisée par les vaincus qui préfèrent laisser derrière eux un champ de désolation. Il s’en est fallu de peu pour que les brebis présentes sur ce champ ne soient intoxiquées car le paysan avait prévu de leur ouvrir la parcelle de blé, conformément à une tradition ancestrale consistant à faire paître les brebis dans le blé à ce stade de maturité (tallage). » (Enbata, 27.04.26).

Tout change avec le résultat des municipales

En mars dernier, le projet a perdu son principal soutien politiques : le maire sortant de Cambo a été battu. Peio Etxeleku, le nouveau maire, est un des opposants de longue date à cette urbanisation. De même, Jean-René Etchegaray, qui cultivait l’ambiguïté (voir le billet référencé ci-dessus) a du laisser sa place de Président de la CAPB à Alain Iriart, opposant de longue date à ce projet. L’heure est donc aux négociations entre les parties prenantes : les prpriétaires, Bouygues, bénéficiaire de la promesse de vente, le maire de Cambo et le Président de la CAPB, en attendant que le futur PLUi concernant Cambo ne remettent ces terres en espace agricole.

La journée du 14 juin

En résonance, mais en décalage de quelques semaines avec les initiatives « fissurer le béton » (les Soulèvements de la Terre) et le Printemps des luttes fin mai, les 5 mouvements qui pilotent cette lutte ont organisé une journée symbolique de « retour des terres de Marienia à leur fonction nourricière » le dimanche 14 juin. L’objectif : installer une bergerie, démontable, en bois pour accueillir des brebis et un paysan.

Les jours précédents, des éléments de la structure avaient été préparés. Dès le 10 juin, une cinquantaine de brebis étaient arrivées sur le terrain.

Le 14 juin, le chantier a débuté dès 6h, et la structure, arrivée à 7h30, a rapidement pris forme.

Des éléments de la structure sont préparés sur place

A 11h, un débat est organisé sur l’avancement des luttes pour les terres et contre les différentes formes de bétonisation, avec l’association HELP (Bayonne, Lana et Piquessary), les collectifs contre la LGV et le projet e-cho, le syndicat ELB et le collectif Euskal Herria Bizkirik (Hegoalde).

A 13h, au moment des prises de parole des organisateurs, la bergerie avait pris forme, et on pouvait profiter de son ombre pour la pause repas.

La journée s’achève par un après-midi de musique, danse et chants.

Quant à elles, les brebis rebelles poursuivent l’occupation

Patrick Petitjean, 15 juin 2026

Bayonne, chronique municipale n°4 : Le maire a peur

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

Le conseil municipal du 4 juin avait 42 points à son ODJ. Il rapide, avec de la routine administrative et le Compte Financier Unique (l’ancien compte administratif / compte de gestion) comme point central. La Loutre d’Europe s’est, de manière sympathique, invitée au conseil, pour un bien nommé « havre de paix ». Un honneur bien mérité. La surprise est venue du dérapage sécuritaire du maire, qui a fait un pont entre les incidents qui avaient suivi la victoire du PSG lors de la finale de la coupe d’Europe de football, et les risques sécuritaire des Fêtes de Bayonne : « On a peur, on a peur » a-t-il répété, fustigeant « une jeunesse qui ne cherche qu’à foutre le bazar ».

La retransmission du conseil du 4 juin est ici : https://www.youtube.com/watch?v=Xgo_1vkKhE8

Les délibérations adoptées seront disponibles avec leurs annexes sur le site de la ville, cette semaine, en principe.

Confusion pour cause de précipitation

Ce conseil débute dans la confusion. La veille, le maire avait ajouté à l’ordre du jour une nouvelle délibération « reconnaissance officielle du basque et du gascon comme langues du territoire bayonnais et affirmation de la politique municipale de revitalisation linguistique ». Pas moins. Sans doute pour accrocher la communication municipale à l’actualité nationale sur les langues régionales. Il l’avait personnellement complétée et fait envoyer aux élu.e.s. Les retours (a-t-il dit) lui ont fait prendre conscience de difficultés juridiques mal maîtrisées, du besoin de clarification et de la nécessité d’une réunion préalable… Il a donc retiré de l’ODJ cette délibération aussi vite qu’il l’avait ajoutée, et l’a reportée au prochain conseil, fin juillet.

Machisme taurin

La confusion s’est poursuivie lors de la constitution des 6 commissions extramunicipales (20 longues minutes) où coexistent élu.e.s et citoyen.ne.s. La liste des membres a du être ajustée en séance du conseil, au regard des listes envoyées aux élu.e.s, après désistements et nouvelles candidatures.

Il s’est aussi avéré que l’appel à candidatures n’avait pas atteint les élu.e.s d’opposition. Et si Bayonne Tout Simplement a pu ajouter quelques noms en direct, Bayonne en Mouvement fera les siennes par la suite, ce qui conduira à un nouveau vote lors du prochain conseil.

Ces commissions sont en général des simulacres de participation citoyenne. Elles permettent souvent de gratifier des « fidèles », sans s’y réduire. La plus nombreuse, en même temps que significative, est la commission taurine. Sur la quarantaine de membres, il n’y a guère que 5 citoyennes. Corrida et machisme sont deux traditions archaïques inséparables, cultivées dans cette commission.

Fonds de dotation

C’est une délibération qui revient régulièrement dans les conseils. Elles sont toujours adoptées sans débat et à l’unanimité. Il ‘agit de conventions de mécénat entre des entreprises (ou particuliers), la ville, des associations et un « fonds de dotation » pour subventionner des initiatives culturelles (en majorité). Cela permet aux entreprises de bénéficier de réductions fiscales.

Yves Ugalde, l’adjoint à la culture, s’est félicité de l’augmentation de ces contributions, estimant qu’il s’agissait d’une « stratégie de communication intelligente » de la part des entreprises (en général des PME) : selon lui, cela se substitue aux tables VIP moins remplies lors des évènements. Il a plaidé pour le développement de ce système. On pourrait ajouter que c’est financièrement intéressant pour les entreprises. Et surtout que cela permet à la ville de piloter une partie des aides culturelles de manière opaque.

Ce système est-il profitable aux associations ? N’est-ce pas simplement un glissement d’une subvention directe (qui existait régulièrement pour des initiatives de quartier notamment) vers un système où le retour financier l’emporte… avec davantage de sélection par la ville ? Certaines associations sont inquiètes. Le Collectif des Associations Citoyennes organise le 16 juin une table ronde sur ce sujet à Paris. J’aurais l’occasion d’y revenir dans un billet spécifique d’ici quelques semaines

Honneur à la loutre d’Europe et aux Barthes de la Nive

Deux délibérations concernant la protection de la Loutre d’Europe et le système hydraulique des Barthes de la Nive ont été introduites par Lionel Sévilla, « conseiller délégué à la biodiversité, la ville nourricière et au projet de réserve naturelle nationale des Barthes de la Nive ».

Il s’agissait d’abord de la création d’un « havre de paix », avec la signature d’une convention avec la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM).

Une fois n’est pas coutume sur ce genre de sujet, la lecture aride et formelle de la délibération a été complétée par des explications détaillées sur le développement de la présence de cette espèce menacée (12 minutes). On peut écouter ce débat pédagogique entre les minutes 44 et 55 de la retransmission du conseil.

D’autres espèces protégées ont trouvé refuge dans les Barthes de la Nive, une zone humide qui s’étend sur 400 ha, au-delà de la plaine d’Ansot, jusqu’à Villefranque.

Une remarque quand même : Les aménagements voisins réagissent sur les zones naturelles sensibles comme la plaine d’Ansot, et leur biodiversité. Et ce, même si des couloirs écologiques subsistent. Pourquoi maintenir le projet d’urbanisation des domaines de Lana et Piquessary, avec plusieurs centaines de logements au voisinage immédiat de la plaine d’Ansot ?

Une seconde délibération concernait l’amélioration du réseau hydraulique. On peut trouver plus d’explications ici : https://actu.fr/nouvelle-aquitaine/bayonne_64102/pays-basque-un-enorme-chantier-va-etre-engage-au-coeur-de-ce-site-naturel-d-exception-cet-ete-voici-pourquoi_64359075.html

Accueil des forains pour les Fêtes

Une délibération est votée sans débat unanimement pour la mise à disposition de la Pièce Noyée (terrain appartenant à la CAPB) pour que les forains dont les installations sont présentes dans les Fêtes de Bayonne, et autres évènements de la ville. Jusqu’à présent, les forains devaient dormir sur leurs stands ou dans leurs voitures, faute de terrain adapté. Il s’agit de les « sortir de l’espace public », selon Yves Ugalde, adjoint aux évènements. Ce sera désormais interdit.

La Pièce noyée (vue partielle) en août 2024

Il a fait également une mise en garde : ce terrain serait complètement réservé aux forains participants aux Fêtes et donc interdit aux « voyageurs ». Il faut rappeler que l’aire d’accueil du chemin du Moulin de Pey, a été fermée suite à l’annulation de la DUP du Préfet en décembre dernier. Et que la ville ne respecte pas ses obligation en matière d’accueil des voyageurs.

CFU et budget vert

Cela occupe presque la moitié du conseil. La première délibération concerne le « compte fiscal unique » (CFU) qui met en chiffres l’exécution réelle du budget de l’année précédente, 2025. La 2e délibération concerne son annexe, dite «  budget vert », qui vise à analyser ces chiffres en fonction de leur pertinence quand à la transition énergétique. Deux autres concernent les CFU pour les budgets annexes, stationnement et Fêtes traditionnelles / temporada. La séquence se termine peu après le « j’ai peur » (bis).

Avant même la présentation du budget vert, David Ospital se saisit du CFU pour mettre les pieds dans le concret de la canicule qui vient de sévir. Il souligne le retard dans l’adaptation, principalement des écoles, quant aux effets des fortes chaleurs. Il demande une planification claire et ambitieuse pour 2026, ce qui n’apparaît pas dans le CFU 2025. Laurence Hardouin, maire adjointe en charge de la transition, puis Jean-René Etchegaray, répondent en mettant en avant l’importance (selon eux) de l’arrachage de béton, notamment dans les cours d’école, l’achat d’une centaine de rafraîchisseurs.

Une ou deux écoles comme vitrine, et les brumisateurs de la place de la Liberté font-ils vraiment une politique offensive d’adaptation au changement climatique ? Il faut dire aussi que le maire s’est approprié, pour faire consistance, les rénovations thermiques faites par HSA dans ses HLM.

En ce qui concerne le budget vert, Laurence Hardouin le présente comme un moyen de prioriser les dépenses. Selon l’analyse faite, 70 % du budget serait tourné vers la transition. Et 52 % des investissements ont un « impact positif ». Elle souligne la progression du pourcentage des investissements avec impact favorable, voire très favorable, ce qui est le cas notamment de la Médiathèque et du Musée Bonnat.

Pour Bayonne en Mouvement, Jean-Claude Iriart souligne plusieurs points : l’obligation du budget vert concerne le budget principal et ses annexes, ce qui n’est pas fait. Un filtre « impact sur la biodiversité » est aussi obligatoire, mais n’a pas été fait. Il y a décalage entre les 70 % du budget tourné vers la transition, et le fait que seul 14 % des investissements figurant au CFU ont eu un ilact favorable. Il soulève aussi l’exemple d’une association dont le budget entier est pris en compte dans les 70 %, alors que le volet environnemental de son action est très secondaire.

Laurence Hardouin ne répond que sur le décalage des chiffres, même si « elle ne les a pas tous en tête » : selon elle, cela vient des critères différents utilisés. Elle cite l’exemple du verdissement de la flotte automobile municipale, qui entre dans les 70 %, mais comme il peut s’agir de véhicules thermiques (même verdis), ils ne sont pas pris en compte comme investissement favorable.

Une ambigüité sur les chiffres qui fait écho à la proposition faite par Jean-Claude Iriart dans la seconde partie de son intervention : le budget vert prendra de plus en plus d’importance, et va devoir s’élargir à l’adaptation climatique, la biodiverdsité, l’économie circulaire, la prévention des polluttions.. Se pose la question de se limiter à en faire un outil technique de reporting et de communication (voir les décalages remarqués ci-dessus), ou bien, ce qui a bien sûr sa préférence, un outil de pilotage. Il propose donc un « comité de pilotage » du budget vert où figurent des élu.e.s de toute sensibilité.

Sur cette proposition, c’est Etchegaray qui répond directement plutôt que Hardouin : pourquoi pas, mais il se défausse en renvoyant à une discussion lors de la commission municipale compétente.

La jeunesse ne cherche qu’à foutre le bazar. On a peur, on a peur.

L’occasion de la présentation du CFU pour le budget annexe « fêtes traditionnelles et temporada » donne lieu à des passes d’armes entre Joe Mendes et le maire ou Sylvie Durruty concernant le coût du dispositif des fêtes payantes, en raison de chiffres contradictoires entre 2024 et 2025, malgré l’affirmation d’une stabilité (finalement, en fin de la séquence, Durruty renvoie à un changement du mode de calcul…).

Mais c’est un long plaidoyer du maire (qu’on peut écouter entre 2h09 et 2h19 dans la retransmission) en faveur du bracelet payant qui a marqué cette partie. Le coût des Fêtes avoisine les 4 millions d’€, et on ne peut demander aux Bayonnais d’en payer l’intégralité, alors que les participants viennent en grande majorité de l’extérieur de la ville. C’est un modèle économique qui assure la pérennité des Fêtes. Près de 3 M€ sont consacrés à la sécurité. C’est ce que couvre le bracelet. 4 compagnies de CRS et entre 400 et 600 agents de sécurité privée. Etchegaray le rappelle, « on a eu des drames ! »

Peut-être justement qu’il faut questionner ce modèle des Fêtes, qui n’est pas seulement économique, et qui débouche sur une fuite en avant sécuritaire. Comment peut-on défendre un modèle où le contenu même passe au second plan ? Sans parler de la place des traditions basques versus la « disneylandisation touristique ». Les évolution des deux dernières années ont conduit à moins de participation, et c’est heureux, et davantage (un peu) de sécurité. Mais ce ne sont que des pansements superficiels qui ne traitent pas le problème de fond de ces Fêtes.

A partir de là (2h14’40’’), Etchegaray se lance dans un discours tout-sécuritaire : sa responsabilité de maire, les drames passés, les risques courus, un casse-tête sans nom. Et il se branche sur l’actualité : « On ne sait jamais comment cela va se passer. Quand on voit ces drames intervenus après le foot, cette folie qui finit par gagner une forme de jeunesse qui ne cherche qu’une chose de foutre le bazar ». Suit une incise, sans autre relation avec le sujet discuté que d’accentuer le discours dramatisant : le jet (sans dégâts) de cocktails Molotov devant la sous-préfecture la nuit précédente. Et la péroraison (2h15’54’’) : « on n’est à l’abri de rien. Quand on permet un spot devant la mairie qui va rassembler beaucoup de monde, on a peur, on a peur ». On se serait cru sur CNews.

Etchegaray a peur à cet instant (2h 16′ 25 »)

Il conclue en justifiant les fouilles systématiques : les gens viennent car ils sont rassurés. Les Fêtes restent un exutoire, mais surtout une magnifique tradition et un moment de partage.

46 quai Bergeret

Les anciens locaux du SDIS au 46 quai Bergeret sont désormais inoccupés. Ils se composent de dégagements, de 3 bureaux, d’une salle de réunion, d’une salle d’attente, d’un hall d’entrée, d’un

porche, d’une salle d’accueil, de 2 dortoirs, 4 WC, 2 sanitaires et 3 garages. La ville se propose de les racheter à la CAPB pour en faire un centre d’hébergement d’urgence provisoire. Par exemple pour accueillir rapidement les habitants victimes d’un incendie.

Une délibération bienvenue. Il y a une insuffisance de logements d’urgence pérennes à Bayonne, 6 seulement, dont 2 vacants, mais qui ne sont pas disponibles « à la minute ».

Maison des syndicats

Le « centre de réunion de Sainte Ursule » (terminologie officielle) fait principalement office de Maison des Syndicats. Il va avoir un nouveau règlement général de fonctionnement, qui doit entrer en vigueur le 8 juin selon un arrêté du maire en cours de publication sur le site. Le conseil municipal doit voter les nouvelles conventions de mise à disposition gratuite de locaux pour les différentes organisations syndicales ainsi que pour la FNACA. Il faut souligné par ailleurs que les locaux actuels sont très insuffisants.

Comme Bayonne en Mouvement l’avait souligné pendant la campagne électorale, cette « Maison des syndicats » est indigne d’une ville qui s’enorgueillit de son nombre d’emplois et de son dynamisme. On peut comparer les locaux de la CCI et ceux des syndicats. Bayonne a besoin d’une véritable Bourse du travail.

Le RN

Loin d’être silencieux, le conseiller municipal du RN, Pascal Lesellier, prend régulièrement la parole et adapte au contexte local les rengaines et obsessions de son parti : mise en cause des volets sociaux de la transition, défense des propriétaires contre la mesure de compensation (meublés touristiques), mise en cause du code de l’environnement trop contraignant (à propos du budget vert) par exemple. Ses interventions sont ignorées, sauf quelques piques du maire.

La Maison des syndicats ne pouvait échapper à son courroux contre les syndicats « politisés », qui se permettent d’attaquer un parti politique, qui touchent des subventions de l’État et des entreprises. Il est contre la gratuité pour les syndicats. Il vote contre la délibération (sauf pour la FNCA précise-t-il). Une diatribe qui est conforme aux politiques des municipalités RN contre les bourses du travail et les syndicats.

C’est tout, et c’est beaucoup pour un conseil relativement court (moins de 3h). RV pour le suivant, le 23 juillet

Patrick Petitjean, le 8 juin 2026

Bayonne : Pinède (Sequé) : urbanisation abandonnée ? Ecole envolée ?

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Pour assurer une « continuité d’urbanisation » entre les quartiers Arrousets et Sequé, nos élus et urbanistes municipaux avaient imaginé un nouveau quartier, baptisé « Pinède ». Il dormait depuis longtemps dans les cartons. Il avait fait surface en 2011 à l’occasion des premières constructions au Sequé 1. Puis, on le retrouve dans une délibération du conseil municipal de 2021, pour majorer la taxe d’équipement, avec son périmètre et le nombre de logements prévus pour construire une école. Il a été étudié comme secteur de projet dans le cadre du PLUi (enquête publique à venir). Conclusion : il devient une zone agricole. L’école s’est-elle évaporée ?

Un projet du temps de Jean Grenet

En 2011, ce sont les premières livraisons de l’opération Sequé 1. Le maire de l’époque communique autour du succès de l’opération, de la réussite des ventes… et des projets à venir. Il se confie au journal Sud Ouest du 12.9.2011. Pierre Pénin s’en fait l’écho. On peut lire :

Pinède après le Séqué

La main du public permet ces prix compétitifs pour la région. La Ville de Bayonne a acheté le foncier à des prix inférieurs à ceux du marché et les revend aux privés sans réaliser de plus value, sous conditions. Dont le plafonnement des prix de vente. « C’est le principe de la ZAC publique », appuie Jean Grenet, le premier magistrat.

Le même montage guidera un futur projet sur la rive droite de Bayonne : celui du quartier Pinède. À la différence du Séqué, c’est l’Agglomération Côte basque Adour qui achètera les terrains. « C’était déjà elle qui avait acquis ceux du quartier Arrousets », rappelle le maire. 11 hectares, pour la plupart plantés de maïs, ouvrent des perspectivescomparables au Séqué (14 hectares pour 625 logements au terme d’une deuxième phase).

Le futur quartier Pinède, lui aussi soucieux des normes environnementales, sera notamment équipé d’une crèche halte-garderie. « Un emplacement est déjà bloqué sur ce principe. Les acquisitions vont commencer. Après Arrousets, Pinède suivra le Séqué. » Pour ce dernier, la Sepa lancera dans les quatre mois des « appels à projets » à l’intention des promoteurs, afin de réaliser les logements de la deuxième phase de travaux.

photo extraite du dossier PLUi

Pour mémoire, Jean-René Etchegaray était l’adjoint à l’urbanisme de Jean Grenet de 1995 à 2008.

Interrogé sur l’existence d’un projet « Pinède » en 2023 ou 2024 lors d’une réunion publique au Sequé, l’adjoint à l’urbanisme, Alain Lacassagne dément. Pourtant, en 2021…

La délibération de 2021

Le 22 juillet 2021, le conseil municipal adopte une délibération majorant la taxe d’quipement dans les secteurs « Pinède-Sequé ». Une carte montre le périmètre des 3 secteurs concernés, Sequé 3, Sequé 4 et Pinède, sans que le détail des parcelles concernées en soit précisé.

Le principe est simple – et louable : faire payer des équipements publics aux futurs habitants de quartiers en voie d’urbanisation. Une délibération semblable avait été prise en juillet 2024 pour les quartiers Citadelle et Laharie. Voir le billet de l’époque :

Dans les deux cas, c’est la construction d’une école qui est au coeur des besoins en financement des équipements publics. Quelle que part, on comprend que pour attirer de nouveaux clients, les promoteurs ont besoin de montrer que les voiries, les établissements scolaires, seront à la hauteur.

Pour justifier l’école, il est annoncé 690 nouveaux logements, avec les 2/3 de leur surface sur le marché libre. Connaissant les nombres déjà affichés pour le Sequé 3 (190) et le Sequé 4 (269), cela en laisse 231 pour Pinède. L’école doit servir pour ces 3 quartiers, en attente d’autorisation d’urbanisme, en même temps que les quartiers déjà construits, Sequé 1 et 2, et Arrousets.

Une école serpent de mer

La construction d’une nouvelle école pour les quartiers du Sequé et d’Arrousets est une promesse électorale récurrente, au moins depuis 2014. Si son financement (partiel) ressort de la délibération de 2021, sa localisation n’a jamis été précisée, à moins d’avoir voulu la situer dans les futur quartier Pinède.

Cette année, elle est revenue à la une du programme du candidat Etchegaray. Elle figure maintenant dans le plan quinquennal d’investissement 2026-2030 (opérations engagées ou programmées) tel que présenté dans les orientations budgétaires lors du conseil municipal le 9 avril 2026. Mais elle ne figure pas au budget 2026 voté le 30 avril Cette absence a été relevée par Henri Etcheto ; il lui fut répondu que cela viendra dans les budgets suivants.

Mais la question de la localisation reste un mystère. Pinède est devenue une zone agricole. Dans tout l’Est de l’autoroute, il n’y a aucun emplacement réservé au PLUi pour un équipement public. Si l’on regarde le zonage de ces quartiers, il ne semble pas y avoir de nouvelles opérations d’urbanisme. Il n’y a pas de parcelles répertoriée comme 5c, pour équipement public… sauf celle du centre de loisirs « moulin d’Arrousets » déjà existant. L’école désirée va-t-elle se substituer au centre de loisirs ? C’est une idée fumeuse qui avait circulé pendant la campagne électorale…

Au PLUi en 2026

Dans le projet de PLUi, pour lequel l’enquête publique est à venir sous peu, des « secteurs de projet » ont été définis dans les 5 villes concernées, pour de potentiels développement de l’urbanisation. Parmi ceux de Bayonne, le secteur Pinède (aussi appelé Lartigaou) y figure sous la nomenclature BAY08.

photo dossier PLUi

Il s’étend sur 6,7 ha au Nord-Est des chemins Pinède et Sanguinat à partir du carrefour avec le chemin du Grand basque (qui franchit l’autoroute et débouche sur la D810).

Son périmètre comprend celui de la carte fournie au conseil municipal en 2021 plus une excroissance au nord du carrefour, pour prendre en compte un site industriel.

photo PPJ le 2.6.26

Dans le PLU actuel (2009), hormis l’excroissance urbanisée, le secteur est en zone dite 2AU, c’est-à-dire à urbaniser à moyen terme. Autrement dit, il était considéré comme une réserve foncière, ce qui est raccord avec les déclarations de Jean Grenet en 2011.

Zonage PLU actuel. Depuis, la zone 1AUys au nord a été convertie en logements : le Sequé 4

Pinède-Lartigaou fait partie des secteurs étudiés. Une première évaluation porte sur les critères favorables ou défavorables pour une éventuelle urbanisation. Elle estime les niveaux d’enjeux par thème du secteur : milieux naturels, agriculture, paysage, patrimoine, risques, eau, bruit, assainissement, accessibilité. Elle vise à hiérarchiser les différents secteurs de projet extension en fonction de leurs incidences environnementales. On trouve cette étude pp.54-55 de la délibération suivante du conseil communautaire du 21 juin 2025 :

OJ 16 PLUI CBA 1_RP_Livret4_EvalEnviro_Annexe_DocTravail_AnalyseSecteursExtension

Ce secteur était considéré comme suffisamment important pour faire l’objet d’une étude complémentaire « Description des habitats et de la flore rencontrés » sur le site qui se conclut par les ERC (Eviter, Réduire, Compenser) à faire. On la trouve pp.47-52 de la délibération

OJ 16 PLUI CBA 1_RP_Livret4_EvalEnviro_Annexe_InventairesEcologiques

La conclusion des études semble être l’abandon de ce projet d’urbanisation, par la proposition de classement du secteur en zone agricole. A plus forte raison, Pinède-Lartigaou ne figure pas dans la liste des OAP.

extrait PLUi à venir. En jaune clair : Agricole. En rouge hachuré : A construire, Sequé 3 et 4. En vert clair : Naturelle

Tout le secteur est classé en A. Pourquoi « agricole » et non « naturelle » ? Ce n’est pas évident, d’après la carte BAY08 figurant plus haut dans ce billet. A cause de déclivités moins importantes que dans le voisinage ? A cause des propriétaires ? A cause des deux petites prairies au sud et au nord de la zone ?

Photo PPJ, 2.6.26
Extrait dossier PLUi

Le Sequé 3 est en cours de commercialisation. On peut se demander si les acheteurs ne l’ont pas un peu mauvaise d’avoir une taxe d’aménagement augmentée pour une école évaporée. Mais c’est bon pour les finances de la ville.

Le Sequé 3 en travaux. Photo PPJ 2.6.26. Carrefour des chemins Pinède et Loustaounaou.

Ce secteur fait partie des reclassements des zones à construire du PLU (2AU principalement) vers des zones A ou N dans le PLUi. Merci la loi « Zéro Artificialisation Net » (ZAN). Il y en a plusieurs, même si la surface totale concernée est moins significative que ne le laisse à penser la communication d’Etchegaray. L’artificialisation se poursuit. J’aurai l’occasion d’y revenir lorsque le PLUi viendra à enquête publique.

Patrick Petitjean, 4 juin 2026