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Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire
Lors de ce conseil municipal, aux rangs un peu clairsemés, 3 sujets ont émergé : l’officialité des langues basque et gasconne, le coût du stationnement et (comme sujet « cavalier » importé) le stand du EHKS aux Fêtes de Bayonne. Mais quand cette chronique est rédigée, une semaine après, on peut se demander ce qu’il reste de près de 4h de séance. Seul le stationnement fit controverse, et des points méritant débat furent effacés. La canicule a accentué la traditionnelle torpeur estivale.
Ecouter le CM : https://www.youtube.com/watch?v=XauxhOBTNq4
Les interventions évoquées dans le billet font référence au minutage de cette séance.
Canicule et adaptation au changement climatique
Le plus étonnant est sans doute le silence général sur la canicule, uniquement présente à travers la tenue vestimentaire des élu.e.s. Et l’enjeu de l’adaptation qui l’accompagne. Plusieurs délibérations à l’ordre du jour permettaient pourtant d’accrocher cet enjeu, notamment les questions budgétaires.

Il y aurait pourtant eu, du côté de la municipalité, matière à vanter son action matière de végétalisation et sa réactivité avec l’envoi des écoliers en surchauffe dans les locaux climatisés de l’AB Campus.
Du côté de l’opposition il y avait matière pour souligner le retard pris dans l’adaptation au réchauffement climatique, loin de l’autosatisfaction affichée par la municipalité dans son bilan du Plan de Transition Ecologique et Solidaire (PTES). Et de proposer un état des lieux, établi de manière contradictoire pour déboucher sur des propositions d’accélération de cette adaptation. Pourquoi pas une convention citoyenne ?
D’autres sujets méritaient débat, comme le règlement intérieur, actualisé tous les 6 ans. Peut-on démocratiser ce conseil municipal, malgré le caractère autocratique du maire? Le thème de la « gouvernance après » avait fait l’objet de nombreuses propositions de Bayonne en Mouvement pendant la campagne électorale. Cette bataille politique aurait pu être prolongée à cette occasion.
Dissolution d’Israël. Confusion totale.
Le premier sujet qui a marqué ce conseil a été glissé par Henri Etcheto en tout début de séance (9’) en commentaire d’une décision concernant l’occupation du domaine public par des stands à l’occasion des Fêtes de Bayonne. Il a commencé par réaffirmer son soutien au peuple palestinien, mais il s’est ému que le « Conseil socialiste » (branche d’EHKS en Iparalde) ait pu disposé d’un stand avec du matériel hostile à Israël. Selon lui, EHKS accompagne une « campagne honteuse » appelant à la destruction de l’État d’Israël, comme le maire a pu le constater lui-même lors des Fêtes de Pampelune. A Bayonne, le mot d’ordre est « édulcoré » avec l’appel à la dissolution d’Israël. « Une incitation à la haine qui n’a aucune place dans notre République, sur le territoire basque et dans notre ville ». Pour lui, refuser la dissolution d’Israël ne vaut pas soutien à la « politique épouvantable » du gouvernement israélien d’extrême-droite. Il déplore que la ville ait apporté sa caution (avec aussi les gains financiers de la buvette) à EHKS, et estime qu’il y a eu manque de vigilance.
Sollicité sur ce qu’il avait vu aux Fêtes de Pampelune, le maire a embrayé en racontant en détails sa réaction : il a a été choqué, dit-il, à la vue de la banderole (immense) « Destroy Israël ».
Puis il passe à un récit, plus descriptif que politique, de ses relations avec la branche jeunesse d’EHKS en Iparalde : il en a fait connaissance pendant l’été 2025 quand ils ont occupé le bâtiment de l’ancienne Atalante. Il les avaient rencontré et obtenu leur départ.
On apprend d’ailleurs au passage (15’43’’) que ce bâtiment est « aujourd’hui en ruine ». A l’époque, un rapport du COL sur l’état du lieu avait été annoncé pour l’automne 2025. S’il existe, il n’avait donné lieu à aucune communication. C’est une révélation importante.
Le groupe des jeunes d’EHKS est, par la suite, venu demander un stand et une buvette pour les Fêtes de Bayonne : accordé à la Poterne, mais de petite dimension. Il les a convoqués après ce qui s’était passé aux Fêtes de Pampelune, pour leur interdire une banderole semblable, sous la menace d’arrêter toutes les Fêtes (rien que ça). Il n’y a donc pas eu de banderole à leur stand.
Le maire a profité de cette discussion pour assumer la disparition cette année des drapeaux israélien et palestinien du Pont Saint Esprit. L’an passé, des « groupuscules extrémistes » lui avaient demandé d’enlever le drapeau israélien. Après son refus, ils avaient « lapidé » ce drapeau. Il avait alors, pour calmer les esprits, fait installer un drapeau palestinien. Cette année, il a annulé d’un même mouvement Israël et la Palestine…, au prétexte de ne pas créer de polémiques.

En s’en tenant à un récit très factuel et lisse, mettant en avant la manière dont il avait contrôlé la situation, le maire a évité de réagir aux accusations de manque de vigilance Henri Etcheto.
Déborah Loupien-Suares (24’45’’) a pris ses distances avec le discours lisse du maire, menant la charge contre l’antisémitisme qui, selon elle, se cache derrière l’antisionisme, se référant aussi à l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble. Elle a été « choquée » par le stand d’EHKS à La Poterne. Elle signale aussi qu’une banderole rue Marengo appelant à la dissolution d’Israël avait du être enlevée.
Selon elle, la communauté juive à Bayonne a été inquiète de cette ambiance, et s’est sentie mise en danger, au point de se poser la question d’annuler un concert programmé à la synagogue (il a été maintenu).
Jean-Claude Iriart (29’) a tenu à exprimer son accord avec tout ce qu’Henri Etcheto avait dit.
Commentaires
Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.
Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, tel que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle.
Ce point du conseil municipal a donné lieu à des articles dans Sud Ouest et Mediabask, ainsi qu’une mise au point du collectif Baiona Palestinarekin, à l’initiative de la banderole. Ce collectif avait d’ailleurs déjà organisé fin juin une manifestation à Bayonne dont l’affiche comportait ce même slogan.
Cela vaut la peine d’y revenir dans un autre billet
Officialité des langues basque et gasconne
Ce point avait été reporté du précédent conseil municipal, suite à des doutes sur la conformité juridique avec la constitution qui institue le français comme langue de la République. Selon l’interprétation dominante, donner un statut officiel à d’autres langues mettrait en danger l’unicité de la République.
La fédération des acteurs de l’euskara, Euskal Konfederazioa, avait demandé avant les élections aux candidat.e.s de s’engager à reconnaître cette officialité. Ce qu’avaient fait à Bayonne tant le maire que les listes de Bayonne en Mouvement (Jean-Claude Iriart) et Bayonne tout simplement (Henri Etcheto). Les raisons et l’importance de ce vote pour la survie des langues basque (vulnérable selon l’UNESCO) et gasconne (en danger) ont été développés une nouvelle fois par Pantxo Etchegaray (31’), conseiller délégué à la politique linguistique et Jean Claude Iriart (34’30’’- 40’20’’).

Colette Capdevielle rappelé avoir fait ajouter des précisions concernant le gascon. Le maire (48’- 57’), dans un long plaidoyer, a développé les éléments juridiques pour défendre la compatibilité avec la constitution, qui a cependant besoin d’être modifiée. Il en a profité pour vanter son « courage politique ». Il a rappelé en particulier qu’il avait fait voter en 2018 une délibération semblable, non contestée par la Préfecture. Il proposera à la nouvelle CAPB de revoter un texte semblable.
Après ce débat consensuel, le vote a été unanime. Toutefois, sans avoir expliqué leur position, 3 élues ont refusé de participer au vote : Agnès Duhart, Sylvie Durruty et Déborah Loupien-Suares.
Mais ce délai de sécurisation juridique s’est avéré inutile : comme il l’avait fait pour une délibération de la ville de Sare juste avant, le Préfet a, dès le 30 juillet, déféré la délibération devant le tribunal administratif
Voir la réaction de bayonne en Mouvement :
https://www.facebook.com/search/top?q=baiona%20en%20mouvement
Actualité périscolaire
L’actualité s’est aussi imposée quand est venue en discussion une modification du règlement intérieur pour l’accès aux cantines scolaires. Il s’agissait de réserver les repas de midi aux enfants effectivement présents à l’école, pour éviter que des parents amènent leurs enfants à la cantine sans qu’ils assistent aux cours. Cette modification posait problème en elle-même : d’où venait cette pratique, en quoi était-elle abusive ?
Mais ce n’est pas ce qui a été débattu. L’actualité brûlante venait des cas de violences sexuelles envers les enfants dans des centres de loisirs. Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation et à l’enfance, qui présentait la délibération (1h36’), est rapidement passée à l’actualité en développant les précautions prises dans le périscolaire à Bayonne pour éviter des situations comme celles de Paris, Tarnos ou Biarritz, où des animateurs ont été mis en examen.
Elle a indiqué que la conception du dispositif périscolaire avait fait l’objet d’une réunion de travail début juillet avec la commission municipale élargie aux élu.e.s en responsabilité dans les écoles : appui sur un projet précis, critères de sélection des animateurs, qualification des responsables de sites, utilisation de divers fichiers judiciaires, sensibilisation aux gestes, langages et comportements, plate forme d’appel,…

Colette Capdevielle (1h42’) a abondé dans le même sens, en élargissant à la prise en charge nationale du sujet. « On va assister à une révolution culturelle dans les semaines à venir », avec une nouvelle loi en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat, qui concernera tous les secteurs où des adultes sont en contact, de toute sorte, avec des enfants. Cette loi institue un « certificat de contrôle d’honorabilité ». On part de l’enfant et de son environnement. Le certificat est vérifié tous les deux ans. « Une révolution » insiste-t-elle, « une loi terrible, très coercitive ». Tout en se félicitant que la ville de Bayonne prenne les devants, elle souligne que ni les diplômes ni l’expérience professionnelle ne sont des garanties suffisantes, ce qui nécessite d’aller plus loin dans la protection des enfants.
Stationnement au centre ville
Il était demandé aux élu.e.s « d’actualiser » la grille tarifaire du stationnement, comprendre augmenter le coût du stationnement. Loïc Corrégé (3h14), adjoint en charge de la question, a délivré en 1 minute toute la langue de bois de circonstance pour présenter la délibération : le stationnement comme levier pour faire évoluer de l’automobile vers les mobilités douces, objectif défini par le fameux PTES ; la grille tarifaire qui fait encore plus office de levier ; mais comme l’usage de la voiture reste important, la nouvelle grille tarifaire se doit de répondre « aux besoins (en stationnement) des résidents, des usagers pendulaires, des visiteurs et des chalands ».

D’emblée, Henri Etcheto (3h15) a annoncé que son groupe voterait contre cette grille, pour 3 raisons : l’augmentation des tarifs pour les résidents, le déploiement de nouvelles places gratuites pendant 30 minutes, et les nouveaux aménagements au détriment des résidents. Et de conclure « au final, les habitants du centre ville devront payer plus cher avec moins de places à leur disposition ». Ila a reproché à la municipalité de considérer le centre ville comme un centre commercial davantage que comme un lieu de résidence. On avait rarement entendu Henri Etcheto défendre les habitants du centre ville avec une telle vigueur…
Au passage, il a relevé l’hypocrisie de la politique municipale : pour réduire l’usage de la voiture, elle encourage le fait de faire ses courses en voiture en multipliant les places « 30 », ce qui, mécaniquement, augmente la possibilité de rotation des voitures sur une seule place et donc la circulation.
De manière plus surprenante, mais sans en tirer de conclusions concrètes, Henri Etcheto s’est lancé dans une violente dénonciation de la place accordée aux deux-roues motorisés par la ville : les places qui leur sont réservées voient leur nombre augmenter, et elles sont gratuites. Pour lui, motos et scooters sont « le pire » mode de déplacement, pour l’impact environnemental, la tranquillité publique et les risques sanitaires. En contre point, il a évoqué la manière dont les grandes villes s’attaquent au problème.
Pour sa part, Joé Mendes Monteiro (3h18) a relevé le caractère estival fréquent des augmentations. Il a déploré l’absence d’une tarification sociale pour le stationnement : encore une fois, la justice sociale est oubliée. D’autres villes savent marier justice sociale et écologie. Le groupe Bayonne en Mouvemen s’abstiendra.
Dans sa réponse, Loïc Corrégé a expliqué que les places « 30 » sont appréciées aussi des résidents, et qu’elles permettent de limiter les voitures « ventouses ». Puis le maire a vanté le succès populaire du tram-bus et la suppression de plusieurs centaines de place de stationnement en quelques années. Comme réponses à l’opposition, ce fut léger et à côté, comme toujours.
Vigilance. Le vilain petit canard s’incruste
On n’a pas pu ne pas remarquer, lors de ce conseil, l’interventionnisme de Pascal Lesellier, l’élu du RN. Il diversifie ses interventions et ne se contente pas de dénoncer tout ce qui concerne les quartiers populaires (politique de la ville, place des Gascons, soutien aux associations) « par souci des finances de la ville ».
Il se montre « constructif » en présentant un amendement (accepté par le maire !) en défense du gascon dans la déclaration sur les langues. Il plaide pour la géothermie au lieu de la filière bois pour le réseau de chaleur du Prissé (Laurence Hardouin et le maire doivent lui expliquer qu’il n’a rien compris). Il prend prétexte du budget supplémentaire sur les fêtes pour lancer un assaut contre le stand d’EHKS disant que que les organisations d’extrême-gauche prenaient les Fêtes en otage avec leur soutien à la Palestine et à l’ETA, pour dénoncer leur antisémitisme et souligner la mansuétude du maire à leur égard. Il termine son intervention en se réclamant de l’histoire de Bayonne et de Benjamin Gomez, fondateur des fêtes, dont il semble se proclamer l’héritier. Quand au soutien à l’Aviron bayonnais, il aurait préféré que cet argent aille à la rénovation des écoles…
Les réponses du maire oscillent entre l’indifférence, la pédagogie et l’ironie. Mais pas vraiment de politique. L’opposition de gauche réagit peu. Plusieurs élu.e.s sont venu.e.s en renfort quand Lesellier s’est attaqué au GIP-DSU pour expliquer les activités associatives ainsi financées. Et heureusement, Colette Capdevielle (3h01) a pris la mouche (vraiment politique) pour défendre les quartiers en politique de la ville et le GIP-DSU, reliant les critiques de Lesellier aux problématiques générales du RN.
On aurait tort de sous-estimer cette omniprésence de l’élu RN et la diversité de ses interventions. Il y a un combat politique à mener pied-à-pied.
Prochain conseil 15 octobre.
Patrick Petitjean, 3 août 2026









































































