Entre deux canicules à Bayonne, la destruction du jardin Brana ne passe pas

Le dimanche 21 juin

A l’heure du réchauffement climatique et de la canicule, le moins que l’on puise dire est que la destruction du jardin pédagogique Brana est à contre temps. La multiplication des lieux de fraîcheur est partout mise en avant pour y faire face, on parle de « renaturer » des espaces artificialisés, mais on envoie un tractopelle pour éraser un jardin pédagogique. C’est particulièrement malvenu. Cette affaire est, comme toujours, singulière, avec ses circonstances précises. Mais elle illustre aussi l’incompréhension générale de tous les enjeux environnementaux par les élu.e.s municipaux. En ce sens, il est impossible, pour les habitants engagés dans la défense du vivant, de tourner la page. Brana ne sera pas oublié.

Avant le passage du tractopelle
Le 21 juin. Le tractopelle était passé le 10 juin

La municipalité sur Brana : défausse, changement de projet et biodiversité

Au-delà du fait brut, à savoir la destruction du jardin pédagogique, le plus sidérant a été l’art de la défausse de la municipalité, c’est-à-dire de l’échelon politique. Après avoir reconnu une erreur, mais des agents de la ville. Une élégance digne de Darmanin renvoyant toute la responsabilité aux juges et procureurs dans l’affaire du meurtre de Lyhanna.

Dans le journal Sud-Ouest, il est revenu au directeur général des services d’expliquer : « Nous assumons pleinement. Un agent a pris une initiative non appropriée au regard de ce que sont les projets de la Ville pour ce jardin ». Et d’insister, ils auraient du intervenir le jeudi 11 juin, en présence de la directrice de l’école. Ils l’ont fait dès le mercredi 10, dans l’après-midi, ce qui ne peut être considéré comme une surprise : c’est le jour habituel des services pour intervenir dans les écoles.

Les services sont accusés de ne pas avoir compris les projets de la ville. Ce n’est pas très aimable de la part de leur hiérarchie. Mais, au contraire, ne les auraient-ils trop bien compris ? Faire place nette pour un nouveau projet, de jardin intergénérationnel cette fois ? Et donc « effacer » le jardin actuel  pour passer à autre chose ? Il n’est resté que quelques arbres fruitiers et la serre, au milieu d’une terre nue.

La serre qui subsiste au milieu d’un terrain érasé

Ce nouveau jardin doit être lancé dès la rentrée scolaire, avec un nouveau financement. Il s’agit bien de mettre fin à une expérience de 12 ans. Pendant les vacances scolaires, les résidents de l’EHPAD et des habitants voisins n’avaient pas attendu un nouveau projet pour entretenir le jardin pédagogique. Mettre fin : les services l’ont bien compris, même si « l’intervention a été plus « radicale » que prévue », en faisant table rase de l’existant.

Débris après le tractopelle

Il est revenu au directeur général chargé de la transition écologique de justifier, au final, la table rase avec une description presque apocalyptique du jardin : « Certains espaces étaient abandonnés depuis fin 2024. Par endroits, c’était même devenu totalement inadapté », a-t-il déclaré à Sud Ouest. Il décrit notamment des planches avec des clous apparents « où les enfants auraient pu se blesser ». « Certaines parties devaient être débroussaillées et d’autres préservées ». Comme on dit, qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage.

Fin 2024, le retrait du contrat aidé qui permettait à l’association Graines de Liberté de suivre de près ce jardin, a déstabilisé la gestion du site. Selon la municipalité, au printemps 2026, la décision avait été prise de « nettoyer le terrain », en accord avec la direction de l’école et l’association Bio Divers Cité, partenaire de la ville pour ce qui concerne les jardins partagés.

Derrière ces mots, affleure une vision des jardins (et de la nature) très réductrice, une nature domestiquée. « La nature avait repris ses droits » écrit significativement la journaliste de Sud Ouest. La jardins un peu fouillis contre des jardins remis en ordre. La biodiversité préfère les premiers. Comme elle aime les mauvaises herbes sur la voie publique, même si cela va à l’encontre du goût des agents municipaux des espaces verts pour le travail bien fait – et du désir des habitants pour la propreté des bas d’immeubles. Laisser vivre les mauvaises herbes. En la matière, l’acculturation des élu.e.s et srvices est à parfaire.

Au final, rien ne dit mieux que la photo ci-après sur le budget participatif, pour illustrer l’hypocrisie de la municipalité et le gâchis de l’argent public, de l’argent de nos impôts.

photo prise le 21 juin. Le panneau de com’ est resté devant le terrain érasé.

Ce qui a été détruit n’était pas seulement un jardin

Je voudrais reprendre ici les termes utilisés par Laurent, un des fondateurs de Graines de Liberté, médiateur du jardin Brana, et dont le contrat aidé est venu à expiration fin 2024, dans une lettre ouverte à la ville de Bayonne et à l’agglomération du Pays basque sur son facebook le 20 juin : https://www.facebook.com/laurent.bernays.

« Pendant plus de douze ans, ce jardin a été construit, animé et entretenu avec les enfants, les enseignants, les habitants, les bénévoles et de nombreux partenaires publics et privés. Des centaines d’élèves y ont découvert le jardinage, la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les principes de l’agroécologie.

Ce lieu n’était pas un simple espace vert. C’était un outil pédagogique vivant, reconnu et soutenu bien au-delà du quartier. Il a reçu plusieurs trophées et distinctions pour sa qualité, sa beauté et sa valeur éducative (…).

Aujourd’hui, il est question d’une enveloppe de 16 000 euros pour accompagner un nouveau projet.

Mais aucun financement ponctuel ne remplacera douze années de travail collectif.

Aucun chèque ne remplacera les arbres fruitiers arrivés à maturité, la richesse d’un sol vivant, la biodiversité installée, les milliers d’heures de bénévolat ni les apprentissages transmis aux enfants.

Il faut également rappeler qu’il y a encore quelques années, l’ensemble des partenaires publics et privés étaient mobilisés autour de l’idée de faire de ce lieu un pôle exemplaire de permaculture, d’agroécologie, d’éducation à l’environnement et de lien social.

C’était une mémoire collective, un savoir-faire, un lieu d’apprentissage et un symbole de ce que pouvait être une écologie concrète, populaire et partagée ».

Une écologie vide de contenu et de sens, sans vision

Comme toujours, entre la réalité de terrain et la communication, il y a un gouffre, sur l’écologie comme dans d’autres domaines. La lecture du journal municipal est édifiante pour cela.

Mais les ambitions affichées dans les documents municipaux – notamment dans le « Plan de Transition Ecologique et Sociale », ne sont pas de la simple communication. Si elles se traduisent de manière très insuffisante dans la réalité, c’est en raison de l’absence de contenu politique, avec une écologie squelettique, réduite à une suite de mesures techniques.

Comme le dit très bien Laurent dans sa lettre ouverte à propos de Brana :

« Ce qui a manqué, c’est une vision capable de considérer ces espaces comme des biens communs précieux.

Une vision capable d’intégrer pleinement les projets d’agriculture urbaine, d’agroécologie et d’éducation à l’environnement dans les politiques publiques locales.

Une vision capable de faire de Bayonne une ville nourricière, résiliente et exemplaire.

Bayonnaises, Bayonnais, les défis écologiques de notre époque nécessitent davantage que des discours et communication. Ils exigent une ambition à la hauteur des enjeux ».

Pour prolonger, il faut lire cet article du journal Reporterre qui permet d’élargir l’angle pour comprendre notre micro-climat bayonnais : jardiner, c’est résister. J’y reviendrai.

https://reporterre.net/Jardins-ouvriers-potagers-militants-jardiner-c-est-resister

Dans ce domaine comme dans d’autres, le portage politique est essentiel pour l’accompagnement des projets, avec continuité, partenariat et respect des acteurs de terrain, conviction et compréhension de ce qui se joue dans un simple jardinage. C’est ce qui a manqué à la ville de Bayonne dans le fiasco Brana.

Patrick Petitjean, 1er juin 2026

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