Bayonne, chronique municipale n°6 : L’art de dé-zoomer pour mieux débattre

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La photo de la mairie en Une est prise sur Wikipedia. Auteur : Pantxoa

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

« Je dé-zoome » est le mot vedette de ce conseil municipal, plusieurs fois utilisé par les élu.e.s, majorité ou opposition, en début de leur intervention. Une manière de s’affranchir du cadrage limité des délibérations. Avec un rapport plus ou moins direct avec l’intitulé officiel, le conseil a ainsi débattu du Festival Points de vue, de la Citadellede la crise climatique, de la MVC et des commerces du Polo. Le maire lui-même a accroché un débat sur la tauromachie à une question immobilière, déniant au passage sa légitimité à un élu de l’opposition. Notons cependant que personne n’a cherché à dé-zoomer pour les manifestations lycéennes.

Le conseil municipal est ici : https://www.youtube.com/watch?v=PFJ32WVYjbw

Un début de séance agité

Le maire a eu quelques troubles en début de conseil, à 17h30.

Pour mémoire, un collectif « Palestine » avait appelé à une venir faire du bruit (sifflets, cornes de brume) sous les fenêtres ouvertes de la mairie à 17h. Il s’agissait de dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu attendre « Israël assassine, élus complices ».

Les fenêtres de la mairie ne sont pas restées ouvertes très longtemps. A 17h30, le maire a joué les matamores, annonçant : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance. Mais le maire se prend les pieds dans le tapis : il constate que le quorum est atteint, que donc la séance peut commencer… avant même de procéder à l’appel réglementaire des élu.es présent.es. Avant de devoir rectifier.

Quelques notes en avant-goût

Paternalisme du maire envers Joe Mendes Monteiro : « lorsque vous aurez un peu de recul professionnel, vous vous rendrez compte » de la lourdeur des mémoires lors des contentieux : on ne peut vous communiquer tous les éléments des procédures (6’ 40’’). Il ira beaucoup plus loin dans la disqualification de l’élu lors du débat sur la vente d’un bâtiment municipal au cercle taurin.

Obsession de Pascal Lesellier contre le GIP-DSU et les quartiers en politique de la ville qui coûteraient chers (de 7’ à 14’) avec des réponses alambiquées de Cyrille Laiguillon, et plus offensives et politiques de maire. Une obsession manifestée par l’élu d’extrême-droite plusieurs fois à chaque conseil

Quand à Yves Ugalde il a raté 2 fois l’occasion de se taire. Lors d’une délibération pour mettre l’ex-école Saint Bernard à la disposition de la Pastorala « Marga d’Andurain », pour des répétitions du spectacle de juin, il réplique à Deborah Loupien Suares qui propose de donner ce nom à une rue ou une place, que, attention, c’est une aventurière, que la commission de toponymie avait déjà refusé (31’50’’)… Et lors du débat sur « Points de vue », il a tenu à rappeler que « sa prévention concernant le street art et les cultures émergentes » s’était heureusement envolée.

Dé-zoomer, 1ère : Le Festival Points de Vue

Cela se situe de 45’ à 1h10’ (25’ donc). L’annulation du festival Points de vue pour 2026, avait été déjà annoncée dans le journal Sud Ouest dès le 9 octobre. Comme le vice-président de la CAPB le précisait, il s’agissait d’une pause pour pour prendre le temps de la discussion , pour « repositionner le projet ». Dans le même article, Cyrille Laiguillon, un des porteurs du festival, et avait exprimé son « scepticisme quand à la volonté du nouvel exécutif de maintenir l’évènement ». Le procès d’intention était annoncé.

Cyrille Laiguillon

Il est revenu à Cyrille Laiguillon, initiateur du festival il y a 10 ans, adjoint aux sports, à la vie associative et et au quartier des Hauts de Bayonne, de lancer la cabale.

En fin de discussion sur des délibérations culturelles, il regrette cette annulation. Il parle « le coeur serré » et n’oublie aucune des bonnes expressions convenues pour louanger le festival, l’engagement sans faille du maire Jean-René Etchegaray et de l’ancien président de la CAPB, Etchegaray Jean-René, qui a élargi le festival hors de Bayonne.

Il met en avant « une ambition initiée pour Bayonne et qui a vocation à rayonner partout au Pays basque, … une fenêtre sur l’art accessible à tous, … » ; Il salue la présence d’artistes mondiaux (!) et insiste sur sa contribution à l’attractivité de Bayonne. Hélas… le festival a « pris la perpète », condamné par l’agglo. Il accuse la CAPB d’avoir décidé « sans concertation » et craint que cet arrêt ne soit fatal.

Le maire prend le relai (à 54’) : puisqu’on ne peut pas exporter quelque chose d’exceptionnel, on va reprendre notre bien, on va revenir à Bayonne, il y aura toujours du street art à Bayonne. Qu’on se le dise. Cependant, il reconnaît discrètement que le passage du festival comme biennale se discutait déjà à l’agglo en janvier 2026, sous sa présidence. Ce fut un bel exercice de com’, 1/2h de plaidoyer pro-domo et hypocrite.

David Ospital

David Ospital, élu de Bayonne en mouvement, s’est chargé de remettre cette suspension à l’endroit. En rappelant tout d’abord que Bayonne n’est pas le Pays basque. Dès 2021, le festival a été transféré à la CAPB qui en devient le principal financeur, avec comme contrepartie de l’élargir à 2 nouvelles communes chaque année. La CAPB assure les 3/4 du budget, contre 1/4 pour Bayonne. Et pourtant, cela reste essentiellement un festival à Bayonne, pour Bayonne. Cela manque d’ambition au niveau de l’agglo. « D’autres festivals, soutenus par l’agglo, mais avec pourtant des subventions moindres, ont su essaimer » bien davantage.

David Ospital s’interroge sur ce qui a amener la décision de suspension ? Difficultés du modèle économique ? Gouvernance à 3), avec Kaxu, la ville et l’agglo ? La concertation était insuffisante, et ce n’est pas seulement depuis le nouveau président de l’agglo.

Il confirme que dès janvier 2026, échanges entre Kaxu, la ville, la CAPB, les directions des services concernés pour un passage en biennale et une suspension cette année. Il est étonné qu’on puisse être surpris !

Il formule des propositions pour que le festival continue : revoir la gouvernance tripartite, ne pas prendre de décision unilatérale, repenser son modèle économique, un engagement plus fort de Bayonne,…

Plusieurs interventions soulignent le contexte inquiétant de réduction général des budgets culturels.

Henri Etcheto, puis le maire, trouvent raisonnable le passage en biennale, mais pas Cyrille Laiguillon. Et personne ne remet en cause la poursuite du festival.

Cette discussion a permis de soulever des questions sur la nature et les objectifs de ce festival : Une opération de prestige pour l’image de Bayonne et le tourisme ? Le transfert à la CAPB a-t-il été le moyen de faire payer par les autres communes l’attractivité de Bayonne ? Que reste-t-il du caractère populaire du street art avec la mise en avant des artistes internationaux ? Peut-on encore parler de cultures émergentes ? On peut remarquer nombre de villes en Amérique latine, comme au Chili, et au Mexique où les fresques sont autrement plus nombreuses qu’à Bayonne, et savent conserver leur culture populaire d’origine sans renoncer à des artistes internationaux.

Dé-zoomer, 2e : La Citadelle

Cela se situe de 1h13’ à 1h54’ (41’ donc). La démolition / reconstruction des 241 HLM du quartier Citadelle est une histoire déjà ancienne, qui a subi moult évolutions, pour aboutir à un programme immobilier défini lors d’une enquête publique en janvier 2025. La moitié des logements avait été démolie déjà à cette date. Il n’y a jamais eu d’argumentation vraiment documentée pour expliquer la différence de traitement entre la Citadelle, démolie, et la Cité du Polo, rénovée (encore à venir), qui comporte le même nombre de logements et date des mêmes années.

Voir : https://lepimentbayonnais.fr/2025/02/28/bayonne-citadelle-la-mort-dune-cite-populaire/

Depuis, des ajustements ont été faits quand au nombre précis de logements. En juin dernier, lors d’une réunion publique, il a été précisé : 637 logements au total, 70 BRS, 30 places en résidence seniors, 110 logements pour étudiants, 223 logements en « libre » et, pour le reste, 204 logements locatifs familiaux (dans les 3 catégories PLAI, PLUS et PLS). Un « quartier village » a résumé Joseba Erremundeguy en présentant la délibération, qui concernait uniquement le projet d’une nouvelle place en face de la future école, au milieu de nouveaux immeubles.

L’administration conseille les élu.es

L’initiative de dé-zoomer est venue de Joe Mendes Monteiro, élu de Bayonne en Mouvement, intervenant sur la globalité du projet et non sur la place. Il s’est interrogé sur la réponse aux besoins sociaux du quartier avec une telle programmation : le nombre de logements locatifs familiaux baisse de 241 à 204, alors que ce quartier (en politique de la ville) a un taux de pauvreté de 34 %, davantage de familles mono-parentales, une population plus jeune. C’est une population qui ne peut accéder à la propriété, même « sociale » (BRS). Les résidences étudiantes et seniors répondent à des besoins spécifiques et sont effectivement indispensables. Les données sociales du quartier plaident pour un plus grand nombre de logements locatifs familiaux au lieu de se diminution. La diversification sociale du quartier, utile, ne peut se faire au seul détriment de ces logements. 223 logements « libres », c’est beaucoup, et cela risque de provoquer une transformation sociale importante du quartier, un gentrification.

Henri Etcheto a rappelé que le dossier avait été ouvert il y a 15 ans, à une époque du programme national dit ANRU 2, qui permettait un financement important par l’État des opérations démolition / reconstruction, une occasion ratée en raison du report de l’opération, cela n’existe pas en ce moment. A ce propos, Colette Capdevielle a rappelé qu’un ANRU 3 se préparait et Joseba Erremundeguy a annoncé que la ville avait déposé deux projets dans ce cadre, pour le centre ville et Habas. Alain Lacassagne a justifié la programmation, et notamment les logements « libres », par l’équilibre financier de l’opération (devenu effectivement plus compliqué en l’absence de l’ANRU).

« Gentrification », le mot avait été lâché, et a fâché le maire. Pour lui, il y a 60 % de logements sociaux (tous, sauf les « libres »), et cela n’a donc rien à voir avec une gentrification. Cela suit l’évolution sociale de la ville (vieillissement, développement de l’université).

Il a souligné l’importance écologique de construire davantage en priorité le long des grands axes de transport (ici le bus rapide T2), mais sans évoquer le renchérissement du foncier que cela entraîne dans les secteurs concernés.

Pourtant, et je me permets d’y insister, c’est de là que viennent les 223 « libres » : ce prix du foncier facilite l’équilibre de l’opération, et surtout rapporte gros aux promoteurs, grâce à la gentrification.

Le maire s’est ensuite lancé dans ses diatribes habituelles contre les villes voisines, qui ne respectent pas les 25 % de logements sociaux de la loi SRU, et veulent entraîner la formation de ghettos ailleurs. Il proclame que Bayonne ne fera pas la politique sociale des communes voisines. Mais « la ville de Bayonne ne chasse personne » a-t-il conclu.

On pourrait lui faire remarquer qu’une commune voisine, Boucau, a justement inauguré le 13 octobre (à la veille du conseil) une résidence « Les Barthes de l’Adour » (Office 64 et COL) avec 100 % de logements sociaux : 102 locatifs et 44 BRS. Très loin donc de la programmation du Grand Projet Citadelle. Mais il n’y a pas de tram-bus à Boucau.

Dé-zoomer, 3e et 4e : le quartier du Polo

Cela se situe de 1h56’ à 2h28’ (32’ donc). Dé-zoomer est l’oeuvre successivement de Joe Mendes Monteiro pour aborder le devenir de l’ancienne Maison de la Vie Citoyenne (MVC) du Polo, aujourd’hui fermée, devenue un local associatif, et la participation des habitants dans le quartier du Polo. Puis de Sylvie Durruty, (première) adjointe aux affaires économiques, revendique dé-zoomer aussi sur les difficultés des commerces du quartier (le boulanger, la supérette,…), je n’y reviendrai pas. Le sujet de la délibération était l’acquisition sur HSA d’une micro-crèche immersive dans le projet immobilier Urtasun. La suivante portait sur l’autorisation d’urbanisme pour le projet immobilier lui-même.

Sur ce projet, et la situation dans le quartier, j’en avais parlé il y a 2 ans : https://lepimentbayonnais.fr/2024/12/22/la-ferme-urtasun-au-polo-bayonne-ilot-de-fraicheur-ou-dent-creuse/

L’élu de Bayonne en Mouvement, habitant le quartier, a constaté le peu d’évolution de la situation depuis la réunion de quartier (évoquée dans mon billet) il y a 2 ans : la dynamique habitante est toujours là, voir le projet de café-bibliothèque, mais les engagements ne sont pas tenus. Les propositions pour la future MVC ne sont pas prises en compte. On attend toujours la salle de convivialité qui devait voir le jour dans l’ancienne ferme Urtasun, dont la rénovation figurait déjà au budget en 2022.

Dans sa réponse, le maire est resté dans le flou : on réfléchit sur la future gouvernance d’une MVC avec la CAF. Et, comme Durruty après lui, il a dit tout le bien qu’il pensait de l’action de la ville.

Dé-zoomer, 5e : La canicule de l’été dernier

Cela se situe entre 2h27 et 2h55 (28’ donc). Le sujet initial était le concours de maîtrise d’oeuvre pour la démolition / reconstruction de l’école maternelle Charles Malégarie.

L’initiative est venue de Carole Ternois, élue de Bayonne en Mouvement, qui affirme vouloir « dé-zoomer sur les bâtiments publics et la crise climatique ».

Carole Ternois

Elle part de l’exemple de la toute nouvelle médiathèque qui, toute bioclimatique qu’elle ait été conçue, a du fermer à plusieurs reprises pendant la canicule, la chaleur la rendant invivable. La presse en a parlé. Une canicule de cette ampleur était imprévisible, mais pas surprenante, et appelée à se reproduire dans les prochaines années. On ne peut se contenter de se justifier en disant que le bâtiment était conforme aux normes les plus exigeantes : ces normes ne sont que des seuils minimum, toujours en retard sur le présent. A plus forte raison pour anticiper la situation dans 50 ans : un tel bâtiment est fait pour durer. Des outils existaient pour faire mieux.

Un plan d’adaptation des bâtiments publics au réchauffement climatique est à venir. Quelle sera son ambition ?

Christine Martin Dolhagaray

Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation, répond essentiellement sur la question des écoles et les mesures d’urgence prises, en plus du refuge à l’AB Campus. 40 000 € ont été investis pour l’achat de ventilateurs, pour des îlots de fraîcheur dans les cours d’école, pour expérimenter des brasseurs d’air à l’école Jean-Moulin, où la toiture a bénéficié d’un complément d’isolation.

Plus que d’anticiper, il s’agit d’imaginer des évènements climatiques extraordinaires. Un plan pour généraliser les brasseurs d’air à toutes les écoles. On a fait aussi des travaux d’urgence à l’école Simone-Veil qui a beaucoup souffert.

Pour aller de l’avant, il s’agit de comprendre le comportement technique des écoles, faire un diagnostic de chacune d’entre elles. La ville a élaboré un « schéma directeur immobilier énergétique », soumis à un bureau d’études de la banque des territoires : on a été lauréat ! Ce bureau va réaliser des visites dans les bâtiments, et faire des diagnostics. Cela concerne divers bâtiments communaux, pas seulement les écoles. « Nos services activeront tous les leviers possibles et raisonnables », compte tenu des coûts et des enjeux climatiques : généraliser les îlots de faraîcheur, mais pas la climatisation.

Mais il y a surtout une sensibilisation à faire pour tout le monde sur l’existence du réchauffement climatique et ses conséquences. Ne pas chercher des responsabilités, mais chercher tous ensemble des solutions. Il y a énormément de chose à faire, de petites choses même.

Carole Ternois fait remarquer que la ville a une obligation de résultats, en non seulement de moyens en matière de continuité du service public. Et qu’elle attend les résultats de l’audit pour le SDIE pour voir l’ampleur des travaux à mener.

Le débat sur le climat se termine avec une intervention d’Yves Ugalde sur la médiathèque pour expliquer que la ville était attentive depuis longtemps à l’enjeu du réchauffement, qu’elle avait consacré des heures à ce sujet, mais que les conseils, plus compétents que nous, avaient portant donner des assurances. Une manière de se défausser ?

Peut-être que le sujet « réchauffement climatique », compte tenu de la crise caniculaire de l’été, aurait nécessiter de « dé-zoomer » plus largement que sur l’erreur de conception de la médiathèque et l’adaptation des écoles. Il y avait matière à débattre de la nécessité d’accélérer tout ce qui concerne l’adaptation et l’atténuation. A quand un vrai plan d’adaptation, avec toutes ses dimensions ? Une révision du plan climat, avec des ambitions à la hausse ? A quand un appel à l’intelligence collective des habitants pour faire face au réchauffement climatique ? On aurait apprécié de percevoir une volonté politique des élu.es de mettre en route une telle démarche.

Dé-zoomer 6e : La tauromachie

Cela se situe entre 3h54 et 4h09 (15’). Le sujet initial était la cession d’une propriété immobilière de la ville à une association. Mais pas à n’importe laquelle : au cercle taurin. L’initiative de dé-zoomer est venue du maire lui-même (sans qu’il n’en revendique le terme), qui s’est lancé dans une défense de la tauromachie, suivi par des adjoints

Joe Mendes Monteiro

Joe Mendes Monteiro a contesté la vente des locaux, tout en se défendant d’emblée pourtant de toute mise en cause l’acheteur, le cercle taurin : il ne s’agit que de la gestion du patrimoine immobilier de la ville. Mais le maire l’a ressentie comme une « provocation ».

L’élu de Bayonne en Mouvement souhaite que la ville conserve la maîtrise publique des locaux, particulièrement bien situés rue des Cordeliers dans le Petit Bayonne. Selon lui, on ne peut prévoir les utilisations futures. Par ailleurs, il s’est interrogé sur le prix de vente, inférieur à l’estimation des domaines.

Après une mise à disposition gratuite pendant des années, l’association a une convention d’occupation payante depuis 2023. Quelle est la raison de cette vente et de cette décote ? Les Domaines ont estimé que les locaux étaient en bon état, climatisés, sans besoin de travaux importants. Ce qui reste à faire doit être évalué « de manière objective » pour être pris en compte. Il demande le contenu des négociations avec le cercle taurin et l’inventaire de ce qui a été retenu.

Le Conseil d’État considère qu’il faut un motif d’intérêt général pour qu’une collectivité publique cède un bien à un propriétaire privé à une valeur inférieure à l’estimation des domaines. Quelles sont les contreparties d’intérêt général qui justifient cette décote ? Le motif d’intérêt général n’apparaît pas dans la délibération présentée.

Le cercle taurin relève semble-t-il d’un tabou. Les violentes diatribes du maire en réponse ont dépassé les limites de la civilité.

Le maire débute ainsi : « vous avez donc décidé de porter l’estocade sur cette délibération, avec moult arguments qui sont beaucoup plus des banderilles que des arguments de fond » … (concernant la décote) « vous criez des cris d’orfraie pour 18 000 € de différence ». « Vous faites abstraction » que la valeur des locaux ne tient pas seulement à leur emplacement mais à tous les travaux faits par l’association. Selon lui, cela fait 10 ans que l’association veut acquérir les locaux pour y faire des travaux supplémentaire. Ils préfèrent être propriétaires avant de s’engager dans des travaux, plutôt que de les faire au bénéfice du propriétaire.

« C’est vrai qu’il y a une relation économique un peu particulière » (entre la ville et le cercle taurin), et le maire se lance dans une comparaison avec le bailleur social HSA qui bénéficie aussi de décotes quand il achète des biens à la ville, autre forme de relation économique particulière.

« Il y a des relations particulières entre une collectivité qui porte des valeurs tauromachiques fortes – tout le monde n’est pas d’accord – et je défends la tauromachie, et lorsqu’on s’adresse au cercle taurin, vous croyez qu’on va chipoter sur 18 000 € ». C’est en bon état, mais grâce au locataire. On ne peut même pas parler de « négociations » avec ce partenaire.

« On est dans une relation particulière, et si on ne tient pas compte de ça avec des partenaires privilégiés, le cercle taurin en l’occurence, eh bien, il ne faut pas être élu. Cela veut dire qu’il y a des ressorts qu’on ne comprend pas très bien dans le fonctionnement de la cité » (4h4’5’’)

Le maire fulminant contre Joe Mendes Monteiro

Puis dans la foulée, le maire passe la parole à Yves Ugalde qui crédite le cercle taurin d’être un partenaire permanent de l’évènementiel, avec 8 à 10 prestations gratuites par an, notamment pour la foire au jambon, prestations consistant à ouvrir ses locaux pour servir à l’organisation d’initiatives place Roland Barthes

Jean-Claude Iriart (Bayonne en Mouvement) Prend la défense de son collègue. Il redit que la nature de l’acquéreur n’est pas en cause, et souligne que le maire n’a pas répondu sur l’intérêt de maintenir ces locaux dans le patrimoine public.

Joe Mendes Monteiro souligne qu’il n’a pas parlé de la tauromachie. Il défend son droit d’apprécier ce que sont les ressorts de sa ville. Il insiste sur la non-réponse du maire sur l’intérêt général justifiant la vente avec décote, non précisé dans la délibération. Non-réponse qui traduit son incapacité d’y répondre.

Une insistance qui a fortement déplu au maire. « vous n’êtes pas ici dans un lieu de plaidoirie. Vous ne voulez pas entendre des raisonnements qui me paraissaient clairs, c’est votre droit. Vous êtes dans une posture, rester dans votre posture, restez dans vos certitudes. Mais oui, monsieur Iriart, n a le droit d’avoir des avis différents, vous avez l’obligation d’entendre nos arguments comme nous écoutons les votres ».

Tous les élu.es votent pour cette délibération, sauf Bayonne en mouvement qui vote contre.

On ne conteste pas impunément un interlocuteur « privilégié » du maire, surtout lié au monde opaque des corridas. Le maire a pleinement assumé le caractère privilégié du cercle taurin. Il y avait le paternalisme d’un ancien avocat envers un plus jeune, il y avait les interruptions. Mais cette fois, le maire a franchi une ligne rouge : la mise en cause personnelle d’un élu, qui ne serait pas digne de sa fonction. Ce n’est plus une discussion, même tendue. C’est franchement inadmissible.

Le conseil se termine peu après. Le prochain est le 17 décembre.

A la prochaine

Patrick Petitjean, 21 octobre 2026

Bayonne : trouver les bons mots d’ordre pour soutenir la Palestine

Rassemblement Halte au massacre à Gaza

La Palestine s’était glissée subrepticement au début du conseil municipal du 23 juillet, à l’initiative d’Henri Etcheto, estimant scandaleuse la présence d’une banderole appelant à la dissolution de l’État d’Israël lors des Fêtes de Bayonne. Pour le conseil du 15 septembre, la question fait son retour avec l’appel à manifester devant la mairie à l’appel d’Iparraldea Palestinarekin pour dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine » et la « normalisation sioniste ». L’occasion de revenir sur les bases d’un soutien « de gauche, anticolonial » à la Palestine.

En plus de l’actualité municipale sur ce sujet, je partage dans ce billet deux longs textes,

En premier, jugeant indispensable une clarification après l’affaire de la banderole des Fêtes de Bayonne, EH Bai Baiona est revenu sur sa conception du soutien aux Palestiniens. Il est le bienvenu, et j’en partage l’intégralité.

En deuxième, suite à l’affaire de Grenoble en juillet (l’interruption par LFI d’un spectacle de Barbara Butch), une tribune plus ancienne publiée dans Libération signée d’un collectif « Juives et Juifs pour le respect des droits du peuple palestinien ». Il me semble complémentaire du premier sur la question des boycotts et sur les questions du sionisme et du fait colonial.

Fresque à Elizondo (Hegoalde)

Rappel du précédent conseil

Henri Etcheto avant lancé la discussion en estimant scandaleuse la présence d’une banderole appelant à la dissolution de l’État d’Israël lors des Fêtes de Bayonne.

Le maire avait assimilé cette banderole à une autre, « Destroy Israel » qu’il avait vue aux Fêtes de Pampelune, puis les accusations d’antisémitisme avaient fleuri de la part de tous.tes les élu.es à l’encontre du collectif de soutien à la Palestine. Le maire avait fait enlever la banderole lors des Fêtes. Le récit de ce qui s’était passé au conseil, c’est ici :

J’avais fait suivre le compte rendu de mes commentaires personnels, qui figurent aussi dans le billet, je cite : « Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, telle que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle ».

Manifestation le 25 juin, de la ZUP au centre de Bayonne

Le collectif Baiona Palestinarekin

Après le conseil de juillet, le collectif « Baiona Palestinarekin » avait publié un communiqué pour défendre son action. En premier lieu pour s’élever contre l’amalgame entre le « destroy Israel » de Pampelune et son « dissolution d’Israël » des Fêtes de Bayonne. Il y avait une autre banderole du collectif, rue Marengo sur laquelle était inscrit “Contre le sionisme et l’impérialisme, en avant la résistance”.

La suite du communiqué réfute l’affirmation selon laquelle “l’anti-sionisme est une nouvelle forme d’antisémitisme”. Pour le collectif, “il n’y a aucun antisémitisme dans [sa] revendication de dissolution de l’État d’Israël, il s’agit d’une dénonciation de la guerre impérialiste et du génocide”.

A l’occasion du conseil municipal du 15 octobre, le collectif a appelé à une manifestation devant la mairie à 17h. Il n’était plus mention de la dissolution d’Israël. Etait mis en avant « non à la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu entendre « Israël assassine, élus complices ».

Sous les fenêtres du Conseil municipal le 15 octobre 2026

Près d’une centaine de personnes ont fait du bruit (sifflets, cornes de brume)sous les fenêtres de la réunion, qui se sont vite refermées. En ouvrant la séance à 17h30, le maire a joué les matamores : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance.

EH Bai Baiona et la solidarité avec la Palestine

La polémique lors du conseil municipal du 23 juillet à propos de la banderole « dissolution d’Israël » a conduit EH Bai Baiona à réexpliquer cet été les bases de son soutien à la Palestine, les mots d’ordre défendus, et à prendre ses distances avec « les slogans ambigus » de la banderole. Le texte du document d’EH Bai Baiona est ci-après, en entier. Il est aussi sur https://www.facebook.com/ehbaiona

Depuis trois ans maintenant la situation en Palestine est revenue au premier plan de l’actualité et provoque de nombreux débats, mobilisations mais aussi répression voire changements législatifs (proposition de loi Yadan). L’accusation d’antisémitisme est aujourd’hui lancée pour faire taire et criminaliser toute solidarité avec les Palestinien.nes alors que les actes antisémites se multiplient dans l’État français et ailleurs (apologie du nazisme, attaques contre des personnes, des commerces ou des lieux de culte juifs).

Pour nous l’objectif du mouvement de solidarité avec la Palestine doit être :

· de faire cesser le génocide en cours à Gaza, la colonisation et le nettoyage ethnique en Cisjordanie,

· de défendre le droit des Palestiniens à l’autodétermination, la reconnaissance de leurs droits nationaux, politiques et le respect de leurs droits fondamentaux.

Plusieurs critères doivent guider notre soutien :

· respect des choix politiques des Palestiniens sur la manière d’exercer leur droit à l’autodétermination : ce sont les Palestiniens eux/elles-mêmes qui détermineront leur avenir politique et social, en tant que nation et en tant que citoyen.nes ;

· devoir d’efficacité : pour infléchir la politique des États européens il faut créer un rapport de force et forger des consensus sans transiger avec le droit des Palestiniens ;

· rejet total de toute forme d’antisémitisme ;

· lutte contre la criminalisation de la solidarité.

Répondre à l’appel des organisations palestiniennes

La solidarité avec les Palestinien.nes doit être la plus large possible et sa concrétisation passe notamment par le renforcement des campagnes impulsées par la société et les organisations palestiniennes comme BDS (Boycott, Désinvestissent Sanctions) qui revendique :

· la fin de l’occupation et de la colonisation, le démantèlement du mur, la fin du génocide et la levée du blocus de Gaza,

· la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une complète égalité,

· la réalisation du droit au retour des réfugiées palestinien.nes conformément au droit international,

ou Stop Arming Israel qui demande l’arrêt de toute vente de matériel militaire à Israël).

Ces appels sont directement inspirés des campagnes menées dans les années 1970-80 contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le fait qu’Israël est un État d’apartheid est désormais reconnu par les principales organisations internationales de défense des droits humains comme Amnesty International ou Human Right Watch, au terme d’analyses juridiques qui rejoignent les conclusions de l’organisation israélienne B’Tselem : « le régime israélien promulgue un régime d’apartheid dans tous les territoires qu’il contrôle ». De même, le consensus sur le fait qu’un génocide est en cours à Gaza est de plus en plus solide (commission d’enquête de l’ONU en 2025, motion de l’association internationale des spécialistes du génocide en 2025).

Nous devons renforcer le mouvement de solidarité avec la Palestine en prenant en compte manipulations et confusionnisme autour des notions d’antisionisme et antisémitisme :

· L’État d’Israël et ses soutiens internationaux taxent d’antisémite toute critique de la politique de l’État d’Israël afin de ne pas avoir à répondre aux terribles accusations dont il fait l’objet.

· Alimenté par des antisémites notoires un certain confusionnisme se développe qui amalgame sionisme et judaïsme, essentialise les Juifs et les rend directement responsables des crimes commis contre les Palestinien.nes

Face à cette double manipulation, il faut encore et toujours expliquer les données du conflit et les bases de la solidarité internationale.

L’idéologie sioniste est née à la fin du XIXème siècle en Europe et visait à permettre aux Juifs à travers le monde de fonder un État souverain en Palestine. Très minoritaire parmi les juifs de France jusqu’à la seconde guerre mondiale, cette idéologie a su exploiter le souhait bien légitime des survivants de la Shoah de pouvoir vivre quelque part en sécurité. Elle s’est concrétisée dans un projet colonial organisant le nettoyage ethnique des populations palestiniennes, le vol des terres, la destruction de centaines de villages, les massacres et la soumission par la violence puis par la loi de ces populations par le nouvel État d’Israël.

Cette politique coloniale entamée dès 1947 n’a depuis jamais cessé quelle que soit la couleur des gouvernements qui se sont succédé. Elle est intrinsèque à l’État d’Israël tel qu’il s’est construit avec l’appui politique, économique et idéologique des puissances occidentales sur fond de culpabilité liée à l’Holocauste. L’Histoire a prouvé qu’il était illusoire de penser que le crime absolu de la Shoah pouvait se réparer par une injustice envers les Palestinien.nes.

Si la résistance acharnée des Palestinien.nes a ouvert dans les années 90 la possibilité d’une étape à deux États dans la résolution du conflit, celle-ci a été systématiquement sabotée par les gouvernements israéliens. Ces dernières années, ceux-ci se sont radicalisés, menant en toute impunité un véritable génocide à Gaza, poursuivant l’éviction des Palestinien.nes de Jérusalem Est, l’annexion de fait de la Cisjordanie et en soutenant sans réserve la violence des colons.

La structuration actuelle de l’État d’Israël par sa politique coloniale, ses lois d’exclusion et de ségrégation est incompatible avec une solution juste et pacifique pour tou.tes les habitant.tes de Palestine quelles que soient leurs origines et religions. Il appartient aux Palestinien.nes de déterminer les évolutions et solutions politiques nécessaires au respect de leur droits. Ces évolutions ne pourront se concrétiser sans une totale refonte des institutions, lois, règlements, de l’Etat d’Israël et des différentes administrations palestiniennes qui gouvernent aujourd’hui l’ensemble de la Palestine historique.

Déduire de ce constat l’expulsion des juifs et accuser ceux et celles qui le font d’antisémitisme relève de la manipulation qui ne vise qu’à maintenir le statu quo. L’extension de la définition de l’antisémitisme à toute critique de l’État d’Israël et de ses gouvernements ne cherche qu’à criminaliser le soutien grandissant aux droits bafoués des Palestinen.nes. Il faut refuser l’équation “juif=sioniste=israélien” qui conduit à séparer les Juifs du reste du monde, à les transformer en étrangers dans leurs propres pays et banalise l’antisémitisme. Au Pays Basque les juifs font partie intégrante de sa population et il faut être absolument vigilant afin que la colère légitime contre les crimes de l’État israélien ne conduise jamais, sous l’effet de ce confusionnisme, à les en rendre responsables.

De notre côté, soyons clairs et sans ambiguïtés dans les slogans que nous utilisons pour soutenir la Palestine. On peut très facilement trouver des slogans parfaitement clairs : liberté pour la Palestine, stop au génocide, non à l’apartheid, etc. Ne prenons donc pas le risque de choisir des slogans ambigus que des antisémites pourraient s’approprier ou que les soutiens d’Israël pourraient manipuler pour éluder leurs responsabilités.

Boycott, sionisme, colonisation, fait colonial, fait national

Le document d’EH Bai Baiona revient aussi sur différentes campagnes de boycott concernant les relations économiques avec Israël, rappelant leur importance pour la solidarité avec la Palestine. Il ne dit rien sur le boycott dans les relations culturelles. L’affaire du boycott de Barbara Butch à Grenoble en juillet, après une campagne de LFI qui avait été jusqu’à interrompre le spectacle, avait suscité force controverses. A Hendaye, La campagne de LFI a abouti à l’annulation préventive du spectacle.

Un appel paru le 29.7.26 dans Libération

Collectif Juives et Juifs pour le respect des droits du peuple palestinien

Disons-le tout net, pour nous, ce qu’a subi Barbara Butch est inacceptable et les arguments pour le justifier sont fallacieux. Outre que Barbara Butch est la cible de l’extrême droite antisémite et homophobe, elle est revenue elle-même le 23 mai 2026 sur France 24 sur sa signature d’une tribune soutenant la loi Yadan : «J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire. On a tous le droit à l’erreur.» Que le représentant local de LFI balaie cette position d’un revers de main est le signe d’un aveuglement politique inquiétant: les individus n’auraient donc pour eux aucune possibilité de changer de position et resteraient marqués à vie pour une déclaration conjoncturelle. Que des personnes censées être de gauche puissent produire à cette occasion un tract reprenant des tropes homophobes et antisémites est alarmant. La direction de LFI devrait s’interroger sur les raisons qui ont permis qu’une telle dérive puisse voir le jour.

Juives et Juifs pour le soutien au peuple palestinien, nous sommes d’autant plus scandalisés par une telle affaire qu’elle permet aux zélateurs de la politique israélienne de reprendre l’offensive en essayant une fois de plus d’assimiler antisionisme et antisémitisme et de délégitimer la politique de boycott de l’Etat d’Israël. Il nous faut donc clarifier un certain nombre de points.

Pas de boycott généralisé

Tout d’abord, pas plus que les musulmans ne peuvent être tenus responsables des crimes jihadistes et n’ont pas à se justifier en permanence, les Juifs ne sont comptables de la politique criminelle de l’Etat d’Israël. Toute attitude qui, de fait, traite les Juifs comme un tout et les essentialise est antisémite. Nous refusons qu’un individu soit stigmatisé pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait ou dit et nous récusons l’injonction adressée à tous lesJuifs de soutenir inconditionnellement l’Etat d’Israël.

Les appels au boycott des produits israéliens, le refus de recevoir les actuels dirigeants del’Etat d’Israël ou les demandes de suspension de l’accord UE/Israël sont des moyens de pression politique tout à fait justifiés aussi longtemps que cet Etat ne reconnaît pas les droits nationaux du peuple palestinien et viole le droit international. Cependant la nature de ce boycott doit être précisée. Si l’appel au boycott des marchandises produites dans cepays est justifié ainsi que la rupture des accords de coopération comme celui avec l’Union européenne, la question des organisations de la société civile et des personnes demande un traitement spécifique. Sauf à rendre responsables tous les Israéliens des crimes de leur gouvernement, on ne peut prôner un boycott généralisé.

Nous devons, au contraire, soutenir celles et ceux qui, certes aujourd’hui très minoritaires dans la société israélienne, dénoncent inlassablement la politique colonialiste et fasciste de leur Etat. Il était ainsi aberrant que le cinéaste Nadav Lapid, contempteur de la politique israélienne, ait été empêché de participer au Festival international du cinéma de Marseille.Doivent être en revanche condamnés et boycottés les institutions et individus qui, partout dans le monde, soutiennent la politique raciste et colonialiste israélienne. On le voit, la question du boycott renvoie, in fine, à celle de l’analyse de l’Etat d’Israël et donc du sionisme. Suivant l’analyse que l’on en fait, ce qui devra être boycotté sera différent.

La question du sionisme

On est ici ainsi confronté à la question du sionisme, mouvement nationaliste juif. Il vise à regrouper dans un Etat tous les Juifs du monde,considérant qu’ils n’auraient pas de place dans les pays où ils vivent. Il a abouti à la colonisation de la Palestine ainsi qu’à l’expulsion par la force d’une grande partie de ses habitants. Cependant le fait colonial sioniste a débouché sur un fait national israélien. Une culture proprement israélienne a vu le jour. Les exemples ne manquent pas d’Etats issus d’un processus de colonisation, tels ceux du continent américain issus d’un processus de conquête qui plus est de nature génocidaire.C’est aussi le cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Ces colonisations ont abouti à la création de nations dans des processus complexes où la bataille pour la reconnaissance des génocides et des droits des populations autochtones est encore en cours et fait l’objet de violents conflits.

En Israël, l’inclusion des citoyens non juifs n’a jamais été voulue, sapant le caractère prétendument démocratique de l’Etat. Cette réalité est porteuse d’un conflit sur le caractère même de l’Etat. Comme l’affirmait dès 2005 un des idéologues suprémacistes juifs Moti Karpel : «C’est sur l’axe Juifs-Israéliens que se profile le prochain combat. Ceux qui sont d’abord Juifs font face à ceux qui sont d’abord Israéliens. […] A la vision israélienne d’un Etat pour tous ses citoyens, avec tout ce que cela signifie, il faut opposer la vision d’une démocratie juive.» C’est ce programme mortifère qui a été mis en œuvre avec la loi fondamentale de 2018 qui consacre Israël comme Etat-nation juif et «la colonisation comme valeur nationale.» L’esprit de cette loi avait été résumé à l’époque par la ministre de la Justice Ayelet Shaked : «Le sionisme ne doit pas – et cela n’adviendra pas – continuer à se soumettre à un système de droits individuels interprétés de manière universaliste.» (Cité par Sylvain Cypel, l’Etat d’Israël contre les juifs, La Découverte, 2020.) La lutte du peuple palestinien pour ses droits nationaux doit aller de pair avec la lutte à l’intérieur même d’Israël pour l’égalité des droits et pour une démocratie effective.

Juives et juifs pour les droits du peuple palestinien, vivant en France, nous sommes solidaires de ces deux combats.

Et pour conclure provisoirement…

Ces points de vue ne sont pas totalement partagés dans l’ensemble du mouvement de solidarité avec la Palestine. En particulier l’idée qu’il y ait un « fait national israélien », bien que cet Etat soit issu d’un processus colonial, et poursuive la colonisation. Si l’on refuse de jeter les Palestiniens ou les Israéliens à la mer, sur le territoire de la Palestine historique, du Jourdain à la mer, il y a deux peuples qui devront trouver une forme de coexistence pacifique, malgré le génocide en cours. Israël n’a pas d’avenir sous sa forme actuelle d’Etat-nation réservé aux Juifs un Etat d’apartheid. La proposition actuelle à deux Etats nations est invivable, mais peut être une étape vers des Etats plurinationaux, en attendant l’utopie d’un Etat laïque, démocratique, plurinational. Ce sera aux intéressés d’imager une solution pour cette coexistence.

La cause de la Palestine est particulièrement populaire au Pays basque. Il suffit de constater le succès du film Naza à l’Atalante, où les 3 séances ont fait le plein de la grande salle. Pourtant, sauf de rares exceptions, les manifestations ne sont pas à la hauteur. EH Bai Baiona propose des slogans sans ambigüité, susceptibles de rassembler plus largement. Un chemin à suivre.

Patrick Petitjean, 17 octobre 2026

Nouvelle Acropole : développement personnel, ésotérisme et extrême-droite

Ce début octobre, des affichettes fleurissent à Bayonne et Biarritz sur les murs et vitrines de commerçants. Elles invitent à des cours de philosophie, d’apparence inoffensifs. Regardant de plus près les signatures, on découvre la Nouvelle Acropole et le Centre d’Etudes de l’Auto-connaissance. La similitude des thèmes des cours ou conférences attire l’attention. La première organisation est bien connue, et semble disposer de moyens financiers importants. La seconde, plus confidentielle, revient chaque année à Bayonne. Les deux se présentent comme des multinationales philosophiques.

Le CEA (Centre d’Etudes de l’Auto-connaissance)

Vous cherchez la recette secrète pour être heureux ? Le CEA vous propose des formations pour se faire à la maison des associations de Bayonne. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Le nom de son site internet figure dans un coin des affichettes. « L’art de se dépasser soi-même », « se connaître soi-même, la recette secrète pour être heureux » sont les titres des « conférences » proposées à Bayonne par le CEA, avec comme sous-titre dans les deux cycles « psychologie de l’auto-connaissance ». Quand à l’imagerie des affichettes, elle parle d’elle-même. Cela fleure le charlatanisme.

Sur son site, on trouve une auto-présentation : http://www.cea-internacional.com/index.php/fr/

« Le Centre d’Etudes de l’Auto connaissance (C.E.A.) est formé par un collectif de personnes de divers pays, professions, et milieux sociaux, ayant une inquiétude commune : contribuer à divulguer les connaissances théoriques et pratiques dont chaque homme a besoin pour son propre épanouissement, qu’il soit humain, social, psychologique ou spirituel ».

Le CEA semble présent dans une vingtaine de pays, quasiment tous européens et latino-américains (comme l’indique l’orthographe du nom de son site). Il n’y a malheureusement pas de fiche Wikipedia pour en savoir plus

Image en une du site du CEA

Les grands secteurs d’études affichés sur le site sont : Philosophie et sagesse orientale ; Cosmologie et sciences ; Anthropologie et mythologie.

Son caractère international, ses similitudes avec la Nouvelle Acropole, son adéquation à l’ère du temps (le développement personnel) doit inciter à la méfiance, et à ne pas considérer les activités du CEA comme des fantaisies un peu ridicules, comme il y a en d’autres.

Nouvelle Acropole

Le problème soulevé par l’organisation « Nouvelle Acropole » est d’une autre ampleur. Ses affichettes de la Nouvelle Acropole se sont pas toujours visibles à Bayonne, au contraire de Biarritz. Elle est souvent considérée comme une secte dont l’idéologie la rapprocherait de l’extrême-droite. Elle est bien moins confidentielle que le CRA, même si elle en partage plusieurs traits. Sa maxime « révéler le héros en soi », lisible sur leur affichette (que j’ai mise en Une de ce billet) n’est pas fondamentalement différente de « l’art de se dépasser » au programme des conférences du CEA.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_Acropole

Comme la présente (trop aimablement) Wikipedia, qui a accordé une part importante à la défense, la Nouvelle Acropole se définit « comme une école de philosophie ésotérique et une association internationale qui promeut l’étude des grandes traditions spirituelles, et de la philosophie antique. Elle a été fondée en 1957 par Jorge Angel Livraga Rizzi (1930-1991), philosophe et écrivain, jusqu’alors membre de la Soociété théosophique.

Présente dans une cinquantaine de pays, Nouvelle Acropole se déclare indépendante, apolitiques et non confessionnelle, elle organise des activités philosophiques, culturelles, ainsi que des actions de volontariat social, écologiques et humanitaires ».

La réalité est bien différente. La Nouvelle Acropole est accusée par des rapports officiels français, des associations de protection de victimes de sectes, des anciens membres, des historiens et des sociologues de dérives sectaires ainsi que le fait de propager une doctrine élitiste et antidémocratique : Wikipedia développe aussi ces accusations. Son fondateur semble encore tenir, à travers l’étude de ses œuvres, un rôle de gourou.

Elle a des relais dans 12 villes dans l’hexagone, ainsi que Biarritz en Iparralde.

Il semble que la Nouvelle Acropole soit moins florissante que par le passé. J’avais eu affaire à elle dans les années 1980 en Alsace, où elle avait suscité des tirs de barrage jusque dans la communauté protestante. A Paris aussi, dans les années 2000, les affiches étaient nombreuses, pour des cours de philo et des concerts dans des églises.

Ici, elle a son siège à Biarritz, rond point de l’Europe, la villa Lehena. https://espacelehena.fr/

Le site internet de « l’espace Lehena » offre une bonne image de la banalisation recherchée : une maison inter-associative comme il en existe ailleurs, avec yogas, ateliers pour enfants, etc. La filiation avec la Nouvelle Acropole n’est pas cachée, mais ce n’est qu’un logo pour les cours de philosophie.

Le siège de l’ANABAB (Association Nouvelle Aquitaine BAB) à Biarritz

La page Facebook de la Nouvelle Acropole revendique 1 600 followers. Elle reflète ses multiples initiatives : conférences, cafés philo, … Le fondateur français ne manque pas le déplacement de Biarritz. Comme ailleurs, les intitulés sont à la fois neutres, et identitaires : de la philosophie pratique. Voir aussi l’atelier « deviens-toi même » : qui peut être contre ? Il y a une forte propension à utiliser les sujets « tendance », comme la « terre mère ».

Autre caractéristique, commune avec le CEA, la référence à la philosophie antique, aux pharaons en particulier.

Nouvelle Acropole
Centre d’Etudes sur l’Auto-connaissance

Il est difficile de ne pas rattacher ces deux organisations au mythe du « développement personnel ». C’est un domaine très ancien, une notion « valise » pour de multiples activités. Son extension actuelle est un stade de l’individualisme forcené et du mal-être provoqués par les transformations actuelles du capitalisme : voir l’injonction à être l’entrepreneur de soi-même. C’est aussi une réponse dépolitisante à l’eco-anxiété.

Comme le définit Wikipedia, le « développement personnel est un ensemble hétéroclite e pratiques appartenant à différents de pensée, qui ont pour objectif l’amélioration de la connaissance de soi, la valorisation des talents et potentiels, l’amélioration de la qualité de la vie, la réalisations de ses aspirations et rêves », tels que cadrés par les idéologies dominantes. On peut y rattacher des notions religieuses (certaines églises évangéliques par exemple) ou relevant de l’ésotérisme, comme dans les cas du CEA et de la Nouvelle Acropole.

C’est un domaine propice à tous les charlatans et tous les gourous, un business rentable, un marché en extension.

Quand cela propage en plus une idéologie d’extrême-droite, comme la Nouvelle Acropole, c’est tellement dans l’air du temps, qu’il y a matière à s’inquiéter. Dénoncer la Nouvelle Acropole est un combat à mener.

Patrick Petitjean, 13 octobre 2026

Bayonne : Lapix condamné pour la mort de Mohamed Kichouhi en 2022

Mohamed Kichouhi est un grutier qui avait trouvé la mort le 9 mars 2022 lors de la chute de la grue du chantier Bergeret / Alsace-Lorraine dans le quartier Saint Esprit. L’instruction judiciaire avait conduit l’entreprise Lapix, en tant que personne morale, et deux de ses employés devant le tribunal de Bayonne le 23 juin 2026. Mis en délibéré, le jugement vient d’être prononcé ce mardi 6 octobre. Lapix et les deux employés ont été reconnus coupables d’« homicide involontaire dans le cadre du travail ».

Alors qu’il travaillait sur ce chantier, la grue conduite par Mohamed Kichouhi s’était effondrée sur un immeuble voisin, projetant le conducteur hors de sa cabine, d’une trentaine de mètres de hauteur. Les expertises techniques sur les causes de l’effondrement ont mis en lumière un béton défectueux, dans lequel étaient posées les fondations de la grue. Il avait été coulé dans un sol trop humide et n’avait pas eu le temps de sécher. Le conducteur de travaux avait attendu neuf jours au lieu des 28 jours recommandés pour mettre les pieux. A l’emplacement du chantier, s’élèvent maintenant deux immeubles : Le Psyché, contruit par Domofrance et Zubi Mayou, construit par le COL.

Dès le 17 mars 2022, un rassemblement était organisé devant le lieu de l’accident.

le 17 mars 2022

Depuis, un hommage est rendu tous les ans, organisé à l’endroit même de l’accident, par le collectif de riverains et les syndicats CGT-Construction, LAB, Solidaires et FSU. La famille et les proches de Mohamed y participent.

Lors de l’hommage du 9 mars 2023, entre 100 et 120 personnes étaient présentes. Après la pose d’une plaque, le dépôt d’une gerbe par les organisateurs, et aussi de fleurs par des participants, une chaîne humaine s’est mise en place le long de ce qui fut la position de la grue par terre, à travers le boulevard.

Chaîne humaine le 9 mars 2023

Des billets ont été régulièrement publiés sur ce blog, commencé en mars 2023. On y trouve notamment une présentation de l’expertise sur l’accident.

Le procès du 23 juin 2026

Un responsable syndical présent avait consigné ses impressions d’audience :

L’expert judiciaire a exposé son rapport magistral sur le plan technique en le rendant accessible aux non spécialistes. Il a clairement établi que la cause principale de la chute de la grue ayant entraine la mort du grutier provient du manque de cohésion du béton entre les têtes des pieux et la base des casques. La pompe mise en place sur le chantier pour évacuer l’eau n’a pas suffit a assécher les fondations où le béton a été coulé.

La présidente a poussé chaque prévenu dans ses retranchements, elle avait sous les yeux les rapports d’enquête, elle les a confrontés à leurs déclarations de 2022. Enfin, elle a sondé la prise de conscience de leurs manquements.

Seul le chef de chantier a reconnu sa responsabilité et a exprimé son sentiment de culpabilité à la famille. Il a dit être ami avec Mohamed Kichouhi et penser chaque jour à ce qui est arrivé. Son avocat n’a pas plaidé la relaxe.

Le conducteur de travaux a tenté de biaiser ses responsabilités. Il a du mal à reconnaitre ses manquements. Son avocat a plaidé la relaxe.

C’est Lapix, en tant que personne morale, qui était poursuivie, Son représentant, présent au tribunal, était Arnaud Castillon, le PDG du groupe, venu de Paris. Il a exposé qu’il passait 1 jour par mois chez Lapix à Bayonne qui comptait une direction propre à l’entreprise qui est une institution locale. Il a dit avoir pleine confiance en ses deux salariés, expérimentés et compétents. Il a eu des mots de compassion envers la famille mais il a conclu sa déclaration par « la vie continue ».

Le jugement

Le 23 juin, la procureure avait requis : la culpabilité des 3 prévenus ; 30 mois de prison avec sursis pour le conducteur de travaux avec interdiction d’exercer pendant 5 ans ; 18 mois de prison avec sursis pour le chef de chantier avec interdiction d’exercer pendant 5 ans ; 100 000 € d’amende dont 20 000 € avec sursis pour Lapix. La publication de la sentence du tribunal pendant 30 jours sur le journal Sud-Ouest.

Le conducteur de travaux et le chef de chantier n’avaient pas d’antécédent judicaire.

L’entreprise Lapix, par contre, a un casier judiciaire chargé, avec plusieurs condamnations devant la cour d’appel, notamment pour des blessures involontaires. (c’est-à-dire des accidents du travail n’ayant pas entraîné la mort des salariés).

Le tribunal a confirmé la culpabilité des 3 prévenus. Pour la société Lapix, le jugement a suivi la procureure, à savoir 100 000 € d’amendes dont 20 000 € avec sursis. Pour les deux employés de l’entreprise, il a fait preuve de clémence : moins de prison avec sursis (24 mois pour le conducteur de travaux, et 18 mois pour le chef de chantier). Mais surtout, il n’a pas suivi la procureure sur l’interdiction d’exercer pendant 5 ans.

Pour le montant des dommages, la femme et le fils de Mohamed ont été renvoyés devant le pôle social, une juridiction a priori plus favorable aux victimes, même si cela ne remplacera pas la personne disparue. Pour les autres parties civiles, famille plus éoignée et syndicats, les dommages ont été fixés directement par le tribunal.

Une partie civile a été récusée par le tribunal, et ne sera dons pas indemnisée : la personne qui habitait dans l’appartement du dernier étage du Carré Saint-Esprit, détruit par la grue, au prétexte d’une transaction sur le travaux de réparation, comme les dommages causés se limitaient au « matériel » et pouvaient être effacés par la réparation de l’appartement.

Au final, l’essentiel est la reconnaissance de la culpabilité de Lapix comme personne morale. Même si l’amende est dérisoire et ne pèsera guère sur les profits des actionnaires.

Nous n’oublierons pas Mohamed Kichouhi. Et ferons en sorte qu’une plaque rappelle sa mémoire à l’endroit où il a trouvé la mort

Patrick Petitjean, 9 octobre 2026

Marche climat du 26 septembre : On veut vivre, pas survivre

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Après deux mois d’interruption, dont septembre consacré à l’organisation de la marche (objet de ce billet), c’est reparti pour le blog.

Un petit millier de personnes ont déambulé pour le climat dans les rues de Bayonne ce samedi 26 septembre. C’était sans doute la première initiative climatique de cette ampleur depuis la manifestation organisée par Bizi en septembre 2019, au plus fort du mouvement climat. Cette marche répondait à un appel national lancé début août pour refuser que les responsables politiques ne tournent la page, comme si canicules, sécheresse et incendies de l’été étaient négligeables. Plusieurs centaines de telles marches ont eu lieu partout en France, témoignant d’un début de renaissance du mouvement climat. L’habitabilité de la planète est en jeu.

La marche climat de 2019, organisée par Bizi, s’étant terminée sur le pont Saint-Esprit. Photo Mediabask

Sauf indication du contraire, les photos de la déambulation bayonnaise sont celles du Piment.

L’appel national

L’appel national pour des marches « pour le climat, le vivant, la paix, la justice sociale » avait été lancé début août. A l’origine, des militants « climat » de la fin des années 2010, actifs aujourd’hui dans différentes associations, notamment « Consom’acteurs ». L’appel est lancé sur une base individuelle. Avec une volonté de rassembler très largement, sur un contenu simple, ce qui a pu susciter une méfiance de la part de secteurs plus « politiques » comme les Soulèvements de la Terre, eux-mêmes occupés à préparer (avec d’autres) une manifestation nationale le 3 octobre contre Syngenta et les pesticides. L’accent était mis aussi sur les signatures locales de groupes actifs sur le climat, quelque soit un éventuel rattachement national.

Le mouvement n’a vraiment décollé que début septembre : le nombre de signataires s’est envolé, notamment celui de structures locales. Des appels à se joindre aux marches ont été lancés par des personnalités importantes (Cyril Dion, Greta Thumberg) et par les centrales syndicales (CGT, Solidaires et FSU) : « le monde du travail ne doit plus subir l’inaction écologique ».

Des militant.es anticoloniaux et antiracistes ont également rejoint l’appel, appelant à la vigilance du mouvement climat sur ces questions, et compensant l’absence des associations écologistes des quartiers populaires parmi les signataires initiaux.

Le matin de la marche, l’appel comptait 52 599 signataires à titre individuel, 1 217 structures principalement locales, une centaine de parlementaires. 264 mobilisations étaient au programme. 130 000 manifestant.es ont été comptabilisé.es par les organisateurs.

Tout est sur le site 26septembre.org

Les marches se sont faites sur la base de 3 propositions

1- Un plan d’urgence : Des lieux frais dans chaque bassin de vie, des écoles, crèches, hôpitaux et EHPAD où l’on ne meure pas de chaud, la protection des travailleur·ses de la chaleur, un toit pour chacun·e, de vrais moyens pour les secours.

2- Un plan d’adaptation : Le Fonds vert rétabli, l’ingénierie publique rendue aux territoires, la rénovation des logements engagée, des forêts protégées et restaurées, des sols restaurés, des haies replantées, des rivières et des nappes traitées comme des communs.

3- Un plan d’atténuation : La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles, l’interdiction d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, des transports publics accessibles partout. Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance.

L’appel demande que contribuent à financer ces plans celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe et en tirent profit : taxer les superprofits fossiles, taxer ceux de l’armement – et un impôt climatique sur les grandes fortunes.

(inter) Le climat partout présent

Les marches du 26 septembre ont pris, et prendront, place dans un ensemble d’initiatives où la question du climat et de la justice sociale sont présentes : la mobilisation nationale des pompiers du 27 au 29 septembre, la grève de la fonction publique le 29 septembre, la manifestation contre Syngenta et les pesticides le 3 octobre, les casserolades des 10 et 11 octobre contre la loi « omnibus » du Parlement européen, la manifestation « decolonize » à Paris le 12 octobre, l’appel de gilets jaunes pour le 17 octobre, la journée de la misère le 17 octobre, la journée d’actions du collectif enfantiste le 14 novembre contre les violences faites aux enfants et aux adolescents. Et bien sûr, le soutien aux manifestations lycéennes qui viennent de débuter, notamment à celle du 6 octobre.

D’ores et déjà, rendez-vous est donné pour la saison 2 des marches les 14‑15 novembre, avec comme thème central « pour le présent et l’avenir des enfants » (pour converger avec le collectif enfantiste). Cette saison 2 s’inscrit dans la mobilisation internationale du « Climate Action Network » au moment de la COP 31 (Antalya, Turquie, 9 au 20 novembre). Elle se situe aussi à deux jours du vote solennel du budget prévu (mais la date est encore aléatoire…) en première lecture à l’Assemblée nationale.

Ce calendrier est sur le site 26septembre.org

Inaction climatique

Le bilan macronien concernant le climat est particulièrement désastreux. Si l’on regarde notamment les trois grands secteurs émetteurs de GES : Les transports et le trafic routier ? Pas d’alternative à l’automobile, mais de nouvelles autoroutes, l’électrification comme solution miracle – Le logement ? « Stop and go » dans l’isolation des logements, remise en location des passoires thermiques – L’agriculture ? Pas de déviation du modèle productiviste.

Et concrètement, cela se traduit par la diminution des crédits du fonds Vert, destiné aux collectivités locales pour la rénovation des bâtiments publics, par l’amputation du budget de l’ADEME. Le projet de budget pour 2027 pousse encore plus loin l’hypocrisie : pour afficher une hausse du fonds Vert, le gouvernement y inclut la rénovation des bâtiments de l’État, transférée depuis une autre ligne budgétaire.

La marche de Bayonne

Devant la Mairie
rassemblement devant la mairie

Fin août, un collectif « marche du 26 septembre » a été constitué par un (tout) petit nombre de signataires individuels du Pays basque et du Sud des Landes pour organiser une marche à Bayonne.

Ce fut, il faut l’avouer, un peu compliqué, malgré la motivation des membres du collectif et même si les thèmes étaient porteurs après l’été caniculaire. Insérer localement une initiative « venue de Paris » est un peu à rebours d’une culture militante, où les associations suivent leur propre agenda, souvent calé longtemps à l’avance, dans leur couloir. Il faut avoir conscience de ces difficultés, en vue de l’acte 2 des mobilisations climat, qui provient d’un appel international du réseau Climate Action Network pour mi-novembre.

Lors du rassemblement de Cancer colère 64 devant la permanence de Brisson à Biarritz le 29 août 2026

Méfiance vis-à-vis de « Paris », scepticisme vis-à-vis d’un collectif de citoyen-nes, il a fallu un certain temps pour que la dynamique locale prenne mi-septembre.

Au final, l’appel a recueilli de nombreux soutiens (citoyen.nes, associations, syndicats, partis) au Pays basque, sous forme de la signature de l’appel national ou d’un appel séparé à la marche. Tout cela fortement relayé sur les réseaux sociaux.

Il faut compter entre 300 et 400 signatures individuelles au Pays basque. Parmi les parlementaires, on trouve Colette Capdevielle et Peio Dufau. Parmi les structures locales, il y a Baskula ; Bayonne en mouvement / Baiona Mugimenduan ; Bizi ; Demain Bayonne / Bihar Baiona ; Forêts vivantes 64 ; Les Ecologistes Pays basque ; Victoires populaires Sud Pays basque ; Vue d’Ensemble.

Devant la mairie. Photo L.

En liaison avec le collectif « 26 septembre », l’appel a été relayé par un large éventail d’autres structures locales : Alda ; Cancer colère 64 ; CDDH-PB ; CFDT ; CGT ; Collectif enfantiste 64 ; EH Bai ; Eusko ; FSU ; LAB ; LDH ; LFI ; NPAOstia ; Oxfam 64 ; REV ; Solidaires. Sans que cela soit exclusif de la participation d’autres associations à la marche.

Finalement, tout le monde était là devant la mairie de Bayonne le 26 septembre, avec un petit millier de participants à la déambulation (selon la police, 800 au début, 500 à l’arrivée). Conformément à l’esprit de l’appel, le cortège était un flot d’habitant.es, sans être segmenté par des étendards, où les appartenances se mélangeaient. Les photos ci-après en témoignent.

La montée rue du Port Neuf. Rue pleine depuis la mairie
La descente vers les halles
photo L.

Le choix avait été fait de limiter les interventions au départ de la mairie : le Collectif « 26 septembre », Baskula et Vue d’Ensemble, ainsi qu’Oxfam 64 et la CGT qui en avaient fait la demande. Choix aussi de terminer par un moment convivial au kiosque du jardin public.

Le long de Boufflers
photo M.

Le reportage d’Ici Pays basque rend bien compte de la déambulation :

https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques-64/bayonne/a-bayonne-un-millier-de-personnes-marchent-pour-le-climat-2307218

Bayonne en attente d’un vrai plan d’action contre le dérèglement climatique

A Bayonne, on se souvient que, dès juin, des écoles avaient du être transférées vers les locaux climatisés de l’AB Campus. La végétalisation de la cour de l’école Jules Ferry avait été présentée comme exemplaire, mais ce n’était qu’une vitrine, visible de l’extérieur pour la communication. L’isolation des bâtiments avait été oubliée, et les élèves ont du partir à l’AB Campus.

Le maire était si fier de sa nouvelle médiathèque. Hélas, elle a du être fermée à plusieurs reprises pendant l’été, pour son inadaptation aux canicules. Ce fut aussi le cas des Halles, de gymnases, de la bibliothèque Sainte Croix, etc. J’ai pu expérimenter en août, lors d’un spectacle, l’étuve qu’était la salle polyvalente de l’école Brana. Cette école où la ville avait fait raser en juin le jardin pédagogique.

Mais le problème des bâtiments et lieux publics ne doit pas faire oublier l’essentiel pour le quatidien des habitants : les logements devenus des bouilloires thermiques. On attend leur inventaire sur toute la ville, au-delà des bailleurs sociaux.

Les habitants.es sont en droit d’attendre davantage de transparence, avec un bilan complet des problèmes rencontrés pendant les vagues de chaleur. Avec un recueil de la parole des habitant.es sur ce qu’ils/elles ont vécu.

Ils/elles sont surtout en droit d’attendre un vrai plan d’action – et il y a urgence – pour l’adaptation au dérèglement climatique, une accélération des mesures à prendre, notamment pour l’isolation des bâtiments et logements. Développer les lieux de fraîcheur, dans tous les quartiers, les faire connaître. Aller vers un « permis de louer », comme à Lyon, conditionnant le certificat de salubrité d’un logement à son adaptation aux canicules.

On ne peut se contenter de l’achat des brasseurs d’air pour équiper les écoles lors de cette rentrée, ou de la végétalisation de quelques cours d’école supplémentaires. Nous avons besoin d’actions rapides, pas de proclamations.

Vers un nouveau plan climat à la CAPB

Le territoire basque n’est pas épargné, loin s’en faut, par le dérèglement climatique. Le CEREMA a publié en 2025, pour la CAPB, un atlas des vulnérabilités du Pays basque face aux aléas climatiques. Pression du niveau de la mer sur les falaises, les routes et les habitations ; diminution du stock d’eau disponible pour nos élevages, nos forêts, nos sols et nos industries ; fonte des glaciers dans les Pyrénées ; dérèglement du cycle de l’eau ; disparition d’espèces ; épisodes de chaleur de plus en plus difficiles à supporter.

Le dérèglement est déjà là, ou à nos portes : forêts et habitations parties en fumée, populations déplacées et faune décimée, cultures détruites par la canicule ou les grêlons, troupeaux contraints de quitter les esquives prématurément, et rivières à sec.

Le Conseil communautaire avait justement à son ordre du jour lors de sa séance du 26 septembre le lancement de la révision du PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de la CAPB à horizon 2019.

Dans son long entretien avec le journal Mediabask le 3 juin, Alain Iriart, fraichement élu Président de la CAPB, n’avait consacré que peu de place aux enjeux climatiques, même indirectement en parlant de la politique logement ou de l’agriculture.

Daniel Olçomendy, vice-président en charge de la transition écologique et énergétique et du tourisme durable, a, dans le même journal le 21 juillet, explicité davantage la politique de la CAPB en la matière. Il a semblé se satisfaire de ce qui est déjà là : un plan climat « ambitieux » depuis 2021 ; un secrétariat général à la transition énergétique, avec 25 agents, permettant l’articulation des différentes politiques publiques concernées par l’enjeu climatique ; le rôle d’expertise de la CAPB auprès des municipalités, notamment pour les projets d’aménagement et l’énergie.

Peut-être était-il trop tôt pour une prise de conscience de la nécessité de passer à la vitesse supérieure dans la lutte climatique, d’accélérer tant l’adaptation que l’atténuation. Mais la CAPB a-t-elle les moyens de conserver ne serait-ce que les objectifs actuels de son plan climat ? Car, et Daniel Olçomendy l’a souligné, les moyens financiers fournis par l’État sont en train de se réduire considérablement : le (bienvenu) secrétariat général à la transition dépend en grande partie de l’aide de l’ADEME, dont le gouvernement vient de réduire le budget. Le fonds Vert pour la CAPB est passé de 800 000 € en 2025 à 150 000 € en 2026. La CAPB va avoir des arbitrages financiers douloureux à faire.

Si les débats lors de la séance du Conseil communautaire le 26 septembre ont permis un certain retour critique sur le PCAET en cours, il n’est pas apparu une claire volonté politique d’accélérer, voire même d’être seulement à la hauteur des objectifs nationaux de neutralité carbone : la trajectoire de réduction des GES étant très insuffisante dans le plan actuel.

Les plans climat sont toujours traités d’une manière davantage technique que politique, réservés aux spécialistes. L’été caniculaire, qui se répètera, montre qu’il faut aussi une plus grande ambition pour impliquer les habitants dans ces plans, reconnaître leur rôle. L’actualisation et la mise à niveau du nouveau plan de la CAPB devrait faire l’objet d’une information plus lisible par les habitant.e.s et, encore mieux, avec leur participation directe sous forme de conventions citoyennes et participatives.

Pour un Pays basque habitable sur une planète habitable

Habitable : c’est le concept, la valeur même, qui permet de relier les 4 thèmes mis en avant le 26 septembre : le réchauffement climatique, le vivant (avec la biodiversité comme interdépendances de tous les vivants – et pas seulement une liste d’espèces à protéger), la paix (contre la course aux armements et le militarisme), la justice sociale (le monde est de moins en moins également habitable).

Il faut lire à ce sujet : Baptiste Parizot & Laurent Neyret : Liberté, dignité, habitabilité (tracts, Gallimard, 4€90)

Plusieurs dossiers brûlants, tous reliés aux enjeux climatiques, restent ouverts au Pays basque : la LGV, le projet E-cho, le projet immobilier de Marienia à Cambo, les pesticides avec leur cortège de cancers, les artificialisations programmées dans les PLUi de la côte, les bouilloires thermiques, etc. Ils ne manqueront pas d’être présents lors de la journée pour le logement (Auzolan) organisée le 31 par Alda, lors du salon Lurrama, la ferme du Pays basque, organisé par EHLG les 6-8 novembre sur le thème de l’eau, tout comme lors de manifestations à Pau par Forêts vivantes (10 octobre, 11h) contre les projets E-CHO et NACRE ; et à Cambo dans les prochaines semaines pour la défense de Marienia.

Ces enjeu sont, bien sûr, aussi au coeur des nombreuses initiatives de la semaine Klima, organisée jusqu’au 11 octobre par la CAPB avec la participation de nombreuses associations

Les manifestations du 26 septembre ont représenté, notamment à Bayonne, une première relance des mouvements climat. Ce frémissement est à prolonger les 14-15 novembre au moment de la COP 31, et bien au-delà pour être à la hauteur de l’enjeu « un monde habitable ».

Patrick Petitjean 5 octobre 2026

Bayonne, chronique municipale n°5 : Torpeur caniculaire

Screenshot

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

Lors de ce conseil municipal, aux rangs un peu clairsemés, 3 sujets ont émergé : l’officialité des langues basque et gasconne, le coût du stationnement et (comme sujet « cavalier » importé) le stand du EHKS aux Fêtes de Bayonne. Mais quand cette chronique est rédigée, une semaine après, on peut se demander ce qu’il reste de près de 4h de séance. Seul le stationnement fit controverse, et des points méritant débat furent effacés. La canicule a accentué la traditionnelle torpeur estivale.

Ecouter le CM : https://www.youtube.com/watch?v=XauxhOBTNq4

Les interventions évoquées dans le billet font référence au minutage de cette séance.

Canicule et adaptation au changement climatique

Le plus étonnant est sans doute le silence général sur la canicule, uniquement présente à travers la tenue vestimentaire des élu.e.s. Et l’enjeu de l’adaptation qui l’accompagne. Plusieurs délibérations à l’ordre du jour permettaient pourtant d’accrocher cet enjeu, notamment les questions budgétaires.

Canicule au conseil du 23 juillet

Il y aurait pourtant eu, du côté de la municipalité, matière à vanter son action matière de végétalisation et sa réactivité avec l’envoi des écoliers en surchauffe dans les locaux climatisés de l’AB Campus.

Du côté de l’opposition il y avait matière pour souligner le retard pris dans l’adaptation au réchauffement climatique, loin de l’autosatisfaction affichée par la municipalité dans son bilan du Plan de Transition Ecologique et Solidaire (PTES). Et de proposer un état des lieux, établi de manière contradictoire pour déboucher sur des propositions d’accélération de cette adaptation. Pourquoi pas une convention citoyenne ?

D’autres sujets méritaient débat, comme le règlement intérieur, actualisé tous les 6 ans. Peut-on démocratiser ce conseil municipal, malgré le caractère autocratique du maire? Le thème de la « gouvernance après » avait fait l’objet de nombreuses propositions de Bayonne en Mouvement pendant la campagne électorale. Cette bataille politique aurait pu être prolongée à cette occasion.

Dissolution d’Israël. Confusion totale.

Le premier sujet qui a marqué ce conseil a été glissé par Henri Etcheto en tout début de séance (9’) en commentaire d’une décision concernant l’occupation du domaine public par des stands à l’occasion des Fêtes de Bayonne. Il a commencé par réaffirmer son soutien au peuple palestinien, mais il s’est ému que le « Conseil socialiste » (branche d’EHKS en Iparalde) ait pu disposé d’un stand avec du matériel hostile à Israël. Selon lui, EHKS accompagne une « campagne honteuse » appelant à la destruction de l’État d’Israël, comme le maire a pu le constater lui-même lors des Fêtes de Pampelune. A Bayonne, le mot d’ordre est « édulcoré » avec l’appel à la dissolution d’Israël. « Une incitation à la haine qui n’a aucune place dans notre République, sur le territoire basque et dans notre ville ». Pour lui, refuser la dissolution d’Israël ne vaut pas soutien à la « politique épouvantable » du gouvernement israélien d’extrême-droite. Il déplore que la ville ait apporté sa caution (avec aussi les gains financiers de la buvette) à EHKS, et estime qu’il y a eu manque de vigilance.

Sollicité sur ce qu’il avait vu aux Fêtes de Pampelune, le maire a embrayé en racontant en détails sa réaction : il a a été choqué, dit-il, à la vue de la banderole (immense) « Destroy Israël ».

Puis il passe à un récit, plus descriptif que politique, de ses relations avec la branche jeunesse d’EHKS en Iparalde : il en a fait connaissance pendant l’été 2025 quand ils ont occupé le bâtiment de l’ancienne Atalante. Il les avaient rencontré et obtenu leur départ.

On apprend d’ailleurs au passage (15’43’’) que ce bâtiment est « aujourd’hui en ruine ». A l’époque, un rapport du COL sur l’état du lieu avait été annoncé pour l’automne 2025. S’il existe, il n’avait donné lieu à aucune communication. C’est une révélation importante.

Le groupe des jeunes d’EHKS est, par la suite, venu demander un stand et une buvette pour les Fêtes de Bayonne : accordé à la Poterne, mais de petite dimension. Il les a convoqués après ce qui s’était passé aux Fêtes de Pampelune, pour leur interdire une banderole semblable, sous la menace d’arrêter toutes les Fêtes (rien que ça). Il n’y a donc pas eu de banderole à leur stand.

Le maire a profité de cette discussion pour assumer la disparition cette année des drapeaux israélien et palestinien du Pont Saint Esprit. L’an passé, des « groupuscules extrémistes » lui avaient demandé d’enlever le drapeau israélien. Après son refus, ils avaient « lapidé » ce drapeau. Il avait alors, pour calmer les esprits, fait installer un drapeau palestinien. Cette année, il a annulé d’un même mouvement Israël et la Palestine…, au prétexte de ne pas créer de polémiques.

La banderole rue Marengo. Capture d’écran

En s’en tenant à un récit très factuel et lisse, mettant en avant la manière dont il avait contrôlé la situation, le maire a évité de réagir aux accusations de manque de vigilance Henri Etcheto.

Déborah Loupien-Suares (24’45’’) a pris ses distances avec le discours lisse du maire, menant la charge contre l’antisémitisme qui, selon elle, se cache derrière l’antisionisme, se référant aussi à l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble. Elle a été « choquée » par le stand d’EHKS à La Poterne. Elle signale aussi qu’une banderole rue Marengo appelant à la dissolution d’Israël avait du être enlevée.

Selon elle, la communauté juive à Bayonne a été inquiète de cette ambiance, et s’est sentie mise en danger, au point de se poser la question d’annuler un concert programmé à la synagogue (il a été maintenu).

Jean-Claude Iriart (29’) a tenu à exprimer son accord avec tout ce qu’Henri Etcheto avait dit.

Commentaires

Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, tel que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle.

Ce point du conseil municipal a donné lieu à des articles dans Sud Ouest et Mediabask, ainsi qu’une mise au point du collectif Baiona Palestinarekin, à l’initiative de la banderole. Ce collectif avait d’ailleurs déjà organisé fin juin une manifestation à Bayonne dont l’affiche comportait ce même slogan.

Cela vaut la peine d’y revenir dans un autre billet

Officialité des langues basque et gasconne

Ce point avait été reporté du précédent conseil municipal, suite à des doutes sur la conformité juridique avec la constitution qui institue le français comme langue de la République. Selon l’interprétation dominante, donner un statut officiel à d’autres langues mettrait en danger l’unicité de la République.

La fédération des acteurs de l’euskara, Euskal Konfederazioa, avait demandé avant les élections aux candidat.e.s de s’engager à reconnaître cette officialité. Ce qu’avaient fait à Bayonne tant le maire que les listes de Bayonne en Mouvement (Jean-Claude Iriart) et Bayonne tout simplement (Henri Etcheto). Les raisons et l’importance de ce vote pour la survie des langues basque (vulnérable selon l’UNESCO) et gasconne (en danger) ont été développés une nouvelle fois par Pantxo Etchegaray (31’), conseiller délégué à la politique linguistique et Jean Claude Iriart (34’30’’- 40’20’’).

Colette Capdevielle rappelé avoir fait ajouter des précisions concernant le gascon. Le maire (48’- 57’), dans un long plaidoyer, a développé les éléments juridiques pour défendre la compatibilité avec la constitution, qui a cependant besoin d’être modifiée. Il en a profité pour vanter son « courage politique ». Il a rappelé en particulier qu’il avait fait voter en 2018 une délibération semblable, non contestée par la Préfecture. Il proposera à la nouvelle CAPB de revoter un texte semblable.

Après ce débat consensuel, le vote a été unanime. Toutefois, sans avoir expliqué leur position, 3 élues ont refusé de participer au vote : Agnès Duhart, Sylvie Durruty et Déborah Loupien-Suares.

Mais ce délai de sécurisation juridique s’est avéré inutile : comme il l’avait fait pour une délibération de la ville de Sare juste avant, le Préfet a, dès le 30 juillet, déféré la délibération devant le tribunal administratif

Voir la réaction de bayonne en Mouvement :

https://www.facebook.com/search/top?q=baiona%20en%20mouvement

Actualité périscolaire

L’actualité s’est aussi imposée quand est venue en discussion une modification du règlement intérieur pour l’accès aux cantines scolaires. Il s’agissait de réserver les repas de midi aux enfants effectivement présents à l’école, pour éviter que des parents amènent leurs enfants à la cantine sans qu’ils assistent aux cours. Cette modification posait problème en elle-même : d’où venait cette pratique, en quoi était-elle abusive ?

Mais ce n’est pas ce qui a été débattu. L’actualité brûlante venait des cas de violences sexuelles envers les enfants dans des centres de loisirs. Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation et à l’enfance, qui présentait la délibération (1h36’), est rapidement passée à l’actualité en développant les précautions prises dans le périscolaire à Bayonne pour éviter des situations comme celles de Paris, Tarnos ou Biarritz, où des animateurs ont été mis en examen.

Elle a indiqué que la conception du dispositif périscolaire avait fait l’objet d’une réunion de travail début juillet avec la commission municipale élargie aux élu.e.s en responsabilité dans les écoles : appui sur un projet précis, critères de sélection des animateurs, qualification des responsables de sites, utilisation de divers fichiers judiciaires, sensibilisation aux gestes, langages et comportements, plate forme d’appel,…

Colette Capdevielle (1h42’) a abondé dans le même sens, en élargissant à la prise en charge nationale du sujet. « On va assister à une révolution culturelle dans les semaines à venir », avec une nouvelle loi en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat, qui concernera tous les secteurs où des adultes sont en contact, de toute sorte, avec des enfants. Cette loi institue un « certificat de contrôle d’honorabilité ». On part de l’enfant et de son environnement. Le certificat est vérifié tous les deux ans. « Une révolution » insiste-t-elle, « une loi terrible, très coercitive ». Tout en se félicitant que la ville de Bayonne prenne les devants, elle souligne que ni les diplômes ni l’expérience professionnelle ne sont des garanties suffisantes, ce qui nécessite d’aller plus loin dans la protection des enfants.

Stationnement au centre ville

Il était demandé aux élu.e.s « d’actualiser » la grille tarifaire du stationnement, comprendre augmenter le coût du stationnement. Loïc Corrégé (3h14), adjoint en charge de la question, a délivré en 1 minute toute la langue de bois de circonstance pour présenter la délibération : le stationnement comme levier pour faire évoluer de l’automobile vers les mobilités douces, objectif défini par le fameux PTES ; la grille tarifaire qui fait encore plus office de levier ; mais comme l’usage de la voiture reste important, la nouvelle grille tarifaire se doit de répondre « aux besoins (en stationnement) des résidents, des usagers pendulaires, des visiteurs et des chalands ».

D’emblée, Henri Etcheto (3h15) a annoncé que son groupe voterait contre cette grille, pour 3 raisons : l’augmentation des tarifs pour les résidents, le déploiement de nouvelles places gratuites pendant 30 minutes, et les nouveaux aménagements au détriment des résidents. Et de conclure « au final, les habitants du centre ville devront payer plus cher avec moins de places à leur disposition ». Ila a reproché à la municipalité de considérer le centre ville comme un centre commercial davantage que comme un lieu de résidence. On avait rarement entendu Henri Etcheto défendre les habitants du centre ville avec une telle vigueur…

Au passage, il a relevé l’hypocrisie de la politique municipale : pour réduire l’usage de la voiture, elle encourage le fait de faire ses courses en voiture en multipliant les places « 30 », ce qui, mécaniquement, augmente la possibilité de rotation des voitures sur une seule place et donc la circulation.

De manière plus surprenante, mais sans en tirer de conclusions concrètes, Henri Etcheto s’est lancé dans une violente dénonciation de la place accordée aux deux-roues motorisés par la ville : les places qui leur sont réservées voient leur nombre augmenter, et elles sont gratuites. Pour lui, motos et scooters sont « le pire » mode de déplacement, pour l’impact environnemental, la tranquillité publique et les risques sanitaires. En contre point, il a évoqué la manière dont les grandes villes s’attaquent au problème.

Pour sa part, Joé Mendes Monteiro (3h18) a relevé le caractère estival fréquent des augmentations. Il a déploré l’absence d’une tarification sociale pour le stationnement : encore une fois, la justice sociale est oubliée. D’autres villes savent marier justice sociale et écologie. Le groupe Bayonne en Mouvemen s’abstiendra.

Dans sa réponse, Loïc Corrégé a expliqué que les places « 30 » sont appréciées aussi des résidents, et qu’elles permettent de limiter les voitures « ventouses ». Puis le maire a vanté le succès populaire du tram-bus et la suppression de plusieurs centaines de place de stationnement en quelques années. Comme réponses à l’opposition, ce fut léger et à côté, comme toujours.

Vigilance. Le vilain petit canard s’incruste

On n’a pas pu ne pas remarquer, lors de ce conseil, l’interventionnisme de Pascal Lesellier, l’élu du RN. Il diversifie ses interventions et ne se contente pas de dénoncer tout ce qui concerne les quartiers populaires (politique de la ville, place des Gascons, soutien aux associations) « par souci des finances de la ville ».

Il se montre « constructif » en présentant un amendement (accepté par le maire !) en défense du gascon dans la déclaration sur les langues. Il plaide pour la géothermie au lieu de la filière bois pour le réseau de chaleur du Prissé (Laurence Hardouin et le maire doivent lui expliquer qu’il n’a rien compris). Il prend prétexte du budget supplémentaire sur les fêtes pour lancer un assaut contre le stand d’EHKS disant que que les organisations d’extrême-gauche prenaient les Fêtes en otage avec leur soutien à la Palestine et à l’ETA, pour dénoncer leur antisémitisme et souligner la mansuétude du maire à leur égard. Il termine son intervention en se réclamant de l’histoire de Bayonne et de Benjamin Gomez, fondateur des fêtes, dont il semble se proclamer l’héritier. Quand au soutien à l’Aviron bayonnais, il aurait préféré que cet argent aille à la rénovation des écoles…

Les réponses du maire oscillent entre l’indifférence, la pédagogie et l’ironie. Mais pas vraiment de politique. L’opposition de gauche réagit peu. Plusieurs élu.e.s sont venu.e.s en renfort quand Lesellier s’est attaqué au GIP-DSU pour expliquer les activités associatives ainsi financées. Et heureusement, Colette Capdevielle (3h01) a pris la mouche (vraiment politique) pour défendre les quartiers en politique de la ville et le GIP-DSU, reliant les critiques de Lesellier aux problématiques générales du RN.

On aurait tort de sous-estimer cette omniprésence de l’élu RN et la diversité de ses interventions. Il y a un combat politique à mener pied-à-pied.

Prochain conseil 15 octobre.

Patrick Petitjean, 3 août 2026

Raoul Vaneigem. Sous les pavés, la terre

Raoul Vaneigem : ce nom ne doit pas dire grand chose aux étudiant.e.s d’aujourd’hui. Il vient de mourir ce mardi 28 juillet, à 92 ans. Ecrivain et philosophe, il fit partie dans les années 1960 de l’Internationale situationniste, qui eut une inffluence importante dans les mouvements étudiants qui précédèrent 1968.

A l’instar « La Société du spectacle » (1967) de Guy Debord et « De la misère en milieu étudiant » (1966) de Mustapha Khayati, son essai « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » (1967) contribua à l’éclosion du mouvement de Mai 1968, même si ce corpus situationniste fut rapidement marginalisé dans l’ampleur sociale du mouvement. Si la lettre des écrits de cette époque a beaucoup vieilli, les intuitions de nombre de penseurs du début des années 1970 (comme André Gorz, Françoise d’Eaubonne, Pierre Samuel ou Alexandre Grothendieck) sur l’écologie, la société de consommation, la science, le militarisme,… sont plus que jamais d’actualité.

Raoul Vaneigem, qui appelait dès cette époque à une « insurrection de la vie quotidienne » contre le « règne de la survie » instaurée par la société marchande, a su percevoir la manière dont aujourd’hui se combinent les luttes pour l’habitabilité de la planète et contre le système capitaliste. Il était parfaitement en phase avec la ZAD de Notre-Dame des Landes. En témoigne l’entretien donné à Reporterre en 2022, et republié à l’occasion de sa mort :

https://reporterre.net/Raoul-Vaneigem-Contre-le-capitalisme-une-revolution-maraichere

Les idées de Raoul Vaneigeim sont vivantes aussi bien dans la problématique des « Soulèvements de la terre » que dans les mouvements des potagers militants.

https://lessoulevementsdelaterre.org

https://reporterre.net/Jardins-ouvriers-potagers-militants-jardiner-c-est-resister

Patrick Petitjean, 30 juillet 2026

Bayonne. Fuck la Corrida

Dimanche 26 juillet, aux Arènes de Bayonne, c’était l’avant-dernier concert de la tournée 2026 des 9 chanteurs et chanteuses de la Star Academy (TF1). Cela ne s’est pas passé comme attendu. La ville utilise le lieu, les Arènes, pour de nombreuses activités culturelles ou associatives. C’est une manière d’en neutraliser et banaliser la dimension toromachique. Juste retour des choses. 3 artistes ont boycotté le spectacles, et 2 autres s’en sont désolidarisés. Ambre Jadah, la gagnante de l’édition 2026 a fait retentir les Arènes d’un « Fuck la Corrida » sacrilège en ce lieu.

Ambre Jadah

Selon public.fr, Ambre Jadah est engagée pour le bien-être animal, et a tenu à prendre la parole entre deux prestations. Selon public.fr, « Organiser des corridas, mettre à mort des animaux, il y en a qui trouvent normal ça ici ?« , a-t-elle demandé à son public visiblement acquis à sa cause. « C’est la dernière fois que je viendrais chanter dans une salle pareille. Aussi, j’espère qu’un jour on pourra faire résonner autrement ce genre d’arènes et que surtout on arrêtera de maltraiter, de massacrer les animaux pour divertir l’humain et pour l’amuser« , a-t-elle ajouté avant de hurler dans son micro un « FUCK LA CORRIDA« .

Logo repris d’un site anarchiste

On peut voir un reportage sur cette soirée ici :

Melissa, Victor et Sarah sont les 3 artistes qui se sont désistés. Une 4e, Jeanne, a chanté, tout en dénonçant les corridas. La dernière séance de la Star Ac se déroule ce soir le 28 juillet dans le théâtre antique à Orange. Une autre culture.

Sud Ouest, du 28 juillet, fait raconter à une spectatrice, la prestation finale d’Ambre :

« C’était un très bon show qui a duré jusqu’à 23 h 30, témoigne Aline, 26 ans, venue assister au spectacle avec une amie qui ne rate pas une émission de la Star Ac. Le concert s’est déroulé normalement. Il y a simplement eu un moment où Ambre, la gagnante de cette saison, a rappelé qu’elle avait choisi de chanter ‘‘La Corrida’’ de Francis Cabrel lors d’un prime pour ses convictions anti-corrida. »

 » La jeune chanteuse a ensuite réalisé un sondage à l’applaudimètre pour mesurer les pros et antis. La foule était plutôt jeune, composée de pas mal d’enfants et parents, ou de jeunes adultes de 18 à 25 ans « Le public était plutôt contre mais il y avait aussi des défenseurs, souligne la spectatrice, elle même pas emballée par les spectacles taurins auxquels elle ne se rendra jamais. Ambre a fini par crier un « Fuck la corrida ! »« 

La rage d’Ugalde

Selon le même journal, Yves Ugalde, adjoint en charge des corridas, a réagi ainsi à cet épisode dans un post facebook : « Deux chanteurs membres de la Star Ac, colonie de vacances post-pubère qui terminait sa tournée ce dimanche soir aux arènes de Bayonne, ont exprimé hier soir sur scène leurs positions antitaurines. Et je passe sous silence les trois autres qui ont refusé les planches en apprenant – oh stupeur ! – qu’il y avait des corridas dans les arènes. Je pense vraiment qu’à ce stade d’ignorance de la destination des lieux publics, le mois d’août ne serait pas de trop pour les soumettre à quelques devoirs de vacances, ne serait-ce que pour qu’ils sachent qu’on fait du sport dans les stades ou que des chevaux courent dans les hippodromes. » « Le public a eu droit à une leçon de morale animaliste avec des phrases aussi fortes que ‘‘les animaux font partie de ma vie’’ – comme s’ils n’appartenaient pas à la nôtre ! – ou encore ce ‘‘Fuck la corrida !’’ dont la force de la licence poétique n’aura échappé à personne, regrette l’élu. J’avais à mes côtés une mamie qui avait toutes les difficultés du monde à traduire ‘‘Fuck’’ à sa petite-fille. Elles sont d’ailleurs parties sur le champ ces deux-là. »

Conseil municipal du 23 juillet. Yves Ugalde consulte son smartphone pendant que sa voisine Sylvie Durruty parle des finances municipales

Jeunes fans de corridas

Sans surprise, les insultes d’Ugalde ont été démultipliées en commentaires de sa page facebook, notamment de la part des « jeunes » de l’Union de l’Aficion bayonnaise (l’Union des Villes Taurines Françaises).

« Au-delà du ridicule de la mise en scène, c’est bien le fond qui pose problème. Ce que ces jeunes gens, propulsés par un télé-crochet, ont exprimé hier soir, ce n’est pas une « conviction éthique » : c’est un mépris de classe pour une culture qui ne demande rien d’autre que d’être vécue en paix, dans le respect de ses habitants. Venir donner des leçons de morale à une ville entière, sur sa propre terre, dans ses propres arènes, sans jamais avoir pris la peine de se renseigner avant de signer un contrat, ce n’est pas du courage. C’est de l’ignorance drapée dans la posture. Les sifflets du public ne trompent personne. Les Bayonnais n’ont pas à rougir de leur histoire ni de leur identité. Ils n’ont certainement pas de leçons à recevoir d’artistes de passage, biberonnés au buzz, qui découvrent une tradition multiséculaire à quelques minutes d’un concert. La culture taurine ne se négocie pas. Elle se respecte, ou l’on reste chez soi. »

Le 26 juillet ne restera peu-être pas dans la mémoire bayonnaise. Mais il est impossible de résister au plaisir procuté par cette interjection « Fuck la Corrida » dans ce lieu. Merci à Ambre et ses collègues.

D’autant plus que le même jour, un rassemblement anti-corrida s’est déroulé à Orthez.

Orthez, dimanche 26 juillet

Et, ce qui n’a rien à voir, le 26 juillet 1953, Fidel Castro et ses compagnons se lançaient à l’assaut de la caserne de la Moncada à La Havane. On s’en souvient encore. Fuck Batista (et Trump)

Patrick Petitjean, 28 juillet 2026

Droit d’asile : pas de justice dégradée et déshumanisante

Depuis le 1er juillet, les audiences de justice pour les personnes enfermées au Centre de rétention administratif (CRA) d’Hendaye droit d’asile se déroulent en visio, dans une nouvelle salle annexe du commissariat, à côté du CRA. Avocats, associations de défense des droits de l’homme et antiracistes se mobilisent contre cette réforme de Darmanin. Une centaine a manifesté devant cette salle de justice le 4 juillet. Cette réforme, qui est concomitante avec le « pacte sur l’asile » et la « directive retour » au niveau européen, marque une nouvelle détérioration du droit d’asile.

Une réforme déshumanisante

Le CRA est déjà une sorte d’annexe du commissariat, non loin de la gare d’Hendaye. Le bâtiment « annexe de justice », qui vient d’être construit, complète le complexe policier. Ce dispositif aggrave la confusion entre le ministère de la justice et le ministère de l’intérieur.

Chaque année, dans ce CRA, près de 300 personnes y sont « retenues » plus ou moins longtemps, 90 jours maximum, en attente d’une éventuelle expulsion, ou d’être relâchées. C’est un lieu de privation de liberté, une prison qui ne dit pas son nom. Au cours de ce séjour forcé, une personne est présentée devant différents juges, chargés de vérifier la régularité de leur rétention ainsi que de leur expulsion.

le bâtiment du CRA annexé au commissariat

Pour les promoteurs de la nouvelle loi, ces procédures sont trop lourdes et coûteuses : amener la personne d’Hendaye à Bayonne avec les policiers nécessaires, entretien avec un avocat, audience, attente de la décision. Une audience en visio à côté du CRA est supposée permettre de libérer du temps (oh combien précieux) policier, de simplifier l’exercice de la justice et de faire des économies.

Les personnes retenues seront donc face à un écran, loin des magistrats, interprètes et représentants de l’État. Aux avocats de choisir d’être d’un côté ou de l’autre de l’écran.

Cette nouvelle procédure déshumanise un peu plus les procédures liées à l’asile, alors que ces audiences peuvent bouleverser la vie des personnes retenues.

Le Syndicat des Avocats de France (SAF), la Cimade, le syndicat LAB et plusieurs associations de solidarité avec les personnes exilées se sont mobilisés contre la création d’une justice dégradée avec la systématisation des procédures en visioconférence. Les personnes exilées sont toujours un peu plus stigmatisées. Est-ce un terrain d’essai avant l’extension d’une visio-justice ?

Lors du rassemblement organisé contre cette pseudo justice, une avocate du SAF a témoigné de la manière dont s’étaient déroulés les premières visio-audiences.

Témoignage d’une avocate du SAF

Nous sommes réunis aujourd’hui face au centre de rétention administrative d’Hendaye, face à la nouvelle annexe de justice, qui sert à la mise en place des visios audiences, de manière systématique, pour toutes les personnes retenues au CRA d’Hendaye depuis le 1er juillet 2026.

Cette annexe de justice construite dans le seul but de mettre en place des visio-audiences est illégale, illégitime et ne devrait pas être utilisée.

Les vidéo audiences systématisées ne peuvent qu’aboutir à une rupture des droits des personnes retenues, à renforcer leur isolement et leur enfermement, à rendre plus difficile leur défense et le respect de leurs droits fondamentaux. (…)

Les premières audiences mises en place de cette semaine ont démontré qu’il existe une réelle rupture dans les droits de la défense des personnes retenues.

En effet, cette annexe de justice est gérée par le Ministère de l’intérieur, par des fonctionnaires de police. Eux décident seul, du droit d’entrée et de sortie des personnes à l’audience. Ce sont eux qui mettent en marche la visio, qui aident la personne retenue en cas de difficultés.

Encore eux qui donnent accès au scanner pour transmettre des documents au juge.

Aucun membre du Ministère de la justice n’est présent. L’interprète n’est pas aux côtés de la personne retenue. Ce n’est pas tolérable.

Certains avocats de barreau de Bayonne ont entamé une grève de défense massive afin de faire entendre la voix des personnes retenues.

Lors de l’audience de mercredi dernier, les fonctionnaires de police ont voulu empêcher certains avocats d’entrer à l’audience sous prétexte que la jauge de sécurité de l’annexe avait été dépassée. Ils ont également voulu fouiller leurs sacs. C’est illégal et inadmissible.

Lors de l’audience du vendredi 3 juillet, le juge a entravé la parole des avocats, en les coupant et leur précisant qu’ils n’avaient que 5 minutes pour plaider, pour défendre la personne retenue. L’audience n’a pas pu être publique. Certains ont été empêchés d’entrer.

En résumé : la personne retenue est en présence unique de policiers qui décident du fonctionnement de l’audience, de la publicité de l’audience, de l’assistance ou de l’absence d’assistance à la personne retenue.

L’audience est expéditive. L’avocat est entravé dans l’exercice de ses fonctions (…).

(extrait du témoignage lu le 4 juillet lors du rassemblement)

Disons non aux CRA.

Non à l’enfermement des personnes exilées.

Pour le respect des droits de tous les justiciables, y compris les personnes « sans-papiers ».

Non aux vidéo audiences systématisées !

Patrick Petitjean, 8 juillet 2026

Entre deux canicules à Bayonne, la destruction du jardin Brana ne passe pas

Le dimanche 21 juin

A l’heure du réchauffement climatique et de la canicule, le moins que l’on puise dire est que la destruction du jardin pédagogique Brana est à contre temps. La multiplication des lieux de fraîcheur est partout mise en avant pour y faire face, on parle de « renaturer » des espaces artificialisés, mais on envoie un tractopelle pour éraser un jardin pédagogique. C’est particulièrement malvenu. Cette affaire est, comme toujours, singulière, avec ses circonstances précises. Mais elle illustre aussi l’incompréhension générale de tous les enjeux environnementaux par les élu.e.s municipaux. En ce sens, il est impossible, pour les habitants engagés dans la défense du vivant, de tourner la page. Brana ne sera pas oublié.

Avant le passage du tractopelle
Le 21 juin. Le tractopelle était passé le 10 juin

La municipalité sur Brana : défausse, changement de projet et biodiversité

Au-delà du fait brut, à savoir la destruction du jardin pédagogique, le plus sidérant a été l’art de la défausse de la municipalité, c’est-à-dire de l’échelon politique. Après avoir reconnu une erreur, mais des agents de la ville. Une élégance digne de Darmanin renvoyant toute la responsabilité aux juges et procureurs dans l’affaire du meurtre de Lyhanna.

Dans le journal Sud-Ouest, il est revenu au directeur général des services d’expliquer : « Nous assumons pleinement. Un agent a pris une initiative non appropriée au regard de ce que sont les projets de la Ville pour ce jardin ». Et d’insister, ils auraient du intervenir le jeudi 11 juin, en présence de la directrice de l’école. Ils l’ont fait dès le mercredi 10, dans l’après-midi, ce qui ne peut être considéré comme une surprise : c’est le jour habituel des services pour intervenir dans les écoles.

Les services sont accusés de ne pas avoir compris les projets de la ville. Ce n’est pas très aimable de la part de leur hiérarchie. Mais, au contraire, ne les auraient-ils trop bien compris ? Faire place nette pour un nouveau projet, de jardin intergénérationnel cette fois ? Et donc « effacer » le jardin actuel  pour passer à autre chose ? Il n’est resté que quelques arbres fruitiers et la serre, au milieu d’une terre nue.

La serre qui subsiste au milieu d’un terrain érasé

Ce nouveau jardin doit être lancé dès la rentrée scolaire, avec un nouveau financement. Il s’agit bien de mettre fin à une expérience de 12 ans. Pendant les vacances scolaires, les résidents de l’EHPAD et des habitants voisins n’avaient pas attendu un nouveau projet pour entretenir le jardin pédagogique. Mettre fin : les services l’ont bien compris, même si « l’intervention a été plus « radicale » que prévue », en faisant table rase de l’existant.

Débris après le tractopelle

Il est revenu au directeur général chargé de la transition écologique de justifier, au final, la table rase avec une description presque apocalyptique du jardin : « Certains espaces étaient abandonnés depuis fin 2024. Par endroits, c’était même devenu totalement inadapté », a-t-il déclaré à Sud Ouest. Il décrit notamment des planches avec des clous apparents « où les enfants auraient pu se blesser ». « Certaines parties devaient être débroussaillées et d’autres préservées ». Comme on dit, qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage.

Fin 2024, le retrait du contrat aidé qui permettait à l’association Graines de Liberté de suivre de près ce jardin, a déstabilisé la gestion du site. Selon la municipalité, au printemps 2026, la décision avait été prise de « nettoyer le terrain », en accord avec la direction de l’école et l’association Bio Divers Cité, partenaire de la ville pour ce qui concerne les jardins partagés.

Derrière ces mots, affleure une vision des jardins (et de la nature) très réductrice, une nature domestiquée. « La nature avait repris ses droits » écrit significativement la journaliste de Sud Ouest. La jardins un peu fouillis contre des jardins remis en ordre. La biodiversité préfère les premiers. Comme elle aime les mauvaises herbes sur la voie publique, même si cela va à l’encontre du goût des agents municipaux des espaces verts pour le travail bien fait – et du désir des habitants pour la propreté des bas d’immeubles. Laisser vivre les mauvaises herbes. En la matière, l’acculturation des élu.e.s et srvices est à parfaire.

Au final, rien ne dit mieux que la photo ci-après sur le budget participatif, pour illustrer l’hypocrisie de la municipalité et le gâchis de l’argent public, de l’argent de nos impôts.

photo prise le 21 juin. Le panneau de com’ est resté devant le terrain érasé.

Ce qui a été détruit n’était pas seulement un jardin

Je voudrais reprendre ici les termes utilisés par Laurent, un des fondateurs de Graines de Liberté, médiateur du jardin Brana, et dont le contrat aidé est venu à expiration fin 2024, dans une lettre ouverte à la ville de Bayonne et à l’agglomération du Pays basque sur son facebook le 20 juin : https://www.facebook.com/laurent.bernays.

« Pendant plus de douze ans, ce jardin a été construit, animé et entretenu avec les enfants, les enseignants, les habitants, les bénévoles et de nombreux partenaires publics et privés. Des centaines d’élèves y ont découvert le jardinage, la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les principes de l’agroécologie.

Ce lieu n’était pas un simple espace vert. C’était un outil pédagogique vivant, reconnu et soutenu bien au-delà du quartier. Il a reçu plusieurs trophées et distinctions pour sa qualité, sa beauté et sa valeur éducative (…).

Aujourd’hui, il est question d’une enveloppe de 16 000 euros pour accompagner un nouveau projet.

Mais aucun financement ponctuel ne remplacera douze années de travail collectif.

Aucun chèque ne remplacera les arbres fruitiers arrivés à maturité, la richesse d’un sol vivant, la biodiversité installée, les milliers d’heures de bénévolat ni les apprentissages transmis aux enfants.

Il faut également rappeler qu’il y a encore quelques années, l’ensemble des partenaires publics et privés étaient mobilisés autour de l’idée de faire de ce lieu un pôle exemplaire de permaculture, d’agroécologie, d’éducation à l’environnement et de lien social.

C’était une mémoire collective, un savoir-faire, un lieu d’apprentissage et un symbole de ce que pouvait être une écologie concrète, populaire et partagée ».

Une écologie vide de contenu et de sens, sans vision

Comme toujours, entre la réalité de terrain et la communication, il y a un gouffre, sur l’écologie comme dans d’autres domaines. La lecture du journal municipal est édifiante pour cela.

Mais les ambitions affichées dans les documents municipaux – notamment dans le « Plan de Transition Ecologique et Sociale », ne sont pas de la simple communication. Si elles se traduisent de manière très insuffisante dans la réalité, c’est en raison de l’absence de contenu politique, avec une écologie squelettique, réduite à une suite de mesures techniques.

Comme le dit très bien Laurent dans sa lettre ouverte à propos de Brana :

« Ce qui a manqué, c’est une vision capable de considérer ces espaces comme des biens communs précieux.

Une vision capable d’intégrer pleinement les projets d’agriculture urbaine, d’agroécologie et d’éducation à l’environnement dans les politiques publiques locales.

Une vision capable de faire de Bayonne une ville nourricière, résiliente et exemplaire.

Bayonnaises, Bayonnais, les défis écologiques de notre époque nécessitent davantage que des discours et communication. Ils exigent une ambition à la hauteur des enjeux ».

Pour prolonger, il faut lire cet article du journal Reporterre qui permet d’élargir l’angle pour comprendre notre micro-climat bayonnais : jardiner, c’est résister. J’y reviendrai.

https://reporterre.net/Jardins-ouvriers-potagers-militants-jardiner-c-est-resister

Dans ce domaine comme dans d’autres, le portage politique est essentiel pour l’accompagnement des projets, avec continuité, partenariat et respect des acteurs de terrain, conviction et compréhension de ce qui se joue dans un simple jardinage. C’est ce qui a manqué à la ville de Bayonne dans le fiasco Brana.

Patrick Petitjean, 1er juin 2026