Bayonne, chronique municipale n°6 : L’art de dé-zoomer pour mieux débattre

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La photo de la mairie en Une est prise sur Wikipedia. Auteur : Pantxoa

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

« Je dé-zoome » est le mot vedette de ce conseil municipal, plusieurs fois utilisé par les élu.e.s, majorité ou opposition, en début de leur intervention. Une manière de s’affranchir du cadrage limité des délibérations. Avec un rapport plus ou moins direct avec l’intitulé officiel, le conseil a ainsi débattu du Festival Points de vue, de la Citadellede la crise climatique, de la MVC et des commerces du Polo. Le maire lui-même a accroché un débat sur la tauromachie à une question immobilière, déniant au passage sa légitimité à un élu de l’opposition. Notons cependant que personne n’a cherché à dé-zoomer pour les manifestations lycéennes.

Le conseil municipal est ici : https://www.youtube.com/watch?v=PFJ32WVYjbw

Un début de séance agité

Le maire a eu quelques troubles en début de conseil, à 17h30.

Pour mémoire, un collectif « Palestine » avait appelé à une venir faire du bruit (sifflets, cornes de brume) sous les fenêtres ouvertes de la mairie à 17h. Il s’agissait de dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu attendre « Israël assassine, élus complices ».

Les fenêtres de la mairie ne sont pas restées ouvertes très longtemps. A 17h30, le maire a joué les matamores, annonçant : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance. Mais le maire se prend les pieds dans le tapis : il constate que le quorum est atteint, que donc la séance peut commencer… avant même de procéder à l’appel réglementaire des élu.es présent.es. Avant de devoir rectifier.

Quelques notes en avant-goût

Paternalisme du maire envers Joe Mendes Monteiro : « lorsque vous aurez un peu de recul professionnel, vous vous rendrez compte » de la lourdeur des mémoires lors des contentieux : on ne peut vous communiquer tous les éléments des procédures (6’ 40’’). Il ira beaucoup plus loin dans la disqualification de l’élu lors du débat sur la vente d’un bâtiment municipal au cercle taurin.

Obsession de Pascal Lesellier contre le GIP-DSU et les quartiers en politique de la ville qui coûteraient chers (de 7’ à 14’) avec des réponses alambiquées de Cyrille Laiguillon, et plus offensives et politiques de maire. Une obsession manifestée par l’élu d’extrême-droite plusieurs fois à chaque conseil

Quand à Yves Ugalde il a raté 2 fois l’occasion de se taire. Lors d’une délibération pour mettre l’ex-école Saint Bernard à la disposition de la Pastorala « Marga d’Andurain », pour des répétitions du spectacle de juin, il réplique à Deborah Loupien Suares qui propose de donner ce nom à une rue ou une place, que, attention, c’est une aventurière, que la commission de toponymie avait déjà refusé (31’50’’)… Et lors du débat sur « Points de vue », il a tenu à rappeler que « sa prévention concernant le street art et les cultures émergentes » s’était heureusement envolée.

Dé-zoomer, 1ère : Le Festival Points de Vue

Cela se situe de 45’ à 1h10’ (25’ donc). L’annulation du festival Points de vue pour 2026, avait été déjà annoncée dans le journal Sud Ouest dès le 9 octobre. Comme le vice-président de la CAPB le précisait, il s’agissait d’une pause pour pour prendre le temps de la discussion , pour « repositionner le projet ». Dans le même article, Cyrille Laiguillon, un des porteurs du festival, et avait exprimé son « scepticisme quand à la volonté du nouvel exécutif de maintenir l’évènement ». Le procès d’intention était annoncé.

Cyrille Laiguillon

Il est revenu à Cyrille Laiguillon, initiateur du festival il y a 10 ans, adjoint aux sports, à la vie associative et et au quartier des Hauts de Bayonne, de lancer la cabale.

En fin de discussion sur des délibérations culturelles, il regrette cette annulation. Il parle « le coeur serré » et n’oublie aucune des bonnes expressions convenues pour louanger le festival, l’engagement sans faille du maire Jean-René Etchegaray et de l’ancien président de la CAPB, Etchegaray Jean-René, qui a élargi le festival hors de Bayonne.

Il met en avant « une ambition initiée pour Bayonne et qui a vocation à rayonner partout au Pays basque, … une fenêtre sur l’art accessible à tous, … » ; Il salue la présence d’artistes mondiaux (!) et insiste sur sa contribution à l’attractivité de Bayonne. Hélas… le festival a « pris la perpète », condamné par l’agglo. Il accuse la CAPB d’avoir décidé « sans concertation » et craint que cet arrêt ne soit fatal.

Le maire prend le relai (à 54’) : puisqu’on ne peut pas exporter quelque chose d’exceptionnel, on va reprendre notre bien, on va revenir à Bayonne, il y aura toujours du street art à Bayonne. Qu’on se le dise. Cependant, il reconnaît discrètement que le passage du festival comme biennale se discutait déjà à l’agglo en janvier 2026, sous sa présidence. Ce fut un bel exercice de com’, 1/2h de plaidoyer pro-domo et hypocrite.

David Ospital

David Ospital, élu de Bayonne en mouvement, s’est chargé de remettre cette suspension à l’endroit. En rappelant tout d’abord que Bayonne n’est pas le Pays basque. Dès 2021, le festival a été transféré à la CAPB qui en devient le principal financeur, avec comme contrepartie de l’élargir à 2 nouvelles communes chaque année. La CAPB assure les 3/4 du budget, contre 1/4 pour Bayonne. Et pourtant, cela reste essentiellement un festival à Bayonne, pour Bayonne. Cela manque d’ambition au niveau de l’agglo. « D’autres festivals, soutenus par l’agglo, mais avec pourtant des subventions moindres, ont su essaimer » bien davantage.

David Ospital s’interroge sur ce qui a amener la décision de suspension ? Difficultés du modèle économique ? Gouvernance à 3), avec Kaxu, la ville et l’agglo ? La concertation était insuffisante, et ce n’est pas seulement depuis le nouveau président de l’agglo.

Il confirme que dès janvier 2026, échanges entre Kaxu, la ville, la CAPB, les directions des services concernés pour un passage en biennale et une suspension cette année. Il est étonné qu’on puisse être surpris !

Il formule des propositions pour que le festival continue : revoir la gouvernance tripartite, ne pas prendre de décision unilatérale, repenser son modèle économique, un engagement plus fort de Bayonne,…

Plusieurs interventions soulignent le contexte inquiétant de réduction général des budgets culturels.

Henri Etcheto, puis le maire, trouvent raisonnable le passage en biennale, mais pas Cyrille Laiguillon. Et personne ne remet en cause la poursuite du festival.

Cette discussion a permis de soulever des questions sur la nature et les objectifs de ce festival : Une opération de prestige pour l’image de Bayonne et le tourisme ? Le transfert à la CAPB a-t-il été le moyen de faire payer par les autres communes l’attractivité de Bayonne ? Que reste-t-il du caractère populaire du street art avec la mise en avant des artistes internationaux ? Peut-on encore parler de cultures émergentes ? On peut remarquer nombre de villes en Amérique latine, comme au Chili, et au Mexique où les fresques sont autrement plus nombreuses qu’à Bayonne, et savent conserver leur culture populaire d’origine sans renoncer à des artistes internationaux.

Dé-zoomer, 2e : La Citadelle

Cela se situe de 1h13’ à 1h54’ (41’ donc). La démolition / reconstruction des 241 HLM du quartier Citadelle est une histoire déjà ancienne, qui a subi moult évolutions, pour aboutir à un programme immobilier défini lors d’une enquête publique en janvier 2025. La moitié des logements avait été démolie déjà à cette date. Il n’y a jamais eu d’argumentation vraiment documentée pour expliquer la différence de traitement entre la Citadelle, démolie, et la Cité du Polo, rénovée (encore à venir), qui comporte le même nombre de logements et date des mêmes années.

Voir : https://lepimentbayonnais.fr/2025/02/28/bayonne-citadelle-la-mort-dune-cite-populaire/

Depuis, des ajustements ont été faits quand au nombre précis de logements. En juin dernier, lors d’une réunion publique, il a été précisé : 637 logements au total, 70 BRS, 30 places en résidence seniors, 110 logements pour étudiants, 223 logements en « libre » et, pour le reste, 204 logements locatifs familiaux (dans les 3 catégories PLAI, PLUS et PLS). Un « quartier village » a résumé Joseba Erremundeguy en présentant la délibération, qui concernait uniquement le projet d’une nouvelle place en face de la future école, au milieu de nouveaux immeubles.

L’administration conseille les élu.es

L’initiative de dé-zoomer est venue de Joe Mendes Monteiro, élu de Bayonne en Mouvement, intervenant sur la globalité du projet et non sur la place. Il s’est interrogé sur la réponse aux besoins sociaux du quartier avec une telle programmation : le nombre de logements locatifs familiaux baisse de 241 à 204, alors que ce quartier (en politique de la ville) a un taux de pauvreté de 34 %, davantage de familles mono-parentales, une population plus jeune. C’est une population qui ne peut accéder à la propriété, même « sociale » (BRS). Les résidences étudiantes et seniors répondent à des besoins spécifiques et sont effectivement indispensables. Les données sociales du quartier plaident pour un plus grand nombre de logements locatifs familiaux au lieu de se diminution. La diversification sociale du quartier, utile, ne peut se faire au seul détriment de ces logements. 223 logements « libres », c’est beaucoup, et cela risque de provoquer une transformation sociale importante du quartier, un gentrification.

Henri Etcheto a rappelé que le dossier avait été ouvert il y a 15 ans, à une époque du programme national dit ANRU 2, qui permettait un financement important par l’État des opérations démolition / reconstruction, une occasion ratée en raison du report de l’opération, cela n’existe pas en ce moment. A ce propos, Colette Capdevielle a rappelé qu’un ANRU 3 se préparait et Joseba Erremundeguy a annoncé que la ville avait déposé deux projets dans ce cadre, pour le centre ville et Habas. Alain Lacassagne a justifié la programmation, et notamment les logements « libres », par l’équilibre financier de l’opération (devenu effectivement plus compliqué en l’absence de l’ANRU).

« Gentrification », le mot avait été lâché, et a fâché le maire. Pour lui, il y a 60 % de logements sociaux (tous, sauf les « libres »), et cela n’a donc rien à voir avec une gentrification. Cela suit l’évolution sociale de la ville (vieillissement, développement de l’université).

Il a souligné l’importance écologique de construire davantage en priorité le long des grands axes de transport (ici le bus rapide T2), mais sans évoquer le renchérissement du foncier que cela entraîne dans les secteurs concernés.

Pourtant, et je me permets d’y insister, c’est de là que viennent les 223 « libres » : ce prix du foncier facilite l’équilibre de l’opération, et surtout rapporte gros aux promoteurs, grâce à la gentrification.

Le maire s’est ensuite lancé dans ses diatribes habituelles contre les villes voisines, qui ne respectent pas les 25 % de logements sociaux de la loi SRU, et veulent entraîner la formation de ghettos ailleurs. Il proclame que Bayonne ne fera pas la politique sociale des communes voisines. Mais « la ville de Bayonne ne chasse personne » a-t-il conclu.

On pourrait lui faire remarquer qu’une commune voisine, Boucau, a justement inauguré le 13 octobre (à la veille du conseil) une résidence « Les Barthes de l’Adour » (Office 64 et COL) avec 100 % de logements sociaux : 102 locatifs et 44 BRS. Très loin donc de la programmation du Grand Projet Citadelle. Mais il n’y a pas de tram-bus à Boucau.

Dé-zoomer, 3e et 4e : le quartier du Polo

Cela se situe de 1h56’ à 2h28’ (32’ donc). Dé-zoomer est l’oeuvre successivement de Joe Mendes Monteiro pour aborder le devenir de l’ancienne Maison de la Vie Citoyenne (MVC) du Polo, aujourd’hui fermée, devenue un local associatif, et la participation des habitants dans le quartier du Polo. Puis de Sylvie Durruty, (première) adjointe aux affaires économiques, revendique dé-zoomer aussi sur les difficultés des commerces du quartier (le boulanger, la supérette,…), je n’y reviendrai pas. Le sujet de la délibération était l’acquisition sur HSA d’une micro-crèche immersive dans le projet immobilier Urtasun. La suivante portait sur l’autorisation d’urbanisme pour le projet immobilier lui-même.

Sur ce projet, et la situation dans le quartier, j’en avais parlé il y a 2 ans : https://lepimentbayonnais.fr/2024/12/22/la-ferme-urtasun-au-polo-bayonne-ilot-de-fraicheur-ou-dent-creuse/

L’élu de Bayonne en Mouvement, habitant le quartier, a constaté le peu d’évolution de la situation depuis la réunion de quartier (évoquée dans mon billet) il y a 2 ans : la dynamique habitante est toujours là, voir le projet de café-bibliothèque, mais les engagements ne sont pas tenus. Les propositions pour la future MVC ne sont pas prises en compte. On attend toujours la salle de convivialité qui devait voir le jour dans l’ancienne ferme Urtasun, dont la rénovation figurait déjà au budget en 2022.

Dans sa réponse, le maire est resté dans le flou : on réfléchit sur la future gouvernance d’une MVC avec la CAF. Et, comme Durruty après lui, il a dit tout le bien qu’il pensait de l’action de la ville.

Dé-zoomer, 5e : La canicule de l’été dernier

Cela se situe entre 2h27 et 2h55 (28’ donc). Le sujet initial était le concours de maîtrise d’oeuvre pour la démolition / reconstruction de l’école maternelle Charles Malégarie.

L’initiative est venue de Carole Ternois, élue de Bayonne en Mouvement, qui affirme vouloir « dé-zoomer sur les bâtiments publics et la crise climatique ».

Carole Ternois

Elle part de l’exemple de la toute nouvelle médiathèque qui, toute bioclimatique qu’elle ait été conçue, a du fermer à plusieurs reprises pendant la canicule, la chaleur la rendant invivable. La presse en a parlé. Une canicule de cette ampleur était imprévisible, mais pas surprenante, et appelée à se reproduire dans les prochaines années. On ne peut se contenter de se justifier en disant que le bâtiment était conforme aux normes les plus exigeantes : ces normes ne sont que des seuils minimum, toujours en retard sur le présent. A plus forte raison pour anticiper la situation dans 50 ans : un tel bâtiment est fait pour durer. Des outils existaient pour faire mieux.

Un plan d’adaptation des bâtiments publics au réchauffement climatique est à venir. Quelle sera son ambition ?

Christine Martin Dolhagaray

Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation, répond essentiellement sur la question des écoles et les mesures d’urgence prises, en plus du refuge à l’AB Campus. 40 000 € ont été investis pour l’achat de ventilateurs, pour des îlots de fraîcheur dans les cours d’école, pour expérimenter des brasseurs d’air à l’école Jean-Moulin, où la toiture a bénéficié d’un complément d’isolation.

Plus que d’anticiper, il s’agit d’imaginer des évènements climatiques extraordinaires. Un plan pour généraliser les brasseurs d’air à toutes les écoles. On a fait aussi des travaux d’urgence à l’école Simone-Veil qui a beaucoup souffert.

Pour aller de l’avant, il s’agit de comprendre le comportement technique des écoles, faire un diagnostic de chacune d’entre elles. La ville a élaboré un « schéma directeur immobilier énergétique », soumis à un bureau d’études de la banque des territoires : on a été lauréat ! Ce bureau va réaliser des visites dans les bâtiments, et faire des diagnostics. Cela concerne divers bâtiments communaux, pas seulement les écoles. « Nos services activeront tous les leviers possibles et raisonnables », compte tenu des coûts et des enjeux climatiques : généraliser les îlots de faraîcheur, mais pas la climatisation.

Mais il y a surtout une sensibilisation à faire pour tout le monde sur l’existence du réchauffement climatique et ses conséquences. Ne pas chercher des responsabilités, mais chercher tous ensemble des solutions. Il y a énormément de chose à faire, de petites choses même.

Carole Ternois fait remarquer que la ville a une obligation de résultats, en non seulement de moyens en matière de continuité du service public. Et qu’elle attend les résultats de l’audit pour le SDIE pour voir l’ampleur des travaux à mener.

Le débat sur le climat se termine avec une intervention d’Yves Ugalde sur la médiathèque pour expliquer que la ville était attentive depuis longtemps à l’enjeu du réchauffement, qu’elle avait consacré des heures à ce sujet, mais que les conseils, plus compétents que nous, avaient portant donner des assurances. Une manière de se défausser ?

Peut-être que le sujet « réchauffement climatique », compte tenu de la crise caniculaire de l’été, aurait nécessiter de « dé-zoomer » plus largement que sur l’erreur de conception de la médiathèque et l’adaptation des écoles. Il y avait matière à débattre de la nécessité d’accélérer tout ce qui concerne l’adaptation et l’atténuation. A quand un vrai plan d’adaptation, avec toutes ses dimensions ? Une révision du plan climat, avec des ambitions à la hausse ? A quand un appel à l’intelligence collective des habitants pour faire face au réchauffement climatique ? On aurait apprécié de percevoir une volonté politique des élu.es de mettre en route une telle démarche.

Dé-zoomer 6e : La tauromachie

Cela se situe entre 3h54 et 4h09 (15’). Le sujet initial était la cession d’une propriété immobilière de la ville à une association. Mais pas à n’importe laquelle : au cercle taurin. L’initiative de dé-zoomer est venue du maire lui-même (sans qu’il n’en revendique le terme), qui s’est lancé dans une défense de la tauromachie, suivi par des adjoints

Joe Mendes Monteiro

Joe Mendes Monteiro a contesté la vente des locaux, tout en se défendant d’emblée pourtant de toute mise en cause l’acheteur, le cercle taurin : il ne s’agit que de la gestion du patrimoine immobilier de la ville. Mais le maire l’a ressentie comme une « provocation ».

L’élu de Bayonne en Mouvement souhaite que la ville conserve la maîtrise publique des locaux, particulièrement bien situés rue des Cordeliers dans le Petit Bayonne. Selon lui, on ne peut prévoir les utilisations futures. Par ailleurs, il s’est interrogé sur le prix de vente, inférieur à l’estimation des domaines.

Après une mise à disposition gratuite pendant des années, l’association a une convention d’occupation payante depuis 2023. Quelle est la raison de cette vente et de cette décote ? Les Domaines ont estimé que les locaux étaient en bon état, climatisés, sans besoin de travaux importants. Ce qui reste à faire doit être évalué « de manière objective » pour être pris en compte. Il demande le contenu des négociations avec le cercle taurin et l’inventaire de ce qui a été retenu.

Le Conseil d’État considère qu’il faut un motif d’intérêt général pour qu’une collectivité publique cède un bien à un propriétaire privé à une valeur inférieure à l’estimation des domaines. Quelles sont les contreparties d’intérêt général qui justifient cette décote ? Le motif d’intérêt général n’apparaît pas dans la délibération présentée.

Le cercle taurin relève semble-t-il d’un tabou. Les violentes diatribes du maire en réponse ont dépassé les limites de la civilité.

Le maire débute ainsi : « vous avez donc décidé de porter l’estocade sur cette délibération, avec moult arguments qui sont beaucoup plus des banderilles que des arguments de fond » … (concernant la décote) « vous criez des cris d’orfraie pour 18 000 € de différence ». « Vous faites abstraction » que la valeur des locaux ne tient pas seulement à leur emplacement mais à tous les travaux faits par l’association. Selon lui, cela fait 10 ans que l’association veut acquérir les locaux pour y faire des travaux supplémentaire. Ils préfèrent être propriétaires avant de s’engager dans des travaux, plutôt que de les faire au bénéfice du propriétaire.

« C’est vrai qu’il y a une relation économique un peu particulière » (entre la ville et le cercle taurin), et le maire se lance dans une comparaison avec le bailleur social HSA qui bénéficie aussi de décotes quand il achète des biens à la ville, autre forme de relation économique particulière.

« Il y a des relations particulières entre une collectivité qui porte des valeurs tauromachiques fortes – tout le monde n’est pas d’accord – et je défends la tauromachie, et lorsqu’on s’adresse au cercle taurin, vous croyez qu’on va chipoter sur 18 000 € ». C’est en bon état, mais grâce au locataire. On ne peut même pas parler de « négociations » avec ce partenaire.

« On est dans une relation particulière, et si on ne tient pas compte de ça avec des partenaires privilégiés, le cercle taurin en l’occurence, eh bien, il ne faut pas être élu. Cela veut dire qu’il y a des ressorts qu’on ne comprend pas très bien dans le fonctionnement de la cité » (4h4’5’’)

Le maire fulminant contre Joe Mendes Monteiro

Puis dans la foulée, le maire passe la parole à Yves Ugalde qui crédite le cercle taurin d’être un partenaire permanent de l’évènementiel, avec 8 à 10 prestations gratuites par an, notamment pour la foire au jambon, prestations consistant à ouvrir ses locaux pour servir à l’organisation d’initiatives place Roland Barthes

Jean-Claude Iriart (Bayonne en Mouvement) Prend la défense de son collègue. Il redit que la nature de l’acquéreur n’est pas en cause, et souligne que le maire n’a pas répondu sur l’intérêt de maintenir ces locaux dans le patrimoine public.

Joe Mendes Monteiro souligne qu’il n’a pas parlé de la tauromachie. Il défend son droit d’apprécier ce que sont les ressorts de sa ville. Il insiste sur la non-réponse du maire sur l’intérêt général justifiant la vente avec décote, non précisé dans la délibération. Non-réponse qui traduit son incapacité d’y répondre.

Une insistance qui a fortement déplu au maire. « vous n’êtes pas ici dans un lieu de plaidoirie. Vous ne voulez pas entendre des raisonnements qui me paraissaient clairs, c’est votre droit. Vous êtes dans une posture, rester dans votre posture, restez dans vos certitudes. Mais oui, monsieur Iriart, n a le droit d’avoir des avis différents, vous avez l’obligation d’entendre nos arguments comme nous écoutons les votres ».

Tous les élu.es votent pour cette délibération, sauf Bayonne en mouvement qui vote contre.

On ne conteste pas impunément un interlocuteur « privilégié » du maire, surtout lié au monde opaque des corridas. Le maire a pleinement assumé le caractère privilégié du cercle taurin. Il y avait le paternalisme d’un ancien avocat envers un plus jeune, il y avait les interruptions. Mais cette fois, le maire a franchi une ligne rouge : la mise en cause personnelle d’un élu, qui ne serait pas digne de sa fonction. Ce n’est plus une discussion, même tendue. C’est franchement inadmissible.

Le conseil se termine peu après. Le prochain est le 17 décembre.

A la prochaine

Patrick Petitjean, 21 octobre 2026

Bayonne : trouver les bons mots d’ordre pour soutenir la Palestine

Rassemblement Halte au massacre à Gaza

La Palestine s’était glissée subrepticement au début du conseil municipal du 23 juillet, à l’initiative d’Henri Etcheto, estimant scandaleuse la présence d’une banderole appelant à la dissolution de l’État d’Israël lors des Fêtes de Bayonne. Pour le conseil du 15 septembre, la question fait son retour avec l’appel à manifester devant la mairie à l’appel d’Iparraldea Palestinarekin pour dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine » et la « normalisation sioniste ». L’occasion de revenir sur les bases d’un soutien « de gauche, anticolonial » à la Palestine.

En plus de l’actualité municipale sur ce sujet, je partage dans ce billet deux longs textes,

En premier, jugeant indispensable une clarification après l’affaire de la banderole des Fêtes de Bayonne, EH Bai Baiona est revenu sur sa conception du soutien aux Palestiniens. Il est le bienvenu, et j’en partage l’intégralité.

En deuxième, suite à l’affaire de Grenoble en juillet (l’interruption par LFI d’un spectacle de Barbara Butch), une tribune plus ancienne publiée dans Libération signée d’un collectif « Juives et Juifs pour le respect des droits du peuple palestinien ». Il me semble complémentaire du premier sur la question des boycotts et sur les questions du sionisme et du fait colonial.

Fresque à Elizondo (Hegoalde)

Rappel du précédent conseil

Henri Etcheto avant lancé la discussion en estimant scandaleuse la présence d’une banderole appelant à la dissolution de l’État d’Israël lors des Fêtes de Bayonne.

Le maire avait assimilé cette banderole à une autre, « Destroy Israel » qu’il avait vue aux Fêtes de Pampelune, puis les accusations d’antisémitisme avaient fleuri de la part de tous.tes les élu.es à l’encontre du collectif de soutien à la Palestine. Le maire avait fait enlever la banderole lors des Fêtes. Le récit de ce qui s’était passé au conseil, c’est ici :

J’avais fait suivre le compte rendu de mes commentaires personnels, qui figurent aussi dans le billet, je cite : « Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, telle que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle ».

Manifestation le 25 juin, de la ZUP au centre de Bayonne

Le collectif Baiona Palestinarekin

Après le conseil de juillet, le collectif « Baiona Palestinarekin » avait publié un communiqué pour défendre son action. En premier lieu pour s’élever contre l’amalgame entre le « destroy Israel » de Pampelune et son « dissolution d’Israël » des Fêtes de Bayonne. Il y avait une autre banderole du collectif, rue Marengo sur laquelle était inscrit “Contre le sionisme et l’impérialisme, en avant la résistance”.

La suite du communiqué réfute l’affirmation selon laquelle “l’anti-sionisme est une nouvelle forme d’antisémitisme”. Pour le collectif, “il n’y a aucun antisémitisme dans [sa] revendication de dissolution de l’État d’Israël, il s’agit d’une dénonciation de la guerre impérialiste et du génocide”.

A l’occasion du conseil municipal du 15 octobre, le collectif a appelé à une manifestation devant la mairie à 17h. Il n’était plus mention de la dissolution d’Israël. Etait mis en avant « non à la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu entendre « Israël assassine, élus complices ».

Sous les fenêtres du Conseil municipal le 15 octobre 2026

Près d’une centaine de personnes ont fait du bruit (sifflets, cornes de brume)sous les fenêtres de la réunion, qui se sont vite refermées. En ouvrant la séance à 17h30, le maire a joué les matamores : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance.

EH Bai Baiona et la solidarité avec la Palestine

La polémique lors du conseil municipal du 23 juillet à propos de la banderole « dissolution d’Israël » a conduit EH Bai Baiona à réexpliquer cet été les bases de son soutien à la Palestine, les mots d’ordre défendus, et à prendre ses distances avec « les slogans ambigus » de la banderole. Le texte du document d’EH Bai Baiona est ci-après, en entier. Il est aussi sur https://www.facebook.com/ehbaiona

Depuis trois ans maintenant la situation en Palestine est revenue au premier plan de l’actualité et provoque de nombreux débats, mobilisations mais aussi répression voire changements législatifs (proposition de loi Yadan). L’accusation d’antisémitisme est aujourd’hui lancée pour faire taire et criminaliser toute solidarité avec les Palestinien.nes alors que les actes antisémites se multiplient dans l’État français et ailleurs (apologie du nazisme, attaques contre des personnes, des commerces ou des lieux de culte juifs).

Pour nous l’objectif du mouvement de solidarité avec la Palestine doit être :

· de faire cesser le génocide en cours à Gaza, la colonisation et le nettoyage ethnique en Cisjordanie,

· de défendre le droit des Palestiniens à l’autodétermination, la reconnaissance de leurs droits nationaux, politiques et le respect de leurs droits fondamentaux.

Plusieurs critères doivent guider notre soutien :

· respect des choix politiques des Palestiniens sur la manière d’exercer leur droit à l’autodétermination : ce sont les Palestiniens eux/elles-mêmes qui détermineront leur avenir politique et social, en tant que nation et en tant que citoyen.nes ;

· devoir d’efficacité : pour infléchir la politique des États européens il faut créer un rapport de force et forger des consensus sans transiger avec le droit des Palestiniens ;

· rejet total de toute forme d’antisémitisme ;

· lutte contre la criminalisation de la solidarité.

Répondre à l’appel des organisations palestiniennes

La solidarité avec les Palestinien.nes doit être la plus large possible et sa concrétisation passe notamment par le renforcement des campagnes impulsées par la société et les organisations palestiniennes comme BDS (Boycott, Désinvestissent Sanctions) qui revendique :

· la fin de l’occupation et de la colonisation, le démantèlement du mur, la fin du génocide et la levée du blocus de Gaza,

· la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une complète égalité,

· la réalisation du droit au retour des réfugiées palestinien.nes conformément au droit international,

ou Stop Arming Israel qui demande l’arrêt de toute vente de matériel militaire à Israël).

Ces appels sont directement inspirés des campagnes menées dans les années 1970-80 contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le fait qu’Israël est un État d’apartheid est désormais reconnu par les principales organisations internationales de défense des droits humains comme Amnesty International ou Human Right Watch, au terme d’analyses juridiques qui rejoignent les conclusions de l’organisation israélienne B’Tselem : « le régime israélien promulgue un régime d’apartheid dans tous les territoires qu’il contrôle ». De même, le consensus sur le fait qu’un génocide est en cours à Gaza est de plus en plus solide (commission d’enquête de l’ONU en 2025, motion de l’association internationale des spécialistes du génocide en 2025).

Nous devons renforcer le mouvement de solidarité avec la Palestine en prenant en compte manipulations et confusionnisme autour des notions d’antisionisme et antisémitisme :

· L’État d’Israël et ses soutiens internationaux taxent d’antisémite toute critique de la politique de l’État d’Israël afin de ne pas avoir à répondre aux terribles accusations dont il fait l’objet.

· Alimenté par des antisémites notoires un certain confusionnisme se développe qui amalgame sionisme et judaïsme, essentialise les Juifs et les rend directement responsables des crimes commis contre les Palestinien.nes

Face à cette double manipulation, il faut encore et toujours expliquer les données du conflit et les bases de la solidarité internationale.

L’idéologie sioniste est née à la fin du XIXème siècle en Europe et visait à permettre aux Juifs à travers le monde de fonder un État souverain en Palestine. Très minoritaire parmi les juifs de France jusqu’à la seconde guerre mondiale, cette idéologie a su exploiter le souhait bien légitime des survivants de la Shoah de pouvoir vivre quelque part en sécurité. Elle s’est concrétisée dans un projet colonial organisant le nettoyage ethnique des populations palestiniennes, le vol des terres, la destruction de centaines de villages, les massacres et la soumission par la violence puis par la loi de ces populations par le nouvel État d’Israël.

Cette politique coloniale entamée dès 1947 n’a depuis jamais cessé quelle que soit la couleur des gouvernements qui se sont succédé. Elle est intrinsèque à l’État d’Israël tel qu’il s’est construit avec l’appui politique, économique et idéologique des puissances occidentales sur fond de culpabilité liée à l’Holocauste. L’Histoire a prouvé qu’il était illusoire de penser que le crime absolu de la Shoah pouvait se réparer par une injustice envers les Palestinien.nes.

Si la résistance acharnée des Palestinien.nes a ouvert dans les années 90 la possibilité d’une étape à deux États dans la résolution du conflit, celle-ci a été systématiquement sabotée par les gouvernements israéliens. Ces dernières années, ceux-ci se sont radicalisés, menant en toute impunité un véritable génocide à Gaza, poursuivant l’éviction des Palestinien.nes de Jérusalem Est, l’annexion de fait de la Cisjordanie et en soutenant sans réserve la violence des colons.

La structuration actuelle de l’État d’Israël par sa politique coloniale, ses lois d’exclusion et de ségrégation est incompatible avec une solution juste et pacifique pour tou.tes les habitant.tes de Palestine quelles que soient leurs origines et religions. Il appartient aux Palestinien.nes de déterminer les évolutions et solutions politiques nécessaires au respect de leur droits. Ces évolutions ne pourront se concrétiser sans une totale refonte des institutions, lois, règlements, de l’Etat d’Israël et des différentes administrations palestiniennes qui gouvernent aujourd’hui l’ensemble de la Palestine historique.

Déduire de ce constat l’expulsion des juifs et accuser ceux et celles qui le font d’antisémitisme relève de la manipulation qui ne vise qu’à maintenir le statu quo. L’extension de la définition de l’antisémitisme à toute critique de l’État d’Israël et de ses gouvernements ne cherche qu’à criminaliser le soutien grandissant aux droits bafoués des Palestinen.nes. Il faut refuser l’équation “juif=sioniste=israélien” qui conduit à séparer les Juifs du reste du monde, à les transformer en étrangers dans leurs propres pays et banalise l’antisémitisme. Au Pays Basque les juifs font partie intégrante de sa population et il faut être absolument vigilant afin que la colère légitime contre les crimes de l’État israélien ne conduise jamais, sous l’effet de ce confusionnisme, à les en rendre responsables.

De notre côté, soyons clairs et sans ambiguïtés dans les slogans que nous utilisons pour soutenir la Palestine. On peut très facilement trouver des slogans parfaitement clairs : liberté pour la Palestine, stop au génocide, non à l’apartheid, etc. Ne prenons donc pas le risque de choisir des slogans ambigus que des antisémites pourraient s’approprier ou que les soutiens d’Israël pourraient manipuler pour éluder leurs responsabilités.

Boycott, sionisme, colonisation, fait colonial, fait national

Le document d’EH Bai Baiona revient aussi sur différentes campagnes de boycott concernant les relations économiques avec Israël, rappelant leur importance pour la solidarité avec la Palestine. Il ne dit rien sur le boycott dans les relations culturelles. L’affaire du boycott de Barbara Butch à Grenoble en juillet, après une campagne de LFI qui avait été jusqu’à interrompre le spectacle, avait suscité force controverses. A Hendaye, La campagne de LFI a abouti à l’annulation préventive du spectacle.

Un appel paru le 29.7.26 dans Libération

Collectif Juives et Juifs pour le respect des droits du peuple palestinien

Disons-le tout net, pour nous, ce qu’a subi Barbara Butch est inacceptable et les arguments pour le justifier sont fallacieux. Outre que Barbara Butch est la cible de l’extrême droite antisémite et homophobe, elle est revenue elle-même le 23 mai 2026 sur France 24 sur sa signature d’une tribune soutenant la loi Yadan : «J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire. On a tous le droit à l’erreur.» Que le représentant local de LFI balaie cette position d’un revers de main est le signe d’un aveuglement politique inquiétant: les individus n’auraient donc pour eux aucune possibilité de changer de position et resteraient marqués à vie pour une déclaration conjoncturelle. Que des personnes censées être de gauche puissent produire à cette occasion un tract reprenant des tropes homophobes et antisémites est alarmant. La direction de LFI devrait s’interroger sur les raisons qui ont permis qu’une telle dérive puisse voir le jour.

Juives et Juifs pour le soutien au peuple palestinien, nous sommes d’autant plus scandalisés par une telle affaire qu’elle permet aux zélateurs de la politique israélienne de reprendre l’offensive en essayant une fois de plus d’assimiler antisionisme et antisémitisme et de délégitimer la politique de boycott de l’Etat d’Israël. Il nous faut donc clarifier un certain nombre de points.

Pas de boycott généralisé

Tout d’abord, pas plus que les musulmans ne peuvent être tenus responsables des crimes jihadistes et n’ont pas à se justifier en permanence, les Juifs ne sont comptables de la politique criminelle de l’Etat d’Israël. Toute attitude qui, de fait, traite les Juifs comme un tout et les essentialise est antisémite. Nous refusons qu’un individu soit stigmatisé pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait ou dit et nous récusons l’injonction adressée à tous lesJuifs de soutenir inconditionnellement l’Etat d’Israël.

Les appels au boycott des produits israéliens, le refus de recevoir les actuels dirigeants del’Etat d’Israël ou les demandes de suspension de l’accord UE/Israël sont des moyens de pression politique tout à fait justifiés aussi longtemps que cet Etat ne reconnaît pas les droits nationaux du peuple palestinien et viole le droit international. Cependant la nature de ce boycott doit être précisée. Si l’appel au boycott des marchandises produites dans cepays est justifié ainsi que la rupture des accords de coopération comme celui avec l’Union européenne, la question des organisations de la société civile et des personnes demande un traitement spécifique. Sauf à rendre responsables tous les Israéliens des crimes de leur gouvernement, on ne peut prôner un boycott généralisé.

Nous devons, au contraire, soutenir celles et ceux qui, certes aujourd’hui très minoritaires dans la société israélienne, dénoncent inlassablement la politique colonialiste et fasciste de leur Etat. Il était ainsi aberrant que le cinéaste Nadav Lapid, contempteur de la politique israélienne, ait été empêché de participer au Festival international du cinéma de Marseille.Doivent être en revanche condamnés et boycottés les institutions et individus qui, partout dans le monde, soutiennent la politique raciste et colonialiste israélienne. On le voit, la question du boycott renvoie, in fine, à celle de l’analyse de l’Etat d’Israël et donc du sionisme. Suivant l’analyse que l’on en fait, ce qui devra être boycotté sera différent.

La question du sionisme

On est ici ainsi confronté à la question du sionisme, mouvement nationaliste juif. Il vise à regrouper dans un Etat tous les Juifs du monde,considérant qu’ils n’auraient pas de place dans les pays où ils vivent. Il a abouti à la colonisation de la Palestine ainsi qu’à l’expulsion par la force d’une grande partie de ses habitants. Cependant le fait colonial sioniste a débouché sur un fait national israélien. Une culture proprement israélienne a vu le jour. Les exemples ne manquent pas d’Etats issus d’un processus de colonisation, tels ceux du continent américain issus d’un processus de conquête qui plus est de nature génocidaire.C’est aussi le cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Ces colonisations ont abouti à la création de nations dans des processus complexes où la bataille pour la reconnaissance des génocides et des droits des populations autochtones est encore en cours et fait l’objet de violents conflits.

En Israël, l’inclusion des citoyens non juifs n’a jamais été voulue, sapant le caractère prétendument démocratique de l’Etat. Cette réalité est porteuse d’un conflit sur le caractère même de l’Etat. Comme l’affirmait dès 2005 un des idéologues suprémacistes juifs Moti Karpel : «C’est sur l’axe Juifs-Israéliens que se profile le prochain combat. Ceux qui sont d’abord Juifs font face à ceux qui sont d’abord Israéliens. […] A la vision israélienne d’un Etat pour tous ses citoyens, avec tout ce que cela signifie, il faut opposer la vision d’une démocratie juive.» C’est ce programme mortifère qui a été mis en œuvre avec la loi fondamentale de 2018 qui consacre Israël comme Etat-nation juif et «la colonisation comme valeur nationale.» L’esprit de cette loi avait été résumé à l’époque par la ministre de la Justice Ayelet Shaked : «Le sionisme ne doit pas – et cela n’adviendra pas – continuer à se soumettre à un système de droits individuels interprétés de manière universaliste.» (Cité par Sylvain Cypel, l’Etat d’Israël contre les juifs, La Découverte, 2020.) La lutte du peuple palestinien pour ses droits nationaux doit aller de pair avec la lutte à l’intérieur même d’Israël pour l’égalité des droits et pour une démocratie effective.

Juives et juifs pour les droits du peuple palestinien, vivant en France, nous sommes solidaires de ces deux combats.

Et pour conclure provisoirement…

Ces points de vue ne sont pas totalement partagés dans l’ensemble du mouvement de solidarité avec la Palestine. En particulier l’idée qu’il y ait un « fait national israélien », bien que cet Etat soit issu d’un processus colonial, et poursuive la colonisation. Si l’on refuse de jeter les Palestiniens ou les Israéliens à la mer, sur le territoire de la Palestine historique, du Jourdain à la mer, il y a deux peuples qui devront trouver une forme de coexistence pacifique, malgré le génocide en cours. Israël n’a pas d’avenir sous sa forme actuelle d’Etat-nation réservé aux Juifs un Etat d’apartheid. La proposition actuelle à deux Etats nations est invivable, mais peut être une étape vers des Etats plurinationaux, en attendant l’utopie d’un Etat laïque, démocratique, plurinational. Ce sera aux intéressés d’imager une solution pour cette coexistence.

La cause de la Palestine est particulièrement populaire au Pays basque. Il suffit de constater le succès du film Naza à l’Atalante, où les 3 séances ont fait le plein de la grande salle. Pourtant, sauf de rares exceptions, les manifestations ne sont pas à la hauteur. EH Bai Baiona propose des slogans sans ambigüité, susceptibles de rassembler plus largement. Un chemin à suivre.

Patrick Petitjean, 17 octobre 2026

Bayonne, chronique municipale n°5 : Torpeur caniculaire

Screenshot

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Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

Lors de ce conseil municipal, aux rangs un peu clairsemés, 3 sujets ont émergé : l’officialité des langues basque et gasconne, le coût du stationnement et (comme sujet « cavalier » importé) le stand du EHKS aux Fêtes de Bayonne. Mais quand cette chronique est rédigée, une semaine après, on peut se demander ce qu’il reste de près de 4h de séance. Seul le stationnement fit controverse, et des points méritant débat furent effacés. La canicule a accentué la traditionnelle torpeur estivale.

Ecouter le CM : https://www.youtube.com/watch?v=XauxhOBTNq4

Les interventions évoquées dans le billet font référence au minutage de cette séance.

Canicule et adaptation au changement climatique

Le plus étonnant est sans doute le silence général sur la canicule, uniquement présente à travers la tenue vestimentaire des élu.e.s. Et l’enjeu de l’adaptation qui l’accompagne. Plusieurs délibérations à l’ordre du jour permettaient pourtant d’accrocher cet enjeu, notamment les questions budgétaires.

Canicule au conseil du 23 juillet

Il y aurait pourtant eu, du côté de la municipalité, matière à vanter son action matière de végétalisation et sa réactivité avec l’envoi des écoliers en surchauffe dans les locaux climatisés de l’AB Campus.

Du côté de l’opposition il y avait matière pour souligner le retard pris dans l’adaptation au réchauffement climatique, loin de l’autosatisfaction affichée par la municipalité dans son bilan du Plan de Transition Ecologique et Solidaire (PTES). Et de proposer un état des lieux, établi de manière contradictoire pour déboucher sur des propositions d’accélération de cette adaptation. Pourquoi pas une convention citoyenne ?

D’autres sujets méritaient débat, comme le règlement intérieur, actualisé tous les 6 ans. Peut-on démocratiser ce conseil municipal, malgré le caractère autocratique du maire? Le thème de la « gouvernance après » avait fait l’objet de nombreuses propositions de Bayonne en Mouvement pendant la campagne électorale. Cette bataille politique aurait pu être prolongée à cette occasion.

Dissolution d’Israël. Confusion totale.

Le premier sujet qui a marqué ce conseil a été glissé par Henri Etcheto en tout début de séance (9’) en commentaire d’une décision concernant l’occupation du domaine public par des stands à l’occasion des Fêtes de Bayonne. Il a commencé par réaffirmer son soutien au peuple palestinien, mais il s’est ému que le « Conseil socialiste » (branche d’EHKS en Iparalde) ait pu disposé d’un stand avec du matériel hostile à Israël. Selon lui, EHKS accompagne une « campagne honteuse » appelant à la destruction de l’État d’Israël, comme le maire a pu le constater lui-même lors des Fêtes de Pampelune. A Bayonne, le mot d’ordre est « édulcoré » avec l’appel à la dissolution d’Israël. « Une incitation à la haine qui n’a aucune place dans notre République, sur le territoire basque et dans notre ville ». Pour lui, refuser la dissolution d’Israël ne vaut pas soutien à la « politique épouvantable » du gouvernement israélien d’extrême-droite. Il déplore que la ville ait apporté sa caution (avec aussi les gains financiers de la buvette) à EHKS, et estime qu’il y a eu manque de vigilance.

Sollicité sur ce qu’il avait vu aux Fêtes de Pampelune, le maire a embrayé en racontant en détails sa réaction : il a a été choqué, dit-il, à la vue de la banderole (immense) « Destroy Israël ».

Puis il passe à un récit, plus descriptif que politique, de ses relations avec la branche jeunesse d’EHKS en Iparalde : il en a fait connaissance pendant l’été 2025 quand ils ont occupé le bâtiment de l’ancienne Atalante. Il les avaient rencontré et obtenu leur départ.

On apprend d’ailleurs au passage (15’43’’) que ce bâtiment est « aujourd’hui en ruine ». A l’époque, un rapport du COL sur l’état du lieu avait été annoncé pour l’automne 2025. S’il existe, il n’avait donné lieu à aucune communication. C’est une révélation importante.

Le groupe des jeunes d’EHKS est, par la suite, venu demander un stand et une buvette pour les Fêtes de Bayonne : accordé à la Poterne, mais de petite dimension. Il les a convoqués après ce qui s’était passé aux Fêtes de Pampelune, pour leur interdire une banderole semblable, sous la menace d’arrêter toutes les Fêtes (rien que ça). Il n’y a donc pas eu de banderole à leur stand.

Le maire a profité de cette discussion pour assumer la disparition cette année des drapeaux israélien et palestinien du Pont Saint Esprit. L’an passé, des « groupuscules extrémistes » lui avaient demandé d’enlever le drapeau israélien. Après son refus, ils avaient « lapidé » ce drapeau. Il avait alors, pour calmer les esprits, fait installer un drapeau palestinien. Cette année, il a annulé d’un même mouvement Israël et la Palestine…, au prétexte de ne pas créer de polémiques.

La banderole rue Marengo. Capture d’écran

En s’en tenant à un récit très factuel et lisse, mettant en avant la manière dont il avait contrôlé la situation, le maire a évité de réagir aux accusations de manque de vigilance Henri Etcheto.

Déborah Loupien-Suares (24’45’’) a pris ses distances avec le discours lisse du maire, menant la charge contre l’antisémitisme qui, selon elle, se cache derrière l’antisionisme, se référant aussi à l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble. Elle a été « choquée » par le stand d’EHKS à La Poterne. Elle signale aussi qu’une banderole rue Marengo appelant à la dissolution d’Israël avait du être enlevée.

Selon elle, la communauté juive à Bayonne a été inquiète de cette ambiance, et s’est sentie mise en danger, au point de se poser la question d’annuler un concert programmé à la synagogue (il a été maintenu).

Jean-Claude Iriart (29’) a tenu à exprimer son accord avec tout ce qu’Henri Etcheto avait dit.

Commentaires

Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, tel que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle.

Ce point du conseil municipal a donné lieu à des articles dans Sud Ouest et Mediabask, ainsi qu’une mise au point du collectif Baiona Palestinarekin, à l’initiative de la banderole. Ce collectif avait d’ailleurs déjà organisé fin juin une manifestation à Bayonne dont l’affiche comportait ce même slogan.

Cela vaut la peine d’y revenir dans un autre billet

Officialité des langues basque et gasconne

Ce point avait été reporté du précédent conseil municipal, suite à des doutes sur la conformité juridique avec la constitution qui institue le français comme langue de la République. Selon l’interprétation dominante, donner un statut officiel à d’autres langues mettrait en danger l’unicité de la République.

La fédération des acteurs de l’euskara, Euskal Konfederazioa, avait demandé avant les élections aux candidat.e.s de s’engager à reconnaître cette officialité. Ce qu’avaient fait à Bayonne tant le maire que les listes de Bayonne en Mouvement (Jean-Claude Iriart) et Bayonne tout simplement (Henri Etcheto). Les raisons et l’importance de ce vote pour la survie des langues basque (vulnérable selon l’UNESCO) et gasconne (en danger) ont été développés une nouvelle fois par Pantxo Etchegaray (31’), conseiller délégué à la politique linguistique et Jean Claude Iriart (34’30’’- 40’20’’).

Colette Capdevielle rappelé avoir fait ajouter des précisions concernant le gascon. Le maire (48’- 57’), dans un long plaidoyer, a développé les éléments juridiques pour défendre la compatibilité avec la constitution, qui a cependant besoin d’être modifiée. Il en a profité pour vanter son « courage politique ». Il a rappelé en particulier qu’il avait fait voter en 2018 une délibération semblable, non contestée par la Préfecture. Il proposera à la nouvelle CAPB de revoter un texte semblable.

Après ce débat consensuel, le vote a été unanime. Toutefois, sans avoir expliqué leur position, 3 élues ont refusé de participer au vote : Agnès Duhart, Sylvie Durruty et Déborah Loupien-Suares.

Mais ce délai de sécurisation juridique s’est avéré inutile : comme il l’avait fait pour une délibération de la ville de Sare juste avant, le Préfet a, dès le 30 juillet, déféré la délibération devant le tribunal administratif

Voir la réaction de bayonne en Mouvement :

https://www.facebook.com/search/top?q=baiona%20en%20mouvement

Actualité périscolaire

L’actualité s’est aussi imposée quand est venue en discussion une modification du règlement intérieur pour l’accès aux cantines scolaires. Il s’agissait de réserver les repas de midi aux enfants effectivement présents à l’école, pour éviter que des parents amènent leurs enfants à la cantine sans qu’ils assistent aux cours. Cette modification posait problème en elle-même : d’où venait cette pratique, en quoi était-elle abusive ?

Mais ce n’est pas ce qui a été débattu. L’actualité brûlante venait des cas de violences sexuelles envers les enfants dans des centres de loisirs. Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation et à l’enfance, qui présentait la délibération (1h36’), est rapidement passée à l’actualité en développant les précautions prises dans le périscolaire à Bayonne pour éviter des situations comme celles de Paris, Tarnos ou Biarritz, où des animateurs ont été mis en examen.

Elle a indiqué que la conception du dispositif périscolaire avait fait l’objet d’une réunion de travail début juillet avec la commission municipale élargie aux élu.e.s en responsabilité dans les écoles : appui sur un projet précis, critères de sélection des animateurs, qualification des responsables de sites, utilisation de divers fichiers judiciaires, sensibilisation aux gestes, langages et comportements, plate forme d’appel,…

Colette Capdevielle (1h42’) a abondé dans le même sens, en élargissant à la prise en charge nationale du sujet. « On va assister à une révolution culturelle dans les semaines à venir », avec une nouvelle loi en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat, qui concernera tous les secteurs où des adultes sont en contact, de toute sorte, avec des enfants. Cette loi institue un « certificat de contrôle d’honorabilité ». On part de l’enfant et de son environnement. Le certificat est vérifié tous les deux ans. « Une révolution » insiste-t-elle, « une loi terrible, très coercitive ». Tout en se félicitant que la ville de Bayonne prenne les devants, elle souligne que ni les diplômes ni l’expérience professionnelle ne sont des garanties suffisantes, ce qui nécessite d’aller plus loin dans la protection des enfants.

Stationnement au centre ville

Il était demandé aux élu.e.s « d’actualiser » la grille tarifaire du stationnement, comprendre augmenter le coût du stationnement. Loïc Corrégé (3h14), adjoint en charge de la question, a délivré en 1 minute toute la langue de bois de circonstance pour présenter la délibération : le stationnement comme levier pour faire évoluer de l’automobile vers les mobilités douces, objectif défini par le fameux PTES ; la grille tarifaire qui fait encore plus office de levier ; mais comme l’usage de la voiture reste important, la nouvelle grille tarifaire se doit de répondre « aux besoins (en stationnement) des résidents, des usagers pendulaires, des visiteurs et des chalands ».

D’emblée, Henri Etcheto (3h15) a annoncé que son groupe voterait contre cette grille, pour 3 raisons : l’augmentation des tarifs pour les résidents, le déploiement de nouvelles places gratuites pendant 30 minutes, et les nouveaux aménagements au détriment des résidents. Et de conclure « au final, les habitants du centre ville devront payer plus cher avec moins de places à leur disposition ». Ila a reproché à la municipalité de considérer le centre ville comme un centre commercial davantage que comme un lieu de résidence. On avait rarement entendu Henri Etcheto défendre les habitants du centre ville avec une telle vigueur…

Au passage, il a relevé l’hypocrisie de la politique municipale : pour réduire l’usage de la voiture, elle encourage le fait de faire ses courses en voiture en multipliant les places « 30 », ce qui, mécaniquement, augmente la possibilité de rotation des voitures sur une seule place et donc la circulation.

De manière plus surprenante, mais sans en tirer de conclusions concrètes, Henri Etcheto s’est lancé dans une violente dénonciation de la place accordée aux deux-roues motorisés par la ville : les places qui leur sont réservées voient leur nombre augmenter, et elles sont gratuites. Pour lui, motos et scooters sont « le pire » mode de déplacement, pour l’impact environnemental, la tranquillité publique et les risques sanitaires. En contre point, il a évoqué la manière dont les grandes villes s’attaquent au problème.

Pour sa part, Joé Mendes Monteiro (3h18) a relevé le caractère estival fréquent des augmentations. Il a déploré l’absence d’une tarification sociale pour le stationnement : encore une fois, la justice sociale est oubliée. D’autres villes savent marier justice sociale et écologie. Le groupe Bayonne en Mouvemen s’abstiendra.

Dans sa réponse, Loïc Corrégé a expliqué que les places « 30 » sont appréciées aussi des résidents, et qu’elles permettent de limiter les voitures « ventouses ». Puis le maire a vanté le succès populaire du tram-bus et la suppression de plusieurs centaines de place de stationnement en quelques années. Comme réponses à l’opposition, ce fut léger et à côté, comme toujours.

Vigilance. Le vilain petit canard s’incruste

On n’a pas pu ne pas remarquer, lors de ce conseil, l’interventionnisme de Pascal Lesellier, l’élu du RN. Il diversifie ses interventions et ne se contente pas de dénoncer tout ce qui concerne les quartiers populaires (politique de la ville, place des Gascons, soutien aux associations) « par souci des finances de la ville ».

Il se montre « constructif » en présentant un amendement (accepté par le maire !) en défense du gascon dans la déclaration sur les langues. Il plaide pour la géothermie au lieu de la filière bois pour le réseau de chaleur du Prissé (Laurence Hardouin et le maire doivent lui expliquer qu’il n’a rien compris). Il prend prétexte du budget supplémentaire sur les fêtes pour lancer un assaut contre le stand d’EHKS disant que que les organisations d’extrême-gauche prenaient les Fêtes en otage avec leur soutien à la Palestine et à l’ETA, pour dénoncer leur antisémitisme et souligner la mansuétude du maire à leur égard. Il termine son intervention en se réclamant de l’histoire de Bayonne et de Benjamin Gomez, fondateur des fêtes, dont il semble se proclamer l’héritier. Quand au soutien à l’Aviron bayonnais, il aurait préféré que cet argent aille à la rénovation des écoles…

Les réponses du maire oscillent entre l’indifférence, la pédagogie et l’ironie. Mais pas vraiment de politique. L’opposition de gauche réagit peu. Plusieurs élu.e.s sont venu.e.s en renfort quand Lesellier s’est attaqué au GIP-DSU pour expliquer les activités associatives ainsi financées. Et heureusement, Colette Capdevielle (3h01) a pris la mouche (vraiment politique) pour défendre les quartiers en politique de la ville et le GIP-DSU, reliant les critiques de Lesellier aux problématiques générales du RN.

On aurait tort de sous-estimer cette omniprésence de l’élu RN et la diversité de ses interventions. Il y a un combat politique à mener pied-à-pied.

Prochain conseil 15 octobre.

Patrick Petitjean, 3 août 2026

Bayonne, chronique municipale n°4 : Le maire a peur

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

Le conseil municipal du 4 juin avait 42 points à son ODJ. Il rapide, avec de la routine administrative et le Compte Financier Unique (l’ancien compte administratif / compte de gestion) comme point central. La Loutre d’Europe s’est, de manière sympathique, invitée au conseil, pour un bien nommé « havre de paix ». Un honneur bien mérité. La surprise est venue du dérapage sécuritaire du maire, qui a fait un pont entre les incidents qui avaient suivi la victoire du PSG lors de la finale de la coupe d’Europe de football, et les risques sécuritaire des Fêtes de Bayonne : « On a peur, on a peur » a-t-il répété, fustigeant « une jeunesse qui ne cherche qu’à foutre le bazar ».

La retransmission du conseil du 4 juin est ici : https://www.youtube.com/watch?v=Xgo_1vkKhE8

Les délibérations adoptées seront disponibles avec leurs annexes sur le site de la ville, cette semaine, en principe.

Confusion pour cause de précipitation

Ce conseil débute dans la confusion. La veille, le maire avait ajouté à l’ordre du jour une nouvelle délibération « reconnaissance officielle du basque et du gascon comme langues du territoire bayonnais et affirmation de la politique municipale de revitalisation linguistique ». Pas moins. Sans doute pour accrocher la communication municipale à l’actualité nationale sur les langues régionales. Il l’avait personnellement complétée et fait envoyer aux élu.e.s. Les retours (a-t-il dit) lui ont fait prendre conscience de difficultés juridiques mal maîtrisées, du besoin de clarification et de la nécessité d’une réunion préalable… Il a donc retiré de l’ODJ cette délibération aussi vite qu’il l’avait ajoutée, et l’a reportée au prochain conseil, fin juillet.

Machisme taurin

La confusion s’est poursuivie lors de la constitution des 6 commissions extramunicipales (20 longues minutes) où coexistent élu.e.s et citoyen.ne.s. La liste des membres a du être ajustée en séance du conseil, au regard des listes envoyées aux élu.e.s, après désistements et nouvelles candidatures.

Il s’est aussi avéré que l’appel à candidatures n’avait pas atteint les élu.e.s d’opposition. Et si Bayonne Tout Simplement a pu ajouter quelques noms en direct, Bayonne en Mouvement fera les siennes par la suite, ce qui conduira à un nouveau vote lors du prochain conseil.

Ces commissions sont en général des simulacres de participation citoyenne. Elles permettent souvent de gratifier des « fidèles », sans s’y réduire. La plus nombreuse, en même temps que significative, est la commission taurine. Sur la quarantaine de membres, il n’y a guère que 5 citoyennes. Corrida et machisme sont deux traditions archaïques inséparables, cultivées dans cette commission.

Fonds de dotation

C’est une délibération qui revient régulièrement dans les conseils. Elles sont toujours adoptées sans débat et à l’unanimité. Il ‘agit de conventions de mécénat entre des entreprises (ou particuliers), la ville, des associations et un « fonds de dotation » pour subventionner des initiatives culturelles (en majorité). Cela permet aux entreprises de bénéficier de réductions fiscales.

Yves Ugalde, l’adjoint à la culture, s’est félicité de l’augmentation de ces contributions, estimant qu’il s’agissait d’une « stratégie de communication intelligente » de la part des entreprises (en général des PME) : selon lui, cela se substitue aux tables VIP moins remplies lors des évènements. Il a plaidé pour le développement de ce système. On pourrait ajouter que c’est financièrement intéressant pour les entreprises. Et surtout que cela permet à la ville de piloter une partie des aides culturelles de manière opaque.

Ce système est-il profitable aux associations ? N’est-ce pas simplement un glissement d’une subvention directe (qui existait régulièrement pour des initiatives de quartier notamment) vers un système où le retour financier l’emporte… avec davantage de sélection par la ville ? Certaines associations sont inquiètes. Le Collectif des Associations Citoyennes organise le 16 juin une table ronde sur ce sujet à Paris. J’aurais l’occasion d’y revenir dans un billet spécifique d’ici quelques semaines

Honneur à la loutre d’Europe et aux Barthes de la Nive

Deux délibérations concernant la protection de la Loutre d’Europe et le système hydraulique des Barthes de la Nive ont été introduites par Lionel Sévilla, « conseiller délégué à la biodiversité, la ville nourricière et au projet de réserve naturelle nationale des Barthes de la Nive ».

Il s’agissait d’abord de la création d’un « havre de paix », avec la signature d’une convention avec la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM).

Une fois n’est pas coutume sur ce genre de sujet, la lecture aride et formelle de la délibération a été complétée par des explications détaillées sur le développement de la présence de cette espèce menacée (12 minutes). On peut écouter ce débat pédagogique entre les minutes 44 et 55 de la retransmission du conseil.

D’autres espèces protégées ont trouvé refuge dans les Barthes de la Nive, une zone humide qui s’étend sur 400 ha, au-delà de la plaine d’Ansot, jusqu’à Villefranque.

Une remarque quand même : Les aménagements voisins réagissent sur les zones naturelles sensibles comme la plaine d’Ansot, et leur biodiversité. Et ce, même si des couloirs écologiques subsistent. Pourquoi maintenir le projet d’urbanisation des domaines de Lana et Piquessary, avec plusieurs centaines de logements au voisinage immédiat de la plaine d’Ansot ?

Une seconde délibération concernait l’amélioration du réseau hydraulique. On peut trouver plus d’explications ici : https://actu.fr/nouvelle-aquitaine/bayonne_64102/pays-basque-un-enorme-chantier-va-etre-engage-au-coeur-de-ce-site-naturel-d-exception-cet-ete-voici-pourquoi_64359075.html

Accueil des forains pour les Fêtes

Une délibération est votée sans débat unanimement pour la mise à disposition de la Pièce Noyée (terrain appartenant à la CAPB) pour que les forains dont les installations sont présentes dans les Fêtes de Bayonne, et autres évènements de la ville. Jusqu’à présent, les forains devaient dormir sur leurs stands ou dans leurs voitures, faute de terrain adapté. Il s’agit de les « sortir de l’espace public », selon Yves Ugalde, adjoint aux évènements. Ce sera désormais interdit.

La Pièce noyée (vue partielle) en août 2024

Il a fait également une mise en garde : ce terrain serait complètement réservé aux forains participants aux Fêtes et donc interdit aux « voyageurs ». Il faut rappeler que l’aire d’accueil du chemin du Moulin de Pey, a été fermée suite à l’annulation de la DUP du Préfet en décembre dernier. Et que la ville ne respecte pas ses obligation en matière d’accueil des voyageurs.

CFU et budget vert

Cela occupe presque la moitié du conseil. La première délibération concerne le « compte fiscal unique » (CFU) qui met en chiffres l’exécution réelle du budget de l’année précédente, 2025. La 2e délibération concerne son annexe, dite «  budget vert », qui vise à analyser ces chiffres en fonction de leur pertinence quand à la transition énergétique. Deux autres concernent les CFU pour les budgets annexes, stationnement et Fêtes traditionnelles / temporada. La séquence se termine peu après le « j’ai peur » (bis).

Avant même la présentation du budget vert, David Ospital se saisit du CFU pour mettre les pieds dans le concret de la canicule qui vient de sévir. Il souligne le retard dans l’adaptation, principalement des écoles, quant aux effets des fortes chaleurs. Il demande une planification claire et ambitieuse pour 2026, ce qui n’apparaît pas dans le CFU 2025. Laurence Hardouin, maire adjointe en charge de la transition, puis Jean-René Etchegaray, répondent en mettant en avant l’importance (selon eux) de l’arrachage de béton, notamment dans les cours d’école, l’achat d’une centaine de rafraîchisseurs.

Une ou deux écoles comme vitrine, et les brumisateurs de la place de la Liberté font-ils vraiment une politique offensive d’adaptation au changement climatique ? Il faut dire aussi que le maire s’est approprié, pour faire consistance, les rénovations thermiques faites par HSA dans ses HLM.

En ce qui concerne le budget vert, Laurence Hardouin le présente comme un moyen de prioriser les dépenses. Selon l’analyse faite, 70 % du budget serait tourné vers la transition. Et 52 % des investissements ont un « impact positif ». Elle souligne la progression du pourcentage des investissements avec impact favorable, voire très favorable, ce qui est le cas notamment de la Médiathèque et du Musée Bonnat.

Pour Bayonne en Mouvement, Jean-Claude Iriart souligne plusieurs points : l’obligation du budget vert concerne le budget principal et ses annexes, ce qui n’est pas fait. Un filtre « impact sur la biodiversité » est aussi obligatoire, mais n’a pas été fait. Il y a décalage entre les 70 % du budget tourné vers la transition, et le fait que seul 14 % des investissements figurant au CFU ont eu un ilact favorable. Il soulève aussi l’exemple d’une association dont le budget entier est pris en compte dans les 70 %, alors que le volet environnemental de son action est très secondaire.

Laurence Hardouin ne répond que sur le décalage des chiffres, même si « elle ne les a pas tous en tête » : selon elle, cela vient des critères différents utilisés. Elle cite l’exemple du verdissement de la flotte automobile municipale, qui entre dans les 70 %, mais comme il peut s’agir de véhicules thermiques (même verdis), ils ne sont pas pris en compte comme investissement favorable.

Une ambigüité sur les chiffres qui fait écho à la proposition faite par Jean-Claude Iriart dans la seconde partie de son intervention : le budget vert prendra de plus en plus d’importance, et va devoir s’élargir à l’adaptation climatique, la biodiverdsité, l’économie circulaire, la prévention des polluttions.. Se pose la question de se limiter à en faire un outil technique de reporting et de communication (voir les décalages remarqués ci-dessus), ou bien, ce qui a bien sûr sa préférence, un outil de pilotage. Il propose donc un « comité de pilotage » du budget vert où figurent des élu.e.s de toute sensibilité.

Sur cette proposition, c’est Etchegaray qui répond directement plutôt que Hardouin : pourquoi pas, mais il se défausse en renvoyant à une discussion lors de la commission municipale compétente.

La jeunesse ne cherche qu’à foutre le bazar. On a peur, on a peur.

L’occasion de la présentation du CFU pour le budget annexe « fêtes traditionnelles et temporada » donne lieu à des passes d’armes entre Joe Mendes et le maire ou Sylvie Durruty concernant le coût du dispositif des fêtes payantes, en raison de chiffres contradictoires entre 2024 et 2025, malgré l’affirmation d’une stabilité (finalement, en fin de la séquence, Durruty renvoie à un changement du mode de calcul…).

Mais c’est un long plaidoyer du maire (qu’on peut écouter entre 2h09 et 2h19 dans la retransmission) en faveur du bracelet payant qui a marqué cette partie. Le coût des Fêtes avoisine les 4 millions d’€, et on ne peut demander aux Bayonnais d’en payer l’intégralité, alors que les participants viennent en grande majorité de l’extérieur de la ville. C’est un modèle économique qui assure la pérennité des Fêtes. Près de 3 M€ sont consacrés à la sécurité. C’est ce que couvre le bracelet. 4 compagnies de CRS et entre 400 et 600 agents de sécurité privée. Etchegaray le rappelle, « on a eu des drames ! »

Peut-être justement qu’il faut questionner ce modèle des Fêtes, qui n’est pas seulement économique, et qui débouche sur une fuite en avant sécuritaire. Comment peut-on défendre un modèle où le contenu même passe au second plan ? Sans parler de la place des traditions basques versus la « disneylandisation touristique ». Les évolution des deux dernières années ont conduit à moins de participation, et c’est heureux, et davantage (un peu) de sécurité. Mais ce ne sont que des pansements superficiels qui ne traitent pas le problème de fond de ces Fêtes.

A partir de là (2h14’40’’), Etchegaray se lance dans un discours tout-sécuritaire : sa responsabilité de maire, les drames passés, les risques courus, un casse-tête sans nom. Et il se branche sur l’actualité : « On ne sait jamais comment cela va se passer. Quand on voit ces drames intervenus après le foot, cette folie qui finit par gagner une forme de jeunesse qui ne cherche qu’une chose de foutre le bazar ». Suit une incise, sans autre relation avec le sujet discuté que d’accentuer le discours dramatisant : le jet (sans dégâts) de cocktails Molotov devant la sous-préfecture la nuit précédente. Et la péroraison (2h15’54’’) : « on n’est à l’abri de rien. Quand on permet un spot devant la mairie qui va rassembler beaucoup de monde, on a peur, on a peur ». On se serait cru sur CNews.

Etchegaray a peur à cet instant (2h 16′ 25 »)

Il conclue en justifiant les fouilles systématiques : les gens viennent car ils sont rassurés. Les Fêtes restent un exutoire, mais surtout une magnifique tradition et un moment de partage.

46 quai Bergeret

Les anciens locaux du SDIS au 46 quai Bergeret sont désormais inoccupés. Ils se composent de dégagements, de 3 bureaux, d’une salle de réunion, d’une salle d’attente, d’un hall d’entrée, d’un

porche, d’une salle d’accueil, de 2 dortoirs, 4 WC, 2 sanitaires et 3 garages. La ville se propose de les racheter à la CAPB pour en faire un centre d’hébergement d’urgence provisoire. Par exemple pour accueillir rapidement les habitants victimes d’un incendie.

Une délibération bienvenue. Il y a une insuffisance de logements d’urgence pérennes à Bayonne, 6 seulement, dont 2 vacants, mais qui ne sont pas disponibles « à la minute ».

Maison des syndicats

Le « centre de réunion de Sainte Ursule » (terminologie officielle) fait principalement office de Maison des Syndicats. Il va avoir un nouveau règlement général de fonctionnement, qui doit entrer en vigueur le 8 juin selon un arrêté du maire en cours de publication sur le site. Le conseil municipal doit voter les nouvelles conventions de mise à disposition gratuite de locaux pour les différentes organisations syndicales ainsi que pour la FNACA. Il faut souligné par ailleurs que les locaux actuels sont très insuffisants.

Comme Bayonne en Mouvement l’avait souligné pendant la campagne électorale, cette « Maison des syndicats » est indigne d’une ville qui s’enorgueillit de son nombre d’emplois et de son dynamisme. On peut comparer les locaux de la CCI et ceux des syndicats. Bayonne a besoin d’une véritable Bourse du travail.

Le RN

Loin d’être silencieux, le conseiller municipal du RN, Pascal Lesellier, prend régulièrement la parole et adapte au contexte local les rengaines et obsessions de son parti : mise en cause des volets sociaux de la transition, défense des propriétaires contre la mesure de compensation (meublés touristiques), mise en cause du code de l’environnement trop contraignant (à propos du budget vert) par exemple. Ses interventions sont ignorées, sauf quelques piques du maire.

La Maison des syndicats ne pouvait échapper à son courroux contre les syndicats « politisés », qui se permettent d’attaquer un parti politique, qui touchent des subventions de l’État et des entreprises. Il est contre la gratuité pour les syndicats. Il vote contre la délibération (sauf pour la FNCA précise-t-il). Une diatribe qui est conforme aux politiques des municipalités RN contre les bourses du travail et les syndicats.

C’est tout, et c’est beaucoup pour un conseil relativement court (moins de 3h). RV pour le suivant, le 23 juillet

Patrick Petitjean, le 8 juin 2026

Bayonne, chronique municipale n°3 : Le petit théâtre du maire

capture d’écran, 30 avril 2026

Plus que jamais partial, subjectif et arbitraire

Plus de 4h pour ce 3e conseil municipal, le 30 avril. Encore beaucoup de temps consacré à l’installation des nouvelles instances. Le budget, tel qu’attendu, a été voté après des débats donnant l’impression du déjà vu. Au fil des interventions, ce sont des postures, autant personnelles que politiques, qui se mettent en place pour la mandature qui commence. Le maire a fait son petit théâtre, accusant même Colette Capdevielle de vouloir importer à Bayonne le « bordel » (sic) de l’Assemblée nationale.

La séance du conseil est visible ici :

Le détail des délégations et la composition des commissions municipales et extra-municipales figurent sur le site de la ville, rubrique ma mairie, ou parmi les délibérations du conseil (pas encore publiées le 6 mai).

Les délégations. Le maire a-t-il choisi son héritier ?

Elles se faisaient attendre. Elles ont été dévoilées sur le site de la ville quelques minutes avant le début du conseil, ce qui a bien sûr été relevé. Elles sont d’une grande continuité, ce qui rend particulièrement hypocrite la justification du maire pour ce caractère tardif : il aurait fallu ajuster le contenu des délégations et la composition des commissions avannt d’en finaliser la liste.

Joseba Erremundeguy, annuaire officiel des élus

Principale nouveauté : la promotion éclair de Joseba Erremundeguy comme 2e adjoint. Sans surprise, car il apparaissait déjà fréquemment dans le sillage du maire pendant la campagne électorale, voire avant pour les relations transfrontalières. Il est déjà conseiller départemental et vice-président de la CAPB. Une belle carrière bien entamée. Mais on ne l’a pas entendu de tout ce conseil

A Bayonne, sa délégation est large : aménagement urbain et des espaces publics, citoyenneté, relation à l’usager, Conseils de Quartiers. Au vu du champ couvert par Le Piment bayonnais, il ferait presque office de « correspondant » au sein de la municipalité…

Autre innovation notable, la désignation de Lionel Sevilla comme conseiller auprès du maire en charge de la biodiversité, de la « terre nourricière » et de la plaine d’Ansot.

Voeu pour l’Euskara au bac. Le maire dresse un costume à Blanquer

Le conseil commence par la présentation et le vote d’une déclaration sur le droit de passer certaines épreuves du bac en Euskara. Une déclaration déjà reprise par de nombreuses personnalités et d’autres villes. Elle est présentée d’abord en Euskara, puis en Français, le sujet faisant nécessité, par le nouveau délégué à la politique linguistique, Pantxo Etchegaray.

Commencer un conseil municipal par un sujet populaire et unanimiste, de plus non inscrit préalablement à l’ordre du jour, est un choix tactique pour instaurer autour du maire une atmosphère consensuelle, rendant plus délicates les contestations à venir.

La délibération a été l’opportunité de moult auto-félicitations sur les actions municipales pour les langues basque et gasconne. Elle a, en plus, été l’occasion pour le maire de manifester sa singularité vis-à-vis du gouvernement qu’il soutient, en désignant à plusieurs reprises Jean-Michel Blanquer comme responsable du blocage de l’Euskara au bac, l’accusant même d’influencer encore l’actuel ministre de l’éducation et le rectorat de Bordeaux. Pour charger la barque, le maire a aussi rappelé Parcoursup, une grande œuvre de Blanquer : on a été heureux d’apprendre que le maire partageait avec les étudiants et les enseignants le rejet de Parcoursup.

Le vote en faveur de la déclaration a été unanime.

Diverses délibérations. Le maire paternaliste

Avant d’en venir au plat de résistance, le budget, il a fallu égrener (29 délibérations) les nominations d’élu.e.s dans les commissions municipales et extra-municipales – j’y reviendrai dans une autre billet. Et surtout dans de multiples organismes extérieurs. Fastidieux mais incontournable, en 3/4 d’heure.

Puis, 13 autres délibérations, plus ou moins techniques, d’où on peut extraire :

– l’expo « mythologies » au Musée Bonnat, avec auto-félicitation sur la fréquentation, et convocation du Louvre de du musée du Quai Branly pour légitimer la qualité exceptionnelle de cette exposition

capture d’écran

– un protocole devant marquer la fin du contentieux avec une entreprise concernant des travaux du Musée Bonnat. A Joe Mendes Monteiro, qui a fait remarquer qu’il y avait des ambigüités dans l’écriture de ce protocole, et que cela risquait de ne pas clore le contentieux, le maire a commencé par la jouer paternaliste : lui avait une longue expérience professionnelle, et Joe Mendes Monteiro n’était qu’un jeune avocat. Pour finalement conclure en demandant quand même à son directeur de cabinet de regarder de plus près le protocole.

– l’augmentation des tarifs des spectacles à Lauga, en raison a-t-til été dit de l’amélioration de la qualité de la salle

– la prolongation des conventions de portage foncier avec l’EPFL (qui achète des biens immobiliers pour le compte de la ville), concernant des immeubles aux 3 et 5 rue Sainte Catherine, ainsi qu’au 34 place de la République. Ce portage avait été conclu en 2017 pour 8 ans, mais la ville n’ayant pas encore défini un usage pour ces biens, il a fallu rajouter quelques années à la mission de l’EPFL.

– Une délibération ramasse-tout sur les Fêtes de Bayonne, dont le pass payant d’entrée. Au nom de Bayonne en Mouvement, Joe Mendes Monteiro a regretté que, une nouvelle fois, la délibération contienne des choses très différentes, qui auraient pu être disjointes, permettant d’en voter certaines et pas d’autres. Rappelant leur hostilité au pass, il a aussi demandé de s’engager réellement vers une baisse de la fréquentation, et regretté que le débat de fond soit esquivé dans le délibération. En réponse, l’adjoint évènementiel, Yves Ugalde s’est voulu rassurant et a renvoyé vers la commission extra-municipale sur les Fêtes, sans répondre sur le caractère fourre-tout. Bayonne en Mouvement et Bayonne tout simplement se sont abstenus sur la délibération

Le budget arrive au bout de 2h. Le maire fait l’énervé et défend le gouvernement.

L’essentiel de la très longue présentation du budget par Sylvie Durruty, adjointe aux finances, se retrouve déjà dans son entretien avec le journal municipal distribué dans nos boîtes le WE dernier. On y trouve les principaux projets d’investissements, la maîtrise des dépenses de fonctionnement, la bonne gestion. Oralement, il y eu aussi l’auto-congratulation sur le succès du Musée Bonnat, de la Médiathèque. Plus les critiques récurrentes d’Henri Etcheto concernant la réalité future des engagements en dehors du centre ville, la disparition de certains projets figurant dans le programme électoral (école du Sequé notamment), et la vente du patrimoine communal.

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David Ospital a émis des doutes sur la fragilité de la structure de la dette, au-delà de son montant total, raisonnable : il a une part importante d’emprunts à un taux variable, ce qui est un risque dans une période instable où les taux d’emprunts sont à la hausse. A quoi il fut répondu que les banques faisaient confiance à la ville, qu’elles se précipitaient toutes à chaque levée de fonds. Soyons donc rassurés, ayons confiance dans les banques.

Un enjeu nouveau est venu à la discussion : la baisse importante des recettes provenant de la Taxe Foncière sur les Résidences Secondaires (TFRS). Sylvie Durruty a annoncé une baisse de 1,3 millions d’euros, à la suite de la sortie de 600 logements de la base des résidences secondaires, transformées en résidences principales. Avec suspicion de fraude. Un travail d’enquête est nécessaire pour comprendre le phénomène, rendu compliqué par l’accès aux données et l’implication obligatoire des services de l’État. C’est un effet pervers de l’exigence d’une compensation nécessaire pour permettre la transformation d’un logement à l’année en un meublé de tourisme. Les villes qui ont le plus fort taux de résidences secondaires (Anglet, Biarritz…) sont beaucoup plus touchées.

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David Ospital a insisté sur l’importance de l’enquête lancée par la CAPB sur ce sujet, et appelé à la vigilance. Colette Capdevielle a rappelé la proposition de loi déposée par elle-même, Peio Dufau et Inaki Echaniz, proposition bloquée par Renaissance. Elle a également critiqué le gouvernement de s’attaquer davantage à la fraude sociale qu’à la fraude fiscale, comme celle des fausses résidences principales. Elle a déploré que les services fiscaux manquent de moyens.

Une provocation insupportable, si l’on en juge par le degré d’énervement et d’agressivité manifesté par le maire à son encontre, l’accusant de faire de la politique nationale et l’interrompant sans cesse. « Vous n’êtes pas à l’Assemblée nationale », qui serait « devenue un véritable bordel », accusant Colette Capdevielle de vouloir l’importer « dans une petite ville du fond de l’hexagone » : « restez à Bayonne » ! (entre 2h 56’ et 3h 1’ dans la retransmission).

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Elle a rappelé que les taux de logement social calculés pour la loi SRU se faisaient sur les résidences principales et non sur la totalité des logements : la transformation de résidences secondaires en fausses résidences principales entrainait une sorte de double peine, avec la baisse des taux SRU et la baisse des recettes fiscales. En réponse, elle est accusée par le maire d’être « à côté de la plaque »

A noter que, cette année et contrairement aux années précédentes, il n’y a pas eu d’élu.e pour demander la dissociation entre les corridas et les fêtes traditionnelles, regroupées dans un même budget annexe.

Les élu-e-s d’opposition ont voté contre les différentes délibérations budgétaires.

Les indemnités pour les élu.e.s. Le maire auto-sacrificiel, mais muet

A la fin du budget, on en était à 3h35 de conseil. Les 17 dernières délibérations ont été expédiées en 1/2 heure. La question des indemnités pour le maire, les adjoints et les conseillers a occupé 25 minutes.

Le maire a commencé par quelques (brèves) explications techniques sur les textes qui régissent le calcul des indemnités. Ce qui n’a pas satisfait l’opposition. Juliette Brocard a demandé des explications sur la hiérarchisation de ces primes. Joe Mendes Monteiro, tout en reconnaissant la légitimité de l’indemnisation des élu.e.s, s’est enquis également sur l’augmentation des indemnités, qui est, de plus, hiérarchisée selon les différentes catégories (maire, adjoint.e.s, délégué.e.s, élu.e.s de base), beaucoup plus importante en pourcentage pour le maire (+ 45%) que pour la base. Globalement, l’augmentation est de 34 %.

La réponse du maire est alors un modèle du genre. Sous prétexte de pédagogie, il livre une avalanche de détails techniques sur le maxi auquel le maire et les différentes catégories peuvent prétendre avec le nombre d’habitants de Bayonne, sur les majorations possibles (comme ville touristique, ville en politique de la ville, chef lieu d’arrondissement), etc. La conclusion qu’il en tire, après avoir « noyer le poisson » pendant 1/4 d’heure, est que les indemnités sont en-dessous de ce qui était possible, et surtout (il y revient plusieurs fois) que lui-même touchera moins de la moitié de ce à quoi il aurait pu prétendre. Il compare avec Pau, Anglet et Biarritz, où les indemnités sont plus élevées, reste évasif sur la hiérarchisation, et ne dit mot des éventuels cumuls d’indemnités possibles en cas de cumul des fonctions.

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Dernier intervenant, Jean Claude Iriart souligne encore la légitimité des indemnités, admet que le maire touche plus que les adjoint.e.s, qui légitimement aussi touchent plus que les autres élu.e.s, reconnaît que la somme reste faible (0,8 % du budget de fonctionnement), mais s’interroge quand même : pourquoi 34 % d’augmentation globale du volume d’indemnités, alors que les subventions aux associations stagnent. Cette somme aurait pu être mieux employée.

Réponse du maire ? Rien. Il passe au vote (l’opposition s’est abstenue).

Conseil suivant : le 4 juin

Patrick Petitjean, 6 mai 2026

Bayonne, chronique municipale n°2 : développement durable sans transitions

Deuxième chronique (subjective et partielle) des séances du nouveau conseil municipal.

A posteriori, cette 2e séance du conseil, le 9 avril, apparaît comme un peu surréaliste. Les enjeux immédiats étaient absents, et les interventions dans le registre attendu. Les adjointes intérimaires en attente de leur délégation officielle, Laurence Hardouin-Torre, Deborah Loupien-Suares et Sylvie Durruty, ont présenté les 3 principales délibérations, montrant avec autorité qu’elles étaient plus que jamais candidates à se succéder. La 3e, notamment, a délivré une longue introduction pour le débat sur les orientations budgétaires, et a pris en main de la discussion, le maire restant plus discret que d’habitude.

Surréaliste, parce que deux jours après, le 11 avril, Jean-René Etchegarray, candidat à sa succession, échouait à conserver la présidence de la CAPB, à la surprise générale. Un scénario non prévu, qui remet en cause les rapports de pouvoir entre Bayonne et la CAPB. Il va falloir ajuster ses projets de métropolisation de Bayonne face à une présidence favorable à de nouveaux équilibres entre le développement de la côte versus celui de l’intérieur du Pays basque.

Plus encore, cela va provoquer une redistribution du pouvoir au sein de la majorité bayonnaise et en remettre sans doute en cause les équilibres politiques. A ce jour (samedi 25 avril) l’arrêté définissant les délégations des adjoint-e-s n’a toujours pas été publié, contrairement aux délais habituels dans les autres communes.

Jean-René Etchegarray s’est fait désigner comme référent du pôle territorial « Côte Basque Adour ». A ce titre, il reste membre du conseil permanent de la CAPB. Un peu riquiqui pour les ambitions du maire de Bayonne, mais un positionnement qui peut lui permettre de mettre des grains de sable dans la présidence d’Alain Iriart.

Les délibérations adoptées et la vidéo du conseil sont accessibles sur le site de la ville. Il y a eu 4 séquences dans un conseil qui a duré près de 4h. La plus formelle, à savoir la nomination de représentants de la ville dans différents organismes extérieurs a néanmoins pris près d’une heure. Puis ont été présentés le rapport annuel sur le développement durable et celui sur l’égalité femmes/hommes, encore près d’une heure. C’est une obligation légale, et cela doit précéder le débat sur les orientations budgétaires, lequel a occupé la dernière moitié du conseil.

Pour ce billet, on se concentre sur le rapport « développement durable », … mais je commence avec l’annonce surprise du tout début du Conseil

Le maire choisit son chef de l’opposition

La séance débute avec l’annonce par le maire de la constitution d’un groupe « Bayonne tout simplement » par Henri Etcheto. Ce n’est pas vraiment une surprise. Mais il s’agit d’une décision unilatérale dont il a informé le maire en premier. Ce n’est pas une décision commune des deux composantes de la gauche. Cela interroge sur leur alliance entre les deux tours et semble valider les dénonciations entendues sur le caractère factice de la fusion.

Jean René Etchegaray lors de son installation

La suite de la mandature dira quel sera le degré de coopération entre les deux groupes de gauche. Cet « unilatéralisme » n’a pas empêché leur concertation pour préparer le Conseil. Lors de cette séance, ils ont présenté une liste commune de candidat.e.s (en général un binôme titulaire / suppléant) pour les organismes extérieurs où la loi leur garantissait une place : commission « appel d’offres », avec Juliette Brocard (Carole Ternois) ; CCAS, aveec Iker Etchepare (Jean-Claude Iriart) ; « territoire énergie du 64 », avec Carole Ternois (Joe Mendes Monteiro) et Cathy Liousse (Iker Etchepare) ; Musée Basque, avec David Ospital (Henri Etcheto) ; régie de stationnement, avec Cathy Liousse (Jean Claude Iriart) ; comité pour les dérogations scolaires, avec Joe Mendes Monteiro ; office du commerce et de l’artisanat, avec Colette Capdevielle (Iker Etchepare).

Pendant la campagne électorale, Henri Etcheto était souvent présenté dans la presse comme le « chef de file de la gauche » au conseil municipal. Une posture qui n’était pas pour déplaire au maire, cen continuité avec les mandatures précédentes. Jean-Claude Iriart, abertzale, était un adversaire plus déstabilisant pour le maire sortant, qui l’avait ciblé en priorité au cours de la campagne.

Jean-Claude Iriart lors de son intervention sur les orientations budgétaires

Arrivé en tête de la gauche au 1er tour, Jean-Claude Iriart a hérité du qualificatif de « chef de file ». Mais pas aux yeux du maire semble-t-il. Outre la mise en lumière, au début du conseil, de la constitution du groupe par Henri Etcheto, le débat sur les questions budgétaires a fait apparaître que le le maire avait un interlocuteur privilégié, le sujet facilitant sans doute la reproduction des mêmes échanges que les années précédentes, entre les mêmes. Un petit jeu politicien habituel du maire.

Rapport sur le développement durable

Laurence Hardouin présentant la délibération sur le développement durable

La présentation annuelle d’un rapport sur le développement durable est une obligation depuis plusieurs années. Il prend maintenant la forme, à Bayonne, d’un bilan de l’exécution du « Projet de Transition Ecologique et Sociale » (PTES). Ce bilan figure en annexe de la délibération.

C’est le 2e bilan du PTES, adopté en décembre 2023 pour 5 ans. Il comporte 30 actions, selon 3 axes : « Une ville sobre pour la transition énergétique, une ville nature pour la transition environnementale, et une ville solidaire pour accompagner les transitions sociétales ».

Avec la tentative de donner sens politique et cohérence, on y recycle sous le vocable « transition » beaucoup d’anciennes actions sur l’environnement, on les complète significativement par la lutte contre le réchauffement climatique et son cortège de mesures énergétiques. Et puis, selon l’esprit du développement durable (cela date de 1992 à Rio), on y ajoute des actions dans le domaine de la culture (la médiathèque), le social, la démocratie participative…

Cela fait quand même très fourre-tout, et ce 2e bilan mériterait une revue de détail, comme cela avait été fait au début 2025 après le 1er bilan dans le cadre de la préparation de la liste bayonne en Mouvement.

La nouveauté cette année est d’avoir croisé ces actions avec les 17 objectifs de l’ONU en matière de développement durable (datant de 2015…), pour montrer en quoi cela fait de Bayonne un bon élève onusien. Un registre d’autosatisfaction encore plus présent dans la deuxième partie du rapport est l’état d’avancement de chacune des 30 actions, et de leur globalité, selon une échelle à 5 niveaux, de « non engagée » à « aboutie » Ouf, on a avancé. Tout est engagé, et cela progresse dans toutes les catégories.

capture d’écran

Mais… Que mesure exactement ces tableaux ? Les 30 actions traduisent des politiques municipales, l’état d’avancement mesure la réalisation de ces politiques, pas plus. Il ne dit rien de rien sur la pertinence de ces politiques au regard des enjeux du réchauffement climatiques, de la biodiversité ou de la justice sociale.

Ainsi, l’action n°21 porte sur le logement « rendre l’habitat accessible pour la population locale », et la présente comme « au stade avancé » de sa mise en oeuvre. Ce dont il est question, c’est de la « mixité sociale » (c’est écrit) : moins de HLM et une priorité pour les classes moyennes. Le nombre de demandes de HLM ne figure pas dans les indicateurs retenus dans ce bilan…

6 actions (de la n°14 à la n°19) rentrend dans la « transition écologique » pour une Ville nature. Aucune n’est à un stade avancé, et iln’y a eu que très peu de progression entre 2024 et 2025. Les micro-opérations de re-végétalisation (comme dans le quartier Saint-Esprit) sont mises envant comme « structurantes ». La biodiversité est présente dans la n°17 « fonctionnalité écologique des différents milieux ». Il y est question de la plaine d’Ansot, des Barthes d’Ilbarritz, d’un inventaire de la biodiversité et d’actions de sensibilisation. Très bien, mais la poursuite de l’artificialisation et la protection des zones humides, dont la portée est autrement plus conséquente pour la biodiversité, sont aux abonnés absents.

Ce travail d’auto-analyse des politiques suivies est évidemment indispensable et utile, mais ne peut déboucher que sur de l’auto-satisfaction, de la communication, sans rien dire sur leur pertinence.

Une telle discussion globale est difficile lors d’un conseil municipal : mode de présentation du document avec des bilans très éclatés, sans explicitation du pourquoi des indicateurs. Peu d’élu.e.s ont le temps et les moyens d’aller au-delà de la délibération synthétique.

Du côté de l’opposition, Carole Ternois (Bayonne en Mouvement) a rappelé des dispositions réglementaires nationales, pas toujours respectées, ou qui vont s’appliquer prochainement, notamment sur l’évaluation des politiques publiques ou la rénovation énergétique des bâtiments communaux. Elle a rappelé les engagements pris par la majorité lors de ces élections en signant la charte de Bizi, l’obligation de réduction de la consommation d’espaces naturels fixée par le SCoT en vigueur depuis le début de l’année. Elle a demandé une cartographie des friches et l’inventaire des bâtiments vacants.

Carole Ternois (Bayonne en mouvement) pendant son intervention

Cathy Liousse (Bayonne tout Simplement) a demandé davantage d’ambition quant à la lutte contre les inondations et la réduction de l’émission des gaz à effet de serre. Elle trouve les résultats insuffisants dans la réduction nécessaire du trafic automobile, malgré l’appui sur le stationnement. Enfin, elle a plaidé pour la poursuite de la commission extramunicipale sur les mobilités qui avait existé les deux dernières années.

Cathy Liousse (Bayonne tout simplement) pendant son intervention

En réponse, le maire s’est emparé de la question des mobilités pour mettre en avant bayonne et taper sur les villes voisines, avec son discours bien rodé : on a fait des progrès considérables pour les transports publics au niveau de l’agglomération, la fréquentation a fait un bond surtout à l’intérieur du Pays basque, on est sur la bonne voie, il y a des progrès à faire, on est en retard sur les agglomérations semblables, et tout cela, c’est la faute de Biarritz qui ne veut pas de transports en site propre, et de la politique de stationnement pas assez restrictive dans les villes voisines.

Répondant à une demande de David Ospital (Bayonne en Mouvement) sur la rupture en cours avec RATP dev (annoncée dans la presse) gestionnaire du réseau sur la CAPB, le maire a confirmé que ce dernier voulait rompre la convention avec le syndicat des mobilités. Le gestionnaire n’arrivait pas à remplir toutes les missions sur lesquelles il s’était engagé, ayant des problèmes de rentabilité. Il a demandé un financement supplémentaire pour ces missions, ce qui n’est ni légal ni possible. Il y a donc rupture, et il y aura un nouvel appel à Délégation de Service Public.

Patrick Petitjean, 26 avril 2026

Bayonne, chronique municipale n°1 : une installation sans relief

Première chronique (subjective et partielle) des séances du nouveau conseil municipal.

Le nouveau conseil municipal de Bayonne a été installé ce samedi 28 mars, avec l’élection du maire et de ses adjoints. Ces premières séances sont souvent formelles, administratives. Elle l’a été à Bayonne. Mais ce déroulement froid n’est pas une obligation légale comme le maire l’a laissé entendre. Dans nombre d’autres villes, et pas seulement à Biarritz où la municipalité a changé, les nouveaux maires ont tenu des discours politiques mobilisateurs : ce fut le cas à Marseille, Lyon ou Paris, comme on a pu le lire dans les journaux. Faire le choix d’un formalisme fastidieux, apolitique en surface, est un choix politique du maire, et cela engage mal la suite de cette mandature.

Dès cette séance inaugurale, on a l’impression d’être dans un non-évènement. Les foules ne sont pas précipitées pour acclamer les nouveaux élus et le maire. Les séances du conseil sont publiques, mais le petit nombre de sièges à l’intérieur de la salle officielle est réservé aux journalistes et à de rares invités. La population est reléguée à regarder la séance dans un petit salon, avec quelques dizaines de places, à peine occupées ce matin-là. Plus de monde quand même que d’habitude : familles de nouveaux élus, rares militant.es, membres de clubs de séniors…

Le salon pour les habitants voulant assister à la séance publique du conseil

Mais la séance étant publique, une porte reste ouverte entre la salle du conseil et ce salon, pour pouvoir admirer nos représentants.

le Conseil, vu de la porte entre le salon pour habitants et la salle officielle

Le conseil est ici : https://www.youtube.com/watch?v=_alVLYokcJ0

L’impression d’étouffoir est renforcée par le fait que le président de la séance est le maire sortant lui-même, en tant que doyen de l’assemblée. Le discours introductif du nouveau maire est lénifiant : il se félicite des conditions de la campagne, qu’il a jugée sereine, respectueuse, sans dérapages, et souligne l’importance du rôle de l’opposition.

Capture d’écran. Le maire. Une partie du spectacle est donnée par le directeur de cabinet, derrière le maire, qui s’agite en permanence

On verra à l’usage : le respect de l’opposition n’était pas le mode de fonctionnement pendant la mandature précédente.

Ce minimum syndical du maire n’incitait guère à chercher à lui répondre sur un autre ton. Pour l’opposition, Jean-Claude Iriart, tradition républicaine oblige, a salué l’élection du nouveau maire et a affirmé que l’opposition jouera tout son rôle dans la « primauté du pacte démocratique », terminant par quelques mots en Euskara.

Capture d’écran. Jean-Claude Iriart

Après l’élection du maire, ce fut l’élection des adjoints. Pour une ville de la taille de Bayonne, le nombre maximum est de 13. Mais, lorsqu’il y a des conseils de quartiers, on peut en élire 4 supplémentaires (au maximum pour une ville cette taille), baptisés adjoints de quartier : il y en a donc 17.

Contrairement à la séance inaugurale de 2020, il n’y a pas eu de discussion sur ce point. Il y a 6 ans, une autre délibération créait 4 conseils de quartier, alors qu’il était jusqu’alors admis que Bayonne comportait une douzaine de quartiers historiques. La réduction à 4 conseils fut donc contestée par l’opposition.

Comme à l’époque, le choix de 4 adjoints supplémentaires n’est qu’une gratification (symbolique, financière, relationnelle) pour 4 élu.e.s. Il n’y a aucune nécessité pour que la responsabilité des différents quartiers (même en plus grand nombre) ne soit pas assumée par des déjà-adjoints ou des conseillers délégués.

Cette année, la réduction des quartiers à 4 étant considérée comme acquise, il n’y a pas eu de contestation, on a juste pu deviner quelques mimiques désabusées dans l’opposition, compte tenu du caractère factice de l’argumentation du maire.

Capture d’écran. Le Conseil

La liste des adjoints ne révèle pas de surprise : 14 des 17 adjoints l’étaient déjà entre 2020 et 2026, pour le renouvellement, on passera. Pire, il y a eu peu de promotions ou de déclassements dans l’ordre protocolaire. Les 3 disparus sont Christian Millet-Barbé, ex-2e adjoint délégué à la sécurité, et Xabier Parillon-Etchart, qui ne figuraient pas parmi les candidats sur la liste du maire en 2026 ; et Agnès Duhart qui était déjà reléguée en fin de liste des candidats. Deux des nouveaux adjoints font partie des 4 supplémentaires : Serge Arcouet et Jennifer Mothes.

La seule nouveauté est Joseba Erremundeguy, bascophone, qui était conseiller délégué aux conseils de quartier entre 2020 et 2026, qui figurait déjà en 5e position sur la liste en 2026, omniprésent dans la campagne électorale. Il fait non seulement son entrée comme adjoint, mais il est promu directement comme 2e adjoint, grillant tous ses collègues. En marche pour 2032 ?

Comme il se doit, l’opposition n’a pas participé à l’élection du maire et de ses adjoints, et elle a approuvé la charte de l’élu municipal. Un seul point a suscité un débat, et un vote contre par les élu.e.s d’opposition.

Il s’agit de la délibération traditionnelle pour déléguer directement au maire certaines décisions qui relèvent légalement du conseil municipal. Il s’agit en général de décisions mineures, dont le conseil municipal se dessaisit au profit du maire pour alléger ses réunions, ce qui se justifie. Mais figure dans ces délégations aussi la possibilité pour le maire de signer des marchés publics jusqu’à un montant de 5 M€. C’était un point important de la liste Bayonne en Mouvement dans son chapitre « gouverner autrement » de mieux contrôler ce pouvoir discrétionnaire du maire, notamment en partageant ce pouvoir avec un petit groupe d’adjoints.

Capture d’écran David Ospital

Au nom de l’opposition, David Ospital est intervenu pour remettre en cause ce pouvoir exorbitant du maire, trouvant excessive élevée la limite des 5 M€ : « ce n’est pas raisonnable ». En réponse, le maire n’a pas justifié cette limite, et a évacué la question, en disant que cela existait pour le précédent mandat, et que toutes les villes, de gauche, de droite, écologiste, faisaient pareil. Evacuer une question plutôt que d’y répondre est une tradition bien ancrée chez le maire.

A noter, pour l’anecdote, qu’à Lyon, sur ce même sujet, la même remarque a été faite par les élus LFI, pourtant alliés du maire écolo.

Ce premier conseil a été expédié en 1h12. Le prochain aura lieu le 09/04 pour voter, notamment, sur les nombreuses délégations dans les organismes extérieurs et pour débattre des orientations budgétaires. Le suivant, principalement consacré au vote du budget, aura lieu le 30/04.

Un premier conseil pesant, sans vie, soporifique même. On respire toujours mal à Bayonne.

A suivre

Patrick Petitjean, 31 mars 2026

Voici les élus nommés adjoints au maire de Bayonne: Sylvie Durruty, Joseba Erremundeguy, Laurence Hardouin, Yves Ugalde, Christine Lauqué, Cyrille Laiguillon, Déborah Loupien-Suarès, Nicolas Alquie, Christine Martin-Dolhagaray, Loic Corrégé, Sophie Castel, AlainLacassagne, Françoise Brau-Boirie, Serge Arcouet, Sylvie Meyzenc, Jérôme Aguerre, JenniferMothes.

Bayonne : Encore raté pour la gauche au 2e tour des municipales

La gauche a pris une claque retentissante lors du 2e tour de l’élection municipale de Bayonne. La réélection du maire sortant a douché les espoirs de la gauche, mais n’est pas une surprise. Lors du 1er tour, les deux listes de gauche étaient en recul global sur les élections de 2020 (où LFI n’était pas présente). Mais leur regroupement pour le 2e tour (au contraire de 2014 et 2020) avait fait naître l’espoir que cette année, c’était la bonne : la gauche allait enfin mettre un terme à des décennies de pouvoir de la droite à Bayonne. Et bien non, la défaite fut amère.

Dans ce billet, je propose quelques premières pistes de réflexions sur ce 2e tour, encore à chaud. Le bilan est encore à faire par tous les protagonistes. Le résultat, qui n’était pas à la hauteur des ambitions, au 1er tour de la liste Bayonne en Mouvement – que j’ai soutenue – fera l’objet d’un autre billet, une fois la discussion lancée sur ce bilan spécifique dans l’association qui portait cette liste.

Les résultats

Au 1er tour. Il y a eu 19 060 suffrages exprimés.

La liste Etcheto recueille 4 074 voix, soit 21.37 % des suffrages exprimés. En 2020, Elle avait fait 29.77 %. Donc, un recul de 8.6 % entre 2020 et 2026.

La liste Iriart recueille 4 191 voix, soit 21.99 % des suffrages exprimés. En 2020, la somme des deux listes regroupées cette année dans Bayonne en Mouvement, avait fait 24.33 %. Donc un recul 2.33 % entre 2020 et 2026

Si l’on ajoute les 726 voix de LFI en 2026, soit 3.8 %, cela monte le total des voix de gauche à 8 951. Le cumul des pourcentages de 2026 reste inférieur à celui de 2020. La gauche était en recul et non dans une dynamique positive en 2026.

De son côté, la liste Etchegaray a recueilli 8 026 voix au 1er tour, soit 42.11 %. En 2020, elle avait fait 40.33 %. Donc une progression de 1.78 %, malgré la présence cette année d’un candidat d’extrême-droite recueillant 2 043 voix, soit 11.35 %. La dynamique était plutôt du côté de la droite après le 1er tour.

Au 2e tour, il y a eu 19 481 suffrages exprimés, une progression limitée de 421 voix. Une analyse plus détaillée des registres de votes permettra de prendre en compte les votants devenus abstentionnistes, et l’inverse, bureau par bureau.

Etchegaray, avec 50.7 % et 9 876 voix, en gagne 1 850. Iriart, avec 41.01 % et 7 990 voix, en perd 961 sur le total des 3 listes de gauche. L’extrême droite, avec 8.29 % et 1 615 voix, en perd 428. Les dynamiques, positive et négative du 1er tour sont donc amplifiées. En première analyse, on peut supposer une forte mobilisation des abstentionnistes à droite face au risque d’une victoire de la gauche, et, inversement, un abstentionnisme accru d’électeurs de gauche, peu convaincus par la fusion opérée.

Rêver l’impossible…

Malgré ses résultats médiocres du 1er tour, le peuple bayonnais de gauche s’est pris à rêver d’une possible victoire au 2e tour, mettant fin au règne d’un maire qu’on supposé usé. Il s’agissait aussi de s’inscrire dans une dynamique d’alliance entre les Abertzale d’EH Bai et le PS qui avait permis l’élection de Colette Capdevielle comme députée lors de la législative de juillet 2024.

Certes, il n’avait pas été possible de concrétiser un tel rassemblement dès le 1er tour. Une partie du PS, avec ses anciens alliés de BVO en 2020, avait voulu tenter sa chance en solitaire, arguant de sa plus grande représentativité potentielle dans les élections précédentes. Certes, LFI avait ajouté, in extremis, une 3e liste de gauche.

Mais la concurrence entre « Bayonne en mouvement » et « Bayonne tout simplement » s’était faite dans un respect mutuel apparent. Elle avait même sans doute entraîné une forte mobilisation militante des deux côtés. Mis le dos au mur par l’identité des résultats, les deux listes avaient du, et su négocier leur fusion pour le 2e tour. Repartir séparément était le choix de la réélection facile d’Etchegaray. Une telle fusion n’avait pas eu lieu en 2014 ou 2020, le désir d’hégémonie l’emportant. Personne ne pouvait penser à l’hégémonie cette année.

Comme toujours, dans une fusion négociée en quelques heures, la composition de la liste est plus cruciale que le projet commun. Les scores du 1er tour obligeaient, derrière 1ère place pour la liste arrivée devant, à un répartition paritaire des places. Postuler la proximité globale des projets était aussi crédible, à quelques « détails » devant être clarifiés par la suite.

La fusion, jugée improbable par le maire sortant, s’est faite dans de bonnes conditions, l’engagement des deux listes de gauche dans la campagne pour le 2e tour a été sincère, même LFI avait aussi appelé à faire obstacle à la réélection d’Etchegaray, l’espoir était là. Il a été vain.

… et tomber de haut

Nul doute le contexte national n’était pas favorable à la gauche, cela s’est vu dans les résultats nationaux de ces élections. Le choix de se mettre sans le sillage du succès du NFP avait été fait dès l’été 2014 : mais un an après, le NFP avait crashé et la gauche était embourbée dans des polémiques, cela n’avait plus rien de porteur.

Sans doute, les alliances tardives sont rarement des gages de dynamique victorieuse. Rassembler toute la gauche était la base du projet de « Bayonne en mouvement ». Le groupe d’Etcheto au PS avait joué les faux fuyants pendant plus d’un an avant de lancer sa propre liste, et de proclamer qu’il était le plus en mesure de rassembler. Cette impossibilité de partir ensemble, dont chaque liste renvoyait la responsabilité à l’autre, a fini par pesé sur les dynamiques de chacune, et un renvoi dos-à-dos par une partie des électeurs. Les résultats du 1er tour ont montré que la dynamique était du côté du maire sortant, pas des 3 listes de gauche.

Sans dynamiques antérieures, la crédibilité d’une alliance tardive reste faible. L’équilibre entre les deux listes de gauche a été vécue comme un échec tant par chacune des listes. La fusion était une obligation, elle s’est faite, mais elle n’est pas née sous une bonne étoile. La question « pourquoi en 2026 et pas en 2014 et 2020 » a pesé.

Pour faire face à la gauche, Etchegaray a su porter ses coups là où cela faisait mal, là où il y avait des zones d’ombres, et parfois avec une totale mauvaise foi.

Il n’a pas hésité, dans le débat entre candidats organisé par Sud Ouest, à brandir le spectre de l’extrémisme (le nationalisme basque) envers EH Bai, comme nationalement la droite brandissait le spectre de LFI. Même en se distinguant de Brisson qui renvoyait EH Bai à l’extrême gauche comme LFI.

Il a mis en doute la crédibilité d’un accord entre les Abtertzale et l’aile « jacobine » de la gauche, incapables de s’entendre en 2014 et 2020, mais subitement réconciliés en 2024. Il a aussi sur le refus initial de la CAPB par cette partie de la gauche, n’hésitant pas à mettre en cause nominalement Etcheto pour son absence dans les séances du conseil de la CAPB : une belle élégance.

On peut supposer que les tacles du maire sortant ont eu un certain impact : la peur du rouge mobilise toujours les électeurs de droite. Il y a pu y avoir une perte d’électeurs abertzale, soit dans la partie centriste du mouvement, soit dans le secteur le plus anti-jacobin, comme en 2020 : Etcheto ne passe toujours pas, malgré son acceptation d’une évolution de la CAPB vers davantage de pouvoir. Mais inversement, la fusion a pu entraîner la perte d’électeurs de la gauche jacobine, dite républicaine, aussi peu de gauche en fait que le « Printemps républicain » au niveau national

Enfin, vu le peu de mixité sociale des deux listes de premier tour, l’absence du terrain en dehors de la période électorale, et certaines lacunes du programme (sur les discriminations par exemple), on peut douter que la liste fusionnée ait été en mesure d’entraîner un recul de l’abstention dans les quartiers populaires de Bayonne. La liste LFI s’est heurtée aux mêmes obstacles.

Sans parler de la liste des logos, du plus mauvais effet pour une liste qui se présentait comme citoyenne.

L’abstention n’est pas naturelle dans les milieux populaires

Sans surprise, les bureaux où l’abstention est supérieure à 50 % au 2e tour sont situés dans les quartiers populaires, sans que ces bureaux soient obligatoirement socialement homogènes :

* Maison des associations (Prissé, Belharra) : 52.3 % avec Etchegaray en tête.

* Maternelle Arènes, bureau 17 (Balichon) : 50.7 % avec Etchegaray en tête.

* Citadelle : 59 %, avec Iriart en tête.

* Aristide Briand (Habas) : 50.8 % avec Etchegaray en tête.

* CCAS (Gascons) : 57.1 % avec Etchegaray en tête.

* Malegarie (Breuer) : 64.4 % avec Iriart en tête.

Cette indifférence des quartier populaires est le reflet d’une distance sociale et politique. Distance sociale : où étaient les jeunes et les personnes racisées sur nos listes ? Le meilleur programme ne rend pas une liste attractive pour les électeurs des quartiers populaires si les candidats ne leur ressemblent pas. Distance politique aussi, qui se traduit par dans un vocabulaire géographique : « je vais à Bayonne » dit-on dans les quartiers périphériques, et même à Saint-Esprit, pour aller au centre ville…

L’abstention n’est pas une donnée intangible, abstraite. Elle ne se combat pas avec seulement du porte-à-porte lors des échéances électorales. Il y a 6 ou 7 ans pour changer de cap.

Bayonne ville de droite ?

Comme dans beaucoup de villes, Bayonne a connu une mobilisation des électeurs de droite contre la gauche compte tenu de la menace risque d’une victoire de cette dernière. Le score d’Etchegaray est sans bavure, même avec un faible report de l’extrême-droite. Cela suffit-il à en faire une ville de droite ?

La politique de logement menée à Bayonne, avec la diminution de la part de HLM, commence-t-elle à avoir une traduction électorale, comme à Anglet ? Les nouveaux arrivants viennent davantage des couches moyennes et supérieures, avec peut-être plus d’embourgeoisement que de gentrification. Bayonne n’est d’ailleurs pas vraiment une ville universitaire. Certains nouveaux arrivants peuvent être aussi moins sensible à la dimension basque de Bayonne. Ce sont des hypothèses à travailler.

Mais fondamentalement, se poser la question de savoir si Bayonne est une ville de droite, c’est se poser surtout la question de la faiblesse intrinsèque, localo-locales, de la gauche bayonnaise, qui semblent s’aggraver : faible présence sur le terrain, faible enracinement dans un tissu associatif par ailleurs confronté au clientélisme, chaos local d’un PS fortement marqué par le « républicanisme » ou le « hollandisme », l’absence politique des écologistes (alors que l’écologie est un facteur de mobilisation de la jeunesse), un certain entre-soi (non voulu) du mouvement abertzale bayonnais (dans son eco-système, ses quartiers).

Les prochaines élections municipales sont en 2032 ou 2033. Bayonne sera de droite si une autre gauche ne se reconstruit pas. Même en échec électoral, Bayonne en mouvement peut en constituer les prémisses.

Patrick Petitjean, 29 mars 2026

Corridas à Bayonne. Une tradition opaque et délétère.

Le devenir des corridas à Bayonne s’est invité lors du conseil municipal du 11 décembre. Il était question d’une modification du budget annexe « fêtes et corridas ». Comme chaque année, Mixel Esteban (ex-EELV, opposition) a demandé la séparation en 2 de ce budget, pour clarifier les finances du volet « corrida ». Et là, surprise : « bon sang, mais c’est bien sûr, on y pense depuis longtemps » a réagi Yves Ugalde, adjoint tauromachique. Que peut bien cacher ce changement de pied ? Et quel rôle joue encore Jean Lartigue, le mandataire qui commence à ressembler au sparadrap du Capitaine Haddock ?

Les corridas s’invitent au conseil municipal

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion est entre 3h06 et 3h11

Mixel Esteban

Quand Mixel Esteban rappelle sa position traditionnelle pour la séparation du budget des fêtes traditionnelles de celui pour les corridas, Yves Ugalde plussoie sur cette idée, d’autant plus, selon lui, que les corridas ont été bénéficiaires cette année. Invité à réagir, Esteban réaffirme l’importance de mettre les corridas à part et propose une régie de gestion spécifique. Il se félicite que les corridas soient devenues bénéficiaires en 2025 mais rappelle que c’est loin d’avoir toujours été le cas.

Sur la lancée, Ugalde révèle qu’il est le premier à vouloir une telle clarification, mais sans désengager la ville. Il récuse notamment l’idée d’une Délégation de Service Public (DSP) : selon lui, les 3 grandes arènes qui ont choisi cette option se trouvent en grande difficulté financière. Une régie permettrait de maîtriser complètement les dépenses, sans risquer de dépendre de financiers non-tauromachiques.

Puis, on passe à une séquence pré-électorale. Le maire rend un hommage appuyé au trio qui pilote les corridas : Ugalde, son adjoint dont il vante l’expertise tauromachique, Marc Amestoy, son directeur de cabinet, et Olivier Baratchart, directeur des Arènes municipales. Il vante leur compétence pour faire la chasse aux meilleurs élevages, parfois très loin de Bayonne, garantie d’avoir les meilleurs toreros.

Son discours est à la fois convenu, mettant en avant la richesse de la tradition taurine, et flatteur pour les Bayonnais « un public connaisseur ». Et d’exalter la singularité du modèle bayonnais, basé sur les Penas taurines, avec une jeunesse de plus en plus présente. Il lance un appel à maintenir cette tradition : serait-elle menacée malgré son discours apologétique ?

Ugalde s’arroge le mot de la fin : la Ville est libre de ses choix car elle n’est mariée avec personne dans le « système taurin ».

Système taurin ? On aimerait en savoir plus ce qu’Ugalde entend par là. L’appui sur un mandataire – le même depuis près de 10 ans – pour conseiller le trio en fait-il partie ? J’y reviens un peu plus loin.

Opacité et mandataire

Le mélange budgétaire avec les Fêtes rend difficile d’établir les dépenses réelles de la ville pour les corridas, directes et indirectes. Il faudrait éplucher le budget ligne par ligne, au-delà même du budget annexe qui leur est consacré. La propagande pro-corridas s’infiltre dans nombre d’opérations de communication, ou dans d’autres fêtes et spectacles : ainsi, le festival Paseo inclut dans sa brochure les corridas de la fin août. Ainsi, les fêtes de Noël comportent l’initiative « toromagique » aux Arènes, un mélange de sensibilisation des enfants à la corrida et de solidarité pour des jouets de Noël. L’aide aux Penas, pour partie, y participe aussi. Sans parler des 5 cercles taurins. Et la distribution massive de billets gratuits. Il y a un véritable « système taurin », clientéliste, municipal…

rue du Moulin à Saint Esprit

La Ville achète les toros et salarie les toreros. Cela est inscrit bien sûr dans les budgets, mais figure aussi de manière plus explicite dans des délibérations du conseil, des décisions du maire, et des marchés. Malheureusement, il ne semble pas y avoir une grande régularité dans ces actes administratifs. Pourquoi une année, et pas l’autre ? J’ai pu avoir communication de certains, dont je reproduis des extraits ci-dessous.

Au fil de ces documents, on relève des explications fantaisistes pour des marchés sans concurrence, y compris avec des engagements seulement oraux. Et toujours l’omniprésence de Jean Lartigue et de la Tomefra, dont la Ville affirmait pourtant il y a 3 ans vouloir se débarrasser. Cela sera-t-il le cas pour 2026 ? Pour la première fois, la Ville a lancé un marché avec appel à concurrence, en décembre dernier. Résultat à venir.

La Tomefra est une société de droit espagnol, basée à Bilbo, constituée en juin 2011. Elle possède aussi une adresse à Anglet. Son président est Jean Lartigue. La Tomefra est intervenue, et intervient encore, comme mandataire pour l’organisation de corridas dans de nombreuses villes du Sud-Ouest, directement ou par son président. Ce fut le cas de Soustons, Mont-de-Marsan ou Orthez. En 2025, en partenariat avec une 2ème société, la Tomefra a repris des mains de la ville d’Eauz (Gers) l’organisation des corridas de cette ville.

Jean Lartigue

Mais surtout, on en apprend beaucoup sur ses relations avec la ville e Bayonne dans un article datant du 2 janvier 2023, que l’on trouve ici :

https://presselib.com/article/corridas-un-comite-municipal-aux-commandes-a-bayonne

Selon cet article, Lartigue a déjà été mandataire pendant 7 ans pour Bayonne. Il continuera comme conseiller technique en 2023.

D’après la facture de l’achat des toros en 2024, il l’était encore. En 2014 encore. Même chose por 2025, en dépit de l’annonce par la Ville de sa volonté de rapatrier les compétences du mandataire en décembre 2024 dans sa décision d’attribution du marché. L’appel à concurrence pour 2026 se fixe le même objectif.

Alors, Lartigue, un sparadrap collant sur les mains de la Ville, tel celui que le Capitaine Haddock promène dans les aventures de Tintin ?

2024

Un arrêté a été pris le 4 juillet 2024 pour l’achat de toros pour les corridas de 2024. J’en avais déjà parlé dans un billet à l’époque : https://lepimentbayonnais.fr/2024/08/17/a-bayonne-on-a-lhumour-tauromachique-sanglant/

On peut y lire « Le marché a pour objet la création ou l’acquisition d’une oeuvre d’art ou d’une performance artistique unique » ; et encore : « chaque taureau participe à l’exécution d’un spectacle » (il faut oser présenter une mise à mort comme cela) et « chaque taureau a des caractéristiques qui le rendent unique » conséquence, selon l’arrêté, le marché peut être passé sans publicité ni mise en concurrence préalables. Merci les taureaux.

On y a aussi la confirmation que Lartigue est toujours le mandataire pour assister la ville dans les négociations d’achat, et que ces négociations « se déroulent traditionnellement de manière orale et non écrite ». Si l’on fie à la facture (squelettique) de la société Tomefra pour ce marché, il s’est monté en 2024 à 26 000 €.

2025

Pour 2025, on peut se reporter à la décision du maire en date du 9 décembre 2024, attribuant le marché de mandataire à la Tomefra, toujours sans publicité et sans mise en concurrence, mais cette fois « au regard du montant du marché ». L’article référencé pour ce « gré-à-gré » vient du code de la commande publique et non do Code général des Collectivités territoriales comme pour l’arrêté de juillet 2024.

Comme dans le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP )(1 page), il est fait état de l’engagement de la Tomefra de transférer à la commune ses connaissances et compétences comme mandataire afin que « la Ville de Bayonne puisse à court terme effectuer directement les missions » du mandataire. Le CCTP définit avec précision la fonction du mandataire, notamment tour du salariat des toreros par la Ville, charges sociales incluses. Le marché pour 2025 est encore de 26 000 euros, sans les toros.

2026

Cette fois, il y a publicité et mise en concurrence. Le marché a été lancé au début de décembre 2025, avec une échéance le 26 décembre. Le marché reste sous les 90 000 €. On attend les résultats. Le marché est très précis sur la répartition des fonctions entre la Ville et le futur mandataire. Le mandataire doit assister le trio municipal qui organise les corridas, un point c’est tout. Le mandataire n’a plus les coudées franches, semble-t-il.

Le mandataire est là pour assister le comité d’organisation et la mise en œuvre opérationnelle de ses décisions. Selon 4 axes : l’assistance – le choix et transports des toros – le recrutement des toreros et leurs contrats – la commercialisation des corridas.

La clarification amenée par ce CCTP inédit est-elle un autre volet de la mise en ordre (et en conformité) du dossier « corridas » par la Ville en cohérence avec les déclarations lors du Conseil municipal ?

L’Union des Villes Taurines de France (UVTF)

Bayonne adhère à l’UVTF, ainsi qu’à d’autres associations pro-corridas. Le coût de l’adhésion n’est pas négligeable. Semble-t-il, cela n’entre pas dans le budget annexe… Il y a deux factures annuelles, l’une pour une part fixe (5 000 €) et l’autre pour une part variable indexée sur le nombre de spectateurs (plus de 20 000 revendiqués en 2024). Voir la photo de la facture variable pour 2024. J’attends communication des factures pour 2025

Le président de l’UVTF est Julien Dubois, maire de Mont-de-Marsan, récemment épinglé pour être un conducteur obstiné sans permis. Il avait donné une interview à Sud Ouest le 10 novembre 2024 pour présenter et faire le bilan de la saison tauromachique. Selon lui, 55 villes sont adhérentes, en quasi totalité dans le sud-ouest et le sud-est. C’était au moment de la discussion au Sénat de la proposition d’interdire les corridas aux mineurs, derrière laquelle il voyait le début de la fin : les organisateurs pouvant être eux-mêmes poursuivis en cas de présence de mineurs. D’où un « état de veille permanent sur tout ce qui pourrait porter atteinte aux corridas ».

Quelques mois après, le maire de Vieux-Boucau décidait de ne plus organiser de corridas dans les Arènes de la Ville, tout en continuant d’y organiser d’autres spectacles taurins sans mise à mort, comme des courses landaises. Un double sacrilège pour le président de l’UVTF : interdire les corridas, et, en même temps, poursuivre les spectacles taurins. Une dissociation impossible à admettre pour l’UVTF, qui a menacé d’exclure Vieux-Boucau. Peur de la disparition ?

Voir mon billet de mars 2025 après la décision de Vieux-Boucau.

Dans la propagande pro-corridas, à Bayonne comme ailleurs, on cherche de plus en plus à cacher le mot « corridas » (et son image souvent négative) derrière l’euphémisme de « spectacle taurin », et d’y assimiler les jeux taurins, spectacles de rue, encierros, courses landaises ou camarguaises.

Une tradition délétère

Les corridas sont interdites en France par l’article 521-1 du Code pénal, réprimant le délit de sévices graves et d’actes de cruauté envers les animaux domestiques. Mais elle n’est pas considérée comme une infraction là où existerait une “tradition locale ininterrompue”, sans que soient précisés les périmètres géographiques concernés. Elle est donc simplement tolérée, en l’occurrence dans une cinquantaine de villes.

pena taurine à Saint Esprit

La ville de Bayonne se réclame malheureusement de cette tradition délétère. Les traditions ont un début et une fin, même à Bayonne. Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, du droits des animaux, comment peut-on vouloir défendre le vivant, et ne pas vouloir mettre fin à ce spectacle dégradant, une école de la violence et de la cruauté ? Comment prétendre « agir pour une meilleure cohabitation animal/humain en ville » (selon le plan de transition écologique et solidaire de la ville de Bayonne) et continuer à se réclamer de cette tradition ? S’il est des cultures et des traditions qui font partie de l’identité basque, les corridas n’en font pas partie. Zezenketarik Ez !

Patrick Petitjean, 8 janvier 2026

Bayonne : l’Atalante vise la rue des Graouillats

Le conseil municipal du 11 décembre – le dernier de la mandature – fut consensuel selon les journaux. Il fut surtout un pré-lancement de la campagne électorale du maire sortant et futur candidat à sa succession. Il y eu nombre de glorifications de la politique suivie, pleine de succès et d’adhésion populaire : la réouverture du musée Bonnat-Helleu, la sécurité, la médiathèque, la bonne santé financière, etc. Ce qui n’alla pas sans accrochages avec quelques élu.e.s critiques. Mais également, au fil des délibérations, on a vu apparaître de potentielles futures annonces électorales. Et notamment un agrandissement du cinéma L’Atalante.

l’entrée de la rue des Graouillats depuis le quai

Une délibération portait sur l’achat par l’Etablissement Public Foncier Local (EPFL), pour le compte de la Ville, d’un immeuble situé 3 rue des Graouillats, dans le quartier Saint Esprit. « Graouillats » vient sans doute du Gascon, pour grenouilles. C’était orthographié « Graouillet » au moyen-âge, et l’existence de cette rue est attestée depuis le XVIIe siècle. C’est un quartier anciennement marécageux, et toujours sujet à inondation. La photo ci-après a été prise au petit matin du 11 févier 2024, à l’angle de la rue des Graouillats et du Quai Amiral Sala où se situe l’Atalante.

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion se situe entre 2h25 et 2h29. Alain Lacassagne présente la délibération sur l’achat de l’immeuble 3 rue des Graouillats et pointe la proximité avec l’Atalante pour justifier l’opération.

3 rue des Graouillats : immeuble vendu… à l’EPFL

Le maire insiste en faisant l’apologie de l’Atalante actuelle, qui manquerait, selon lui, d’une ou deux salles compte tenu de son succès. Il souligne les bas tarifs de l’Atalante, tout en manifestant son ignorance de ces tarifs, hésitant entre 4€, 4,5€ ou 5€ pour les abonnements. Et de faire honte à l’opposition qui avait osé critiquer le dépassement du coût des travaux pour le nouvel immeuble quai Amiral Sala : le coût final étant quasiment le double des 2 à 2,5 millions prévus. Comme si la dérive des coûts était la source du succès, plutôt que la qualité de la programmation, ou l’attractivité la terrasse sur les bords de l’Adour.

En conclusion, Yves Ugalde est revenu sur la comparaison entre le GCR, avec 188 567 spectateurs dans ses 7 salles à Glain, et l’Atalante avec 171 000 spectateurs dans seulement 3 salles.

Yves Augalde adjoint à la culture et à la corrida, lors du conseil municipal du 11 décembre

La convention qui définit le portage financier par l’EPFL pour la Ville explicite les objectifs :

« – conforter l’offre en équipement culturel en lien direct avec la proximité du cinéma d’art et d’essai afin de développer l’attractivité du quartier Saint Esprit ;

– produire des logements sociaux dans le cadre de la politique volontariste de la Ville ».

De l’ancienne à la nouvelle Atalante

L’ancienne Atalante était composée de trois salles : la salle historique, rue Denis Etcheverry, et deux salles (L’autre Cinéma) quai de l’Amiral Sala, de l’autre côté du Pont Saint Esprit. Devant le nombre croisant de spectateurs, la Ville, en accord avec l’association « Cinéma et culture » qui gérait ces salles, a décidé la construction d’un nouveau cinéma. La Ville a acquis l’immeuble à côté de la salle quai Sala. Le regroupement des deux immeubles permet l’existence de 3 salles à cet emplacement. La Ville est propriétaire, et l’association est locataire. Les nouvelles salles furent inaugurées fin août 2019.

Si le gain en places est minime (une vingtaine), on peut y voir un « geste architectural » en bord de l’Adour, comme la ville et friande en d’autres endroits de cette rive. On peut aimer, ou ne pas aimer ce « geste », en rapport avec son coût très élevé. Ce qui marque ce nouvel Atalante est d’ailleurs l’existence d’une terrasse en bord de l’Adour pour son bistrot, dont le succès a été de pair avec l’augmentation du nombre de spectateurs.

L’Atalante en deux immeubles quai Sala

Et l’Atalante craque de nouveau devant la fréquentation, tant des salles que du bistrot.

Pour se donner un peu d’air, pour l’administration de l’ensemble et la gestion du bistrot, l’association a acquis, en son nom propre, il y a deux ans, le rez-de chaussée du 1 rue des Graouillats, cet immeuble étant géré sous le registre d’une copropriété. Mais ce local est impropre à répondre au besoin d’une autre salle.

L’acquisition par la Ville du 3 rue des Graouillats permettra-t-il d’y répondre ? La faisabilité technique est très loin d’être évidente. Cependant, la ville dispose (3b rue des Graouillats) d’un peit parking en surface qui pourrait être utilisé. Mais peut-être, l’Atalante bis n’est-il qu’une promesse en vue des élections, dont il ne restera que du vent dans quelques années, comme tant d’autres mirages électoraux ?

Entre temps, le bâtiment de la salle historique se dégrade, de manière accélérée depuis qu’elle a été totalement murée en septembre dernier.

l’état lépreux de l’ancienne Atalante le 18.12.25

Le bâtiment avait été occupé quelques jours pendant l’été, donnant espoir d’une réouverture provisoire. Si cette occupation a permis de remettre dans le débat public la question de l’ancienne Atalante, ce fut un coup pour rien, et le silence est retombé. Début octobre, j’avais publié un billet faisant le point de la situation :

En ayant tout muré, la mairie semble jouer la dégradation progressive, et laisser la démolition comme seule perspective.

Patrick Petitjean, 19 décembre 2025

(la partie « de l’ancienne à la nouvelle Atalante » a été révisée le 20 décembre)