Le 21 octobre, un 5e enquête publique vient s’ajouter à la liste donnée dans mon billet précédent. Elle est cette fois-ci pilotée par le Préfet. C’est une ORI, opération de restauration immobilière, et concerne 7 immeubles du centre ville, sur la rive gauche de la Nive, particulièrement en mauvais état. Elle comporte des aides pour les propriétaires, mais si les travaux ne sont pas faits, l’expropriation est au bout.
Elle résulte de l’adoption (unanime) par le conseil municipal du 17 juillet dernier de cette nouvelle procédure.
Vous avez aimé les sigles qui concernent la rénovation du centre ancien tels que l’ANAH, l’OPAH, l’OPAH-RU ; le PIG, le PNRQAD, vous aimerez maintenant l’ORI. Détailler ces sigles et les opérations qui s’y rattachent dépasse le cadre de ce billet et les compétences du rédacteur.
Tous ces dispositifs incitent les propriétaires privés du centre historique de Bayonne à rénover leurs immeubles et appartements, moyennant des aides financières, plus ou moins importantes, plus ou moins conditionnelles. Les dispositifs sont nationaux, communautaires, ou seulement municipaux, toujours multipartenariaux.
C’est peu dire qu’un nombre important d’immeubles du centre historique sont en mauvais état, certains au bord de l’écroulement. Certains ont été interdits d’occupation avant travaux lourds. Rue Sainte Catherine, en une centaine de mètres, ce sont 5 immeubles qui menacent de s’effondrer (voir la photo en une de ce billet). Même chose dans le Petit Bayonne et sur la rive gauche : on voit les arrêtés municipaux fleurir sur les portes de nombreux immeubles. Face à la Cathédrale, un immeuble a du être exproprié, les co-propriétaires étant dans l’incapacité de faire les travaux.
C’est pour faciliter de telles expropriations que l’ORI est mise en place, en leur assurant une assise juridique plus forte (l’utilité publique).
La nécessité d’une intervention forte, et financièrement coûteuse, est incontestable. Il est même difficile d’être à la hauteur de l’état actuel du bâti, pour ne pas parler des risques supplémentaires liés au réchauffement climatiques : inondations, rétraction de l’argile…
Cette opération complète les dispositifs existants. Selon le dossier, depuis 45 ans qu’existent ces aides à la rénovation, pas moins de 1750 logements ont pu l’être. L’OPAH-RU (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat – Rénovation Urbaine), a été renouvelée pour 5 ans en 2023 et élargie aux co-propriétés dégradées.
Depuis 2011 le PNRQAD (Programme National de Rénovation des Quartiers Anciens Dégradés) permet d’intervenir au niveau d’îlots très dégradés. Il y en a 15, dans le Petit Bayonnne ou sur la rive gauche de la Nive. Les immeubles font progressivement l’objet d’un achat (au besoin appartement par appartement) par l’EPFL (Office Public Foncier Local). Actuellement, 17 immeubles ont pu être acquis complètement, puis revendus à des bailleurs sociaux, avec création de 85 appartments en locatif et 32 en BRS.
La délibération du 17 juillet.
Elle comporte en annexe le dossier qui sera soumis à enquête publique du 21 octobre au 8 novembre.
Elle souligne les limites des dispositifs déjà mis en œuvre :
« Ces dispositifs d’accompagnement et de soutien financier en faveur de la requalification du centre ancien peuvent toutefois s’avérer insuffisants pour traiter durablement des immeubles les plus dégradés, soit en raison de l’absence de volonté des propriétaires, soit du fait d’une incapacité financière ou décisionnelle d’agir ».
L’ORI est un dispositif plus contraignant permettant de prescrire des travaux obligatoires,sur des immeubles sélectionnés L’étude préalable au renouvellement de l’OPAH-RU avait permis de faire une liste de 18 immeubles avec un potentiel d’une centaine de logements.
En fonction de leur intérêt, au final, 7 immeubles seulement ont été retenus pour l’ORI.
Ce sont : 46 et 48 rue Victor Hugo ; 16 rue Orbe ; 12 rue Port de Castets ; 4, 6 et 10 rue de la Salie. Des travaux obligatoires sont définis, qui doivent être réalisés dans un délai contraint. Les aides financières et l’accompagement technique à la clé, qui existent déjà dans le cadre de l’OPAH-RU, seront renforcés. Il y a aussi la promesse d’une « phase d’animation » après la déclaration d’utilité publique.
46 rue Victor Hugo
Mais… Si refus ou incapacité de faire les travaux : un processus d’expropriation sera lancé. Le délai écoulé, une demande d’arrêtés de cessibilité suivra.
La valeur des immeubles avant restauration est estimée par les domaines à 6,5 millions d’euros. Leur restauration est évaluée à 7,571 millions HT
16 rue Orbe
Les immeubles de la rue Victor Hugo sont dans l’îlôt 12 du PNRQAD, la rue Orbe est distante des îlots, et les autres à proximité de l’îlôt 14 (et 15). Tous sont dans le secteur sauvegardé PSMV (Plan de Suvegarde et de Mise en Valeur), un autre dispositif
Pour les 7 immeubles, il y a 27 logements vacants, 3 en location, et aucun n’est occupé par un propriétaire. 6 des 7 commerces en bas d’immeubles sont en activité. Les propriétaires sont 6 SCI et 1 indivision. Les 3 locataires officiels devront relogés. Mais les logements vacants le sont-ils vraiment ? Squats, relogements temporaires dans des opérations tiroirs…
10 rue Salie
La plupart des immeubles semblent effectivement vides, ou presque. Mais la présence dans cette liste de celui du 12 rue Port de Castets interroge. Le commerce du rez-de-chaussée est une enseigne importante de la ville, au contraire des autres pieds d’immeubles. Ses bureaux occupent au moins le 1er étage. Il n’y a pas de locataires. Mais est-ce une erreur d’adressage ?
12 rue Port de Castets
Les permanences habituelles du commissaire enquêteur permettront d’en savoir plus
Fermez la porte : tel est l’ordre donné par le maire, Jean-René Etchegaray, au service de sécurité lors du conseil municipal du 17 juillet, pour empêcher un collectif féministe de s’exprimer au début de la séance sur les violences lors des Fêtes. La veille, le maire s’était livré à une séance d’autosatisfaction devant la presse. Avant que, le 17 au matin, ne soit confirmée la mort d’un festayre.
Avant même la fin des Fêtes, le dimanche soir, le maire de Bayonne s’est livré à un exercice d’autosatisfaction fascinant, si l’on en croit des propos rapportés par le journal Sud-Ouest (15/07) : il a « le sentiment d’avoir retrouvé l’esprit de nos Fêtes ». « Un apaisement, le mot n’est pas excessif ». « Un esprit de partage et non pas de rapport de forces ».
La manifestation lors du Conseil municipal
l’arrivée au conseil municipal
Ce n’est pas vraiment ce qu’a vécu le lieu d’accueil pour femmes mis en place par Itaia : il a décompté, entre mercredi et samedi, 11 agressions, parmi lesquelles des suspicions de viol, des agressions physiques ou verbales. Il a subi plusieurs intimidations mettant en danger les militantes présentes. Des inscriptions fascistes et néonazies ont été portées sur leurs affiches.
De même le lieu de refuge Txalaparta, de l’association LGTBI+ Les Bascos, a subi injures et saluts nazis. Ambiance…
Txalaparta. Photo Xan Ansalas
De nouveaux témoignages d’agression sont apparus depuis sur les réseaux sociaux. Et le 17 au matin, a été rendue publique la mort d’un festayre, qui était entre la vie et la mort à la suite d’une rixe le soir de l’ouverture des Fêtes le 10 juillet.
Un collectif d’associations féministes a voulu faire état des violences sexistes et sexuelles durant l’édition 2024 des Fêtes et dénoncer le gouffre entre l’autosatisfaction des autorités et la réalité vécue, en s’invitant au conseil municipal pour y lire une déclaration. Elles ont été contraintes de la lire à la presse seulement dans une salle attenante.
lecture de la déclaration dans une salle voisine de celle du conseil municipal
Le maire pouvait légalement suspendre la séance légale pour entendre le collectif. Il n’en a rien été. La bande son du conseil (entre 5’50 et 20’) est édifiante. Après une introduction convenue pour faire part de son émotion et présenter ses condoléances suite au décès du festayre, le maire laisse la parole à des élu.e.s en les appelant à la retenue. Un seul, Mixel Esteban, se risquera à une mise en cause de la sécurité lors des Fêtes.
En arrière-fond, on entend du brouhaha, des slogans, des claquements de mains. On entend le maire expliquer à deux reprises au collectif qu’il n’a pas la parole. Pour « assurer l’ordre public », il fait injonction plusieurs fois à la sécurité de fermer les portes. Le « calme » ne revient qu’après une bonne dizaine de minutes.
Le Collectif reviendra le 17 octobre lors du prochain conseil municipal en espérant être écouté cette fois.
« Une édition exceptionnelle » selon le maire de Bayonne
Les photos qui suivent ont été faites par Xan Ansalas le jour de l’ouverture
Le Maire, le Procureur et le Sous-Préfet ont tenu une conférence de presse le mardi 16 au matin, amplement rapportée par les journaux Sud Ouest et Mediabask, pour dire tout le bien qu’ils pensaient de l’édition 2024 des Fêtes de Bayonne.
Ils ont dressé un bilan chiffré des infractions constatées. Pendant les Fêtes, il fallait recourir à la République des Pyrénées pour connaître les chiffres quotidiens. Ainsi, selon le Sous-Préfet, sur les « 219 vols et atteintes aux biens » recensées, 218 concerneraient des vols de téléphones portables. Gravissime ! 256 plaintes ont été enregistrées, contre 532 en 2023. Magnifique.
Mais, le nombre d’interpellations est passé de 36 à 54, et les gardes à vue de 29 à 45. Comme reconnu par le Sous-Préfet, cela traduit une « très forte activité des services ». Les festayres s’en étaient aperçu, étant donné l’omniprésence policière, y compris en journée ; le nombre de fouilles de sac pour pouvoir traverser le centre. Une photo de la fête avec des policiers au milieu de la foule est légendée dans Sud Ouest « les forces de l’ordre font partie du décor ».
Forces de l’ordre publiques et agents de sécurité privés, ce sont au total 1 400 personnes mobilisées. La fuite en avant dans le tout sécuritaire n’a pas empêché le climat de violence, voire l’a favorisé, devenu la marque des Fêtes de Bayonne.
Cerise sur le gâteau, le Procureur a fait état d’un « point de réelle satisfaction, les infractions à caractère sexuel et sexiste ». « Dès que j’ai pris mes fonctions ici, en 2020, nous avons eu des procédures de viol. A ce jour, nous n’avons aucune procédure pour viol ou agression sexiste ou sexuelle. Nous avons eu un certain nombre de signalements qui ont été traités. Il s’est avéré que ces faits n’étaient pas constitués. D’ailleurs, nous n’avons pas eu de plainte ».
Une telle méconnaissance de ce genre de dossier est stupéfiante de la part d’un procureur. On aurait pu espérer davantage de recul critique sur l’écart entre le traitement policier ou judiciaire des violences sexistes et sexuelles et leur réalité. Pas de plainte, il ne s’est rien passé lors des Fêtes.
C’est un déni de ce que les associations féministes ont pu constater, et qu’elle ont rappelé dans leur adresse au conseil municipal., reprochant à la municipalité de minimiser et d’invisibiliser les faits : violences sexuelles, harcèlement, exhibitionnisme… Les protocoles se sont avérés insuffisants et inadaptés pour lutter contre ces évènements inacceptables.
La gestion des violences s’est avérée insuffisante, et le collectif demande pour l’an prochain davantage d’actions concrètes et une prise en compte du niveau réel de violence au lieu de leur déni.
« Une ambiance calme » ont conclu les autorités : un diagnostic pas très partagé
Le collectif 2032, formé après le désastre de l’édition 2023 par des acteurs des Fêtes (cafetiers, restaurateurs, associations, penas, …), avait formulé plusieurs propositions, dont le maire s’est revendiqué pour certaines améliorations, indéniables : la relocalisation de la fête foraine, l’avancée horaire de l’ouverture des Fêtes, l’application sur la sécurité, etc.
Le maire voit aussi la baisse de la fréquentation, de 1,3 millions en 2023 à 1 million de participants (chiffre provisoire) cette année comme un succès de cette nouvelle organisation, « faite en lien étroit avec le collectif 2032 ». Il y a certainement une part de vérité, mais on peut remarquer que, dans le contexte agité de juin-juillet, d’autres fêtes ou festivals (Avignon) ont aussi eu des baisses significatives de participation.
Très diplomatique, le collectif 2032 n’a que moyennement apprécié cette instrumentalisation par le maire de leurs propositions. Il estime qu’il faudra sans doute plusieurs années pour les mettre réellement en œuvre. Il présente un bilan « plus nuancé » de l’édition 2024. Il rejoint le collectif féministe pour estimer que le protocole (de prévention des violences) était insuffisant, et pas toujours opérationnel. Il demande davantage de lieux refuges
Le plus positif, selon lui, est l’après-midi du jeudi, sans sonorisations, réservé aux musiques vivantes. Encore faudrait-il que la fréquentation baisse encore pour que les bandas puissent se déplacer normalement dans les rues.
Le chemin est encore long pour apaiser les rues de Bayonne conclut le collectif 2032
Esprit, es-tu là ?
Pas besoin de faire tourner les tables, le maire de Bayonne a retrouvé en 2024 « l’esprit des fêtes », perdu en 2023. Même si, comme d’habitude, il planait sur un océan de bière. Parler d’esprit des fêtes, d’identité retrouvée, est un langage creux qui évite de se poser la question du modèle mis en œuvre pour ces fêtes, de leur sens depuis quelques années.
Dans nos fêtes (pas seulement celles de l’été), la violence est récurrente, sans doute pus que dans d’autres. A force de propagande touristique, leur image est celle d’un lieu où l’on vient se défouler, où tout est(en réalité) toléré. L’autosatisfaction et le déni des maire, procureur et sous-préfet en témoignent.
La violence apparaît comme intrinsèquement liée à nos Fêtes. Paradoxalement, les précautions prises confortent l’idée qu’elle est inexorable : les barriérages multiples (notamment autour des espaces verts), le démontage des vitres des abris-bus, le contreplaqué mis devant les vitrines, etc. La ville apparaît comme en état de siège, dans l’attente de débordements.
Les corridas, mises au coeur des Fêtes, donnent lieu à un déferlement de propagande de la part de la ville et du journal local. Elles participent fortement à l’atmosphère de violence.
L’alcool est un tremplin vers la violence. Le journal Le Monde a publié le 16 juillet le compte rendu d’une étude qui identifie l’alcool comme une cause majeure des violences en France.
Même si elle a un peu baissé, la surfréquentation reste un problème majeur, avec l’engorgement des rues du centre ville, renforcé par la marée envahissante de comptoirs extérieurs proposant force boissons alcoolisées et nourriture de bas de gamme mais chère
Il est difficile de se voiler la face. Le bilan de 2023 n’a pas vraiment été tiré, malgré les ajustements de dates et d’horaires, de localisations, d’après-midi sans sonorisations. Le changement n’était pas au rendez-vous.
Une « année blanche » pour marquer une rupture
Après la catastrophe de l’édition 2023, EELV avait proposé une « année blanche » pour se donner le temps de refonder nos Fêtes, d’en appeler pour ce faire à l’intelligence collective des habitants sous forme par exemple d’une « convention citoyenne ». Voir https://wordpress.com/post/lepimentbayonnais.fr/827
Il est de plus en plus nécessaire de traiter les problèmes à la racine, de ne pas se contenter d’ajustements cosmétiques qui ne remettent pas en cause le modèle actuel.
Que faut-il développer, que faut-il supprimer, pour redonner toute leur place aux cultures populaires, et non aux attractions touristiques ? Quelles régulations pour l’occupation de l’espace public et la consommation d’alcool ? Pourquoi ne pas séparer les corridas des Fêtes ? Tant d’autres questions (notamment les relations avec les villes voisines et au Pays basque, l’entrée payante, etc) mériteraient d’être mises en débat pour redonner sens à nos Fêtes.
Beaucoup de choses sont bien sûr à conserver, et sont autant de contre-feux qui contribuent à une « vraie » fête : la journée des enfants, le corso, les bandas dans les rues, les fêtes dans les penas, etc…
Egalement, des lieux différents, des alternatives, existent déjà au coeur des Fêtes, et tracent, en filigrane, des perspectives possibles. Il y a urgence à modifier très profondément le modèle des Fêtes, pour retrouver le sens de la fête en commun.
Quand nos édiles bayonnais vont-ils écouter davantage les habitants que les lobbys touristiques ?
Avertissement : ce blog va être au repos 2 mois, le temps de vacances en Amérique latine
« Nous souhaitons écarter le public qui pose problème après 20 heures, ceux de l’extérieur qui n’ont pas les codes et ne font pas la différence entre la java et le fandango. Pour la java, il y a les bords de Marne ». Ainsi s’est exprimé Yves Ugalde devant la presse ce 25 mars.
Cela se voulait de l’humour. Adjoint au maire de Bayonne pour l’évènementiel (et la culture), Yves Ugalde est chansonnier dans la vie civile. Mais son affirmation, relevée par la presse et les réseaux sociaux, était pour le moins maladroite, et a suscité des débats lors du conseil municipal, tant sur les moyens de contrer la surfréquentation des évènements bayonnais, que sur de possibles mésinterprétations chauvines de son propos : si des Parisiens veulent danser la java, qu’ils aillent sur les bords de Marne et pas à Bayonne.Ici, on danserait le fandango. Cependant, Yves Ugalde n’a pas accompagné sa déclaration d’une démonstration de fandango…
Cette maladresse a permis aux élu.e.s de se saisir d’un point annexe concernant les Fêtes de Bayonne (l’officialisation provisoire d’une seconde gare routière quai de Lesseps) pour soulever la question plus générale de ces Fêtes.
Cette déclaration a été faite lors d’une conférence de presse présentant les nouvelles conditions de la foire au jambon, autre évènement traditionnel bayonnais qui l’an passé avait connu des débordements préfigurant ceux de l’édition 2023 des Fêtes de Bayonne : surfréquentation, alcoolisation, mouvements de foule, musiques envahissantes…
Pour tenter d’éviter d’éventuels nouveaux débordements, la municipalité a déplacé la date, avancé les heures de fermeture des bars et penas, et mis en avant les ventes et dégustation de jambon. On verra le résultat à la fin de cette semaine
Toutes solutions qui donnent le cap de ce que la municipalité se prépare à faire pour les Fêtes de Bayonne.
Mixel Esteban (EELV) (à 1h13, puis à 1h35) a ouvert le débat : pour lui la déclaration d’Ugalde semble demander « aux autres » de rester chez eux. C’est une curieuse réponse à l’insécurité lors des fêtes à Bayonne, dont la sur-fréquentation n’est pas la seule cause. On vient maintenant à ces fêtes avec un sentiment d’inquiétude.
Il faudrait s’interroger sur le sens de ces fêtes, sur les valeurs qu’elles portent. La surfréquentation, c’est aussi un produit de la sur-communication. Il a rappelé que plusieurs groupes de musiciens avaient renoncé à participer aux Fêtes, devant l’impossibilité de déambuler en musique dans les rues.
Pour l’édition 2024 des Fêtes, il aurait fallu davantage de réflexion avec la population dans son ensemble, et peut-être une pause d’un an, le temps de ce débat public.
Dans sa réponse (à 1h17), Ugalde argumente sur l’augmentation de la fréquentation, qui est, selon lui, constaté dans toutes les fêtes, de Bayonne à Lille (la braderie), de Dax à Lyon (la fête des lumières). Ce serait un phénomène social conséquence du confinement Covid, constaté par les psychosociologues.
Puis, Etchegaray (à 1h20), a opposé les « dizaines d’heures de réunion » qu’il avait conduit sur les Fêtes, sur l’augmentation de la fréquentation, l’insécurité. Des solutions et des propositions émergent progressivement. Il ne veut pas de Fêtes tristes (mais qui le veut), il ne veut pas la mort des Fêtes (mais qui la veut).
Pour lui aussi, l’augmentation de la fréquentation est un phénomène post-Covid général. La Ville n’a pas de budget de communication pour les Fêtes, et donc elle n’a pas de responsabilité dans cette augmentation.
Juliette Brocard (à 1h25), élue socialiste, a attiré l’attention sur les « petites musiques » qui montent pour rejeter la faute chez les autres, pour tracer une frontière entre nous et les autres. Elle invité à être vigilants sur les mots utilisés.
Martine Bisauta (à 1h33), quant à elle, s’inquiète des procès d’intention « limites » faits à la majorité, et insiste sur le phénomène général de surfréquentation en développant le cas de la fête des lumières à Lyon, où les protestations ont été nombreuses pour n’avoir pu accéder aux spectacles, tout en reconnaissant que cela n’avait provoqué de bavures (l’ambiance tendue est particulière à Bayonne ?).
Pour conclure, Etchagaray (à 1h43) a partagé ses connaissances philosophiques en citant Sartre et « l’enfer, c’est les autres », et l’existentialisme qui est un humanisme. Les Fêtes « permettent de connaître la part d’ombre qui est en nous et chez les autres ». C’est un fait culturel majeur, pas une orgie.
La manière dont la municipalité conduit depuis 6 mois le débat sur les Fêtes de Bayonne (incluant le bilan de celles de 2023) est caractéristique de ses conceptions peu démocratiques. Les discussions sont segmentées avec des groupes plus ou moins restreints. Les comptes rendus semblent relever du secret défense. La commission des Fêtes ne joue pas son rôle, il n’y a eu aucun débat d’ensemble au conseil municipal. Aucun débat sur la place publique, si ce n’est ceux impulsés par les journaux. Comme l’a souligné Jean-Marc Abadie, élu de la minorité Bihar Baiona, le maire égrène au fil du temps des mesurettes, qui finiront sans doute par faire les prochaines Fêtes, en contournant donc le débat public sur le sens et les valeurs des Fêtes.
Sur nombre d’autres dossier, en particulier l’urbanisme, ce sont les mêmes pratiques opaques et peu démocratiques qui sont mises en œuvre.
Le conseil municipal de Bayonne le 8 février avait à son ordre du jour une délibération pour la clôture de la ZAC du Séqué (les tranches I et II du quartier). La discussion a dérivé sur l’avis défavorable de la commissaire enquêtrice concernant la tranche IV. En réponse, le maire a décrié tant la commissaire, que les habitants intervenus dans l’enquête, et l’intérêt même de ces enquêtes publiques.
Ce n’était qu’un point secondaire de ce conseil (principaux sujets : la langue basque et le budget), qui a duré plus de 6h30, programmé de plus en fin de séance, donc vers minuit. Sur le site de la ville, on peut revoir l’enregistrement vidéo du conseil. La séquence « Séqué » débute par la présentation de la délibération, à 5h 56’ 28’’. Suivent les interventions de Juliette Brocard (gauche socialiste) à 5h 57’ 30’’ et de Mixel Esteban (EELV) à 6h 1’ 20’’. Les réponses du maire sont de 6h 4’ à 6h 6’ 12’’.
La ZAC
Un mot pour commencer sur la clôture de la ZAC. L’aménagement avait été concédé en août 2006 à une SEM (société d’économie mixte) départementale, la SEPA (société d’équipement des pays de l’Adour). La ZAC couvre les secteurs I et II, labellisés par la suite ecoquartier. Pour le secteur III, c’est HSA (Habitat Sud Atlantique), le bailleur social de la CAPB, qui est l’aménageur. HSA est pressenti aussi pour le secteur IV, actuellement en dans l’incertitude.
pub de la SEPA
Selon la SEPA, la ZAC a produit 609 logements, 98 lits en EHPAD, 800 m² de locaux d’activités et commerces. S’y ajoutent les aménagements paysagers, les voiries, les viabilisations et infrastructures, la construction d’une maison de quartier (à partir du bâtiment de la ferme Loustaouanou. La transformation en véritable rue du chemin de Loustaouanou le long du secteur II, en retard, doit se faire avant l’été prochain. Après des rétrocessions diverses d’assiettes foncières, la ZAC est clôturée avec un solde positif de 238 000 euros, répartis entre la ville (60%) et la SEPA (40%).
Le Séqué III fait l’objet d’une enquête publique en 2019 et le foncier a été vendu à HSA en octobre 2021, pour 179 logements, dont 35% de sociaux. Il n’est pas encore sorti de terre. Le Séqué IV, dont l’enquête publique a débouché début janvier sur un avis défavorable, devait comporter 260 logements, dont 30% de locatif et 15 % de BRS. Au total donc, plus de 1000 logements pour le Séqué.
Les interventions de Juliette Brocard et Mixel Esteban
Juliette Brocard a repris les critiques régulières, émises par des habitants, ou par elle-même lors d’autres conseils où le Séqué avait été discuté (notamment lors de la vente du Séqué III à HSA en 2021) : les espaces publics, la desserte en bus, l’absence de commerces, l’absence d’école, l’insuffisance de logements sociaux, la non prise en compte des demandes des habitants, etc. En élargissant au final sur la manière peu démocratique dont la ville répond en général aux habitants.
Lors du même conseil, bien plus tôt, une délibération avait validé les résultats de l’enquête publique pour l’extension du centre d’oncologie au Nord de Bayonne. Elle s’était déroulée aux mêmes dates que celle du Séqué IV, et s’était conclue par l’avis favorable du commissaire enquêteur. L’oncologie était au menu du conseil, mais pas le Séqué IV.
Mixel Esteban au Conseil municipal
Cette différence de traitement était une opportunité, dont Mixel Esteban s’est saisi, pour informer ses collègues de l’avis défavorable de la commissaire (certains comme Mme Brocard ne semblaient pas l’être), et d’interpeller le maire sur les suites qu’il entendait donner à cette situation.
Il a aussi rappelé l’importance de l’artificialisation à Bayonne : 50 ha consommés entre 2011 et 2021, selon le Cerema et le portail de l’artificialisation, ce qui situerait Bayonne en zone rouge des communes artificialisantes. Pour tout le Séqué, ce sont 22 ha au total, avec une partie engagée avant 2011.
Les réponses du maire à Juliette Brocard : faire quartier
Le maire a répondu à Juliette Brocard qu’il avait rencontré des habitants du Séqué à plusieurs reprises l’année dernière, et que la plupart n’avait pas le même ressenti négatif. Il a confirmé que la rue Loustaouanou serait terminée cet été le long de Séqué II. Il considère que la maison de quartier est un équipement public suffisant. Il a entendu la demande des habitants d’une moyenne surface alimentaire, type carrefour market. C’est dans les cartons de HSA, pour le Séqué III, mais il manque des habitants pour que cela soit viable économiquement.
Le maire au Conseil municipal
Son argumentation sur l’insuffisante déserte du quartier par les bus, sur l’absence de commerces, sur le manque d’équipements public comme une école, reflète une stratégie urbaine, une « pensée de l’aménagement», archaïques et que l’on sait vouées à l’échec : il faudrait d’abord des habitants en nombre suffisant pour que les bus viennent que les commerces s’installent et que les équipements publics soient davantage présents. C’est un peu le paradoxe de la poule et des œufs. Vous habitez depuis 5 ou 10 ans dans ce quartier. Les transports publiques sont déficients ? Vous prenez l’habitude de vous déplacer en voiture, et vous en avez deux par famille. Il n’y a pas de commerces ? Vous prenez l’habitude d’aller (en voiture) dans la grande surface voisine ou au centre ville. Il y a des équipements publics très insuffisants ? Vous conduisez vos enfants dans des établissements scolaire tous loin de votre logement, vous recherchez ailleurs des lieux culturels. Et ces habitudes prises pendant des années, vous n’en changerez pas facilement, et si tout ce qui « fait quartier » finit pas arriver, cela vivra mal.
Les réponses du maire à Mixel Esteban sur l’enquête publique : le déni
Le maire a récusé les chiffres d’artificialisation et demandé ses sources à l’élu écologiste, et contrairement à ses services qui les avaient confirmés, ainsi que leur source (le portail national d’artificialisation des sols) dans leur réponse à la commissaire, tout en indiquant que ce n’était pas contradictoire avec la trajectoire demandée par l’État. Cette réponse avait sans doute échappé au maire.
Brandissant dans sa main le rapport d’enquête, le maire a affirmé que l’avis n’était pas fondé, avant de rectifier : fondé mais pas motivé. Il a réduit l’avis défavorable à un seul motif : il n’y aurait pas une telle urgence pour construire de nouveaux logements. Alors que d’autres opérations sont aussi bloquées.
Ce qui est plus que caricatural. Les conclusions de la commissaire insistent sur le « ici et maintenant » : ici, en artificialisant 4,5 ha. Maintenant, alors que le PLUi est en élaboration et le Séqué III pas sorti de terre. Et résumer en une formule lapidaire les échanges d’arguments entre la commissaire et les services de la CAPB, qui occupent plusieurs pages du rapport n’est pas très honnête : il ne suffit pas de le brandir pour convaincre de l’avoir lu…
Après la commissaire, le maire s’est attaqué aux habitants qui avaient donné leur avis sur le registre d’enquête. Pour lui, il y a eu peu de contributions (ce qui est le cas le plus souvent : 3 pour le pôle d’oncologie), de plus la plupart anonymes (ce qui est largement faux : l’adresse mail est indispensable pour publier un commentaire sur le registre, et le nom est anonymisé sur ce qui apparaît publiquement). Beaucoup ont répété ce que d’autres avaient dit (ce qui est à la fois vrai sur la forme, mais cache le fait que les mêmes critiques sont récurrentes depuis des années sur le Séqué).
Selon le maire, les avis sont le fait de personnes qui ne connaissent pas le quartier, et qui n’ont qu’un discours idéologique fait de stéréotypes, qui donnent l’impression de penser à la place des élus qui sont seuls légitimes. Il récuse l’idée qu’il s’agit d’un espace naturel, puisque ce secteur est classé depuis 30 ans au PLU comme devant accueillir des activités. C’est une confusion constante des élus entre la réalité physique d’une parcelle végétalisée et son classement sur le papier des documents administratifs. Contre-vérité volontaire ou auto-intoxication ?
Pour conclure, fataliste, le maire regrette ce que les enquêtes publiques seraient devenues aujourd’hui. Il annonce « on reviendra là-dessus, et on s’expliquera ». Et les services de la CAPB ont réfléchi au moyen de poursuivre l’opération.
Caricaturer le rapport de la commissaire enquêtrice, s’en prendre aux habitants qui ont fait œuvre de citoyenneté en donnant leur avis, regretter même l’existence des enquêtes publiques, le maire semble loin d’accepter le débat démocratique sur ses projets.
Le conseil municipal du 8 février est saisi pour avis de l’extension du centre d’oncologie, situé au Nord de l’avenue du 14 avril 1814, entre la ZUP (au Sud de l’avenue) et une réserve de biodiversité (au Nord de la parcelle). L’enquête publique s’est achevée mi-décembre, le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable le 8 janvier. Un dossier express.
Deux enquêtes publiques pour « Mise En Conformité de Document d’Urbanisme » (MECDU) s’étaient déroulées aux mêmes dates : urbanisation du Sequé IV (voir billet précédent) et création d’un pôle d’oncologie par une extension limitée du Centre d’Oncologie et de Radiothérapie du Pays Basque (CORPB). La première a reçu un avis défavorable, au contraire de la seconde ; laquelle peut donc passer en accéléré pour avis du conseil municipal ce 8 février, avant adoption par le prochain conseil de la CAPB, le 17 février sans doute.
Les deux enquêtes ont reçu un accueil différent : 42 contributions sur le registre dans le 1er cas, seulement 3 dans le 2e avec même une contributrice qui est intervenue sur les deux registres. Lors des concertations préalables, au printemps 2023, il y avait déjà le même écart, avec 0 contribution pour l’oncologie.
Il faut dire que les conséquences directes de chacun des projets auprès des habitants étaient très différentes. Pour le Sequé IV, l’enjeu était celui de l’achèvement de tout un quartier, avec un nombre important de constructions et une artificialisation de près de 5 ha de bois et prairies. Pour le pôle oncologique, il n’y avait pas de voisinage immédiat et l’artificialisation ne touchait que 0,3 ha de taillis, arbustes et arbres sans intérêt écolo.
Mais, et là résidait un des deux grands enjeux de l’oncologie, la parcelle se situe, à son Nord, en bordure d’un milieu humide forestier avec le ruisseau de la Fontaine de Claverie, relié à l’ENS (Espace Naturel Sensible) « forêt de Habas », classé réservoir de biodiversité dans les documents d’urbanisme supra-communaux ScoT. Les enjeux environnementaux sont donc beaucoup plus importants, malgré la nature de la parcelle, ce qui a conduit la SEPANSO à intervenir dans l’enquête. Il s’agit de la Fédération régionale (Aquitaine) de France Nature Environnement, le principal, et plus ancien, regroupement des associations de protection de la nature.
février 2023 terrain du futur Pôle oncologique
La politique de santé, notamment pour les cancers, est l’autre enjeu important – et discuté – dans ce projet. Il apparaît une volonté de regroupement (mais pas seulement) d’installations médicales, au-delà de la cancérologie. Faire de la place au centre ville pour la spéculation immobilière, au bénéfice des médecins propriétaires, a déjà conduit à regrouper plusieurs cliniques, il y a une bonne dizaine d’années, sur le site Belharra à l’Est de Bayonne. Puis, ce fut le CORBP, dont il est question dans ce projet, récemment déplacé du 14 Allées Paulmy, et inauguré cet été 2023, alors que son extension avait été lancée dès février 2023. Pour mémoire encore, le site Paulmy est convoité par Alday, qui vient de construire une résidence standing à côté.
février 2023 CORPB en chantier
Les interventions lors de l’enquête
Comme lors de celle pour le Sequé IV, les remarques des Personnalités Publiques Associées ne manquent pas d’intérêt.
La DDTM demande un plan d’ensemble pour la zone 2AU, qui aura été grignotée en 2 fois, pour le CORPB puis le Pôle, et pourrait l’être davantage dans l’avenir. Elle ne semble pas tellement convaincue par la nécessité absolue du regroupement à cet endroit de deux équipements médicaux et par la notion fourre-tout de « rééquilibrage » des équipements de santé. DDTM : Direction Départementale des Territoires et de la Mer
La MRAe, dans la même optique, demande que soient recherchés des sites « alternatifs » pour le Pôle. Il demande aussi une évaluation environnementale de l’ensemble de la zone 1AUyk (dénomination au PLU du secteur du CORPB) et 2AU qui l’englobe au Nord (zone à urbaniser dans le futur). MRAe : Mission Régionale d’Autorité environnementale.
Enfin, le SCoT plaide pour que la CAPB conserve le foncier pour éviter de futures reventes spéculatives. SCoT : Schéma de Cohérence Territoriale
En ce qui concerne les 3 interventions d’habitants, la première porte sur l’accès des piétons et cyclistes au nouveau pôle.
Les deux autres, sont beaucoup plus détaillées, convergentes, sur les deux enjeux du projet. Il y a regret d’une stratégie urbaine au coup par coup qui camoufle les projets d’ensemble. Il est remarqué que l’essentiel de l’oncologie au Pays basque n’est pas seulement à Bayonne, et se fait principalement dans le secteur public : l’extension et le regroupement d’un pôle privé pose question. Enfin le développement de la santé environnementale – et la sauvegarde des milieux naturels y contribue – est stratégique dans la lutte contre les cancers, plutôt que de considérer comme inévitable leur croissance sans fin accompagnée de celle des équipements afférents.
Les deux intervenantes dénoncent le processus d’artificialisation et estiment insuffisante la prise en compte de la démarche ERC (Eviter, Réduire, Compenser). La SEPANSO, plaide enfin pour le reclassement de la parcelle prévue pour le Pôle en zone N (naturelle), dans le prolongement de l’Espace Naturel Sensible limitrophe.
Les réponses de la CAPB
La demande de sites alternatifs faite par la MRAe est rejetée comme non pertinente : la centralisation présentée comme un progrès nécessaire et inévitable (et non comme une décision éminemment politique de stratégie médicale et urbaine).
Les demandes concernant l’avenir du secteur et l’environnement « sensible » sont renvoyées aux études en cours pour le PLUi (comme elles l’avaient été dans l’enquête sur le Sequé IV). Il est même fait état d’un «schéma global d’intentions », figurant déjà dans le dossier de mars 2023 pour la concertation préalable, visant à reclasser les terrains les plus au Nord en zones N (Naturelle) et A (Agricole), et à « dédier les terrains le long de l’avenue à un développement des activités de service et équipements structurants ». Faut-il comprendre ici que la voie sera ouverte pour de futures extensions du pôle oncologique ?
Des réponses très générales sont aussi faites sur le regroupement de l’oncologie, en référence au contrat local de santé (signé en 2022 entre la CAPB et l’ARS) qui préconise les regroupements d’équipements médicaux (sans que soit fait mention spécifiquement de l’oncologie). La santé environnementale ? Justement, le CORPB a une zone tampon au Nord de sa parcelle, au contact de la zone N, qui restera boisée pour le bien être des malades…
Ces réponses sont acceptées telles que par le commissaire, sans échanges entre lui et la CAPB (au contraire de la commissaire pour le Sequé IV). Et de reprendre la notion d’acceptabilité avancée par la CAPB : beaucoup de consultations du dossier sur internet, mais pas (concertation) ou peu (enquête) de contributions. Tout est donc pour le mieux.
Le commissaire se permet quand même un seul regret : le « coup par coup », c’est pas terrible.
Et cerise sur le gâteau : le commissaire n’est pas dérangé par la réponse de la CAPB : la parcelle, dont le SCoT avait plaidé pour que la CAPB en conserve le foncier a été vendue pendant que la MECDU était en cours.
On invoquera sans doute la poisse (les intempéries). Mais le chaos qui a régné à Bayonne le samedi 9 décembre à l’occasion d’un lancer de lanternes avorté est devenu la règle des fêtes à Bayonne, du jambon à Pâques, l’été et maintenant à Noël. L’alcoolisation en moins il est vrai.
La folle journée des lanternes
Malgré la pluie et les rafales de vent, la vente des lanternes avait débuté en début d’après-midi. Des queues de plusieurs centaines de mètres s’étaient formées pour en acheter. Devant la détérioration des conditions atmosphériques, le lancer prévu en début de soirée sur la Nive a été annulé par la Ville. Ce qui n’a pas empêché nombre des acheteurs (au prix de 8 euros, avec 2 places pour la grand roue dans le pack) à les utiliser, et on a pu les voir s’élever dans le ciel de Bayonne.
La Ville a d’abord annoncé le report du lancer au lendemain, dimanche. Avant de l’annuler complètement. Le deuxième lancer, prévu pour le samedi 16 devrait avoir lieu normalement, le temps annoncé s’y prêtant.
Le chaos s’est prolongé, en raison du temps, le jour suivant avec l’annulation d’animations et l’arrêt de la grand roue.
Saturation
Avant de se manifester par la foule dans les rues totalement congestionnées du centre de Bayonne, la saturation s’était traduite le samedi tôt le matin par les kilomètres de bouchon à la frontière franco-espagnole à l’entrée en Iparalde, La veille déjà, les camping-cars étaient nombreux à différents endroits de la ville.
Les déplacements « doux » étaient les plus touchés, y compris aux abords du centre : bus embouteillés, vélos bloqués, piétons en pleine cohue,…
Les rues du centre étaient aussi saturées que pendant les Fêtes estivales. Il faut dire que la communication de la Ville avait particulièrement ciblé nos voisins du sud,et que ce lâcher coïncidait (une hasard ? Une volonté touristique délibérée ?) avec la semaine de l’Immaculée-Conception espagnole, qui donne aux voisins le temps de flâner en force entre Nive et Adour.
La pluie s’aggravant en fin d’après-midi, la foule s’est réfugiée à l’abri devant les commerces, voire à l’intérieur comme aux Halles, les paralysant complètement. Comme l’ont souligné des commerçants interrogés par Sud Ouest « On ne peut pas ignorer que la fréquentation des animations de Noël augmente de façon exponentielle d’année en année. Le problème, c’est que quand c’est bouché, rien ne se passe ».
Le responsable de la librairie Elkar, proche de la Cathédrale, souligne un paradoxe : même ceux qui en vivent en viennent à se plaindre du trop grand nombre de visiteurs. « Pour quelques-uns d’entre nous, c’est une journée perdue. Les rues saturées et les problèmes de circulation et de parking poussent nos clients habituels du week-end à reporter leur venue » (Sud Ouest).
Paroles d’habitants
Sud Ouest a recueilli quelques réactions :« Je ne pensais pas qu’ils avaient autant avancé les dates de la Foire au jambon », une allusion à la toute récente annonce municipale, qui consiste en réalité à les reculer du 4 au dimanche 7 avril, pour éviter le week-end de Pâques et en contenir la fréquentation.
Une dame s’éberlue en français : « Non mais c’est pour les lanternes tout ce monde ? Il faut être taré. » Un autre, au téléphone : « Ne venez pas, c’est n’importe quoi, je rentre. » À qui s’adresse-t-il ? « A ma femme et ma fille », lâche le Bayonnais. « Elles voulaient venir, mais ce n’est même plus plaisant ».
Place des Basques, une habitante de 83 ans peste contre « le grand bazar » : « Il y a du bruit, des gens qui urinent, des poubelles renversées. Les Bayonnais vont devoir partir à chaque fête ? »
Au Conseil municipal du 14 décembre
capture d’écran le 14.12.23
Le report, puis l’annulation du lancer du samedi 9, l’annulation d’animations, la non maîtrise de la foule, tout cela relève d’un manque d’anticipation des effets d’une com’ disproportionnée, et d’une déficience dans l’organisation. La municipalité a donné l’impression de naviguer à vue.
Cette question de la sur-fréquentation non-maîtrisée, pour cette journée du 9, comme à d’autres occasions, a été une fois de plus soulevée par les élu.e.s d’opposition, lors du conseil municipal du 14 septembre, en piratant une délibération modificative budgétaire concernant les Fêtes.
Jean-Mac Abadie, pour Demain Bayonne, a notamment regretté « L’autosatisfaction de certains responsables en matière de fréquentation record, qui est vécue comme un manque de respect par de nombreux Bayonnais et parties prenantes (associations, commerçants, personnels municipaux…) qui souhaiteraient simplement être écoutés et entendus au titre d’acteurs de leur ville ». Il a appelé la Ville à revoir sa communication pour maîtriser les flux touristiques.
L’absence de réelle concertation, le saucissonnage entre les différentes fêtes et entre les interlocuteurs a une nouvelle fois été soulignée
Ce à quoi le maire a répondu en affirmant « on travaille sur le sujet », on discute avec le Collectif 2032, « une génération spontanée de citoyens acteurs des Fêtes ». Et a osé disqualifier le Conseil municipal comme un cercle retreint » pour ces débats.
L’adjoint aux Fêtes récidive
capture d’écran
Le modèle des Fêtes estivales est reproduit à l’identique pour les autres. Un marketing territorial agressif, qu’on peut aussi appeler réclame, voire propagande, pour attirer les touristes. Avec, au programme, un empilement d’animations les plus diverses, certaines ciblant des publics spécifiques. Chacun.e peut y trouver son compte, et y trouverait davantage son plaisir si la cohue était moindre. Et la sécurité assurée.
Yves Ugalde, l’adjoint à la culture, aussi en charge des animations et grands événements, s’était fait remarqué par son déni de l’ampleur des problèmes rencontrés lors de l’édition 2023 des Fêtes de Bayonne (voir le billet « qui veut tuer les Fêtes (1) »).
Si l’on en croit Sud Ouest, il récidive en louant l’attractivité de Bayonne, et prend comme contre exemple les centres désertés dans d’autres villes moyennes. Tout au plus reconnaît-il : « En tout cas réfléchir à un étalement des animations, déconcentrer ». Même modèle que les Fêtes estivales, même fausse solution pour éviter de poser le problème de la sur-fréquentation.
Il y voit « une nouvelle preuve du magnétisme de Bayonne ». « C’est un phénomène que l’on peut constater à Jean-Dauger, à la Foire au jambon, en bien des moments qu’offre notre ville. Nous avons cette attractivité et une adéquation entre un patrimoine et ce que nous y proposons. » Il loue « une certaine authenticité ».
Fuite en avant
Yves Ugalde traduit fidèlement le modèle défini par le maire de Bayonne dans l’édito dans la plaquette de pub pour les fêtes de noël : « Grâce à un florilège d’animations, Noël reste un rendez-vous festif, culturel, commercial incontournable à destination tant des habitants que des visiteurs ». La politique commerciale et touristique qui s’appliquait aux Fêtes de Bayonne s’étend désormais à celles de Noël. On a pu le vérifier.
Quand la municipalité entendra-t-elle les habitant.e.s ? Quand s’arrêtera cette fuite en avant suicidaire pour la ville ?
Patrick Petitjean, le 15 décembre 2023
Les citations de Sud Ouest sont extraites d’un article de Pierre Penin, le 10/12, titré « la folie des lanternes »
La mort de Patrice Lanies lors des dernières Fêtes a servi de révélateur au tour insupportable pris par ces fêtes au fil des ans. Poursuivre sur le même modèle ne peut que conduire à la mort des Fêtes. Nombre d’habitants l’ont bien compris, qui débattent depuis cet été de la manière de les refonder. Ce n’est pas la direction prise par le duo Etchegaray et Ugalde pour qui seuls des ajustements techniques seraient nécessaires, sans changer de modèle. Premier volet de 3 articles sur les fêtes de Bayonne.
On ne peut continuer ainsi
Que reste-t-il d’une fête populaire ? Un méli-mélo programmatique occultant des réussites culturelles de moins en moins nombreuses, la surfréquentation, un centre ville devenu quasi-inaccessible pour ses habitants, l’alcoolisation à outrance et la saleté des petits matins qui va avec, la multiplication des incivilités et des agressions sexuelles, des habitants qui fuient Bayonne le temps des Fêtes.
Dans un tel contexte, l’assassinat de Patrice Lanies, pour avoir voulu dissuader un homme d’uriner sur sa porte, a été la goutte d’eau qui fait déborder l’exaspération des habitants. Il n’est plus possible de continuer comme cela, telle est le sentiment qui se diffuse dans la ville depuis août dernier.
2011
Sud-Ouest (édition Pays basque), en journal local parfois sensible à l’atmosphère de la ville, ne pouvait que s’en faire l’écho. Il a consacré une double page le 9 septembre avec les réactions d’habitants :« beaucoup sont pour un tournant radical ».
Je reviendrai dans le 2e volet de cette série, sur les différentes critiques faites, et qui vont très au-delà de ce qui est reconnu par les élus, à travers les prises de position de groupes d’habitants et d’élu.e.s de l’opposition municipale. Dans le 1er volet, je vais d’abord passer en revue la défense de leur modèle des Fêtes par le maire et ses adjoints, en partant de la 2e double page consacrée aux Fêtes par Sud Ouest le lendemain 10 septembre, avec les réactions des élus. Une défense qu’ils ont prolongée lors du conseil municipal du 19 octobre.
Les élus face à Sud Ouest
Pierre Mailharin, le journaliste auteur de ces deux articles, s’est appuyé sans détour sur les critiques entendues pour poser des questions directes, voir « punchy » aux trois principaux responsables : Jean-René Etchegaray (JRE), le maire ; Yves Ugalde (YU), l’adjoint à la culture et à l’évènementiel ; Christian Millet-Barbé (CMB), l’adjoint à la sécurité ; ainsi qu’Henri Lauqué (HL), président depuis 28 ans (mais oui!) de la commission extra-municipale des Fêtes (non-élu). Aux questions posées, les réponses des élus font apparaître plus que des nuances, entre un YU à fond dans le négationnisme des problèmes rencontrés, un CMB qui ne sort pas de sa fonction sécuritaire, et un JRE plus flou, moins bloqué, prêt à envisager des changements cosmétiques. Aucune interrogation sur le modèle actuel des Fêtes, au contraire. Tous mettant en avant des réponses techniques. Et tous sur la défensive.
Les articles de Sud Ouest étant réservés aux abonnés du journal, voilà donc ici l’essentiel (à mon avis) des questions / réponses des élus.
Pas d’exaspération des habitants.
JRE conteste d’emblée le journaliste qui affirme que « les Bayonnais sont exaspérés » par des « Fêtes saturées ». Il ne veut parler que de « surdensité », conséquence du « théâtre exceptionnel » que constitue le centre historique. Il évalue la participation à 1,3 millions de personnes (le Sous-Préfet a avancé 1,4 millions) sur 5 jours, avec une hausse vertigineuse de la fréquentation des campings, + 45 %, ce qui est une manière de pointer les jeunes du doigt.
Mais surtout, qu’on ne voit pas dans le marketing territorial éhonté de la ville (et des journaux) pour attirer les gens, non, c’est un phénomène « psychosociologique » post-covid, dit JRE.
Quant à la disposition géographique du centre ville, HL rappelle que l’amplitude géographique a déjà été élargie, ainsi que l’amplitude horaire, mais que cela n’a rien changé à la densité. Ce n’est pas surprenant, et un nouvel élargissement des lieux attirera davantage de fréquentation. C’est un phénomène bien connu de la circulation automobile : quant on ouvre de nouveaux espaces pour les voitures, elles l’occupent. C’est l’effet « aspirateur ».
2023
« la surfréquentation n’est-elle pas devenue très dangereuse ? »
En réponse à cette question du journaliste, CMB est dans un complet déni : « pas de comportements anormaux qui auraient pu être générés par cette densité, une baisse spectaculaire de la délinquance », « c’était assez exemplaire »… Il admet quant même les plaintes pour viol et le « drame absolu de la mort de Monsieur Lanies ».
JRE abonde dans la minimisation « il y a eu deux fois moins de gardes à vue ». Selon CMB encore, le PC sécurité n’a jamais été alarmé. La densité peut provoquer des bousculades, des piétinements, mais c’est tout. Ce n’est pas ce qui remonte des témoignages, en particulier des femmes. Difficile de se sentir en sécurité dans une ambiance violente et machiste.
2014
YU donne dans l’indécence, expliquant que la mort de Patrice Lanies n’est pas liée aux Fêtes, qu’elle aurait pu se produire avant ou après, que de tels « faits dramatiques » se produisent aussi ailleurs et avec moins de concentration humaine. Circulez, il ne s’est rien passé…
JRE et CMB reconnaissent la quasi-impossibilité des secours d’accéder au coeur de la fête, et même des services de sécurité à pied.
Si JRE admet qu’il faudra peut-être brider les Fêtes, en limitant leur jauge à la fréquentation de 2023, « il ne sera pas celui qui mettra un terme à ce qui est leur ADN ». Attribuer une caractéristique biologique aux Fêtes, c’est de l’anthropomorphisme, mais il n’est pas certain que cela signifie plus que : on ne changera rien.
Incivilités et musiques : JRE en ami des cafetiers restaurateurs
2023
A propos des nuisances sonores, question soulevée par le journaliste, JRE intervient en défense des cafetiers : « une immense majorité de cafetiers jouent magnifiquement le jeu, qu’il ne soit pas écrit que le maire est furieux contre eux ». Il n’y a que quelques brebis galeuses, 35 PV seulement ont été dressés, avec la moitié de récidivistes. Cette défense des cafetiers est une constante de JRE et de ses collègues.
Est soulevée aussi la question de la musique en plein air, ce que certains habitants appellent « une discothèque à ciel ouvert ». En journée, la musique est plébiscitée par les habitants.
2012 Plébiscitée, mais de plus en plus étouffée
HL et JRE défendent les « propositions musicales » en soirée, malgré les abus (selon eux) de certains DJs qui proposent de la musique « de fête » (?), et à condition d’éviter la cacophonie (qui est pourtant ressentie par les habitants). YU va dans la surenchère : « sans proposition à la dimension de la fréquentation, on provoque une forme d’errance. On l’a vu à la foire au jambon, à partir de 20h c’est devenu glauque ».
2015
Les mictions publiques sont une autre incivilité mise en avant. A l’évocation du modèle « Pampelune » par le journaliste, où les bars ouvrent leurs toilettes au public, YU reconnaît que les comptoirs extérieurs empêchent de le faire à Bayonne, mais que « une opposition radicale aux comptoirs extérieurs » (souvent rejetés par des habitants) « serait une fausse bonne idée », source d’insécurité. JRE et bien plus nuancé : selon lui, les comptoirs extérieurs sont là pour réguler les choses, mais ils participent d’une vraie « forme d’exaspération ». Et il propose d’y répondre par une « gouvernance consolidée ». Il s’en expliquera davantage en fin d’entretien.
Quand le journaliste évoque la critique des habitants sur le caractère commercial des Fêtes qui prend le pas sur la dimension culturelle, JRE rétorque qu’il refuse de leur « faire un procès général » : « ils font certainement de bonnes affaires pendant les Fêtes, et la plupart jouent le jeu et participent à l’animation de la ville toute l’année. A ceux qui nous disent que les Fêtes devraient être financées par les cafetiers, ce n’est pas réaliste deux secondes ».
Cette défense du modèle commercial et économique des Fêtes s’étend au maintien de leur caractère payant (le bracelet), une cible récurrente des élus minoritaires ou oppositionnels.
« On va convoquer le temps et l’espace » (JRE)
Changer les dates, élargir le périmètre des Fêtes, sont les solutions miracles avancées par les élus pour reprendre en mains les Fêtes. Ce sera le cas en 2024, pour cause des JO : elles auront lieu entre le 10 et le 14 juillet. Une expérimentation selon JRE, qui paraît ouvert à la recherche de nouvelles dates, y compris en juin ou septembre. Il est aussitôt recadré par YU, pour qui refuse une éventuelle concurrence avec les voisins (Dax, Mont-de-Marsan et Pampelune) et les difficultés pour la présences des enfants en dehors des vacances.
Pour l’espace, on réfléchit, disent les élus en choeur. Eloigner les forains sur les Allées Paulmy, pour libérer les Allées Boufflers et le Réduit, les habitants sont favorables mais pas les forains. Annexer Saint-Esprit ? Ou même, selon HL, s’étendre quai de Lesseps, aaprès l’Atalante et le Didam, pendant quelques années avant le démarrage du grand projet urbain ? Pour YU, ce ne sont que des « concepts ». L’élargissement à Mousserolles (réalisé cette année), et les forains à Paulmy, cela suffit.
La gouvernance
Selon le journaliste, il est reproché que les décisions pour les Fêtes ne soient prises que par un petit groupe de personnes. Ce à quoi JRE répond qu’au final, il sera toujours le seul responsable en tant que maire, celui qui peut être déféré devant un tribunal. Il récuse le procès trop rapide fait à la commission extra-municipale des Fêtes. YU et HL abondent dans son sens. Selon HL, 90 % du programme vient de propositions d’associations à travers cette commission
JRE annonce des constats partagés et un élargissement des consultations : cafetiers-restaurateurs, forains, penas (les acteurs économiques) et même des représentants des habitants. Cela reste très loin d’un vrai débat public, ce que confirmera le conseil municipal du 19 octobre.
le Conseil municipal du 19 octobre
Le débat sur les fêtes a pointé son nez lors du conseil municipal du 19 octobre à l’occasion d’une délibération à voter pour rembourser à l’Etat les frais de participation des forces de l’ordre à la sécurité lors des fêtes. En répondant aux interventions de plusieurs élus des oppositions (Mixel Esteban, Henri Etcheto, Mathieu Bergé et Sophie Herrera-Landa) en marge de la délibération financière, interventions sur lesquelles je reviendrai dans le 2e volet, le maire et son adjoint à la culture ont pour l’essentiel confirmé leurs réponses de septembre à Sud Ouest.
Ce débat est accessible sur la vidéo du Conseil, approximativement entre 1h54 et 2h24.
JRE a informé que le bilan était en cours au sein des commissions municipales, et invité les élus à y participer. Comme bilan, JRE s’est posé en victime impuissante d’une part de la structure médiévale de la ville, d’autre part de la surfréquentation : « il faut le reconnaître, on n’y peut rien ». Après le bilan, les perspectives : JRE a confirmé les deux points en discussion : les dates, et le périmètre géographique. Autant dire que la discussion est étroitement encadrée par JRE.
Tout en annonçant une séance spéciale du conseil municipal le 4 décembre pour conclure le débat sur les Fêtes, il a tout aussi étroitement défini le périmètre des habitants autorisés à débattre d’ici-là : Dans l’ordre, les cafetiers-restaurateurs, les associations des Penas (soit les acteurs économiques, et les membres des Conseils de quartier (quelques dizaines de personnes). Tout cela, très loin donc des habitants. JRE a insisté sur le fait que c’est le Conseil qui décide et que lui est seul responsable. Et qu’il n’est pas question de remettre en cause les Fêtes (comprendre leur modèle), comme le veulent certains habitants.
Mais un débat où les participant sont quasi exclusivement les acteurs économiques des Fêtes, ceux qui en tirent profit, est biaisé d’avance.
Quant à YU, il a commencé par un lapsus très révélateur, en parlant de la mort de Patrice Lanies comme d’un simple « incident », avant de se reprendre rapidement et de la qualifier de «accident dramatique ». Et de confirmer son argumentation de septembre dans Sud Ouest : il y a aussi des incidents dramatique ailleurs, c’est moins grave à Bayonne qu’ailleurs, il y a les mêmes incivilités que ce soit payant ou non, l’augmentation de la fréquentation est générale. Bref, circulez, il n’y a aucun problèmes avec les Fêtes. On est dans l’extrême conservatisme.
Autres fêtes, mêmes problèmes
Le refus de changer de « logiciel » pour les Fêtes les conduisent à terme dans le mur, et à leur fin. Faudra-t-t-il compter sur le Préfet pour ramener les élus au sens des réalités ? Il vient de le faire en ce qui concerne les lâchers de lanternes à Bayonne au moment de Noël, qui seront interdits à partir de 2024, à cause des risques d’incendie. Il aurait pu mentionner aussi l’aspect environnemental, d’envoyer des déchets dans l’atmosphère. Sans surprise, YU a regretté cette décision dans Mediabask, au motif qu’il s’agissait d’un « moment féérique » et que les retombées économiques étaient importantes. Et déjà une « tradition », donc à ne pas remettre en cause, même si elle ne date que de 2014.
La question de la foire au jambon est aussi revenue dans l’actualité ces derniers jours. Une tradition dite « ancestrale », dont la fréquentation avait explosé en 2023, avec 460 000 participants, des foules compactes rendant impossible les dégustations. On y est venu pour boire, comme pour les Fêtes. Et là encore, JRE ne propose qu’un changement de date, sans remise en cause du modèle et du marketing territorial
Il est urgent de changer de modèle pour redonner envie aux habitants de faire la fête, de participer à la fête de leur ville. C’est la question.
A suivre
La logique de la pétition de « citoyens bayonnais » (voir plus haut) est inverse de celle de JRE et YU. Elle donne des pistes pour refonder et sauver les Fêtes de Bayonne, même si elle a quelques manques. J’y reviendrai dans le 2e volet.
Dans ce 2e article, on reviendra sur d’autres problématiques dont certaines (mais pas toutes) ont été soulevées par les élus non-majoritaires, comme l’environnement, l’alcoolisation, le bilan carbone, l’importance des violences sexistes et le support qu’elles trouvent dans l’ambiance de violence et de machisme amenée par les corridas, la folklorisation et l’infantilisation au détriment des cultures populaires basques. Et ce qui fait tenir le modèle actuel, le marketing territorial et le surtourisme valorisé au-delà des fêtes.
Dans le 3e article, je tenterai de sortir du conformisme des débats de l’institution municipale : sauver les Fêtes de Bayonne nécessite plus de débat public, de radicalité et d’imagination.
Xan Ansalas pour les photos des Fêtes.
Captures d’écran du Conseil pour les élu.e.s
Patrick Petitjean, 18 novembre 2023
En complément de dernière minute
Ce samedi 18 au matin, quand ce billet part sur le site du piment, Sud Ouest publie des « brouillartas » où il se paie (gentiment) YU (adepte aussi de l’ADN)
Au feu les lanternes
Un risque de propagation du feu. Voilà, d’après la préfecture, la menace que font peser les lanternes volantes lâchées à Bayonne pour Noël. Les représentants de l’État soulignent que les pompiers partagent ce constat. Fermez le ban. Ce sera la dernière des lanternes cet hiver. Et l’adjoint à la culture de Bayonne, Yves Ugalde, de tiquer. « Il y a un débat », lâche-t-il. Cela ressemble plus à un désaccord profond, au vu de sa grimace. Il faut dire que le très « instagrammable » lâcher rassemble chaque année des milliers de personnes.
Noël jusqu’à 23 heures
Noël toujours, et toujours à Bayonne. Où le même Yves Ugalde a évoqué, lors de la présentation des animations de fin d’année, les efforts réalisés par la mairie en matière de sobriété énergétique. Ici, les décorations lumineuses de Noël, des LED peu consommatrices d’énergie, sont éteintes à 23 heures. La facture s’en voit considérablement allégée et l’environnement se porte mieux. Seulement voilà, un débat (encore) existerait à propos de futurs efforts. « Ce débat existe, assume Yves Ugalde. Je fais partie de ceux qui restent vigilants : les efforts environnementaux sont fondamentaux, mais il ne faudrait pas que l’ADN de notre ville, qui aime Noël, en pâtisse. »
Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne n’est fini pas d’être complimenter pour le respect du quota SRU, 26, 27 ou 28 % de logements sociaux selon les moments, seule ville basque à le faire. Il se permet même des envolées en faveur d’un relèvement du quota à 30 %.
Problème : ni lui, maire depuis 2014, ni Jean Grenet, son prédécesseur, dont il fut l’adjoint à l’urbanisme à partir de 1995, n’y sont pour rien.
Quand la loi SRU entre en vigueur en 2000 (où le quota est de 20 %, qui sera porté à 25 % en 2014), cela fait 30 ans que les 25 % sont pulvérisés à Bayonne. Merci donc à Maurice Delay, maire jusqu’en 1958 pour avoir donné l’impulsion, et à Henri Grenet, maire de 1959 à 1995 d’avoir fait construire des milliers de logements sociaux qui, faut-il le rappeler, s’entendaient seulement au sens de logements locatifs.
Mais il faut créditer Etchegaray d’avoir réussi à maintenir le taux au-dessus de 25 %, aidé en cela par l’inclusion partielle en 2006 (Chirac + Sarkozy + Boutin) des accessions sociales du type PSLA dans le quota SRU, puis par celle des BRS avec la loi ELAN de Macron en 2018. En 2022 à Bayonne, il y avait davantage de BRS que de LLS construits …
L’objectif de s’en tenir à un quota de 25 % figure d’ailleurs explicitement dans la « Charte de la mixité sociale » votée lors du conseil municipal du 5 avril dernier.
LE PARC HLM A BAYONNE
Dans le diagnostic préalable au dernier PLH, Bayonne comportait 6901 LLS au 1/1/2017, avec un parc ancien, où HSA est de loin le principal bailleur.
La liste en figure sur le site de HSA, rubrique location, avec les dates de livraison. Si on laisse de côté les opérations de moins de 10 logements et les rénovations dans le centre ancien, on peut dresser la liste suivante : 1958, Caradoc (175) ; 1960, La Citadelle (241) ; 1962, Polo (240), Habas la Plaine (367), Dubarry Saint Esprit (54) ; 1963, Balichon (370), La Porcelaine (40) ; 1966, Mousserolles (84) ; 1967, Le Bédat (146), Mounédé (192), Cam de Prats (215), Les Murailles (40). L’apothéose, en 1968, c’est la cité Breuer, dite aussi la ZUP, avec 1103 logements (voir la photo de l’entête du blog).
Les années suivantes, le rythme est d’une trentaine par an : un millier de logements, qui s’ajoutent aux 3200 des années 1960, sont donc à mettre au crédit de HSA au moment de la promulgation de la loi SRU en 2000.
Si l’on complète par les petites opérations, les rénovations et les autres bailleurs, c’est la très grande majorité du parc HLM qui est antérieure à la loi SRU. Depuis, la très grande majorité des constructions neuves (près d’un millier par an) est de l’accession libre à la propriété.
Depuis Jean Grenet et Jean-René Etchegaray, le discours d’égoïsme social est le même : on fait notre quota de logement sociaux, c’est aux villes voisines de faire un effort pour rattraper leur retard en matière de logement social. On ne peut héberger toute la misère du Pays basque, disent-ils.
UNE SEGREGATION SOCIALE
Cela se reflète dans l’évolution de la population bayonnaise.
La ville est passée de 32 575 habitants en 1954 à 42 743 habitants en 1968, période où HSA a construit 3 200 logements sociaux. Puis, le nombre d’habitants a diminué jusqu’à 40 078 en 1999, avant de repartir à la hausse : 44 406 en 2006, 50 589 en 2016, plus de 53 000 en 2022.
Nouvelle période où il y a eu construction massive de logements : près de 1000 par an selon certaines sources. Officiellement, 759 par an entre 2010 et 2018 selon les chiffres du PLH. Il est évidemment difficile de savoir si la population augmente parce que des logements sont construits, ou l’inverse. Mais la corrélation est là.
Depuis les années 2000, on construit pour les classes moyennes et plus. C’est le règne des promoteurs immobiliers. Et la ségrégation sociale est aussi une ségrégation spatiale : les principales opérations de logements sociaux depuis les années 2000 sont éloignées du centre : Arrousets, Séqué, Saint-Bernard, Habas, Saint-Etienne. Il faut y ajouter une grosse opération entre la prison et la voie ferrée (au bout de Saint Esprit), et une seule au centre ville : Rivadour aux Allées marines.
ACCESSION SOCIALE, ACCESSION MAÎTRISEE
Même si l’accession sociale peut être prise en compte dans le quota SRU depuis 2006, c’est resté marginal jusqu’au milieu des années 2010, où l’on voit HSA et le COL conduire plusieurs opérations avec des PSLA au Séqué notamment. Avec l’arrivée du BRS, tout change.
Conçus à l’origine (loi Duflot 2014) comme un instrument anti-spéculatif robuste, comme les autres logements publics (LLS),les BRS ont trouvé avec la loi ELAN une vocation « inattendue » (bien que compatible avec leur vocation initiale) : remplir les quota SRU tout en faisant le moins possible de LLS. Les élus se sont rués sur cette possibilité. Les premiers BRS ont été livrés en 2021, et il y a eu dès 2022 une dérive considérable en ce sens à la CAPB, avec plus de BRS que de LLS.
On peut dire que les BRS sont des logements semi-publics, où le foncier est public et le bâti privé.
Ce n’est pas le cas d’une catégorie qui fait fureur à Bayonne, l’accession « maîtrisée », parfois même présentée aussi comme « sociale », bien qu’entièrement privée. Elle n’entre pas bien sûr dans les quotas SRU, c’est une sorte de catégorie administrative qui existait déjà dans le PLU bayonnais en 2007, où elle est assimilée à l’accession sociale dans les typologies de construction
Elle est au coeur de la fameuse charte (voir plus loin)
Mais avant d’en venir à cette charte, il faut s’arrêter un moment sur les modifications demandées par le conseil municipal de Bayonne à la première version du PLH 2021-2026, qui ont eu le mérite d’éclairer la réalité de la politique municipale du logement.
CONSEIL MUNICIPAL DU 9 DECEMBRE 2020
Le projet de PLH est adopté le 01/02/2020 par le conseil de la CAPB, pour être soumis à tous les conseils municipaux. Il est le fruit de deux ans de travail entre élus, organismes, bureaux d’études. Il définit des préconisations pour 5 ans : équilibres entre villes, niveau de construction, typologies, etc.
Même s’il est président de la CAPB, Etchegaray n’apprécie pas les préconisations pour sa ville et propose de les modifier.
Le PLH préconisait une diminution du rythme annuel de constructions neuves (en général pour la CAPB, mais accentuée à Bayonne) : de 759 à 435. Refus du conseil, qui opte pour le chiffre de 500 logements neufs.
Le PLH préconisait 43 % de logements sociaux, de manière à remonter le quota SRU à 28 %. Le conseil demande à limiter le taux à 35 %, suffisant pour garantir le quota de 25 %.
Le PLH proposait, dans les LS, au moins 25 % de PLAI et 35 % de PLUS, et au plus 40 % de BRS et PLS. Le conseil demande de réduire la part obligatoire des PLAI à 15 %, celle des PLUS à 30 %, et donc d’augmenter les BRS et PLS à 55 %. Le locatif PLS et l’accession BRS sont destinés aux classes moyennes.
Le conseil propose aussi « un soutien plus conséquent » pour les BRS en raison de leur robustesse « antispéculative », oubliant que le locatif social, étant 100 % public est tout autant antispéculatif. Il regrette aussi que le PLH reste muet sur les PLI (prêt locatif intermédiaire) destiné aussi aux revenus un peu supérieurs aux plafonds du PLS. Et de plus, regrette l’abandon de la notion « accession à prix maîtrisés ».
Difficile d’être plus clair sur la politique de l’habitat pour Bayonne. La version finale du PLH, adoptée par le conseil de la CAPB le 02/10/2021, reprendra les modifications voulues par Bayonne.
CHARTE DE « MIXITE SOCIALE »
Sans surprise, c’est ce que l’on retrouve dans la « Charte »dite « de mixité sociale » votée lors du dernier conseil municipal le 5 avril, et bientôt disponible sur le site de la ville. L’intention officielle est de faire de Bayonne un « laboratoire d’expérimentation d’un travail partenarial en faveur du logement accessible ». Cela concerne le parc ancien autant que la construction neuve, pour laquelle trois objectifs sont définis dans la délibération votée :
1- « produire plus de logement social afin de maintenir un taux de plus de 25 % ». On reste donc dans l’optique du minimum de LS nécessaire pour ne pas sortir du quota SRU, on n’est pas dans le développement d’une offre adaptée aux besoins de la majorité de demandeurs de logements. A noter aussi, un autre chemin évoqué pour l’accession à la propriété : l’accession directe, c’est-à-dire la vente en VEFA de logements construits par un bailleur social (avec de multiples conditions et plafonds bien sûr)
2- « développer une offre de logement en accession maîtrisée, à destination des ménages modestes, dont les revenus sont en-deçà des plafonds du LS ». C’est d’un cynisme à toute épreuve : quand on est en deçà des plafonds, on peut rêver d’être propriétaire (c’est d’ailleurs aussi la pub d’Alday pour le Prissé) à 4200 euros du m² ! C’est dans la délibération, mais le texte de la charte elle-même dit l’inverse : l’accession maîtrisée est faite pour « encourager les ménages aux revenus intermédiaires, non éligibles au LS à s’installer durablement » à Bayonne. Comprenne qui pourra.
3- « favoriser l’installation pérenne des ménages sur Bayonne » : c’est la clause des 95 % de résidences principales, mise dans la charte ; on en verra plus loin les limites.
LES DEUX VOLETS DE LA CHARTE
*** Le premier volet (parties 4 et 5 de la charte) expose de manière détaillée la modification simplifiée du PLU qui reste à venir au terme d’une « mise à disposition du public » et d’un vote des conseils de la CAPB et de la ville. « Simplifiée » signifie qu’il n’y a pas d’enquête publique, contrairement aux modifications ordinaires.
J’aurai donc l’occasion d’y revenir en détail quand la modification simplifiée passera au conseil. Disons dès maintenant que cela augmente légèrement les obligations de construction des LLS et des AS selon les mêmes secteurs de la ville que précédemment, et que cela y ajoute l’obligation de 30 % d’accession « maîtrisée ». Egalement, cela crée une nouvelle catégorie, les projets d’ensemble ou les plus de 50 logements, où se renforce l’obligation de LS (au moins 30 % de LLS et 15 % de BRS), avec seulement un minimum de 15 % de « maîtrisée ».
C’est ce qu’on retrouve déjà, ou presque, dans le grand projet du Prissé présenté par HSA dans Sud Ouest le 25 janvier dernier : 350 logements, avec 45 % de LS (158). 192 logements sont confiés à Aday, avec 15 % (53) en « maîtrisée ». Mais la proportion LLS/BRS figurant dans l’article n’est pas celle figurant dans le futur PLU : 20 % de LLS contre 25 % de BRS, et non 30 %/15 %. On peut supposer que HSA rectifiera…
In fine, il s’agit bien de « répartir la diversité sociale » comme l’affiche la charte : une politique de peuplement en faveur des revenus intermédiaires et non pas en faveur des milieux populaires, très majoritaires dans notre ville
Les signataires de la charte s’engagent à respecter le PLU modifié, c’est bien le moins. Il n’y avait pas besoin de charte pour cela.
*** Le deuxième volet, c’est la démarche « urbanisme négocié », a priori tout-à-fait respectable et même souhaitable. Toute la sixième partie de la charte y est consacrée : « le bien-vivre ensemble ». Qualité architecturale urbaine et paysagère, concertations, bien—être chez soi, adaptation à l’environnement et au changement climatique … la liste est déjà longue, et on suppose que cela concernera aussi la phase chantier (ce n’est pas précisé) et la phase post-livraison. Un livret complémentaire est annoncé pour accompagner sur ce volet les porteurs de projet.
Mais, dans la charte, ce qui semble justifier l’affichage « urbanisme négocié », c’est plutôt la septième partie, les « étapes du projet, très détaillées, depuis la prospection foncière (« confidentielle ») jusqu’à l’évaluation de l’opération après toutes les livraisons. Toute une machine administrative, procédurière, est ainsi explicitée, sans qu’on puisse parler d’une nouveauté radicale par rapport à l’existant.
AUSSI DANS LA CHARTE
Il reste que, même si des processus de suivi et d’évaluation régulière (tous les ans) sont prévus, y compris des certifications par des notaires, cette charte « n’a pas de valeur réglementaire ni contractuelle, c’est-à-dire qu’elle n’est pas opposable. Elle ne repose que sur « le renforcement du dialogue entre partenaires ».
Par exemple, les opérateurs s’engagent à ce que 95 % de leurs acheteurs en fassent pendant 10 ans leur résidence principale. 10 ans, c’est court pour un investissement immobilier, mais il paraît que c’est la durée maximale juridiquement tenable. Une clause qui n’a pas de valeur réglementaire…
Reste une question : qu’est-ce qui peut pousser des opérateurs comme Alday, Bouygues, Nexity et autres Kaufmann & Broad à signer une telle charte, où les prix de vente sont limités pour une partie des logements construits : les bonnes relations avec la ville pour éviter blocages et ralentissements de leurs projets ? La communication (Alday et Aedifim le font déjà) ? Les difficultés de commercialisation qui se profilent, avec l’inflation, l’augmentation des coûts de construction et la baisse de la solvabilité des aspirants propriétaires ? Ou enfin des « prix facilitateurs » du foncier vendu par la ville ?
Dans un autre domaine que l’habitat, le projet d’installation de trois entreprises de l’agroalimentaire basque quai Resplandy à Bayonne, tel que décrit dans Sud Ouest du jeudi 13/04/23, illustre bien ce processus, que la ville dit « vertueux » : du foncier acheté dans les années 1990, vendu à un prix fixé par les Domaines (et donc loin des prix spéculatifs actuels), en contrepartie de clauses anti-spéculatives.
Il y a donc bien un intérêt réciproque entre la ville – qui veut développer la construction pour les classes moyennes – et les promoteurs qui peuvent accéder à du foncier public « facilité » dans le cadre d’opérations publiques.
Patrick Petitjean, 13 avril 2023, révisé le 28 mai
Glossaire
AS : Accession Sociale
BRS : Bail Réel Solidaire
CAPB : Communauté d’Agglomération du Pays Basque
COL : Comité Ouvrier pour le Logement (bailleur social)