Le Piment bayonnais, 3 ans déjà. Stop ou encore ? Augmenté ?

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Nouveau : On peut joindre le piment bayonnais pour proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Ce blog, Le Piment bayonnais a été lancé en mars 2023, déjà plus de 3 ans. Alors que la ville de Bayonne est repartie pour 7 ans de pouvoir des mêmes notables conservateurs, c’est l’occasion de faire un bilan de ce que ce blog a pu apporter, et de réfléchir à sa nécessaire transformation pour l’adapter aux nouveaux contextes, locaux et nationaux. Comment le faire évoluer pour améliorer et augmenter son impact. Comment élargir son équipe de rédaction, et les sujets abordés ? On y reviendra sous peu.

A propos

Sous ce titre, le premier article publié (encore accessible sur la page du blog) présentait ainsi le projet :

« Il y a une absence à Bayonne, celle d’un media d’opinion clairement engagé du côté de l’écologie, de la démocratie et de la solidarité, un media qui prend parti sans être partisan, un media qui anime modestement la vie politique locale en rupture avec le conformisme ambiant » (…)

« Un blog pour contribuer modestement à l’information et aux débats sur la vie locale, à l’analyse et au décryptage de la politique municipale, au repérage des stratégies et dynamiques à l’oeuvre où se dessine déjà le futur préparé par notre caste dirigeante ».

« Un blog pour pimenter – c’est son titre – la « soupe politique » locale qui nous est servi par un milieu politique conservateur. « étouffe-citoyen.ne » même, où les connivences sont anciennes et nombreuses entre les différents milieux politiques, économiques, sportifs ou professionnels ».

Tous les articles publiés sont archivés sur la page globale du blog, dans l’ordre inverse de leur publication.

Statistiques

Depuis l’origine, 130 billets ont été publiés, soit une moyenne de 3,4 par mois. 10 957 personnes sont venues sur le blog, et ont consulté 15 109 articles.

On peut remonter au détail de ces chiffres pour différentes périodes : les billets les plus consultés, les modes d’accès au blog, la localisation des villes, et des pays, où s’est faite la connexion au blog.

Il y a deux modalités d’accès aux billets : soit directement avec leur adresse sur wordpress, soit par la page du blog où sont conservés tous les articles dans l’ordre inverse de leur parution. C’est pour cela que le site « lepimentbayonnais » figure au milieu des billets les plus consultés.

A chaque parution de billet, la pub en était faite en mettant l’adresse sur X et sur Facebook. Avec le boycott de X, il n’est resté que Facebook ; la consultation est donc très dépendante de l’effet amplificateur des partages. L’évolution se voit dans les modes d’accès selon les périodes. Au fil du temps, les moteurs de recherche ont pris une place de plus en plus importante (même si ma stratégie de référencement est « primaire »).

J’ai fait des saisies d’écran sur 3 périodes, dépendant de la manière dont WordPress construit les statistiques : la première année, 2023 ; les années suivantes, de janvier 2024 au 26 mai 2026 ; le dernier mois, du 27 avril au 26 mai 2026. Cela concerne un tableau avec les visites et leurs origines, et un tableau avec les villes de connexion (sauf pour 2023).

L’année 2023

1 521 visiteurs, soit un peu plus de 30 par mois en moyenne et 2 169 vues. Le lancement est poussif, avec une faible communication (Facebook et Twitter)

L’essentiel des accès au blog se fait à partir de Facebook. Les billets les plus consultés sont très divers – mais sans doute est-ce le reflet de la diversité des sujets abordés. Sur les 10 premiers, 4 concernent l’urbanisme à Bayonne, 3 les Fêtes et 2 une occupation pour la sauvegarde de terres agricoles.

Les trois dernières années, du 1.1.24 au 26.5.26

En 2024, 1 901 visiteurs et 2 622 vues, mieux qu’en 2023, mais pas tant que cela. En 2025, 4 927 visiteurs et 6 726 vues, cela décolle, on se rapproche des élections municipales. En 2026 (au 26 mai), 2 608 visiteurs et 2 119 vues.

Une dominante renforcée pour l’urbanisme (logement et aménagement), pour son traitement politique par la ville (conseils municipaux, enquêtes publiques) ou les projets eux-mêmes : au total 7 billets sur 10. L’accès au blog et aux billets se fait de manière équivalente entre les moteurs de recherche (Google) et le « guidage » via ma page Facebook (j’ai quitté Twitter).

En dehors de la page globale du blog, deux articles arrivent largement en tête : l’extension de la clinique Belharra pour un institut du sport, qui camouflait un hôtel de tourisme, avec 884 vues – une dénonciation d’Alday comme requin immobilier, avec 787 vues (billet qui continue régulièrement à être vu, au contraire du « camouflage »). Puis l’artificialisation du domaine de Lana, les « cachotteries » (augmentation de la taxe d’aménagement à Citadelle / Laharie), la mort de la cité populaire Citadelle, l’enquête publique du Sequé 4, le projet Rive Droite de l’Adour, l’occupation de l’ancienne Atalante.

Au fin fond de la liste des 130 articles, les bides, le record étant deux billets au cours de la campagne électorale, avec 4 vues chacun seulement (les droits de l’enfant et le droit d’interpellation)

Difficile de savoir où les Bayonnais.e.s voyagent ou s’exilent. Derrière Bayonne, il y a Paris, puis les principales villes de Nouvelle Aquitaine. Mais la fonction « localisation » est-elle toujours bien activée au bon endroit ?

A noter que les deux premières villes étrangères identifiées pour les connexions sont Dublin (98) et Ashburn (61) en Virginie (USA), hauts lieux des entreprises de la Tech. Ashburn est considérée comme la capitale des datas centers : cela ressemble à de l’aspiration de données pour l’IA.

Les 30 derniers jours, du 27 avril au 26 mai 2026 : la popularité persistante d’Alday

Google et facebook continuent à être les voies privilégiées d’accès aux articles.

585 visiteurs et 720 vues pour ces 30 jours, où se détachent un seul article : la chronique municipale partiale n°3, avec 270 vues (en 20 jours), la n°2 ayant moins percuté : présentation différente ? Avec toujours Alday parmi les plus vus…

Parmi les 10 premiers articles consultés, il y a 6 articles anciens, datant de 2025, voir de 2024. En premier lieu, l’article sur Alday, requin de l’immobilier, publié en août 2025. Faut-il y voir le produit d’une recherche google sur les avis concernant Alday par des personnes cherchant à acheter un logement ? Parmi les autres articles anciens consultés, on trouve Stérin et ses plus belles fêtes (août 2025), Bouygues et Nexity (octobre 2025), la forêt humide du Habas (mai 2025), la mort de la citadelle (février 2025), l’avis défavorable de l’enquête publique sur le Sequé 4 (janvier 2024). Et dans les suivants, l’enquête publique sur l’extension de Belharra (juin 2025), l’ancienne Atalante (octobre 2025) ou le débat sur le Sequé 4 au conseil municipal (février 2024).

Pas de différences notables avec le tableau « 3 ans ». Ashburn apparaît encore 7 fois

Et aussi

Pour les pays étrangers, on voit le bruit de fond du système internet mondialisé. Mais pour les USA qui émergent significativement, quelle interprétation ?

Contribuer aux débats politiques bayonnais : l’ambition initiale a été partiellement remplie, mais avec une concentration de fait sur des thèmes plus concentrés (critiques de la politique municipale concernant aménagement, logement,…). Cela semble avoir induit un socle « spécialisé » de lectorat, tout en limitant sans doute l’intérêt du blog. Pour durer, le blog va se transformer, en premier lieu en construisant un véritable comité de rédaction doté d’une charte éditoriale. Un Piment « augmenté » avec l’intelligence (collective, cela s’entend). Cela vous intéresse ?

Patrick Petitjean, 31 mai 2026

Rappel : Tous vos commentaires, toutes vos remarques et critiques sont bienvenues : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Batera. Le chemin fragile vers une CTSP basque

La plate forme Batera était entrée en sommeil après la création de la CAPB en 2017. Elle en avait, en grande partie, porté le projet. Elle a été relancée, il y a un an, dans l’objectif de la faire évoluer vers une Collectivité Territoriale à Statut Particulier (CTSP) dotée de compétences plus larges, notamment dans le domaine social. Elle a tenu son assemblée générale le 9 mai. Malgré les incertitudes politiques hexagonales pour 2027, et en dépit (ou paradoxalement en raison) de l’élection d’Alain Iriart à la présidence de la CAPB, cette perspective s’est compliquée depuis un an.

Retour sur l’avant CAPB

Batera est une plate forme lancée en 2002 autour de 4 objectifs : co-officialisation de la langue basque, création d’un département Pays basque, d’une chambre d’agriculture et d’une université de plein exercice. Sa charte a été signée par 110 associations, syndicats et mouvements représentant ainsi une large partie de la société civile du Pays basque. Malgré une campagne très active, seule la chambre d’agriculture verra une avancée importante, avec EHLG.

En 2010, les départements étant en perte de vitesse, Batera fait évoluer la demande d’un département basque vers celle d’une Collectivité Territoriale à Statut Particulier, CTSP. En 2015, profitant de l’opportunité de la loi NOTRe (qui revoit les compétences des Régions et des Intercommunalités notamment), le Gouvernement contre-propose encore autre chose : la création d’une « super-intercommunalité », regroupant toutes les intercommunalités du Pays basque. Les oppositions et les réserves ont été nombreuses, à droite de l’échiquier politique, mais aussi dans la partie le plus jacobine de la gauche. Batera s’est engagée dans le processus qui a mené à la création de la CAPB en 2017.

A l’approche de son 10e anniversaire, la CAPB n’est plus remise en cause, du moins ouvertement. Mais quant à la faire évoluer avec davantage de compétences, c’est une autre affaire.

Batera en recherche d’une nouvelle dynamique

Espelette 2025 Photo de groupe

Pour la refondation de Batera le 10 mai 2025, tous les « historiques » étaient de nouveau présents. Une nouvelle démarche définie : ne pas relancer un projet de département basque, mais s’inscrire dans la continuité de la CAPB, pour aller vers une CTSP en agrégeant de nouvelles compétences. La référence majeure était la métropole de Lyon, constituée en ajoutant les compétences départementales à celles de l’intercommunalité. Une équipe pilote a été reconstituée, rassemblant toutes les sensibilités politiques.

Devant la CAPB

L’assemblée du 9 mai 2026 à Itsasu a été l’occasion de dresser le bilan d’une année intense de réactivation et de renouvellement, rythmée notamment par un forum le 22 novembre pour imaginer une future CTSP basque, et par un travail de sensibilisation auprès des candidat.e.s aux élections municipales et communautaires. Plus que jamais, cette perspective apparaît comme pertinente.

L’objectif est d’aller vers une majorité sociale et une majorité politique, en s’appuyant sur le 10e anniversaire de la CAPB

Les diapos de l’AG sont ici : https://plateformebatera.org/une-annee-de-refondation-reussie-qui-confirme-la-pertinence-du-projet/

110 personnes étaient présentes à Itsasu, presque autant qu’à Espelette l’année précédente. Le nouveau président de la CAPB, Alain Iriart était là, ainsi que les 3 députés. Mais pas son prédécesseur. Certains de ses proches, comme Martine Bisauta et Joseba Erremundeguy, pourtant membres du groupe pilote étaient aussi absents.

Itsasu 2026 Photo de groupe

Autre problème, pouvant interroger sur la dynamique : aux côtés de l’animatrice, la dizaine d’intervenants qui ont défilé à la tribune étaient tous des hommes.

Les débats ont fait apparaître une forte demande de membres de la société civile quant à la place à accorder aux structures non institutionnelles dans la dynamique pour une CTSP basque, et surtout, leur place dans la nouvelle institution, à l’instar de celle occupée par le Conseil de Développement dans l’actuelle CAPB. Il a été remarqué que la métropole de Lyon tenait la société civile à l’écart. Batera devra composer avec une certaine méfiance envers les institutions officielles.

Ce qui peut favoriser l’évolution vers une CTSP basque

L’heure était à l’optimisme, avec plusieurs éléments favorables dans la conjoncture actuelle.

En premier lieu, la question du « social » est au coeur des attentes des habitants, à tous les niveaux institutionnels. Cela s’est vu lors des élections municipales. La CAPB a peu de compétences en la matière. Les élargir, en transférant celles du conseil départemental, semble donc particulièrement pertinent : pour être plus près des habitants et plus en cohérence avec d’autres politiques publiques. Egalement, une CTSP pourra accroître ses compétences en matière de santé, d’enseignement supérieur, des enjeux climatiques et énergétiques. Enfin, elle pourra gérer les fonds européens, essentiels en matière d’agriculture et de développement rural.

Autre élément favorable, l’expérience de la Métropole de Lyon depuis 2020, construite sur le regroupement des compétences départementale et communales. Pour mémoire, la CABP était limitée, comme toute interco, au bloc de compétences communales dont elle avait pris le maximum possible.

Troisième éléments favorable, le contexte hexagonal semble propice avec ses nombreux chantiers législatifs en cours, concernant la Corse, Mayotte, le Grand Paris, et l’Alsace notamment, sans oublier la Kanaky. Des transferts sont envisagés, ou en cours entre les différents niveaux institutionnels, comme le montre le tableau ci-dessous.

Les différentes compositions de compétences selon les CTSP

Le chantier de la décentralisation et de l’organisation des collectivités est relancé au niveau parlementaire. La fenêtre politique s’ouvre pour des évolutions institutionnelles.

L’exemple alsacien en est la démonstration : discutée à l’Assemblée nationale, l’évolution du statut de la Collectivité Européenne d’Alsace montre qu’une voie parlementaire est atteignable malgré l’absence de majorité gouvernementale. Dans ce contexte, le Pays Basque Nord apparaît en retard. Il y a urgence à organiser un débat territorial impliquant l’ensemble des acteurs du Pays Basque Nord.

… Mais des oppositions qui risquent d’être plus fortes qu’en 2015

Dans un contexte où les départements semblent institutionnellement (mais pas financièrement) plus en forme qu’il y a 10 ans, l’hostilité de Jean-Claude Lasserre (MODEM), président du conseil départemental ne surprend : moins que jamais, il accepte d’abandonner des prérogatives au profit de la CAPB. D’autant plus que le « social » est un domaine propice au clientélisme. D’autant plus encore que le nouveau président de la CAPB est un abertzale.

Itsasu 2026

Nicolas Patriarche, le maire LR de Lons, s’est expliqué dans une entretien récent avec Sud Ouest sur ses multiples raisons pour rejeter la perspective d’une CTSP :

« Le basculement abertzale de l’Agglomération basque vous inquiète-t-il ? »

« Ce n’est pas un très bon signal mais ce vote est-il seulement un vote d’adhésion aux thèses abertzale ? En posant la question, j’y réponds à moitié. Il y a des ressorts qui sont peut-être plus compliqués que cela. Cette énorme intercommunalité connaît des tiraillements entre le littoral, les villes dites riches et le Pays basque intérieur. Nous verrons le fonctionnement au quotidien. J’ai vu que les équilibres étaient respectés dans la répartition des vice-présidences. Mais les revendications de certains font peser de lourdes questions sur l’avenir et l’unité des Pyrénées-Atlantiques. On a l’impression qu’au Pays basque, on franchit chaque fois un petit palier supplémentaire. Cela m’inquiète parce que je suis attaché à l’unité de notre département ».

Autre élément défavorable qui peut faire converger réticences et oppositions, la question de l’élection des membres du conseil de la CTSP au suffrage universel, obligatoire. Sous couvert de défense des petites communes, ces réticences avaient déjà été exprimées par plusieurs élus, dont Jean-René Etchegaray, attachés aux relations directes (et fortement clientélistes) entre le président et les maires. La question des relations entre les grosses et les petites communes se pose dans toutes les intercos, mais le suffrage direct (vieille revendication de la gauche) la rend plus sensible. Elle a été prise en considération dans la structuration de la Métropole de Lyon.

Il faudra suivre de près l’implication, ou non, des amis de l’ancien président de la CAPB dans le processus Batera. Leur absence le 9 mai était-elle seulement conjoncturelle ?

Enfin, si le contexte hexagonal est fait de réformes institutionnelles, jusqu’où est-ce propice pour une CTSP basque ? Le départ de l’Alsace de la région Grand Est a provoqué retour de flamme des jacobins de toute obédience. Blanquer, en particulier, qui avait sans doute oublié que l’Alsace formait une région à part entière jusqu’à la création des « grandes régions » supposées concurrencer les länder allemands, y a vu une « dérive différentialiste qui menace l’unité de la République ». Alors, pour le Pays basque, on imagine les discours enflammés pour s’opposer à une CTSP…

Avec le nouveau président de la CAPB

Quelles vont être les conséquences de l’élection d’Alain Iriart comme président de la CAPB ? Le raidissement de la droite était prévisible, comme celui de l’ancien président. Mais c’est l’agenda avancé par l’abertzale lors de sa candidature, qui va marquer, à court et moyen terme l’évolution de la CAPB dans un sens très consensuel. Très loin de l’autoritarisme vertical de son prédécesseur. Cela ressort aussi de la mise en place des instances de la CAPB, avec un équilibrisme compliqué qui a pu en décevoir certain.e.s..

Pendant la campagne électorale, les demandes de Batera envers les candidat.e.s étaient pressantes : lancer la réflexion sur l’évolution institutionnelle dès le début du mandat ; nomination d’un.e élu.e en charge de cette question ; mise en place d’une commission de travail ; des moyens pour cette politique ; et lancement d’une étude juridique et technique.

Mais pour le nouveau président, le chantier prioritaire à lancer est celui de la décentralisation du pouvoir politique et des services de la CAPB vers les 10 pôles territoriaux. Pas sûr que l’évolution institutionnelle de la CAPB relève de l’urgence pour Alain Iriart, même si, tôt ou tard, ce sera un sujet de son mandat.

Et si finalement, cela laissait un temps bienvenu pour approfondir le projet de CTSP basque et l’enraciner dans la population ?

Patrick Petitjean, 19 mai 2026

Instaurer le droit d’interpellation citoyenne à Bayonne

Le droit d’interpellation : c’est une notion qui commence à se frayer un chemin dans le débat public à l’occasion de ces municipales. Il permet aux habitant·es, associations et collectifs d’interpeller directement les élu·es et les services, par pétition, avec l’engagement d’une réponse institutionnelle concrète. Il ne s’agit pas d’un outil consultatif supplémentaire, mais d’un dispositif qui redonne du pouvoir d’agir et rompt avec la logique de la consultation “impuissante”. Il vise à sortir d’une invocation abstraite du RIC en proposant des modalités concrètes, déclinées localement.

La revue Mouvements a publié fin 2025 un recueil d’articles pour en détailler les enjeux, sous le titre : « Démocratie d’interpellation, les contre-pouvoirs au service de la République ». Les articles insistent sur cette notion de « contre-pouvoir », qui fait toujours peur aux élu.e.s. Le mouvement associatif, les syndicats, et plus largement la société civile, sont des contre-pouvoirs indispensables à la vie démocratique.

Le 10 février, le journal Le Monde a publié un article sur les pétitions « angle mort de la vie politique française » pour réhabiliter cette forme de prise de parole et analyser ses développements récents : de la pétition contre la oi Duplomb à la mise en place du « droit d’interpellation » dans différentes communes, en passant par la revendication du RIC

Pendant la mandature actuelle, les villes de Grenoble et de Poitiers, notamment, ont commencé à l’expérimenter, en liaison avec les Maisons d’habitant.e.s.

https://www.poitiers.fr/le-droit-dinterpellation

Ce dispositif peut permettre de redonner du pouvoir d’agir aux habitant.e.s, bien davantage que les dispositifs plus traditionnels de consultation, ou de conseils de quartier. Comment dépasser les formes décevantes de participation citoyenne, peu efficaces, et s’adressant toujours aux mêmes petites minorités ?

L’appui sur un réseau de Maisons d’Habitant.e.s, ou maisons de la citoyenneté, au plus près des habitant.e.s, est essentiel : cela permet d’accueillir les pétitionnaires, de les accompagner pour rechercher des signataires, d’assurer le suivi de la réponse institutionnelle à laquelle les élu.e.s s’engagent. Plus largement, ces Maisons ont la fonction et d’accompagner toutes les initiatives citoyennes, venant s’associations et de groupes informels. Ce nouveau droit ne peut être mis en œuvre sans ces Maisons d’habitant.e.s.

S’inspirant de ces expériences, Bayonne en Mouvement a retenu l’instauration du droit d’interpellation comme un élément de sa mesure phare sur les Maisons d’Habitant.e.s.

Elle est présentée dans le programme détaillé sur le site de la liste :

Le droit d’interpellation permet à toute citoyenne ou tout citoyen d’interpeller les élues et élus pour mettre un sujet à leur agenda de manière directe. C’est une possibilité supplémentaire de s’investir dans la démocratie locale et dans la décision municipale. Les Maisons de quartier serviront de point d’appui pour mettre en œuvre ce droit.

Pour saisir la mairie sur un sujet qu’il juge prioritaire, un.e habitant.e peut prendre l’initiative d’adresser une pétition à la municipalité. Le droit d’interpellation garantit une réponse formalisée à la demande par la municipalité. Selon le nombre de signatures de la pétition, il y a plusieurs niveaux de demandes, et de réponses, possibles, en ordre croissant :

  • 1- Rencontre sur le quartier entre les habitants (au-delà des pétitionnaires) et les élu.e.s concerné.e.s
  • 2- Constitution d’un atelier de travail sur le sujet
  • 3- Débat au conseil de quartier, pour porter une question orale au conseil municipal
  • 4- Inscription à l’ordre du jour du conseil municipal
  • 5- Tenue d’une assemblée citoyenne (ville entière ou agglomération)
  • 6- Organisation d’une votation citoyenne

(sous titre) L’appel : POUR LES MUNICIPALES 2026 : INTÉGRER LA DÉMOCRATIE D’INTERPELLATION

L’appel complet reproduit en entier ci-dessous, et est aussi ici :

L’institut Alinsky, qui en est l’initiateur, a été lancé par des chercheurs, des professionnels de la participation citoyenne et des community organizers praticiens de cette méthode en France depuis 2010. Il organise de nombreuses formations et débats sur ces sujets. Voir : https://alinsky.fr/

Il a été rejoint, pour cet appel, par le réseau « Pas Sans Nous », constitué après les révoltes de 2005 après le rapport Mehmache / Bacqué. Aujourd’hui, il joue le rôle de syndicat des quartiers populaires. https://passansnous.org/

Ont rejoint également l’appel le Collectif des Associations Citoyennes (CAC), partie « gauche » du mouvement associatif, et l’observatoire des libertés associatives.

https://www.associations-citoyennes.net/

La crise démocratique actuelle n’est pas le fruit d’un manque d’expression citoyenne, mais d’une surdité sélective des institutions qui refusent d’accueillir le conflit social. Face à la montée d’un néolibéralisme autoritaire qui marginalise les voix discordantes et répond aux contestations par la répression plutôt que par le débat, il devient urgent d’organiser politiquement la conflictualité sociale produite par les inégalités. La démocratie participative classique, pensée comme une offre institutionnelle descendante, n’est pas parvenue à résorber cette faille démocratique. 

PROTECTION ET PROMOTION DES LIBERTES ASSOCIATIVES

L’hypothèse stratégique de la démocratie d’interpellation est claire : le changement social se construit à l’articulation entre le renforcement des contre-pouvoirs citoyens et la capacité des institutions à accueillir ces dynamiques. Associations, collectifs et syndicats d’habitants y jouent un rôle aussi essentiel que les partis dans la démocratie représentative. 

En intégrant concrètement ces dispositifs à votre politique publique locale, vous faites de votre commune un espace de protection et de promotion des libertés associatives, un lieu où le conflit devient une force démocratique plutôt qu’un problème à neutraliser.  

1. Reconnaître et garantir les droits d’interpellation citoyenne 

Mettre fin à la résignation démocratique 

Les mobilisations citoyennes s’essoufflent et s’éteignent faute de débouchés institutionnels formels. Le droit d’interpellation permet aux habitant·es, associations et collectifs d’interpeller directement les élu·es et les services, par pétition, avec l’engagement d’une réponse institutionnelle concrète. 

Il ne s’agit pas d’un outil consultatif supplémentaire, mais d’un dispositif qui redonne du pouvoir d’agir et rompt avec la logique de la consultation “impuissante”. 

Des paliers qui forcent le dialogue et la décision 

Les droits d’interpellation doivent être organisé en paliers progressifs. L’atteinte de seuils de signatures ouvre automatiquement des droits spécifiques : 

  • Dialogue structuré et reconnaissance institutionnelle 

L’ouverture d’une médiation garantit un espace formel de dialogue entre le collectif porteur, l’administration et les élu·es. Des expériences locales ont montré que ces médiations peuvent déboucher sur des transformations concrètes, y compris sur des sujets conflictuels comme l’aménagement du territoire ou l’usage des pesticides. 

  • Accès à la contre-expertise citoyenne

Le franchissement de ce seuil permet l’accès à un financement pour réaliser une contre-expertise juridique, environnementale ou sociale. 

  • Mise à l’agenda d’un sujet en conseil municipal et débat public  

L’atteinte d’un seuil supérieur garantit l’inscription automatique du sujet à l’ordre du jour du conseil municipal, permettant un débat public. Ce format permet d’enrichir les espaces de discussion politique déjà existants plutôt que de créer des espaces de consultation parallèles. 

  • Initiative décisionnelle (RIC local) 

Pour les sujets majeurs, le Droit d’Interpellation doit pouvoir déboucher sur un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) local, avec un seuil accessible. La simple existence de cette possibilité oblige les élu·es à anticiper les référendums et à mieux prendre en compte l’avis des citoyen·nes dans leurs décisions. 

Reconnaître formellement le droit d’interpellation implique également de garantir le droit de réunion et l’accès effectif aux salles municipales pour les collectifs, y compris contestataires. C’est un choix politique clair : démocratiser les lieux où se prennent réellement les décisions, plutôt que multiplier les dispositifs sans transfert de pouvoir. 

Cette logique de paliers n’a de sens que si les seuils de pétition sont maintenus à un niveau bas. C’est une condition essentielle pour garantir l’accessibilité effective du droit d’interpellation, en particulier pour les petits collectifs et pour les personnes dont les conditions de vie sont déjà fortement contraintes et qui disposent de peu de ressources pour organiser des mobilisations de masse. Des seuils trop élevés rendent les procédures les plus ambitieuses, notamment le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) local, peu crédibles et, in fine, peu utilisées. Surtout, des seuils hauts favorisent mécaniquement les groupes les plus puissants et les mieux structurés, renforçant les inégalités politiques au lieu de les réduire. Abaisser ces seuils est donc une condition démocratique, permettant l’organisation régulière de référendums locaux et affirmant que la légitimité des revendications ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes mobilisées. 

Quant au quorum de participation ou d’approbation lors du vote référendaire, nous proposons de se limiter à la majorité simple des suffrages exprimés. C’est le cas en Suisse, où une votation est  acceptée si la majorité simple des votants est atteinte, alors qu’en France par exemple le résultat du référendum local n’est mis en œuvre que si plus de 50 % des électeurs ont voté.

2. Créer un Fonds d’Interpellation Citoyenne 

Sécuriser l’indépendance financière des contre-pouvoirs locaux. 

Le financement associatif actuel, principalement orienté vers l’allocation de services, s’inscrit dans une conception délégataire de l’action publique qui cantonne la vie associative à l’exécution de politiques publiques. Cette logique encourage la dépendance financière et l’autocensure des associations critiques, qui craignent la suppression arbitraire de leurs subventions. Elle affaiblit ainsi structurellement les contre-pouvoirs citoyens. 

La création d’un Fonds d’Interpellation Citoyenne est un outil budgétaire et politique indispensable pour garantir l’indépendance financière des acteurs qui jouent un rôle démocratique fondamental. Ce fonds représente une part marginale du budget municipal, mais un levier majeur de légitimité démocratique et de prévention des conflits. 

On peut distinguer 3 fonctions indissociables :

Soutenir l’organisation collective de terrain 

Donner les moyens d’aller à la rencontre des habitant·es les plus éloigné·es des institutions, de faire émerger les colères, de structurer des revendications collectives. 

Financer les campagnes d’interpellation

Rembourser les dépenses liées aux mobilisations citoyennes (matériel, communication), sur la base de critères transparents et objectifs, par exemple en fonction du nombre de signatures recueillies, sur le modèle du financement public des partis politiques. 

Financer la contre-expertise citoyenne

Le financement d’expertises indépendantes permet aux collectifs d’étayer leurs propositions, de contester efficacement les projets officiels et de produire leurs propres savoirs sur la santé, l’environnement, l’aménagement ou la justice sociale. 

Pour garantir l’indépendance et la transparence de cet outil, le fonds peut être géré par une instance pluraliste, associant élu·es, technicien·nes et citoyen·nes, afin de limiter le clientélisme et l’autocensure. 

Patrick Petitjean, 1er mars 2026

L’appel « pour une écologie de rupture »

Un appel « à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture » a été lancé fin janvier à l’occasion des élections municipales par une cinquantaine de militant.e.s du parti « Les Ecologistes » récusant l’alliance prioritaire avec le PS au niveau national mais surtout dans plusieurs villes où traditionnellement, l’autonomie des Verts était la règle, comme à Paris. L’écho de cet appel (700 signataires à ce jour), et la violente réaction de la direction du Parti, montrent l’ampleur de la crise de l’écologie politique.

J’ai signé cet appel, que je reproduis en entier à la fin de ce billet, et qu’on peut trouver ici : https://blogs.mediapart.fr/un-ensemble-de-militant-es-ecologistes/blog/260126/municipales-2026-la-social-ecologie-preferons-l-ecologie-de-rupture?xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260126-210930&M_BT=255339085941

Le bureau politique des Ecologistes n’a voulu voir dans cet appel qu’une manipulation de LFI et quelques brebis égarées : il s’agirait « d’une démarche externe organisée en lien avec la direction de la France insoumise et des candidats sur les listes insoumises aux municipales qui se présentent contre celles soutenues par nos groupes locaux, et articulée avec quelques opérations de débauchages éparses mais mises en scène avec une communication très organisée, relayée au plus haut de l’organigramme des insoumis ». Une tribune « signée par quelques dizaines de militant·es » dont « la majorité des signataires n’ont jamais été membres du Mouvement » (29 janvier).

Contrairement à ce qu’il semble avoir compris, ce n’est pas simplement de la cuisine électorale pour les prochaines municipales . « Celles et ceux qui imaginent un complot ourdi par La France insoumise ne sont que des tacticien·nes de petite zone : des gens pour qui la politique se réduit à une mauvaise cuisine d’appareil ».

L’alliance prioritaire avec le PS, notamment dans des villes où la tradition d’EELV était autre, et où les têtes de liste ont des positions, à rebours de l’écologie (comme à Montpellier). A un moment où, de facto, le PS est devenu un soutien du gouvernement. C’est aussi une volonté de marginaliser LFI, et est donc loin de préserver le difficile chemin d’une alternative unitaire pour 2027. Le fond de l’appel n’est pas déterminé par ces municipales.

Ces réactions officielles, comme les « suspensions » de quelques signataires, sont celles d’un appareil hors sol, qui ne comprend pas la crise de ce parti, et plus profondément la faillite de l’écologie politique.

Un des initiateurs a répondu à ces réactions dans son blog sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/jerome-g/blog/310126/mon-parti-ma-quitte

Ouvrir un nouveau chemin pour l’écologie politique

Le nombre de signataires de l’appel témoigne de l’ampleur de la diaspora des écologistes de gauche et de leurs attentes au regard des enjeux qui sont (brièvement) rappelés au début de l’appel « pour une écologie de rupture ». Les discussions (visio et boucles whatsapp) entre signataires montrent qu’ils/elles ont eu des parcours multiples, la grande majorité est passée par les Verts à un moment ou à un autre. Nombre d’entre eux/elles sont encore membres des Ecologistes. Pour la plupart, LFI n’est pas une option d’adhésion : absence de démocratie interne, pas radicalement écolo. Des alliés sans doute, mais pas plus. Plusieurs signataires font partie de groupes déjà constitués qui se réclament d’une écologie radicale, populaire, sociale, etc : les qualificatifs sont variés. Tous/toutes sont conscient.e.s de la faillite des partis politiques écologistes, et plus largement de la crise d’identité de l’écologie politique : voir les deux contributions dont le lien figure plus loin.

L’appel a servi de révélateur, une référence commune en est issue, « les Verts populaires ». Mais tout reste à faire pour dessiner un nouveau chemin de l’écologie politique. Plusieurs moments d’échanges sont en cours d’organisation d’ici l’été. La suite dira si cet appel aura réussi à être le déclencheur d’une nouvelle « composition » dans l’espace de l’écologie politique de rupture, de transformation sociale.

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture

Jamais l’humanité n’a marché aussi près du précipice, au risque de sa propre survie et de celle de l’ensemble du vivant. Alors même que la conscience de la crise climatique n’a jamais été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante à l’échelle planétaire. Cette vague brune emporte avec elle les droits sociaux, les libertés publiques, les protections de l’environnement, ainsi que l’État de droit, le droit international et le multilatéralisme.

L’ordre du monde vacille et notre siècle voit se multiplier crimes de masse et génocides, exposés en direct sur nos écrans. Dans l’indifférence, et parfois la complicité, des dirigeants mondiaux. À cette violence globale s’ajoute une offensive ciblée contre celles et ceux qui défendent concrètement le vivant et les droits sociaux.

Partout dans le monde, des défenseuses et défenseurs de l’écologie sont assassiné.es parce qu’ils et elles s’opposent à des projets miniers, pétroliers, agro-industriels ou de déforestation — notamment en Amérique latine, devenue la région la plus meurtrière pour ces combats. Entre 2012 et 2022, deux mille personnes ont été assassinées dans le monde. Cette répression touche aussi syndicalistes, leaders communautaires, féministes et journalistes. C’est un même front : contre l’écologie, contre le social, contre la démocratie.

La France, puissance économique et militaire, n’échappe pas à cette vague réactionnaire, aux teintes brunes, allant du lepénisme aux courants identitaires dont le point de ralliement est l’islamophobie. Elle constitue même un risque majeur de bascule mondiale, comparable à l’Allemagne des années 1930.

Face à cette bascule, alors même que jamais la conscience de la crise climatique n’a été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, la question de l’unité de la gauche et des écologistes est une responsabilité politique majeure : les choix d’alliances que nous faisons aujourd’hui, y compris au niveau municipal, engagent directement notre capacité collective à résister à la vague réactionnaire et à transformer concrètement le quotidien.

Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire. Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Écologistes est devenue illisible en votant, au même moment, les motions de censure au Parlement à l’opposé du Parti socialiste.

Trop souvent, l’écologie a été assimilée à des politiques néo-libérales de régulation environnementale qui ne sont pas notre projet. Les ZFE en sont un parfait exemple : le gouvernement macroniste, condamné par la justice européenne, refuse d’assumer ses responsabilités et se défausse sur les collectivités locales, tout en leur refusant les moyens d’un accompagnement social nécessaire.

Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons.

La nouvelle séquence politique est marquée par l’effondrement du bloc (il)libéral et l’ouverture d’un affrontement entre l’extrême droite et la reconstruction d’un bloc populaire, social, progressiste, écologiste et unitaire. Dans ce contexte, l’écologie doit devenir l’un des piliers d’un projet majoritaire, ancré dans le réel social — travail, logement, santé, mobilités, alimentation, énergie — et indissociable de la dignité humaine. Cela implique une rupture avec le capitalisme productiviste et ses logiques de prédation : le temps des écologies dépolitisées est révolu.

Mais cette écologie de transformation ne saurait être technocratique et asociale. Elle doit être concrète et populaire, s’ancrer dans les communes, dans les quartiers, dans les bassins de vie, là où se vivent les tensions entre la fin du mois et la fin du monde, là où se construisent aussi les solidarités, les nouvelles pratiques, les résistances et les bifurcations. En démocratie, le pouvoir n’est légitime que s’il est conquis par le peuple, exercé et contrôlé par lui. C’est à cette condition que l’action publique trouve sa légitimité, et que l’écologie cesse d’être perçue comme une contrainte pour devenir une promesse partagée. L’écologie peut et doit assumer d’être une force de recomposition sociale, altermondialiste, décroissante et démocratique.

Avec l’immense majorité du pays, nous clamons que les luttes sociales et les luttes écologiques sont indissociables. Nous avons maintenant besoin de les intégrer organiquement, car toute mesure pleinement écologique est sociale, et toute mesure pleinement sociale est écologique.

Nous, signataires, n’acceptons pas que l’écologie se dissolve à nouveau dans la social-démocratie.

Le rassemblement de la gauche et des écologistes doit se construire et se renforcer sur la base unitaire issue du programme du Nouveau Front populaire et de sa dynamique, ce qui inclut évidemment de travailler avec l’ensemble de la gauche.

Compléments

Et pour compléter l’appel, voici deux contributions sur les impasses actuelles de l’écologie politique, accessibles sur les blogs de Mediapart :

L’une d’Yves Guillerault « L’écologie met pied à terre » qui revient sur la trajectoire de l’écologie politique depuis les années 1970 : « La débandade écologiste, avec ralliements à LFI ou au PS, démontre qu’une culture d’écologie politique n’existe pas encore dans ce pays. Après l’utopie des années 1970, l’écologie de parti se résume aujourd’hui à des luttes bourgeoises pour la conquête de strapontins dans l’architecture peu démocratique de la politique professionnelle et du pouvoir. Or l’écologie politique se joue sur le terrain ».

L’écologie politique met pied à terre

L’autre, signée K1000, « réponse d’un écologiste suspendu », qui plaide pour la réconcialiation de l’écologie politique avec quelques éléments basqiues du marxisme.

https://blogs.mediapart.fr/k1000/blog/090226/critique-de-la-social-ecologie-reponse-d-un-ecologiste-suspendu-la-direction-de-son-parti?xtor=CS3-5

Tout a une fin

J’avais rejoint les Verts en 1988, avec des dizaines de militant.e.s venant de la gauche alternative et/ou autogestionnaire, un mouvement qui avait contribué à enraciner les Verts à gauche au début des années 1990, et qui marquait son enracinement dans l’héritage de mai 1968.

J’en suis resté membre (hormis une parenthèse de 2 ans quand j’habitais dans les Landes) malgré la droitisation sensible depuis la participation au gouvernement sous Hollande en 2012, accentuée avec la candidature Jadot en 2022. Le congrès du printemps 2025 a complété cette évolution politique par un verrouillage en règle du parti par un clan, une centralisation à rebours des traditions écolos, et une personnalisation outrancière autour de Marine Tondelier. A l’issu de ce congrès, j’ai décidé de ne pas renouveler ma cotisation en 2026. Le lancement à contretemps par Marine Tondelier de sa candidature à la Présidentielle, puis la répression contre les signataires de l’appel fin janvier n’ont pu que me conforter dans ma décision.

J’étais donc présentement « adhérent en retard de cotisation », c’est fini.

Les Soulèvements de la Terre : l’avenir de l’écologie politique ?

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Corridas à Bayonne. Une tradition opaque et délétère.

Le devenir des corridas à Bayonne s’est invité lors du conseil municipal du 11 décembre. Il était question d’une modification du budget annexe « fêtes et corridas ». Comme chaque année, Mixel Esteban (ex-EELV, opposition) a demandé la séparation en 2 de ce budget, pour clarifier les finances du volet « corrida ». Et là, surprise : « bon sang, mais c’est bien sûr, on y pense depuis longtemps » a réagi Yves Ugalde, adjoint tauromachique. Que peut bien cacher ce changement de pied ? Et quel rôle joue encore Jean Lartigue, le mandataire qui commence à ressembler au sparadrap du Capitaine Haddock ?

Les corridas s’invitent au conseil municipal

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion est entre 3h06 et 3h11

Mixel Esteban

Quand Mixel Esteban rappelle sa position traditionnelle pour la séparation du budget des fêtes traditionnelles de celui pour les corridas, Yves Ugalde plussoie sur cette idée, d’autant plus, selon lui, que les corridas ont été bénéficiaires cette année. Invité à réagir, Esteban réaffirme l’importance de mettre les corridas à part et propose une régie de gestion spécifique. Il se félicite que les corridas soient devenues bénéficiaires en 2025 mais rappelle que c’est loin d’avoir toujours été le cas.

Sur la lancée, Ugalde révèle qu’il est le premier à vouloir une telle clarification, mais sans désengager la ville. Il récuse notamment l’idée d’une Délégation de Service Public (DSP) : selon lui, les 3 grandes arènes qui ont choisi cette option se trouvent en grande difficulté financière. Une régie permettrait de maîtriser complètement les dépenses, sans risquer de dépendre de financiers non-tauromachiques.

Puis, on passe à une séquence pré-électorale. Le maire rend un hommage appuyé au trio qui pilote les corridas : Ugalde, son adjoint dont il vante l’expertise tauromachique, Marc Amestoy, son directeur de cabinet, et Olivier Baratchart, directeur des Arènes municipales. Il vante leur compétence pour faire la chasse aux meilleurs élevages, parfois très loin de Bayonne, garantie d’avoir les meilleurs toreros.

Son discours est à la fois convenu, mettant en avant la richesse de la tradition taurine, et flatteur pour les Bayonnais « un public connaisseur ». Et d’exalter la singularité du modèle bayonnais, basé sur les Penas taurines, avec une jeunesse de plus en plus présente. Il lance un appel à maintenir cette tradition : serait-elle menacée malgré son discours apologétique ?

Ugalde s’arroge le mot de la fin : la Ville est libre de ses choix car elle n’est mariée avec personne dans le « système taurin ».

Système taurin ? On aimerait en savoir plus ce qu’Ugalde entend par là. L’appui sur un mandataire – le même depuis près de 10 ans – pour conseiller le trio en fait-il partie ? J’y reviens un peu plus loin.

Opacité et mandataire

Le mélange budgétaire avec les Fêtes rend difficile d’établir les dépenses réelles de la ville pour les corridas, directes et indirectes. Il faudrait éplucher le budget ligne par ligne, au-delà même du budget annexe qui leur est consacré. La propagande pro-corridas s’infiltre dans nombre d’opérations de communication, ou dans d’autres fêtes et spectacles : ainsi, le festival Paseo inclut dans sa brochure les corridas de la fin août. Ainsi, les fêtes de Noël comportent l’initiative « toromagique » aux Arènes, un mélange de sensibilisation des enfants à la corrida et de solidarité pour des jouets de Noël. L’aide aux Penas, pour partie, y participe aussi. Sans parler des 5 cercles taurins. Et la distribution massive de billets gratuits. Il y a un véritable « système taurin », clientéliste, municipal…

rue du Moulin à Saint Esprit

La Ville achète les toros et salarie les toreros. Cela est inscrit bien sûr dans les budgets, mais figure aussi de manière plus explicite dans des délibérations du conseil, des décisions du maire, et des marchés. Malheureusement, il ne semble pas y avoir une grande régularité dans ces actes administratifs. Pourquoi une année, et pas l’autre ? J’ai pu avoir communication de certains, dont je reproduis des extraits ci-dessous.

Au fil de ces documents, on relève des explications fantaisistes pour des marchés sans concurrence, y compris avec des engagements seulement oraux. Et toujours l’omniprésence de Jean Lartigue et de la Tomefra, dont la Ville affirmait pourtant il y a 3 ans vouloir se débarrasser. Cela sera-t-il le cas pour 2026 ? Pour la première fois, la Ville a lancé un marché avec appel à concurrence, en décembre dernier. Résultat à venir.

La Tomefra est une société de droit espagnol, basée à Bilbo, constituée en juin 2011. Elle possède aussi une adresse à Anglet. Son président est Jean Lartigue. La Tomefra est intervenue, et intervient encore, comme mandataire pour l’organisation de corridas dans de nombreuses villes du Sud-Ouest, directement ou par son président. Ce fut le cas de Soustons, Mont-de-Marsan ou Orthez. En 2025, en partenariat avec une 2ème société, la Tomefra a repris des mains de la ville d’Eauz (Gers) l’organisation des corridas de cette ville.

Jean Lartigue

Mais surtout, on en apprend beaucoup sur ses relations avec la ville e Bayonne dans un article datant du 2 janvier 2023, que l’on trouve ici :

https://presselib.com/article/corridas-un-comite-municipal-aux-commandes-a-bayonne

Selon cet article, Lartigue a déjà été mandataire pendant 7 ans pour Bayonne. Il continuera comme conseiller technique en 2023.

D’après la facture de l’achat des toros en 2024, il l’était encore. En 2014 encore. Même chose por 2025, en dépit de l’annonce par la Ville de sa volonté de rapatrier les compétences du mandataire en décembre 2024 dans sa décision d’attribution du marché. L’appel à concurrence pour 2026 se fixe le même objectif.

Alors, Lartigue, un sparadrap collant sur les mains de la Ville, tel celui que le Capitaine Haddock promène dans les aventures de Tintin ?

2024

Un arrêté a été pris le 4 juillet 2024 pour l’achat de toros pour les corridas de 2024. J’en avais déjà parlé dans un billet à l’époque : https://lepimentbayonnais.fr/2024/08/17/a-bayonne-on-a-lhumour-tauromachique-sanglant/

On peut y lire « Le marché a pour objet la création ou l’acquisition d’une oeuvre d’art ou d’une performance artistique unique » ; et encore : « chaque taureau participe à l’exécution d’un spectacle » (il faut oser présenter une mise à mort comme cela) et « chaque taureau a des caractéristiques qui le rendent unique » conséquence, selon l’arrêté, le marché peut être passé sans publicité ni mise en concurrence préalables. Merci les taureaux.

On y a aussi la confirmation que Lartigue est toujours le mandataire pour assister la ville dans les négociations d’achat, et que ces négociations « se déroulent traditionnellement de manière orale et non écrite ». Si l’on fie à la facture (squelettique) de la société Tomefra pour ce marché, il s’est monté en 2024 à 26 000 €.

2025

Pour 2025, on peut se reporter à la décision du maire en date du 9 décembre 2024, attribuant le marché de mandataire à la Tomefra, toujours sans publicité et sans mise en concurrence, mais cette fois « au regard du montant du marché ». L’article référencé pour ce « gré-à-gré » vient du code de la commande publique et non do Code général des Collectivités territoriales comme pour l’arrêté de juillet 2024.

Comme dans le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP )(1 page), il est fait état de l’engagement de la Tomefra de transférer à la commune ses connaissances et compétences comme mandataire afin que « la Ville de Bayonne puisse à court terme effectuer directement les missions » du mandataire. Le CCTP définit avec précision la fonction du mandataire, notamment tour du salariat des toreros par la Ville, charges sociales incluses. Le marché pour 2025 est encore de 26 000 euros, sans les toros.

2026

Cette fois, il y a publicité et mise en concurrence. Le marché a été lancé au début de décembre 2025, avec une échéance le 26 décembre. Le marché reste sous les 90 000 €. On attend les résultats. Le marché est très précis sur la répartition des fonctions entre la Ville et le futur mandataire. Le mandataire doit assister le trio municipal qui organise les corridas, un point c’est tout. Le mandataire n’a plus les coudées franches, semble-t-il.

Le mandataire est là pour assister le comité d’organisation et la mise en œuvre opérationnelle de ses décisions. Selon 4 axes : l’assistance – le choix et transports des toros – le recrutement des toreros et leurs contrats – la commercialisation des corridas.

La clarification amenée par ce CCTP inédit est-elle un autre volet de la mise en ordre (et en conformité) du dossier « corridas » par la Ville en cohérence avec les déclarations lors du Conseil municipal ?

L’Union des Villes Taurines de France (UVTF)

Bayonne adhère à l’UVTF, ainsi qu’à d’autres associations pro-corridas. Le coût de l’adhésion n’est pas négligeable. Semble-t-il, cela n’entre pas dans le budget annexe… Il y a deux factures annuelles, l’une pour une part fixe (5 000 €) et l’autre pour une part variable indexée sur le nombre de spectateurs (plus de 20 000 revendiqués en 2024). Voir la photo de la facture variable pour 2024. J’attends communication des factures pour 2025

Le président de l’UVTF est Julien Dubois, maire de Mont-de-Marsan, récemment épinglé pour être un conducteur obstiné sans permis. Il avait donné une interview à Sud Ouest le 10 novembre 2024 pour présenter et faire le bilan de la saison tauromachique. Selon lui, 55 villes sont adhérentes, en quasi totalité dans le sud-ouest et le sud-est. C’était au moment de la discussion au Sénat de la proposition d’interdire les corridas aux mineurs, derrière laquelle il voyait le début de la fin : les organisateurs pouvant être eux-mêmes poursuivis en cas de présence de mineurs. D’où un « état de veille permanent sur tout ce qui pourrait porter atteinte aux corridas ».

Quelques mois après, le maire de Vieux-Boucau décidait de ne plus organiser de corridas dans les Arènes de la Ville, tout en continuant d’y organiser d’autres spectacles taurins sans mise à mort, comme des courses landaises. Un double sacrilège pour le président de l’UVTF : interdire les corridas, et, en même temps, poursuivre les spectacles taurins. Une dissociation impossible à admettre pour l’UVTF, qui a menacé d’exclure Vieux-Boucau. Peur de la disparition ?

Voir mon billet de mars 2025 après la décision de Vieux-Boucau.

Dans la propagande pro-corridas, à Bayonne comme ailleurs, on cherche de plus en plus à cacher le mot « corridas » (et son image souvent négative) derrière l’euphémisme de « spectacle taurin », et d’y assimiler les jeux taurins, spectacles de rue, encierros, courses landaises ou camarguaises.

Une tradition délétère

Les corridas sont interdites en France par l’article 521-1 du Code pénal, réprimant le délit de sévices graves et d’actes de cruauté envers les animaux domestiques. Mais elle n’est pas considérée comme une infraction là où existerait une “tradition locale ininterrompue”, sans que soient précisés les périmètres géographiques concernés. Elle est donc simplement tolérée, en l’occurrence dans une cinquantaine de villes.

pena taurine à Saint Esprit

La ville de Bayonne se réclame malheureusement de cette tradition délétère. Les traditions ont un début et une fin, même à Bayonne. Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, du droits des animaux, comment peut-on vouloir défendre le vivant, et ne pas vouloir mettre fin à ce spectacle dégradant, une école de la violence et de la cruauté ? Comment prétendre « agir pour une meilleure cohabitation animal/humain en ville » (selon le plan de transition écologique et solidaire de la ville de Bayonne) et continuer à se réclamer de cette tradition ? S’il est des cultures et des traditions qui font partie de l’identité basque, les corridas n’en font pas partie. Zezenketarik Ez !

Patrick Petitjean, 8 janvier 2026

Tauromachie : Roca Rey ou les grimaces barbares

Le film d’Albert Serra, « Tardes de Soledad », est un documentaire sur Andrès Roca Rey, un torero idole des promoteurs de corridas. Il est régulièrement fait appel à lui à Bayonne et Mont-de-Marsan. Le film a fait l’objet d’une forte promotion, avec invitation du réalisateur, au Pays basque et dans les Landes, régions supposées acquises à la tauromachie. A sa sortie le 26 mars, les critiques cinématographiques ont été partagé.es.

Un appel au boycot avait circulé à Bayonne, mais j’ai voulu voir le film de mes yeux malgré mes préventions, peut-être par masochisme. J’en ai davantage appris sur l’idéologie du réalisateur que sur les corridas. Le film a permis aussi de donner à voir et à entendre le caractère peu reluisant du milieu tauromachique.

Si dans Le Monde ou Libération, iels ont souligné les ambigüités du film. D’autres ont été laudatifs : « Une beauté et crudité stupéfiantes » (Télérama) ; « Film brillant et émouvant » (La Règle du jeu) ; « Le Torero star au visage d’ange » (Paris Match). Sauf dans un billet de blog sur Mediapart (« L’ouvrier dans un abattoir »), les taureaux sont quasi-invisibilisés. Les seules photos du film diffusées par le distributeur (Dulac) sont des photos de Roca Rey, pas des taureaux, documentaire oblige sans doute.

Pourtant, ce qui frappe en premier dans le film, ce sont les scènes de cruauté, voir de boucherie. De ce point de vue, il n’y a pas de silence du réalisateur : le film ne cache rien des sévices subis par les taureaux, même s’il ne s’agit que de rares plans au regard de la longueur du film. Taureaux ensanglantés par les banderilles, achevés par l’estocade, longue séquence sur le corps du taureau en train de mourir, et traîné sans attendre en dehors de l’arène. Dans des entretiens, Albert Serra explique même que Roca Rey lui avait demandé de couper au montage des séquences trop violentes, par peur de provoquer des réactions hostiles à la corrida… La barbarie des corridas n’est pas son sujet.

Albert Serra en artiste complaisant

Le film figure en page de couverture des Cahiers du Cinéma, illustrant la prévalence du focus « esthétique » chez les critiques professionnels sur le focus « sens »du film. Rendez-nous Jean-Luc Godard (« un travelling, c’est une affaire de morale »)…

L’entretien du réalisateur avec le journal Libération (le 26 mars 2025) est de ce point de vue plus terrifiant pour ce qu’il révèle de lui, que le sujet même de son film.

Selon Albert Serra, il a du faire preuve d’équilibre pour traiter d’un « rituel violent, sacrificiel, atavique ». L’entretien témoigne de l’inverse.

L’esthétisation de ces rites barbares est assumée par Serra : « La corrida est un rituel qui est par définition formel. Même s’il y a de la cruauté réelle, la répétition millénaire de la chose en fait une allégorie. Il n’y a pas vraiment de contenu à ce spectacle, seulement une forme par laquelle on pénètre dans un autre temps ». Il y a là une curieuse reprise du récit pro-corrida sur une tradition millénaire, et surtout l’évacuation de la cruauté sous forme d’une courte incise, vite évacuée.

La suite mérite aussi d’être citée : « Les gens s’ennuient dans l’arène à attendre la ‘magie’ que que produisent l’harmonie entre les gestes du torero et la force du taureau. Alors se joue la rencontre, profondément inégale, faite de domination, mais quand même tendue, incertaine sur le moment, entre la condition animale et la condition humaine. C’est un espace de déchaînement de la fatalité, un accès à quelque chose comme le destin ».

Et pour conclure : « les questions que je m’y pose sont d’ordre formel. Moi, je ne cherche rien, je n’ai rien à dire ». Il n’y a pas seulement banalisation et complaisance, cela va plus loin. Il y a la revendication d’un formalisme qui ne doit de comptes à personne, ni à la société humaine ni aux animaux. En quoi le statut d’artiste permettrait-il de s’affranchir de toute question morale. En quoi l’image permettrait par elle-même de transcender la morale ? Le vernis de l’art comme dernier recours de la justification des corridas.

Les moues bestiales d’un visage d’ange

Roca Rey selon Serra dans Libération : « Il y avait en lui cette poésie de l’écoute et de l’introspection. Et il est moderne, il est sur Instagram, c’est une star au cœur d’une activité archaïque. Il a un visage d’ange ».

Dans le film, ce visage d’ange multiplie davantage les grimaces, les insultes (au toro, au public), les gesticulations, les moues bestiales, les postures outrées, les vulgarités machistes, le concours phallique, voire même des rites religieux (embrasser sa médaille de la vierge).

Son entourage, filmé notamment dans le bus qui les transportent, patauge dans la vulgarité et la violence. Serra y voit de la « poésie populaire », « un langage allégorique », du « pittoresque » dans son entretien avec Libération.

E. Mathieux dans Mediapart y voit plus justement « une petite cour de chiots glapissants immatures bien qu’adultes ». Il voit dans les simagrées de Roca Rey des « torsions de dos au ralenti, insultes infamantes criées contre un taureau royal, petits pas de paon en piètre parade » qui « ne forment pas un art ».

Autant l’auteur de l’entretien dans Libération (Luc Chessel) est complaisant avec Serra, autant le 2e journaliste, Clément Colliaux, qui a réalisé la critique proprement dite, n’est pas dupe de la volonté du réalisateur d’esquiver toute position sur la corrida, en traçant le portrait d’un « mâle au virilisme douteux », qui a semblé le fasciner.

Au final, on peut regretter que l’Atalante n’ait pas saisi l’opportunité de la programmation du film pour organiser un débat sur une pratique pour le moins controversée, à Bayonne comme ailleurs, indépendamment de la tournée promotionnelle du réalisateur.

Patrick Petitjean, 6 avril 2025

Du Sénat à Intervilles, surenchères taurines

Le Sénat a repoussé sans surprise le 14 novembre la proposition de loi visant à interdire aux mineurs de 16 ans les corridas et combats de coqs. Partie remise à l’Assemblée nationale le 24 ? La tenue d’un débat au Sénat n’en a pas moins traduit des évolutions culturelles, contre lesquelles les pro-corridas sont vent debout. Leurs craintes sont justifiées comme le montre la disparition des vachettes dIntervilles.

Les taurinophiles à cran

Bayonne

La perspective du vote du Sénat avait galvanisé les pro-corridas, notamment l’Union des Villes Taurines Françaises (UVTF), de manière préventive.

Voir mon billet : https://lepimentbayonnais.fr/2024/10/29/interdire-les-corridas-aux-moins-de-16-ans/

A Bayonne, c’est notamment une élue municipale, Sophie Voisin, qui s’est activée dans la défense des corridas. Elle avait attiré l’attention lors du conseil municipal du 17 octobre en manifestant son refus de soutenir Paul Watson, à l’encontre de tous ses collègues. Paul Watson est actuellement emprisonné au Danemark, fondateur de Sea Sheperd, défenseur des baleines mais aussi un opposant notoire aux corridas, d’où la réaction de l’élue.

Interrogée le 14 novembre par France-Bleu, Sophie Voisin a renvoyé la responsabilité de décider aux seuls parents, pas à une institution.

Max Brisson au cercle taurin

Selon le Sénateur Max Brisson sur X, elle est à l’initiative d’une réunion des penas taurines contre le projet de loi : « Une proposition de loi entend interdire la corrida en présence de mineurs. Un texte que je combattrai au Sénat car il nie la dynamique des écoles taurines, le rôle éducatif de l’art taurin, école de la vie avec ses règles, ses codes, son savoir être. Reçu ce soir à Bayonne au cercle taurin bayonnais pour échanger avec l’ensemble des peñas taurine de la ville. Merci à Sophie Voisin, conseillère municipale de la Ville de Bayonne, d’avoir pris l’initiative de cette rencontre ».

Sophie Voisin est surtout présidente du « groupe de transmission des cultures taurines », émanation de la « commission taurine extra-municipale » que préside Yves Ugalde, adjoint « évènementiel » (et à la culture) du maire, et figure de proue des pro-corridas.

Ce dernier ne manque pas une occasion de monter au créneau. Il l’avait fait dès mi-octobre dans Sud Ouest en proclamant ( sans chiffres) que les corridas de l’été avaient vu un retour du public jeune : ce serait pour eux un « acte de rebellion », « une militance pour le droit à la différence » contre « la bien-pensance parisienne ». Il insistait aussi « Le fait taurin ne doit pas être exclu de notre nouvelle ambition de Fêtes de Bayonne les plus qualitatives possibles ». Il le fait de nouveau dans l’affaire des vachettes d’Intervilles (voir plus loin).

Le vote du Sénat

Raymonde Poncet-Monge, sénatrice écologiste du Rhône lors de son intervention au Sénat le 14 novembre

Le rejet de la proposition de loi a été voté par 237 sénateurs, contre 64. Sans surprise, les sénateurs basques de droite (Max Brisson) comme socialiste (Frédérique d’Espagnac) ont voté contre.

Le détail des votes se trouve ici :

https://www.senat.fr/scrutin-public/2024/scr2024-39.html

Les 16 sénateurs et sénatrices écologistes ont unanimement voté pour. Les socialistes se sont partagés en 2 (Eric Kerrouche, sénateur landais, votant contre). Le groupe RDPI (où figure Samantha Cazebonne, initiatrice du projet de loi) s’est aussi partagé en 2. Le PC (y compris le sénateur Kanak rattaché à ce groupe), comme les autres centristes et la droite, votant très majoritairement contre l’interdiction.

Intervilles : l’affront

Les pro-corridas, surtout les maires de l’UVTF viennent de monter au créneau pour la disparition des vachettes dans le jeu télévisé Intervilles, dont le retour est annoncé pour l’été 2025 pour 4 soirées. En faisant une campagne médiatique à propos de ce qui est un non-évènement pour la plupart des gens, l’UVTF veut accrocher le char des corridas à une défense d’une activité taurine supposée être plus consensuelle, voire populaire nationalement. Il s’agit d’une stratégie constante, et consciente, de mettre la corrida dans un écosystème dit de « culture taurine » pour la banaliser.

La mobilisation fait d’autant plus « prétexte » pour l’UVTF que l’annonce de la disparition des vachettes date déjà de 5 ans, quand l’annonce de la relance d’Intervilles pour 2020, une relance interrompue par le covid. Une disparition qui s’inscrit ans un mouvement général de France Télévisions pour réduire le recours à des animaux dans des émissions de jeux. Ainsi, les tigres ont déjà disparu de Fort Boyard.

Comme l’a bien compris Nagui, l’animateur d’Intervilles, en réagissant à cette campagne de l’UVTF,

« J’entends les discours de tradition. Mais que des déclarations comme ça sortent au moment où une loi veut interdire des mineurs dans les spectacles de tauromachie, ce n’est pas un hasard ». Il affirme son intention « d’apporter de la « modernité à cette grande kermesse… avec diversité, parité et respect de tous les êtres ».

Yves Ugalde, toujours lui, s’en explique dans Sud Ouest du 17 novembre, ne reculant devant aucun terme emphatique : « Intervilles,sans vachettes, c’est chanter sous la pluie sans la pluie, ou préparer un steak sans viande. La télévision veut réveiller une émission culte sans en assumer du tout sa substantifique moelle. La vachette est l’élément constitutif, le sel de ce divertissement. Comment peut-on en réécrire l’histoire ? ». On peut ajouter que c’est aussi comme Bayonne sans son amuseur public, un terme que ne renie pas Yves Ugalde selon les derniers Brouillarta de Sud Ouest. L’élu bayonnais regrette que l’on « détourne l’esprit de ce jeu pour des visions sociétales nouvelles. C’est une vision d’avenir que nous ne partageons pas ».

A en juger par le logo du jeu télévisé (la première photo), il est certain que les vachettes y occupaient une place centrale. Justement. Pour les générations actuelles, Intervilles appartient presque à la préhistoire de la télévision, avec les nouvelles chaînes et les plates formes. La relance n’est pas évidente. Au-delà des opinions de Nagui, Intervilles sans vachettes est un choix commercial adapté à l’évolution de la société. Ce qui fait enrager Yves Ugalde et ses valeurs tournées vers le passé.

Parmi les conseillers municipaux de Bayonne figure aussi Olivier Alleman… qui fut animateur d’Intervilles aux côtés de Nagui entre 2007 et 2011. Tout en regrettant la perte « de ce qui forme l’ADN de ce jeu », il reconnaît, dans le même article, que « la nouvelle génération appréciera ce programme qui repose sur des valeurs populaires fortes ». Le contraire d’Yves Ugalde.

Les patrons de l’UVTF, à savoir le maire de Dax et celui de Mont de Marsan, sont intervenus dans le même sens. Les trois villes ont refusé de participer à la nouvelle édition d’Intervilles. Avant même qu’une invitation ne leur soit lancée. Sans conséquence donc.

La concomitance entre le débat au Sénat et la mobilisation pro-vachettes n’est effectivement pas un hasard. Les taurinophiles ont bien perçu l’élément de fragilisation de leur écosystème pro-corridas dans l’évolution d’un jeu télévisé, dont d’ailleurs je n’avais jamais été fan…

Patrick Petitjean, le 19 novembre 2024

A Bayonne, on a l’humour tauromachique sanglant

« Le marché a pour objet la création ou l’acquisition d’une œuvre d’art ou d’une performance artistique unique » peut-on lire dans un arrêté du maire de Bayonne le 4 juillet 2024, ayant pour but l’achat de taureaux par la ville pour la temporada 2024.

Ce marché est passé sans publicité préalable, ni mise en concurrence, en vertu, est-il écrit, de l’article R2122-3 du code de la commande publique, qui en exempte les marchés concernant « la création ou l’acquisition d’une œuvre d’art ou d’une performance artistique unique ».

La mairie fait jouer cette exemption, alors qu’il s’agit, in fine dans une corrida, de détruire l’oeuvre d’art achetée, ou, mieux, de mettre à mort l’artiste unique.

Difficile de ne pas y voir un humour (inconscient sans doute) sanglant. Ou pour le moins une interprétation extensive plus que douteuse de l’exemption donnée par le code de la commande publique.

La délibération l’affirme : chaque taureau est « unique », ce qui justifierait l’interprétation. Même si ce sont 6 élevages qui sont concernés par les 5 corridas, 2 pendant les Fêtes de Bayonne et 3 autres fin août. Car derrière un euphémisme « temporada », ce sont bien des corridas dont il est question.

L’intermédiaire, mandaté pour ce marché, est aussi unique. Et les négociations « se déroulent traditionnellement de manière orale et non écrite ». La rémunération de ce mandataire, dont le nom est précisé, n’est pas indiquée dans la délibération, et doit correspondre à la différence entre le marché (174 500 euros HT) et la somme payée aux élevages (110 000 euros). Une tradition orale à la bayonnaise ?

Par ailleurs, il faut se rappeler que c’est la ville en tant que telle qui est l’employeur des toreros à pour ces corridas. Il faudrait aussi prendre en compte le déferlement concomitant de la publicité sur les panneaux municipaux, les oriflammes sur la voie publique, le journal municipal, le site de la ville… Cette facture multiple des corridas est à la charge des habitants de la ville, qui, pour une grande partie, sont hostiles à cette maltraitance animale, archaïque, et de plus en plus bannie dans d’autres villes ou Etats.

On peut être pour l’interdiction des corridas (c’est mon cas), on peut être pour leur défense, mais le minimum serait de les sortir d’une politique publique et de son budget municipal.

manifestation anti-corridas le 1er juin 2024 à Bayonne à l’appel du CRAC

Patrick Petitjean, 17 août 2024

Fêtes de Bayonne 2024 : Fermez la porte

Fermez la porte : tel est l’ordre donné par le maire, Jean-René Etchegaray, au service de sécurité lors du conseil municipal du 17 juillet, pour empêcher un collectif féministe de s’exprimer au début de la séance sur les violences lors des Fêtes. La veille, le maire s’était livré à une séance d’autosatisfaction devant la presse. Avant que, le 17 au matin, ne soit confirmée la mort d’un festayre.

Avant même la fin des Fêtes, le dimanche soir, le maire de Bayonne s’est livré à un exercice d’autosatisfaction fascinant, si l’on en croit des propos rapportés par le journal Sud-Ouest (15/07) : il a « le sentiment d’avoir retrouvé l’esprit de nos Fêtes ». « Un apaisement, le mot n’est pas excessif ». « Un esprit de partage et non pas de rapport de forces ».

La manifestation lors du Conseil municipal

l’arrivée au conseil municipal

Ce n’est pas vraiment ce qu’a vécu le lieu d’accueil pour femmes mis en place par Itaia : il a décompté, entre mercredi et samedi, 11 agressions, parmi lesquelles des suspicions de viol, des agressions physiques ou verbales. Il a subi plusieurs intimidations mettant en danger les militantes présentes. Des inscriptions fascistes et néonazies ont été portées sur leurs affiches.

De même le lieu de refuge Txalaparta, de l’association LGTBI+ Les Bascos, a subi injures et saluts nazis. Ambiance…

Txalaparta. Photo Xan Ansalas

De nouveaux témoignages d’agression sont apparus depuis sur les réseaux sociaux. Et le 17 au matin, a été rendue publique la mort d’un festayre, qui était entre la vie et la mort à la suite d’une rixe le soir de l’ouverture des Fêtes le 10 juillet.

Un collectif d’associations féministes a voulu faire état des violences sexistes et sexuelles durant l’édition 2024 des Fêtes et dénoncer le gouffre entre l’autosatisfaction des autorités et la réalité vécue, en s’invitant au conseil municipal pour y lire une déclaration. Elles ont été contraintes de la lire à la presse seulement dans une salle attenante.

lecture de la déclaration dans une salle voisine de celle du conseil municipal

Le maire pouvait légalement suspendre la séance légale pour entendre le collectif. Il n’en a rien été. La bande son du conseil (entre 5’50 et 20’) est édifiante. Après une introduction convenue pour faire part de son émotion et présenter ses condoléances suite au décès du festayre, le maire laisse la parole à des élu.e.s en les appelant à la retenue. Un seul, Mixel Esteban, se risquera à une mise en cause de la sécurité lors des Fêtes.

La retransmission du conseil : https://www.bayonne.fr/ma-mairie/vie-municipale/conseils-municipaux/conseil-municipal-du-17-juillet-2024-34423

En arrière-fond, on entend du brouhaha, des slogans, des claquements de mains. On entend le maire expliquer à deux reprises au collectif qu’il n’a pas la parole. Pour « assurer l’ordre public », il fait injonction plusieurs fois à la sécurité de fermer les portes. Le « calme » ne revient qu’après une bonne dizaine de minutes.

Le Collectif reviendra le 17 octobre lors du prochain conseil municipal en espérant être écouté cette fois.

« Une édition exceptionnelle » selon le maire de Bayonne

Les photos qui suivent ont été faites par Xan Ansalas le jour de l’ouverture

Le Maire, le Procureur et le Sous-Préfet ont tenu une conférence de presse le mardi 16 au matin, amplement rapportée par les journaux Sud Ouest et Mediabask, pour dire tout le bien qu’ils pensaient de l’édition 2024 des Fêtes de Bayonne.

Ils ont dressé un bilan chiffré des infractions constatées. Pendant les Fêtes, il fallait recourir à la République des Pyrénées pour connaître les chiffres quotidiens. Ainsi, selon le Sous-Préfet, sur les « 219 vols et atteintes aux biens » recensées, 218 concerneraient des vols de téléphones portables. Gravissime ! 256 plaintes ont été enregistrées, contre 532 en 2023. Magnifique.

Mais, le nombre d’interpellations est passé de 36 à 54, et les gardes à vue de 29 à 45. Comme reconnu par le Sous-Préfet, cela traduit une « très forte activité des services ». Les festayres s’en étaient aperçu, étant donné l’omniprésence policière, y compris en journée ; le nombre de fouilles de sac pour pouvoir traverser le centre. Une photo de la fête avec des policiers au milieu de la foule est légendée dans Sud Ouest « les forces de l’ordre font partie du décor ».

Forces de l’ordre publiques et agents de sécurité privés, ce sont au total 1 400 personnes mobilisées. La fuite en avant dans le tout sécuritaire n’a pas empêché le climat de violence, voire l’a favorisé, devenu la marque des Fêtes de Bayonne.

Cerise sur le gâteau, le Procureur a fait état d’un « point de réelle satisfaction, les infractions à caractère sexuel et sexiste ». « Dès que j’ai pris mes fonctions ici, en 2020, nous avons eu des procédures de viol. A ce jour, nous n’avons aucune procédure pour viol ou agression sexiste ou sexuelle. Nous avons eu un certain nombre de signalements qui ont été traités. Il s’est avéré que ces faits n’étaient pas constitués. D’ailleurs, nous n’avons pas eu de plainte ».

Une telle méconnaissance de ce genre de dossier est stupéfiante de la part d’un procureur. On aurait pu espérer davantage de recul critique sur l’écart entre le traitement policier ou judiciaire des violences sexistes et sexuelles et leur réalité. Pas de plainte, il ne s’est rien passé lors des Fêtes.

C’est un déni de ce que les associations féministes ont pu constater, et qu’elle ont rappelé dans leur adresse au conseil municipal., reprochant à la municipalité de minimiser et d’invisibiliser les faits : violences sexuelles, harcèlement, exhibitionnisme… Les protocoles se sont avérés insuffisants et inadaptés pour lutter contre ces évènements inacceptables.

La gestion des violences s’est avérée insuffisante, et le collectif demande pour l’an prochain davantage d’actions concrètes et une prise en compte du niveau réel de violence au lieu de leur déni.

« Une ambiance calme » ont conclu les autorités : un diagnostic pas très partagé

Le collectif 2032, formé après le désastre de l’édition 2023 par des acteurs des Fêtes (cafetiers, restaurateurs, associations, penas, …), avait formulé plusieurs propositions, dont le maire s’est revendiqué pour certaines améliorations, indéniables : la relocalisation de la fête foraine, l’avancée horaire de l’ouverture des Fêtes, l’application sur la sécurité, etc.

Le maire voit aussi la baisse de la fréquentation, de 1,3 millions en 2023 à 1 million de participants (chiffre provisoire) cette année comme un succès de cette nouvelle organisation, « faite en lien étroit avec le collectif 2032 ». Il y a certainement une part de vérité, mais on peut remarquer que, dans le contexte agité de juin-juillet, d’autres fêtes ou festivals (Avignon) ont aussi eu des baisses significatives de participation.

Très diplomatique, le collectif 2032 n’a que moyennement apprécié cette instrumentalisation par le maire de leurs propositions. Il estime qu’il faudra sans doute plusieurs années pour les mettre réellement en œuvre. Il présente un bilan « plus nuancé » de l’édition 2024. Il rejoint le collectif féministe pour estimer que le protocole (de prévention des violences) était insuffisant, et pas toujours opérationnel. Il demande davantage de lieux refuges

Le plus positif, selon lui, est l’après-midi du jeudi, sans sonorisations, réservé aux musiques vivantes. Encore faudrait-il que la fréquentation baisse encore pour que les bandas puissent se déplacer normalement dans les rues.

Le chemin est encore long pour apaiser les rues de Bayonne conclut le collectif 2032

Esprit, es-tu là ?

Pas besoin de faire tourner les tables, le maire de Bayonne a retrouvé en 2024 « l’esprit des fêtes », perdu en 2023. Même si, comme d’habitude, il planait sur un océan de bière. Parler d’esprit des fêtes, d’identité retrouvée, est un langage creux qui évite de se poser la question du modèle mis en œuvre pour ces fêtes, de leur sens depuis quelques années.

Dans nos fêtes (pas seulement celles de l’été), la violence est récurrente, sans doute pus que dans d’autres. A force de propagande touristique, leur image est celle d’un lieu où l’on vient se défouler, où tout est(en réalité) toléré. L’autosatisfaction et le déni des maire, procureur et sous-préfet en témoignent.

La violence apparaît comme intrinsèquement liée à nos Fêtes. Paradoxalement, les précautions prises confortent l’idée qu’elle est inexorable : les barriérages multiples (notamment autour des espaces verts), le démontage des vitres des abris-bus, le contreplaqué mis devant les vitrines, etc. La ville apparaît comme en état de siège, dans l’attente de débordements.

Les corridas, mises au coeur des Fêtes, donnent lieu à un déferlement de propagande de la part de la ville et du journal local. Elles participent fortement à l’atmosphère de violence.

L’alcool est un tremplin vers la violence. Le journal Le Monde a publié le 16 juillet le compte rendu d’une étude qui identifie l’alcool comme une cause majeure des violences en France.

Même si elle a un peu baissé, la surfréquentation reste un problème majeur, avec l’engorgement des rues du centre ville, renforcé par la marée envahissante de comptoirs extérieurs proposant force boissons alcoolisées et nourriture de bas de gamme mais chère

Il est difficile de se voiler la face. Le bilan de 2023 n’a pas vraiment été tiré, malgré les ajustements de dates et d’horaires, de localisations, d’après-midi sans sonorisations. Le changement n’était pas au rendez-vous.

Une « année blanche » pour marquer une rupture

Après la catastrophe de l’édition 2023, EELV avait proposé une « année blanche » pour se donner le temps de refonder nos Fêtes, d’en appeler pour ce faire à l’intelligence collective des habitants sous forme par exemple d’une « convention citoyenne ». Voir https://wordpress.com/post/lepimentbayonnais.fr/827

Il est de plus en plus nécessaire de traiter les problèmes à la racine, de ne pas se contenter d’ajustements cosmétiques qui ne remettent pas en cause le modèle actuel.

Que faut-il développer, que faut-il supprimer, pour redonner toute leur place aux cultures populaires, et non aux attractions touristiques ? Quelles régulations pour l’occupation de l’espace public et la consommation d’alcool ? Pourquoi ne pas séparer les corridas des Fêtes ? Tant d’autres questions (notamment les relations avec les villes voisines et au Pays basque, l’entrée payante, etc) mériteraient d’être mises en débat pour redonner sens à nos Fêtes.

Beaucoup de choses sont bien sûr à conserver, et sont autant de contre-feux qui contribuent à une « vraie » fête : la journée des enfants, le corso, les bandas dans les rues, les fêtes dans les penas, etc…

Egalement, des lieux différents, des alternatives, existent déjà au coeur des Fêtes, et tracent, en filigrane, des perspectives possibles. Il y a urgence à modifier très profondément le modèle des Fêtes, pour retrouver le sens de la fête en commun.

Quand nos édiles bayonnais vont-ils écouter davantage les habitants que les lobbys touristiques ?

Patrick Petitjean, 23 juillet 2024

RDA à Bayonne (3) : la CAPB imagine des variantes

Dans le 2e billet sur le plan guide pour l’aménagement de la rive droite de l’Adour, ont été reproduites les cartes formant le socle commun des différentes hypothèses de localisation des composantes du projet. Dans ce 3e billet, il y a les schémas des deux variantes proposées pour la mise en oeuvre du socle commun, où les différences concernent surtout l’université et les marges du futur quartier.

Les cartes et schémas sont très explicites, et les commentaires déjà faits dans le 2e billet peuvent s’appliquer aussi sur les variantes. En même temps, on ne voit pas toujours le rapport avec de belles formulations du socle commun (les pétales, le quai festif…) et les concrétisations plus terre à terre.

Variante n°1

La localisation de l’université dans cette variante est pour le moins surprenante : elle est rejetée sur la Pièce noyée, sur pilotis, à la marge du futur quartier, en entrée de ville, à proximité d’un éventuel grand équipement culturel. Rappelons que par convention avec la Région lors de l’achat de ce foncier, la CAPB s’est engagée à ne construire aucun logement à cet endroit : mais l’université n’est pas concernée. Elle semble de plus conçue comme un « campus » dans une sorte de parc (la Pièce noyée élargie).

C’est une conception très années 1970 et 1980, assez paresseuse. Cela fait longtemps qu’on est revenu à des universités plus intégrées dans le tissu urbain, même dense. C’est le cas (jusqu’à présent) pour l’UPPA à Bayonne et Anglet. De plus, les logements étudiants sont renvoyés à l’autre extrémité, quai de Lesseps, avec le « pôle social ».

Variante n°2

L’université est localisée quai de Lesseps, entre la Manutention et le Didam, sur la profondeur. Le « Pôle social » et les logements étudiants sont davantage intégrés au coeur du quartier. Les bâtiments monteraient jusqu’à R+5.

Le statut de la Pièce noyée reste flou (« un parc urbain inondable pouvant accueillir différents usages »), tout en accueillant le grand équipement culturel. Autre différence, le boulevard Grenet est rehaussé (sur digue) pour accueillir davantage d’activités… et de hauteurs de bâtiments.

Tout cela va bien sûr être remanié, discuté chez les professionnels et les politiques. Une version remaniée sera présentée à l’automne aux quelques habitants qui viennent aux ateliers. L’étape cruciale sera le vote au Conseil de la CAPB d’ici la fin de l’année (en principe).

Patrick Petitjean, 3 juin 2024