Bayonne, chronique municipale n°6 : L’art de dé-zoomer pour mieux débattre

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La photo de la mairie en Une est prise sur Wikipedia. Auteur : Pantxoa

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

« Je dé-zoome » est le mot vedette de ce conseil municipal, plusieurs fois utilisé par les élu.e.s, majorité ou opposition, en début de leur intervention. Une manière de s’affranchir du cadrage limité des délibérations. Avec un rapport plus ou moins direct avec l’intitulé officiel, le conseil a ainsi débattu du Festival Points de vue, de la Citadellede la crise climatique, de la MVC et des commerces du Polo. Le maire lui-même a accroché un débat sur la tauromachie à une question immobilière, déniant au passage sa légitimité à un élu de l’opposition. Notons cependant que personne n’a cherché à dé-zoomer pour les manifestations lycéennes.

Le conseil municipal est ici : https://www.youtube.com/watch?v=PFJ32WVYjbw

Un début de séance agité

Le maire a eu quelques troubles en début de conseil, à 17h30.

Pour mémoire, un collectif « Palestine » avait appelé à une venir faire du bruit (sifflets, cornes de brume) sous les fenêtres ouvertes de la mairie à 17h. Il s’agissait de dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu attendre « Israël assassine, élus complices ».

Les fenêtres de la mairie ne sont pas restées ouvertes très longtemps. A 17h30, le maire a joué les matamores, annonçant : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance. Mais le maire se prend les pieds dans le tapis : il constate que le quorum est atteint, que donc la séance peut commencer… avant même de procéder à l’appel réglementaire des élu.es présent.es. Avant de devoir rectifier.

Quelques notes en avant-goût

Paternalisme du maire envers Joe Mendes Monteiro : « lorsque vous aurez un peu de recul professionnel, vous vous rendrez compte » de la lourdeur des mémoires lors des contentieux : on ne peut vous communiquer tous les éléments des procédures (6’ 40’’). Il ira beaucoup plus loin dans la disqualification de l’élu lors du débat sur la vente d’un bâtiment municipal au cercle taurin.

Obsession de Pascal Lesellier contre le GIP-DSU et les quartiers en politique de la ville qui coûteraient chers (de 7’ à 14’) avec des réponses alambiquées de Cyrille Laiguillon, et plus offensives et politiques de maire. Une obsession manifestée par l’élu d’extrême-droite plusieurs fois à chaque conseil

Quand à Yves Ugalde il a raté 2 fois l’occasion de se taire. Lors d’une délibération pour mettre l’ex-école Saint Bernard à la disposition de la Pastorala « Marga d’Andurain », pour des répétitions du spectacle de juin, il réplique à Deborah Loupien Suares qui propose de donner ce nom à une rue ou une place, que, attention, c’est une aventurière, que la commission de toponymie avait déjà refusé (31’50’’)… Et lors du débat sur « Points de vue », il a tenu à rappeler que « sa prévention concernant le street art et les cultures émergentes » s’était heureusement envolée.

Dé-zoomer, 1ère : Le Festival Points de Vue

Cela se situe de 45’ à 1h10’ (25’ donc). L’annulation du festival Points de vue pour 2026, avait été déjà annoncée dans le journal Sud Ouest dès le 9 octobre. Comme le vice-président de la CAPB le précisait, il s’agissait d’une pause pour pour prendre le temps de la discussion , pour « repositionner le projet ». Dans le même article, Cyrille Laiguillon, un des porteurs du festival, et avait exprimé son « scepticisme quand à la volonté du nouvel exécutif de maintenir l’évènement ». Le procès d’intention était annoncé.

Cyrille Laiguillon

Il est revenu à Cyrille Laiguillon, initiateur du festival il y a 10 ans, adjoint aux sports, à la vie associative et et au quartier des Hauts de Bayonne, de lancer la cabale.

En fin de discussion sur des délibérations culturelles, il regrette cette annulation. Il parle « le coeur serré » et n’oublie aucune des bonnes expressions convenues pour louanger le festival, l’engagement sans faille du maire Jean-René Etchegaray et de l’ancien président de la CAPB, Etchegaray Jean-René, qui a élargi le festival hors de Bayonne.

Il met en avant « une ambition initiée pour Bayonne et qui a vocation à rayonner partout au Pays basque, … une fenêtre sur l’art accessible à tous, … » ; Il salue la présence d’artistes mondiaux (!) et insiste sur sa contribution à l’attractivité de Bayonne. Hélas… le festival a « pris la perpète », condamné par l’agglo. Il accuse la CAPB d’avoir décidé « sans concertation » et craint que cet arrêt ne soit fatal.

Le maire prend le relai (à 54’) : puisqu’on ne peut pas exporter quelque chose d’exceptionnel, on va reprendre notre bien, on va revenir à Bayonne, il y aura toujours du street art à Bayonne. Qu’on se le dise. Cependant, il reconnaît discrètement que le passage du festival comme biennale se discutait déjà à l’agglo en janvier 2026, sous sa présidence. Ce fut un bel exercice de com’, 1/2h de plaidoyer pro-domo et hypocrite.

David Ospital

David Ospital, élu de Bayonne en mouvement, s’est chargé de remettre cette suspension à l’endroit. En rappelant tout d’abord que Bayonne n’est pas le Pays basque. Dès 2021, le festival a été transféré à la CAPB qui en devient le principal financeur, avec comme contrepartie de l’élargir à 2 nouvelles communes chaque année. La CAPB assure les 3/4 du budget, contre 1/4 pour Bayonne. Et pourtant, cela reste essentiellement un festival à Bayonne, pour Bayonne. Cela manque d’ambition au niveau de l’agglo. « D’autres festivals, soutenus par l’agglo, mais avec pourtant des subventions moindres, ont su essaimer » bien davantage.

David Ospital s’interroge sur ce qui a amener la décision de suspension ? Difficultés du modèle économique ? Gouvernance à 3), avec Kaxu, la ville et l’agglo ? La concertation était insuffisante, et ce n’est pas seulement depuis le nouveau président de l’agglo.

Il confirme que dès janvier 2026, échanges entre Kaxu, la ville, la CAPB, les directions des services concernés pour un passage en biennale et une suspension cette année. Il est étonné qu’on puisse être surpris !

Il formule des propositions pour que le festival continue : revoir la gouvernance tripartite, ne pas prendre de décision unilatérale, repenser son modèle économique, un engagement plus fort de Bayonne,…

Plusieurs interventions soulignent le contexte inquiétant de réduction général des budgets culturels.

Henri Etcheto, puis le maire, trouvent raisonnable le passage en biennale, mais pas Cyrille Laiguillon. Et personne ne remet en cause la poursuite du festival.

Cette discussion a permis de soulever des questions sur la nature et les objectifs de ce festival : Une opération de prestige pour l’image de Bayonne et le tourisme ? Le transfert à la CAPB a-t-il été le moyen de faire payer par les autres communes l’attractivité de Bayonne ? Que reste-t-il du caractère populaire du street art avec la mise en avant des artistes internationaux ? Peut-on encore parler de cultures émergentes ? On peut remarquer nombre de villes en Amérique latine, comme au Chili, et au Mexique où les fresques sont autrement plus nombreuses qu’à Bayonne, et savent conserver leur culture populaire d’origine sans renoncer à des artistes internationaux.

Dé-zoomer, 2e : La Citadelle

Cela se situe de 1h13’ à 1h54’ (41’ donc). La démolition / reconstruction des 241 HLM du quartier Citadelle est une histoire déjà ancienne, qui a subi moult évolutions, pour aboutir à un programme immobilier défini lors d’une enquête publique en janvier 2025. La moitié des logements avait été démolie déjà à cette date. Il n’y a jamais eu d’argumentation vraiment documentée pour expliquer la différence de traitement entre la Citadelle, démolie, et la Cité du Polo, rénovée (encore à venir), qui comporte le même nombre de logements et date des mêmes années.

Voir : https://lepimentbayonnais.fr/2025/02/28/bayonne-citadelle-la-mort-dune-cite-populaire/

Depuis, des ajustements ont été faits quand au nombre précis de logements. En juin dernier, lors d’une réunion publique, il a été précisé : 637 logements au total, 70 BRS, 30 places en résidence seniors, 110 logements pour étudiants, 223 logements en « libre » et, pour le reste, 204 logements locatifs familiaux (dans les 3 catégories PLAI, PLUS et PLS). Un « quartier village » a résumé Joseba Erremundeguy en présentant la délibération, qui concernait uniquement le projet d’une nouvelle place en face de la future école, au milieu de nouveaux immeubles.

L’administration conseille les élu.es

L’initiative de dé-zoomer est venue de Joe Mendes Monteiro, élu de Bayonne en Mouvement, intervenant sur la globalité du projet et non sur la place. Il s’est interrogé sur la réponse aux besoins sociaux du quartier avec une telle programmation : le nombre de logements locatifs familiaux baisse de 241 à 204, alors que ce quartier (en politique de la ville) a un taux de pauvreté de 34 %, davantage de familles mono-parentales, une population plus jeune. C’est une population qui ne peut accéder à la propriété, même « sociale » (BRS). Les résidences étudiantes et seniors répondent à des besoins spécifiques et sont effectivement indispensables. Les données sociales du quartier plaident pour un plus grand nombre de logements locatifs familiaux au lieu de se diminution. La diversification sociale du quartier, utile, ne peut se faire au seul détriment de ces logements. 223 logements « libres », c’est beaucoup, et cela risque de provoquer une transformation sociale importante du quartier, un gentrification.

Henri Etcheto a rappelé que le dossier avait été ouvert il y a 15 ans, à une époque du programme national dit ANRU 2, qui permettait un financement important par l’État des opérations démolition / reconstruction, une occasion ratée en raison du report de l’opération, cela n’existe pas en ce moment. A ce propos, Colette Capdevielle a rappelé qu’un ANRU 3 se préparait et Joseba Erremundeguy a annoncé que la ville avait déposé deux projets dans ce cadre, pour le centre ville et Habas. Alain Lacassagne a justifié la programmation, et notamment les logements « libres », par l’équilibre financier de l’opération (devenu effectivement plus compliqué en l’absence de l’ANRU).

« Gentrification », le mot avait été lâché, et a fâché le maire. Pour lui, il y a 60 % de logements sociaux (tous, sauf les « libres »), et cela n’a donc rien à voir avec une gentrification. Cela suit l’évolution sociale de la ville (vieillissement, développement de l’université).

Il a souligné l’importance écologique de construire davantage en priorité le long des grands axes de transport (ici le bus rapide T2), mais sans évoquer le renchérissement du foncier que cela entraîne dans les secteurs concernés.

Pourtant, et je me permets d’y insister, c’est de là que viennent les 223 « libres » : ce prix du foncier facilite l’équilibre de l’opération, et surtout rapporte gros aux promoteurs, grâce à la gentrification.

Le maire s’est ensuite lancé dans ses diatribes habituelles contre les villes voisines, qui ne respectent pas les 25 % de logements sociaux de la loi SRU, et veulent entraîner la formation de ghettos ailleurs. Il proclame que Bayonne ne fera pas la politique sociale des communes voisines. Mais « la ville de Bayonne ne chasse personne » a-t-il conclu.

On pourrait lui faire remarquer qu’une commune voisine, Boucau, a justement inauguré le 13 octobre (à la veille du conseil) une résidence « Les Barthes de l’Adour » (Office 64 et COL) avec 100 % de logements sociaux : 102 locatifs et 44 BRS. Très loin donc de la programmation du Grand Projet Citadelle. Mais il n’y a pas de tram-bus à Boucau.

Dé-zoomer, 3e et 4e : le quartier du Polo

Cela se situe de 1h56’ à 2h28’ (32’ donc). Dé-zoomer est l’oeuvre successivement de Joe Mendes Monteiro pour aborder le devenir de l’ancienne Maison de la Vie Citoyenne (MVC) du Polo, aujourd’hui fermée, devenue un local associatif, et la participation des habitants dans le quartier du Polo. Puis de Sylvie Durruty, (première) adjointe aux affaires économiques, revendique dé-zoomer aussi sur les difficultés des commerces du quartier (le boulanger, la supérette,…), je n’y reviendrai pas. Le sujet de la délibération était l’acquisition sur HSA d’une micro-crèche immersive dans le projet immobilier Urtasun. La suivante portait sur l’autorisation d’urbanisme pour le projet immobilier lui-même.

Sur ce projet, et la situation dans le quartier, j’en avais parlé il y a 2 ans : https://lepimentbayonnais.fr/2024/12/22/la-ferme-urtasun-au-polo-bayonne-ilot-de-fraicheur-ou-dent-creuse/

L’élu de Bayonne en Mouvement, habitant le quartier, a constaté le peu d’évolution de la situation depuis la réunion de quartier (évoquée dans mon billet) il y a 2 ans : la dynamique habitante est toujours là, voir le projet de café-bibliothèque, mais les engagements ne sont pas tenus. Les propositions pour la future MVC ne sont pas prises en compte. On attend toujours la salle de convivialité qui devait voir le jour dans l’ancienne ferme Urtasun, dont la rénovation figurait déjà au budget en 2022.

Dans sa réponse, le maire est resté dans le flou : on réfléchit sur la future gouvernance d’une MVC avec la CAF. Et, comme Durruty après lui, il a dit tout le bien qu’il pensait de l’action de la ville.

Dé-zoomer, 5e : La canicule de l’été dernier

Cela se situe entre 2h27 et 2h55 (28’ donc). Le sujet initial était le concours de maîtrise d’oeuvre pour la démolition / reconstruction de l’école maternelle Charles Malégarie.

L’initiative est venue de Carole Ternois, élue de Bayonne en Mouvement, qui affirme vouloir « dé-zoomer sur les bâtiments publics et la crise climatique ».

Carole Ternois

Elle part de l’exemple de la toute nouvelle médiathèque qui, toute bioclimatique qu’elle ait été conçue, a du fermer à plusieurs reprises pendant la canicule, la chaleur la rendant invivable. La presse en a parlé. Une canicule de cette ampleur était imprévisible, mais pas surprenante, et appelée à se reproduire dans les prochaines années. On ne peut se contenter de se justifier en disant que le bâtiment était conforme aux normes les plus exigeantes : ces normes ne sont que des seuils minimum, toujours en retard sur le présent. A plus forte raison pour anticiper la situation dans 50 ans : un tel bâtiment est fait pour durer. Des outils existaient pour faire mieux.

Un plan d’adaptation des bâtiments publics au réchauffement climatique est à venir. Quelle sera son ambition ?

Christine Martin Dolhagaray

Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation, répond essentiellement sur la question des écoles et les mesures d’urgence prises, en plus du refuge à l’AB Campus. 40 000 € ont été investis pour l’achat de ventilateurs, pour des îlots de fraîcheur dans les cours d’école, pour expérimenter des brasseurs d’air à l’école Jean-Moulin, où la toiture a bénéficié d’un complément d’isolation.

Plus que d’anticiper, il s’agit d’imaginer des évènements climatiques extraordinaires. Un plan pour généraliser les brasseurs d’air à toutes les écoles. On a fait aussi des travaux d’urgence à l’école Simone-Veil qui a beaucoup souffert.

Pour aller de l’avant, il s’agit de comprendre le comportement technique des écoles, faire un diagnostic de chacune d’entre elles. La ville a élaboré un « schéma directeur immobilier énergétique », soumis à un bureau d’études de la banque des territoires : on a été lauréat ! Ce bureau va réaliser des visites dans les bâtiments, et faire des diagnostics. Cela concerne divers bâtiments communaux, pas seulement les écoles. « Nos services activeront tous les leviers possibles et raisonnables », compte tenu des coûts et des enjeux climatiques : généraliser les îlots de faraîcheur, mais pas la climatisation.

Mais il y a surtout une sensibilisation à faire pour tout le monde sur l’existence du réchauffement climatique et ses conséquences. Ne pas chercher des responsabilités, mais chercher tous ensemble des solutions. Il y a énormément de chose à faire, de petites choses même.

Carole Ternois fait remarquer que la ville a une obligation de résultats, en non seulement de moyens en matière de continuité du service public. Et qu’elle attend les résultats de l’audit pour le SDIE pour voir l’ampleur des travaux à mener.

Le débat sur le climat se termine avec une intervention d’Yves Ugalde sur la médiathèque pour expliquer que la ville était attentive depuis longtemps à l’enjeu du réchauffement, qu’elle avait consacré des heures à ce sujet, mais que les conseils, plus compétents que nous, avaient portant donner des assurances. Une manière de se défausser ?

Peut-être que le sujet « réchauffement climatique », compte tenu de la crise caniculaire de l’été, aurait nécessiter de « dé-zoomer » plus largement que sur l’erreur de conception de la médiathèque et l’adaptation des écoles. Il y avait matière à débattre de la nécessité d’accélérer tout ce qui concerne l’adaptation et l’atténuation. A quand un vrai plan d’adaptation, avec toutes ses dimensions ? Une révision du plan climat, avec des ambitions à la hausse ? A quand un appel à l’intelligence collective des habitants pour faire face au réchauffement climatique ? On aurait apprécié de percevoir une volonté politique des élu.es de mettre en route une telle démarche.

Dé-zoomer 6e : La tauromachie

Cela se situe entre 3h54 et 4h09 (15’). Le sujet initial était la cession d’une propriété immobilière de la ville à une association. Mais pas à n’importe laquelle : au cercle taurin. L’initiative de dé-zoomer est venue du maire lui-même (sans qu’il n’en revendique le terme), qui s’est lancé dans une défense de la tauromachie, suivi par des adjoints

Joe Mendes Monteiro

Joe Mendes Monteiro a contesté la vente des locaux, tout en se défendant d’emblée pourtant de toute mise en cause l’acheteur, le cercle taurin : il ne s’agit que de la gestion du patrimoine immobilier de la ville. Mais le maire l’a ressentie comme une « provocation ».

L’élu de Bayonne en Mouvement souhaite que la ville conserve la maîtrise publique des locaux, particulièrement bien situés rue des Cordeliers dans le Petit Bayonne. Selon lui, on ne peut prévoir les utilisations futures. Par ailleurs, il s’est interrogé sur le prix de vente, inférieur à l’estimation des domaines.

Après une mise à disposition gratuite pendant des années, l’association a une convention d’occupation payante depuis 2023. Quelle est la raison de cette vente et de cette décote ? Les Domaines ont estimé que les locaux étaient en bon état, climatisés, sans besoin de travaux importants. Ce qui reste à faire doit être évalué « de manière objective » pour être pris en compte. Il demande le contenu des négociations avec le cercle taurin et l’inventaire de ce qui a été retenu.

Le Conseil d’État considère qu’il faut un motif d’intérêt général pour qu’une collectivité publique cède un bien à un propriétaire privé à une valeur inférieure à l’estimation des domaines. Quelles sont les contreparties d’intérêt général qui justifient cette décote ? Le motif d’intérêt général n’apparaît pas dans la délibération présentée.

Le cercle taurin relève semble-t-il d’un tabou. Les violentes diatribes du maire en réponse ont dépassé les limites de la civilité.

Le maire débute ainsi : « vous avez donc décidé de porter l’estocade sur cette délibération, avec moult arguments qui sont beaucoup plus des banderilles que des arguments de fond » … (concernant la décote) « vous criez des cris d’orfraie pour 18 000 € de différence ». « Vous faites abstraction » que la valeur des locaux ne tient pas seulement à leur emplacement mais à tous les travaux faits par l’association. Selon lui, cela fait 10 ans que l’association veut acquérir les locaux pour y faire des travaux supplémentaire. Ils préfèrent être propriétaires avant de s’engager dans des travaux, plutôt que de les faire au bénéfice du propriétaire.

« C’est vrai qu’il y a une relation économique un peu particulière » (entre la ville et le cercle taurin), et le maire se lance dans une comparaison avec le bailleur social HSA qui bénéficie aussi de décotes quand il achète des biens à la ville, autre forme de relation économique particulière.

« Il y a des relations particulières entre une collectivité qui porte des valeurs tauromachiques fortes – tout le monde n’est pas d’accord – et je défends la tauromachie, et lorsqu’on s’adresse au cercle taurin, vous croyez qu’on va chipoter sur 18 000 € ». C’est en bon état, mais grâce au locataire. On ne peut même pas parler de « négociations » avec ce partenaire.

« On est dans une relation particulière, et si on ne tient pas compte de ça avec des partenaires privilégiés, le cercle taurin en l’occurence, eh bien, il ne faut pas être élu. Cela veut dire qu’il y a des ressorts qu’on ne comprend pas très bien dans le fonctionnement de la cité » (4h4’5’’)

Le maire fulminant contre Joe Mendes Monteiro

Puis dans la foulée, le maire passe la parole à Yves Ugalde qui crédite le cercle taurin d’être un partenaire permanent de l’évènementiel, avec 8 à 10 prestations gratuites par an, notamment pour la foire au jambon, prestations consistant à ouvrir ses locaux pour servir à l’organisation d’initiatives place Roland Barthes

Jean-Claude Iriart (Bayonne en Mouvement) Prend la défense de son collègue. Il redit que la nature de l’acquéreur n’est pas en cause, et souligne que le maire n’a pas répondu sur l’intérêt de maintenir ces locaux dans le patrimoine public.

Joe Mendes Monteiro souligne qu’il n’a pas parlé de la tauromachie. Il défend son droit d’apprécier ce que sont les ressorts de sa ville. Il insiste sur la non-réponse du maire sur l’intérêt général justifiant la vente avec décote, non précisé dans la délibération. Non-réponse qui traduit son incapacité d’y répondre.

Une insistance qui a fortement déplu au maire. « vous n’êtes pas ici dans un lieu de plaidoirie. Vous ne voulez pas entendre des raisonnements qui me paraissaient clairs, c’est votre droit. Vous êtes dans une posture, rester dans votre posture, restez dans vos certitudes. Mais oui, monsieur Iriart, n a le droit d’avoir des avis différents, vous avez l’obligation d’entendre nos arguments comme nous écoutons les votres ».

Tous les élu.es votent pour cette délibération, sauf Bayonne en mouvement qui vote contre.

On ne conteste pas impunément un interlocuteur « privilégié » du maire, surtout lié au monde opaque des corridas. Le maire a pleinement assumé le caractère privilégié du cercle taurin. Il y avait le paternalisme d’un ancien avocat envers un plus jeune, il y avait les interruptions. Mais cette fois, le maire a franchi une ligne rouge : la mise en cause personnelle d’un élu, qui ne serait pas digne de sa fonction. Ce n’est plus une discussion, même tendue. C’est franchement inadmissible.

Le conseil se termine peu après. Le prochain est le 17 décembre.

A la prochaine

Patrick Petitjean, 21 octobre 2026

Bayonne : trouver les bons mots d’ordre pour soutenir la Palestine

Rassemblement Halte au massacre à Gaza

La Palestine s’était glissée subrepticement au début du conseil municipal du 23 juillet, à l’initiative d’Henri Etcheto, estimant scandaleuse la présence d’une banderole appelant à la dissolution de l’État d’Israël lors des Fêtes de Bayonne. Pour le conseil du 15 septembre, la question fait son retour avec l’appel à manifester devant la mairie à l’appel d’Iparraldea Palestinarekin pour dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine » et la « normalisation sioniste ». L’occasion de revenir sur les bases d’un soutien « de gauche, anticolonial » à la Palestine.

En plus de l’actualité municipale sur ce sujet, je partage dans ce billet deux longs textes,

En premier, jugeant indispensable une clarification après l’affaire de la banderole des Fêtes de Bayonne, EH Bai Baiona est revenu sur sa conception du soutien aux Palestiniens. Il est le bienvenu, et j’en partage l’intégralité.

En deuxième, suite à l’affaire de Grenoble en juillet (l’interruption par LFI d’un spectacle de Barbara Butch), une tribune plus ancienne publiée dans Libération signée d’un collectif « Juives et Juifs pour le respect des droits du peuple palestinien ». Il me semble complémentaire du premier sur la question des boycotts et sur les questions du sionisme et du fait colonial.

Fresque à Elizondo (Hegoalde)

Rappel du précédent conseil

Henri Etcheto avant lancé la discussion en estimant scandaleuse la présence d’une banderole appelant à la dissolution de l’État d’Israël lors des Fêtes de Bayonne.

Le maire avait assimilé cette banderole à une autre, « Destroy Israel » qu’il avait vue aux Fêtes de Pampelune, puis les accusations d’antisémitisme avaient fleuri de la part de tous.tes les élu.es à l’encontre du collectif de soutien à la Palestine. Le maire avait fait enlever la banderole lors des Fêtes. Le récit de ce qui s’était passé au conseil, c’est ici :

J’avais fait suivre le compte rendu de mes commentaires personnels, qui figurent aussi dans le billet, je cite : « Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, telle que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle ».

Manifestation le 25 juin, de la ZUP au centre de Bayonne

Le collectif Baiona Palestinarekin

Après le conseil de juillet, le collectif « Baiona Palestinarekin » avait publié un communiqué pour défendre son action. En premier lieu pour s’élever contre l’amalgame entre le « destroy Israel » de Pampelune et son « dissolution d’Israël » des Fêtes de Bayonne. Il y avait une autre banderole du collectif, rue Marengo sur laquelle était inscrit “Contre le sionisme et l’impérialisme, en avant la résistance”.

La suite du communiqué réfute l’affirmation selon laquelle “l’anti-sionisme est une nouvelle forme d’antisémitisme”. Pour le collectif, “il n’y a aucun antisémitisme dans [sa] revendication de dissolution de l’État d’Israël, il s’agit d’une dénonciation de la guerre impérialiste et du génocide”.

A l’occasion du conseil municipal du 15 octobre, le collectif a appelé à une manifestation devant la mairie à 17h. Il n’était plus mention de la dissolution d’Israël. Etait mis en avant « non à la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu entendre « Israël assassine, élus complices ».

Sous les fenêtres du Conseil municipal le 15 octobre 2026

Près d’une centaine de personnes ont fait du bruit (sifflets, cornes de brume)sous les fenêtres de la réunion, qui se sont vite refermées. En ouvrant la séance à 17h30, le maire a joué les matamores : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance.

EH Bai Baiona et la solidarité avec la Palestine

La polémique lors du conseil municipal du 23 juillet à propos de la banderole « dissolution d’Israël » a conduit EH Bai Baiona à réexpliquer cet été les bases de son soutien à la Palestine, les mots d’ordre défendus, et à prendre ses distances avec « les slogans ambigus » de la banderole. Le texte du document d’EH Bai Baiona est ci-après, en entier. Il est aussi sur https://www.facebook.com/ehbaiona

Depuis trois ans maintenant la situation en Palestine est revenue au premier plan de l’actualité et provoque de nombreux débats, mobilisations mais aussi répression voire changements législatifs (proposition de loi Yadan). L’accusation d’antisémitisme est aujourd’hui lancée pour faire taire et criminaliser toute solidarité avec les Palestinien.nes alors que les actes antisémites se multiplient dans l’État français et ailleurs (apologie du nazisme, attaques contre des personnes, des commerces ou des lieux de culte juifs).

Pour nous l’objectif du mouvement de solidarité avec la Palestine doit être :

· de faire cesser le génocide en cours à Gaza, la colonisation et le nettoyage ethnique en Cisjordanie,

· de défendre le droit des Palestiniens à l’autodétermination, la reconnaissance de leurs droits nationaux, politiques et le respect de leurs droits fondamentaux.

Plusieurs critères doivent guider notre soutien :

· respect des choix politiques des Palestiniens sur la manière d’exercer leur droit à l’autodétermination : ce sont les Palestiniens eux/elles-mêmes qui détermineront leur avenir politique et social, en tant que nation et en tant que citoyen.nes ;

· devoir d’efficacité : pour infléchir la politique des États européens il faut créer un rapport de force et forger des consensus sans transiger avec le droit des Palestiniens ;

· rejet total de toute forme d’antisémitisme ;

· lutte contre la criminalisation de la solidarité.

Répondre à l’appel des organisations palestiniennes

La solidarité avec les Palestinien.nes doit être la plus large possible et sa concrétisation passe notamment par le renforcement des campagnes impulsées par la société et les organisations palestiniennes comme BDS (Boycott, Désinvestissent Sanctions) qui revendique :

· la fin de l’occupation et de la colonisation, le démantèlement du mur, la fin du génocide et la levée du blocus de Gaza,

· la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une complète égalité,

· la réalisation du droit au retour des réfugiées palestinien.nes conformément au droit international,

ou Stop Arming Israel qui demande l’arrêt de toute vente de matériel militaire à Israël).

Ces appels sont directement inspirés des campagnes menées dans les années 1970-80 contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le fait qu’Israël est un État d’apartheid est désormais reconnu par les principales organisations internationales de défense des droits humains comme Amnesty International ou Human Right Watch, au terme d’analyses juridiques qui rejoignent les conclusions de l’organisation israélienne B’Tselem : « le régime israélien promulgue un régime d’apartheid dans tous les territoires qu’il contrôle ». De même, le consensus sur le fait qu’un génocide est en cours à Gaza est de plus en plus solide (commission d’enquête de l’ONU en 2025, motion de l’association internationale des spécialistes du génocide en 2025).

Nous devons renforcer le mouvement de solidarité avec la Palestine en prenant en compte manipulations et confusionnisme autour des notions d’antisionisme et antisémitisme :

· L’État d’Israël et ses soutiens internationaux taxent d’antisémite toute critique de la politique de l’État d’Israël afin de ne pas avoir à répondre aux terribles accusations dont il fait l’objet.

· Alimenté par des antisémites notoires un certain confusionnisme se développe qui amalgame sionisme et judaïsme, essentialise les Juifs et les rend directement responsables des crimes commis contre les Palestinien.nes

Face à cette double manipulation, il faut encore et toujours expliquer les données du conflit et les bases de la solidarité internationale.

L’idéologie sioniste est née à la fin du XIXème siècle en Europe et visait à permettre aux Juifs à travers le monde de fonder un État souverain en Palestine. Très minoritaire parmi les juifs de France jusqu’à la seconde guerre mondiale, cette idéologie a su exploiter le souhait bien légitime des survivants de la Shoah de pouvoir vivre quelque part en sécurité. Elle s’est concrétisée dans un projet colonial organisant le nettoyage ethnique des populations palestiniennes, le vol des terres, la destruction de centaines de villages, les massacres et la soumission par la violence puis par la loi de ces populations par le nouvel État d’Israël.

Cette politique coloniale entamée dès 1947 n’a depuis jamais cessé quelle que soit la couleur des gouvernements qui se sont succédé. Elle est intrinsèque à l’État d’Israël tel qu’il s’est construit avec l’appui politique, économique et idéologique des puissances occidentales sur fond de culpabilité liée à l’Holocauste. L’Histoire a prouvé qu’il était illusoire de penser que le crime absolu de la Shoah pouvait se réparer par une injustice envers les Palestinien.nes.

Si la résistance acharnée des Palestinien.nes a ouvert dans les années 90 la possibilité d’une étape à deux États dans la résolution du conflit, celle-ci a été systématiquement sabotée par les gouvernements israéliens. Ces dernières années, ceux-ci se sont radicalisés, menant en toute impunité un véritable génocide à Gaza, poursuivant l’éviction des Palestinien.nes de Jérusalem Est, l’annexion de fait de la Cisjordanie et en soutenant sans réserve la violence des colons.

La structuration actuelle de l’État d’Israël par sa politique coloniale, ses lois d’exclusion et de ségrégation est incompatible avec une solution juste et pacifique pour tou.tes les habitant.tes de Palestine quelles que soient leurs origines et religions. Il appartient aux Palestinien.nes de déterminer les évolutions et solutions politiques nécessaires au respect de leur droits. Ces évolutions ne pourront se concrétiser sans une totale refonte des institutions, lois, règlements, de l’Etat d’Israël et des différentes administrations palestiniennes qui gouvernent aujourd’hui l’ensemble de la Palestine historique.

Déduire de ce constat l’expulsion des juifs et accuser ceux et celles qui le font d’antisémitisme relève de la manipulation qui ne vise qu’à maintenir le statu quo. L’extension de la définition de l’antisémitisme à toute critique de l’État d’Israël et de ses gouvernements ne cherche qu’à criminaliser le soutien grandissant aux droits bafoués des Palestinen.nes. Il faut refuser l’équation “juif=sioniste=israélien” qui conduit à séparer les Juifs du reste du monde, à les transformer en étrangers dans leurs propres pays et banalise l’antisémitisme. Au Pays Basque les juifs font partie intégrante de sa population et il faut être absolument vigilant afin que la colère légitime contre les crimes de l’État israélien ne conduise jamais, sous l’effet de ce confusionnisme, à les en rendre responsables.

De notre côté, soyons clairs et sans ambiguïtés dans les slogans que nous utilisons pour soutenir la Palestine. On peut très facilement trouver des slogans parfaitement clairs : liberté pour la Palestine, stop au génocide, non à l’apartheid, etc. Ne prenons donc pas le risque de choisir des slogans ambigus que des antisémites pourraient s’approprier ou que les soutiens d’Israël pourraient manipuler pour éluder leurs responsabilités.

Boycott, sionisme, colonisation, fait colonial, fait national

Le document d’EH Bai Baiona revient aussi sur différentes campagnes de boycott concernant les relations économiques avec Israël, rappelant leur importance pour la solidarité avec la Palestine. Il ne dit rien sur le boycott dans les relations culturelles. L’affaire du boycott de Barbara Butch à Grenoble en juillet, après une campagne de LFI qui avait été jusqu’à interrompre le spectacle, avait suscité force controverses. A Hendaye, La campagne de LFI a abouti à l’annulation préventive du spectacle.

Un appel paru le 29.7.26 dans Libération

Collectif Juives et Juifs pour le respect des droits du peuple palestinien

Disons-le tout net, pour nous, ce qu’a subi Barbara Butch est inacceptable et les arguments pour le justifier sont fallacieux. Outre que Barbara Butch est la cible de l’extrême droite antisémite et homophobe, elle est revenue elle-même le 23 mai 2026 sur France 24 sur sa signature d’une tribune soutenant la loi Yadan : «J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire. On a tous le droit à l’erreur.» Que le représentant local de LFI balaie cette position d’un revers de main est le signe d’un aveuglement politique inquiétant: les individus n’auraient donc pour eux aucune possibilité de changer de position et resteraient marqués à vie pour une déclaration conjoncturelle. Que des personnes censées être de gauche puissent produire à cette occasion un tract reprenant des tropes homophobes et antisémites est alarmant. La direction de LFI devrait s’interroger sur les raisons qui ont permis qu’une telle dérive puisse voir le jour.

Juives et Juifs pour le soutien au peuple palestinien, nous sommes d’autant plus scandalisés par une telle affaire qu’elle permet aux zélateurs de la politique israélienne de reprendre l’offensive en essayant une fois de plus d’assimiler antisionisme et antisémitisme et de délégitimer la politique de boycott de l’Etat d’Israël. Il nous faut donc clarifier un certain nombre de points.

Pas de boycott généralisé

Tout d’abord, pas plus que les musulmans ne peuvent être tenus responsables des crimes jihadistes et n’ont pas à se justifier en permanence, les Juifs ne sont comptables de la politique criminelle de l’Etat d’Israël. Toute attitude qui, de fait, traite les Juifs comme un tout et les essentialise est antisémite. Nous refusons qu’un individu soit stigmatisé pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait ou dit et nous récusons l’injonction adressée à tous lesJuifs de soutenir inconditionnellement l’Etat d’Israël.

Les appels au boycott des produits israéliens, le refus de recevoir les actuels dirigeants del’Etat d’Israël ou les demandes de suspension de l’accord UE/Israël sont des moyens de pression politique tout à fait justifiés aussi longtemps que cet Etat ne reconnaît pas les droits nationaux du peuple palestinien et viole le droit international. Cependant la nature de ce boycott doit être précisée. Si l’appel au boycott des marchandises produites dans cepays est justifié ainsi que la rupture des accords de coopération comme celui avec l’Union européenne, la question des organisations de la société civile et des personnes demande un traitement spécifique. Sauf à rendre responsables tous les Israéliens des crimes de leur gouvernement, on ne peut prôner un boycott généralisé.

Nous devons, au contraire, soutenir celles et ceux qui, certes aujourd’hui très minoritaires dans la société israélienne, dénoncent inlassablement la politique colonialiste et fasciste de leur Etat. Il était ainsi aberrant que le cinéaste Nadav Lapid, contempteur de la politique israélienne, ait été empêché de participer au Festival international du cinéma de Marseille.Doivent être en revanche condamnés et boycottés les institutions et individus qui, partout dans le monde, soutiennent la politique raciste et colonialiste israélienne. On le voit, la question du boycott renvoie, in fine, à celle de l’analyse de l’Etat d’Israël et donc du sionisme. Suivant l’analyse que l’on en fait, ce qui devra être boycotté sera différent.

La question du sionisme

On est ici ainsi confronté à la question du sionisme, mouvement nationaliste juif. Il vise à regrouper dans un Etat tous les Juifs du monde,considérant qu’ils n’auraient pas de place dans les pays où ils vivent. Il a abouti à la colonisation de la Palestine ainsi qu’à l’expulsion par la force d’une grande partie de ses habitants. Cependant le fait colonial sioniste a débouché sur un fait national israélien. Une culture proprement israélienne a vu le jour. Les exemples ne manquent pas d’Etats issus d’un processus de colonisation, tels ceux du continent américain issus d’un processus de conquête qui plus est de nature génocidaire.C’est aussi le cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Ces colonisations ont abouti à la création de nations dans des processus complexes où la bataille pour la reconnaissance des génocides et des droits des populations autochtones est encore en cours et fait l’objet de violents conflits.

En Israël, l’inclusion des citoyens non juifs n’a jamais été voulue, sapant le caractère prétendument démocratique de l’Etat. Cette réalité est porteuse d’un conflit sur le caractère même de l’Etat. Comme l’affirmait dès 2005 un des idéologues suprémacistes juifs Moti Karpel : «C’est sur l’axe Juifs-Israéliens que se profile le prochain combat. Ceux qui sont d’abord Juifs font face à ceux qui sont d’abord Israéliens. […] A la vision israélienne d’un Etat pour tous ses citoyens, avec tout ce que cela signifie, il faut opposer la vision d’une démocratie juive.» C’est ce programme mortifère qui a été mis en œuvre avec la loi fondamentale de 2018 qui consacre Israël comme Etat-nation juif et «la colonisation comme valeur nationale.» L’esprit de cette loi avait été résumé à l’époque par la ministre de la Justice Ayelet Shaked : «Le sionisme ne doit pas – et cela n’adviendra pas – continuer à se soumettre à un système de droits individuels interprétés de manière universaliste.» (Cité par Sylvain Cypel, l’Etat d’Israël contre les juifs, La Découverte, 2020.) La lutte du peuple palestinien pour ses droits nationaux doit aller de pair avec la lutte à l’intérieur même d’Israël pour l’égalité des droits et pour une démocratie effective.

Juives et juifs pour les droits du peuple palestinien, vivant en France, nous sommes solidaires de ces deux combats.

Et pour conclure provisoirement…

Ces points de vue ne sont pas totalement partagés dans l’ensemble du mouvement de solidarité avec la Palestine. En particulier l’idée qu’il y ait un « fait national israélien », bien que cet Etat soit issu d’un processus colonial, et poursuive la colonisation. Si l’on refuse de jeter les Palestiniens ou les Israéliens à la mer, sur le territoire de la Palestine historique, du Jourdain à la mer, il y a deux peuples qui devront trouver une forme de coexistence pacifique, malgré le génocide en cours. Israël n’a pas d’avenir sous sa forme actuelle d’Etat-nation réservé aux Juifs un Etat d’apartheid. La proposition actuelle à deux Etats nations est invivable, mais peut être une étape vers des Etats plurinationaux, en attendant l’utopie d’un Etat laïque, démocratique, plurinational. Ce sera aux intéressés d’imager une solution pour cette coexistence.

La cause de la Palestine est particulièrement populaire au Pays basque. Il suffit de constater le succès du film Naza à l’Atalante, où les 3 séances ont fait le plein de la grande salle. Pourtant, sauf de rares exceptions, les manifestations ne sont pas à la hauteur. EH Bai Baiona propose des slogans sans ambigüité, susceptibles de rassembler plus largement. Un chemin à suivre.

Patrick Petitjean, 17 octobre 2026

Bayonne, chronique municipale n°5 : Torpeur caniculaire

Screenshot

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

Lors de ce conseil municipal, aux rangs un peu clairsemés, 3 sujets ont émergé : l’officialité des langues basque et gasconne, le coût du stationnement et (comme sujet « cavalier » importé) le stand du EHKS aux Fêtes de Bayonne. Mais quand cette chronique est rédigée, une semaine après, on peut se demander ce qu’il reste de près de 4h de séance. Seul le stationnement fit controverse, et des points méritant débat furent effacés. La canicule a accentué la traditionnelle torpeur estivale.

Ecouter le CM : https://www.youtube.com/watch?v=XauxhOBTNq4

Les interventions évoquées dans le billet font référence au minutage de cette séance.

Canicule et adaptation au changement climatique

Le plus étonnant est sans doute le silence général sur la canicule, uniquement présente à travers la tenue vestimentaire des élu.e.s. Et l’enjeu de l’adaptation qui l’accompagne. Plusieurs délibérations à l’ordre du jour permettaient pourtant d’accrocher cet enjeu, notamment les questions budgétaires.

Canicule au conseil du 23 juillet

Il y aurait pourtant eu, du côté de la municipalité, matière à vanter son action matière de végétalisation et sa réactivité avec l’envoi des écoliers en surchauffe dans les locaux climatisés de l’AB Campus.

Du côté de l’opposition il y avait matière pour souligner le retard pris dans l’adaptation au réchauffement climatique, loin de l’autosatisfaction affichée par la municipalité dans son bilan du Plan de Transition Ecologique et Solidaire (PTES). Et de proposer un état des lieux, établi de manière contradictoire pour déboucher sur des propositions d’accélération de cette adaptation. Pourquoi pas une convention citoyenne ?

D’autres sujets méritaient débat, comme le règlement intérieur, actualisé tous les 6 ans. Peut-on démocratiser ce conseil municipal, malgré le caractère autocratique du maire? Le thème de la « gouvernance après » avait fait l’objet de nombreuses propositions de Bayonne en Mouvement pendant la campagne électorale. Cette bataille politique aurait pu être prolongée à cette occasion.

Dissolution d’Israël. Confusion totale.

Le premier sujet qui a marqué ce conseil a été glissé par Henri Etcheto en tout début de séance (9’) en commentaire d’une décision concernant l’occupation du domaine public par des stands à l’occasion des Fêtes de Bayonne. Il a commencé par réaffirmer son soutien au peuple palestinien, mais il s’est ému que le « Conseil socialiste » (branche d’EHKS en Iparalde) ait pu disposé d’un stand avec du matériel hostile à Israël. Selon lui, EHKS accompagne une « campagne honteuse » appelant à la destruction de l’État d’Israël, comme le maire a pu le constater lui-même lors des Fêtes de Pampelune. A Bayonne, le mot d’ordre est « édulcoré » avec l’appel à la dissolution d’Israël. « Une incitation à la haine qui n’a aucune place dans notre République, sur le territoire basque et dans notre ville ». Pour lui, refuser la dissolution d’Israël ne vaut pas soutien à la « politique épouvantable » du gouvernement israélien d’extrême-droite. Il déplore que la ville ait apporté sa caution (avec aussi les gains financiers de la buvette) à EHKS, et estime qu’il y a eu manque de vigilance.

Sollicité sur ce qu’il avait vu aux Fêtes de Pampelune, le maire a embrayé en racontant en détails sa réaction : il a a été choqué, dit-il, à la vue de la banderole (immense) « Destroy Israël ».

Puis il passe à un récit, plus descriptif que politique, de ses relations avec la branche jeunesse d’EHKS en Iparalde : il en a fait connaissance pendant l’été 2025 quand ils ont occupé le bâtiment de l’ancienne Atalante. Il les avaient rencontré et obtenu leur départ.

On apprend d’ailleurs au passage (15’43’’) que ce bâtiment est « aujourd’hui en ruine ». A l’époque, un rapport du COL sur l’état du lieu avait été annoncé pour l’automne 2025. S’il existe, il n’avait donné lieu à aucune communication. C’est une révélation importante.

Le groupe des jeunes d’EHKS est, par la suite, venu demander un stand et une buvette pour les Fêtes de Bayonne : accordé à la Poterne, mais de petite dimension. Il les a convoqués après ce qui s’était passé aux Fêtes de Pampelune, pour leur interdire une banderole semblable, sous la menace d’arrêter toutes les Fêtes (rien que ça). Il n’y a donc pas eu de banderole à leur stand.

Le maire a profité de cette discussion pour assumer la disparition cette année des drapeaux israélien et palestinien du Pont Saint Esprit. L’an passé, des « groupuscules extrémistes » lui avaient demandé d’enlever le drapeau israélien. Après son refus, ils avaient « lapidé » ce drapeau. Il avait alors, pour calmer les esprits, fait installer un drapeau palestinien. Cette année, il a annulé d’un même mouvement Israël et la Palestine…, au prétexte de ne pas créer de polémiques.

La banderole rue Marengo. Capture d’écran

En s’en tenant à un récit très factuel et lisse, mettant en avant la manière dont il avait contrôlé la situation, le maire a évité de réagir aux accusations de manque de vigilance Henri Etcheto.

Déborah Loupien-Suares (24’45’’) a pris ses distances avec le discours lisse du maire, menant la charge contre l’antisémitisme qui, selon elle, se cache derrière l’antisionisme, se référant aussi à l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble. Elle a été « choquée » par le stand d’EHKS à La Poterne. Elle signale aussi qu’une banderole rue Marengo appelant à la dissolution d’Israël avait du être enlevée.

Selon elle, la communauté juive à Bayonne a été inquiète de cette ambiance, et s’est sentie mise en danger, au point de se poser la question d’annuler un concert programmé à la synagogue (il a été maintenu).

Jean-Claude Iriart (29’) a tenu à exprimer son accord avec tout ce qu’Henri Etcheto avait dit.

Commentaires

Sans surprise, et malgré quelques coups de chapeaux rituels, des Palestiniens et du génocide, il ne fut guère question pendant cette demi-heure, surtout consacrée à l’EHKS.

Ce slogan « dissolution d’Israël » est profondément contre productif, et ce débat l’a montré : il brouille le message de soutien au peuple palestinien et de dénonciation du génocide à Gaza. Il ne permet pas de réaliser les alliances nécessaires à ce soutien, au contraire. Il cautionne les discours de l’Iran ou du Hamas. Il est loin de la coexistence entre deux Etats en Palestine (géographique). Et encore plus loin de la perspective d’un Etat binational, laïque, avec égalité des droits, tel que la gauche (y compris palestinienne) le défendait dans les années 1970 : même si un Etat binational laïque impliquerait la dissolution de l’Etat d’Israël sous sa forme actuelle.

Ce point du conseil municipal a donné lieu à des articles dans Sud Ouest et Mediabask, ainsi qu’une mise au point du collectif Baiona Palestinarekin, à l’initiative de la banderole. Ce collectif avait d’ailleurs déjà organisé fin juin une manifestation à Bayonne dont l’affiche comportait ce même slogan.

Cela vaut la peine d’y revenir dans un autre billet

Officialité des langues basque et gasconne

Ce point avait été reporté du précédent conseil municipal, suite à des doutes sur la conformité juridique avec la constitution qui institue le français comme langue de la République. Selon l’interprétation dominante, donner un statut officiel à d’autres langues mettrait en danger l’unicité de la République.

La fédération des acteurs de l’euskara, Euskal Konfederazioa, avait demandé avant les élections aux candidat.e.s de s’engager à reconnaître cette officialité. Ce qu’avaient fait à Bayonne tant le maire que les listes de Bayonne en Mouvement (Jean-Claude Iriart) et Bayonne tout simplement (Henri Etcheto). Les raisons et l’importance de ce vote pour la survie des langues basque (vulnérable selon l’UNESCO) et gasconne (en danger) ont été développés une nouvelle fois par Pantxo Etchegaray (31’), conseiller délégué à la politique linguistique et Jean Claude Iriart (34’30’’- 40’20’’).

Colette Capdevielle rappelé avoir fait ajouter des précisions concernant le gascon. Le maire (48’- 57’), dans un long plaidoyer, a développé les éléments juridiques pour défendre la compatibilité avec la constitution, qui a cependant besoin d’être modifiée. Il en a profité pour vanter son « courage politique ». Il a rappelé en particulier qu’il avait fait voter en 2018 une délibération semblable, non contestée par la Préfecture. Il proposera à la nouvelle CAPB de revoter un texte semblable.

Après ce débat consensuel, le vote a été unanime. Toutefois, sans avoir expliqué leur position, 3 élues ont refusé de participer au vote : Agnès Duhart, Sylvie Durruty et Déborah Loupien-Suares.

Mais ce délai de sécurisation juridique s’est avéré inutile : comme il l’avait fait pour une délibération de la ville de Sare juste avant, le Préfet a, dès le 30 juillet, déféré la délibération devant le tribunal administratif

Voir la réaction de bayonne en Mouvement :

https://www.facebook.com/search/top?q=baiona%20en%20mouvement

Actualité périscolaire

L’actualité s’est aussi imposée quand est venue en discussion une modification du règlement intérieur pour l’accès aux cantines scolaires. Il s’agissait de réserver les repas de midi aux enfants effectivement présents à l’école, pour éviter que des parents amènent leurs enfants à la cantine sans qu’ils assistent aux cours. Cette modification posait problème en elle-même : d’où venait cette pratique, en quoi était-elle abusive ?

Mais ce n’est pas ce qui a été débattu. L’actualité brûlante venait des cas de violences sexuelles envers les enfants dans des centres de loisirs. Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation et à l’enfance, qui présentait la délibération (1h36’), est rapidement passée à l’actualité en développant les précautions prises dans le périscolaire à Bayonne pour éviter des situations comme celles de Paris, Tarnos ou Biarritz, où des animateurs ont été mis en examen.

Elle a indiqué que la conception du dispositif périscolaire avait fait l’objet d’une réunion de travail début juillet avec la commission municipale élargie aux élu.e.s en responsabilité dans les écoles : appui sur un projet précis, critères de sélection des animateurs, qualification des responsables de sites, utilisation de divers fichiers judiciaires, sensibilisation aux gestes, langages et comportements, plate forme d’appel,…

Colette Capdevielle (1h42’) a abondé dans le même sens, en élargissant à la prise en charge nationale du sujet. « On va assister à une révolution culturelle dans les semaines à venir », avec une nouvelle loi en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat, qui concernera tous les secteurs où des adultes sont en contact, de toute sorte, avec des enfants. Cette loi institue un « certificat de contrôle d’honorabilité ». On part de l’enfant et de son environnement. Le certificat est vérifié tous les deux ans. « Une révolution » insiste-t-elle, « une loi terrible, très coercitive ». Tout en se félicitant que la ville de Bayonne prenne les devants, elle souligne que ni les diplômes ni l’expérience professionnelle ne sont des garanties suffisantes, ce qui nécessite d’aller plus loin dans la protection des enfants.

Stationnement au centre ville

Il était demandé aux élu.e.s « d’actualiser » la grille tarifaire du stationnement, comprendre augmenter le coût du stationnement. Loïc Corrégé (3h14), adjoint en charge de la question, a délivré en 1 minute toute la langue de bois de circonstance pour présenter la délibération : le stationnement comme levier pour faire évoluer de l’automobile vers les mobilités douces, objectif défini par le fameux PTES ; la grille tarifaire qui fait encore plus office de levier ; mais comme l’usage de la voiture reste important, la nouvelle grille tarifaire se doit de répondre « aux besoins (en stationnement) des résidents, des usagers pendulaires, des visiteurs et des chalands ».

D’emblée, Henri Etcheto (3h15) a annoncé que son groupe voterait contre cette grille, pour 3 raisons : l’augmentation des tarifs pour les résidents, le déploiement de nouvelles places gratuites pendant 30 minutes, et les nouveaux aménagements au détriment des résidents. Et de conclure « au final, les habitants du centre ville devront payer plus cher avec moins de places à leur disposition ». Ila a reproché à la municipalité de considérer le centre ville comme un centre commercial davantage que comme un lieu de résidence. On avait rarement entendu Henri Etcheto défendre les habitants du centre ville avec une telle vigueur…

Au passage, il a relevé l’hypocrisie de la politique municipale : pour réduire l’usage de la voiture, elle encourage le fait de faire ses courses en voiture en multipliant les places « 30 », ce qui, mécaniquement, augmente la possibilité de rotation des voitures sur une seule place et donc la circulation.

De manière plus surprenante, mais sans en tirer de conclusions concrètes, Henri Etcheto s’est lancé dans une violente dénonciation de la place accordée aux deux-roues motorisés par la ville : les places qui leur sont réservées voient leur nombre augmenter, et elles sont gratuites. Pour lui, motos et scooters sont « le pire » mode de déplacement, pour l’impact environnemental, la tranquillité publique et les risques sanitaires. En contre point, il a évoqué la manière dont les grandes villes s’attaquent au problème.

Pour sa part, Joé Mendes Monteiro (3h18) a relevé le caractère estival fréquent des augmentations. Il a déploré l’absence d’une tarification sociale pour le stationnement : encore une fois, la justice sociale est oubliée. D’autres villes savent marier justice sociale et écologie. Le groupe Bayonne en Mouvemen s’abstiendra.

Dans sa réponse, Loïc Corrégé a expliqué que les places « 30 » sont appréciées aussi des résidents, et qu’elles permettent de limiter les voitures « ventouses ». Puis le maire a vanté le succès populaire du tram-bus et la suppression de plusieurs centaines de place de stationnement en quelques années. Comme réponses à l’opposition, ce fut léger et à côté, comme toujours.

Vigilance. Le vilain petit canard s’incruste

On n’a pas pu ne pas remarquer, lors de ce conseil, l’interventionnisme de Pascal Lesellier, l’élu du RN. Il diversifie ses interventions et ne se contente pas de dénoncer tout ce qui concerne les quartiers populaires (politique de la ville, place des Gascons, soutien aux associations) « par souci des finances de la ville ».

Il se montre « constructif » en présentant un amendement (accepté par le maire !) en défense du gascon dans la déclaration sur les langues. Il plaide pour la géothermie au lieu de la filière bois pour le réseau de chaleur du Prissé (Laurence Hardouin et le maire doivent lui expliquer qu’il n’a rien compris). Il prend prétexte du budget supplémentaire sur les fêtes pour lancer un assaut contre le stand d’EHKS disant que que les organisations d’extrême-gauche prenaient les Fêtes en otage avec leur soutien à la Palestine et à l’ETA, pour dénoncer leur antisémitisme et souligner la mansuétude du maire à leur égard. Il termine son intervention en se réclamant de l’histoire de Bayonne et de Benjamin Gomez, fondateur des fêtes, dont il semble se proclamer l’héritier. Quand au soutien à l’Aviron bayonnais, il aurait préféré que cet argent aille à la rénovation des écoles…

Les réponses du maire oscillent entre l’indifférence, la pédagogie et l’ironie. Mais pas vraiment de politique. L’opposition de gauche réagit peu. Plusieurs élu.e.s sont venu.e.s en renfort quand Lesellier s’est attaqué au GIP-DSU pour expliquer les activités associatives ainsi financées. Et heureusement, Colette Capdevielle (3h01) a pris la mouche (vraiment politique) pour défendre les quartiers en politique de la ville et le GIP-DSU, reliant les critiques de Lesellier aux problématiques générales du RN.

On aurait tort de sous-estimer cette omniprésence de l’élu RN et la diversité de ses interventions. Il y a un combat politique à mener pied-à-pied.

Prochain conseil 15 octobre.

Patrick Petitjean, 3 août 2026

Le Piment bayonnais, 3 ans déjà. Stop ou encore ? Augmenté ?

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Nouveau : On peut joindre le piment bayonnais pour proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Ce blog, Le Piment bayonnais a été lancé en mars 2023, déjà plus de 3 ans. Alors que la ville de Bayonne est repartie pour 7 ans de pouvoir des mêmes notables conservateurs, c’est l’occasion de faire un bilan de ce que ce blog a pu apporter, et de réfléchir à sa nécessaire transformation pour l’adapter aux nouveaux contextes, locaux et nationaux. Comment le faire évoluer pour améliorer et augmenter son impact. Comment élargir son équipe de rédaction, et les sujets abordés ? On y reviendra sous peu.

A propos

Sous ce titre, le premier article publié (encore accessible sur la page du blog) présentait ainsi le projet :

« Il y a une absence à Bayonne, celle d’un media d’opinion clairement engagé du côté de l’écologie, de la démocratie et de la solidarité, un media qui prend parti sans être partisan, un media qui anime modestement la vie politique locale en rupture avec le conformisme ambiant » (…)

« Un blog pour contribuer modestement à l’information et aux débats sur la vie locale, à l’analyse et au décryptage de la politique municipale, au repérage des stratégies et dynamiques à l’oeuvre où se dessine déjà le futur préparé par notre caste dirigeante ».

« Un blog pour pimenter – c’est son titre – la « soupe politique » locale qui nous est servi par un milieu politique conservateur. « étouffe-citoyen.ne » même, où les connivences sont anciennes et nombreuses entre les différents milieux politiques, économiques, sportifs ou professionnels ».

Tous les articles publiés sont archivés sur la page globale du blog, dans l’ordre inverse de leur publication.

Statistiques

Depuis l’origine, 130 billets ont été publiés, soit une moyenne de 3,4 par mois. 10 957 personnes sont venues sur le blog, et ont consulté 15 109 articles.

On peut remonter au détail de ces chiffres pour différentes périodes : les billets les plus consultés, les modes d’accès au blog, la localisation des villes, et des pays, où s’est faite la connexion au blog.

Il y a deux modalités d’accès aux billets : soit directement avec leur adresse sur wordpress, soit par la page du blog où sont conservés tous les articles dans l’ordre inverse de leur parution. C’est pour cela que le site « lepimentbayonnais » figure au milieu des billets les plus consultés.

A chaque parution de billet, la pub en était faite en mettant l’adresse sur X et sur Facebook. Avec le boycott de X, il n’est resté que Facebook ; la consultation est donc très dépendante de l’effet amplificateur des partages. L’évolution se voit dans les modes d’accès selon les périodes. Au fil du temps, les moteurs de recherche ont pris une place de plus en plus importante (même si ma stratégie de référencement est « primaire »).

J’ai fait des saisies d’écran sur 3 périodes, dépendant de la manière dont WordPress construit les statistiques : la première année, 2023 ; les années suivantes, de janvier 2024 au 26 mai 2026 ; le dernier mois, du 27 avril au 26 mai 2026. Cela concerne un tableau avec les visites et leurs origines, et un tableau avec les villes de connexion (sauf pour 2023).

L’année 2023

1 521 visiteurs, soit un peu plus de 30 par mois en moyenne et 2 169 vues. Le lancement est poussif, avec une faible communication (Facebook et Twitter)

L’essentiel des accès au blog se fait à partir de Facebook. Les billets les plus consultés sont très divers – mais sans doute est-ce le reflet de la diversité des sujets abordés. Sur les 10 premiers, 4 concernent l’urbanisme à Bayonne, 3 les Fêtes et 2 une occupation pour la sauvegarde de terres agricoles.

Les trois dernières années, du 1.1.24 au 26.5.26

En 2024, 1 901 visiteurs et 2 622 vues, mieux qu’en 2023, mais pas tant que cela. En 2025, 4 927 visiteurs et 6 726 vues, cela décolle, on se rapproche des élections municipales. En 2026 (au 26 mai), 2 608 visiteurs et 2 119 vues.

Une dominante renforcée pour l’urbanisme (logement et aménagement), pour son traitement politique par la ville (conseils municipaux, enquêtes publiques) ou les projets eux-mêmes : au total 7 billets sur 10. L’accès au blog et aux billets se fait de manière équivalente entre les moteurs de recherche (Google) et le « guidage » via ma page Facebook (j’ai quitté Twitter).

En dehors de la page globale du blog, deux articles arrivent largement en tête : l’extension de la clinique Belharra pour un institut du sport, qui camouflait un hôtel de tourisme, avec 884 vues – une dénonciation d’Alday comme requin immobilier, avec 787 vues (billet qui continue régulièrement à être vu, au contraire du « camouflage »). Puis l’artificialisation du domaine de Lana, les « cachotteries » (augmentation de la taxe d’aménagement à Citadelle / Laharie), la mort de la cité populaire Citadelle, l’enquête publique du Sequé 4, le projet Rive Droite de l’Adour, l’occupation de l’ancienne Atalante.

Au fin fond de la liste des 130 articles, les bides, le record étant deux billets au cours de la campagne électorale, avec 4 vues chacun seulement (les droits de l’enfant et le droit d’interpellation)

Difficile de savoir où les Bayonnais.e.s voyagent ou s’exilent. Derrière Bayonne, il y a Paris, puis les principales villes de Nouvelle Aquitaine. Mais la fonction « localisation » est-elle toujours bien activée au bon endroit ?

A noter que les deux premières villes étrangères identifiées pour les connexions sont Dublin (98) et Ashburn (61) en Virginie (USA), hauts lieux des entreprises de la Tech. Ashburn est considérée comme la capitale des datas centers : cela ressemble à de l’aspiration de données pour l’IA.

Les 30 derniers jours, du 27 avril au 26 mai 2026 : la popularité persistante d’Alday

Google et facebook continuent à être les voies privilégiées d’accès aux articles.

585 visiteurs et 720 vues pour ces 30 jours, où se détachent un seul article : la chronique municipale partiale n°3, avec 270 vues (en 20 jours), la n°2 ayant moins percuté : présentation différente ? Avec toujours Alday parmi les plus vus…

Parmi les 10 premiers articles consultés, il y a 6 articles anciens, datant de 2025, voir de 2024. En premier lieu, l’article sur Alday, requin de l’immobilier, publié en août 2025. Faut-il y voir le produit d’une recherche google sur les avis concernant Alday par des personnes cherchant à acheter un logement ? Parmi les autres articles anciens consultés, on trouve Stérin et ses plus belles fêtes (août 2025), Bouygues et Nexity (octobre 2025), la forêt humide du Habas (mai 2025), la mort de la citadelle (février 2025), l’avis défavorable de l’enquête publique sur le Sequé 4 (janvier 2024). Et dans les suivants, l’enquête publique sur l’extension de Belharra (juin 2025), l’ancienne Atalante (octobre 2025) ou le débat sur le Sequé 4 au conseil municipal (février 2024).

Pas de différences notables avec le tableau « 3 ans ». Ashburn apparaît encore 7 fois

Et aussi

Pour les pays étrangers, on voit le bruit de fond du système internet mondialisé. Mais pour les USA qui émergent significativement, quelle interprétation ?

Contribuer aux débats politiques bayonnais : l’ambition initiale a été partiellement remplie, mais avec une concentration de fait sur des thèmes plus concentrés (critiques de la politique municipale concernant aménagement, logement,…). Cela semble avoir induit un socle « spécialisé » de lectorat, tout en limitant sans doute l’intérêt du blog. Pour durer, le blog va se transformer, en premier lieu en construisant un véritable comité de rédaction doté d’une charte éditoriale. Un Piment « augmenté » avec l’intelligence (collective, cela s’entend). Cela vous intéresse ?

Patrick Petitjean, 31 mai 2026

Rappel : Tous vos commentaires, toutes vos remarques et critiques sont bienvenues : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Batera. Le chemin fragile vers une CTSP basque

La plate forme Batera était entrée en sommeil après la création de la CAPB en 2017. Elle en avait, en grande partie, porté le projet. Elle a été relancée, il y a un an, dans l’objectif de la faire évoluer vers une Collectivité Territoriale à Statut Particulier (CTSP) dotée de compétences plus larges, notamment dans le domaine social. Elle a tenu son assemblée générale le 9 mai. Malgré les incertitudes politiques hexagonales pour 2027, et en dépit (ou paradoxalement en raison) de l’élection d’Alain Iriart à la présidence de la CAPB, cette perspective s’est compliquée depuis un an.

Retour sur l’avant CAPB

Batera est une plate forme lancée en 2002 autour de 4 objectifs : co-officialisation de la langue basque, création d’un département Pays basque, d’une chambre d’agriculture et d’une université de plein exercice. Sa charte a été signée par 110 associations, syndicats et mouvements représentant ainsi une large partie de la société civile du Pays basque. Malgré une campagne très active, seule la chambre d’agriculture verra une avancée importante, avec EHLG.

En 2010, les départements étant en perte de vitesse, Batera fait évoluer la demande d’un département basque vers celle d’une Collectivité Territoriale à Statut Particulier, CTSP. En 2015, profitant de l’opportunité de la loi NOTRe (qui revoit les compétences des Régions et des Intercommunalités notamment), le Gouvernement contre-propose encore autre chose : la création d’une « super-intercommunalité », regroupant toutes les intercommunalités du Pays basque. Les oppositions et les réserves ont été nombreuses, à droite de l’échiquier politique, mais aussi dans la partie le plus jacobine de la gauche. Batera s’est engagée dans le processus qui a mené à la création de la CAPB en 2017.

A l’approche de son 10e anniversaire, la CAPB n’est plus remise en cause, du moins ouvertement. Mais quant à la faire évoluer avec davantage de compétences, c’est une autre affaire.

Batera en recherche d’une nouvelle dynamique

Espelette 2025 Photo de groupe

Pour la refondation de Batera le 10 mai 2025, tous les « historiques » étaient de nouveau présents. Une nouvelle démarche définie : ne pas relancer un projet de département basque, mais s’inscrire dans la continuité de la CAPB, pour aller vers une CTSP en agrégeant de nouvelles compétences. La référence majeure était la métropole de Lyon, constituée en ajoutant les compétences départementales à celles de l’intercommunalité. Une équipe pilote a été reconstituée, rassemblant toutes les sensibilités politiques.

Devant la CAPB

L’assemblée du 9 mai 2026 à Itsasu a été l’occasion de dresser le bilan d’une année intense de réactivation et de renouvellement, rythmée notamment par un forum le 22 novembre pour imaginer une future CTSP basque, et par un travail de sensibilisation auprès des candidat.e.s aux élections municipales et communautaires. Plus que jamais, cette perspective apparaît comme pertinente.

L’objectif est d’aller vers une majorité sociale et une majorité politique, en s’appuyant sur le 10e anniversaire de la CAPB

Les diapos de l’AG sont ici : https://plateformebatera.org/une-annee-de-refondation-reussie-qui-confirme-la-pertinence-du-projet/

110 personnes étaient présentes à Itsasu, presque autant qu’à Espelette l’année précédente. Le nouveau président de la CAPB, Alain Iriart était là, ainsi que les 3 députés. Mais pas son prédécesseur. Certains de ses proches, comme Martine Bisauta et Joseba Erremundeguy, pourtant membres du groupe pilote étaient aussi absents.

Itsasu 2026 Photo de groupe

Autre problème, pouvant interroger sur la dynamique : aux côtés de l’animatrice, la dizaine d’intervenants qui ont défilé à la tribune étaient tous des hommes.

Les débats ont fait apparaître une forte demande de membres de la société civile quant à la place à accorder aux structures non institutionnelles dans la dynamique pour une CTSP basque, et surtout, leur place dans la nouvelle institution, à l’instar de celle occupée par le Conseil de Développement dans l’actuelle CAPB. Il a été remarqué que la métropole de Lyon tenait la société civile à l’écart. Batera devra composer avec une certaine méfiance envers les institutions officielles.

Ce qui peut favoriser l’évolution vers une CTSP basque

L’heure était à l’optimisme, avec plusieurs éléments favorables dans la conjoncture actuelle.

En premier lieu, la question du « social » est au coeur des attentes des habitants, à tous les niveaux institutionnels. Cela s’est vu lors des élections municipales. La CAPB a peu de compétences en la matière. Les élargir, en transférant celles du conseil départemental, semble donc particulièrement pertinent : pour être plus près des habitants et plus en cohérence avec d’autres politiques publiques. Egalement, une CTSP pourra accroître ses compétences en matière de santé, d’enseignement supérieur, des enjeux climatiques et énergétiques. Enfin, elle pourra gérer les fonds européens, essentiels en matière d’agriculture et de développement rural.

Autre élément favorable, l’expérience de la Métropole de Lyon depuis 2020, construite sur le regroupement des compétences départementale et communales. Pour mémoire, la CABP était limitée, comme toute interco, au bloc de compétences communales dont elle avait pris le maximum possible.

Troisième éléments favorable, le contexte hexagonal semble propice avec ses nombreux chantiers législatifs en cours, concernant la Corse, Mayotte, le Grand Paris, et l’Alsace notamment, sans oublier la Kanaky. Des transferts sont envisagés, ou en cours entre les différents niveaux institutionnels, comme le montre le tableau ci-dessous.

Les différentes compositions de compétences selon les CTSP

Le chantier de la décentralisation et de l’organisation des collectivités est relancé au niveau parlementaire. La fenêtre politique s’ouvre pour des évolutions institutionnelles.

L’exemple alsacien en est la démonstration : discutée à l’Assemblée nationale, l’évolution du statut de la Collectivité Européenne d’Alsace montre qu’une voie parlementaire est atteignable malgré l’absence de majorité gouvernementale. Dans ce contexte, le Pays Basque Nord apparaît en retard. Il y a urgence à organiser un débat territorial impliquant l’ensemble des acteurs du Pays Basque Nord.

… Mais des oppositions qui risquent d’être plus fortes qu’en 2015

Dans un contexte où les départements semblent institutionnellement (mais pas financièrement) plus en forme qu’il y a 10 ans, l’hostilité de Jean-Claude Lasserre (MODEM), président du conseil départemental ne surprend : moins que jamais, il accepte d’abandonner des prérogatives au profit de la CAPB. D’autant plus que le « social » est un domaine propice au clientélisme. D’autant plus encore que le nouveau président de la CAPB est un abertzale.

Itsasu 2026

Nicolas Patriarche, le maire LR de Lons, s’est expliqué dans une entretien récent avec Sud Ouest sur ses multiples raisons pour rejeter la perspective d’une CTSP :

« Le basculement abertzale de l’Agglomération basque vous inquiète-t-il ? »

« Ce n’est pas un très bon signal mais ce vote est-il seulement un vote d’adhésion aux thèses abertzale ? En posant la question, j’y réponds à moitié. Il y a des ressorts qui sont peut-être plus compliqués que cela. Cette énorme intercommunalité connaît des tiraillements entre le littoral, les villes dites riches et le Pays basque intérieur. Nous verrons le fonctionnement au quotidien. J’ai vu que les équilibres étaient respectés dans la répartition des vice-présidences. Mais les revendications de certains font peser de lourdes questions sur l’avenir et l’unité des Pyrénées-Atlantiques. On a l’impression qu’au Pays basque, on franchit chaque fois un petit palier supplémentaire. Cela m’inquiète parce que je suis attaché à l’unité de notre département ».

Autre élément défavorable qui peut faire converger réticences et oppositions, la question de l’élection des membres du conseil de la CTSP au suffrage universel, obligatoire. Sous couvert de défense des petites communes, ces réticences avaient déjà été exprimées par plusieurs élus, dont Jean-René Etchegaray, attachés aux relations directes (et fortement clientélistes) entre le président et les maires. La question des relations entre les grosses et les petites communes se pose dans toutes les intercos, mais le suffrage direct (vieille revendication de la gauche) la rend plus sensible. Elle a été prise en considération dans la structuration de la Métropole de Lyon.

Il faudra suivre de près l’implication, ou non, des amis de l’ancien président de la CAPB dans le processus Batera. Leur absence le 9 mai était-elle seulement conjoncturelle ?

Enfin, si le contexte hexagonal est fait de réformes institutionnelles, jusqu’où est-ce propice pour une CTSP basque ? Le départ de l’Alsace de la région Grand Est a provoqué retour de flamme des jacobins de toute obédience. Blanquer, en particulier, qui avait sans doute oublié que l’Alsace formait une région à part entière jusqu’à la création des « grandes régions » supposées concurrencer les länder allemands, y a vu une « dérive différentialiste qui menace l’unité de la République ». Alors, pour le Pays basque, on imagine les discours enflammés pour s’opposer à une CTSP…

Avec le nouveau président de la CAPB

Quelles vont être les conséquences de l’élection d’Alain Iriart comme président de la CAPB ? Le raidissement de la droite était prévisible, comme celui de l’ancien président. Mais c’est l’agenda avancé par l’abertzale lors de sa candidature, qui va marquer, à court et moyen terme l’évolution de la CAPB dans un sens très consensuel. Très loin de l’autoritarisme vertical de son prédécesseur. Cela ressort aussi de la mise en place des instances de la CAPB, avec un équilibrisme compliqué qui a pu en décevoir certain.e.s..

Pendant la campagne électorale, les demandes de Batera envers les candidat.e.s étaient pressantes : lancer la réflexion sur l’évolution institutionnelle dès le début du mandat ; nomination d’un.e élu.e en charge de cette question ; mise en place d’une commission de travail ; des moyens pour cette politique ; et lancement d’une étude juridique et technique.

Mais pour le nouveau président, le chantier prioritaire à lancer est celui de la décentralisation du pouvoir politique et des services de la CAPB vers les 10 pôles territoriaux. Pas sûr que l’évolution institutionnelle de la CAPB relève de l’urgence pour Alain Iriart, même si, tôt ou tard, ce sera un sujet de son mandat.

Et si finalement, cela laissait un temps bienvenu pour approfondir le projet de CTSP basque et l’enraciner dans la population ?

Patrick Petitjean, 19 mai 2026

Instaurer le droit d’interpellation citoyenne à Bayonne

Le droit d’interpellation : c’est une notion qui commence à se frayer un chemin dans le débat public à l’occasion de ces municipales. Il permet aux habitant·es, associations et collectifs d’interpeller directement les élu·es et les services, par pétition, avec l’engagement d’une réponse institutionnelle concrète. Il ne s’agit pas d’un outil consultatif supplémentaire, mais d’un dispositif qui redonne du pouvoir d’agir et rompt avec la logique de la consultation “impuissante”. Il vise à sortir d’une invocation abstraite du RIC en proposant des modalités concrètes, déclinées localement.

La revue Mouvements a publié fin 2025 un recueil d’articles pour en détailler les enjeux, sous le titre : « Démocratie d’interpellation, les contre-pouvoirs au service de la République ». Les articles insistent sur cette notion de « contre-pouvoir », qui fait toujours peur aux élu.e.s. Le mouvement associatif, les syndicats, et plus largement la société civile, sont des contre-pouvoirs indispensables à la vie démocratique.

Le 10 février, le journal Le Monde a publié un article sur les pétitions « angle mort de la vie politique française » pour réhabiliter cette forme de prise de parole et analyser ses développements récents : de la pétition contre la oi Duplomb à la mise en place du « droit d’interpellation » dans différentes communes, en passant par la revendication du RIC

Pendant la mandature actuelle, les villes de Grenoble et de Poitiers, notamment, ont commencé à l’expérimenter, en liaison avec les Maisons d’habitant.e.s.

https://www.poitiers.fr/le-droit-dinterpellation

Ce dispositif peut permettre de redonner du pouvoir d’agir aux habitant.e.s, bien davantage que les dispositifs plus traditionnels de consultation, ou de conseils de quartier. Comment dépasser les formes décevantes de participation citoyenne, peu efficaces, et s’adressant toujours aux mêmes petites minorités ?

L’appui sur un réseau de Maisons d’Habitant.e.s, ou maisons de la citoyenneté, au plus près des habitant.e.s, est essentiel : cela permet d’accueillir les pétitionnaires, de les accompagner pour rechercher des signataires, d’assurer le suivi de la réponse institutionnelle à laquelle les élu.e.s s’engagent. Plus largement, ces Maisons ont la fonction et d’accompagner toutes les initiatives citoyennes, venant s’associations et de groupes informels. Ce nouveau droit ne peut être mis en œuvre sans ces Maisons d’habitant.e.s.

S’inspirant de ces expériences, Bayonne en Mouvement a retenu l’instauration du droit d’interpellation comme un élément de sa mesure phare sur les Maisons d’Habitant.e.s.

Elle est présentée dans le programme détaillé sur le site de la liste :

Le droit d’interpellation permet à toute citoyenne ou tout citoyen d’interpeller les élues et élus pour mettre un sujet à leur agenda de manière directe. C’est une possibilité supplémentaire de s’investir dans la démocratie locale et dans la décision municipale. Les Maisons de quartier serviront de point d’appui pour mettre en œuvre ce droit.

Pour saisir la mairie sur un sujet qu’il juge prioritaire, un.e habitant.e peut prendre l’initiative d’adresser une pétition à la municipalité. Le droit d’interpellation garantit une réponse formalisée à la demande par la municipalité. Selon le nombre de signatures de la pétition, il y a plusieurs niveaux de demandes, et de réponses, possibles, en ordre croissant :

  • 1- Rencontre sur le quartier entre les habitants (au-delà des pétitionnaires) et les élu.e.s concerné.e.s
  • 2- Constitution d’un atelier de travail sur le sujet
  • 3- Débat au conseil de quartier, pour porter une question orale au conseil municipal
  • 4- Inscription à l’ordre du jour du conseil municipal
  • 5- Tenue d’une assemblée citoyenne (ville entière ou agglomération)
  • 6- Organisation d’une votation citoyenne

(sous titre) L’appel : POUR LES MUNICIPALES 2026 : INTÉGRER LA DÉMOCRATIE D’INTERPELLATION

L’appel complet reproduit en entier ci-dessous, et est aussi ici :

L’institut Alinsky, qui en est l’initiateur, a été lancé par des chercheurs, des professionnels de la participation citoyenne et des community organizers praticiens de cette méthode en France depuis 2010. Il organise de nombreuses formations et débats sur ces sujets. Voir : https://alinsky.fr/

Il a été rejoint, pour cet appel, par le réseau « Pas Sans Nous », constitué après les révoltes de 2005 après le rapport Mehmache / Bacqué. Aujourd’hui, il joue le rôle de syndicat des quartiers populaires. https://passansnous.org/

Ont rejoint également l’appel le Collectif des Associations Citoyennes (CAC), partie « gauche » du mouvement associatif, et l’observatoire des libertés associatives.

https://www.associations-citoyennes.net/

La crise démocratique actuelle n’est pas le fruit d’un manque d’expression citoyenne, mais d’une surdité sélective des institutions qui refusent d’accueillir le conflit social. Face à la montée d’un néolibéralisme autoritaire qui marginalise les voix discordantes et répond aux contestations par la répression plutôt que par le débat, il devient urgent d’organiser politiquement la conflictualité sociale produite par les inégalités. La démocratie participative classique, pensée comme une offre institutionnelle descendante, n’est pas parvenue à résorber cette faille démocratique. 

PROTECTION ET PROMOTION DES LIBERTES ASSOCIATIVES

L’hypothèse stratégique de la démocratie d’interpellation est claire : le changement social se construit à l’articulation entre le renforcement des contre-pouvoirs citoyens et la capacité des institutions à accueillir ces dynamiques. Associations, collectifs et syndicats d’habitants y jouent un rôle aussi essentiel que les partis dans la démocratie représentative. 

En intégrant concrètement ces dispositifs à votre politique publique locale, vous faites de votre commune un espace de protection et de promotion des libertés associatives, un lieu où le conflit devient une force démocratique plutôt qu’un problème à neutraliser.  

1. Reconnaître et garantir les droits d’interpellation citoyenne 

Mettre fin à la résignation démocratique 

Les mobilisations citoyennes s’essoufflent et s’éteignent faute de débouchés institutionnels formels. Le droit d’interpellation permet aux habitant·es, associations et collectifs d’interpeller directement les élu·es et les services, par pétition, avec l’engagement d’une réponse institutionnelle concrète. 

Il ne s’agit pas d’un outil consultatif supplémentaire, mais d’un dispositif qui redonne du pouvoir d’agir et rompt avec la logique de la consultation “impuissante”. 

Des paliers qui forcent le dialogue et la décision 

Les droits d’interpellation doivent être organisé en paliers progressifs. L’atteinte de seuils de signatures ouvre automatiquement des droits spécifiques : 

  • Dialogue structuré et reconnaissance institutionnelle 

L’ouverture d’une médiation garantit un espace formel de dialogue entre le collectif porteur, l’administration et les élu·es. Des expériences locales ont montré que ces médiations peuvent déboucher sur des transformations concrètes, y compris sur des sujets conflictuels comme l’aménagement du territoire ou l’usage des pesticides. 

  • Accès à la contre-expertise citoyenne

Le franchissement de ce seuil permet l’accès à un financement pour réaliser une contre-expertise juridique, environnementale ou sociale. 

  • Mise à l’agenda d’un sujet en conseil municipal et débat public  

L’atteinte d’un seuil supérieur garantit l’inscription automatique du sujet à l’ordre du jour du conseil municipal, permettant un débat public. Ce format permet d’enrichir les espaces de discussion politique déjà existants plutôt que de créer des espaces de consultation parallèles. 

  • Initiative décisionnelle (RIC local) 

Pour les sujets majeurs, le Droit d’Interpellation doit pouvoir déboucher sur un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) local, avec un seuil accessible. La simple existence de cette possibilité oblige les élu·es à anticiper les référendums et à mieux prendre en compte l’avis des citoyen·nes dans leurs décisions. 

Reconnaître formellement le droit d’interpellation implique également de garantir le droit de réunion et l’accès effectif aux salles municipales pour les collectifs, y compris contestataires. C’est un choix politique clair : démocratiser les lieux où se prennent réellement les décisions, plutôt que multiplier les dispositifs sans transfert de pouvoir. 

Cette logique de paliers n’a de sens que si les seuils de pétition sont maintenus à un niveau bas. C’est une condition essentielle pour garantir l’accessibilité effective du droit d’interpellation, en particulier pour les petits collectifs et pour les personnes dont les conditions de vie sont déjà fortement contraintes et qui disposent de peu de ressources pour organiser des mobilisations de masse. Des seuils trop élevés rendent les procédures les plus ambitieuses, notamment le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) local, peu crédibles et, in fine, peu utilisées. Surtout, des seuils hauts favorisent mécaniquement les groupes les plus puissants et les mieux structurés, renforçant les inégalités politiques au lieu de les réduire. Abaisser ces seuils est donc une condition démocratique, permettant l’organisation régulière de référendums locaux et affirmant que la légitimité des revendications ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes mobilisées. 

Quant au quorum de participation ou d’approbation lors du vote référendaire, nous proposons de se limiter à la majorité simple des suffrages exprimés. C’est le cas en Suisse, où une votation est  acceptée si la majorité simple des votants est atteinte, alors qu’en France par exemple le résultat du référendum local n’est mis en œuvre que si plus de 50 % des électeurs ont voté.

2. Créer un Fonds d’Interpellation Citoyenne 

Sécuriser l’indépendance financière des contre-pouvoirs locaux. 

Le financement associatif actuel, principalement orienté vers l’allocation de services, s’inscrit dans une conception délégataire de l’action publique qui cantonne la vie associative à l’exécution de politiques publiques. Cette logique encourage la dépendance financière et l’autocensure des associations critiques, qui craignent la suppression arbitraire de leurs subventions. Elle affaiblit ainsi structurellement les contre-pouvoirs citoyens. 

La création d’un Fonds d’Interpellation Citoyenne est un outil budgétaire et politique indispensable pour garantir l’indépendance financière des acteurs qui jouent un rôle démocratique fondamental. Ce fonds représente une part marginale du budget municipal, mais un levier majeur de légitimité démocratique et de prévention des conflits. 

On peut distinguer 3 fonctions indissociables :

Soutenir l’organisation collective de terrain 

Donner les moyens d’aller à la rencontre des habitant·es les plus éloigné·es des institutions, de faire émerger les colères, de structurer des revendications collectives. 

Financer les campagnes d’interpellation

Rembourser les dépenses liées aux mobilisations citoyennes (matériel, communication), sur la base de critères transparents et objectifs, par exemple en fonction du nombre de signatures recueillies, sur le modèle du financement public des partis politiques. 

Financer la contre-expertise citoyenne

Le financement d’expertises indépendantes permet aux collectifs d’étayer leurs propositions, de contester efficacement les projets officiels et de produire leurs propres savoirs sur la santé, l’environnement, l’aménagement ou la justice sociale. 

Pour garantir l’indépendance et la transparence de cet outil, le fonds peut être géré par une instance pluraliste, associant élu·es, technicien·nes et citoyen·nes, afin de limiter le clientélisme et l’autocensure. 

Patrick Petitjean, 1er mars 2026

L’appel « pour une écologie de rupture »

Un appel « à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture » a été lancé fin janvier à l’occasion des élections municipales par une cinquantaine de militant.e.s du parti « Les Ecologistes » récusant l’alliance prioritaire avec le PS au niveau national mais surtout dans plusieurs villes où traditionnellement, l’autonomie des Verts était la règle, comme à Paris. L’écho de cet appel (700 signataires à ce jour), et la violente réaction de la direction du Parti, montrent l’ampleur de la crise de l’écologie politique.

J’ai signé cet appel, que je reproduis en entier à la fin de ce billet, et qu’on peut trouver ici : https://blogs.mediapart.fr/un-ensemble-de-militant-es-ecologistes/blog/260126/municipales-2026-la-social-ecologie-preferons-l-ecologie-de-rupture?xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260126-210930&M_BT=255339085941

Le bureau politique des Ecologistes n’a voulu voir dans cet appel qu’une manipulation de LFI et quelques brebis égarées : il s’agirait « d’une démarche externe organisée en lien avec la direction de la France insoumise et des candidats sur les listes insoumises aux municipales qui se présentent contre celles soutenues par nos groupes locaux, et articulée avec quelques opérations de débauchages éparses mais mises en scène avec une communication très organisée, relayée au plus haut de l’organigramme des insoumis ». Une tribune « signée par quelques dizaines de militant·es » dont « la majorité des signataires n’ont jamais été membres du Mouvement » (29 janvier).

Contrairement à ce qu’il semble avoir compris, ce n’est pas simplement de la cuisine électorale pour les prochaines municipales . « Celles et ceux qui imaginent un complot ourdi par La France insoumise ne sont que des tacticien·nes de petite zone : des gens pour qui la politique se réduit à une mauvaise cuisine d’appareil ».

L’alliance prioritaire avec le PS, notamment dans des villes où la tradition d’EELV était autre, et où les têtes de liste ont des positions, à rebours de l’écologie (comme à Montpellier). A un moment où, de facto, le PS est devenu un soutien du gouvernement. C’est aussi une volonté de marginaliser LFI, et est donc loin de préserver le difficile chemin d’une alternative unitaire pour 2027. Le fond de l’appel n’est pas déterminé par ces municipales.

Ces réactions officielles, comme les « suspensions » de quelques signataires, sont celles d’un appareil hors sol, qui ne comprend pas la crise de ce parti, et plus profondément la faillite de l’écologie politique.

Un des initiateurs a répondu à ces réactions dans son blog sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/jerome-g/blog/310126/mon-parti-ma-quitte

Ouvrir un nouveau chemin pour l’écologie politique

Le nombre de signataires de l’appel témoigne de l’ampleur de la diaspora des écologistes de gauche et de leurs attentes au regard des enjeux qui sont (brièvement) rappelés au début de l’appel « pour une écologie de rupture ». Les discussions (visio et boucles whatsapp) entre signataires montrent qu’ils/elles ont eu des parcours multiples, la grande majorité est passée par les Verts à un moment ou à un autre. Nombre d’entre eux/elles sont encore membres des Ecologistes. Pour la plupart, LFI n’est pas une option d’adhésion : absence de démocratie interne, pas radicalement écolo. Des alliés sans doute, mais pas plus. Plusieurs signataires font partie de groupes déjà constitués qui se réclament d’une écologie radicale, populaire, sociale, etc : les qualificatifs sont variés. Tous/toutes sont conscient.e.s de la faillite des partis politiques écologistes, et plus largement de la crise d’identité de l’écologie politique : voir les deux contributions dont le lien figure plus loin.

L’appel a servi de révélateur, une référence commune en est issue, « les Verts populaires ». Mais tout reste à faire pour dessiner un nouveau chemin de l’écologie politique. Plusieurs moments d’échanges sont en cours d’organisation d’ici l’été. La suite dira si cet appel aura réussi à être le déclencheur d’une nouvelle « composition » dans l’espace de l’écologie politique de rupture, de transformation sociale.

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture

Jamais l’humanité n’a marché aussi près du précipice, au risque de sa propre survie et de celle de l’ensemble du vivant. Alors même que la conscience de la crise climatique n’a jamais été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante à l’échelle planétaire. Cette vague brune emporte avec elle les droits sociaux, les libertés publiques, les protections de l’environnement, ainsi que l’État de droit, le droit international et le multilatéralisme.

L’ordre du monde vacille et notre siècle voit se multiplier crimes de masse et génocides, exposés en direct sur nos écrans. Dans l’indifférence, et parfois la complicité, des dirigeants mondiaux. À cette violence globale s’ajoute une offensive ciblée contre celles et ceux qui défendent concrètement le vivant et les droits sociaux.

Partout dans le monde, des défenseuses et défenseurs de l’écologie sont assassiné.es parce qu’ils et elles s’opposent à des projets miniers, pétroliers, agro-industriels ou de déforestation — notamment en Amérique latine, devenue la région la plus meurtrière pour ces combats. Entre 2012 et 2022, deux mille personnes ont été assassinées dans le monde. Cette répression touche aussi syndicalistes, leaders communautaires, féministes et journalistes. C’est un même front : contre l’écologie, contre le social, contre la démocratie.

La France, puissance économique et militaire, n’échappe pas à cette vague réactionnaire, aux teintes brunes, allant du lepénisme aux courants identitaires dont le point de ralliement est l’islamophobie. Elle constitue même un risque majeur de bascule mondiale, comparable à l’Allemagne des années 1930.

Face à cette bascule, alors même que jamais la conscience de la crise climatique n’a été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, la question de l’unité de la gauche et des écologistes est une responsabilité politique majeure : les choix d’alliances que nous faisons aujourd’hui, y compris au niveau municipal, engagent directement notre capacité collective à résister à la vague réactionnaire et à transformer concrètement le quotidien.

Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire. Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Écologistes est devenue illisible en votant, au même moment, les motions de censure au Parlement à l’opposé du Parti socialiste.

Trop souvent, l’écologie a été assimilée à des politiques néo-libérales de régulation environnementale qui ne sont pas notre projet. Les ZFE en sont un parfait exemple : le gouvernement macroniste, condamné par la justice européenne, refuse d’assumer ses responsabilités et se défausse sur les collectivités locales, tout en leur refusant les moyens d’un accompagnement social nécessaire.

Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons.

La nouvelle séquence politique est marquée par l’effondrement du bloc (il)libéral et l’ouverture d’un affrontement entre l’extrême droite et la reconstruction d’un bloc populaire, social, progressiste, écologiste et unitaire. Dans ce contexte, l’écologie doit devenir l’un des piliers d’un projet majoritaire, ancré dans le réel social — travail, logement, santé, mobilités, alimentation, énergie — et indissociable de la dignité humaine. Cela implique une rupture avec le capitalisme productiviste et ses logiques de prédation : le temps des écologies dépolitisées est révolu.

Mais cette écologie de transformation ne saurait être technocratique et asociale. Elle doit être concrète et populaire, s’ancrer dans les communes, dans les quartiers, dans les bassins de vie, là où se vivent les tensions entre la fin du mois et la fin du monde, là où se construisent aussi les solidarités, les nouvelles pratiques, les résistances et les bifurcations. En démocratie, le pouvoir n’est légitime que s’il est conquis par le peuple, exercé et contrôlé par lui. C’est à cette condition que l’action publique trouve sa légitimité, et que l’écologie cesse d’être perçue comme une contrainte pour devenir une promesse partagée. L’écologie peut et doit assumer d’être une force de recomposition sociale, altermondialiste, décroissante et démocratique.

Avec l’immense majorité du pays, nous clamons que les luttes sociales et les luttes écologiques sont indissociables. Nous avons maintenant besoin de les intégrer organiquement, car toute mesure pleinement écologique est sociale, et toute mesure pleinement sociale est écologique.

Nous, signataires, n’acceptons pas que l’écologie se dissolve à nouveau dans la social-démocratie.

Le rassemblement de la gauche et des écologistes doit se construire et se renforcer sur la base unitaire issue du programme du Nouveau Front populaire et de sa dynamique, ce qui inclut évidemment de travailler avec l’ensemble de la gauche.

Compléments

Et pour compléter l’appel, voici deux contributions sur les impasses actuelles de l’écologie politique, accessibles sur les blogs de Mediapart :

L’une d’Yves Guillerault « L’écologie met pied à terre » qui revient sur la trajectoire de l’écologie politique depuis les années 1970 : « La débandade écologiste, avec ralliements à LFI ou au PS, démontre qu’une culture d’écologie politique n’existe pas encore dans ce pays. Après l’utopie des années 1970, l’écologie de parti se résume aujourd’hui à des luttes bourgeoises pour la conquête de strapontins dans l’architecture peu démocratique de la politique professionnelle et du pouvoir. Or l’écologie politique se joue sur le terrain ».

L’écologie politique met pied à terre

L’autre, signée K1000, « réponse d’un écologiste suspendu », qui plaide pour la réconcialiation de l’écologie politique avec quelques éléments basqiues du marxisme.

https://blogs.mediapart.fr/k1000/blog/090226/critique-de-la-social-ecologie-reponse-d-un-ecologiste-suspendu-la-direction-de-son-parti?xtor=CS3-5

Tout a une fin

J’avais rejoint les Verts en 1988, avec des dizaines de militant.e.s venant de la gauche alternative et/ou autogestionnaire, un mouvement qui avait contribué à enraciner les Verts à gauche au début des années 1990, et qui marquait son enracinement dans l’héritage de mai 1968.

J’en suis resté membre (hormis une parenthèse de 2 ans quand j’habitais dans les Landes) malgré la droitisation sensible depuis la participation au gouvernement sous Hollande en 2012, accentuée avec la candidature Jadot en 2022. Le congrès du printemps 2025 a complété cette évolution politique par un verrouillage en règle du parti par un clan, une centralisation à rebours des traditions écolos, et une personnalisation outrancière autour de Marine Tondelier. A l’issu de ce congrès, j’ai décidé de ne pas renouveler ma cotisation en 2026. Le lancement à contretemps par Marine Tondelier de sa candidature à la Présidentielle, puis la répression contre les signataires de l’appel fin janvier n’ont pu que me conforter dans ma décision.

J’étais donc présentement « adhérent en retard de cotisation », c’est fini.

Les Soulèvements de la Terre : l’avenir de l’écologie politique ?

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Corridas à Bayonne. Une tradition opaque et délétère.

Le devenir des corridas à Bayonne s’est invité lors du conseil municipal du 11 décembre. Il était question d’une modification du budget annexe « fêtes et corridas ». Comme chaque année, Mixel Esteban (ex-EELV, opposition) a demandé la séparation en 2 de ce budget, pour clarifier les finances du volet « corrida ». Et là, surprise : « bon sang, mais c’est bien sûr, on y pense depuis longtemps » a réagi Yves Ugalde, adjoint tauromachique. Que peut bien cacher ce changement de pied ? Et quel rôle joue encore Jean Lartigue, le mandataire qui commence à ressembler au sparadrap du Capitaine Haddock ?

Les corridas s’invitent au conseil municipal

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion est entre 3h06 et 3h11

Mixel Esteban

Quand Mixel Esteban rappelle sa position traditionnelle pour la séparation du budget des fêtes traditionnelles de celui pour les corridas, Yves Ugalde plussoie sur cette idée, d’autant plus, selon lui, que les corridas ont été bénéficiaires cette année. Invité à réagir, Esteban réaffirme l’importance de mettre les corridas à part et propose une régie de gestion spécifique. Il se félicite que les corridas soient devenues bénéficiaires en 2025 mais rappelle que c’est loin d’avoir toujours été le cas.

Sur la lancée, Ugalde révèle qu’il est le premier à vouloir une telle clarification, mais sans désengager la ville. Il récuse notamment l’idée d’une Délégation de Service Public (DSP) : selon lui, les 3 grandes arènes qui ont choisi cette option se trouvent en grande difficulté financière. Une régie permettrait de maîtriser complètement les dépenses, sans risquer de dépendre de financiers non-tauromachiques.

Puis, on passe à une séquence pré-électorale. Le maire rend un hommage appuyé au trio qui pilote les corridas : Ugalde, son adjoint dont il vante l’expertise tauromachique, Marc Amestoy, son directeur de cabinet, et Olivier Baratchart, directeur des Arènes municipales. Il vante leur compétence pour faire la chasse aux meilleurs élevages, parfois très loin de Bayonne, garantie d’avoir les meilleurs toreros.

Son discours est à la fois convenu, mettant en avant la richesse de la tradition taurine, et flatteur pour les Bayonnais « un public connaisseur ». Et d’exalter la singularité du modèle bayonnais, basé sur les Penas taurines, avec une jeunesse de plus en plus présente. Il lance un appel à maintenir cette tradition : serait-elle menacée malgré son discours apologétique ?

Ugalde s’arroge le mot de la fin : la Ville est libre de ses choix car elle n’est mariée avec personne dans le « système taurin ».

Système taurin ? On aimerait en savoir plus ce qu’Ugalde entend par là. L’appui sur un mandataire – le même depuis près de 10 ans – pour conseiller le trio en fait-il partie ? J’y reviens un peu plus loin.

Opacité et mandataire

Le mélange budgétaire avec les Fêtes rend difficile d’établir les dépenses réelles de la ville pour les corridas, directes et indirectes. Il faudrait éplucher le budget ligne par ligne, au-delà même du budget annexe qui leur est consacré. La propagande pro-corridas s’infiltre dans nombre d’opérations de communication, ou dans d’autres fêtes et spectacles : ainsi, le festival Paseo inclut dans sa brochure les corridas de la fin août. Ainsi, les fêtes de Noël comportent l’initiative « toromagique » aux Arènes, un mélange de sensibilisation des enfants à la corrida et de solidarité pour des jouets de Noël. L’aide aux Penas, pour partie, y participe aussi. Sans parler des 5 cercles taurins. Et la distribution massive de billets gratuits. Il y a un véritable « système taurin », clientéliste, municipal…

rue du Moulin à Saint Esprit

La Ville achète les toros et salarie les toreros. Cela est inscrit bien sûr dans les budgets, mais figure aussi de manière plus explicite dans des délibérations du conseil, des décisions du maire, et des marchés. Malheureusement, il ne semble pas y avoir une grande régularité dans ces actes administratifs. Pourquoi une année, et pas l’autre ? J’ai pu avoir communication de certains, dont je reproduis des extraits ci-dessous.

Au fil de ces documents, on relève des explications fantaisistes pour des marchés sans concurrence, y compris avec des engagements seulement oraux. Et toujours l’omniprésence de Jean Lartigue et de la Tomefra, dont la Ville affirmait pourtant il y a 3 ans vouloir se débarrasser. Cela sera-t-il le cas pour 2026 ? Pour la première fois, la Ville a lancé un marché avec appel à concurrence, en décembre dernier. Résultat à venir.

La Tomefra est une société de droit espagnol, basée à Bilbo, constituée en juin 2011. Elle possède aussi une adresse à Anglet. Son président est Jean Lartigue. La Tomefra est intervenue, et intervient encore, comme mandataire pour l’organisation de corridas dans de nombreuses villes du Sud-Ouest, directement ou par son président. Ce fut le cas de Soustons, Mont-de-Marsan ou Orthez. En 2025, en partenariat avec une 2ème société, la Tomefra a repris des mains de la ville d’Eauz (Gers) l’organisation des corridas de cette ville.

Jean Lartigue

Mais surtout, on en apprend beaucoup sur ses relations avec la ville e Bayonne dans un article datant du 2 janvier 2023, que l’on trouve ici :

https://presselib.com/article/corridas-un-comite-municipal-aux-commandes-a-bayonne

Selon cet article, Lartigue a déjà été mandataire pendant 7 ans pour Bayonne. Il continuera comme conseiller technique en 2023.

D’après la facture de l’achat des toros en 2024, il l’était encore. En 2014 encore. Même chose por 2025, en dépit de l’annonce par la Ville de sa volonté de rapatrier les compétences du mandataire en décembre 2024 dans sa décision d’attribution du marché. L’appel à concurrence pour 2026 se fixe le même objectif.

Alors, Lartigue, un sparadrap collant sur les mains de la Ville, tel celui que le Capitaine Haddock promène dans les aventures de Tintin ?

2024

Un arrêté a été pris le 4 juillet 2024 pour l’achat de toros pour les corridas de 2024. J’en avais déjà parlé dans un billet à l’époque : https://lepimentbayonnais.fr/2024/08/17/a-bayonne-on-a-lhumour-tauromachique-sanglant/

On peut y lire « Le marché a pour objet la création ou l’acquisition d’une oeuvre d’art ou d’une performance artistique unique » ; et encore : « chaque taureau participe à l’exécution d’un spectacle » (il faut oser présenter une mise à mort comme cela) et « chaque taureau a des caractéristiques qui le rendent unique » conséquence, selon l’arrêté, le marché peut être passé sans publicité ni mise en concurrence préalables. Merci les taureaux.

On y a aussi la confirmation que Lartigue est toujours le mandataire pour assister la ville dans les négociations d’achat, et que ces négociations « se déroulent traditionnellement de manière orale et non écrite ». Si l’on fie à la facture (squelettique) de la société Tomefra pour ce marché, il s’est monté en 2024 à 26 000 €.

2025

Pour 2025, on peut se reporter à la décision du maire en date du 9 décembre 2024, attribuant le marché de mandataire à la Tomefra, toujours sans publicité et sans mise en concurrence, mais cette fois « au regard du montant du marché ». L’article référencé pour ce « gré-à-gré » vient du code de la commande publique et non do Code général des Collectivités territoriales comme pour l’arrêté de juillet 2024.

Comme dans le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP )(1 page), il est fait état de l’engagement de la Tomefra de transférer à la commune ses connaissances et compétences comme mandataire afin que « la Ville de Bayonne puisse à court terme effectuer directement les missions » du mandataire. Le CCTP définit avec précision la fonction du mandataire, notamment tour du salariat des toreros par la Ville, charges sociales incluses. Le marché pour 2025 est encore de 26 000 euros, sans les toros.

2026

Cette fois, il y a publicité et mise en concurrence. Le marché a été lancé au début de décembre 2025, avec une échéance le 26 décembre. Le marché reste sous les 90 000 €. On attend les résultats. Le marché est très précis sur la répartition des fonctions entre la Ville et le futur mandataire. Le mandataire doit assister le trio municipal qui organise les corridas, un point c’est tout. Le mandataire n’a plus les coudées franches, semble-t-il.

Le mandataire est là pour assister le comité d’organisation et la mise en œuvre opérationnelle de ses décisions. Selon 4 axes : l’assistance – le choix et transports des toros – le recrutement des toreros et leurs contrats – la commercialisation des corridas.

La clarification amenée par ce CCTP inédit est-elle un autre volet de la mise en ordre (et en conformité) du dossier « corridas » par la Ville en cohérence avec les déclarations lors du Conseil municipal ?

L’Union des Villes Taurines de France (UVTF)

Bayonne adhère à l’UVTF, ainsi qu’à d’autres associations pro-corridas. Le coût de l’adhésion n’est pas négligeable. Semble-t-il, cela n’entre pas dans le budget annexe… Il y a deux factures annuelles, l’une pour une part fixe (5 000 €) et l’autre pour une part variable indexée sur le nombre de spectateurs (plus de 20 000 revendiqués en 2024). Voir la photo de la facture variable pour 2024. J’attends communication des factures pour 2025

Le président de l’UVTF est Julien Dubois, maire de Mont-de-Marsan, récemment épinglé pour être un conducteur obstiné sans permis. Il avait donné une interview à Sud Ouest le 10 novembre 2024 pour présenter et faire le bilan de la saison tauromachique. Selon lui, 55 villes sont adhérentes, en quasi totalité dans le sud-ouest et le sud-est. C’était au moment de la discussion au Sénat de la proposition d’interdire les corridas aux mineurs, derrière laquelle il voyait le début de la fin : les organisateurs pouvant être eux-mêmes poursuivis en cas de présence de mineurs. D’où un « état de veille permanent sur tout ce qui pourrait porter atteinte aux corridas ».

Quelques mois après, le maire de Vieux-Boucau décidait de ne plus organiser de corridas dans les Arènes de la Ville, tout en continuant d’y organiser d’autres spectacles taurins sans mise à mort, comme des courses landaises. Un double sacrilège pour le président de l’UVTF : interdire les corridas, et, en même temps, poursuivre les spectacles taurins. Une dissociation impossible à admettre pour l’UVTF, qui a menacé d’exclure Vieux-Boucau. Peur de la disparition ?

Voir mon billet de mars 2025 après la décision de Vieux-Boucau.

Dans la propagande pro-corridas, à Bayonne comme ailleurs, on cherche de plus en plus à cacher le mot « corridas » (et son image souvent négative) derrière l’euphémisme de « spectacle taurin », et d’y assimiler les jeux taurins, spectacles de rue, encierros, courses landaises ou camarguaises.

Une tradition délétère

Les corridas sont interdites en France par l’article 521-1 du Code pénal, réprimant le délit de sévices graves et d’actes de cruauté envers les animaux domestiques. Mais elle n’est pas considérée comme une infraction là où existerait une “tradition locale ininterrompue”, sans que soient précisés les périmètres géographiques concernés. Elle est donc simplement tolérée, en l’occurrence dans une cinquantaine de villes.

pena taurine à Saint Esprit

La ville de Bayonne se réclame malheureusement de cette tradition délétère. Les traditions ont un début et une fin, même à Bayonne. Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, du droits des animaux, comment peut-on vouloir défendre le vivant, et ne pas vouloir mettre fin à ce spectacle dégradant, une école de la violence et de la cruauté ? Comment prétendre « agir pour une meilleure cohabitation animal/humain en ville » (selon le plan de transition écologique et solidaire de la ville de Bayonne) et continuer à se réclamer de cette tradition ? S’il est des cultures et des traditions qui font partie de l’identité basque, les corridas n’en font pas partie. Zezenketarik Ez !

Patrick Petitjean, 8 janvier 2026

Tauromachie : Roca Rey ou les grimaces barbares

Le film d’Albert Serra, « Tardes de Soledad », est un documentaire sur Andrès Roca Rey, un torero idole des promoteurs de corridas. Il est régulièrement fait appel à lui à Bayonne et Mont-de-Marsan. Le film a fait l’objet d’une forte promotion, avec invitation du réalisateur, au Pays basque et dans les Landes, régions supposées acquises à la tauromachie. A sa sortie le 26 mars, les critiques cinématographiques ont été partagé.es.

Un appel au boycot avait circulé à Bayonne, mais j’ai voulu voir le film de mes yeux malgré mes préventions, peut-être par masochisme. J’en ai davantage appris sur l’idéologie du réalisateur que sur les corridas. Le film a permis aussi de donner à voir et à entendre le caractère peu reluisant du milieu tauromachique.

Si dans Le Monde ou Libération, iels ont souligné les ambigüités du film. D’autres ont été laudatifs : « Une beauté et crudité stupéfiantes » (Télérama) ; « Film brillant et émouvant » (La Règle du jeu) ; « Le Torero star au visage d’ange » (Paris Match). Sauf dans un billet de blog sur Mediapart (« L’ouvrier dans un abattoir »), les taureaux sont quasi-invisibilisés. Les seules photos du film diffusées par le distributeur (Dulac) sont des photos de Roca Rey, pas des taureaux, documentaire oblige sans doute.

Pourtant, ce qui frappe en premier dans le film, ce sont les scènes de cruauté, voir de boucherie. De ce point de vue, il n’y a pas de silence du réalisateur : le film ne cache rien des sévices subis par les taureaux, même s’il ne s’agit que de rares plans au regard de la longueur du film. Taureaux ensanglantés par les banderilles, achevés par l’estocade, longue séquence sur le corps du taureau en train de mourir, et traîné sans attendre en dehors de l’arène. Dans des entretiens, Albert Serra explique même que Roca Rey lui avait demandé de couper au montage des séquences trop violentes, par peur de provoquer des réactions hostiles à la corrida… La barbarie des corridas n’est pas son sujet.

Albert Serra en artiste complaisant

Le film figure en page de couverture des Cahiers du Cinéma, illustrant la prévalence du focus « esthétique » chez les critiques professionnels sur le focus « sens »du film. Rendez-nous Jean-Luc Godard (« un travelling, c’est une affaire de morale »)…

L’entretien du réalisateur avec le journal Libération (le 26 mars 2025) est de ce point de vue plus terrifiant pour ce qu’il révèle de lui, que le sujet même de son film.

Selon Albert Serra, il a du faire preuve d’équilibre pour traiter d’un « rituel violent, sacrificiel, atavique ». L’entretien témoigne de l’inverse.

L’esthétisation de ces rites barbares est assumée par Serra : « La corrida est un rituel qui est par définition formel. Même s’il y a de la cruauté réelle, la répétition millénaire de la chose en fait une allégorie. Il n’y a pas vraiment de contenu à ce spectacle, seulement une forme par laquelle on pénètre dans un autre temps ». Il y a là une curieuse reprise du récit pro-corrida sur une tradition millénaire, et surtout l’évacuation de la cruauté sous forme d’une courte incise, vite évacuée.

La suite mérite aussi d’être citée : « Les gens s’ennuient dans l’arène à attendre la ‘magie’ que que produisent l’harmonie entre les gestes du torero et la force du taureau. Alors se joue la rencontre, profondément inégale, faite de domination, mais quand même tendue, incertaine sur le moment, entre la condition animale et la condition humaine. C’est un espace de déchaînement de la fatalité, un accès à quelque chose comme le destin ».

Et pour conclure : « les questions que je m’y pose sont d’ordre formel. Moi, je ne cherche rien, je n’ai rien à dire ». Il n’y a pas seulement banalisation et complaisance, cela va plus loin. Il y a la revendication d’un formalisme qui ne doit de comptes à personne, ni à la société humaine ni aux animaux. En quoi le statut d’artiste permettrait-il de s’affranchir de toute question morale. En quoi l’image permettrait par elle-même de transcender la morale ? Le vernis de l’art comme dernier recours de la justification des corridas.

Les moues bestiales d’un visage d’ange

Roca Rey selon Serra dans Libération : « Il y avait en lui cette poésie de l’écoute et de l’introspection. Et il est moderne, il est sur Instagram, c’est une star au cœur d’une activité archaïque. Il a un visage d’ange ».

Dans le film, ce visage d’ange multiplie davantage les grimaces, les insultes (au toro, au public), les gesticulations, les moues bestiales, les postures outrées, les vulgarités machistes, le concours phallique, voire même des rites religieux (embrasser sa médaille de la vierge).

Son entourage, filmé notamment dans le bus qui les transportent, patauge dans la vulgarité et la violence. Serra y voit de la « poésie populaire », « un langage allégorique », du « pittoresque » dans son entretien avec Libération.

E. Mathieux dans Mediapart y voit plus justement « une petite cour de chiots glapissants immatures bien qu’adultes ». Il voit dans les simagrées de Roca Rey des « torsions de dos au ralenti, insultes infamantes criées contre un taureau royal, petits pas de paon en piètre parade » qui « ne forment pas un art ».

Autant l’auteur de l’entretien dans Libération (Luc Chessel) est complaisant avec Serra, autant le 2e journaliste, Clément Colliaux, qui a réalisé la critique proprement dite, n’est pas dupe de la volonté du réalisateur d’esquiver toute position sur la corrida, en traçant le portrait d’un « mâle au virilisme douteux », qui a semblé le fasciner.

Au final, on peut regretter que l’Atalante n’ait pas saisi l’opportunité de la programmation du film pour organiser un débat sur une pratique pour le moins controversée, à Bayonne comme ailleurs, indépendamment de la tournée promotionnelle du réalisateur.

Patrick Petitjean, 6 avril 2025

Du Sénat à Intervilles, surenchères taurines

Le Sénat a repoussé sans surprise le 14 novembre la proposition de loi visant à interdire aux mineurs de 16 ans les corridas et combats de coqs. Partie remise à l’Assemblée nationale le 24 ? La tenue d’un débat au Sénat n’en a pas moins traduit des évolutions culturelles, contre lesquelles les pro-corridas sont vent debout. Leurs craintes sont justifiées comme le montre la disparition des vachettes d‘Intervilles.

Les taurinophiles à cran

Bayonne

La perspective du vote du Sénat avait galvanisé les pro-corridas, notamment l’Union des Villes Taurines Françaises (UVTF), de manière préventive.

Voir mon billet : https://lepimentbayonnais.fr/2024/10/29/interdire-les-corridas-aux-moins-de-16-ans/

A Bayonne, c’est notamment une élue municipale, Sophie Voisin, qui s’est activée dans la défense des corridas. Elle avait attiré l’attention lors du conseil municipal du 17 octobre en manifestant son refus de soutenir Paul Watson, à l’encontre de tous ses collègues. Paul Watson est actuellement emprisonné au Danemark, fondateur de Sea Sheperd, défenseur des baleines mais aussi un opposant notoire aux corridas, d’où la réaction de l’élue.

Interrogée le 14 novembre par France-Bleu, Sophie Voisin a renvoyé la responsabilité de décider aux seuls parents, pas à une institution.

Max Brisson au cercle taurin

Selon le Sénateur Max Brisson sur X, elle est à l’initiative d’une réunion des penas taurines contre le projet de loi : « Une proposition de loi entend interdire la corrida en présence de mineurs. Un texte que je combattrai au Sénat car il nie la dynamique des écoles taurines, le rôle éducatif de l’art taurin, école de la vie avec ses règles, ses codes, son savoir être. Reçu ce soir à Bayonne au cercle taurin bayonnais pour échanger avec l’ensemble des peñas taurine de la ville. Merci à Sophie Voisin, conseillère municipale de la Ville de Bayonne, d’avoir pris l’initiative de cette rencontre ».

Sophie Voisin est surtout présidente du « groupe de transmission des cultures taurines », émanation de la « commission taurine extra-municipale » que préside Yves Ugalde, adjoint « évènementiel » (et à la culture) du maire, et figure de proue des pro-corridas.

Ce dernier ne manque pas une occasion de monter au créneau. Il l’avait fait dès mi-octobre dans Sud Ouest en proclamant ( sans chiffres) que les corridas de l’été avaient vu un retour du public jeune : ce serait pour eux un « acte de rebellion », « une militance pour le droit à la différence » contre « la bien-pensance parisienne ». Il insistait aussi « Le fait taurin ne doit pas être exclu de notre nouvelle ambition de Fêtes de Bayonne les plus qualitatives possibles ». Il le fait de nouveau dans l’affaire des vachettes d’Intervilles (voir plus loin).

Le vote du Sénat

Raymonde Poncet-Monge, sénatrice écologiste du Rhône lors de son intervention au Sénat le 14 novembre

Le rejet de la proposition de loi a été voté par 237 sénateurs, contre 64. Sans surprise, les sénateurs basques de droite (Max Brisson) comme socialiste (Frédérique d’Espagnac) ont voté contre.

Le détail des votes se trouve ici :

https://www.senat.fr/scrutin-public/2024/scr2024-39.html

Les 16 sénateurs et sénatrices écologistes ont unanimement voté pour. Les socialistes se sont partagés en 2 (Eric Kerrouche, sénateur landais, votant contre). Le groupe RDPI (où figure Samantha Cazebonne, initiatrice du projet de loi) s’est aussi partagé en 2. Le PC (y compris le sénateur Kanak rattaché à ce groupe), comme les autres centristes et la droite, votant très majoritairement contre l’interdiction.

Intervilles : l’affront

Les pro-corridas, surtout les maires de l’UVTF viennent de monter au créneau pour la disparition des vachettes dans le jeu télévisé Intervilles, dont le retour est annoncé pour l’été 2025 pour 4 soirées. En faisant une campagne médiatique à propos de ce qui est un non-évènement pour la plupart des gens, l’UVTF veut accrocher le char des corridas à une défense d’une activité taurine supposée être plus consensuelle, voire populaire nationalement. Il s’agit d’une stratégie constante, et consciente, de mettre la corrida dans un écosystème dit de « culture taurine » pour la banaliser.

La mobilisation fait d’autant plus « prétexte » pour l’UVTF que l’annonce de la disparition des vachettes date déjà de 5 ans, quand l’annonce de la relance d’Intervilles pour 2020, une relance interrompue par le covid. Une disparition qui s’inscrit ans un mouvement général de France Télévisions pour réduire le recours à des animaux dans des émissions de jeux. Ainsi, les tigres ont déjà disparu de Fort Boyard.

Comme l’a bien compris Nagui, l’animateur d’Intervilles, en réagissant à cette campagne de l’UVTF,

« J’entends les discours de tradition. Mais que des déclarations comme ça sortent au moment où une loi veut interdire des mineurs dans les spectacles de tauromachie, ce n’est pas un hasard ». Il affirme son intention « d’apporter de la « modernité à cette grande kermesse… avec diversité, parité et respect de tous les êtres ».

Yves Ugalde, toujours lui, s’en explique dans Sud Ouest du 17 novembre, ne reculant devant aucun terme emphatique : « Intervilles,sans vachettes, c’est chanter sous la pluie sans la pluie, ou préparer un steak sans viande. La télévision veut réveiller une émission culte sans en assumer du tout sa substantifique moelle. La vachette est l’élément constitutif, le sel de ce divertissement. Comment peut-on en réécrire l’histoire ? ». On peut ajouter que c’est aussi comme Bayonne sans son amuseur public, un terme que ne renie pas Yves Ugalde selon les derniers Brouillarta de Sud Ouest. L’élu bayonnais regrette que l’on « détourne l’esprit de ce jeu pour des visions sociétales nouvelles. C’est une vision d’avenir que nous ne partageons pas ».

A en juger par le logo du jeu télévisé (la première photo), il est certain que les vachettes y occupaient une place centrale. Justement. Pour les générations actuelles, Intervilles appartient presque à la préhistoire de la télévision, avec les nouvelles chaînes et les plates formes. La relance n’est pas évidente. Au-delà des opinions de Nagui, Intervilles sans vachettes est un choix commercial adapté à l’évolution de la société. Ce qui fait enrager Yves Ugalde et ses valeurs tournées vers le passé.

Parmi les conseillers municipaux de Bayonne figure aussi Olivier Alleman… qui fut animateur d’Intervilles aux côtés de Nagui entre 2007 et 2011. Tout en regrettant la perte « de ce qui forme l’ADN de ce jeu », il reconnaît, dans le même article, que « la nouvelle génération appréciera ce programme qui repose sur des valeurs populaires fortes ». Le contraire d’Yves Ugalde.

Les patrons de l’UVTF, à savoir le maire de Dax et celui de Mont de Marsan, sont intervenus dans le même sens. Les trois villes ont refusé de participer à la nouvelle édition d’Intervilles. Avant même qu’une invitation ne leur soit lancée. Sans conséquence donc.

La concomitance entre le débat au Sénat et la mobilisation pro-vachettes n’est effectivement pas un hasard. Les taurinophiles ont bien perçu l’élément de fragilisation de leur écosystème pro-corridas dans l’évolution d’un jeu télévisé, dont d’ailleurs je n’avais jamais été fan…

Patrick Petitjean, le 19 novembre 2024