
Le 14 juin, un pas important a été effectué vers le retour des terres de Marienia à Cambo à leur vocation de terres agricoles. Un troupeau de « brebis rebelles » est arrivé sur le site il y a quelques jours. Et ce dimanche, en présence de 200 ou 300 manifestants, une bergerie démontable en bois a été installée pour accueillir le paysan et son troupeau. Les changements politiques survenus aux élections municipales en mars dernier peuvent conduire à l’abandon du projet Bouygues

Une longue histoire
Les mobilisations ont commencé dès 2009 contre la modification du PLU de Cambo qui rendait constructible ces terres agricoles. Bouygues, en coopération avec Office 64 pour la partie « sociale », y prévoyait 94 logements sur 3,5 ha – un chiffre actualisé en fonction de différents recours contre le PLU et contre les variantes du Permis de Construire accordé par la municipalité.
Tous ces recours ont été rejetés. Un seul et dernier appel est pendant devant le Conseil d’État.
5 associations portent aujourd’hui ces mobilisations pour pérenniser la fonction nourricière de ces terres : Lurzaindia, le syndicat ELB, le Cade, le collectif Ostia et Nahi Dugun Herria (élu.e.s abertzale à la mairie de Cambo). La défense de Marienia est devenue une lutte emblématique à l’échelle du Pays Basque, bien au-delà des organisations agricoles.

Le Piment bayonnais a régulièrement chroniqué les principales mobilisations
Samedi 25 mai 2024 à Cambo, un rassemblement pour la défense des terres agricoles a été organisé pour réaffirmer un engagement : s’opposer à l’artificialisation du plateau de Marienia. Ces 10h pour la défense des terres nourricières avaient débuté par des ateliers le matin et en début d’après-midi. Elles ont continué avec une déambulation de 300 personnes jusqu’au site. La journée s’est achevée par un concert.

En mai 2025, les manifestants ont prêté le « serment des makilas » en plantant des bâtons, en référence à ce qui s’était fait au Larzac en 1972 et à Notre-Dame des Landes en 2018. Un serment de revenir si Bouygues veut engager des travaux. Puis elles ont planté des pommes de terre, piments doux et courges pour concrétiser le mantien du catactère agricole du site.

La recolte des pommes de terre s’est faite en septembre 2025
Entre temps, une partie des légumes avaient été coupés ou arrachés. La riposte s’est faite par cla fabrication d’épouvantails.

Puis du blé avait été semé la mi-octobre, dans l’optique de la fabrication de pain. Mais le vandalisme des partisans de la bétonisation a alors augmenté d’un cran : « le champ de blé a été irrémédiablement ravagé par l’utilisation de produits toxiques et potentiellement rémanents, sans aucun respect ni pour la terre ni pour le travail des paysans. En tous les cas, cet acte malveillant est symboliquement proche de la politique de la terre brûlée utilisée par les vaincus qui préfèrent laisser derrière eux un champ de désolation. Il s’en est fallu de peu pour que les brebis présentes sur ce champ ne soient intoxiquées car le paysan avait prévu de leur ouvrir la parcelle de blé, conformément à une tradition ancestrale consistant à faire paître les brebis dans le blé à ce stade de maturité (tallage). » (Enbata, 27.04.26).

Tout change avec le résultat des municipales
En mars dernier, le projet a perdu son principal soutien politiques : le maire sortant de Cambo a été battu. Peio Etxeleku, le nouveau maire, est un des opposants de longue date à cette urbanisation. De même, Jean-René Etchegaray, qui cultivait l’ambiguïté (voir le billet référencé ci-dessus) a du laisser sa place de Président de la CAPB à Alain Iriart, opposant de longue date à ce projet. L’heure est donc aux négociations entre les parties prenantes : les prpriétaires, Bouygues, bénéficiaire de la promesse de vente, le maire de Cambo et le Président de la CAPB, en attendant que le futur PLUi concernant Cambo ne remettent ces terres en espace agricole.
La journée du 14 juin
En résonance, mais en décalage de quelques semaines avec les initiatives « fissurer le béton » (les Soulèvements de la Terre) et le Printemps des luttes fin mai, les 5 mouvements qui pilotent cette lutte ont organisé une journée symbolique de « retour des terres de Marienia à leur fonction nourricière » le dimanche 14 juin. L’objectif : installer une bergerie, démontable, en bois pour accueillir des brebis et un paysan.
Les jours précédents, des éléments de la structure avaient été préparés. Dès le 10 juin, une cinquantaine de brebis étaient arrivées sur le terrain.
Le 14 juin, le chantier a débuté dès 6h, et la structure, arrivée à 7h30, a rapidement pris forme.

Des éléments de la structure sont préparés sur place

A 11h, un débat est organisé sur l’avancement des luttes pour les terres et contre les différentes formes de bétonisation, avec l’association HELP (Bayonne, Lana et Piquessary), les collectifs contre la LGV et le projet e-cho, le syndicat ELB et le collectif Euskal Herria Bizkirik (Hegoalde).

A 13h, au moment des prises de parole des organisateurs, la bergerie avait pris forme, et on pouvait profiter de son ombre pour la pause repas.


La journée s’achève par un après-midi de musique, danse et chants.
Quant à elles, les brebis rebelles poursuivent l’occupation

Patrick Petitjean, 15 juin 2026