
Depuis le 1er juillet, les audiences de justice pour les personnes enfermées au Centre de rétention administratif (CRA) d’Hendaye droit d’asile se déroulent en visio, dans une nouvelle salle annexe du commissariat, à côté du CRA. Avocats, associations de défense des droits de l’homme et antiracistes se mobilisent contre cette réforme de Darmanin. Une centaine a manifesté devant cette salle de justice le 4 juillet. Cette réforme, qui est concomitante avec le « pacte sur l’asile » et la « directive retour » au niveau européen, marque une nouvelle détérioration du droit d’asile.
Une réforme déshumanisante
Le CRA est déjà une sorte d’annexe du commissariat, non loin de la gare d’Hendaye. Le bâtiment « annexe de justice », qui vient d’être construit, complète le complexe policier. Ce dispositif aggrave la confusion entre le ministère de la justice et le ministère de l’intérieur.

Chaque année, dans ce CRA, près de 300 personnes y sont « retenues » plus ou moins longtemps, 90 jours maximum, en attente d’une éventuelle expulsion, ou d’être relâchées. C’est un lieu de privation de liberté, une prison qui ne dit pas son nom. Au cours de ce séjour forcé, une personne est présentée devant différents juges, chargés de vérifier la régularité de leur rétention ainsi que de leur expulsion.

Pour les promoteurs de la nouvelle loi, ces procédures sont trop lourdes et coûteuses : amener la personne d’Hendaye à Bayonne avec les policiers nécessaires, entretien avec un avocat, audience, attente de la décision. Une audience en visio à côté du CRA est supposée permettre de libérer du temps (oh combien précieux) policier, de simplifier l’exercice de la justice et de faire des économies.
Les personnes retenues seront donc face à un écran, loin des magistrats, interprètes et représentants de l’État. Aux avocats de choisir d’être d’un côté ou de l’autre de l’écran.
Cette nouvelle procédure déshumanise un peu plus les procédures liées à l’asile, alors que ces audiences peuvent bouleverser la vie des personnes retenues.

Le Syndicat des Avocats de France (SAF), la Cimade, le syndicat LAB et plusieurs associations de solidarité avec les personnes exilées se sont mobilisés contre la création d’une justice dégradée avec la systématisation des procédures en visioconférence. Les personnes exilées sont toujours un peu plus stigmatisées. Est-ce un terrain d’essai avant l’extension d’une visio-justice ?
Lors du rassemblement organisé contre cette pseudo justice, une avocate du SAF a témoigné de la manière dont s’étaient déroulés les premières visio-audiences.
Témoignage d’une avocate du SAF

Nous sommes réunis aujourd’hui face au centre de rétention administrative d’Hendaye, face à la nouvelle annexe de justice, qui sert à la mise en place des visios audiences, de manière systématique, pour toutes les personnes retenues au CRA d’Hendaye depuis le 1er juillet 2026.
Cette annexe de justice construite dans le seul but de mettre en place des visio-audiences est illégale, illégitime et ne devrait pas être utilisée.
Les vidéo audiences systématisées ne peuvent qu’aboutir à une rupture des droits des personnes retenues, à renforcer leur isolement et leur enfermement, à rendre plus difficile leur défense et le respect de leurs droits fondamentaux. (…)
Les premières audiences mises en place de cette semaine ont démontré qu’il existe une réelle rupture dans les droits de la défense des personnes retenues.
En effet, cette annexe de justice est gérée par le Ministère de l’intérieur, par des fonctionnaires de police. Eux décident seul, du droit d’entrée et de sortie des personnes à l’audience. Ce sont eux qui mettent en marche la visio, qui aident la personne retenue en cas de difficultés.
Encore eux qui donnent accès au scanner pour transmettre des documents au juge.
Aucun membre du Ministère de la justice n’est présent. L’interprète n’est pas aux côtés de la personne retenue. Ce n’est pas tolérable.
Certains avocats de barreau de Bayonne ont entamé une grève de défense massive afin de faire entendre la voix des personnes retenues.
Lors de l’audience de mercredi dernier, les fonctionnaires de police ont voulu empêcher certains avocats d’entrer à l’audience sous prétexte que la jauge de sécurité de l’annexe avait été dépassée. Ils ont également voulu fouiller leurs sacs. C’est illégal et inadmissible.
Lors de l’audience du vendredi 3 juillet, le juge a entravé la parole des avocats, en les coupant et leur précisant qu’ils n’avaient que 5 minutes pour plaider, pour défendre la personne retenue. L’audience n’a pas pu être publique. Certains ont été empêchés d’entrer.
En résumé : la personne retenue est en présence unique de policiers qui décident du fonctionnement de l’audience, de la publicité de l’audience, de l’assistance ou de l’absence d’assistance à la personne retenue.
L’audience est expéditive. L’avocat est entravé dans l’exercice de ses fonctions (…).
(extrait du témoignage lu le 4 juillet lors du rassemblement)
Disons non aux CRA.
Non à l’enfermement des personnes exilées.
Pour le respect des droits de tous les justiciables, y compris les personnes « sans-papiers ».
Non aux vidéo audiences systématisées !
Patrick Petitjean, 8 juillet 2026