Bayonne : du détournement de la loi SRU

Le logement va être au centre de la campagne des élections municipales, à la mesure de la crise qui touche toutes les catégories de la population. D’un côté, nous aurons le maire-candidat, Jean-René Etchegaray, qui va se féliciter du respect de la loi SRU, et poursuivre sa politique de gentrification ; de l’autre, notamment, la liste « Baiona en mouvement », qui défend le droit au logement dans le sillage des propositions de la plate forme « Herrian Bizi », avec une priorité aux classes populaires.

Les propositions d’Herrian Bizi se trouvent ici : https://lepimentbayonnais.fr/2025/10/21/droit-au-logement-a-bayonne-1-auzolan-et-herrian-bizi/

« A Bayonne, nous sommes les seuls du Pays basque à atteindre et même dépasser la proportion de 25 % de logements sociaux au regard du nombre de résidences principales dans la ville, en conformité avec la loi SRU » : gageons que cette auto-satisfaction récurrente de Jean-René Etchegaray reviendra comme un leitmotiv dans sa campagne électorale pour « démontrer » l’attention qu’il porte aux difficultés de logement des classes populaires. Or, c’est une double mystification : il n’est pour rien dans ces 25 %, qui sont l’héritage d’Henri Grenet, maire de Bayonne de 1959 à 1995 ; et l’indice SRU est de moins en moins pertinent pour reflet l’effort fait en faveur du logement locatif social. C’est d’autant plus scandaleux que cette auto-satisfaction s’accompagne du renvoi vers les villes voisines des demandeurs de logement locatifs sociaux.

Menaces sur le logement social et la loi « Solidarité et Renouvellement Urbain » (SRU)

Dernières menaces contre cette loi, le 20 janvier, un projet de loi (à l’initiative d’une sénatrice LR) portant sur le logement a été adopté en première lecture par le Sénat. Figure dans de projet de nouvelle loi l’intégration des logements locatifs dits « intermédiaires » (LLI) dans les critères SRU pour avoir le label « logement social » : les LLI sont des logements aidés, où les plafonds de ressources pour en bénéficier sont élevés, ce qui les rend accessibles aux ménages aisés. Rien de social en réalité. HSA incorpore déjà des LLI dans ses constructions du Prissé et de Citadelle. Construire des LLI fait monter l’indice SRU.

Mais le plus stupéfiant dans ce projet de loi, c’est un amendement soutenu par le gouvernement pour définir les places de prison comme du logement social, pouvant donc être comptées dans l’indice SRU, selon Mediapart du 20 janvier. De quoi le faire exploser à la hausse, à Bayonne notamment… Heureusement, à une voix près, l’amendement a été repoussé par le Sénat. Partie remise ? On ne rappellera jamais assez que le maire re-candidat de Bayonne est un soutien de ce gouvernement…

Cette loi sénatoriale devrait ensuite passer à l’Assemblée nationale. Mais elle a toute chance d’être court-circuitée par une « grande loi sur le logement », promise par le ministre du logement, Jeanbrun, et confirmée ce vendredi par Lecornu selon Le Monde du 24 janvier. Elle devrait venir dès la première quinzaine de février devant le Conseil des ministres. Elle devait comporter principalement une relance de la construction par de nouveaux abattements fiscaux pour l’investissement locatif, plus ou moins importants selon qu’il s’agit de PLI (prêt location intermédiaire), PLUS, PLAI. Ces logements devront garder un statut locatif pendant 9 ans, avant de pouvoir retourner à la spéculation.

Si un soutien aux bailleurs sociaux devrait figurer, avec la diminution de deux ponctions existant actuellement sur leur budget, les autres annonces laissent présager une aggravation de la situation du logement social en général et des locataires en particulier : nouvelles dispositions pour faciliter les expulsions locatives, facilitation de l’intervention des maires dans les attributions locatives (davantage de clientélisme), introduction des baux de 3 ans, assouplissement des critères de la loi SRU, privation d’APL pour les étudiants étrangers non-européens (déjà la préférence nationale). Autant dire que la résistance

La loi SRU n’est déjà plus ce qu’elle était

Au fil des années, le taux SRU de logements sociaux est devenu un mauvais indicateur de l’effort en faveur du droit au logement (de la possibilité d’accéder à un logement accessible) des classes populaires.

La loi SRU date de 2000. Elle introduisait l’obligation de construire un minimum de logements sociaux dans un certain nombre de communes (20 % puis 25%). A l’origine, quand on parlait de logement social, il s’agissait de locations pour loger prioritairement les classes populaires. Les PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration), PLUS (Prêt Locatif à Usage Social) et PLS (Prêt Locatif Social) familiaux. PLUS est la catégorie standard ; PLAI est pour les revenus les plus bas ; et PLS pour les classes moyennes.

Quand on parlait de demandeurs de logement, c’était des demandes de location faites auprès des bailleurs sociaux. Dans sa défense des privilèges sociaux, la droite cherche régulièrement à remettre en cause ou à contourner cette loi.

Le virage majeur date de l’arrivée au pouvoir de Macron. Un décret pris le 27/06/2019 en application de la loi Elan du 23/11/ 018 permet l’inclusion des PSLA (prêt social location accession) et (bail réel solidaire) BRS dans les quotas de logements sociaux reconnus par la loi SRU.

C’est un premier glissement de sens : le logement social est devenu une notion plastique, floue. Dans les récits des élu.e.s (mais aussi journalistes et parfois bailleurs), on commence par relier le logement social à la longue liste des aspirants locataires. Mais quand on parle de développer le logement social, en réalité, la priorité est devenue les BRS. Ainsi, Le Plan Local de l’Habitat (PLH) de la CAPB, voté en 2020, visait la construction de 1200 logements par an avec (déjà) 2 logements locatifs pour 1 BRS. Le bilan 2024 indique que seuls 42 % des locatifs prévus ont été réalisés, comme le montre les deux tableaux ci-après extraits de la brochure d’Herrian Bizi « Logement social, construisons la solidarité en dur » (décembre 2025).

Le logement social de 2024 n’est plus celui de 2018. Le développement des BRS, très bon outil anti-spéculatif à l’origine, est devenu un moyen de diminuer la part du logement des classes populaires.

Nouveau glissement il y a 3 ans quand le plafond pour être éligible à un BRS a été relevé pour ouvrir le dispositif aux classes aisées.

Autre opportunité de la loi SRU qui commence à être exploitée pour moins construire de logement locatif social : les logements spécifiques (étudiants et personnes âgées notamment – bientôt prisonniers?) qui émargent à la rubrique PLS non-familiaux. On voit donc se multiplier les résidences étudiantes publiques qui permettent d’augmenter l’indice SRU. Ainsi , la résidence étudiante inaugurée à Bidart il y a quelques semaines a permis à la ville de se rapprocher des 25 %. Le maire s’en est outrageusement félicité, mais s’est fait épingler par ses concurrents électoraux sur ce vrai-faux logement social. Bien entendu, les résidences étudiantes sont une nécessité pour elles-mêmes.

Tout ce qui entre dans le taux SRU : Les logements sociaux pris en compte dans les quotas SRU sont plus larges que les HLM classiques. On y trouve, pêle-mêle : les logements conventionnés ANAH, les foyers conventionnés, les résidences sociales, les places en CADA, les terrains familiaux pour gens du voyage, …

L’indice SRU est donc de moins en moins pertinent pour apprécier l’effort d’une ville pour loger les classes populaires. Un bien meilleur indicateur est le taux de logements locatifs du type PLAI, PLUS et PLS familiaux, au regard des résidences principales. Comme on le verra ci-dessous dans le cas bayonnais, ce dernier indice est nettement plus bas que le premier.

Un indice de logements locatifs sociaux en baisse à Bayonne

En 2024, selon le Répertoire du Parc Locatif Social (RPLS), il y avait 6433 HLM à Bayonne, dont 4349 construits depuis plus de 40 ans, à l’époque d’Henri Grenet. Depuis qu’Etchegaray est maire, il y a eu seulement 822 constructions de HLM… Quand il se félicite de respecter la loi SRU, en réalité il rend hommage à son prédécesseur. Quand Jean Grenet remplace son père en 1995, il y a une politique massive de construction de logements privés, « libres », une politique poursuivie pas Etchegaray, qui fait baisser le rapport entre le nombre de HLM et celui des résidences principales

Je n’ai pas retrouvé l’indice SRU quand la loi entre en vigueur en 2000, mais on peu raisonnablement supposé qu’il était très au-delà des 25 %.

Depuis, la construction de logement sociaux était calculée au plus juste, pour ne pas descendre au dessous des 25 %. Cet objectif est explicite lors du conseil municipal du 9 décembre 2020, lors de la discussion sur le PLH : Bayonne revoie à la baisse pour ce qui la concerne le nombre de HLM et à la hausse celui de BRS, qui figuraient dans le projet initial de la CAPB.

Voir mon billet déjà ancien : https://lepimentbayonnais.fr/2023/05/28/baionan-bizi-se-loger-a-bayonne-3/

Non content de se vanter pour lui de la politique mise en œuvre par Grenet père, Etchegaray renvoie la responsabilité de construire des HLM aux villes voisines sous prétexte qu’elles sont déficientes en la matière. En gros : prenez mes classes populaires, je prend vos classes moyennes

Méprisant, car il pointe négativement le locatif social comme une charge à partager avec les villes voisines, et non comme une réponse positive aux besoins sociaux.

Il s’agit d’une véritable politique de peuplement, combinant les BRS, les LLI, les 3 résidences étudiantes programmées, la notion de logement abordable…

Voir : https://lepimentbayonnais.fr/2025/07/26/gentrification-et-peuplement-a-bayonne/

Et aussi : https://lepimentbayonnais.fr/2025/10/26/droit-au-logement-a-bayonne-2-labordable-a-labordage-du-logement-public/

Le PLUi à Bayonne renforce la priorité pour les classes moyennes

Le PLUi pour les 5 communes de agglomération « côte basque Adour » a été adopté par la CAPB puis validé par les conseils municipaux. Il est en attente d’enquête publique avant une adoption définitive… après les élections municipales, et donc modifiable par les nouvelles majorités.

Le tableau qui suit, extrait de ce PLUi, pour cadrer la construction de logements sociaux (de différents types), est suffisamment explicite quand aux objectifs de Bayonne au regard des villes voisines pour ne pas nécessiter beaucoup de commentaires.

Dans les opérations de 20 logements ou plus, il est retenu l’obligation de 40 % de logements sociaux dans les quartiers périphériques, mais seulement 30 % dans les Quartiers de Politique de la Ville et à Saint-Esprit esprit où il y a déjà trop de ces logements selon la ville.

Dans les opérations de 50 logements ou plus, c’est 45 % de logements sociaux, qui se décomposent eux-mêmes en 45 % de locatifs familiaux et 55 % de BRS et PLS

Pour le diffus, il y a une norme à partir de 10 logements, voir moins, mais plus faible, sauf pour la rénovation dans le centre ancien

Dans les autres villes, c’est 70 % de logements sociaux, de manière quasi uniforme, ce qui est décomposé en 70 % de locatifs et 30 % de BRS.

Faites le calcul : 20 % de HLM à Bayonne, 49 % dans les autres villes.

Si l’indice SRU pour Bayonne est officiellement de 27,8 % aujourd’hui grâce aux BRS, l’indice HLM versus résidences principales tourne autour de 22 % (un peu plus un peu moins selon les logements livrés chaque année). Ce n’est pas vraiment glorieux, c’est un héritage, et c’est à la baisse depuis 2000.

Il est temps de revenir à une politique du logement basée sur les besoins des ménages réels inscrits comme demandeurs de logement, et non sur la volonté d’attirer les classes moyennes aisées à Bayonne.

Patrick Petitjean, 25 janvier 2026

Corridas à Bayonne. Une tradition opaque et délétère.

Le devenir des corridas à Bayonne s’est invité lors du conseil municipal du 11 décembre. Il était question d’une modification du budget annexe « fêtes et corridas ». Comme chaque année, Mixel Esteban (ex-EELV, opposition) a demandé la séparation en 2 de ce budget, pour clarifier les finances du volet « corrida ». Et là, surprise : « bon sang, mais c’est bien sûr, on y pense depuis longtemps » a réagi Yves Ugalde, adjoint tauromachique. Que peut bien cacher ce changement de pied ? Et quel rôle joue encore Jean Lartigue, le mandataire qui commence à ressembler au sparadrap du Capitaine Haddock ?

Les corridas s’invitent au conseil municipal

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion est entre 3h06 et 3h11

Mixel Esteban

Quand Mixel Esteban rappelle sa position traditionnelle pour la séparation du budget des fêtes traditionnelles de celui pour les corridas, Yves Ugalde plussoie sur cette idée, d’autant plus, selon lui, que les corridas ont été bénéficiaires cette année. Invité à réagir, Esteban réaffirme l’importance de mettre les corridas à part et propose une régie de gestion spécifique. Il se félicite que les corridas soient devenues bénéficiaires en 2025 mais rappelle que c’est loin d’avoir toujours été le cas.

Sur la lancée, Ugalde révèle qu’il est le premier à vouloir une telle clarification, mais sans désengager la ville. Il récuse notamment l’idée d’une Délégation de Service Public (DSP) : selon lui, les 3 grandes arènes qui ont choisi cette option se trouvent en grande difficulté financière. Une régie permettrait de maîtriser complètement les dépenses, sans risquer de dépendre de financiers non-tauromachiques.

Puis, on passe à une séquence pré-électorale. Le maire rend un hommage appuyé au trio qui pilote les corridas : Ugalde, son adjoint dont il vante l’expertise tauromachique, Marc Amestoy, son directeur de cabinet, et Olivier Baratchart, directeur des Arènes municipales. Il vante leur compétence pour faire la chasse aux meilleurs élevages, parfois très loin de Bayonne, garantie d’avoir les meilleurs toreros.

Son discours est à la fois convenu, mettant en avant la richesse de la tradition taurine, et flatteur pour les Bayonnais « un public connaisseur ». Et d’exalter la singularité du modèle bayonnais, basé sur les Penas taurines, avec une jeunesse de plus en plus présente. Il lance un appel à maintenir cette tradition : serait-elle menacée malgré son discours apologétique ?

Ugalde s’arroge le mot de la fin : la Ville est libre de ses choix car elle n’est mariée avec personne dans le « système taurin ».

Système taurin ? On aimerait en savoir plus ce qu’Ugalde entend par là. L’appui sur un mandataire – le même depuis près de 10 ans – pour conseiller le trio en fait-il partie ? J’y reviens un peu plus loin.

Opacité et mandataire

Le mélange budgétaire avec les Fêtes rend difficile d’établir les dépenses réelles de la ville pour les corridas, directes et indirectes. Il faudrait éplucher le budget ligne par ligne, au-delà même du budget annexe qui leur est consacré. La propagande pro-corridas s’infiltre dans nombre d’opérations de communication, ou dans d’autres fêtes et spectacles : ainsi, le festival Paseo inclut dans sa brochure les corridas de la fin août. Ainsi, les fêtes de Noël comportent l’initiative « toromagique » aux Arènes, un mélange de sensibilisation des enfants à la corrida et de solidarité pour des jouets de Noël. L’aide aux Penas, pour partie, y participe aussi. Sans parler des 5 cercles taurins. Et la distribution massive de billets gratuits. Il y a un véritable « système taurin », clientéliste, municipal…

rue du Moulin à Saint Esprit

La Ville achète les toros et salarie les toreros. Cela est inscrit bien sûr dans les budgets, mais figure aussi de manière plus explicite dans des délibérations du conseil, des décisions du maire, et des marchés. Malheureusement, il ne semble pas y avoir une grande régularité dans ces actes administratifs. Pourquoi une année, et pas l’autre ? J’ai pu avoir communication de certains, dont je reproduis des extraits ci-dessous.

Au fil de ces documents, on relève des explications fantaisistes pour des marchés sans concurrence, y compris avec des engagements seulement oraux. Et toujours l’omniprésence de Jean Lartigue et de la Tomefra, dont la Ville affirmait pourtant il y a 3 ans vouloir se débarrasser. Cela sera-t-il le cas pour 2026 ? Pour la première fois, la Ville a lancé un marché avec appel à concurrence, en décembre dernier. Résultat à venir.

La Tomefra est une société de droit espagnol, basée à Bilbo, constituée en juin 2011. Elle possède aussi une adresse à Anglet. Son président est Jean Lartigue. La Tomefra est intervenue, et intervient encore, comme mandataire pour l’organisation de corridas dans de nombreuses villes du Sud-Ouest, directement ou par son président. Ce fut le cas de Soustons, Mont-de-Marsan ou Orthez. En 2025, en partenariat avec une 2ème société, la Tomefra a repris des mains de la ville d’Eauz (Gers) l’organisation des corridas de cette ville.

Jean Lartigue

Mais surtout, on en apprend beaucoup sur ses relations avec la ville e Bayonne dans un article datant du 2 janvier 2023, que l’on trouve ici :

https://presselib.com/article/corridas-un-comite-municipal-aux-commandes-a-bayonne

Selon cet article, Lartigue a déjà été mandataire pendant 7 ans pour Bayonne. Il continuera comme conseiller technique en 2023.

D’après la facture de l’achat des toros en 2024, il l’était encore. En 2014 encore. Même chose por 2025, en dépit de l’annonce par la Ville de sa volonté de rapatrier les compétences du mandataire en décembre 2024 dans sa décision d’attribution du marché. L’appel à concurrence pour 2026 se fixe le même objectif.

Alors, Lartigue, un sparadrap collant sur les mains de la Ville, tel celui que le Capitaine Haddock promène dans les aventures de Tintin ?

2024

Un arrêté a été pris le 4 juillet 2024 pour l’achat de toros pour les corridas de 2024. J’en avais déjà parlé dans un billet à l’époque : https://lepimentbayonnais.fr/2024/08/17/a-bayonne-on-a-lhumour-tauromachique-sanglant/

On peut y lire « Le marché a pour objet la création ou l’acquisition d’une oeuvre d’art ou d’une performance artistique unique » ; et encore : « chaque taureau participe à l’exécution d’un spectacle » (il faut oser présenter une mise à mort comme cela) et « chaque taureau a des caractéristiques qui le rendent unique » conséquence, selon l’arrêté, le marché peut être passé sans publicité ni mise en concurrence préalables. Merci les taureaux.

On y a aussi la confirmation que Lartigue est toujours le mandataire pour assister la ville dans les négociations d’achat, et que ces négociations « se déroulent traditionnellement de manière orale et non écrite ». Si l’on fie à la facture (squelettique) de la société Tomefra pour ce marché, il s’est monté en 2024 à 26 000 €.

2025

Pour 2025, on peut se reporter à la décision du maire en date du 9 décembre 2024, attribuant le marché de mandataire à la Tomefra, toujours sans publicité et sans mise en concurrence, mais cette fois « au regard du montant du marché ». L’article référencé pour ce « gré-à-gré » vient du code de la commande publique et non do Code général des Collectivités territoriales comme pour l’arrêté de juillet 2024.

Comme dans le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP )(1 page), il est fait état de l’engagement de la Tomefra de transférer à la commune ses connaissances et compétences comme mandataire afin que « la Ville de Bayonne puisse à court terme effectuer directement les missions » du mandataire. Le CCTP définit avec précision la fonction du mandataire, notamment tour du salariat des toreros par la Ville, charges sociales incluses. Le marché pour 2025 est encore de 26 000 euros, sans les toros.

2026

Cette fois, il y a publicité et mise en concurrence. Le marché a été lancé au début de décembre 2025, avec une échéance le 26 décembre. Le marché reste sous les 90 000 €. On attend les résultats. Le marché est très précis sur la répartition des fonctions entre la Ville et le futur mandataire. Le mandataire doit assister le trio municipal qui organise les corridas, un point c’est tout. Le mandataire n’a plus les coudées franches, semble-t-il.

Le mandataire est là pour assister le comité d’organisation et la mise en œuvre opérationnelle de ses décisions. Selon 4 axes : l’assistance – le choix et transports des toros – le recrutement des toreros et leurs contrats – la commercialisation des corridas.

La clarification amenée par ce CCTP inédit est-elle un autre volet de la mise en ordre (et en conformité) du dossier « corridas » par la Ville en cohérence avec les déclarations lors du Conseil municipal ?

L’Union des Villes Taurines de France (UVTF)

Bayonne adhère à l’UVTF, ainsi qu’à d’autres associations pro-corridas. Le coût de l’adhésion n’est pas négligeable. Semble-t-il, cela n’entre pas dans le budget annexe… Il y a deux factures annuelles, l’une pour une part fixe (5 000 €) et l’autre pour une part variable indexée sur le nombre de spectateurs (plus de 20 000 revendiqués en 2024). Voir la photo de la facture variable pour 2024. J’attends communication des factures pour 2025

Le président de l’UVTF est Julien Dubois, maire de Mont-de-Marsan, récemment épinglé pour être un conducteur obstiné sans permis. Il avait donné une interview à Sud Ouest le 10 novembre 2024 pour présenter et faire le bilan de la saison tauromachique. Selon lui, 55 villes sont adhérentes, en quasi totalité dans le sud-ouest et le sud-est. C’était au moment de la discussion au Sénat de la proposition d’interdire les corridas aux mineurs, derrière laquelle il voyait le début de la fin : les organisateurs pouvant être eux-mêmes poursuivis en cas de présence de mineurs. D’où un « état de veille permanent sur tout ce qui pourrait porter atteinte aux corridas ».

Quelques mois après, le maire de Vieux-Boucau décidait de ne plus organiser de corridas dans les Arènes de la Ville, tout en continuant d’y organiser d’autres spectacles taurins sans mise à mort, comme des courses landaises. Un double sacrilège pour le président de l’UVTF : interdire les corridas, et, en même temps, poursuivre les spectacles taurins. Une dissociation impossible à admettre pour l’UVTF, qui a menacé d’exclure Vieux-Boucau. Peur de la disparition ?

Voir mon billet de mars 2025 après la décision de Vieux-Boucau.

Dans la propagande pro-corridas, à Bayonne comme ailleurs, on cherche de plus en plus à cacher le mot « corridas » (et son image souvent négative) derrière l’euphémisme de « spectacle taurin », et d’y assimiler les jeux taurins, spectacles de rue, encierros, courses landaises ou camarguaises.

Une tradition délétère

Les corridas sont interdites en France par l’article 521-1 du Code pénal, réprimant le délit de sévices graves et d’actes de cruauté envers les animaux domestiques. Mais elle n’est pas considérée comme une infraction là où existerait une “tradition locale ininterrompue”, sans que soient précisés les périmètres géographiques concernés. Elle est donc simplement tolérée, en l’occurrence dans une cinquantaine de villes.

pena taurine à Saint Esprit

La ville de Bayonne se réclame malheureusement de cette tradition délétère. Les traditions ont un début et une fin, même à Bayonne. Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, du droits des animaux, comment peut-on vouloir défendre le vivant, et ne pas vouloir mettre fin à ce spectacle dégradant, une école de la violence et de la cruauté ? Comment prétendre « agir pour une meilleure cohabitation animal/humain en ville » (selon le plan de transition écologique et solidaire de la ville de Bayonne) et continuer à se réclamer de cette tradition ? S’il est des cultures et des traditions qui font partie de l’identité basque, les corridas n’en font pas partie. Zezenketarik Ez !

Patrick Petitjean, 8 janvier 2026

Bayonne : l’Atalante vise la rue des Graouillats

Le conseil municipal du 11 décembre – le dernier de la mandature – fut consensuel selon les journaux. Il fut surtout un pré-lancement de la campagne électorale du maire sortant et futur candidat à sa succession. Il y eu nombre de glorifications de la politique suivie, pleine de succès et d’adhésion populaire : la réouverture du musée Bonnat-Helleu, la sécurité, la médiathèque, la bonne santé financière, etc. Ce qui n’alla pas sans accrochages avec quelques élu.e.s critiques. Mais également, au fil des délibérations, on a vu apparaître de potentielles futures annonces électorales. Et notamment un agrandissement du cinéma L’Atalante.

l’entrée de la rue des Graouillats depuis le quai

Une délibération portait sur l’achat par l’Etablissement Public Foncier Local (EPFL), pour le compte de la Ville, d’un immeuble situé 3 rue des Graouillats, dans le quartier Saint Esprit. « Graouillats » vient sans doute du Gascon, pour grenouilles. C’était orthographié « Graouillet » au moyen-âge, et l’existence de cette rue est attestée depuis le XVIIe siècle. C’est un quartier anciennement marécageux, et toujours sujet à inondation. La photo ci-après a été prise au petit matin du 11 févier 2024, à l’angle de la rue des Graouillats et du Quai Amiral Sala où se situe l’Atalante.

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion se situe entre 2h25 et 2h29. Alain Lacassagne présente la délibération sur l’achat de l’immeuble 3 rue des Graouillats et pointe la proximité avec l’Atalante pour justifier l’opération.

3 rue des Graouillats : immeuble vendu… à l’EPFL

Le maire insiste en faisant l’apologie de l’Atalante actuelle, qui manquerait, selon lui, d’une ou deux salles compte tenu de son succès. Il souligne les bas tarifs de l’Atalante, tout en manifestant son ignorance de ces tarifs, hésitant entre 4€, 4,5€ ou 5€ pour les abonnements. Et de faire honte à l’opposition qui avait osé critiquer le dépassement du coût des travaux pour le nouvel immeuble quai Amiral Sala : le coût final étant quasiment le double des 2 à 2,5 millions prévus. Comme si la dérive des coûts était la source du succès, plutôt que la qualité de la programmation, ou l’attractivité la terrasse sur les bords de l’Adour.

En conclusion, Yves Ugalde est revenu sur la comparaison entre le GCR, avec 188 567 spectateurs dans ses 7 salles à Glain, et l’Atalante avec 171 000 spectateurs dans seulement 3 salles.

Yves Augalde adjoint à la culture et à la corrida, lors du conseil municipal du 11 décembre

La convention qui définit le portage financier par l’EPFL pour la Ville explicite les objectifs :

« – conforter l’offre en équipement culturel en lien direct avec la proximité du cinéma d’art et d’essai afin de développer l’attractivité du quartier Saint Esprit ;

produire des logements sociaux dans le cadre de la politique volontariste de la Ville ».

De l’ancienne à la nouvelle Atalante

L’ancienne Atalante était composée de trois salles : la salle historique, rue Denis Etcheverry, et deux salles (L’autre Cinéma) quai de l’Amiral Sala, de l’autre côté du Pont Saint Esprit. Devant le nombre croisant de spectateurs, la Ville, en accord avec l’association « Cinéma et culture » qui gérait ces salles, a décidé la construction d’un nouveau cinéma. La Ville a acquis l’immeuble à côté de la salle quai Sala. Le regroupement des deux immeubles permet l’existence de 3 salles à cet emplacement. La Ville est propriétaire, et l’association est locataire. Les nouvelles salles furent inaugurées fin août 2019.

Si le gain en places est minime (une vingtaine), on peut y voir un « geste architectural » en bord de l’Adour, comme la ville et friande en d’autres endroits de cette rive. On peut aimer, ou ne pas aimer ce « geste », en rapport avec son coût très élevé. Ce qui marque ce nouvel Atalante est d’ailleurs l’existence d’une terrasse en bord de l’Adour pour son bistrot, dont le succès a été de pair avec l’augmentation du nombre de spectateurs.

L’Atalante en deux immeubles quai Sala

Et l’Atalante craque de nouveau devant la fréquentation, tant des salles que du bistrot.

Pour se donner un peu d’air, pour l’administration de l’ensemble et la gestion du bistrot, l’association a acquis, en son nom propre, il y a deux ans, le rez-de chaussée du 1 rue des Graouillats, cet immeuble étant géré sous le registre d’une copropriété. Mais ce local est impropre à répondre au besoin d’une autre salle.

L’acquisition par la Ville du 3 rue des Graouillats permettra-t-il d’y répondre ? La faisabilité technique est très loin d’être évidente. Cependant, la ville dispose (3b rue des Graouillats) d’un peit parking en surface qui pourrait être utilisé. Mais peut-être, l’Atalante bis n’est-il qu’une promesse en vue des élections, dont il ne restera que du vent dans quelques années, comme tant d’autres mirages électoraux ?

Entre temps, le bâtiment de la salle historique se dégrade, de manière accélérée depuis qu’elle a été totalement murée en septembre dernier.

l’état lépreux de l’ancienne Atalante le 18.12.25

Le bâtiment avait été occupé quelques jours pendant l’été, donnant espoir d’une réouverture provisoire. Si cette occupation a permis de remettre dans le débat public la question de l’ancienne Atalante, ce fut un coup pour rien, et le silence est retombé. Début octobre, j’avais publié un billet faisant le point de la situation :

En ayant tout muré, la mairie semble jouer la dégradation progressive, et laisser la démolition comme seule perspective.

Patrick Petitjean, 19 décembre 2025

(la partie « de l’ancienne à la nouvelle Atalante » a été révisée le 20 décembre)

Droit au logement à Bayonne (2) : L’abordable à l’abordage du logement public

Vous avez aimé le Guillaume Kasbarian ? Vous dégusterez du Vincent Jeanbrun, le nouveau ministre. Il est partisan d’une remise en cause radicale du modèle français de logement social. Il surfe sur l’accentuation de la crise du logement pour tenterde faire accepter la remise en cause du modèle HLM. Il s’appuie sur la politique européenne en la matière, et sur des tendances répandues chez beaucoup d’élus : vive le logement abordable, priorité aux classes moyennes sur les classes populaires.

Ce billet fait suite à celui du 21 octobre sur les propositions d’Herrian Bizi

L’Europe

La crise du logement concerne la plupart des pays européens, ce qui a conduit la Commission Européenne à s’emparer du sujet. Elle prépare un rapport sur le « logement abordable ». Ce n’est pas une compétence directe de la CE, et les traditions politiques en matière de logement diffèrent très fortement d’un pays à l’autre. Les rapports de force politiques sont très en faveur de la droite au niveau européen. Pour elle, il s’agit de simplifier les dispositifs pour augmenter l’offre : pas d’encadrement ni de plafonnement des loyers, moins de logements publics. C’est un choix en faveur des marchés, qui s’adresse aux revenus intermédiaires. Les élu.es des Verts européens et de « The Left » se mobilisent contre les orientations proposées.

Les premières discussions pour ce rapport sont inquiétantes, même si la volonté d’agir est plutôt positive, selon la Fondation pour le logement (FPL). Il s’agirait de créer une nouvelle catégorie, présentée comme sociale, le logement abordable, intermédiaire entre le social public et le privé. Ce serait très régressif par rapport au logement social à la française, comme par rapport aux coopératives en Suisse ou en Autriche.

Selon le rapport de la FPL sur le mal-logement en Europe, les besoins en logement se concentrent sur les bas loyers. «  Il ne s’agit pas en soi de critiquer le soutien aux classes moyennes, mais de souligner que cette réorientation s’opère au détriment des ménages à faibles revenus et des publics vulnérables, pourtant les plus exposés aux situations d’exclusion du logement », précise le rapport.

https://www.fondationpourlelogement.fr/mal-logement-en-europe-29-des-menages-en-difficulte/

Photo Alda

Une tradition bayonnaise

Cela fait bien longtemps que la municipalité bayonnaise a introduit les mots « logement abordable » dans sa politique du logement, de manière vague au début. Il est omniprésent dans les discussions sur le PLH en 2020, lorsque la ville de Bayonne réussit à faire revoir à la baisse les objectifs fixés à l’origine par ce PLH pour ce qui la concerne. Voir ce billet :

La problématique du logement abordable est à la base des chartes de « mixité sociale ».

Elle est aussi à l’oeuvre dans l’introduction des LLI (logement locatif intermédiaire) dans le programme des bailleurs sociaux. Les LLI ne sont accessibles qu’aux classes moyennes supérieures et aux plus aisées. Voir :

Les pactes pour la mixité sociale

Le 5 avril 2023, Etchegaray faisait voter par le conseil municipal une dite « charte de mixité sociale » entre la ville, les promoteurs immobiliers et les bailleurs sociaux, fixant la proportion des divers types de logements dans les grosses opérations immobilières. Voir toujours le billet : https://lepimentbayonnais.fr/2023/05/28/baionan-bizi-se-loger-a-bayonne-3/

Ce pacte fixait à 45% au moins (dont 30% locatifs et 15% BRS) le pourcentage de logements sociaux, et donc 55% de libres, dont au moins 15% de prix maîtrisés, pour les grands projets.

Pour les opérations plus petites, c’est différencié selon les secteurs.

Ces chiffres avaient vocation à se retrouver dans le futur PLUi, mais ont pu évoluer depuis deux ans. Le PLU en vigeur est encore plus souple. Le projet de nouveau PLUi (en attente d’enquête publique) reprend les chiffres de la charte.

Le conseil communautaire du 23 mars 2024 a adopté une « charte partenariale public/privé en faveur du développement du logement social et de l’accession libre abordable », Le glissement vers le terme « abordable » est lourd de sens. J’ai publié un 2e billet sur le pacte communautaire :

Ce pacte communautaire prévoit que dans les opérations qui ont moins de 60% de logements sociaux, les logements libres devront être, pour moitié des « logements abordables ». Les échelles de prix sont précisées, et, surtout la « cible » sociale est les ménages qui sont au niveau du plafond LLI (Logement Locatif Intermédiaire) plus 30% : autant dire les classes moyennes aisées, pas les plus proches des classes populaires. Avec, comme toujours une clause antispéculative limitée à 10 ans, et donc un obstacle très temporaire à la spéculation.

Ces pactes « gravent dans le marbre » la priorité politique pour le logement des classes moyennes. Etchegaray met l’accent sur les contraintes qu’ils feraient peser sur les promoteurs. Les bailleurs sociaux ayant pris le compétence « aménagement », ils peuvent jouer le rôle de maître d’ouvrage, et donc avoir la main par rapport aux promoteurs quand à la conception de l’opération, au-delà des typologies de logements.

Malgré ces contraintes, c’est bien d’une aide au secteur privé dont il s’agit, comme le souligne un article du journal Sud Ouest le 16 octobre avec son titre : « les bailleurs sociaux à la rescousse du privé ». Selon le journal, jusqu’à récemment, ce sont les opérateurs privés qui construisaient, et revendaient en VEFA (Vente en l’Etat Futur d’Achèvement) des appartements aux bailleurs sociaux pour en faire des HLM. Et même, ces appartements étaient vendus « à un prix inférieur au coût de production » et « le manque à gagner était répercuté sur le prix des logements libres » : les promoteurs comme bienfaiteurs des HLM, il faut oser.

Mais maintenant, comme le fait remarquer Lausséni Sangaré, directeur de HSA, les promoteurs ont besoin, vis-à-vis des banques, de justifier de la commercialisation potentielle des appartements construits. Et la garantie d’achats par les bailleurs sociaux de 55% d’entre eux (le pacte) est plus que bienvenue.

Même s’il faut pour cela que le promoteur laisse la maîtrise d’ouvrage au bailleur, et se contente de droits à construire ou de VEFA. On est d’ailleurs en droit d’espérer davantage de transparence financière sur les transactions immobilières entre promoteurs et bailleurs, au moins autant que pour celles qui existent (en principe) au niveau d’une ville.

page du supplément immobilier de Sud Ouest le 16 octobre

Le nouveau ministre

Vincent Jeanbrun, membre exclu de LR, est porteur d’idées radicales pour le logement et la politique de la ville.Il avait présenté en juin un rapport « Réparer les quartiers. Rétablir la République », où il affirmait : « Il est urgent et nécessaire de protéger les honnêtes gens qui n’aspirent qu’à vivre en paix et en sécurité contre toute la violence qu’ils subissent au quotidien ». Il y propose la fin du logement social à vie au profit d’un bail à durée déterminée.

Il propose en outre de permettre « aux bailleurs sociaux d’expulser les locataires qui causent des troubles à l’ordre public dans l’ensemble du quartier sans avoir à saisir la justice ».

Et de suggérer, parmi les conditions pour bénéficier d’un logement social et s’y maintenir, un casier judiciaire exempt de condamnation pendant dix ans pour des faits de violences et de trafic de drogue.

Il enfourche le combat de l’extrême-droite contre « l’assistanat » en proposant de donner la priorité à ceux qui sont en situation de travail dans l’attribution d’un logement social. Il plaide pour inverser la loi SRU en limitant à 30% le nombre de logements sociaux dans chaque commune. Il encourage la vente massive des HLM à leurs locataires. Tous propriétaires, c’est la France rêvée de Jeanbrun. Comme des promoteurs.

Ventes de HLM au Pays basque

Ce n’est pas la première fois qu’un ministre pousse à la vente de HLM. Les bailleurs étaient plus que réticents au début : l’Etat baisse ses concours financiers sous prétexte que ces ventes abondent leurs fonds propres. Avec ou sans états d’âme, ils sont contraints d’appliquer la politique gouvernementale.

Ils se sont donc mis à ces ventes, mais « avec modération ». On voit régulièrement des annonces dans la presse « HLM à vendre ». Dans le supplément immobilier de Sud Ouest du 16 octobre, le bailleur Office 64 indique qu’il vend entre 5 et 10 HLM chaque année, vente réservée à ses locataires qui ont au moins 2 ans d’ancienneté. La vente se fait en BRS « pour que le bien reste dans le contingent des quotas SRU de logements sociaux ». Dont acte : il s’agit d’un transfert d’un logement locatif public à un logement semi-privé, sans d’ailleurs que l’argument de la sauvegarde du foncier public ne soit évoqué,pour le justifier. Cela diminue le parc locatif : on peut se demander si ces ventes sont toujours compensées par un nombre équivalent de constructions supplémentaires.

De son côté « pour soutenir ses fonds propres », HSA se fixe l’objectif de 20 ventes par an, en BRS, mais sans les réserver à ses locataires.

Les engagements demandés par Herrian Bizi en vue des élections municipalesde 2026 demandent donc une réorientation très importante de la politique municipale du logement à Bayonne. En particulier le 1er engagement « investir plus de moyens financiers que le mandat précédent ». Même si l’écart n’a jamais été aussi grand entre les besoins d’un côté, l’état des finances locales, le désengagement de l’Etat et le coût de la construction de l’autre. Quel.le.s candidat.es sauront répondre positivement à cet appel ?

Patrick Petitjean, 26 octobre 2025

Gratuité électorale pour la réouverture du musée Bonnat-Helleu.

Les habitant.es de Bayonne ont trouvé ces jours-ci dans leur boîte-aux-lettres l’Echo de la Cité n°2 565 un courrier, daté du 21 août, leur annonçant l’ouverture publique du musée Bonnat-Helleu le 27 novembre. Avec un cadeau électoral : la gratuité du musée pendant un mois pour les habitant.es. Super. Le cadeau a même été validé par le conseil municipal.

Offrir des places gratuites pour un musée comme cadeau électoral, la culture y gagne, et c’est tant mieux, mais l’éthique publique ?

Rectifions, ce n’est pas le maire et candidat qui distribue ces places gratuites. La signature, dont la photo figure en Une de ce billet, n’est pas celle qui figure au bas de l’Echo n° 2 565. C’est celle du n°2 563. Comme on peut le lire sur la photo intégrale du n°2 565 ci-dessous, cet Echo est signé « le maire et le conseil municipal », sans autographe du maire.

Une délibération fixant les tarifs de l’entrée du musée a été adoptée lors du conseil municipal du 17 juillet dernier. Une disposition comportant ce mois « exceptionnel » de gratuité avait été introduite. La délibération a été adoptée avec les seules voix de la majorité. Les groupes d’opposition n’ont pas été dupes de la manœuvre électorale. Ils se sont simplement abstenus de prendre part à ce vote, ils ne pouvaient faire autrement. Bien joué. Mais ce vote suffit à valider et à « neutraliser » ce cadeau.

Bien sûr, tout le monde ne peut que se réjouir de ce mois de gratuité, un encouragement à venir visiter ce musée après 14 ans de fermeture. Il est dommage que cela ait donné lieu à une manoeuvre politicienne de plus de la part du maire.

Il aurait été plus éthique que l’annonce de cette gratuité soit faite pour un prospectus ad hoc. La ville sait faire des supports de communication spécifiques pour des évènements importants, même pour les corridas, et non par un « Echo de la Cité » qui est rarement neutre. Un prospectus ad hoc qui aurait pu être fait en commun avec les oppositions. Mais la démocratie municipale n’est pas une pratique usuelle à Bayonne.

Prudence oblige quand même : cet Echo est diffusé avant le 1er septembre, date à partir de laquelle les dépenses électorales potentielles sont contrôlées. Dès fois que le vote du conseil, et la signature qui en découle, n’auraient pas suffi comme camouflage. On ne sait jamais.

Patrick Petitjean, 28 août 2025

Alday-immobilier, un requin qui prend le melon

En août, Alday s’est payé une avalanche de publicités dans Sud Ouest pour ses opérations immobilières, juste après s’être vu attribué le marché d’Aguilera par la ville de Biarritz dans une décision très controversée. Alday est bien connu depuis longtemps au Pays basque comme l’exemple d’un requin de l’immobilier. A-t-il « chopé le melon » ? S’agit-il de surfer sur le « prestige » de l’avoir emporté pour relancer une commercialisation difficile de ses nombreuses opérations ? Comme à Bayonne il y a quelques années, aujourd’hui, c’est main basse sur Anglet.

Alday

Il y a quelques années Robert Alday était répertorié comme la 3e fortune d’Aquitaine, selon le club des millionnaires, et à la tête de 63 entreprises

Panneau avenue Louis de Foix

Alday-immobilier se cache derrières des filiales : ProAldim, Héritage, ou des SCCV pour le Prissé. Mais, sur son site, Alday affiche bien ces opérations sous son nom.

L’offre commerciale s’est même étendue à l’accession sociale, les fameux BRS, où le foncier reste public et est dissocié du bâti. Les futurs propriétaires signent leur bail avec un office foncier public, HSA pour une opération plus ancienne à Saint-Jean de Luz, ou l’Office 64 pour l’opération Cap A Vita en cours à Anglet. Il faut dire que le maire d’Anglet, Claude Olive, est président de l’Office 64.

Pub en bas de la 1ère page de Sud Ouest

L’offre s’étend aussi à des bureau, comme à Bayonne.. Alday bénéficie aussi d’une vitrine prestigieuse dans ses opérations : la reconstruction de la maison diocésaine, qui fait d’ailleurs partie d’un deal plus large : voir le projet Darrigrand.

Des opérations bénéficient aussi du soutien de l’Aviron Bayonnais, partenaire revendiqué. Comme en témoigne cette commercialisation anticipée pour VIP le 30.9.22 au stade Dauger pour Xoko Ferdea. Avec 30 000 euros de réduction offerte. 3 ans après, la commercialisation ne semble pas achevée.

Coupure d’écran de la page facebook de l’AB le 29.9.22

Alday s’appuie sur la « charte de mixité sociale », adoptée par Bayonne, puis étendue cette année à l’ensemble de la CAPB. La soit disant mixité de cette charte vise à contenir la proportion de logements sociaux dans les grosses opérations immobilières. Il faudrait plutôt parler de pacte avec les promoteurs pour faciliter les logements « libres » (moyennant une faible contrainte antispéculative). Le Prissé est la vitrine de ce pacte.

Prissé

Par exemple, la dernière pub, le samedi 23 août concerne le « domaine du Prissé » avec la mention « livraison immédiate ». La commercialisation de ce « domaine » n’est donc pas bouclée, plus de 2 ans après son lancement.

Parler de « domaine du Prissé » dans les publicités a tout de la communication mensongère, d’autant plus qu’il est ajouté que cela se trouve au sein d’un espace boisé classé (ou parfois, plus modestement, en lisière). Il est composé de trois bâtiments, « autour d’une place centrale » : 62 logements pour Maïtia. 48 pour Elaia (à prix « maîtrisé », 3900 euros le m2), 82 pour Enea (prix maîtrisé idem). De quoi faire rêver selon plusieurs pubs d’Alday (en mars et juin 2023 par exemple). La commercialisation avait été lancée bâtiment par bâtiment selon les publicités, ou globale dernièrement. La livraison est prévue pour le 4e trimestre 2025.

Le Prissé vu depuis Alday : un rêve

Dans les pubs, il est aussi gommé que ce « domaine » se trouve dans un ensemble de 350 logements, HSA ayant le reste. Une opération globale plus que dense, mais le « rêve » présente un autre monde. En juin 2024, Alday fait sa pub sur le démarrage des travaux.

le chantier du Prissé, côté Alday, en août 2024

Il faut chercher un communiqué de presse (plus discret qu’une pub dans Sud Ouest) pour qu’Alday fasse connaître la globalité du projet, dans la ligne des informations municipales et autres articles de presse. Les 350 logements se répartissent ainsi : pour HSA, 70 LLS, 88 BRS, 24 LLI ; pour Alday, 44 prix « maîtrisé » (390 000 euros/m2), 124 prix « capé » (450 000 euros).

Dans ce communiqué du 19 novembre 2024, Alday met en avant ses relations harmonieuses avec Etchegaray et HSA pour ce « projet phare ». Et exemplaire du pacte entre la ville et les promoteurs, à répliquer autant que possible selon ses propagandistes

Bayonne

Sous les règnes de Grenet II et d’Etchegaray, on retrouve Alday en permanence. Dans de très vieilles opérations, comme la relocalisation des cliniques : Saint Etienne (381) et Lafargue ; pour le Carré Saint Esprit.

Plus récemment, il y a eu plusieurs immeubles autour de Belharra.

Alday a colonisé le quartier Belharra

Et, il y a deux ans, les allées Paulmy.

Sur le site d’Alday, on trouve aussi : Haritzaga, chemin de la Marouette. 4 immeubles de bureaux et commerces. Livraison 3e trimestre 2026 ; la Villa des Arènes avec 13 logements ; et Xoco Ferdea, avec 17 logements, qui avait fait l’objet de la vente VIP à l’Aviron Bayonnais.

55 rue Moynac, entre le stade de l’AB et l’hôpital, à proximité du passage du T2

Les Allées Marines, Xoco Ferdea et la Villa des Arènes font partie des haltes prévues, lors du BAB Luxe Tour antispéculatif (voir lien plus bas). Du 15 juillet 2023. Le nombre de logements programmés de ces opérations permet de rester en dessous du seuil où les logements sociaux deviennent obligatoires selon le PLU en vigueur.

On peut ajouter un PC refusé, refus qui fait l’objet d’un recours du promoteur, en attente de décision du Tribunal Administratif : 22 avenue Diesse, pour 9 logements.

Darrigrand

Mais, après le Prissé, la plus grosse opération engagée par Alday est l’ancienne maison diocésaine, au 10 avenue Darrigrand. Toujours en partenariat avec HSA, mais inversé par rapport au Prisé : c’est Alday qui pilote l’opération, et qui vend (en VEFA sans doute) une partie des bâtiments à HSA. Un premier PC avait été refusé à Alday, qui prévoyait du logement « libre » et des bureaux.S’en est suivi des négociations tri-partites, municipalité, Evêché, Alday : les bureaux ont été remplacés par du logement social, et Alday a été chargé de construire la nouvelle Maison diocésaine.

Sur le site de l’ancienne Maison diocésaine, un foncier valorisé par l’Evêché… Quand l’Eglise spécule.

Dans le nouveau PC, accordé en juin 2024, que j’ai pu consulter, Alday construit 10 immeubles, dont 3 seront vendus à HSA. Il y a 124 logements pour Alday. Pour HSA, il y a une résidence étudiante de 71 PLS, un immeuble avec 19 BRS et le troisième avec 16 PLAI. La résidence étudiante rentre dans le décompte des logements sociaux, ce qui permet à Alday de respecter le pacte dit de « mixité sociale avec seulement 14 locations sociales sur 230 logements. C’est la mixité sociale à la sauce Etchegaray !

Le projet Darrigrand est encore en attente de commercialisation, et n’apparaît pas sur le site d’Alday.

Biarritz

Sur Biarritz, avec Beau Rivage, 4 appartements « de prestige » avaient été livrés en juin 2023.

Mais le projet phare d’Alday pour toute la CAPB, c’est évidemment Aguilera. Dans des conditions plus que contreversées (notamment l’intervention d’Alday lors du conseil municipal), la ville de Biarritz lui a attribué le marché du projet Aguilera. Sur son site, Alday annonce106 LLS (location sociale), 47 BRS (accession sociale), 97 libres (accession), dont au moins 40 pour la location à l’année.

Aguilera était le point de départ du Bab Luxe Tour d’Ostia le 15 juillet 2023

Lysiann Brao, élue écolo à Biarritz, avait rappelé pourquoi ce foncier était un bien public, un commun, et devait le rester. La totalité des logements devrait être du social (location et accession) et échapper ainsi au marché.

Main basse sur Anglet

Sur Anglet, Alday fait feu de tout bois. Il est partout, du luxe aux BRS. Une grande partie des pubs parues ces dernières semaines dans Sud Ouest concerne Anglet, en particulier Cap A Vita. Plusieurs opérations ontfait l’objet d’une page commune de pub le 16 août. Plus précisément :

  • Cap A Vita. 82 logements, livraison 4e trimestre 2027. 5 bâtiments, « cadre de vie idyllique ».
  • Amatiga, 96 meublés pour seniors
  • Clos des Cinq Cantons : 29 appartements en 2 bâtiments, livraison mai 2024. « Une pépite confortable »
  • Domaine des Cinq Cantons. 88 logements. Livraison 2e trimestre 2025. « Un programme neuf haut de gamme ». Livraison immédiate indiquée dans la pub du 16 août
  • Ecrin du Moura, 7 appartements et 2 villas « quintessence du vivre bien » « sérénité résidentielle ». Travaux imminents le 16 août
  • Les Portes d’Aguilera. 41 logements dont 12 sociaux (sous-traités à l’Office 64). Livrés à l’automne 2022
  • Villa Maharin, 14 maisons, Villa Baribelli rebaptisée dans la pub du 16 août

Alday-immobilier, c’était une série estivale de Sud Ouest. Qui est malheureusement interminable.

Patrick Petitjean, 25 août 2025

Sources : le site Alday-immobilier, le journal Sud Ouest et des promenades photographiques dans Bayonne

Gentrification et peuplement à Bayonne

Bayonne n’est pas avare en envolées lyriques « nous sommes la seule ville basque à respecter la loi SRU ». Mais cela cache de moins en moins les priorités réelles pour les classes moyennes, au détriment du logement social locatif familial. Le bailleur social de la CAPB, HSA, se lance dans un nouveau (à Bayonne) « produit » : le logement locatif intermédiaire (LLI), à destination des classes moyennes aisées. Au regard de cette volonté de gentrification, le respect de la loi SRU apparaît comme un rideau de fumée.

Note : le dessin en Une, comme celui d’une barre d’immeubles plus loin dans le billet, sont repris d’un entretien avec Jean-Baptiste Eyraud, fondateur et toujours animateur du DAL, paru dans le journal Le Chiffon.

Il y avait peu de traces de l’existence des LLI dans les opérations immobilières de HSA à Bayonne. Mais des décisions récentes, le 17 juillet, du président de la CAPB, sont venues attirer l’attention : il s’agit d’accorder des garanties d’emprunt à HSA pour deux opérations immobilières, l’acquisition en VEFA de 16 LLI dans l’opération Zura (quartier Arrousets) et de 10 LLI dans l’opération Akoya, rue Maubec (photo ci-après, prise en décembre 2024).

Les LLI chez HSA

Dans les deux cas, Bouygues est le promoteur qui vend ses appartements en VEFA. Une aide à la commercialisation ? Pour Zura, 31 chemin du Trouillet, le PC prévoyait 18 appartements et 5 maisons ; 16 logements reviendront à HSA avec le statut LLI. Pour Akoya, 121 rue Maubec , 42 appartements sont programmés, livrables fin 2025, dont tous ne sont pas encore vendus. HSA en achètera 10 pour faire des LLI. Encore une fois, merci qui ?

Les premiers LLI étaient apparus à Bayonne dans le cadre d’une modification du programme de l’opération Prissé. Les 24 LLI actuellement présents dans le programme d’HSA n’existaient pas à l’origine. Ce programme comportait 70 logement familiaux, 88 BRS et 192 logements revendus à Alday, dont 53 étaient à prix « maîtrisés » (commercialisés par Alday avec le slogan « vous ne rêvez pas », vous pouvez devenir propriétaire avec un prix écrasé). Les 24 LLI ont été pris sur le contingent d’Alday., ce qui a réduit à 44 son nombre de « maîtrisés ».

HSA a ouvert un site pécifiquement consacré aux LLI : https://locationintermediaire.habitatsudatlantic.fr/residences

En plus des trois opérations déjà mentionnées, on en trouve une 4e : Zelena, 3 chemin d’Hargous (à côté de la MVC Saint Etienne). Selon le PC, le promoteur est AFC promotion, avec 3 maisons et 7 appartements. Son site confirme que l’ensemble, 10 LLI, est vendu en bloc à HSA. Merci HSA.

Enfin, dans son rapport d’activités pour 2024, HSA indique, sans plus de détail, que des LLI seront aussi programmés dans l’opération Citadelle.

Le dispositif national des LLI

Les LLI existaient depuis 2014, mais semblent n’avoir été que peu utilisés, sauf à Paris. Les gouvernements de 2024 ont relancé ce dispositif, et veulent en faire une pièce maîtresse pour loger les classes moyennes (y compris) aisées face à la crise du logement. Certains ministres ont même plaidé pour inclure les LLI au titre du logement social pris en compte dans la loi SRU. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, mais vigilance…

Voir : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/logement-locatif-intermediaire-institutionnel

Ce dispositif comporte plusieurs avantages fiscaux, notamment quand les LLI sont dans des « quartiers politique de la ville », ce qui est le cas d’Akoya rue Maubec.

Le dispositif est accessible à toute « personne morale » depuis la loi de finances 2024, en plus des « institutionnels ». Par exemple une SCI (2 personnes) est éligible. Ce dispositif est conseillé pour investir après la fin du « Pinel ».

Faire accéder à la propriété.

Les LLI sont un dispositif de plus qui cible les classes moyennes. Bien sûr, la crise de l’immobilier les touche aussi, et il est souhaitable que les politiques publiques du logement s’y attachent, à Bayonne comme ailleurs. Mais ce qui pose de plus en plus problème, c’est le déséquilibre qui s’accroit entre la place occupée par ce segment de la population et celle réservée aux milieux populaires.

La ville de Bayonne avait déjà, lors de la discussion du dernier PLH en 2019/2020 mis l’accent sur les logements « abordables » ou « à prix maîtrisé », amendant le projet de PLU pour faire diminuer la proportion de logements locatifs sociaux prévue sur la ville.

Les BRS

C’est un dispositif où le bâti et le foncier sont dissociés. Un futur propriétaire achète seulement le bâti, à un prix qui est de – 30% à – 40% au regard du marché libre. Mais il signe un Bail Réel Solidaire (BRS) avec un Office Foncier Solidaire (OFS), propriétaire du foncier, avec une redevance mensuelle en fonction du nombre de m2.

Le dispositif est récent et reste très controversé, même si l’unanimité existe pour louer son aspect anti-spéculatif.

Il y a des problèmes plus techniques, qui commencent à apparaître : reventes, successions,…

Il y a la question de la maîtrise du coût réel, au delà du prix d’achat : le montant de la redevance foncière et de sa durée (quand l’OFS est rentré dans ses frais).

Il y a la question de l’opacité de la sélection des candidats à l’achat, une fois constaté qu’ils sont éligibles (sous le plafond de ressources). L’attribution des logements locatifs se fait selon des critères très précis. Mais pour les BRS, c’est du commerce, donc à la discrétion des vendeurs.

Enfin, qui réellement bénéficie du dispositif ? Vu son caractère récent, on ne possède pas encore d’étude d’ampleur sur le niveau de ressources des heureux bénéficiaires, s’ils étaient locataires dans le parc public ou dans le parc privé, s’ils étaient primo-accédants ou avaient un appartement à vendre (au prix du marché actuel…).

Sont-ils vraiment accessibles aux ménages à bas revenu, et ceux-ci les utilisent-ils effectivement ? Les discours officiels l’affirment haut et fort. Mais, en même temps, le gouvernement a fortement relevé les plafonds, pour les rendre, inversement, accessibles à des revenus plus élevés.

Foncier Solidaire France, qui regroupe la plupart des OFS à l’échelon national, a constitué il y a moins de deux ans un observatoire national qui recueille les données sur les BRS, quelques dizaines il y a 2 ans et quelques milliers aujourd’hui. On en saura plus dans les prochains mois. Lors de leurs journées nationales 2025 ce mois-ci à Strasbourg, il a été confirmé qu’il y avait une grande dispersion des ressources des bénéficiaires, avec une médiane « moyenne ».

De son côté, Alda, dans l’édito de son dernier journal, affirme que les mécanismes innovants anti-spéculatifs, BRS et SCIAPP, « permettent aux ménages très modestes d’accéder à la propriété ». Espérons que ce n’est pas seulement un acte de foi dans ce dispositif.

La politique de peuplement à Bayonne

L’exemple de la rue Maubec

En parcourant le haut de la rue Maubec et les alentours du carrefour Matras pour y relever les PC affichés il y a près de trois ans, il sautait aux yeux que le logement social était quasi-absent. Tout était en accession libre, rarement avec la possibilité de PTZ. On pouvait dire cependant que deux cités populaires, Bédat et Citadelle, étaient à proximité. Pour Citadelle, c’est d’ailleurs fini, voir plus loin dans ce billet.

L’écologie est le prétexte avancé pour construire à proximité des transports « structurants ». C’est indéniable. Mais c’est une écologie pour qui ? On le voit dans la plupart des villes : la spéculation immobilière fait rage aux environs de ces lignes. Bayonne n’y échappe pas, et on ne peut pas dire que la ville cherche à contrôler le phénomène, hormi la limitation des résidences secondaires (pendant 15 ans), au contraire : sa politique de peuplement vise à attirer les classes moyennes. Voir, par exemple, ce billet antérieur :

La nouvelle citadelle

Lors du dernier conseil municipal le 17 juillet, le maire a vanté la forte proportion de logements sociaux dans le nouveau quartier citadelle à construire. Même chose pour HSA dans son rapport d’activité, qui n’hésite pas à mentionner les PLI parmi les futurs logements sociaux. En plus des logements étudiants, saisonniers, EHPAD et autres spécifiques.

Dans un précédent billet (la mort d’une cité populaire), j’avais pointé les mensonges concernant la démolition des 241 logements familiaux de cette cité, une démolition totale comme n’en fait plus l’ANRU (pourtant créée pour cela). La nouvelle citadelle est de la spéculation immobilière à l’état brut.

Les chiffres de ce billet étaient ceux donnés lors d’une réunion publique en décembre 2024. De nouveaux chiffres, plus précis, sont avancés pour la programmation de logements, toujours susceptibles d’être révisés quand les PC seront déposés : 81 PLAI (locatifs très sociaux), 107 PLUS (locatifs standards), 23 PLS familiaux (locatifs de qualité supérieure), soit un total de 211 logements locatifs familiaux; 110 PLS étudiants ; 70 BRS (accession sociale) ; 184 en accession libre. Soit un total de 575 logements, dont 68% de sociaux « officiels », toutes catégories confondues. Pour les familles par contre, la réalité est toute autre : entre l’ancienne et la nouvelle cité, on passe de 241 à 211 logements. En baisse donc : c’est bien un choix de peuplement.

27% de logements sociaux à Bayonne : un récit mystificateur et méprisant.

Il n’est pas un débat sur le logement et sur le PLUi où le maire et son adjoint ne mettent en avant les 27% de logements sociaux sur la ville, au contraire des autres villes qui ne respectent pas, et de loin, les 25% de la loi SRU. Ce récit est méprisant et doublement mystificateur.

Méprisant, car il pointe négativement le logement social comme une charge à partager avec les villes voisines, et non comme une réponse positive aux besoins sociaux. A elles de prendre leur part dans le logement des « cas sociaux »…

Mystificateur, car les logements sociaux ont été construits en grand nombre dans les années 1960 et 1970, et la municipalité actuelle vit de cette rente léguée par Grenet père. Sa politique vise à construire le minimum de logements sociaux qui permette de ne pas descendre en dessous de la barre des 25%. Selon les années, on oscille entre 26% et 28%. Et on y arrive… grâce aux BRS.

Mystificateur encore, car la définition de « logement social » a évolué au cours du temps. A l’origine, il s’agissait uniquement de logements locatifs, avec marginalement quelques PSLA. Mais, grâce à Macron en 2017, l’accession sociale de type BRS est prise en compte dans le contingent des 25% SRU. Et, dans beaucoup de villes, dont Bayonne, c’est l’explosion du nombre de BRS construits, avec la bonne conscience du « sociale » de l’accession sociale à la propriété.

Les 27% de Bayonne résultent de cette inclusion de l’accession sociale. Mais où en est le pourcentage des PLAI + PLUS et son évolution ????

Cette ruée vers les BRS se combine avec l’explosion aussi des logements sociaux spécifiques, dont l’utilité n’est pas contestable : résidences seniors et étudiantes. Cela a d’ores et déjà déséquilibré le bilan du PLH : les objectifs pour 2023 ont été remplis à 56 % pour les PLUI + PLUS, à 318 % pour les PLS (surtout des spécifiques) et 127 % pour les BRS.

Et ce, alors que les demandes de logements atteignent 14 499 au 31/12/23 sur toute la CAPB, en hausse, avec des attributions, en baisse qui représententt 12,6 % des demandes. Et ce sont des demandes de locations, et non d’accession à la propriété.

Le droit au logement, un enjeu déterminant pour les prochaines élections municipales

Le pouvoir macroniste a entrepris une politique systématique de destruction du logement locatif social et ne cherche pas à dissimuler ses choix en faveur des plus privilégiés. Cela met en difficultés des politiques publiques locales plus équilibrées en matière de logement, et encore plus les bailleurs sociaux. Il ne faudrait pas que les contraintes financières poussent les municipalités à se mettre dans le sillage des orientations nationales davantage que dans la réponse aux besoins réels des habitants.

Patrick Petitjean, 26 juillet 2025

Bayonne va-t-il pouvoir respirer ?

Lors d’une conférence de presse le 11 juin, la démarche de construction d’une liste citoyenne pour les prochaines élections municipales à Bayonne dans 9 mois a été présentée par un collectif regroupant des personnes engagées dans la vie de la cité, membres ou non d’associations et de partis politiques. Après des dizaines d’années de pouvoir du clan des Grenet et héritiers, les gauches se rassemblent, avec leur diversité, politique et sociale pour faire souffler un air vivifiant.

Comme indiqué lors de la conférence de presse, il s’agit d’une démarche ouverte, destinée à s’élargir à de nouvelles composantes de la gauche, mais surtout aux habitants eux-mêmes. Par leur présence, Demain Bayonne / Bihar Baiona, Baiona Verte et Solidaire, EH Bai, PS, Les écologistes, Place Publique, Gauche EcoSocialiste et NPA ont dores et déjà apporté leur soutien à la démarche.

Lors des élections précédentes, trois listes de gauche s’étaient prsentées pour les premiers tours, se regroupant tant bien que mal pour les seconds tours, sans grande cohérence, et donc vouées à l’échec.

Avec une liste de rassemblement dès le premier tour, impliquant les trois listes de 2020, c’est la cohérene qui est recherchée. Et, plus que tout, une dynamique citoyenne portée par une association (qui va se constituer) où l’on adhère à titre individuel, et où les partis soutiennent, mais restent en retrait.

Des groupes de réflexion sont au travail sur le programme et la future campagne. On peut déjà prendre contact : baiona2026@gmail.com

Patrick Petitjean, le 15 juin 2025

Le texte remis à la presse le 11 juin

Nous prenons aujourd’hui la parole pour rendre compte d’une démarche en construction,

  • Fondée sur des valeurs telles que la solidarité, la justice sociale, la démocratie locale, l’intérêt collectif, la participation citoyenne, l’égalité entre les femmes et les hommes
  • Fondée aussi sur des visions partagées concernant la mise en œuvre de la transition écologique, la défense des services publics, la promotion de l’euskara, l’évolution institutionnelle du Pays Basque, le refus du racisme et de toutes formes de discriminations
  • Et visant sur ces bases, la constitution d’une liste citoyenne et participative, rassembleuse des sensibilités de gauche, à l’occasion des prochaines élections municipales et communautaires sur la ville de Bayonne.

Nous sommes ici les porte-parole d’un collectif de près de 100 personnes aux profils variés :

  • Beaucoup ont participé à l’une des 3 candidatures de gauche, citoyenne des élections de 2020 et d’autres ont eu d’autres parcours, ici ou ailleurs
  • Certains participent à des discussions depuis 3 ans, d’autres depuis un an ou encore plus récemment
  • Certains sont membres d’un mouvement politique, d’autres sont impliqués dans des associations bayonnaises déjà parties prenantes de la vie municipale ou d’autres encore se sont engagés individuellement.
  • Parmi les organisations engagées à ce stade dans la démarche, sont représentées au cours de cette conférence de presse :
  • Association Demain Bayonne / Bihar Baiona
  • Association Baiona Verte et Solidaire / Baiona Berdea eta Elkarkidea
  • Parti socialiste
  • Euskal Herria Bai
  • Les écologistes
  • Place Publique
  • Gauche Eco Socialiste

Cette démarche reste totalement ouverte et cette liste n’est en rien exhaustive.

L’objet de cette prise de parole aujourd’hui consiste à communiquer sur cette démarche et inviter toutes celles et ceux qui croient à la pertinence d’un rassemblement dès le 1er tour, à la rejoindre.

Rassemblement : Pourquoi ?

  • La forte motivation à vouloir montrer que l’on peut gérer la Ville autrement (partage des responsabilités, culture du dialogue, construction collective avec les citoyens, transparence, valorisation des expertises des services municipaux, soin apporté à tous les quartiers …)
  • La volonté partagée de tout faire pour se mettre en situation de pouvoir l’emporter afin de mettre en œuvre un projet de gauche
  • La menace de l’extrême droite qui conduit à revoir les pratiques et les modèles pour réinventer la démocratie de proximité.
  • L’exemple des dernières législatives qui a montré que le rassemblement est porteur
  • La cohésion et la cohérence garanties par des rassemblements qui se construisent dès le 1er tour
  • Les enseignements tirés des expériences électorales passées toujours perdantes pour des candidatures de gauche qui se présentent divisées

Rassemblement : Comment ?

  • Constituer une liste qui incarne une démarche citoyenne
  • Une candidature portée par une association où tous les volontaires partageant les mêmes valeurs, adhèrent à titre individuel sur la base d’une charte dès le lancement de la campagne dans les prochaines semaines
  • Un fonctionnement authentiquement participatif, démocratique et inclusif
  • Une invitation faite aux collectifs, aux associations, aux partis… de soutenir publiquement la démarche

Rassemblement : Sur quelle base ?

  • Une démarche de rassemblement nécessite aussi de s’appuyer sur un socle commun qui dans notre cas a fait l’objet :

– d’un travail collectif mené sur les valeurs, sur l’analyse de l’action de la majorité municipale actuelle et sur la vision de la ville pour demain

– de groupes de travail sur la transition écologique

– de plusieurs réunions thématiques ayant réuni près de 70 participants

  • L’état d’esprit qui nous anime : mettre en valeur ce qui nous rassemble dans le respect des diverses sensibilités
  • La volonté de bâtir un programme autour des 5 axes suivants

– Bayonne qui respire parce que pleinement solidaire

– Bayonne qui respire parce que radicalement démocratique

– Bayonne qui respire parce que totalement impliqué dans la métamorphose écologique

– Bayonne qui respire parce que profondément engagé pour la langue et la culture basques, et la diversité culturelle.

– Bayonne qui respire au cœur d’un Pays Basque équilibré dans son développement

Rassemblement : les étapes à venir ?

  • La poursuite des travaux sur le projet municipal avec les 12 groupes de travail déjà actifs
  • Le choix des têtes de liste sur la base des propositions faites par les organismes impliqués dans la démarche (selon les principes d’une « élection sans candidat »)
  • La création de l’association
  • L’ouverture d’un site,
  • L’entrée en campagne avec l’appel à rejoindre l’association lors d’une présentation publique prévue avant les fêtes de Bayonne,
  • Le démarrage de la campagne de terrain à la rentrée avec des temps de concertation impliquant les citoyens, les secteurs associatifs…

Etchegaray à Bayonne : une gouvernance opaque

Une réponse postale en mai pour une demande de documents faite en juillet dernier par courriel, et, surtout, un débat escamoté lors du conseil municipal du 5 juin sur le futur PLUi de l’ACBA, sans documents fournis aux élu.e.s : le maire de Bayonne ne partage pas la gouvernance de la ville avec les élu.e.s. Alors, avec les habitants… Il n’y a rien à attendre d’Etchegaray ou de son équipe pour une gouvernance démocratique.

Il ne faut jamais désespérer. Ma demande de documents, faite en juillet 2024 au maire, a reçu une réponse… en mai 2025.

La demande concernait une délibération du conseil municipal en juillet 2024. Pour justifier les éléments chiffrés contenus, elle renvoyait à un document, dont j’avais demandé communication. La loi prévoit que tout document administratif ayant servi à une décision (ce qu’est une délibération du conseil municipal) est communicable à toute personne.

J’avais retracé dans un billet de blog les péripéties de la non-réponse à cette demande. Voir le billet : https://lepimentbayonnais.fr/2025/01/20/urbanisme-a-bayonne-les-cachotteries-du-maire/

Lors de ce conseil les élu.e.s de l’opposition se sont interrogés, à juste titre, sur les chiffres avancés, notamment sur la carte scolaire, sans véritable réponse. Ils-elles sont supposés voter « en connaissance de cause ». Les documents référencés dans une délibération sont supposés alimenter cette connaissance.

Mais, comme le reconnaît la lettre, et c’est en cela qu’elle est intéressante, le document référencé n’existait pas, et c’est pour cela qu’il ne pouvait pas être communiqué.

La délibération majorait la taxe d’aménagement sur une partie importante du secteur Saint-Bernard / Laharie, et justifiait cette majoration en particulier par la (re) contruction d’une école dans le quartier de la citadelle.

Si l’on comprend bien le texte de la réponse, le document référencé n’existait pas de manière formelle :

« Les études relatives au développement du trambus, à la création de polarités de quartier, à la préservation du patrimoine, au maillage piéton et à l’épanouissement paysager sont pour l’instant des documents de travail qui ne sont pas transmissibles. Elles proposent des scenarii qui vont permettre de guider les choix d’écriture règlementaire au PLUi. Ceux-ci seront exposés lors de la phase d’enquête publique ».

On a donc affaire à des études préalables au PLUi, qui servent de base à une décision du conseil municipal dès maintenant, mais qui ne sont pas encore sous la forme d’un document formalisé. C’est un manque complet de considération envers les élu.e.s et au-delà envers les habitants

Le conseil municipal de Bayonne privé du droit de débattre de son PLUi

La réponse du maire fait référence au PLUi en cours de finalisation. La coincidence temporelle avec la présentation du PLUi lors du conseil municipal du 5 juin n’est donc pas fortuite. Et l’attitude du maire de Bayonne sur ce point est beaucoup plus grave

Le 5 juin, le conseil municipal était invité à « prendre connaissance » du future PLUi, lequel concerne l’ancienne Agglo Côte Basque Adour (ACBA), dont Bayonne et 4 autres villes. Prendre connaissance, mais sans vote, puisque l’urbanisme est de la compétence de la CAPB. Encore que, même si au final la décision appartient à la CAPB, rien n’empêche le conseil municipal de donner son avis consultatif par un vote. Cela se fait en général dans des dossiers de modifications de l’ancien PLU.

La question est : quelles informations ont été communiquées aux élu.e.s, de quoi a-t-il pu prendre connaissance ?

Et bien, seulement d’un diaporama d’une trentaine de pages, déjà projeté le 23 avril lors d’une réunion publique au siège de la CAPB, puis dans une commission préparatoire du conseil. Comment prétendre qu’avec ce simple diaporama le conseil pouvait prendre connaissance du PLUi ?

Lorsqu’une élue (Demain Bayonne) lui a fait remarquer que, pour la même « prise de connaissance », les élu.e.s d’Anglet avait eu droit au même diaporama, mais que la délibération avait décliné en plus quelques points importants spécifiques du PLUi pour Anglet, l’adjoint bayonnais à l’urbanisme a consenti à annoncer en séance quelques points d’application locaux du PLUi. Tout en admettant après la séance dans les couloirs la volonté de la municipalité d’en dire le moins possible si elle n’est pas poussée à le faire.

Le PLUi, est un ensemble de documents volumineux, politiques et techniques. On peut imaginer qu’au moins une synthèse non technique soit communiquée aux élu.e.s, avec les principales décisions concernant Bayonne et qui figurent au PLUi.

Eh bien non. Comme dans l’inexistence du document référencé par la délibération de juillet 2024, c’est un mépris total envers les élu.e.s.

Les PLUi au conseil communautaire

Le PLUi de l’ACBA est à l’ordre du jour du conseil communautaire du 21 juin, pour adoption avant une enquête publique à l’automne.

Il y a 81 points au sommaire de ce conseil dont 14 concernent des PLUi ou des modifications d’anciens PLU. Autant dire qu’il n’y a que peu de temps disponible pour débattre de chacun, même des plus « gros ». Surtout, vu la complexité de chaque PLUi, et la disparité dans un conseil composé en majorité d’élu.e.s de petites communes, des discussions approfondies sont difficiles et auraient besoin d’être bien préparées. Les méthodes de l’éducation populaire seraient bénéfiques dans un tel cas…

On verra quels documents seront communiqués aux élu.e.s, et quels débats seront possibles.

Même si chacun des conseils municipaux ne sont que consultatifs, ils devraient rester le principal lieu de débat sur ces dossiers d’urbanisme.

J’aurais l’occasion de revenir sur ce PLUi après le conseil communautaire, et surtout au moment de l’enquête publique à l’automne.

Patrick Petitjean, 10 juin 2025

Bayonne, quai de Lesseps. Vers la ré-ouverture frileuse de 3 immeubles début 2026

Le projet « Rive Droite de l’Adour » est en cours de réactivation. L’agence Güller, avait présenté deux versions d’un « plan guide » à finaliser. Il aurait du être discuté au conseil communautaire l’automne dernier. Depuis, c’est le silence. Il n’y a pas urgence, c’est un projet de long terme, nous dit-on. Mais cela bouge du côté du quai de Lesseps. Des travaux ont été lancés dans 3 immeubles il y a quelques semaines. L’« urbanisme transitoire » montre enfin son nez à l’horizon 20226. Faisons le point, même si la mairie reste silencieuse à ce propos.

Qui possède encore le foncier dans le périmètre du grand projet Rive Droite de l’Adour

Tout d’abord, l’agglo reprend la main sur le quai de Lesseps, dont l’EPFL était propriétaire.

Son Conseil d’Administration, le 24.10.24, a décidé de la rétrocession à la CAPB de l’ensemble des immeubles du quai de Lesseps, acquis au fil des années, depuis 2009 pour le compte de Bayonne ou de l’agglo. Ce portage foncier était en principe limité à 15 ans. Cette rétrocession était nécessaire, le délai étant écoulé. Elle permet aussi à l’agglo de prendre complètement la main.

Les services des domaines ont évalué la valeur des immeubles. Compte tenu des frais de portage déjà payés, et de tout ce qui se rapporte à la gestion par l’EPFL, il restera 242 000 euros à rembourser par la CAPB. Dans cette opération, la CAPB prendra à sa charge les diagnostics techniques et les audits énergétiques.

La CAPB récupère donc, entre autres, la pleine propriété des 9-10 quai de Lesseps (acquis en 2009), du 10 bis (acquis en 2010) et du 14 (acquis en 2011). Les opérations d’urbanisme transitoires vont se faire dans ces trois immeubles. S’ils sont identifiables avec les photos, leur numérotation administrative reste fluctuante. Le 14 est parfois indiqué comme le 11 bis. Le 10 bis est l’immeuble parfois appelé « flamand ». Le 9-10 est l’immeuble qui fut occupé par Maurizia, numéroté 9 bis, qui traverse jusqu’au 16 rue Sainte Ursule.

Le droit d’accès aux documents administratifs

Les marchés signés par le président de l’agglo font partie des documents communicables. A chaque conseil communautaire, il doit légalement communiquer la liste de ces marchés. Un travail de veille permet de repérer ceux qui concernent le projet « Rive Droite de l’Adour ». Les rapports produits sont aussi communicables s’ils ont donné lieu à des décisions.

Les services de l’agglo sont « nickel » pour appliquer la loi et communiquer les documents demandés, ce qui n’est pas, par ailleurs, le cas du service d’urbanisme de la ville de Bayonne (voir mon billet « petites cachotteries » du 28.1.25).

Les marchés pour ce projet concernent aussi l’urbanisme (agence Güller) ou différentes opérations de concertation / communication. Ce billet est basé sur les marchés sur l’urbanisme transitoire quai de Lesseps.

La CAPB a choisi l’agence Plateau urbain, spécialiste de l’urbanisme transitoire et connue pour l’opération « Grands Voisins » à Paris 14e, pour étudier la faisabilité d’une telle opération quai de Lesseps. J’avais publié un billet sur Plateau urbain le 25.6.23 ; on peut le retrouver sur le site du piment.fr

Le 1er marché, sur bon de commande, signé le 9.5.22 portait sur la « définition d’un projet d’occupation temporaire sur le site de Rive Droite de l’Adour », pour 26 580 euros TTC.

Le 2e marché, toujours sur bon de commande, signé le 16.5.23, s’intitulait « étude de faisabilité de l’occupation transitoire quai de Lesseps », pour 25 740 euros TTC. Il comportait deux volets : la faisabilité de 3 immeubles de logements et celle d’une occupation de l’ancienne biscuiterie, au 17 quai de Lesseps.

En même temps que le cahier des charges de ce 2e marché, j’avais demandé communication des résultats de la 1ère étude, achevée puisque la CAPB en commandait une 2e. Ce fut refusé, au prétexte que les décisions consécutives à ce premier travail n’étaient pas prises. Ce qui est effectivement un motif accepté par la CADA (commission nationale d’accès aux documents administratifs).

En octobre 2023, les choses se précisent. Une consultation est lancée sur l’état des lieux et les plans intérieurs pour 5 bâtiments : les 17, 14, 10b, 9b et 16 (Sainte Ursule) : « Afin d’amorcer la transformation du secteur et apporter de nouveaux services aux Bayonnais, la CAPB souhaite rouvrir certains bâtiments du quai de Lesseps pour y accueillir des occupants, de manière provisoire, le temps de la mise en oeuvre du projet. Afin d’étudier les conditions de faisabilités de ces occupations provisoires, la CAPB doit faire établir les plans d’intérieurs des 5 bâtimentsd’ores et déjà identifiés pour ce projet », pouvait-on y lire. L’entreprise ECR a été choisie après appel d’offres pour ce marché.

Cette consultation avait fait l’objet d’un billet de blog le 3.11.24 : « rendez-nous Maurizia ».

Enfin, trois marchés de maîtrise d’oeuvre sont conclus avec Soliha, le 25.10.24, un pour chacun des bâtiments (le 11b, le 14 et le 9b/16), pour un total de 85 639 euros TTC. Le 17, la biscuiterie, n’est pas retenue.

Arguant de ce nouveau marché, j’ai redemandé communication du 1er travail de Plateau urbain, puisque décision avait été prise : il m’a, cette fois, été communiqué. Le 2e rapport, dont Soliha est chargé de la mise en application, figure, en partie, dans le cahier des charges de ce marché. Manquent quelques pages de conclusion, et une éventuelle justification plus précise de la mise à l’écart de la biscuiterie.

Le premier rapport de Plateau urbain (29.11.22)

Il s’intitule « rapport d’interpellation stratégique », ce qui traduit bien son ambition. Il fait 104 pages. De fait, il embrasse plusieurs lieux qui seront inclus dans le futur aménagement : les bâtiments existants quai de Lesseps, les berges de l’Adour, la friche Duprat, la Pièce noyée. L’idée aussi d’un pôle culturel vers le pont Saint-Esprit.

Plateau urbain a travaillé pour un urbanisme transitoire à l’échelon d’un quartier de ville, même si, au final, on le verra, la ville a réduit cette ambition à peu de chose.

Plateau urbain présente ainsi sa démarche :

1. Des occupations/interventions de préfiguration et d’expérimentation

> S’éloigner de la logique “occuper pour occuper”

> Tester des programmes/projets/activités qui pourront nourrir le projet pérenne

> Préfigurer la vocation future du quartier et ses usages

2. Des occupations au service du projet pérenne

> Possibilité de penser des occupations/interventions qui n’ont pas vocation à tester une occupation pérenne mais qui servent directement le projet (type Maison du Projet)

Les proposisions sont présentées à partir de diagnostics d’acteurs, détaillés, avec une synthèse p.18. Plateau urbain dit avoir rencontré tous types d’acteurs, même si leurs noms ne sont pas donnés ; juste : comité de pilotage, occupants actuels, contributeurs et possibles futurs occupants, opérateurs, associations locales.

Plateau urbain rappelle les multiples raisons pour ce type d’urbanisme, et la nécessité d’avoir une stratégie transitoire.

4 axes sont proposés

Axe 1. Un quartier ouvert sur l’Adour par la reconquête de la rive Nord de l’Adour

Axe 2. Un quartier créatif impulsé par une centralité culturelle en tête du pont Saint-Esprit

Axe 3. Un quartier solidaire en élargissant le champs des actions proposées

Axe 4. Un centre ville élargi grâce à l’activation des lieux autour du Pont Grenet. une occupation temporaire de Duprat

L’axe 3 est un projet phare : amplifier la vocation solidaire du quartier en élargissant les publics cibles (étudiants, saisonniers, familles), avec comme exemple ce qui avait été fait aux Grands Voisins.

En conclusion du rapport, Plateau urbain présente un projet en 3 temps :

Ce 1er rapport débouchait donc sur un projet global, qui ne se limitait pas au quai de Lesseps, et se situait dans la perspective d’une transition longue, à la mesure des incertitudes persistantes sur le foncier et de son horizon à 15 ou 20 ans. Pour Plateau urbain, le provisoire et la transition sont deux perspectives distinctes, voire opposées. La ville ne semble pas saisir cette différence.

Autant dire que ce rapport n’avait pas de débouché opérationnel immédiat. Il a permis à la ville de faire ses choix, très restrictifs, et de commander, sur cette base, à Plateau urbain un 2e rapport, tourné vers l’opérationnel.

La commande faite à Soliha

Le 2e rapport de Plateau urbain a été remis le 20/12/23. Il comporte une première partie générale, commune aux 3 immeubles étudiés, puis une partie pour chacun d’entre eux.

La partie générale du 2e rapport de Plateau Urbain

17 quai Lesseps. La biscuiterie, dite aussi la Manutention, écartée d’une occupation provisoire

C’est dans cette partie, p.8, que l’on apprend que la biscuiterie (le 17) est écartée, s’agissant d’un « local non occupable dans la configuration actuelle », sans plus de raison.

On peut y lire aussi, sur cette même page (colonne de droite), une référence à Maurizia comme un potentiel gestionnaire d’un des trois espaces publics envisagés dans les espaces étudiés. Référence qui peut paraître surprenante, car il s’agit de l’association qui avait occupé durant quelques jours le bâtiment 9b/16, avant d’être expulsée par l’EPFL au nom de la ville. Cette occupation avait donné lieu à des billets sur ce blog le 30.5.23 et le 3.6.23.

Se référer à Maurizia est, de fait, cohérent avec l’esprit initial de Plateau urbain aux Grands voisins, et avec le projet de Maurizia pour une transition, mais n’a pas du être du goût de la ville.

occupation du 16 rue Sainte Ursule par le collectif Maurizia

5 ans maxi, après livraison début 2026

Pour les trois bâtiments, une même philosophie générale est affirmée dans les cahiers de charge pour Soliha :

« Dans le cas présent, on entend par « transitoire », l’occupation d’un espace vacant qui se fait, dans un temps limité, en amont de la mise en oeuvre d’un projet d’aménagement ou immobilier programmé, sans avoir d’impact durable sur le lieu et son nouvel usage.

Les travaux qui seront menés sont donc les travaux de réhabilitation minimaux permettant l’utilisation des locaux dans le respect des normes en vigueur et dans un niveau de confort minimum selon l’usage donné.

A l’échelle du projet, cette occupation transitoire est envisagée pour une durée de 5 ans environ ».

Puis, des études très techniques sur l’organisation interne pour chacun des bâtiments

Le 10 bis. proposition Plateau urbain et commande faite à Soliha

Le 10 bis
La plaque du 10 bis

« Il s’agit d’un projet d’aménagement transitoire d’un bâtiment situé au 10 bis, quai de Lesseps (aussi appelé « Briques et pierres ») à Bayonne (64).

Le but de cette opération est d’aménager le rez-de-chaussée et les étages de ce bâtiment afin de permettre l’accueil transitoire des entités suivantes :

= un lieu ouvert au public de 350 m2 environ (dont 250 m2 de cour) au rez-de-chaussée de ce bâtiment.

= des espaces de travail (individuels et collectifs) à destination de la Scène Nationale Sud-Aquitain dans les étages, pour une surface de plancher de 250 m2 environ ».

Le 14 (ou 11bis) proposition Plateau urbain et commande faite à Soliha

Le 11 bis ou 14

« Il s’agit d’un projet d’aménagement transitoire d’un bâtiment situé au 11 et 11 bis quai de Lesseps à Bayonne (64).

Le but de cette opération est d’aménager le rez-de-chaussée et les étages de ce bâtiment afin de permettre l’accueil transitoire des entités suivantes :

= un local destiné à l’accueil du public de 110 m2 de surface plancher environ se développant au rez-de-chaussée.

= 3 logements partagés à destination d’étudiants, comprenant pour chaque logement des chambres étudiantes privatives et des espaces communs (cuisine, WC et salle de bain) pour une surface de plancher de 281 m2 environ ».

Le 9b/16. proposition Plateau urbain et commande faite à Soliha

Le 9 bis

« Il s’agit d’un projet d’aménagement transitoire d’un lot de 2 bâtiments situés au 9 bis quai de Lesseps et 16 rue Sainte-Ursule à Bayonne (64).

Le but de cette opération est d’aménager le rez-de-chaussée et les étages de ces deux bâtiments afin de permettre l’accueil transitoire des entités suivantes :

= un local dédié à une activité de réemploi de matériaux ou d’équipements (en lien avec l’économie circulaire) de 420 m2 de surface plancher environ se développant au rez-de-chaussée des 2 bâtiments

= 6 logements partagés à destination d’étudiants, comprenant pour chaque logement des chambres étudiantes privatives et des espaces communs (cuisine, WC et salle de bain) pour une surface de plancher de 580 m2 environ ».

Au final, tout ça pour ça

L’utilisation des 3 bâtiments consistera donc principalement en des logements étudiants, en conformité avec une orientation générale du projet, mais avec confort minimum, donc vraiment dans le provisoire. On y trouvera aussi des locaux pour la Scène nationale du Sud Aquitain,. En rez-de-chaussée, il y aura un lieu pour une association de réemploi de matériaux (le genre de local promis à Patxa’Ma depuis longtemps), un grand espace ouvert au public et un local modeste destiné à l’accueil du public.

Faut-il espérer une bonne surprise dans l’animation de ce grand espace ? Avec un appel à projets ? Et pas seulement une attribution « de gré gré » comme trop souvent sur cette ville.

Ouvre l’ambition générale devenue très modeste, ce qui manque le plus dans ce projet d’occupation provisoire, c’est la vocation sociale, souvent revendquée par les habitants dans les ateliers de concertation, et proposée dans le rapport initial de Plateau urbain. La mixité des lieux, avec un accueil de publics spécifiques a disparu. Pas d’hébergements, sauf pour les étudiants. Cette mixité était pourtant portée fortement dans les Grands voisins, première réalisation de Plateau urbain.

Ici, la ville n’a pas suivi. Faute d’ambition, d’imagination, de créativité, ou de moyens financiers à y consacrer, elle a joué petit bras. Elle a choisi le provisoire plutôt que le transitoire.

Des bâtiments, restés vides depuis près de 15 ans en pleine crise du logement, vont enfin être occupés par des étudiants. Supr. Mais il n’y a pas de quoi se vanter.

Patrick Petitjean, 20 avril 2025