Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (2) Constats non partagés

2012

A la parole des habitants qui se libère, la municipalité répond par son « bilan partagé »des Fêtes : tout s’est bien passé, mieux qu’en 2022. Un bilan « technique », sans questionnement sur le modèle. Et pire, sans même un mot sur la mort de Patrice Lanies. Une attitude qui n’est pas passée auprès de son frère Pascal, interrogé par Sud Ouest ce 30 novembre. Deuxième volet sur les fêtes de Bayonne.

La nécessité d’une refondation des Fêtes

Un débat qui devient public en septembre

Le débat sur les Fêtes émerge des réseaux sociaux en septembre quand Sud-Ouest (édition Pays basque), consacre une double page le 9 septembre à des réactions de différentes personnalités : le président de la pena Haiz Egoa, le porte-parole de l’assemblée des jeunes de Bayonne (et promoteur des Fêtes alternatives), des élu.e.s de l’opposition. Réactions auxquelles le maire et ses adjoints ont pu répondre dans une autre double page le lendemain : voir le premier volet de cette série sur les Fêtes.

2012

Sur-fréquentation dangereuse, comportements irrespectueux devenus omniprésents, tabassage à mort de Patrice Lanies, glissement mercantile, sont les principales critiques faites, conduisant certains à réclamer un « tournant radical ». Le journaliste parle même d’« exaspération viscérale ».

L’empilement d’activités, animations et spectacles, sans logique ni sens, à seul fin de « faire du chiffre » de fréquentation, fait disparaître la magie potentielle de la fête. Pour la retrouver, il faut se réfugier dans les endroits « safe », notamment les penas.

La sur-fréquentation est mise en cause, tant en matière de sécurité (la congestion des lieux) que de développement d’une alcoolisation massive, elle-même source de dérives violentes (agressions, viols, meurtre de Patrice Lanies, autres décès liés aux Fêtes,…). La dérive mercantile est particulièrement soulignée par les élu.e.s, avec la flambée de certains prix : « les Fêtes sont devenues une machine à cash ».

Pour diminuer la densité humaine, ce sont principalement des solutions techniques qui sont mises en avant : changement des dates, élargissement du périmètre, en phase avec la municipalité. Le président de la pena y ajoute la suppression des comptoirs extérieurs : les cafetiers font 40 % de leurs recettes annuelles au moment des Fêtes. Une solution technique qui met cependant en cause la dérive commerciale.

Au-delà, faut-il remettre en cause le contenu, voir globalement le modèle des Fêtes ? L’assemblée des jeunes est celle qui va le plus loin, en dénonçant les choix politiques et la « folie des grandeurs » de la ville, avec les campagnes de pubs dans le métro parisien. Elle revendique des Fêtes organisées par les citoyen.ne.s de Bayonne à travers le secteur associatif. Mais il y a consensus pour proposer des Fêtes structurées autour de la culture, notamment de la musique vivante, basque et gasconne.

2023

Depuis cet article en septembre, la pression monte sur la municipalité pour un vrai débat sur le bilan et l’avenir des Fêtes. Les critiques se sont amplifiées, avec la création d’un collectif, une pétition, des tribunes politiques.

Collectif 2032

Le« collectif 2032 » (en 2032, on fêtera le centenaire des Fêtes) s’est constitué fin septembre. Il regroupe des acteurs des Fêtes : commerçants et restaurateurs du Petit Bayonne, syndicat patronal UMIH, Gaztetxea, Kasu, Baiona Banda, associations de riverains, Aski, le Groupment des Associations Bayonnaises (GAB, penas), etc. Il y a surtout des acteurs économiques, mais très divers, avec en plus Gaztetxea (l’assemblée de jeunes), et les proches de Patrice Lanies (Aski : ça suffit). Le collectif veut transmettre en 2032 aux nouvelles générations des Fêtes pleinement améliorées. « Nous voulons contribuer à apaiser la rue, à mettre les habitants et la culture locale au coeur des festivités, à responsabiliser les festayres et réduire l’impact écologique des Fêtes ». Le collectif promet des propositions concrètes début décembre, remises au maire, à mettre en place dès 2024 et demande à la ville de Bayonne d’organiser une consultation des habitants dès que possible.

La grande diversité du collectif (12 entités) interroge sur sa capacité à faire émerger un réel changement. A suivre quand ses propositions seront formulées.

Pétition

Plus offensive est une pétition de « citoyens bayonnais », lancée le 25 septembre. Elle compte 1673 signataires au 27 novembre, et on peut toujours la signer : https://www.change.org/p/f%C3%AAtes-de-bayonne-nous-souhaitons-une-consultation-des-habitant-e-s-mettons-les-habitants-au-c%C5%93ur-des-festivit%C3%A9s-signez-la-p%C3%A9tition-et-partagez-svp

Elle estime que le bilan des Fêtes est « trop lourd » et n’est « pas acceptable plus longtemps ». Il n’est plus suffisant d’ajuster quelques détails et de prendre des mesures techniques. L’heure n’est à repenser les Fêtes en profondeur. Consulter la commission extra-municipale des Fêtes et les acteurs habituels ne suffit pas (ce qui est le périmètre restreint retenu par le maire).

Le collectif demande au maire d’organiser une consultation des habitants dans les plus brefs délais, qui devrait traiter de tous les aspects, « dont la sécurité, l’hygiène, l’affluence, les dates, les horaires, les prix, la programmation, la prévention, la place de la langue basque, la participation des habitants et des structures privés, la communication, le transport, le stationnement ou encore la sonorisation ».

2011

Tribunes

Colette Capdevielle (élue socialiste) soulignait en août un nouveau profil (?) de festayres qui ont pour seul objectif de s’enivrer, profitant de ce que les Fêtes soient devenues « une formidable machine à cash ». Elle parlait des « barbares » qui violent et réclamait un bilan « courageux » discuté démocratiquement en dehors des cercles habituels (NDR : On n’en a pas pris le chemin). Elle sacrifiait aussi aux éléments de langage sur les Bayonnais qui ont « le sens de la fête dans leur ADN » et « l’esprit sacré » des Fêtes.

Pour sa part, l’association « Bihar Baiona – Demain Bayonne », qui a 3 élu.e.s au conseil municipal, insistait, fin septembre, sur un point peu présent auparavant, à savoir le caractère payant des Fêtes (pour le regretter), qui n’empêchait pas la sur-fréquentation et alourdissait le coût de la sécurité. Elle participe à la commission extra-municipale des Fêtes, et regrettait que les propositions faites dès 2020 avec les associations bayonnaises pour « une version renouvelée des Fêtes, de leur organisation et de leur gouvernance » soient restées sans suite.

Pendant l’hiver 2022-23, l’association a organisé des ateliers de travail pour définir des « propositions opérationnelles » : « co-construction citoyenne / responsabilité sociale et environnementale » ; « élargissement du périmètre géographique » ; « diffuser, partager la culture de la fête ».

Mais le sur-tourisme n’est pas identifié comme un problème majeur, pas plus que le modèle économique des Fêtes.

2014

De son côté, EH Bai a publié une déclaration sur les Fêtes le 24 octobre d’une tonalité beaucoup plus offensive, s’attaquant au modèle lui-même, cependant que ses propositions restent finalement très modestes.

Selon le parti abertzale, l’édition 2023 a été « celle de tous les excès », et il est impossible de « cautionner le modèle festif promu par la mairie ». Il relie l’« ambiance délétère » directement à la sur-fréquentation. Parmi les propositions jugées importantes : « la décroissance du format des Fêtes, des politiques efficaces contre les violences sexistes, la revalorisation de la culture, la baisse du nombre de déchets produits, la promotion de la langue basque, ou encore l’élargissement à d’autres quartiers ». Et, pour définir ce nouveau modèle, il en appelle aux Bayonnais.e.s et à leurs « initiatives populaires ».

La conclusion mérite d’être reprise en entier « la politique touristique et culturelle de la mairie de Bayonne est, selon nous, à remettre en cause dans sa globalité. Les Fêtes e Bayonne, la foire au jambon ou les lâchers de lanternes sont destinés à installer un tourisme de masse. Ce genre de projet rend impossible la participation des Bayonnais.e.s, il crée de fait un modèle culturel basé sur les retombées économiques, il n’est pas soutenable d’un point de vue écologique, et il aggrave potentiellement la crise du logement ».

Les élu.e.s non-majoritaires

Les trois groupes (BVO, Bihar Baiona et EELV se sont exprimés dans le magazine municipal de septembre, plus ou moins longuement selon l’espace accordé, proportionnel à leur nombre.

BVO a osé le terme « décivilisation » pour parler de la mort de Patrice Lanies et des nombreuses autres incivilités de toutes sortes. La sécurité et l’ambiance sonore sont ses principaux angles de critiques, avec le caractère payant des Fêtes, triplement rejeté : pour son caractère antisocial, pour son assimilation à un passe-droit par des festayres, et comme facteur supplémentaire d’insécurité.

Bihar Baiona a développé les mêmes analyses que dans sa tribune (voir plus haut), en insistant sur la nécessité d’une co-construction des prochaines Fêtes avec les habitants. Refusant aussi le bracelet payant, il a demandé une étude d’impact économique.

EELV a fustigé le déni par le maire et ses adjoints de leurs responsabilités dans les dérives des Fêtes ; il a dénoncé les campagnes de marketing outrancières et le « business de l’alcool éludé par la majorité ». Il a proposé de « se poser et réfléchir. Ensemble les habitants. Et pas un seul quarteron d’élus ». L’avenir des Fêtes passe par « mettre un terme à la mise en vente d’une ville où tout est permis ».

Ces angles d’attaque ont été repris lors du conseil du 19 octobre, profitant d’une délibération sur le paiement des forces de l’ordre (voir billet n°1), notamment le refus du caractère payant des fêtes ou la sécurité devenue ingérable à ce niveau de fréquentation. Et de contester les modalités de débat sur la réforme des Fêtes, où la majorité refuse plus que jamais une réflexion collective.

Pascal Lanies

Dernière intervention dans le débat public, celle de Pascal Lanies, le frère de Patrice, dans Sud Ouest du 30 novembre. Ses mots sont durs, à la mesure de la minimisation et du déni officiel de ce qui a conduit à la mort de son frère. A la mesure aussi d’un sentiment général à l’égard de ce que sont devenues les Fêtes.

Avec des très proches, il a fondé l’association « Aski » (Assez) pour honorer sa mémoire. Une affichette, avec le portrait de Patrice, a été éditée et figure sur nombre de vitrines du centre ville. Il interroge les conditions de prise en charge de son frère, et plus généralement les conditions de sécurité lors des Fêtes. Pour identifier la chaîne de responsabilités, la famille a porté plainte contre X et contre la ville de Bayonne. Elle s’est constituée partie civile.

Surtout, Pascal Lanies s’indigne que certains élus parlent d’« incident » ou d’« accident », et d’entendre qu’on ne peut pas faire de lien entre la mort de Patrice et les Fêtes, que ça aurait pu se passer avant ou après : « ce n’est pas un accident, c’est un meurtre, et il a été commis le soir de l’ouverture des Fêtes ».

2012

Il remet aussi en cause l’organisation des Fêtes. Il a l’impression d’assister à un « concours de la plus grosse affluence » dans l’espace réduit du centre ville, restreint en plus par la prolifération des bars extérieurs. Il pense que les habitants « en ont assez » et trouvent que que les Fêtes ont changé. Il fustige le « « Bayonneland » et refuse que Bayonne devienne « un parc d’attraction où l’on vienne faire ce que l’on ne ferait pas ailleurs« 

Le bilan « partagé » diffusé par le maire

Pascal Lanies avait sans doute eu connaissance de ce bilan officiel : la mort de Patrice a purement et simplement disparu de ce bilan. On ne saurait être davantage dans le déni de ce qui s’est passé lors des Fêtes. Son indignation se justifie pleinement.

Comme annoncé lors du conseil municipal du 19 octobre, le bilan « partagé » des Fêtes 2023, fait par la municipalité et les services, a été présenté à la Commission extra-municipale des Fêtes, aux cafetiers, restaurateurs, penas et forains. Puis le 27 novembre (ou le 25) aux anciens membres des conseils de quartier (dont le mandat vient de s’achever).

Au moment où ce billet est publié, il n’y a pas de compte rendu public de ces réunions. Mais les diapos qui ont introduit ces réunions sont parvenues jusqu’au Piment bayonnais. Toutes sont signées des services, et sûrement validées par le maire.

En liminaire, le bilan insiste sur le fait qu’il s’agit d’« éléments factuels », « chiffrés » : il faut ainsi comprendre qu’ils sont donc incontestables, et loin des réactions subjectives et émotionnelles des habitants. Voici donc quelques chiffres, les grands chapitres présents dans le bilan.

Indicateurs de fréquentation (2 diapos)

Les indicateurs choisis sont tous en forte hausse sur 2022 : téléphones portables, + 19 %; Bus de nuit, + 27 %; trains, +300 %; camping, + 39 % (saturé) ; pass d’entrée, + 18 % (285 600) ; 147 journalistes accrédités, en forte hausse.

Au total, l’estimation officielle est de 1 300 000 participants, en hausse de 20 % sur 2022. Avant le covid, en 2019, elle se montait à 900 000 participants.

Sécurité (4 diapos)

Le dispositif a été amélioré (il est décrit) et s’est avéré efficace

Le périmètre a été saturé au moment de l’ouverture et de la fermeture, ainsi que pour le réveil du roi Léon. Il est reconnu que l’accès des secours et le dégagement des personnes étaient rendus difficiles.

La gare routière (Lesseps) a bien fonctionné, mais la Place des Basques était au-dessus de ses capacités. Les concerts ont été volontairement interrompus à 2h30 pour la desserte des gares.

Malgré la pression « les dispositifs ont tenu bon ».

Il y a eu une activité très dense des services, avec un grand nombre de verbalisations pour stationnement sauvage, mictions publiques et nuisances sonores.

Secours et prévention (2 diapos)

« Un dispositif rodé et efficace ». Complété cette année par une équipe mobile à la gare routière. Il y a eu 1 322 prises en charge nocturne de festayres, en augmentation de 2,8 % sur 2022, moins forte que celle de la participation (NDR : il serait donc malvenu de se plaindre des excès). Il y a eu des moments de forte tension : le secteur Mayou / Victor Hugo au moment des cérémonies, les secteurs Halles, quais de la Nive et Porte d’Espagne tous les soirs.

Pour la prévention, 15 000 éthylotests ont été distribués, des actions de prévention ont eu lieu au camping et des maraudes dans le périmètre, avec une association spécialisée dans la lutte contre les addictions. Le bilan souligne le rôle des 58 penas et des deux points de repos dans le dispositif de prévention.

Hygiène et propreté (2 diapos)

2023

28 blocs sanitaires sur 9 sites, dont 15 urinoirs. Et surtoit 80 nouveaux dispositifs (60 féminins, 10 mixtes et 10 masculins). Au final, 80 m³ d’urine collectés. « Un bilan global satisfaisant », malgré la rémanence importante de l’odeur d’urine

« Propreté, une intervention qui atteint ses limites » : globalement, l’état de la ville a été « très sale cette année » (NDR : les habitants sont d’accord) et les services étaient à la limite de leurs possibilités. « La cohabitation a été compliquée » entre le nettoyage et les livreurs le matin, « en raison de la configuration de la ville ».

2012

Animations culturelles et festives (4 diapos)

« Mise en avant de la musique vivante: bandas, orchestres, choeurs ». 1300 musiciens dans l’espace public, 200 de plus qu’en 2022. Professionnalisation des grandes scènes avec des artistes de renom. Diversité des genres musicaux place de la République.

Penas (avec la sono à l’intérieur) et associations ont joué un « rôle majeur » dans cette mise en avant.

« Succès de toutes les animations », avec mention des animations portées par les penas : la foulée du festayre (10 500 participants) et la Nive en fête (200 participants). Mais le plus gros succès est celui de la course de vaches : 17 000 entrées, 3 000 de plus qu’en 2022, la place Paul-Bert devenant trop petite.

Succès aussi pour tous les spectacles, dont la journée des enfants, le festival de la force basque (12 000 participants), les manifestations sur l’eau et le « très beau corso ». Et en bas de cette diapo, un « NB : beau succès populaire des corridas »

Transports et stationnement (2 diapos)

Le parking et les espaces publics ont été saturés, la pression du stationnement sauvage a été énorme. Le parking des Fêtes a été saturé, avec 19 454 clients au lieu de 18 599 en 2022. Une offre renforcée, avec 3 parkings a été mise en place pour les vélos et les deux-roues.

En ce qui concerne l’offre de transports publics, il y a eu 210 000 voyages entre 20h30 et 4h en 5 jours, en hausse de 37 % sur 2022. Txiktxak proposait cette année un forfait pour les 5 jours des Fêtes, qui a connu « un vif succès », avec 18 500 vendus et 2 500 gratuits.

budget

Les recettes / dépenses confirment que la sécurité / secours représentent plus de la moitié des dépenses, et les animations 25% seulement.

capture d’écran

Un bilan surréaliste

Des chiffres, cela permet de tenir à distance tout bilan politique, loin de la réalité. Il n’est pas certain qu’il ait satisfait les différents cercles où il a été présenté. Les problèmes sont gommés ; meurtre, viols, violences sexistes sont évacuées. Mais on sait tout sur les toilettes. Les incivilités se réduisent à l’urine. L’autosatisfaction parcourt tout le document.

Ce bilan est stupéfiant, mais après tout, il ne s’agit que d’un bilan technique, fait par les services, et seulement destiné à ouvrir une discussion. Mais validé obligatoirement par le maire. Est-il encore « connecté » à ce qui se passe dans sa ville ?

On en reparlera dans le prochain volet de cette série.

En attendant, on ne peut que sursauter, de nouveau, sur les mots du maire dans l’édito pour la plaquette de pub pour les fêtes de noël : « Grâce à un florilège d’animations, Noël reste un rendez-vous festif, culturel, commercial incontournable à destination tant des habitants que des visiteurs ». Noël était connu comme fête familiale. Cela devient un élément d’une politique commerciale et touristique. Le modèle municipal pour les Fêtes de Bayonne s’étend désormais à celles de Noël, après la foire au jambon et le lâcher de lanternes.

Patrick Petitjean, 1er décembre 2023.

Et merci à Xan Ansalas pour ses photos des Fêtes

Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (1)

2011

La mort de Patrice Lanies lors des dernières Fêtes a servi de révélateur au tour insupportable pris par ces fêtes au fil des ans. Poursuivre sur le même modèle ne peut que conduire à la mort des Fêtes. Nombre d’habitants l’ont bien compris, qui débattent depuis cet été de la manière de les refonder. Ce n’est pas la direction prise par le duo Etchegaray et Ugalde pour qui seuls des ajustements techniques seraient nécessaires, sans changer de modèle. Premier volet de 3 articles sur les fêtes de Bayonne.

On ne peut continuer ainsi

Que reste-t-il d’une fête populaire ? Un méli-mélo programmatique occultant des réussites culturelles de moins en moins nombreuses, la surfréquentation, un centre ville devenu quasi-inaccessible pour ses habitants, l’alcoolisation à outrance et la saleté des petits matins qui va avec, la multiplication des incivilités et des agressions sexuelles, des habitants qui fuient Bayonne le temps des Fêtes.

Dans un tel contexte, l’assassinat de Patrice Lanies, pour avoir voulu dissuader un homme d’uriner sur sa porte, a été la goutte d’eau qui fait déborder l’exaspération des habitants. Il n’est plus possible de continuer comme cela, telle est le sentiment qui se diffuse dans la ville depuis août dernier.

2011

Sud-Ouest (édition Pays basque), en journal local parfois sensible à l’atmosphère de la ville, ne pouvait que s’en faire l’écho. Il a consacré une double page le 9 septembre avec les réactions d’habitants :«  beaucoup sont pour un tournant radical ».

Une pétition citoyenne

Depuis, les critiques se sont amplifiées, avec la création d’un « collectif 2032 » (en 2032, on têtera le centenaire des Fêtes, du moins il faut l’espérer) composé d’acteurs des Fêtes, et une pétition de « citoyens bayonnais », lancée le 25 septembre. Elle compte 1670 signataires au 17 novembre, et on peut toujours la signer : https://www.change.org/p/f%C3%AAtes-de-bayonne-nous-souhaitons-une-consultation-des-habitant-e-s-mettons-les-habitants-au-c%C5%93ur-des-festivit%C3%A9s-signez-la-p%C3%A9tition-et-partagez-svp

Je reviendrai dans le 2e volet de cette série, sur les différentes critiques faites, et qui vont très au-delà de ce qui est reconnu par les élus, à travers les prises de position de groupes d’habitants et d’élu.e.s de l’opposition municipale. Dans le 1er volet, je vais d’abord passer en revue la défense de leur modèle des Fêtes par le maire et ses adjoints, en partant de la 2e double page consacrée aux Fêtes par Sud Ouest le lendemain 10 septembre, avec les réactions des élus. Une défense qu’ils ont prolongée lors du conseil municipal du 19 octobre.

Les élus face à Sud Ouest

Pierre Mailharin, le journaliste auteur de ces deux articles, s’est appuyé sans détour sur les critiques entendues pour poser des questions directes, voir « punchy » aux trois principaux responsables : Jean-René Etchegaray (JRE), le maire ; Yves Ugalde (YU), l’adjoint à la culture et à l’évènementiel ; Christian Millet-Barbé (CMB), l’adjoint à la sécurité ; ainsi qu’Henri Lauqué (HL), président depuis 28 ans (mais oui!) de la commission extra-municipale des Fêtes (non-élu). Aux questions posées, les réponses des élus font apparaître plus que des nuances, entre un YU à fond dans le négationnisme des problèmes rencontrés, un CMB qui ne sort pas de sa fonction sécuritaire, et un JRE plus flou, moins bloqué, prêt à envisager des changements cosmétiques. Aucune interrogation sur le modèle actuel des Fêtes, au contraire. Tous mettant en avant des réponses techniques. Et tous sur la défensive.

Les articles de Sud Ouest étant réservés aux abonnés du journal, voilà donc ici l’essentiel (à mon avis) des questions / réponses des élus.

Pas d’exaspération des habitants.

JRE conteste d’emblée le journaliste qui affirme que « les Bayonnais sont exaspérés » par des « Fêtes saturées ». Il ne veut parler que de « surdensité », conséquence du « théâtre exceptionnel » que constitue le centre historique. Il évalue la participation à 1,3 millions de personnes (le Sous-Préfet a avancé 1,4 millions) sur 5 jours, avec une hausse vertigineuse de la fréquentation des campings, + 45 %, ce qui est une manière de pointer les jeunes du doigt.

Mais surtout, qu’on ne voit pas dans le marketing territorial éhonté de la ville (et des journaux) pour attirer les gens, non, c’est un phénomène « psychosociologique » post-covid, dit JRE.

Quant à la disposition géographique du centre ville, HL rappelle que l’amplitude géographique a déjà été élargie, ainsi que l’amplitude horaire, mais que cela n’a rien changé à la densité. Ce n’est pas surprenant, et un nouvel élargissement des lieux attirera davantage de fréquentation. C’est un phénomène bien connu de la circulation automobile : quant on ouvre de nouveaux espaces pour les voitures, elles l’occupent. C’est l’effet « aspirateur ».

2023

« la surfréquentation n’est-elle pas devenue très dangereuse ? »

En réponse à cette question du journaliste, CMB est dans un complet déni : « pas de comportements anormaux qui auraient pu être générés par cette densité, une baisse spectaculaire de la délinquance », « c’était assez exemplaire »… Il admet quant même les plaintes pour viol et le « drame absolu de la mort de Monsieur Lanies ».

JRE abonde dans la minimisation « il y a eu deux fois moins de gardes à vue ». Selon CMB encore, le PC sécurité n’a jamais été alarmé. La densité peut provoquer des bousculades, des piétinements, mais c’est tout. Ce n’est pas ce qui remonte des témoignages, en particulier des femmes. Difficile de se sentir en sécurité dans une ambiance violente et machiste.

2014

YU donne dans l’indécence, expliquant que la mort de Patrice Lanies n’est pas liée aux Fêtes, qu’elle aurait pu se produire avant ou après, que de tels « faits dramatiques » se produisent aussi ailleurs et avec moins de concentration humaine. Circulez, il ne s’est rien passé…

JRE et CMB reconnaissent la quasi-impossibilité des secours d’accéder au coeur de la fête, et même des services de sécurité à pied.

Si JRE admet qu’il faudra peut-être brider les Fêtes, en limitant leur jauge à la fréquentation de 2023, « il ne sera pas celui qui mettra un terme à ce qui est leur ADN ». Attribuer une caractéristique biologique aux Fêtes, c’est de l’anthropomorphisme, mais il n’est pas certain que cela signifie plus que : on ne changera rien.

Incivilités et musiques : JRE en ami des cafetiers restaurateurs

2023

A propos des nuisances sonores, question soulevée par le journaliste, JRE intervient en défense des cafetiers : « une immense majorité de cafetiers jouent magnifiquement le jeu, qu’il ne soit pas écrit que le maire est furieux contre eux ». Il n’y a que quelques brebis galeuses, 35 PV seulement ont été dressés, avec la moitié de récidivistes. Cette défense des cafetiers est une constante de JRE et de ses collègues.

Est soulevée aussi la question de la musique en plein air, ce que certains habitants appellent « une discothèque à ciel ouvert ». En journée, la musique est plébiscitée par les habitants.

2012 Plébiscitée, mais de plus en plus étouffée

HL et JRE défendent les « propositions musicales » en soirée, malgré les abus (selon eux) de certains DJs qui proposent de la musique « de fête » (?), et à condition d’éviter la cacophonie (qui est pourtant ressentie par les habitants). YU va dans la surenchère : « sans proposition à la dimension de la fréquentation, on provoque une forme d’errance. On l’a vu à la foire au jambon, à partir de 20h c’est devenu glauque ».

2015

Les mictions publiques sont une autre incivilité mise en avant. A l’évocation du modèle « Pampelune » par le journaliste, où les bars ouvrent leurs toilettes au public, YU reconnaît que les comptoirs extérieurs empêchent de le faire à Bayonne, mais que « une opposition radicale aux comptoirs extérieurs » (souvent rejetés par des habitants) « serait une fausse bonne idée », source d’insécurité. JRE et bien plus nuancé : selon lui, les comptoirs extérieurs sont là pour réguler les choses, mais ils participent d’une vraie « forme d’exaspération ». Et il propose d’y répondre par une « gouvernance consolidée ». Il s’en expliquera davantage en fin d’entretien.

Quand le journaliste évoque la critique des habitants sur le caractère commercial des Fêtes qui prend le pas sur la dimension culturelle, JRE rétorque qu’il refuse de leur « faire un procès général » : « ils font certainement de bonnes affaires pendant les Fêtes, et la plupart jouent le jeu et participent à l’animation de la ville toute l’année. A ceux qui nous disent que les Fêtes devraient être financées par les cafetiers, ce n’est pas réaliste deux secondes ».

Cette défense du modèle commercial et économique des Fêtes s’étend au maintien de leur caractère payant (le bracelet), une cible récurrente des élus minoritaires ou oppositionnels.

« On va convoquer le temps et l’espace » (JRE)

Changer les dates, élargir le périmètre des Fêtes, sont les solutions miracles avancées par les élus pour reprendre en mains les Fêtes. Ce sera le cas en 2024, pour cause des JO : elles auront lieu entre le 10 et le 14 juillet. Une expérimentation selon JRE, qui paraît ouvert à la recherche de nouvelles dates, y compris en juin ou septembre. Il est aussitôt recadré par YU, pour qui refuse une éventuelle concurrence avec les voisins (Dax, Mont-de-Marsan et Pampelune) et les difficultés pour la présences des enfants en dehors des vacances.

Pour l’espace, on réfléchit, disent les élus en choeur. Eloigner les forains sur les Allées Paulmy, pour libérer les Allées Boufflers et le Réduit, les habitants sont favorables mais pas les forains. Annexer Saint-Esprit ? Ou même, selon HL, s’étendre quai de Lesseps, aaprès l’Atalante et le Didam, pendant quelques années avant le démarrage du grand projet urbain ? Pour YU, ce ne sont que des « concepts ». L’élargissement à Mousserolles (réalisé cette année), et les forains à Paulmy, cela suffit.

La gouvernance

Selon le journaliste, il est reproché que les décisions pour les Fêtes ne soient prises que par un petit groupe de personnes. Ce à quoi JRE répond qu’au final, il sera toujours le seul responsable en tant que maire, celui qui peut être déféré devant un tribunal. Il récuse le procès trop rapide fait à la commission extra-municipale des Fêtes. YU et HL abondent dans son sens. Selon HL, 90 % du programme vient de propositions d’associations à travers cette commission

JRE annonce des constats partagés et un élargissement des consultations : cafetiers-restaurateurs, forains, penas (les acteurs économiques) et même des représentants des habitants. Cela reste très loin d’un vrai débat public, ce que confirmera le conseil municipal du 19 octobre.

le Conseil municipal du 19 octobre

Le débat sur les fêtes a pointé son nez lors du conseil municipal du 19 octobre à l’occasion d’une délibération à voter pour rembourser à l’Etat les frais de participation des forces de l’ordre à la sécurité lors des fêtes. En répondant aux interventions de plusieurs élus des oppositions (Mixel Esteban, Henri Etcheto, Mathieu Bergé et Sophie Herrera-Landa) en marge de la délibération financière, interventions sur lesquelles je reviendrai dans le 2e volet, le maire et son adjoint à la culture ont pour l’essentiel confirmé leurs réponses de septembre à Sud Ouest.

Ce débat est accessible sur la vidéo du Conseil, approximativement entre 1h54 et 2h24.

JRE a informé que le bilan était en cours au sein des commissions municipales, et invité les élus à y participer. Comme bilan, JRE s’est posé en victime impuissante d’une part de la structure médiévale de la ville, d’autre part de la surfréquentation : « il faut le reconnaître, on n’y peut rien ». Après le bilan, les perspectives : JRE a confirmé les deux points en discussion : les dates, et le périmètre géographique. Autant dire que la discussion est étroitement encadrée par JRE.

Tout en annonçant une séance spéciale du conseil municipal le 4 décembre pour conclure le débat sur les Fêtes, il a tout aussi étroitement défini le périmètre des habitants autorisés à débattre d’ici-là : Dans l’ordre, les cafetiers-restaurateurs, les associations des Penas (soit les acteurs économiques, et les membres des Conseils de quartier (quelques dizaines de personnes). Tout cela, très loin donc des habitants. JRE a insisté sur le fait que c’est le Conseil qui décide et que lui est seul responsable. Et qu’il n’est pas question de remettre en cause les Fêtes (comprendre leur modèle), comme le veulent certains habitants.

Mais un débat où les participant sont quasi exclusivement les acteurs économiques des Fêtes, ceux qui en tirent profit, est biaisé d’avance.

Quant à YU, il a commencé par un lapsus très révélateur, en parlant de la mort de Patrice Lanies comme d’un simple « incident », avant de se reprendre rapidement et de la qualifier de «accident dramatique ». Et de confirmer son argumentation de septembre dans Sud Ouest : il y a aussi des incidents dramatique ailleurs, c’est moins grave à Bayonne qu’ailleurs, il y a les mêmes incivilités que ce soit payant ou non, l’augmentation de la fréquentation est générale. Bref, circulez, il n’y a aucun problèmes avec les Fêtes. On est dans l’extrême conservatisme.

Autres fêtes, mêmes problèmes

Le refus de changer de « logiciel » pour les Fêtes les conduisent à terme dans le mur, et à leur fin. Faudra-t-t-il compter sur le Préfet pour ramener les élus au sens des réalités ? Il vient de le faire en ce qui concerne les lâchers de lanternes à Bayonne au moment de Noël, qui seront interdits à partir de 2024, à cause des risques d’incendie. Il aurait pu mentionner aussi l’aspect environnemental, d’envoyer des déchets dans l’atmosphère. Sans surprise, YU a regretté cette décision dans Mediabask, au motif qu’il s’agissait d’un « moment féérique » et que les retombées économiques étaient importantes. Et déjà une « tradition », donc à ne pas remettre en cause, même si elle ne date que de 2014.

La question de la foire au jambon est aussi revenue dans l’actualité ces derniers jours. Une tradition dite « ancestrale », dont la fréquentation avait explosé en 2023, avec 460 000 participants, des foules compactes rendant impossible les dégustations. On y est venu pour boire, comme pour les Fêtes. Et là encore, JRE ne propose qu’un changement de date, sans remise en cause du modèle et du marketing territorial

Il est urgent de changer de modèle pour redonner envie aux habitants de faire la fête, de participer à la fête de leur ville. C’est la question.

A suivre

La logique de la pétition de « citoyens bayonnais » (voir plus haut) est inverse de celle de JRE et YU. Elle donne des pistes pour refonder et sauver les Fêtes de Bayonne, même si elle a quelques manques. J’y reviendrai dans le 2e volet.

Dans ce 2e article, on reviendra sur d’autres problématiques dont certaines (mais pas toutes) ont été soulevées par les élus non-majoritaires, comme l’environnement, l’alcoolisation, le bilan carbone, l’importance des violences sexistes et le support qu’elles trouvent dans l’ambiance de violence et de machisme amenée par les corridas, la folklorisation et l’infantilisation au détriment des cultures populaires basques. Et ce qui fait tenir le modèle actuel, le marketing territorial et le surtourisme valorisé au-delà des fêtes.

Dans le 3e article, je tenterai de sortir du conformisme des débats de l’institution municipale : sauver les Fêtes de Bayonne nécessite plus de débat public, de radicalité et d’imagination.

Xan Ansalas pour les photos des Fêtes.

Captures d’écran du Conseil pour les élu.e.s

Patrick Petitjean, 18 novembre 2023

En complément de dernière minute

Ce samedi 18 au matin, quand ce billet part sur le site du piment, Sud Ouest publie des « brouillartas » où il se paie (gentiment) YU (adepte aussi de l’ADN)

Au feu les lanternes

Un risque de propagation du feu. Voilà, d’après la préfecture, la menace que font peser les lanternes volantes lâchées à Bayonne pour Noël. Les représentants de l’État soulignent que les pompiers partagent ce constat. Fermez le ban. Ce sera la dernière des lanternes cet hiver. Et l’adjoint à la culture de Bayonne, Yves Ugalde, de tiquer. « Il y a un débat », lâche-t-il. Cela ressemble plus à un désaccord profond, au vu de sa grimace. Il faut dire que le très « instagrammable » lâcher rassemble chaque année des milliers de personnes.

Noël jusqu’à 23 heures

Noël toujours, et toujours à Bayonne. Où le même Yves Ugalde a évoqué, lors de la présentation des animations de fin d’année, les efforts réalisés par la mairie en matière de sobriété énergétique. Ici, les décorations lumineuses de Noël, des LED peu consommatrices d’énergie, sont éteintes à 23 heures. La facture s’en voit considérablement allégée et l’environnement se porte mieux. Seulement voilà, un débat (encore) existerait à propos de futurs efforts. « Ce débat existe, assume Yves Ugalde. Je fais partie de ceux qui restent vigilants : les efforts environnementaux sont fondamentaux, mais il ne faudrait pas que l’ADN de notre ville, qui aime Noël, en pâtisse. »

Loi Darmanin : surenchères xénophobes

C’est un feuilleton qui dure depuis des mois. A la recherche d’une majorité à droite pour faire voter « sa loi », comme le fit jadis Sarkozy son inspirateur, Darmanin multiplie sans complexe les surenchères répressives avec Les Républicains. Des mobilisations contre cette loi sont attendues d’ici la fin de l’année.

Ce lundi 6 novembre la loi Darmanin contre l’immigration reprend son parcours législatif au Sénat, parcours qui avait été suspendu après son passage en commission de mars dernier.

Les polémiques politiciennes entre la majorité et la droite n’avaient pas cessé depuis cette suspension, elles vont se développer encore plus pour savoir qui est le plus répressif. Les surenchères xénophobes vont être de mise. Les étrangers sont pris en otages de conflits (très médiatisés à défaut d’être importants) au sein du gouvernement et de manœuvres pour dégager une éventuelle majorité à l’Assemblée nationale.

L’objet de ce billet n’est pas de détailler les très nombreuses mesures régressives et répressives contenues dans le projet de loi, Libération, Le Monde, Mediapart, Basta et d’autres le font déjà et continueront à le faire. Cela inclut le retour de la double peine, l’introduction du critère (oh combien flou et extensible) de « non respect des principes républicains » pour justifier des expulsions et des refus de régularisations, voire des déchéances de la nationalité. Et aussi l’invocation de la loi sur le « séparatisme » qui conduit à de multiples atteintes aux libertés. Et en plus, la suppression de l’AME (aide médicale d’état) réclamée par la droite et en voie d’acceptation par Darmanin. Et encore, par les mêmes, la volonté de désobéir aux conventions internationales. S’y ajoutent l’augmentation de la durée de rétention, l’extension sans limite des OQTF, doublés d’IRTF ; la restriction des recours. Darmanin, ou le lepénisme décomplexé.

Pour une critique globale et détaillée du projet de loi, on peut se référer notamment au Gisti : https://www.gisti.org/spip.php?page=sommaire

Par ailleurs, cette surenchère répressive s’accompagne de campagnes répétées contres les associations qui défendent les personnes exilées. Un appel à la solidarité a été lancé le 2 novembre par le Gisti, la LDH, le SAF, le SM et une vingtaine d’associations de défense des droits humains. On peut le retrouver sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/association-gisti/blog/031123/des-attaques-repetees-contre-les-associations-qui-defendent-les-exiles

Il se termine ainsi :

« La contestation voire le mépris affiché pour le respect par la France des conventions internationales, prônée par le ministère de l’Intérieur lui-même, et largement banalisée dans le débat politique et médiatique, témoigne d’une grave perte de repères sur ce qu’est l’État de droit. Alors que la période appelle apaisement et cohésion, les orientations gouvernementales nous projettent à l’inverse dans un abîme d’arbitraire, de stigmatisation et de précarisation accrue de nombreuses personnes étrangères ; des mécanismes qui ont toujours fait le lit des ressentiments et de la violence ».

De la circulaire à la loi ; puis de nouveau une circulaire ?

L’article 3 du projet de loi est devenu fameux par la place qu’il occupe dans les polémiques, article censé faciliter la régularisation administrative de personnes qui travaillent déjà. Cet article vise à instaurer un titre de séjour pour le travail dans les métiers dits en tension, valable un an seulement, renouvelable, et soumis à des critères stricts (8 fiches de paie et trois ans sur le territoire). La liste des « métiers en tension » reste arbitraire, soumise à révision régulière. Cette régularisation administrative potentielle assigne les travailleurs immigrés à leur utilité économique. Pas très humaniste.

Mais ce titre de séjour serait de plein droit. Un travailleur pourrait en faire la demande directement, sans passer par un patron, et sans être totalement soumis à l’arbitraire d’un préfet. Logiquement, l’ouverture d’un tel droit est une opportunité réelle, et donc un espoir, pour toutes les personnes dans cette situation. Il est donc impossible pour les associations de solidarités de s’y opposer frontalement, malgré les limites de cet article 3.

C’est ce qu’exprime très bien Marie Cosnay dans un entretien pour Libération le 3 novembre :

« Pour ma part, je soutiendrai cette mesure pour une raison simple : tous les gens sans papiers que je connais souhaitent qu’elle passe. De toute façon, ils travaillent déjà. Ils le font en se débrouillant, et les entreprises qui les emploient se débrouillent aussi. Quitter cette hypocrisie pour régulariser les travailleurs nous rendrait moins fous et donnerait des droits, même provisoires, en termes de santé et d’accès à des aides aux étrangers concernés. Bien sûr, ce n’est pas la mesure idéale à laquelle nous aspirons. Mais elle produirait quelques gains, et, personnellement, je ne m’autoriserais pas le luxe de les laisser de côté ».

Cet article 3 prendrait la suite de la « circulaire Valls », qui permettait depuis 2012 cette régularisation par le travail, tout en la soumettant à l’arbitraire des préfets et au bon vouloir des patrons qui, en faisant la demande pour leur ouvrier, reconnaissait par là même être dans l’illégalité et devaient payer une taxe spéciale. Malgré tout, au titre de cette circulaire, autour de 30 000 régularisations étaient faites chaque année.

C’est le cas, notamment ces dernières semaines, pour la régularisation de centaines de travailleurs « sans-papiers » qui, avec la CGT et la CNT, avaient fait grève sur des chantiers du Grand Paris et des JO2024 : https://basta.media/Travailleurs-sans-papiers-regularises-les-strategies-payantes-d-une-greve-efficace

Dans la chasse aux voix de droite pour faire passer sa loi à l’Assemblée nationale, Darmanin et le Gouvernement semblent prêts à abandonner la loi pour une nouvelle circulaire (et donc le rétablissement de l’arbitraire préfectoral) sur la régularisation par le travail : de la circulaire Valls à la circulaire Darmanin.

Le travail est un droit, le travail donne des droits

A Pays basque, un Collectif est né fin 2021 sur les problématiques de régularisation par le travail et l’application, ou la non-application, de la circulaire Valls au gré des préfets (Landes et Pyrénées Altlantiques) et de leurs mutations. Pour faire face aussi à la complexification des procédures.

Le Collectif est composé d’Etorkinekin Diakite et de la Cimade d’une part, et des syndicats LAB, CFDT, CGT-construction, FSU et Solidaires de l’autre. Des avocats y participent, et un lien est établi avec l’inspection du travail.

Il a déjà une longue histoire. Il a tenu une conférence de presse en mai 2022 sur cette situation, puis a organisé le 28 janvier dernier un forum-débat avec de nombr-eux-euses intervenant.e.s et près de 200 participants dans les locaux de l’Université à Bayonne.

Il a mis en place à la rentrée de septembre une permanence unitaire, dans les locaux d’Etorkinekin à Bayonne pour écouter et aider les salarié.e.s à connaître et, si nécessaire à faire valoir, leurs droits ou à constituer leur dossier de régularisation. Cette permanence est gratuite et confidentielle. Pour venir à la permanence, il faut prendre rendez-vous, par téléphone (07 45 24 47 65) ou par courriel (emploietrangers@gmail.com). Alors, lectrices et lecteurs de ce billet, si vous avez connaissance d’une telle situation, vous pouvez aider à mettre en lien vers cette permanence.

Le Collectif a organisé le 24 octobre à Bayonne un nouveau débat sur la loi Darmanin et la régularisation par le travail, avec la projection du film « Premier de corvée ». Une centaine de participants ont pu échanger (à distance) avec Julia Pascual, journaliste au Monde et coréalisatrice du film.

Devant le fort durcissement de la législation répressive qui se profile avec la loi Darmanin, le Collectif élargit ses objectifs : Détecter et aider les régularisations potentielles, individuelles ou collectives – contre la surexploitation, le respect du droit du travail pour les travailleurs migrants sans papiers ou en statut précaire – veille sur la situation locale, repérer les abus et les documenter.

Quel que soit l’issue finale, article 3 de la loi pour ouvrir un droit, ou circulaire qui maintienne l’arbitraire préfectoral, le Collectif ne manquera pas de travail.

Patrick Petitjean, 5 novembre 2023

Immobilier Bayonne : les rencontres de Sud Ouest

Acculés financièrement par une politique gouvernementale qui privilégient l’accession des classes moyennes à la propriété, de plus en plus tributaires du financement par des collectivités locales également en difficultés, les 4 principaux bailleurs sociaux du Pays Basque (HSA, Domofrance, Office 64 et le COL) ont fait le point de leurs priorités, entre le locatif et l’accession. Le schisme cognitif s’approfondit.

Le 17 octobre, se sont tenues les tables rondes annuelles « immobilier » du journal Sud Ouest, avec promoteurs, élus, bailleurs sociaux et autres agents immobiliers. Cette grand’ messe professionnelle a été l’occasion de faire le tour des réactions à la politique gouvernementale face à la crise du marché de l’immobilier. L’entrée par l’immobilier est une manière biaisée politiquement de parler de la crise du logement, c’est celle de ces rencontres (Sud Ouest affiche fièrement que 2/3 de ses lecteurs sont des propriétaires), mais aussi trop souvent celle des collectivités basques qui voient dans l’accession à la propriété le rêve de tout à chacun.

A noter que l’an passé, des associations comme Alda avaient été invitées aux tribunes. Pas cette année.

Table ronde 1 : Politique du logement : quelles sont les attentes ?

photo (recadrée de Bertrand Lapègue / Sud Ouest

Le ton est donné d’emblée par la composition de la tribune : 4 mâles blancs de plus de 50 ans. 2 élus locaux (Hirigoyen pour la CAPB et Lasserre pour le Conseil Départemental 64) et 2 professionnels. Plus en visio, Lionel Causse, député. Et les attentes dont il est question sont celles des propriétaires, vues par les professionnels de l’immobilier ou les élus.

Le clivage principal est celui de la compensation obligatoire pour toute mutation d’un logement locatif (privé bien sûr, le locatif social n’est pas concerné) vers un meublé de tourisme, une mesure entrée en vigueur en mars dernier seulement. Selon la CAPB, en attendant un bilan plus complet, on est passé de 20 000 à 4 000 meublés de tourisme, ce qui donne un potentiel de 10 000 logements susceptibles de revenir sur le marché locatif. Il n’y a eu que 200 nouvelles demandes de mutation en 6 mois.

Ce bilan positif est fortement contesté par les professionnels, pour lesquels seulement 5 % à 6 % des meublés sont revenus sur le marché, les autres restant en résidences secondaires. 800 emplois auraient été perdus en raison de cette interdiction de louer. Les professionnels sont applaudis par une salle acquise à leur cause.

Un autre débat affleure, mais entre les élus locaux : dans le cadre de la décentralisation, il est possibles pour des intercos d’une certaine taille de se constituer en « Autorité Organisatrice de l’Habitat », ce qui leur donne davantage de pouvoir d’intervention. La CAPB se prépare à être candidate pour ce faire, une perspective défendue par Lionel Causse et Roland Hirigoyen, mais qui suscite la méfiance de Jean-Jacques Lasserre pour qui le CD64 y perdrait une partie de ses prérogatives, au moment même où il cherche à renforcer son action sur le logement.

Table ronde 2 : Le Pays basque est-il toujours attractif ?

Il s’agit, bien sûr, d’attractivité pour les investissements et acheteurs immobiliers, sans plus. Si cette deuxième tribune est plus mixte (âge et genre) que la première, elle ne brille pas par l’originalité des propos.

Il faut en retenir l’omniprésence de Pascal Thibaut, patron de la Fédération des Promoteurs Immobiliers de Nouvelle Aquitaine. Il est aussi directeur de AEDIFIM, qui sévit avec l’opération L’Argousier, 54 chemin de l’Hargous à Bayonne (Sainsontan).

maison et terrain rasés par l’AEDIFIM pour construire l’Argousier

Lors des rencontres 2022, il apparaissait déjà au centre des discussions, et avait annoncé les discussions en cours avec la mairie de Bayonne sur une charte de la mixité sociale, finalement venue seulement en mars dernier devant le conseil municipal. Il s’en était fait le chantre.

Il a déploré l’insuffisance des aides de l’État pour l’investissement locatif, malgré la prolongation du PTZ dans les zones tendues et s’est félicité du passage des principales villes basques en « zone A », un découpage administratif qui permet une augmentation des plafonds l’accession sociale des classes intermédiaires. Il y a été de son couplet contre les riverains qui bloquant les projets par leurs recours systématiques

Cette année, il était parmi les intervenants officiels des deux premières tribunes, mais a eu aussi le privilège d’une intervention de la salle lors de la troisième.

Peut-on construire plus de logements sociaux ?

Photo (recadrée) de de Bertrand Lapègue/ Sud Ouest

La troisième table ronde a réuni les 4 principaux bailleurs sociaux du Pays basque : Xavier Camlong (directeur territorial de Domofrance), Lausséni Sangaré (directeur de HSA), Thierry Montet (directeur Office 64) et Jean-Baptiste Darroquy (directeur commercial du COL).

Une remarque pour commencer : quand on parle de logements sociaux, on ne sait pas toujours de quoi on parle. Depuis la loi ELAN (2016) qui a étendu le logement social du locatif à l’accession de type BRS, le terme est structurellement polysémite. Pour nombre d’élus, c’est un rideau de fumée volontaire pour camoufler des choix de peuplement, en faveur des classes moyennes tout en respectant les normes administratives de la loi SRU. Pour les habitants, demandeurs de logement, ce sont des locations HLM. Pour les bailleurs, cela dépend, HSA et Domofrance restent principalement davantage tournés vers la location que le COL et O64, même si tous font de l’accession.

Habitat Sud Atlantique

HSA a ouvert le bal en constatant que 1200 logements sociaux programmés étaient en souffrance faute de financement. La ponction de Macron en 2018 a entraîné la perte de construction de 300 logements en 5 ans. Le taux du livret A est un autre facteur d’augmentation des coûts. Il faut y ajouter le coût des matériaux de construction et les conséquences des nouvelles normes.

HSA ne peut plus maintenir une cadence qui pourtant est déjà insuffisante. Il y a 50 000 euros de déficit par appartement destiné à la location. Il y a nécessité de restaurer les capacités financières des bailleurs. Les collectivités le font, en partie, en recapitalisant et subventionnant. Mais est-ce suffisant.

HSA attire aussi l’attention sur les risques de l’ouverture du logement social aux catégories sociales intermédiaires. C’est le fil directeur de la politique gouvernementale pour relancer la construction. et le nouveau « zonage A » va dans le même sens de relèvement des plafonds. Avec des catégories plus solvables, il y va y avoir une pression à la hausse. Or, les bailleurs sociaux achètent nombre de logements sociaux en VEFA au privé pour les louer ensuite. C’est risque de devenir un frein supplémentaire.

Office 64

Dans un premier temps, l’O64 a donné quelques chiffres sur la location sociale. La part des demandeurs éligibles au PLAI (logements destinés aux plus modestes) a augmenté de 48 % à 60 % depuis 4 ans. On voit des demandeurs de HLM qui, avant, pouvaient louer dans le privé. La demande de locatif a augmenté de 20 % en deux ans. Il y a 11 000 demandes de logement en attente

Grâce au Département, O64 a pu relancer la sortie de 300 logements agréés depuis deux ans. Mais, la crise est devant, et en 2024 et 2025, on diminuera de moitié les agréments.

Mais très vite, O64 est passé à la promotion de l’accession sociale. Les prix moyens étaient de 2 500 euros le m², mais jusqu’à 3 300 ces derniers mois : c’est devenu inaccessible aux primo-accédants, car demandant trop d’apport personnel.

Pour O64, le BRS permet de solvabiliser les ménages (on peut aussi comprendre : on peut vendre plus et plus cher). Le PLSA (accession différée à la propriété) permettait de revendre après 10 ans à des prix spéculatifs, ce qui est en réalité une période très courte. Le BRS est, au contraire, anti-spéculatif. O64 défend l’idée de différencier les prix d’accès en profitant du nouveau « zonage A » et de ses plafonds plus élevés : vendre plus cher permet d’équilibrer des ventes moins chères. Quelque part, O64 semble assumer la hausse des prix de vente, au contraire de HSA.

Domofrance

D’une manière qu’on peut trouver surprenante, compte tenu de son image comme bailleur, Domofrance (une filiale d’Action logement en Aquitaine) a fait l’intervention la plus offensive, en s’attaquant de front à la politique gouvernementale : ce sont des réponses par le haut à la crise de l’immobilier, au lieu de chercher à répondre aux besoins réels. L’État donne la priorité aux plus riches.

Cela ne répond pas aux besoins, étudiants ou retraités qui gagnent moins de 1000 euros par mois : le défi aux bailleurs, c’est de proposer des solutions. Le plafond pour être éligible au PLAI est à 1 100 euros, et le SMIC à 1 300 euros. Les 2/3 des demandeurs sont sous le plafond PLAI. 60 % des nouveaux locataires sont des familles monoparentales, des femmes pour la plupart.

Le taux de rotation des locataires HLM est de 4,5 % pour Domofrance au Pays basque, contre 10 % au niveau national, en raison de la crise : d’où les conséquences sur le temps d’attente pour les demandeurs. Malgré les suppléments de loyers à payer pour ceux qui dépassent les plafonds une fois installés, les locataires ne peuvent aller dans le locatif privé, ni à plus forte raison acheter.

Pour Domofrance, l’accession sociale n’est pas une réponse adaptée à ces catégories de la population. Maintenant, on peut produire des logements en accession pour des revenus allant jusqu’à 3 000 euros : de plus, si les plafonds augmentent (merci au nouveau zonage), on risque de construire plus cher.

Le Comité Ouvrier pour le Logement

Au contraire des 3 autres bailleurs, le COL n’était pas représenté par son directeur, mais seulement par son directeur commercial. Tout un programme. Son représentant a d’ailleurs été introduit par le journaliste comme « spécialisé dans l’accession sociale ».

Et de fait, le COL y a consacré la quasi totalité de son intervention, se félicitant que ses prix au m² restaient accessibles au plus grand nombre, grâce à la combinaison des PTZ et des BRS. Il a regretté le retard pris : le virage anti-spéculatif des BRS a eu 10 ans de retard pour anticiper et limiter la crise actuelle.

Il se félicite du nouveau zonage qui permet de produire pour des revenus intermédiaires, aujourd’hui exclus, grâce à l’augmentation des plafonds. Il n’exclut pas une diminution des surfaces pour améliorer l’accessibilité.

Le schisme cognitif

Le constat est incontestable sur les difficultés nouvelles pour se loger dans les couches sociales intermédiaires, celles qui étaient au-dessus des plafonds du logement social, mais qui avaient des revenus insuffisants pour louer ou acheter dans le privé. L’augmentation des plafonds pour leur permettre d’accéder à la location ou à l’accession sociales est donc légitime. Le BRS est une bonne solution, comme le PLI.

Le problème est d’en faire l’horizon indépassable de la politique du logement.

Cela produit un écart de plus en plus grand, qui n’épargne pas les bailleurs sociaux, entre les constats (voir Domofrance et HSA) et les solutions proposées (voir le COL, et en partie O64).

L’accession sociale (ou maîtrisée) n’est pas la solution pour la majorité des demandeurs, dont les revenus n’atteignent pas 1000 euros. Et cependant, la location n’est plus la priorité de tous les bailleurs, malgré les listes d’attente, fusse-t-il pour les contraintes financières. La stratégie commerciale du COL est désormais centrée sur les BRS.

Qu’en est-il des choix politiques des élus ? A l’inverse du projet Aguilera à Biarritz, qui s’est même fait retoquer par la Préfecture pour son taux trop faible de logements sociaux, il en est d’autres comme Biremont à Boucau, 100 % logement social (au sens large), piloté par HSA : 146 logements, dont 102 locatifs pour HSA, 44 BRS dont 12 commercialisés par 064 et 32 par le COL. Les positionnements des uns et des autres sont significatifs.

Patrick Petitjean 27 octobre 2023

Bayonne : Le Carré maudit

vendredi 21h

La grue était tombée le 9 mars 2022 sur l’immeuble voisin, le Carré Saint-Esprit, détruisant un appartement du dernier étage. Les réparations avaient commencé en début de mois. Vendredi 20 septembre, la dépression Aline est passée par là, et l’échafaudage a été sérieusement endommagé. Les riverains imaginent ce qui aurait pu se passer si une grue avait été déjà remontée…

Principale victime, l’emballage du dernier étage, une housse sensée le protéger des intempéries pendant sa reconstruction. On voit sur les photos, prises le vendredi soir et le samedi, les morceaux de toile qui volètent au vent…

samedi matin, vu du Bd Alsace Lorraine

Les dégâts portés à l’échafaudage proprement dit seront expertisés dans la semaine, mais au vu des photos, le désordre semble important. A voir aussi les conséquences de l’entrée de la pluie à travers la bâche détériorée.

les dégâts sur l’échafaudage, à gauche et à droite, vus d’un immeuble voisin

Une barre est tombée sur le boulevard Alsace Lorraine, détériorant le toit d’un abri-bus. Pas de blessés, et le boulevard a été interdit à la circulation pendant l’épisode venteux.

Une barre de l’échafaudage tombée sur le boulevard. Photo PG
L’abribus détérioré

Sans surprise, avec les fortes pluies (et le niveau de l’Adour), le niveau d’eau dans la mare voisine est à son maximum ce samedi matin. Le COL, Domofrance et la mairie pourront-ils rester droit dans leurs bottes et reprendre le chantier comme de si de rien n’était ?

Patrick Petitjean 21 octobre 2023

Lapix, de retour quai Bergeret à Bayonne

Le quai Bergeret, déjà défiguré, où l’immeuble du COL ne dépareillera pas

La responsabilité de Lapix, entreprise du bâtiment omniprésente à Bayonne, dans la chute de la grue quai Bergeret et dans la mort du grutier a suffisamment été pointée par l’expert judiciaire pour que, avant même le procès au pénal, son assureur, AXA, avance le coût des réparations sur l’immeuble touché dans l’accident. Pour des raisons financières, et malgré la faute professionnelle, le COL et Domofrance ont confirmé le marché avec Lapix. La vie d’un ouvrier ne vaut rien pour eux.

Pour reprendre la main sur le dossier de la friche Bergeret et relancer le chantier malgré l’accident mortel de mars 2022, le COL, Domofrance et la mairie avaient organisé une rencontre avec les riverains ce lundi 16 octobre. Pour eux, soyons rassurés, tout baigne. L’accident n’est plus un sujet. Les engagements financiers interdisent tout report, à plus forte raison toute modification du projet. Et de changer d’entreprises. C’est l’argument avancé pour justifier le retour prochain de Lapix et de sa grue sur le chantier. Les riverains apprécieront.

C’est la même entreprise qui vient d’être condamnée le 17 octobre par le tribunal de Bayonne pour un accident du travail sur un de ses chantiers dans le sud des Landes, où un ouvrier avait eu le bassin écrasé par une structure métallique en 2020.

Pour reprendre le chantier sans attendre le jugement au pénal de l’accident, le maire et le COL parlent aussi de « l’insupportable attente » des personnes qui ont réservé leur appartement depuis plusieurs années. Faudra-t-il considérer le grutier décédé comme responsable du retard ?

Selon le COL et Domofrance «  Le projet est comme ça, on ne peut revenir en arrière ». « L’accident n’a pas remis en cause le cahier de charges ». « Zéro accident, ce n’est pas possible ». La question a été posée d’installer une plaque, à défaut du jardin mémoriel proposé par les riverains. Réponse du COL : les copropriétaires ne sont pas en général favorables, cela donne une image négative de leur résidence…

Les conditions de reprise du chantier

Le calendrier a été fourni

(photo V. T.)

Il n’y aura pas de gros œuvre avant le démontage en janvier (en principe) de l’échafaudage installé sur le Carré Saint Esprit.La grue sera décalée de 1m50 par rapport à celle qui s’est effondrée, avec de nouveaux pieux. Sur les études préalables au moment du PC, ou supplémentaires après l’accident concernant les sols et l’inondabilité, sur les problèmes d’une grue dans un sol inondé en permanence, pas de réponses réelles, si ce n’est : l’expert a fait des préconisations, un protocole de précaution (et avant l’accident?) a été défini. Soyez rassurés, bonnes gens.

Le COL a, en principe, donné son accord pour qu’une réunion plus technique soit organisée sur ces questions. A suivre ?

Le boulevard Alsace Lorraine

(photo V.T.)

Un plan de l’organisation du futur chantier a été présenté, qui empiète fortement sur ce boulevard. C’est une voie à forte circulation : bus, autocars intercités (flixbus et autres) en plus du trafic habituel de vélos, voitures et camions, et des piétons sur les trottoirs. Les embouteillages sont importants tous les jours entre 7h30 et 8h30. Cela promet : on peut le voir dès maintenant, à échelle réduite avec le chantier de réparation du carré Saint-Esprit.

A cette occasion a été constaté l’inexistence à Bayonne, contrairement à d’autres villes, d’une « charte de chantier » où les entreprises concernées s’engagent à respecter leur insertion dans un quartier (du bruit au déplacement des piétons et à la circulation de leurs camions) et où la ville renforce la surveillance de voirie.

Ce problème rejoint celui de l’accès, à partir du boulevard, au parking de 37 places qui sera construit sous les bâtiments : une promesse de difficultés supplémentaires de circulation aux heures de pointe.

Le locatif social, c’est toujours non

Ce n’était pas à l’ordre du jour, mais cela n’a pas manqué d’être abordé par les présents : pourquoi que des BRS, sans location sociale ? Pour Domofrance, pas de réponse. Pour le COL, c’était la volonté des membres de l’association Âge et Partage 64 qui porte le projet de résidence pour personnes âgées.

Et toujours le dogme : le BRS, c’est du social, même si le maire avait semblé en douter il y a quelques mois lors d’un conseil municipal. La priorité est de loger les classes moyennes, intermédiaires entre les plafonds de la location et un privé inaccessible : d’où l’accession sociale. Cela se tient. Mais comment prétendre que les personnes âgées modestes, les précaires, les CDD, les jeunes, qui sont souvent en dessous du SMIC peuvent accéder au BRS ? On en fait quoi ? Les 2/3 de demandeurs de logements sociaux sont en deçà du plafond d’une location très sociale (PLAI), moins que le SMIC.

Zubi Mayou

C’est le nom du bâtiment du COL qui devrait abriter la résidence seniors, le long du quai Bergeret. Ce projet est porté par une association, Âge et Partage 64, officiellement constituée à Anglet en août 2017. L’association s’est racontée dans 3 articles de Sud Ouest en septembre 2017, octobre 2018 et juin 2023. Plusieurs de ses membres étaient présentes le 16 octobre, ce qui a permis de préciser les articles de Sud Ouest et d’en savoir un peu plus.

L’association

L’idée était dans l’air depuis 2016, mais la réunion publique de lancement a eu lieu en septembre 2017 à Anglet. Sur la quarantaine de personnes présentes, seules 5 ou 6 sont restées dans le projet : le groupe de futurs propriétaires s’est constitué progressivement. Lors de cette réunion, elle donnait l’exemple de plusieurs résidences sociales seniors : les Babayagas (locatif, Montreuil), Chamarel (Vaux en Velin, coopérative) ou les Boboyakas (Bègles, coopérative). C’est une autre voie qui a été prise : de l’accession sociale à la propriété, comme le COL l’avait fait déjà au Séqué avec Terra Arte.

L’association disait rechercher du foncier sur le BAB : il est venu l’année suivante grâce au maire de Bayonne qui a proposé ce foncier à l’association, lors d’une rencontre avec la présidente en 2018. Le groupe s’est progressivement complété en 2019, une fois le foncier trouvé, beaucoup de membres ne se connaissant pas avant. Ils et elles ont progressivement pris leur place dans le processus participatif de conception de l’immeuble et de son fonctionnement.

Dans le Sud Ouest de juin 2023, on apprenait que tous sont déjà propriétaires (en réalité, il y a quelques locataires), alors que le BRS est plutôt destiné aux primo-accédants, mais avec des revenus inférieurs à 2 000 euros par mois, ce qui les fait rentrer dans les plafonds du BRS. Selon cet article, le prix au m² est fixé à 2 600 euros, à comparer avec les prix du marché à Saint Esprit.

La présidente de l’association a confirmé lundi que le choix d’être propriétaires individuels était celui de ses membres, au lieu d’une propriété collective sous forme coopérative. La solidarité et le participatif ont leurs limites. Être déjà propriétaires permet aussi d’éviter les emprunts, impossibles pour des personnes âgées.

Actuellement l’association comporte une trentaine de membres pour 15 futurs propriétaires. Cela permettra d’animer le local du rez-de-chaussée, ouvert sur le quartier, et, subsidiairement, de candidater pour remplacer des propriétaires qui viendraient à décéder.

Comment ce foncier public a-t-il été attribué à l’association ?

Apparemment, « sur un coin de bureau » entre le maire et Colette Schnurrenberger la présidente de l’association.

Modeste, le maire de Bayonne a attribué à Martine Bisauta la maternité de l’idée de résidence seniors, et a affirmé n’avoir agi que comme « facilitateur »

Pour de l’habitat participatif, il y a en général appel public à candidatures, réunions d’information, après lesquelles se constitue un groupe qui travaille collectivement le projet. Cela se passe ainsi avec le COL pour Vigilant ou HSA au Prissé. Ou pour Gurekin à Urt et à Hasparren.

(voir billet précédent du 16 octobre 2023)

Quand il s’agit d’un groupe constitué en amont, pour du foncier public (foncier privé, c’est autre chose) il y a en général (à Paris notamment) un appel à intérêt, et choix selon des critères prédéfinis entre les groupes postulants. Ici, il n’y a pas eu d’appel à manifestation d’intérêt pour un groupe.

S’il y a bien eu une ou deux réunions publiques sur Anglet pour présenter le projet et constituer la liste des futurs propriétaires, qu’en est-il dans le quartier Saint-Esprit ?

Les riverains n’ont souvenir ni d’une réunion publique pour recruter des candidats, ni même d’une simple réunion d’information pour présenter le projet.

Le contraste est saisissant avec a manière dont le COL a pourtant procédé sur un îlot voisin du même quartier, Vigilant, où un appel public a été fait, et où le directeur du COL a déclaré selon Sud Ouest du 29 avril 2021 : « Nous travaillons bien avec les associations de quartier » « Quand vous faites un projet qui tient compte de son environnement, il faut discuter, respecter le quartier ». Pour quoi donc tant d’opacité de la part de la mairie et du COL à Bergeret ?

Quel contenu BRS ?

L’Etablissement Public Foncier Local du Pays Basque, EPFL-PB reste propriétaire du foncier à travers de Bizitegia, son Office Foncier Solidaire (OFS), avec lequel les BRS seront signés.

C’est donc lui qui est chargé de contrôler l’éligibilité des postulants au regard des plafonds et autres conditions. C’est aussi lui qui devra appliquer les décisions du Conseil municipal de Bayonne de juillet 2019 concernant cette opération. Il touchera la redevance du foncier, 1,5 euros par m² pendant 60 ans, pour les appartements du COL comme pour ceux de Domofrance. C’est enfin lui qui veillera à l’éligibilité des éventuels remplaçants des propriétaires décédés.

Un Conseil d’Administration de l’EPFL de septembre de la même année à confirmé ces décisions, tout en évaluant à 30,31 ans la durée d’amortissement du foncier avec cette redevance. C’est une contribution solidaire des propriétaires pendant 30 ans pour aider à la constitution de rserves foncières publiques.

Le Conseil municipal avait aussi fixé à 30 % de moins que le prix du marché pour le prix au m² des appartements, tant pour Domofrance que pour le COL. Pour Zubi Mayou (Sud Ouest de juin 2023), c’est 2600 euros par m², avec un prix du marché actuel autour de 5000 euros.

Voir aussi sur cette réunion

Patrick Petitjean, 19 octobre 2023

Bayonne Saint-Esprit : 22 quai Bergeret, la lutte continue

(mare au canards)

Jeudi 12 octobre, le collectif 22-Bergeret a organisé une réunion publique pour présenter ses propositions quant au futur du chantier interrompu depuis la chute de la grue, provoquant la mort du grutier, Mohamed Kichoui ; un chantier devenu friche. Le collectif avait invité la mairie de Bayonne, les deux constructeurs (Domofrance et COL) et l’EPFL propriétaire du terrain pour réagir en direct aux propositions. Ils étaient présents, sauf l’EPFL.

Le projet, le collectif, l’état des lieux

Plusieurs articles ont déjà été publiés sur ce blog à propos de l’accident de grue et du projet de construction. Voir en déroulant les différentes parutions du blog.

Rappel du projet

Le terrain avait été acquis par l’EPFL-PB (Etablissement Public Foncier Local du Pays basque, chargé de gérer le foncier pour le compte des communes) en 2014 pour le compte de la ville de Bayonne. Il est situé entre le quai Bergeret et le boulevard Alsace-Lorraine.

Le projet comporte deux bâtiments, 5 et 4 étages plus attiques, 1 parking souterrain. Domofrance (une filiale d’Action Logement pour l’Aquitaine), sur le bd Alsace Lorraine avec une trentaine de logements. Le COL (Comité Ouvrier du Logement, coopérative issue du mouvement des Castors au Pays basque après-guerre, aujourd’hui spécialisée dans l’accession sociale à la propriété et dans les projets participatifs) avec 15 logements pré-affectés par la ville de Bayonne pour une résidence participative seniors. Tous les logements sont proposés en accession sociale avec BRS (Bail Réel Solidaire), où le foncier reste public (pas de spéculation donc) et seul l’appartement est privé (avec des contraintes en cas de revente)

L’accident, le collectif de riverains

Le 9 mars 2022, la grue s’effondrait quelques heures après son installation dans un terrain inondé. Le grutier était tué, et l’immeuble voisin (le Carré Saint-Esprit) très endommagé. Le dernier étage était détruit et ses occupants, présents à l’intérieur, échappaient par miracle à la mort.

En solidarité avec toutes les victimes, un collectif a été créé par des riverains, pour obtenir la mise en sécurité du chantier, obtenir toutes les informations sur l’accident et ses suites, réfléchir à l’avenir de la parcelle.

Le 9 mars 2023, il a organisé un hommage au grutier, Mohamed Kichoui, avec les syndicats CGT et LAB du bâtiment. Plus d’une centaine d’habitants ont répondu à l’appel, pour manifester leur solidarité… mais sans aucun représentant de la mairie.

(plaque d’hommage)

L’état des lieux

Le chantier n’a pas repris, et s’est transformé en îlot de fraîcheur apprécié des riverains, dont une mare aux canards (voir photo à la une) et aux poissons. La végétation a aussi repris ses droits.

(Mare et retour du végétal en octobre 2023)

En septembre, les travaux de réparation de l’immeuble voisin ont débuté, pour plusieurs mois. Les ouvriers ont constaté les difficultés de fixer l’échafaudage côté chantier, sur une mince bande de terre molle entre la mare et l’immeuble.

(échafaudage sur le carré Saint-Esprit)

Pour un jardin mémoriel

Les riverains refusent l’effacement de l’accident mortel de Mohamed Kichoui et des autres victimes. Le chantier ne peut être relancé tel que comme s’il ne s’était rien passé. C’est pourtant ce qui semble être la première préoccupation de la mairie et du COL au vu de leurs annonces répétées de date pour cette reprise.

La proposition du collectif est d’inclure dans le projet un espace vert public, de taille suffisante, en plaine terre, qui constitue un espace mémoriel. Il y a actuellement dans l’ancien projet un tout petit espace vert privé (destiné à être un jardin partagé pour les propriétaires du bâtiment du COL). Evidemment inacceptable.

Le collectif a bien conscience que cela nécessite une modification du PC (Permis de Construire), voire une modification simplifiée du PLU (Plan Local d’Urbanisme)

A quelques blocs de l’îlot Bergeret (l’îlot Vigilant entre les rues Muscard, Bourbaki et Argote), un tel espace vert public avait pu être glissé dans un projet immobilier du COL (toujours en BRS), tout en nécessitant une modification du PLU (faite en 2019), une délibération du conseil municipal (en 2022) et une modification du PC. Les travaux vont commencé.

Le quartier est en demande d’espaces verts. Pourquoi ce qui a été possible pour Vigilant ne le serait pas pour Bergeret ?

Remettre sur le tapis la totalité du projet, y compris la programmation de logements

Le collectif avait fait au printemps dernier un sondage auprès d’une centaine de personnes. Sans surprise, les deux besoins qui sortent en premier sont les espaces verts et les logements, principalement les locations sociales. Sans surprise non plus, au vu de l’îlot de fraîcheur qu’est devenu le chantier, les habitants ne souhaitent pas de construction sur Bergeret.

Revoir très fortement la programmation des logements ou même faire table rase des bâtiments. Le collectif partage ces deux demandes, et laisse ces deux hypothèses encore ouvertes. Elles doivent être mises sur la table dans une re-discussion globale du projet.

Le collectif pose cette question : Ne faut-il pas profiter de l’arrêt du chantier pour revoir la programmation de logements, avec de vrais logements sociaux et en réduisant l’emprise des bâtiments pour laisser place à un espace vert ?

Rééquilibrer en faveur du locatif

Dans le projet actuel, tant Domofrance que le COL ne proposent que de l’accession dite sociale. Il n’y a pas de logements locatifs qui s’adressent aux jeunes, précaires, aux personnes de ressources modestes, notamment retraitées.

Pour mémoire : il y a 5000 habitants de Bayonne sur les listes de demande de logements sociaux. Ils et elles sont candidats à la location, pas à la propriété pour la plupart.

La mairie semble considérer qu’il y a suffisamment de diversité sociale à Saint-Esprit, et privilégie l’accession, au risque d’une gentrification. Cela se voit dans les contraintes souples au niveau du plan local de l’urbanisme, le PLU. Le seuil pour l’obligation de logements sociaux (avec une partie obligatoire de locatif) par opération immobilière est actuellement de 31 logements dans le quartier. Une révision proche va l’abaisser à 20. Cela reste très insuffisant.

La plate forme « Herrian Bizi », qui a organisé les manifestions sur le logement et regroupe de très nombreuses associations concernées et compétentes sur le logement, préconise un seuil de 3 ou 4 logements en général, avec davantage de locatif que d’accession. A Grenoble, ce seuil est de 3

Une alternative pour une résidence seniors participative

La mairie a décidé de faire une résidence seniors sur l’îlot Bergeret, c’est très bien, il en faut, et c’est son droit. Mais pourquoi en BRS, en plus pour des copropriétaires (les candidat.e.s du COL, sauf une, selon la presse) ? C’est son choix politique, mais ce n’est pas le seul possible

Si on veut faire une résidence seniors participative, pour des milieux populaires, il y a l’exemple de l’association Gurekinen, partenariat avec le COL, à Urt. C’est un projet de37 logements avec 27 locatifs et seulement 10 en BRS. Il y a 7 HLM stards et 3 très sociaux. Restent 17 logements locatifs, T1 et T2, sous forme d’une « maison partagée », avec des espaces collectifs. La maison partagée donne lieu à un processus participatif classique avec les futurs locataires.

37 logements, c’est le même ordre de grandeur que les 45 de Bergeret : Un projet semblable est concevable pour Bergeret, et contribuerait à réduire l’emprise des bâtiments et laisser de la place pour un espace vert public. Une proposition à débattre pour un nouveau PC

Mettre en oeuvre les principes de précaution et d’anticipation

Le collectif pose une autre question : Quelles leçons ont été tirées de l’accident avant une éventuelle reprise du chantier, avec ce sol spongieux. Quels est l’état des sols ? Quelles précautions pour construire dans la nappe phréatique ? Quelle anticipation des risques d’inondation en 2050 avec l’augmentation du niveau des océans ?

Il s’agit à la fois de précaution et d’anticipation.

L’îlot Vigilant est officiellement en zone inondable, contrairement à Bergeret, pourtant au bord de l’Adour. Le parking est donc tenu à un double coffrage, pas celui de Bergeret.

Pour les années qui viennent la ville a un grand projet d’urbanisme voisin, de l’autre côté du pont Saint Esprit, vers l’aval. Elle l’explique régulièrement, « l’inondabilité du secteur constituera un vrai sujet dans les décennies à venir ». Etait-il vraiment impossible, il y a 10 ans, d’anticiper ce risque d’inondabilité, 200m en amont de ce grand projet ?

Dans une plaquette diffusée en 2022, la ville expose son intention de lutter contre l’artificialisation des sols, pour les îlots de fraîcheur et le végétal en pleine terre.

Super de super. Mais n’était-il pas possible d’anticiper à Bergeret, en arrêtant la bétonnisation galopante du quartier ? Conçu il y a plus de 10ans, le projet actuel est un projet anachronique du « temps d’avant ». Pourquoi ne pas profiter de l’arrêt du chantier pour le reprendre complètement ?

Pour une concertation publique sur l’avenir du site

Le collectif demande une telle concertation depuis plus d’un an, mais se heurte à un refus de discussion. Il demande, pour le moins, que ce refus soit sérieusement motivé. Que de temps perdu ?

Il faut rappeler par ailleurs qu’un procès concernant l’accident va avoir lieu, que l’expert n’a pas rendu son rapport final, et qu’au-delà de Lapix, il y a les donneurs d’ordre, dont le maire qui a signé le PC. Une éventuelle reprise précipitée du chantier poserait le problème de sa responsabilité pour défaut de précaution.

Une concertation peut se faire dans les 4 à 6 mois à venir, voir plus, période dans laquelle le chantier ne pourra techniquement pas reprendre. Et déboucher sur une modification du PC, avec un nouvel équilibre espaces bâtis / espaces verts, et sur une nouvelle programmation beaucoup plus sociale.

Les conditions de reprise du chantier ne sont pas réunies. Malgré tout, le COL, Domofrance et la mairie ont convoqué, en réaction à la réunion publique du collectif, leur propre réunion 5 jours après, le 16 octobre. Avec au menu la reprise du chantier, avec la participation des entreprises concernées

Le débat avec les porteurs du projet actuel

La municipalité et le COL étaient déjà venues (sans avoir été invités) lors de la première réunion publique du collectif en janvier dernier. Cette fois-ci, ils étaient confrontés à des questions et propositions plus élaborées quant à l’avenir de la friche. Les échanges entre les participants et les porteurs du projet actuel ont été courtois, riches, mais n’ont pu que constater une impasse complète.

En premier lieu, les demandes d’information sur les études faites (ou à faire) sur les sols et l’inondabilité sont restées sans réponses

Un côté très positif cependant : le collectif a réussi à maintenir ses propres termes du débat : « quel type de logement social et pour quels habitants » et sur la complémentarité entre logements et espaces verts. Et donc en ne laissant pas les autorités le renvoyer dans une fausse alternative entre logements et espaces verts.

La discussion a porté sur le refus de remettre en cause le moindre aspect du projet actuel et donc le refus de toute concertation. Le COL et Domofrance ont surtout mis en avant les arguments économiques : les marchés déjà signés, les promesses de ventes, tous les coûts en augmentation. On a appris au passage que si les 15 logements du COL étaient déjà attribués, il restait à Domofrance quelques logements à vendre, la commercialisation ayant été arrêtée à la suite de l’accident.

Il y avait trois élu.e.s présent.e.s : Joseba Erremundeguy (conseiller délégué aux relations avec les conseils de quartier), Laurence Hardouin (adjointe à la transition) et Alain Laccasagne (adjoint à l’urbanisme). Plusieurs registres ont été mobilisés pour récuser toute remise en débat :

la défense de l’accession sociale à la propriété (par le trio), supposée permettre de loger les classes moyennes inférieures qui, comme chacun sait, rêvent de devenir propriétaires, surtout les personnes âgées au bout de leur « parcours résidentiel » (sic). C’est d’ailleurs le thème de la propagande d’Alday, promoteur bayonnais bien connu, pour vendre ses appartements « en accession maîtrisée » au Prissé. Comme si les BRS étaient vraiment accessibles à toutes les classes moyennes, surtout en ce moment, avec les difficultés de crédit et l’inflation. En contre partie, évidemment, pas un mot pour défendre le locatif social à Saint Esprit.

la responsabilité morale des élus (par JE et AL), envers les futurs habitants, qui ont signé des « réservations » et attendent leur appartement depuis des années (la livraison du bâtiment du COL était prévue en 2021, mais le covid, puis l’accident…). Sans éviter le registre larmoyant : certains sont très âgés et ne peuvent plus attendre

un BRS qui se crée, c’est une location qui se libère, (par le COL). Sauf qu’à Bergeret, les futurs propriétaires sont déjà propriétaires, sauf une qui a été mise en avant lors de la réunion. Dans un entretien à Sud Ouest en juin dernier, la présidente de l’association qui a bénéficié des BRS avait elle-même reconnu ses membres étaient déjà propriétaires.

on a commencé à faire, et on va le faire de plus en plus (LH), pour répondre à notre référence à la plaquette de la ville. Mais plus tard, ou ailleurs à Saint Esprit.

autoritaire (JE), avec cette affirmation choc : « La concertation, c’était les élections municipales. Ce projet était dans notre programme ».

à suivre

On en est resté là ce 12 octobre. Les discussions reprendront le lundi 16 avec le COL, Domofrance et le maire à la barre. Elles ne seront pas les dernières dans ce dossier.

Patrick Petitjean, le 16 octobre 2023

Voir aussi sur cette soirée : http://ramdam6440.fr/2023/10/16/le-collectif-22-quai-bergeret-enfin-pris-au-serieux/

Le site du collectif : http://22quaibergeret.fr

Climax (Darwin, Bordeaux) 2023

tribune de la séance d’ouverture

Les 15-17 septembre, c’était la 9e édition du festival Climax à Darwin (Bordeaux) qui, après « Les Résistantes » au Larzac, s’est placé cette année sous la bannière « Resist ». Comme toujours, il a revisité les thèmes essentiels de l’écologie avec une focale spécifique sur les peuples autochtones et ce qu’on peut apprendre d’eux : Resist. Il s’est terminé par un appel urgent de Raoni contre la remise en cause de leurs terres par le parlement brésilien.

Tables rondes et conférences dans la journée, concerts le soir, un « village des activistes » avec une trentaine d’associations, il y en a pour tous publics à Climax pendant 3 jours.

Ce serait trop long de parler en détails des sujets débattus. Je vais me concentrer sur 3 moments forts ou plus originaux, et donc juste mentionner les autres thèmes qui furent abordés : climat et migrations, dont une table ronde avec SOS Méditerranée et une conférence de François Gemenne ; Ecologie radicale et désobéissance civile avec Greenpeace et les Soulèvements de la terre ; une table ronde sur « la résistance en héritage » avec de très nombreux invités (voir la photo) ; une table ronde « Resisters, alliances sororales pour la défense du vivant » ; et un « stand up » de Paul Watson (la séance la plus suivie, avec plusieurs centaines de participants), mis à l’écart de Sea-Sheperd global, mais toujours soutenu par la branche française (la plus nombreuse).

(tribune pour le débat « la résistance en héritage »)

En complément du festival, a été organisée une « marche des fragilités », en solidarité autant avec les espèces en voie d’extinction que les humains en situation d’exclusion. Elle s’est terminée par une offrande à la Garonne pour lui donner une dimension spirituelle.

L’appel de Raoni pour les droits fonciers des peuples indigènes

(Raoni lors de la séance d’ouverture)

Commençons donc par la fin. Depuis l’époque Bolsonaro, le lobby agro-industriel et les parlementaires de droite et l’extrême-droite essaient de détricoter le processus de démarcation des terres indigènes, datant de la constitution post-dictature. Sur ces terres, il y a reconnaissance des droits fonciers historiques de ces peuples, ce qui va avec de nombreuses mesures de protection des terres.

La loi que la droite et l’extrême-droite est en train de faire voter, dite « seuil temporel » (« marco temporal ») est de limiter dans le temps cette démarcation aux peuples qui le réclamaient déjà avant la constitution de 1988. Cette loi comporte aussi d’autres mesures tout aussi régressives.

Voir : https://blogs.mediapart.fr/pindoramabahiaflaneur/blog/080623/bresil-le-marco-temporal-signifie-continuer-voler-la-terre

Droite et extrême-droite sont assurées de la majorité dans les deux chambres au Brésil. Tout ce que peut faire Sonia Guajajara, la ministre indigène, c’est de retarder les votes pour laisser le temps au tribunal supérieur fédéral de se prononcer sur le projet de loi, et, sinon le rejeter, du moins en enlever les aspects les plus dangereux.

Voir : https://www.autresbresils.net/Seuil-temporel-Sonia-Guajajara-veut-un-debat-approfondi-au-Senat

https://observatoiredemocratiebresil.org/Seuil-temporel-le-Tribunal-Superieur-Federal-suspend-les-debats-sur-demande-d

Au moment même où cet article va être mis sur le blog, le journal Le Monde nous apprend que le Tribunal supérieur fédéral vient de rejeter la thèse du seuil temporel le 21 septembre. Les peuples indigènes ont gagné. https://www.lemonde.fr/international/article/2023/09/22/au-bresil-les-indigenes-remportent-un-proces-crucial-pour-la-sauvegarde-de-leurs-terres_6190407_3210.html

Par hasard, la question générale des droits fonciers des peuples indigènes s’est invitée à Bruxelles, où est débattue une directive sur « le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité », qui devait inclure une référence aux droits fonciers des peuples indigènes et à la déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones (septembre 2007).

Problème : l’État français refuse la reconnaissance de droits fonciers spécifiques pour les peuples indigènes sur son territoire, dont la Guyane, au nom de l’égalité entre tous les citoyens. Une partie de la Commission Européenne veut retirer la référence aux peuples indigènes. Macron est devant une belle contradiction : soutenir les droits des peuples indigènes en Amazonie, sauf en Guyane…

Un nouveau thème : l’écologie décoloniale

Pour la première fois, je crois, le thème de l’écologie décoloniale a fait l’objet d’un débat, avec Soraya Fettih (350.org) et Karfa Sira Diallo (Mémoires et Partages).

Dans cette table ronde intitulée « écologie décoloniale : pour refaire un monde commun », il a été beaucoup question des origines coloniales du conservationnisme, mais aussi de l’actualité de l’héritage colonial dans une affaire comme celle du chlordécone aux Antilles, et plus globalement sur les relations entre écologie et colonialité (c’est-à-dire la persistance des schémas de pensée, des relations économiques et des dominations héritées de la période coloniale), avec une référence constante au livre de Malcom Ferdinand, « Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen » (2019).

Karfa Sira Diallo, Bordelais, élu au Conseil régional avec EELV, est connu pour son travail sur la mémoire de l’esclavage, en particulier sur le passé négrier de nombreux ports français de la côte Atlantique. Il organise régulièrement des parcours sur ce sujet à Bordeaux, mais aussi à Bayonne comme encore ce dimanche 17 lors des journées du patrimoine. https://memoiresetpartages.com/

Soraya Fettih est principalement intervenue sur le projet EACOP, ce projet dévastateur d’exploitation pétrolière et d’oléoduc de Total en Tanzanie et Ouganda, contre lequel se battent les populations locales et des ONG. Voir cette lutte :

https://multinationales.org/fr/actualites/projet-eacop-totalenergies-plus-que-jamais-sous-le-feu-des-critiques

On peut rattacher au thème de la colonialité la conférence que devait donner Fatima Ouassak, intitulée « écologie pirate et quartiers populaires ». Elle est fondatrice du « Front des mères », mais surtout, dans le quartier La Noue entre Montreuil et Bagnolet, elle est à l’origine de Verdragon, une « maison de l’écologie populaire », qui est un lieu-repère sur l’alimentation, l’école, la solidarité, les enfants, dans un quartier populaire. Elle a récemment publié « Pour une écologie pirate ». Ayant dû se décommander, elle a été remplacée par un petit film sur la fête des enfants pirates de Verdragon.

Résister au désastre ? Faire alliance avec le vivant et ses gardiens

Cette table ronde fut le moment le plus étrange de Climax. Elle accueillait des chamanes, Lena Creus (Sami, Suède), Moira Mellon (Mapuche, Argentine), la Cacique Tanone et Ururay (Kariri Xoco, Brésil) ; Franck Desplanques, photographe et journaliste (spécialiste des peuples de Sibérie) ; et… Marie Toussaint, juriste, députée écologiste européenne, initiatrice de « Notre affaire à tous » (Bordeaux).

La table ronde était ainsi présentée :

« La crise écologique contemporaine est une crise de l’économie extractiviste. C’est aussi une crise des diversités du monde vivant autant qu’une crise de nos relations au vivant lui-même.

Ces situations de crise peuvent être appréhendées comme des des opportunités de voir autrement ce qui nous entoure. Des formes de relation au monde qui avaient été passées sous silence ou écrasées resurgissent comme des voies de passage possibles.

Les peuples premiers, gardiens et gardiennes de sites sacrés et des savoirs ancestraux, savent que la terre ne s’est pas tue, les esprits de la terre, les esprits de l’eau, de l’air, du feu sont en colère quand les humains ne respectent pas les lois d’équilibre qui sont à la fois sociales, environnementales, cosmologiques et spirituelles. Des siècles de discriminations, de colonisation et de spoliations ont poussé ces communautés autochtones à travers le monde à s’engager dans une lutte pour faire respecter leurs droits, défendre leurs territoires, leurs cultures, leurs identités.

Du chamanisme, aux rêves et rites totémiques, des luttes pour des droits à la terre aux pratiques visant à devenir territoire autonome pour résister à l’accélération des politiques prédatrices, Ils nous laissent entrevoir une multitude d’initiatives porteuses d’un même engagement : prendre soin de nos existences humaines et non humaines et défendre le vivant en résistant contre la destruction des milieux de vie, rivières, forêts …Des cosmologies qui ne sont pas seulement des visions mais des pratiques pour la résistance et l’action. »

Le droit est-il un chamanisme occidental ? Plus prosaïquement, Marie Toussaint était appelée à intervenir sur le rôle croissant du droit dans la protection de l’environnement, et de la reconnaissance de fleuves ou forêts comme sujets de droit. En Nouvelle Zélande, Equateur, mais aussi en Corse, sans oublier les demandes en cours pour la Loire et la Garonne.

(inter) Darwin en situation précaire

Dans la table ronde « Sous le béton, la terre », Philippe Barre, fondateur de l’écosystème Darwin, a rappelé que la situation du lieu était toujours précaire. Il se situe dans une ZAC pilotée par Bordeaux Métropole Aménagement (BMA). Une occupation précaire avait été accordée par Juppé il y a plusieurs années dans cette ancienne caserne Niel. Depuis, le béton de l’écoquartier n’en finit pas de couler, à gauche, à droite, et en arrière du site. Darwin avait pu acheter une première parcelle (le long du quai), mais cela en était resté là.

Les négociations avec la mairie EELV de Bordeaux ont abouti en décembre 2022, avec la constitution d’une co-société entre la Ville et Darwin pour acquérir la parcelle limitrophe, et la sortir de la ZAC. Le processus est en cours. Par contre, Marignan, qui construit sur la ZAC pour BMA, n’a pas voulu lâcher prise sur la parcelle suivante, où Darwin avait aussi des activités. Elle a acquis (notamment) cette parcelle en septembre 2022, et procéder à la destruction des bâtiements qui s’y trouvaient l’été dernier, malgré une procédure en référé de Darwin.

La réduction de l’espace accordé à Darwin est visible depuis ma première visite en 2019. L’objectif de BMA / Marignan semble être d’étouffer Darwin au milieu d’un écoquartier privé pour en diminuer le pouvoir d’attraction : c’est un des lieux les plus visités de Bordeaux.

Patrick Petitjean 22 septembre 2023

Projet Rive Droite de l’Adour : au fil des posts sur facebook

Le 13 septembre doit avoir lieu une nouvelle étape du processus officiellement baptisé « de concertation » concernant le projet d’aménagement de la Rive Droite de l’Adour (RDA). Il s’agit d’un atelier dit « jeu du programmiste » pour contribuer à la préparation du plan-guide pour le futur quartier, dont le cabinet Güller-Güller a la charge.

Après des acquisitions foncières au débat des années 2010, le projet avait sommeillé plus de 10 ans avant d’être spectaculairement relancé au printemps de cette année, en s’appuyant sur le travail engagé quelques mois auparavant par plusieurs bureaux d’études.

La concertation toujours absente

La Communauté d’Agglo se revendiquait dans une démarche exemplaire de démocratie participative. Le moins que l’on puisse dire est que, pour l’instant, les habitants restent sur leur faim. Au printemps, il y a eu une enquête sur les « attentes », un atelier de présentation du projet (où les mêmes attentes ont été collectées), un atelier sur l’histoire du quartier, un atelier avec des enfants. Comptes rendus et captations sont sur le site du projet. Mais, bien que promises, les réponses à l’enquête ne sont toujours pas disponibles. Les concepteurs du projet ont travaillé sur ce « réservoir d’idées » nous dit-on, mais les habitants n’en auront (peut-être) connaissance que le 13 septembre. De même, les propositions faites lors du premier atelier pour mieux faire participer les habitants sont restées lettre morte.

Depuis le 19 juin, des informations sont régulièrement données sur le projet dans une page facebook : https://www.facebook.com/Projetrivedroitedeladour. Elles sont présentées comme les réponses à des « « FAQ », les questions que les habitants doivent se poser sur le projet. Cela ressemble aux faux courriers des lecteurs dans un magazine, rédigés par les journalistes eux-mêmes. Mais cela traduit surtout un état d’esprit très directif, « descendant ». Très loin donc d’une interaction, d’aller retour entre habitants et responsables du projet. Et le travail des bureaux d’études se fait dans l’opacité vis-à-vis des habitants.

Pour beaucoup, les informations distillées sur ce facebook sont des généralités (notamment sur les berges de l’Adour et les déplacements) qui avaient été énoncées dès la réunion d’information du 25 mai. Ou des évidences : on respectera le PLH, la réglementation thermique nationale, le plan Climat, la réglementation sur les risques d’inondation… Mais il y a quand même des indications précieuses sur le contenu du plan guide et ses échéances, et des précisions ponctuelles importantes

Le plan guide

Selon le post facebook du 30 mai, le plan guide, dont Güller-Güller a la charge,

« – définit la philosophie, les ambitions et les grands équilibres programmatiques du projet (par exemple, la part respective de logements et d’activités)

– fixe les grands principes d’organisation spatiale et urbaine : localisation des nouveaux espaces publics (les voies de circulation et les espaces verts), délimitation des futurs îlots, volumétrie de principe des futurs bâtiments

– propose un phasage de principe des différents secteurs à aménager. ».

(schéma du futur plan guide, repris du post de facebook)

Le bureau d’études doit rendre sa copie à la fin de l’année, et le conseil de la CAPB le validera au 1er trimestre 2024. A marche forcée donc.

Bien sûr, le plan guide est très loin d’épuiser le sujet, c’est un cadre, et tout devra être précisé, pièce par pièce. Mais le vote de la CAPB au printemps prochain aura pour effet de graver dans le marbre l’essentiel du projet, du moins dans l’esprit des responsables politiques actuels, le maire-président en tête.

Le plan guide, c’est maintenant

Selon ce même post, la livraison des futurs bâtiments et espaces publics est envisagée pour 2034-2040

Mais ce plan guide permet aussi d’avancer dans la mise en œuvre de différents « schémas directeurs » dont la CAPB est friande : pour les espaces publics, les équipements sportifs,… Et surtout, la réalisation d’un campus universitaire, dont une « Ecole de Management » prévue au contrat de plan Etat-Région (post du 1er septembre) : davantage donc des logements et services pour étudiants évoqués lors de l’atelier en mai. L’ombre d’Arkinova (projet d’installations universitaires dans une zone naturelle à Anglet, bloqué par les habitants) plane aussi sur RDA avec l’éventualité d’une relocalisation partielle.

Le jeu programmatique du 13 septembre

Selon les différents posts qui présentent cet atelier, des « invariants », impératifs techniques et politiques définis en préalable par la CAPB et Bayonne, seront présentés en introduction du « jeu ».

Pour reprendre en entier le post du 31 août :

« Vous vous glisserez dans la peau d’un programmiste urbain pour imaginer, avec vos coéquipiers, l’éventail des fonctions et usages du futur quartier. Ensuite, vous proposerez un plan répartissant ces programmes dans l’espace. Vous vous pencherez tout particulièrement sur 6 dimensions essentielles du projet :

➡ Le logement

➡ Les facteurs d’animation, la convivialité, les lieux de rencontre…

➡ Les déplacements

➡ Les enjeux environnementaux, le lien avec l’Adour

➡ L’activité économique

➡ La solidarité

Les contributions au projet issues du Jeu du programmiste seront partagées avec le public, avant d’être communiquées aux concepteurs du projet qui les intégreront à leur réflexions. »

Les intégreront ? Ou pas. C’est un « dialogue participatif » (dénomination officielle de ces ateliers) à sens unique.

Quel morceau de ville deviendra RDA ?

Le découpage en FAQ sectorielles a le même effet que le passage direct à la répartition thématique des ingrédients du dossier : la dépolitisation du projet. Du moins, le principal choix politique reste du domaine réservé des élu.e.s, préservé d’une mise en cause par les habitants. L’atelier du 13 septembre laisse-t-il une possibilités de discussion des « impératifs techniques et politiques » ?

Un tel débat politique général aurait du avoir lieu avant ces discussions par morceaux : qu’est-ce qui fait sens pour ce morceau de ville, avec quelle vision pour Bayonne et la CAPB en arrière-fond ? Cette discussion n’a pas eu lieu ni au conseil de la CAPB, ni avec les habitants. Il ne pourra être évité quand le plan-guide y sera présenté au printemps prochain.

Reste que le thème du logement est celui où se glisse le plus clairement les choix politiques et sociaux de la CAPB pour ce futur quartier.

La charte, rien que la charte

C’est ce qui ressort déjà des posts concernant le logement : il y aura la mise en œuvre de la dite « charte de mixité sociale » de la ville de Bayonne, qui préconise, pour toute opération de plus de 50 logements, 30 % en location sociale (public), 15 % d’accession sociale à la propriété (type BRS), 15 % d’accession « maîtrisée » et 40 % d’accession libre. Cette charte n’est pas un document juridique, ni même un engagement contractuel. On peut la comprendre comme une entente politique entre des promoteurs immobiliers et le maire-président. Pour facilité la vente de leurs appartements, la ville leur vend du foncier public (ce sera le cas de RDA) en dessous des prix du marché, contre leur engagement de quelques appartements à prix maîtrisés (et l’obligation de rester en résidence principale un certain nombre d’années).

La mixité sociale dont il est question est celle de l’accession à la propriété des classes moyennes, pas celle des milieux populaires. Cette charte est en parfaite adéquation avec la politique nationale du logement récemment redéfinie par le gouvernement Macron-Borne : marginalisation du logement locatif social, priorité à la propriété pour les classes moyennes « intermédiaires ».

De part sa situation géographique, RDA est présenté à la fois comme une extension du centre ville (auquel il fait face de l’autre côté de l’Adour) et comme un prolongement du quartier Saint Esprit sur la même rive (dont il fait partie historiquement). Ce sont des quartiers que beaucoup oppose encore.

Prolonger Saint Esprit ?

Sur la rive droite, de l’autre côté du Pont Saint Esprit, c’est un quartier qui fut très populaire, avec des immeubles anciens (et donc des logements sociaux de fait) en partie rénovés et des logements sociaux construits après guerre, jusqu’aux années 1970-80. Depuis, la politique municipale a changé, et la priorité est le logement des classes moyennes. En dehors de la rénovation des logements anciens, il n’y a plus de location sociale nouvelle depuis de nombreuses années. Les immeubles récents du quai Bergeret et du boulevard Alsace-Lorraine sont caractéristiques de cette nouvelle politique. C’est un quartier en voie de gentrification (voir la rue Sainte Catherine), même s’il reste populaire.

Prolonger le centre ville ?

En face sur la rive gauche, le centre ville (Paulmy et les Arènes) est un ghetto pour riches sans HLM, auquel il a été adjoint de grands immeubles sans âme (Marinadour et Rivadour) principalement pour classes moyennes. Le plus récent, Rivadour (Eiffage) com

porte un hôtel « standing » pour tourisme d’affaires, mais aussi (PLH oblige) 53 logements locatifs sociaux confiés à HSA sur les 155 de l’immeuble. Est-ce le modèle à étendre sur l’autre rive ?

Sobriété urbaine

En face du centre ville, ce sont les bâtiments anciens (dont des ex-entrepôts) préemptés et vides, sauf pour des activités (provisoires) de solidarité. Le devenir de ces bâtiments à long terme est laissé dans le flou : le post du 16 août, consacré à la sobriété urbaine, parle du réinvestissement des bâtiments pré-existants, « car le cycle démolition-reconstruction est extrêmement énergivore à tous les stades ». Les bâtiments du quai de Lesseps sont les seuls concernés, si l’on laisse de côté la parcelle « Duprat » (l’ancien entrepôt de vins et une maison).

Selon un autre post (26 juin), ces bâtiments relèveraient de l’étude sur l’urbanisme transitoire confiée à Plateau urbain, dont on attend toujours le rapport. Mais dont le premier geste, faut-il le rappeler, a été d’expulser le collectif Maurizia de l’immeuble occupé en avril dernier rue Sainte Ursule et qui en était la mise en pratique à l’initiative d’un groupe de jeunes.

Je reviendrai sur l’urbanisme transitoire quand sortira ce rapport de Plateau urbain.

(sous-titre) L’atelier qui manque : Rive Droite Adour 2050 ou 2060

Les livraisons des bâtiments sont prévues vers 2034-2040, mais ils sont supposés durer des dizaines d’années. Un travail d’anticipation, une réflexion prospective auraient très utile pour déterminer ce que l’on fait maintenant pour le nouveau quartier. Comment prendre en compte l’accélération de la crise climatique sous tous ses aspects ? Mais aussi, les évolutions urbaines possibles (de nouveaux terrains libérés par le port de Bayonne ) ou potentielles (la restitution de la citadelle par l’armée).

Les échelles ne temps ne sont pas les mêmes pour tous les aspects du projet. Mais au fil des posts, on ne peut qu’être inquiet devant la faiblesse du triptyque « anticipation, imagination, ambition ». Que le « déjà-là » à Bayonne soit omniprésent à travers les schémas directeurs à appliquer, le plan climat auquel se conformer, les réglementations à respecter, rien de plus normal. Mais cela ne projette guère dans le futur.

Quelques exemples

Pour la transition énergétique, le plan climat est souvent jugé insuffisant, et accélérer est déjà une nécessité. L’appliquer ne peut être la seule perspective offerte : faire mieux que les réglementations dès maintenant. Les expérimentations ne manquent pas dans d’autres villes, au Pays basque même.

Pour l’architecture, la référence est celle des frères Gomez, d’il y a près d’un siècle. Il paraît que leur architecture est « intemporelle »… Peut-être faudrait-il regarder plutôt du côté des immeubles compacts, denses, exemplaires pour l’énergie, incorporant la tradition basque, tels développés à Urrugne.

Pour les déplacements, vouloir privilégier les déplacements doux et limiter la circulation automobile, ce n’est plus contesté en paroles. En pratique… Dans un post, il est indiqué une volonté d’éviter le trafic de transit devant la gare, en se limitant à la desserte. Ce serait un progrès. Mais un quartier sans voitures, cela existe et ce serait une anticipation plus forte. Un parking à l’entrée du quartier, des vélos cargos en libre service, etc, etc.

Pour la mise en valeur de l’Adour, on pourrait faire preuve de plus d’imagination que l’amélioration de ce qui existe déjà. Si l’état de l’Adour (en amont du port) le permet, pourquoi pas une piscine fluviale, comme projeté à Paris, et comme il en existe justement une… à Zurich, ville de Güller & Güller. Pour le lien entre les deux rives, un post parle de relancer en 2024 la navette entre la mairie et Boucau, supprimée cette année faute de passagers (en réalité un problème d’intégration très insuffisante dans le schéma de déplacements collectifs de l’agglo). Pour une liaison directe entre les deux rives, on pourrait imaginer une passerelle pour piétons et vélos, ou une télécabine (comme à Toulouse), ou une simple barge avec un câble électrique…

Pour la végétalisation (et ses conséquences sur le climat et la biodiversité), dans les posts, cela reste dans le flou usuel : si on doit couper des arbres (inévitable bien sûr), on les replantera. Vu les friches, on peut supposer que la réalisation de ce quartier passera par de l’artificialisation supplémentaire. Où est une réflexion globale ? Plus profondément, cela renvoie à la conception de la nature, pour son usage social ou pour elle-même, au travail de Gilles Clément notamment.

Pour le risque d’inondation, la CAPB tiendra évidemment compte du PPRI. Et le bureau d’études Egis, partenaire de Güller & Güller va s’atteler à la modélisation. On attend donc le résultat de ce travail. Mais on ne peut qu’être dubitatif quand à la mise en pratique par la CAPB, quand on voit la situation de l’îlot Bergeret au bord de l’Adour à Saint Esprit, qui n’est même pas officiellement en zone inondable, où la construction dans la nappe phréatique n’a pas été maîtrisée.

En se présentant comme des réponses à des FAQ, les posts du facebook officiel du projet RDA n’ont pas manqué – y compris par les non dits – de provoquer d’autres interrogations. Peut-être en saura-t-on plus à l’atelier du 13 septembre ? Mais en l’absence de retour écrit des bureaux d’études, cela risque de manquer de substance.

Patrick Petitjean, 3 septembre 2023

BAB luxe tour

Contre la spéculation, pour la défense de la terre

Le samedi 15 juillet, le Collectif Ostia a organisé plusieurs mobilisations pour dénoncer la spéculation au Pays basque, et notamment sur les trois villes du BAB. Des opérations péculatives ont donné lieu à des rassemblements à Sare, Ahetze, Ayherre (bords de l’Arbéroue) et Isturitz. Les mobilisations les plus fortes ont eu lieu à Cambo, contre le projet Marienia (objet déjà de nombreuses manifestations) et sur le BAN, pour un « luxe tour » sous la pluie.

Ces mobilisations viennent en appui à l’occupation de la maison Olha à Senpere, engagée le 27 juin, et qui a fait l’objet d’un article précédent. Elles font converger la défense des terres horticoles et des terres (foncier) urbaines. Le droit à l’alimentation et le droit au logement

https://lepimentbayonnais.fr/2023/06/29/pays-basque-non-a-la-speculation-sur-les-terres-agricoles/

Partant de Biarritz, avec plusieurs arrêts à Anglet et Bayonne, ce tour avait pour objectifs de dénoncer quelques uns des projets les plus spéculatifs sur le BAB, loin d’être exhaustifs. La pluie battante a aussi contribué à supprimer certaines étapes.

Les projets « visités » avaient pour caractéristiques de contourner les règles des PLU pour éviter d’inclure des logements sociaux, d’avoir des coûts de sortie au-delà de 8000 euros le m², des pubs qui insistent sur le « haut de gamme », « le produit d’exception » et « rare ».

Et de poser la question : pour qui construisez-vous ? Soulignant l’entre soi recherché des riches

Le Tour a été accueilli par Lysiann Brao, élue à Biarritz, qui a donné leur sens aux mobilisations du jour en se référant à l’esprit des « soulèvements de la terre », dont Ostia est le correspondant local :

(ouverture par Lysiann Brao)

« Nous nous tenons là debout, les pieds ancrés dans la terre, la terre qui nous nourrit, qui nous porte, sans qui aucun projet humain ne verrait le jour. Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est une question de choix, de réflexion commune : que devons faire de la terre ?

Après des années, voire des décennies de choix politiques qui ont mis de côté le fait que la terre n’est pas limitée, qu’elle n’est pas infinie, l’heure est venue de la penser autrement, car elle devient rare.

La rareté implique de faire des choix. Des choix cruciaux pour notre avenir. La terre doit être gérée comme un bien unique et précieux et chaque nouveau projet doit dorénavant apporter des preuves de son concours à l’intérêt général. Les collectivités publiques doivent donc investir massivement leur rôle d’arbitre et de faire valoir des intérêts généraux. Il ne s’agit plus d’essayer, de tenter, mais bien d’agir » (…) « en coupant avec les modèles obsolètes, et en choisissant l’intérêt général, l’intérêt de la terre pour tous ».

Biarritz

Le projet « Aguilera », près du stade du BO, consiste en la construction de 300 logements, environ, sur l’un des derniers fonciers publics de la ville de Biarritz. Loin de faire valoir les intérêts généraux de la population, la maire a décidé d’y limiter la construction de logements sociaux à 56 %, en location et accession sociale. Les élus du groupe « Euskal Herian Vert et Solidaire », Lysiann Brao et Brice Morin ont défendu l’idée de 100 % de logements accessibles, sans aucun soumis au marché libre et à ses 8000 euros du m².

A Anglet et à Bayonne aussi, d’importants fonciers publics ne sont que partiellement réservés aux intérêts généraux, le reste étant confié au privé.

Après Aguilera, le cortège d’une dizaines de vélos et de plusieurs covoiturages a parcouru des rues d’Anglet et de Bayonne, en clamant « « tout le monde déteste les spéculateurs » et « promoteurs, spéculateurs, association de malfaiteurs ».

Anglet

1er arrêt à la Villa Joia

(panneau avant démontage)

C’est un projet de de 12 logements à plus de 8000 euros le m² de Bouygues sur une surface de 799 m² au sol (à partir de 800, le PLU d’Anglet impose quelques logements sociaux). Le panneau a été démonté, et on le retrouvera devant le siège de la CAPB. Le chantier a été décoré.

(Villa Joia après le tour)

2e arrêt sur l’ex-centre technique municipal.

C’est une friche de 2ha de foncier public, que la ville va concéder à un promoteur (Eden) pour y construire 120 logements, dont seulement 50 sociaux. Là aussi, la minorité de gauche et écologiste a demandé 100 % de logements sociaux lors d’un conseil municipal en avril. Ce projet est présenté comme écoquartier, avec 50 % de renaturation. Peu convaincus, des habitants ont constitué un collectif pour contester le projet.

(photo devant friche ex-centre technique)

3e arrêt rue du Bois Belin

Il y a 2 projets annoncés au 31 et au 33 : la résidence Angelu (10 logements), qui en est au stade de l’espace de vente, et surtout la villa Anaya de Bouygues, où la maison reste à démolir : 10 logements aussi pour une surface au sol déclarée de 799 m², contournant une nouvelle fois le PLU. Bien joué, Bouygues

(photo maison décorée, future anaya après démolition)

Deux autres projets semblables ont été ignorés, pour cause de pluie, Le Clos des 5 cantons (Alday) et Waldorf (Rey). Aladay et Rey sont deux promoteurs, très actifs sur le BAB, que nous retrouverons donc à Bayonne

Bayonne

1er arrêt Villa Paulmy

C’est une opération d’Alday, qui vient juste d’être livrée sur les allées Paulmy : les panneaux étaient encore par terre dans la cour d’entrée. Les propriétaires, nouveaux occupants, se sont montrés particulièrement agressifs vis à vis des manifestants qui empiétaient de quelques mètres sur leur cour (privée)…

(banderole sur la clôture de la Villa Paulmy)

Au même endroit, c’est le « 14 allées Paulmy », le centre d’oncologie qui va déménager à la fin de l’été pour les Hauts de Bayonne. Cette parcelle, et des limitrophes, sont déjà l’objet de spéculation immobilière. Il y a 2 ans, lorsque le déménagement du centre avait ét décidé, un collectif s’est constitué pour demander 100 % de HLM pour la quarantaine de logements envisagés : les HLM sont absents du centre ville de Bayonne. La question est d’une actualité brûlante.

(des HLM à Paulmy)

2ème arrêt, Zagato, 5 avenue Raymond de Martres

Il s’agit d’un immeuble de 14 logements du promoteur Rey, associé pour l’occasion à l’architecte Hébrard, omniprésent à Bayonne dans ces opérations « haut de gamme ». La pub indique « logements luxueux à proximité de l’offre de soins ». Les prix avoisinent les 9000 euros du m2.

Situé entre le stade rénové de l’AB et l’hôpital de la Côte basque, le quartier Montalibet est en pleine restructuration à l’occasion de l’implantation du passage du tran-bus n°2. C’est un secteur d’intervention de l’EPFL, pour achats à l’amiable ou préemptions. A côté de Zagato, un nouveau permis de démolir vient d’être déposé pour une maison : projet immobilier à venir.

(Zagato)

Dans ce quartier aussi, figure le projet Xoko Ferdea de Bouygues, une étape supprimée du tour pour cause de pluie. Avec 17 logements, pour rester en dessous du seuil du PLU obligeant à quelques logements sociaux. Avec des prix au-delà de 7000 euros le m2

(Xoko Ferdea)

La partie Nord (rue Maubec) du tram-bus n°2 a vu les mêmes opérations de démolition / reconstruction pour des logements, sans doute moins « haut de gamme » qu’à Montalibet, mais en accession libre, avec peu d’aidés, et sans logements sociaux : de la gentrification à l’état pur, avec notamment Bouygues et Pichet à la manœuvre.

Un dernier arrêt bayonnais était prévu dans le centre ville, mais non réalisé: la Villa des Arènes, avec 13 logements (sous le seuil du PLU toujours), par Alday, avec le m² entre 8000 et 9000 euros.

CAPB

Le tour s’est terminé devant le siège de la CAPB à Bayonne, pour y déposer les panneaux récoltés pendant le tour,

(devant la CAPB)

et appeler les élus  à passer aux actes.

(Aux actes)

Car si la lutte contre les spéculations et pour le logement social dépend pour beaucoup dela législation et de la politique nationale du logement, les élus locaux ne sont pas sans moyens d’action. Et Ostia de rappeler en conclusion quelques propositions en matière de logement social et de lutte antispéculative :

– Utiliser tous les outils pour protéger la terre et le logement des lois du marché.

– Réviser les PLU et en appliquer les règles dès 3 logements.

– Au moins 70 % de logements sociaux dans les opérations privées, avec 45 % en location et 25 % en accession sociale.

– Utiliser tous les outils (ZAD, OAP,…) pour des programmes publics à 100 % de logements sociaux.

– Faire preuve de volonté politique et de fermeté envers les acteurs du marché, au lieu de simplement les « inviter » à se discipliner à la mode Macron. La pression plus que la compromission.

– Rejeter l’artificialisation des sols, notamment en modifiant radicalement le projet Arkinova sur les Landes de Juzan à Anglet.

Ce n’est qu’un début…

Patrick Petitjean, 18 juillet 2023