Bayonne, chronique municipale n°6 : L’art de dé-zoomer pour mieux débattre

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

La photo de la mairie en Une est prise sur Wikipedia. Auteur : Pantxoa

Plus que jamais partiel, partial, subjectif et arbitraire

« Je dé-zoome » est le mot vedette de ce conseil municipal, plusieurs fois utilisé par les élu.e.s, majorité ou opposition, en début de leur intervention. Une manière de s’affranchir du cadrage limité des délibérations. Avec un rapport plus ou moins direct avec l’intitulé officiel, le conseil a ainsi débattu du Festival Points de vue, de la Citadellede la crise climatique, de la MVC et des commerces du Polo. Le maire lui-même a accroché un débat sur la tauromachie à une question immobilière, déniant au passage sa légitimité à un élu de l’opposition. Notons cependant que personne n’a cherché à dé-zoomer pour les manifestations lycéennes.

Le conseil municipal est ici : https://www.youtube.com/watch?v=PFJ32WVYjbw

Un début de séance agité

Le maire a eu quelques troubles en début de conseil, à 17h30.

Pour mémoire, un collectif « Palestine » avait appelé à une venir faire du bruit (sifflets, cornes de brume) sous les fenêtres ouvertes de la mairie à 17h. Il s’agissait de dénoncer « la criminalisation des luttes pour la Palestine », en référence à l’enlèvement des banderoles lors des fêtes de Bayonne en juillet. Il s’agissait aussi de s’opposer à « la normalisation du sionisme », en référence au soutien donné par les élu.es à cette enlèvement. On a pu attendre « Israël assassine, élus complices ».

Les fenêtres de la mairie ne sont pas restées ouvertes très longtemps. A 17h30, le maire a joué les matamores, annonçant : « En début de séance, il va y avoir un bruit de fond, dont j’avais été averti. J’espère que les choses en resteront là. En tout cas, le conseil municipal se tiendra, je vous le garantis, quoiqu’il arrive ». Frissons dans l’assistance. Mais le maire se prend les pieds dans le tapis : il constate que le quorum est atteint, que donc la séance peut commencer… avant même de procéder à l’appel réglementaire des élu.es présent.es. Avant de devoir rectifier.

Quelques notes en avant-goût

Paternalisme du maire envers Joe Mendes Monteiro : « lorsque vous aurez un peu de recul professionnel, vous vous rendrez compte » de la lourdeur des mémoires lors des contentieux : on ne peut vous communiquer tous les éléments des procédures (6’ 40’’). Il ira beaucoup plus loin dans la disqualification de l’élu lors du débat sur la vente d’un bâtiment municipal au cercle taurin.

Obsession de Pascal Lesellier contre le GIP-DSU et les quartiers en politique de la ville qui coûteraient chers (de 7’ à 14’) avec des réponses alambiquées de Cyrille Laiguillon, et plus offensives et politiques de maire. Une obsession manifestée par l’élu d’extrême-droite plusieurs fois à chaque conseil

Quand à Yves Ugalde il a raté 2 fois l’occasion de se taire. Lors d’une délibération pour mettre l’ex-école Saint Bernard à la disposition de la Pastorala « Marga d’Andurain », pour des répétitions du spectacle de juin, il réplique à Deborah Loupien Suares qui propose de donner ce nom à une rue ou une place, que, attention, c’est une aventurière, que la commission de toponymie avait déjà refusé (31’50’’)… Et lors du débat sur « Points de vue », il a tenu à rappeler que « sa prévention concernant le street art et les cultures émergentes » s’était heureusement envolée.

Dé-zoomer, 1ère : Le Festival Points de Vue

Cela se situe de 45’ à 1h10’ (25’ donc). L’annulation du festival Points de vue pour 2026, avait été déjà annoncée dans le journal Sud Ouest dès le 9 octobre. Comme le vice-président de la CAPB le précisait, il s’agissait d’une pause pour pour prendre le temps de la discussion , pour « repositionner le projet ». Dans le même article, Cyrille Laiguillon, un des porteurs du festival, et avait exprimé son « scepticisme quand à la volonté du nouvel exécutif de maintenir l’évènement ». Le procès d’intention était annoncé.

Cyrille Laiguillon

Il est revenu à Cyrille Laiguillon, initiateur du festival il y a 10 ans, adjoint aux sports, à la vie associative et et au quartier des Hauts de Bayonne, de lancer la cabale.

En fin de discussion sur des délibérations culturelles, il regrette cette annulation. Il parle « le coeur serré » et n’oublie aucune des bonnes expressions convenues pour louanger le festival, l’engagement sans faille du maire Jean-René Etchegaray et de l’ancien président de la CAPB, Etchegaray Jean-René, qui a élargi le festival hors de Bayonne.

Il met en avant « une ambition initiée pour Bayonne et qui a vocation à rayonner partout au Pays basque, … une fenêtre sur l’art accessible à tous, … » ; Il salue la présence d’artistes mondiaux (!) et insiste sur sa contribution à l’attractivité de Bayonne. Hélas… le festival a « pris la perpète », condamné par l’agglo. Il accuse la CAPB d’avoir décidé « sans concertation » et craint que cet arrêt ne soit fatal.

Le maire prend le relai (à 54’) : puisqu’on ne peut pas exporter quelque chose d’exceptionnel, on va reprendre notre bien, on va revenir à Bayonne, il y aura toujours du street art à Bayonne. Qu’on se le dise. Cependant, il reconnaît discrètement que le passage du festival comme biennale se discutait déjà à l’agglo en janvier 2026, sous sa présidence. Ce fut un bel exercice de com’, 1/2h de plaidoyer pro-domo et hypocrite.

David Ospital

David Ospital, élu de Bayonne en mouvement, s’est chargé de remettre cette suspension à l’endroit. En rappelant tout d’abord que Bayonne n’est pas le Pays basque. Dès 2021, le festival a été transféré à la CAPB qui en devient le principal financeur, avec comme contrepartie de l’élargir à 2 nouvelles communes chaque année. La CAPB assure les 3/4 du budget, contre 1/4 pour Bayonne. Et pourtant, cela reste essentiellement un festival à Bayonne, pour Bayonne. Cela manque d’ambition au niveau de l’agglo. « D’autres festivals, soutenus par l’agglo, mais avec pourtant des subventions moindres, ont su essaimer » bien davantage.

David Ospital s’interroge sur ce qui a amener la décision de suspension ? Difficultés du modèle économique ? Gouvernance à 3), avec Kaxu, la ville et l’agglo ? La concertation était insuffisante, et ce n’est pas seulement depuis le nouveau président de l’agglo.

Il confirme que dès janvier 2026, échanges entre Kaxu, la ville, la CAPB, les directions des services concernés pour un passage en biennale et une suspension cette année. Il est étonné qu’on puisse être surpris !

Il formule des propositions pour que le festival continue : revoir la gouvernance tripartite, ne pas prendre de décision unilatérale, repenser son modèle économique, un engagement plus fort de Bayonne,…

Plusieurs interventions soulignent le contexte inquiétant de réduction général des budgets culturels.

Henri Etcheto, puis le maire, trouvent raisonnable le passage en biennale, mais pas Cyrille Laiguillon. Et personne ne remet en cause la poursuite du festival.

Cette discussion a permis de soulever des questions sur la nature et les objectifs de ce festival : Une opération de prestige pour l’image de Bayonne et le tourisme ? Le transfert à la CAPB a-t-il été le moyen de faire payer par les autres communes l’attractivité de Bayonne ? Que reste-t-il du caractère populaire du street art avec la mise en avant des artistes internationaux ? Peut-on encore parler de cultures émergentes ? On peut remarquer nombre de villes en Amérique latine, comme au Chili, et au Mexique où les fresques sont autrement plus nombreuses qu’à Bayonne, et savent conserver leur culture populaire d’origine sans renoncer à des artistes internationaux.

Dé-zoomer, 2e : La Citadelle

Cela se situe de 1h13’ à 1h54’ (41’ donc). La démolition / reconstruction des 241 HLM du quartier Citadelle est une histoire déjà ancienne, qui a subi moult évolutions, pour aboutir à un programme immobilier défini lors d’une enquête publique en janvier 2025. La moitié des logements avait été démolie déjà à cette date. Il n’y a jamais eu d’argumentation vraiment documentée pour expliquer la différence de traitement entre la Citadelle, démolie, et la Cité du Polo, rénovée (encore à venir), qui comporte le même nombre de logements et date des mêmes années.

Voir : https://lepimentbayonnais.fr/2025/02/28/bayonne-citadelle-la-mort-dune-cite-populaire/

Depuis, des ajustements ont été faits quand au nombre précis de logements. En juin dernier, lors d’une réunion publique, il a été précisé : 637 logements au total, 70 BRS, 30 places en résidence seniors, 110 logements pour étudiants, 223 logements en « libre » et, pour le reste, 204 logements locatifs familiaux (dans les 3 catégories PLAI, PLUS et PLS). Un « quartier village » a résumé Joseba Erremundeguy en présentant la délibération, qui concernait uniquement le projet d’une nouvelle place en face de la future école, au milieu de nouveaux immeubles.

L’administration conseille les élu.es

L’initiative de dé-zoomer est venue de Joe Mendes Monteiro, élu de Bayonne en Mouvement, intervenant sur la globalité du projet et non sur la place. Il s’est interrogé sur la réponse aux besoins sociaux du quartier avec une telle programmation : le nombre de logements locatifs familiaux baisse de 241 à 204, alors que ce quartier (en politique de la ville) a un taux de pauvreté de 34 %, davantage de familles mono-parentales, une population plus jeune. C’est une population qui ne peut accéder à la propriété, même « sociale » (BRS). Les résidences étudiantes et seniors répondent à des besoins spécifiques et sont effectivement indispensables. Les données sociales du quartier plaident pour un plus grand nombre de logements locatifs familiaux au lieu de se diminution. La diversification sociale du quartier, utile, ne peut se faire au seul détriment de ces logements. 223 logements « libres », c’est beaucoup, et cela risque de provoquer une transformation sociale importante du quartier, un gentrification.

Henri Etcheto a rappelé que le dossier avait été ouvert il y a 15 ans, à une époque du programme national dit ANRU 2, qui permettait un financement important par l’État des opérations démolition / reconstruction, une occasion ratée en raison du report de l’opération, cela n’existe pas en ce moment. A ce propos, Colette Capdevielle a rappelé qu’un ANRU 3 se préparait et Joseba Erremundeguy a annoncé que la ville avait déposé deux projets dans ce cadre, pour le centre ville et Habas. Alain Lacassagne a justifié la programmation, et notamment les logements « libres », par l’équilibre financier de l’opération (devenu effectivement plus compliqué en l’absence de l’ANRU).

« Gentrification », le mot avait été lâché, et a fâché le maire. Pour lui, il y a 60 % de logements sociaux (tous, sauf les « libres »), et cela n’a donc rien à voir avec une gentrification. Cela suit l’évolution sociale de la ville (vieillissement, développement de l’université).

Il a souligné l’importance écologique de construire davantage en priorité le long des grands axes de transport (ici le bus rapide T2), mais sans évoquer le renchérissement du foncier que cela entraîne dans les secteurs concernés.

Pourtant, et je me permets d’y insister, c’est de là que viennent les 223 « libres » : ce prix du foncier facilite l’équilibre de l’opération, et surtout rapporte gros aux promoteurs, grâce à la gentrification.

Le maire s’est ensuite lancé dans ses diatribes habituelles contre les villes voisines, qui ne respectent pas les 25 % de logements sociaux de la loi SRU, et veulent entraîner la formation de ghettos ailleurs. Il proclame que Bayonne ne fera pas la politique sociale des communes voisines. Mais « la ville de Bayonne ne chasse personne » a-t-il conclu.

On pourrait lui faire remarquer qu’une commune voisine, Boucau, a justement inauguré le 13 octobre (à la veille du conseil) une résidence « Les Barthes de l’Adour » (Office 64 et COL) avec 100 % de logements sociaux : 102 locatifs et 44 BRS. Très loin donc de la programmation du Grand Projet Citadelle. Mais il n’y a pas de tram-bus à Boucau.

Dé-zoomer, 3e et 4e : le quartier du Polo

Cela se situe de 1h56’ à 2h28’ (32’ donc). Dé-zoomer est l’oeuvre successivement de Joe Mendes Monteiro pour aborder le devenir de l’ancienne Maison de la Vie Citoyenne (MVC) du Polo, aujourd’hui fermée, devenue un local associatif, et la participation des habitants dans le quartier du Polo. Puis de Sylvie Durruty, (première) adjointe aux affaires économiques, revendique dé-zoomer aussi sur les difficultés des commerces du quartier (le boulanger, la supérette,…), je n’y reviendrai pas. Le sujet de la délibération était l’acquisition sur HSA d’une micro-crèche immersive dans le projet immobilier Urtasun. La suivante portait sur l’autorisation d’urbanisme pour le projet immobilier lui-même.

Sur ce projet, et la situation dans le quartier, j’en avais parlé il y a 2 ans : https://lepimentbayonnais.fr/2024/12/22/la-ferme-urtasun-au-polo-bayonne-ilot-de-fraicheur-ou-dent-creuse/

L’élu de Bayonne en Mouvement, habitant le quartier, a constaté le peu d’évolution de la situation depuis la réunion de quartier (évoquée dans mon billet) il y a 2 ans : la dynamique habitante est toujours là, voir le projet de café-bibliothèque, mais les engagements ne sont pas tenus. Les propositions pour la future MVC ne sont pas prises en compte. On attend toujours la salle de convivialité qui devait voir le jour dans l’ancienne ferme Urtasun, dont la rénovation figurait déjà au budget en 2022.

Dans sa réponse, le maire est resté dans le flou : on réfléchit sur la future gouvernance d’une MVC avec la CAF. Et, comme Durruty après lui, il a dit tout le bien qu’il pensait de l’action de la ville.

Dé-zoomer, 5e : La canicule de l’été dernier

Cela se situe entre 2h27 et 2h55 (28’ donc). Le sujet initial était le concours de maîtrise d’oeuvre pour la démolition / reconstruction de l’école maternelle Charles Malégarie.

L’initiative est venue de Carole Ternois, élue de Bayonne en Mouvement, qui affirme vouloir « dé-zoomer sur les bâtiments publics et la crise climatique ».

Carole Ternois

Elle part de l’exemple de la toute nouvelle médiathèque qui, toute bioclimatique qu’elle ait été conçue, a du fermer à plusieurs reprises pendant la canicule, la chaleur la rendant invivable. La presse en a parlé. Une canicule de cette ampleur était imprévisible, mais pas surprenante, et appelée à se reproduire dans les prochaines années. On ne peut se contenter de se justifier en disant que le bâtiment était conforme aux normes les plus exigeantes : ces normes ne sont que des seuils minimum, toujours en retard sur le présent. A plus forte raison pour anticiper la situation dans 50 ans : un tel bâtiment est fait pour durer. Des outils existaient pour faire mieux.

Un plan d’adaptation des bâtiments publics au réchauffement climatique est à venir. Quelle sera son ambition ?

Christine Martin Dolhagaray

Christine Martin-Dolhagaray, adjointe à l’éducation, répond essentiellement sur la question des écoles et les mesures d’urgence prises, en plus du refuge à l’AB Campus. 40 000 € ont été investis pour l’achat de ventilateurs, pour des îlots de fraîcheur dans les cours d’école, pour expérimenter des brasseurs d’air à l’école Jean-Moulin, où la toiture a bénéficié d’un complément d’isolation.

Plus que d’anticiper, il s’agit d’imaginer des évènements climatiques extraordinaires. Un plan pour généraliser les brasseurs d’air à toutes les écoles. On a fait aussi des travaux d’urgence à l’école Simone-Veil qui a beaucoup souffert.

Pour aller de l’avant, il s’agit de comprendre le comportement technique des écoles, faire un diagnostic de chacune d’entre elles. La ville a élaboré un « schéma directeur immobilier énergétique », soumis à un bureau d’études de la banque des territoires : on a été lauréat ! Ce bureau va réaliser des visites dans les bâtiments, et faire des diagnostics. Cela concerne divers bâtiments communaux, pas seulement les écoles. « Nos services activeront tous les leviers possibles et raisonnables », compte tenu des coûts et des enjeux climatiques : généraliser les îlots de faraîcheur, mais pas la climatisation.

Mais il y a surtout une sensibilisation à faire pour tout le monde sur l’existence du réchauffement climatique et ses conséquences. Ne pas chercher des responsabilités, mais chercher tous ensemble des solutions. Il y a énormément de chose à faire, de petites choses même.

Carole Ternois fait remarquer que la ville a une obligation de résultats, en non seulement de moyens en matière de continuité du service public. Et qu’elle attend les résultats de l’audit pour le SDIE pour voir l’ampleur des travaux à mener.

Le débat sur le climat se termine avec une intervention d’Yves Ugalde sur la médiathèque pour expliquer que la ville était attentive depuis longtemps à l’enjeu du réchauffement, qu’elle avait consacré des heures à ce sujet, mais que les conseils, plus compétents que nous, avaient portant donner des assurances. Une manière de se défausser ?

Peut-être que le sujet « réchauffement climatique », compte tenu de la crise caniculaire de l’été, aurait nécessiter de « dé-zoomer » plus largement que sur l’erreur de conception de la médiathèque et l’adaptation des écoles. Il y avait matière à débattre de la nécessité d’accélérer tout ce qui concerne l’adaptation et l’atténuation. A quand un vrai plan d’adaptation, avec toutes ses dimensions ? Une révision du plan climat, avec des ambitions à la hausse ? A quand un appel à l’intelligence collective des habitants pour faire face au réchauffement climatique ? On aurait apprécié de percevoir une volonté politique des élu.es de mettre en route une telle démarche.

Dé-zoomer 6e : La tauromachie

Cela se situe entre 3h54 et 4h09 (15’). Le sujet initial était la cession d’une propriété immobilière de la ville à une association. Mais pas à n’importe laquelle : au cercle taurin. L’initiative de dé-zoomer est venue du maire lui-même (sans qu’il n’en revendique le terme), qui s’est lancé dans une défense de la tauromachie, suivi par des adjoints

Joe Mendes Monteiro

Joe Mendes Monteiro a contesté la vente des locaux, tout en se défendant d’emblée pourtant de toute mise en cause l’acheteur, le cercle taurin : il ne s’agit que de la gestion du patrimoine immobilier de la ville. Mais le maire l’a ressentie comme une « provocation ».

L’élu de Bayonne en Mouvement souhaite que la ville conserve la maîtrise publique des locaux, particulièrement bien situés rue des Cordeliers dans le Petit Bayonne. Selon lui, on ne peut prévoir les utilisations futures. Par ailleurs, il s’est interrogé sur le prix de vente, inférieur à l’estimation des domaines.

Après une mise à disposition gratuite pendant des années, l’association a une convention d’occupation payante depuis 2023. Quelle est la raison de cette vente et de cette décote ? Les Domaines ont estimé que les locaux étaient en bon état, climatisés, sans besoin de travaux importants. Ce qui reste à faire doit être évalué « de manière objective » pour être pris en compte. Il demande le contenu des négociations avec le cercle taurin et l’inventaire de ce qui a été retenu.

Le Conseil d’État considère qu’il faut un motif d’intérêt général pour qu’une collectivité publique cède un bien à un propriétaire privé à une valeur inférieure à l’estimation des domaines. Quelles sont les contreparties d’intérêt général qui justifient cette décote ? Le motif d’intérêt général n’apparaît pas dans la délibération présentée.

Le cercle taurin relève semble-t-il d’un tabou. Les violentes diatribes du maire en réponse ont dépassé les limites de la civilité.

Le maire débute ainsi : « vous avez donc décidé de porter l’estocade sur cette délibération, avec moult arguments qui sont beaucoup plus des banderilles que des arguments de fond » … (concernant la décote) « vous criez des cris d’orfraie pour 18 000 € de différence ». « Vous faites abstraction » que la valeur des locaux ne tient pas seulement à leur emplacement mais à tous les travaux faits par l’association. Selon lui, cela fait 10 ans que l’association veut acquérir les locaux pour y faire des travaux supplémentaire. Ils préfèrent être propriétaires avant de s’engager dans des travaux, plutôt que de les faire au bénéfice du propriétaire.

« C’est vrai qu’il y a une relation économique un peu particulière » (entre la ville et le cercle taurin), et le maire se lance dans une comparaison avec le bailleur social HSA qui bénéficie aussi de décotes quand il achète des biens à la ville, autre forme de relation économique particulière.

« Il y a des relations particulières entre une collectivité qui porte des valeurs tauromachiques fortes – tout le monde n’est pas d’accord – et je défends la tauromachie, et lorsqu’on s’adresse au cercle taurin, vous croyez qu’on va chipoter sur 18 000 € ». C’est en bon état, mais grâce au locataire. On ne peut même pas parler de « négociations » avec ce partenaire.

« On est dans une relation particulière, et si on ne tient pas compte de ça avec des partenaires privilégiés, le cercle taurin en l’occurence, eh bien, il ne faut pas être élu. Cela veut dire qu’il y a des ressorts qu’on ne comprend pas très bien dans le fonctionnement de la cité » (4h4’5’’)

Le maire fulminant contre Joe Mendes Monteiro

Puis dans la foulée, le maire passe la parole à Yves Ugalde qui crédite le cercle taurin d’être un partenaire permanent de l’évènementiel, avec 8 à 10 prestations gratuites par an, notamment pour la foire au jambon, prestations consistant à ouvrir ses locaux pour servir à l’organisation d’initiatives place Roland Barthes

Jean-Claude Iriart (Bayonne en Mouvement) Prend la défense de son collègue. Il redit que la nature de l’acquéreur n’est pas en cause, et souligne que le maire n’a pas répondu sur l’intérêt de maintenir ces locaux dans le patrimoine public.

Joe Mendes Monteiro souligne qu’il n’a pas parlé de la tauromachie. Il défend son droit d’apprécier ce que sont les ressorts de sa ville. Il insiste sur la non-réponse du maire sur l’intérêt général justifiant la vente avec décote, non précisé dans la délibération. Non-réponse qui traduit son incapacité d’y répondre.

Une insistance qui a fortement déplu au maire. « vous n’êtes pas ici dans un lieu de plaidoirie. Vous ne voulez pas entendre des raisonnements qui me paraissaient clairs, c’est votre droit. Vous êtes dans une posture, rester dans votre posture, restez dans vos certitudes. Mais oui, monsieur Iriart, n a le droit d’avoir des avis différents, vous avez l’obligation d’entendre nos arguments comme nous écoutons les votres ».

Tous les élu.es votent pour cette délibération, sauf Bayonne en mouvement qui vote contre.

On ne conteste pas impunément un interlocuteur « privilégié » du maire, surtout lié au monde opaque des corridas. Le maire a pleinement assumé le caractère privilégié du cercle taurin. Il y avait le paternalisme d’un ancien avocat envers un plus jeune, il y avait les interruptions. Mais cette fois, le maire a franchi une ligne rouge : la mise en cause personnelle d’un élu, qui ne serait pas digne de sa fonction. Ce n’est plus une discussion, même tendue. C’est franchement inadmissible.

Le conseil se termine peu après. Le prochain est le 17 décembre.

A la prochaine

Patrick Petitjean, 21 octobre 2026

Votre commentaire