La défense des terres agricoles de Marienia à Cambo reste d’une actualité brulante. Samedi 6, une bonne centaine de personnes sont venues récolter les pommes de terre semées au printemps dernier. Mardi 9, 3 personnes comparaissaient devant le tribunal de Bayonne à la suite d’une bousculade lors d’un conseil municipal à Cambo. Le rassemblement du 6 a fait apparaître au grand jour la trahison d’Etchegaray.
Comme à chaque fois qu’un rassemblement a lieu sur ces terres, le 6 octobre, l’ambiance était celle d’une fête populaire, avec de nombreux enfants, même temps que militante, pour faire vivre cette terre nourricière de 3,5 hectares que Bouygues, le maire de Cambo et leurs alliés veulent urbaniser.
Plus de 2 tonnes de pommes de terre ont été récoltées ce 6 septembre. Elles avaient été plantées le 17 mai, en même temps que des piments doux et des courges. Mais, pendant l’été, les plntations de piments et de courges avaint été vandalisées, sans doute par des amis de Bouygues.
Le 17 mai, le serment des Makila avait été partagé par des centaines de participants.
Les associations qui portent ces mobilisations : Lurzaindia, le syndicat ELB, le Cade, Ostia et Nahi Dugun Herria
Le double jeu d’Etchegaray
Pendant longtemps, le président de la CAPB a laissé entendre qu’il était ouvert à remettre sur le tapis le projet d’urbanisation de Marienia, qu’il allait organiser un débat au conseil communautaire.
Dans le même temps, la CAPB se rangeait systématiquement aux côtés du maire de Cambo et de Bouygues dans les procédures contre le PLU et le permis de construire, avec l’argument que la CAPB ne pouvait s’opposer à une commune qui en fait partie. Tous les recours ont été perdus jusqu’à maintenant par les défenseurs des terres agricoles, et une procédure n’est pas totalement achevée.
Le masque d’Etchegaray est tombé quand, pendant l’été, les organisations agricoles ont appris par la Safer qu’une nouvelle « déclaration d’intention d’aliéner » (redéfinition des termes de la vente) avait été déposée, ouvrant une possibilité de préemption par la CAPB, avec un délai de 2 mois pour y recourir. Cette nouvelle DIA a été reçue le 16 juillet par la Safer… mais la CAPB l’avait entre les mains le 13 janvier. Et avait refusé de préempter. De là un sentiment total de trahison de la part d’Etchegaray, de son double discours.
La CAPB avait portant pris un engagement : préserver l’espace agricole comme un bien commun ». On en est loin. Quant au débat promis, selon Sud Ouest du 8 septembre, il n’aurait pas lieu au conseil de la CAP, mais lors d’une conférence des maires. Et Marienia serait noyé au milieu d’une discussion générale sur le foncier agricole.
Le nouveau compromis de vente comprenait une baisse du prix de vente, d’un peu plus de 3 millions à 2,62 millions d’euros, ce qui rendait obligatoire cette nouvelle DIA. Comme d’usage, ce nouveau compromis de vente comporte des clauses suspensives : levée de tous les recours, lieux libérés de toute occupation. Or, un recours n’est pas totalement levé. Les lieux sont-ils libres de toute occupation ? Pas clair ! Les plantations peuvent-elles être considérées comme une occupation ? Et selon quel régime juridique sont-elles encore utilisées par un éleveur ?
Le début des travaux reste encore heureusement problématique, et dépend du rapport de forces politiques, de la mobilisation citoyenne. Du blé d’hiver va être semé cet automne
Le procès du 9 septembre.
Lors d’une manifestation pendant un conseil municipal, le maire de Cambon était tombé lors d’une bousculade, et s’était cogné la tête par terre. Il avait reconnu qu’aucun coup n’avait été porté, mais avait porté plainte, en pleine d’une campagne politique et médiatique sur les « violences contre les élu.es ».
Il y avait une centaine de manifestants lors de cette séance, il y a eu deux heures de vacarme avant l’arrêt du conseil municipal. D’une manière qui a semblé un peu arbitraire, 3 manifestants avaient été déférés devant le tribunal de Bayonne pour entrave au déroulement du conseil municipal et « violence », accusés d’être à l’origine de la bousculade.
Une petite centaine de personnes se sont rassemblées ce 9 septembre devant le tribunal de Bayonne.
Le procureur a requis 5000 euros d’amendes, dont 4000 avec sursis. Jugement le 16 octobre
Le conseil municipal municipal de Vieux Boucau vient de décider d’arrêter les corridas, qui avaient été relancées en 20233 et 2024. Succédant au renoncement d’Eauze (Gers), cette décision a provoqué une certaine fébrilité dans les milieux tauromachiques, craignant une extension des vents contraires. En guise de contre-offensive, la propagande pro-corrida a battu son plein, notamment dans le journal Sud-Ouest ces dernières semaines
Vieux Boucau
La municipalité avait autorisé la pena locale (La Mariposa) à organiser, de manière exceptionnelle, des corridas deux années de suite. Pour 2025, ce sont des raisons éthiques qui l’ont poussée à arrêter la série, le refus de la mise à mort comme spectacle.
« La majorité des élus jugent que cela n’est plus digne d’un spectacle du monde de maintenant. Cette mise à mort n’est pas justifiée par une tradition, puisqu’il y a eu de longues années d’interruption depuis la création des arènes », a expliqué le maire Pierre Froustey à France3Régions
Il a précisé : « Cela ne remet pas en cause les courses landaises ni les spectacles de recorte. Nous souhaitons seulement qu’il n’y ait plus de spectacles avec mise à mort dans les arènes de Vieux-Boucau, comme cela a déjà été le cas durant vingt ans » (Sud Ouest, 3.2.25).
Il insiste sur ce point : « Je suis toujours un fervent défenseur des traditions locales, et notamment landaises. Mais peut-être que la corrida n’est pas forcément une tradition landaise ? ».
Les défenseurs de la corrida sont rendus furieux par la mise à l’écart de la corrida d’avec les traditions taurines landaises. Dans une pétition, les organisations taurines soulignent ainsi le danger de l’argumentaire de Pierre Froustey, opposé aux corridas et novilladas, mais farouche partisan de la course landaise : « Effacer la corrida dans des arènes comme celles de Vieux-Boucau revient à différencier les tauromachies, alors même qu’elles sont intimement liées entre elles et complémentaires ; chacune s’étant implantée grâce à l’autre sur les différents territoires français ».
La Fédération française des courses landaises a pris le même angle d’attaque contre la décision de Vieux-Boucau : la tauromachie est unique. Après avoir tenté une « médiation » pour faire revenir Pierre Froustey sur sa décision, l’UVTF a menacé d’expulser Vieux-Boucau.
A l’inverse, certaines associations favorables à l’abrogation des corridas ont félicité Pierre Froustey… bien que la plupart (mais pas toutes) partagent avec les pro-corridas cette idée qu’on ne peut séparer les corridas des autres formes de tauromachie, course landaise comprise.
Magescq
devant l’église de Magescq, non loin de Vieux Boucau dans les Landes, le 9 mars
Dimanche justement, 3 associations anti-corridas organisaient un rassemblement à Magescq, dans les Landes, contre la reprise de la saison des corridas. Une trentaine de personnes ont participé à ce rassemblement, parmi lesquelles, les avis étaient partagés sur la position de Pierre Froustey. Il y avait là des adhérent.es du CRAC (comité radicalement anti-corrida), de REV (Révolution écologiste pour le vivant), de One Voice et d’EELV. Voir aussi la photo en une de ce billet.
On reste loin des mobilisations d’avant le Covid, malgré un timide frémissement dans l’optique des élections municipales de 2026
Eauze
17/06/17 TYROSSE corrida des fetes de Tyrosse toros de Valdellan Alain Lartigue – Louvier Isabelle ( arènes )
Ce sont des raisons économiques, et non éthiques, qui ont poussé le maire d’Eauze (Gers) à renoncer à l’organisation d’une corrida en 2025. Mais deux chevaliers blancs sont arrivés pour organiser la corrida à sa place.
L’un d’entre eux est la société Tomefra avec son directeur, Alain Lartigue., bien connu sur Bayonne, où il est mandataire des corridas, comme pour plusieur villes landaises. J’aurai l’occasion de reparler de ce personnage.
François Zumbiehl : Vive la mort
Depuis quelque temps, la propagande tauromachique s’étend, et s’appuie sur une page régulière dans l’édition dominicale de Sud Ouest.
Le 8 mars dernier, cette page reproduisait un entretien avec François Zumbiehl en réponse à l’arrêt des corridas à Vieux-Boucau. La page était titrée : « Sans mise à mort, la corrida se réduirait à une exhibition insignifiante ». C’est bien l’esprit de l’entretien, comme le montrent les quelques citations ci-après.
François Zumbiehl est présenté comme anthropologue et écrivain. Il a effectivement soutenu en 2006, à l’Université Bordeaux 2, une thèse en anthropologie culturelle intiulée « Les mots qui torréent : la représentation de la tauromachie dans la parole des professionnels et des aficionados espagnols ». Les membres du jury sont, pour la plupart, taurophiles et âgés. Mais ce sont des scientifiques reconnus avec une fiche wikipedia et des publications (ce n’est pas le cas de François Zumbiehl), en dehors du journaliste Francis Marmande. Le président du Jury, Pierre Bidart, était un anthropologue particulièrement connu.
Dans un précédent entretien avec Sud Ouest (29.8.24), Zumbiehl parlait de son enfance à Anglet et de sa « coup de foudre » lorsque qu’il avait assisté à sa première corrida à Bayonne à l’âge de 11 ans. Depuis, il est aficionado. Dans cet entretien, il partait en guerre contre l’animalisme, cet anti-humanisme, au nom des traditions judéo-chrétiennes et gréco-latines.
Selon son dernier entretien, il vit entre le Pays basque et Madrid, a été conseiller culturel à l’ambassade de France en Espagne et est actuellement membre du Cicult (Conseil international des cultures taurines).
François Zumbiehl est un anthropolgue au service des corridas. Et cela ne peut qu’accentuer l’abîme de son discours, hymne à la mort et au sang, glorification de l’estocade finale, présentée comme le choix de sa mort par le toro, de préférence à une mise à mort dans les coulisses.
Extraits de l’entretien avec Sud Ouest
La tauromachie s’enracine dans le mythe millénaire de Thésée et du Minotaure, rien que ça.
Sans mise à mort, la corrida se réduirait alors à une exhibition insignifiante, où il ne resterait plus qu’à apprécier l’habileté, l’élégance et les qualités physiques du torero. Cela deviendrait un pur simulacre (…) On éliminerait toute la dimension symbolique liée au rituel de la tauromachie, fixé dans sa version moderne vers la fin du XVIIIe siècle, qui rétablit le lien avec le mythe millénaire du combat de Thésée et du Minotaure, pour réaffirmer la victoire, certes temporaire, de l’esprit et du courage sur la nature indomptable et sur la mort.
La magie de l’estocade
C’est pour cela que le taureau doit mourir dans l’arène, que nous-mêmes, qui nous trouvons sur les gradins, nous devons nous confronter à cette mort qui annonce et représente la nôtre, et que le matador doit risquer sa vie, sans métaphore, dans cette phase suprême qui est « le moment de la vérité ».
La mort du taureau doit être digne jusqu’à la fin. Mais celle-ci est essentielle encore une fois. Elle répond surtout à une exigence éthique : elle est le moment où le risque assumé par l’homme est à son plus haut degré. (…) (un ancien torero) : « L’estocade est la dernière retouche d’une œuvre d’art qui vient d’être achevée. C’est une fusion où l’un engage sa vie au prix de la vie de l’autre, un agrégat d’émotions qui se conjuguent, durant une seconde, dans l’espace ».
Et comme final de l’entretien, le toro qui demande lui-même l’estocade pour faire de sa vie une œuvre d’art. Zumbiehl ne nous épargne rien.
Zumbiehl cite le maestro Andrés Vazquez : « Je me suis trouvé là, quand on a tué un taureau brave dans un abattoir. Il mugissait, comme s’il voulait dire : ‘‘Non ! Je veux mourir dans une arène ; je ne veux pas mourir ici, dans cet endroit qui pue le sang !’’ C’était un animal humilié, maltraité, qui pensait qu’il n’était pas né pour ça. Il était né pour la lutte, et pour faire de sa vie une œuvre d’art. »
Le 14 janvier 2024, la Korrika, course pour la promotion de la langue basque, traversait la Bidassoa apr le pont Santiago, entre Irun et Hendaye. 36 migrants s’y joignirent, entrant ainsi en territoire basque français, protégés par la foule. 7 personnes ont été accusées de les avoir aider et passeront en procès au tribunal de Bayonne le 28 janvier. Pour les soutenir, une manifestation est organisée le dimanche 26 janvier à 11h30 d’Irun à Hendaye, et un rassemblement le 28 à 13h devant le tribunal.
photo Mediabask – Guy Chauveau
Ce fut un événement joyeux, gai, fraternel, comme il se doit dans une Korrika
Les migrants qui ont traversé le pont Santiago le 14 mars 2024 n’avaient besoin de personnes pour passer la frontière. Ils auraient fait comme les autres, comme tous les jours, à pied. La police en aurait arrêté bon nombre, sur leur couleur, les aurait ramenés directement de l’autre côté de la frontière, sans se soucier des mineurs à protéger, de leurs droits, d’eux. Elle sait bien qu’ils ne rentreront pas chez eux et qu’ils finiront par passer ! Mais plusieurs arrestations d’un même migrant sont comptabilisées comme plusieurs migrants empêchés d’entrer, et il faut gonfler les chiffres.
7 personnes, sans doute repérées arbitrairement sur différentes vidéos, ont été placées en garde à vue le 2 octobre 2024, puis convoquées devant le tribunal le 28 janvier pour avoir aidé des migrants à passer la frontière.
Une campagne de solidarité « J’accuse » a été lancée le 20 novembre par des représentants d’organisations syndicales et politiques ainsi que des citoyens.
Il s’agit d’une campagne d’auto-accusation, pour avoir aider au passage de la frontière, en même temps que d’accusation des pouvoirs publics pour leur politique migratoire. Cette déclaration a été signée par plus d’un millier de personnes au 16 janvier.
20 novembre. Lancement de la campagne
« Il est bien connu qu’autour d’Irun et d’Hendaye, des centaines de bénévoles engagés organisent la solidarité et s’opposent aux politiques migratoires inhumaines. Ce sont des militants et des personnes engagées qui défendent et concentrent leurs efforts à sécuriser les parcours migratoires face au harcèlement des autorités politiques, de leurs lois et de la police », s’indignent les initiateurs de la campagne.
En parallèle, une pétition de solidarité est en cours de signature :
« J’accuse l’Europe forteresse et les pouvoirs politiques qui imposent une politique d’immigration répressive et meurtrière.
Les guerres, les famines, la surexploitation des ressources et de la force de travail, les dérèglements climatiques, tous ces maux causés par le système capitaliste, impérialiste et raciste poussent des milliers de personnes à fuir leur pays à la recherche d’une vie meilleure.
Au Pays Basque, les migrant.es sont confronté.es à des obstacles et des dangers des deux côtés de la Bidassoa : accès contrôlés par la police, arrestations, refoulements illégaux.
J’accuse les autorités et les lois responsables de cette politique raciste et injuste d’être la cause d’au moins 9 morts au Pays basque.
Euskal Herria veut continuer à être une terre d’accueil et pouvoir mener à bien des processus migratoires libres et sûrs .
Leur délit ? La SOLIDARITE.
Le 14 mars, jour où Korrika passait d’Irun à Hendaye, ils.elles ont couru aux côtés de 36 migrant.es qui ont pu franchir la frontière en toute sécurité ».
De même, 30 associations, syndicats, partis politiques ont en réponse lancé une campagne J’accuse les politiques migratoires. Elles ont déclaré avoir accompagné le passage de 36 migrant·es pour leur garantir une arrivée sécurisée jusqu’au centre d’accueil Pausa de Bayonne lors du passage de la frontière par la Korrika.
Jeudi 16 janvier 2025, quatre ans après le dépôt du recours contre le nom de « La Négresse » donné à un quartier et une voie communale de la ville de Biarritz, s’ouvre le procès en appel devant la cour administrative d’appel à Bordeaux. Mémoires & Partages avait déposé un recours en décembre 2020 devant le tribunal administratif de Pau pour faire annuler les décisions de la mairie de Biarritz attribuant ces dénominations, mais il fut rejeté en décembre 2023. Il arrive devant la cour d’appel.
L’annonce du procès en appel a été faite par l’association Mémoires & Partages dans un communiqué du 19 décembre dernier.
Basée à Bordeaux, à Dakar, La Rochelle, Le Havre, Bayonne et Paris, l’Association Internationale Mémoires & Partages a pour objectifs de promouvoir un travail de mémoire autour des mémoires et héritages de la colonisation, de la traite des noirs, de l’esclavage et du racisme.
Mémoires & Partages devant le Didam à Bayonne le 27 avril 2021 pour un hommage « Black Lives Matter » avec Karfa Diallo
A l’initiative de Karfa Diallo, elle a été fondée en 2015. Elle est issue de l’action menée par les associations DiversCités et de préfiguration de la fondation du mémorial de la traite des noirs qui ont œuvré de 1998 à 2015 à la défense et la réhabilitation de la mémoire de la traite des noirs et de l’esclavage à Bordeaux (France).
A Bayonne, Mémoires & Partages a organisé depuis 5 ans différentes visites de lieux (bâtiments, noms de rue,…) qui sont associés à la traite négrière. Un passé sur lequel l’histoire officielle de la ville restait muette. Une redécouverte pour beaucoup d’habitants de la ville, à défaut d’être surprenant.
Dans son communiqué, l’association Mémoires & Partages note que cette cour administrative est celle qui juge aussi en appel, depuis le 19e siècle, de toutes les affaires de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon.
Elle fait également remarquer, autre particularité, que cette cour siège dans l’ancien Hôtel particulier de la Famille Nairac (https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Nairac). Elle détaille ur on site l’histoire très significative de ce lieu :
La suite du billet est reproduite du communiqué de Mémoires & Partages
« La NÉGRESSE »
C’est le surnom donné à un quartier de Biarritz depuis le XIXe siècle, en raison de la présence d’une ancienne esclave noire qui travaillait dans une auberge du quartier, qui s’appelait auparavant Harausta (« endroit poussiéreux » en basque). Ce sobriquet lui a été donné par les soldats napoléoniens et sert à désigner le quartier. Elle ne pouvait qu’être déportée par ses « maîtres » puisque la police des noirs (instituée en 1776) obligeait à la déclaration et à la surveillance tous les esclaves qui rentraient sur le sol de France.
Les termes de « Nègre » ou « Négresse » ne sont pourtant pas anodins, et certainement pas de simples synonymes de « noir/noire ».
Ils servaient à désigner une personne noire, quand celle-ci est vidée de son humanité, seule manière pour les sociétés européennes de rendre moralement acceptable leur mise en esclavage, alors même que cette pratique était vigoureusement combattue quand il s’agissait de « blancs ».
Ces termes portent donc en eux la marque d’un crime contre l’humanité, qui a vu déporter des millions d’Africains, afin de travailler comme esclaves dans les plantations coloniales.
Plusieurs fois objets de critiques, la persistance de cette dénomination raciste pour le quartier de Biarritz est une injure au vivre-ensemble et à la reconnaissance de la composante noire de l’histoire de France (richesse apportée à la métropole par le travail des esclaves, participations des « tirailleurs » et troupes coloniales dans plusieurs guerres françaises, enrichissement culturel, sportif, etc.).
Pour l’écrivain martiniquais, Patrick Chamoiseau,
« LES CHARGES DU MOT NÈGRE – Charge d’insulte et de négation humaine surgie de la Traite, de l’esclavage, du système des plantations. – Charge positive insufflée par la Négritude et les grandes résistances qui firent du crachat un combustible. LES EMPLOIS DU MOT : – Quand Césaire et Fanon l’emploient, c’est un étendard d’affirmation de soi et d’inscription dans une résistance historique. – Quand Zemmour ou son engeance l’utilisent, c’est la charge négative et la vaste insulte qui se voient signifiées. ».
Une histoire de la contestation de cette dénomination
SOMMET DU G7 – 22 AOUT 2019
Lors du sommet du G7, le 22 août 2019 devant la gare de Biarritz, des adhérents de M et P distribuèrent une information au public à ce sujet. La ville était alors quadrillée par les forces de l’ordre qui interpellèrent Karfa Diallo coupable de ne pas vouloir cesser sa distribution d’informations.
Nos avocats William Bourdon et Colette Capdevielle démonteront avec brio dans leur plaidoirie que ce dossier était monté de toutes pièces par les policiers. Le délibéré du tribunal du 14 janvier 2021 ne souffre d’aucune ambiguïté puisque non seulement il relaxera Karfa Diallo du chef d’accusation « de rébellion » mais en plus il déboutera les parties civiles (les deux policiers) de leur action.
REFUS RÉPÉTÉ DE LA MUNICIPALITÉ
Devant le refus répété, depuis 2013, des différentes municipalités de tous bords à la tête de la ville de Biarritz d’entamer une démarche apaisée de changement de nom du quartier, l’association Mémoires & Partages a été contrainte de déposer le 2 décembre 2020 un recours au Tribunal administratif de Pau, afin de faire annuler les délibérations « illégales », de 1861 et 1986, ayant octroyé le nom de « La Négresse » à un quartier et une rue de la commune.
DÉCISION DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PAU
Le 22 décembre 2023, le juge administratif a avancé un argument incompréhensible selon lequel cette appellation était bien « péjorative » mais que ce n’était pas « une atteinte à la dignité de la personne »
COUR D’APPEL 16 JANVIER 2025
En soutenant que cette appellation était bien « péjorative » mais qu’elle n’était pas attentatoire à la « dignité de la personne », le juge administratif s’enferme dans la contradiction et ignore les représentations caricaturales, racistes et existes, qu’entraine une telle dénomination sur l’espace public et les violences symboliques qu’elle inflige à nos concitoyens, noirs ou blancs.
L’audience du 16 janvier 2025, au sein d’un lieu marqué par l’histoire du crime contre l’humanité qui a donné naissance à cette appellation, est une occasion pédagogique exceptionnelle que nous comptons bien saisir.
Nous remercions le Cabinet Bourdon & Associés de son constant et convaincant travail de défense des libertés publiques.
Nous sollicitons votre aide pour poursuivre poursuivre la pédagogie antiraciste et antisexiste que nous avons commencé. Nous savons d’expérience que déraciner le racisme est une entreprise de longue haleine et que dans le combat pour les droits civiques la justice occidentale a aussi ses propres biais.
La lutte continue !
Communiqué du Réseau Mémoires & Partages, Bordeaux, 19 décembre 2024
Corridas interdites en Colombie et bientôt au Mexique
Les corridas sont en voie d’interdiction au Mexique, et sont officiellement interdites depuis août en Colombie. Les deux présidents, Claudia Sheinbaum et Gustavo Petro, sont sous le feu des partisans des corridas. Ces derniers dénoncent dans un même mouvement les opinions de gauche des présidents et leur hostilité aux corridas.
Au Mexique
Claudia Sheinbaum s’est prononcée pour l’introduction dans la constitution de l’interdiction de la maltraitance animale, et donc des corridas, le 23 octobre 2024. Un processus commencé sous le président précédent, AMLO. . Elle a déclaré son opposition aux corridas avec mise à mort. Elle avait pris ses fonctions le 1er octobre. Les corridas avaient été interdites une première fois à Mexico de juin 2022 à décembre 2023, interdiction levée par la Cour suprême.
On peut lire ceci sous la plume de Vidal sur le site www.corridasi.com le 25.10 :
« Pauvre, pauvre Mexique! qui confie son sort à une antispéciste style Caron, style Petro ( ex Farc Colombien désormais président de la Colombie,style Podemos… »
En Colombie
Gustavo Petro a proclamé l’interdiction officielle de la corrida en Colombie, après votes et multiples recours, en juillet 2024
proclamation de l’interdiction
L’information s’était frayée un passage dans les pages « toros » de Sud Ouest le 22.9.2024, à l’occasion du passage dans les Landes d’un torero colombien retraité, César Rincon, « une légende colombienne » selon le chroniqueur taurin Zocato, célèbre pour son lyrisme et son fanatisme pro-corrida.
(Q) « Quel est votre sentiment depuis que le congrès de Colombie, votre pays, a voté l’interdiction des corridas dans un délai de deux ans ? Avez-vous encore l’espoir d’un renversement de situation ? »
« C’est triste et déplorable que notre liberté soit en danger. Et je ne parle pas seulement de la liberté dans la tauromachie. C’est une atteinte contre toutes les libertés. (…) »
(Q) « L’élection présidentielle programmée en mai 2026 peut-elle changer la donne ? »
« D’abord, nous ne savons pas ce qu’il va se passer en 2026. Malheureusement, nous voyons où va le Venezuela avec la bénédiction de la présidence colombienne… Et puis, il sera trop tard. Je ne vois pas comment les taurins pourraient poursuivre leur activité dans ce contexte politique gagné par l’animalisme. (…) L’animalisme est entré dans les salles de classe, racontant aux enfants les histoires de Walt Disney et qu’il fallait traiter les animaux au même niveau que les êtres humains. Nous arrivons un peu tard, là encore. Pour moi, c’est un cauchemar ».
La COP 16
Le président colombien est d’autant plus ciblé par les taurinophiles qu’il présidait la COP16 sur la biodiversité qui vient de s’achever à Cali en Colombie. Il faut dire que les fans de corridas se voient comme de grands défenseurs de la biodiversité. A l’occasion de la Feria de l’Atlantique, Sud Ouest avait donné la parole à Zacarias Moreno. Il présente les ganaderias comme un espace de biodiversité, de vastes étendues où les toros sont en liberté. Le toro de combat peut même être considéré comme une espèce menacée, à protéger.
Cet argument est développé en long et large par le blogueur de corridasi. Son plaidoyer pour la biodiversité grâce aux corridas fait bon ménage avec sa détestation du président colombien, auprès duquel il convoque même Mélenchon… Sans oublier la litanie de préjugés et poncifs post-coloniaux sur le Colombie.
Dans le texte, et la longueur de la citation vaut la peine, cela donne :
« La COP 16 vient de s’ouvrir en Colombie, à Cali. Tout un symbole pour Gustavo Petro le président de ce magnifique pays d’Amérique du Sud qui s’enorgueillit de cette consécration. L’émule de Chavez et de Castro, soutien ultime de Maduro, fut longtemps un des chefs de la guérilla la plus sanglante du monde, le M19 une armée clandestine qui a multiplié les attentats et les enlèvements et qui a lié des liens étroits avec les grands groupes mafieux colombiens liés au trafic de la drogue parmi lesquels le cartel de Cali ».
« Cali est devenue l’emblème de cette planète dépouillée de ses pollueurs que Petro et l’ineffable Antonio Guterres -venu sur place pour lui donner un brevet de bonne conduite-, appuyés par une myriade d’ONG préoccupées de récolter des subsides pour leurs besoins propres, veulent faire apparaître d’un coup de baguette magique. Magie du verbe, mirage du caudillisme latino-américain si bien décrit par les grands écrivains du continent. (Marquez, Vargas Llosa, Carpentier) … L’ami de Mélenchon -qui a trouvé en lui un modèle-, n’est pas une blanche colombe. Président autoritaire bien qu’ayant été élu de justesse, il veut faire de l’écologie un des piliers de sa politique. Et la rencontre de Cali vise aussi à blanchir un passé peu recommandable ».
« Nous ne contesterons pas les objectifs de cette réunion, au contraire, la lutte pour la biodiversité et notamment pour la biodiversité animale est un de nos chevaux de bataille. Car la corrida dans son essence participe activement à cette biodiversité en protégeant une espèce, le toro de combat qui, sans elle, aurait disparue. Son élevage préserve une nature sauvage dans de grands espaces et par conséquent participe à la protection de nombreux autres animaux -oiseaux, mammifères ou insectes- et de plantes qui auraient péri sans cette pratique d’une éthologie raisonnée ».
« Or Petro a fait de l’interdiction de la corrida une obsession. Il est revenu à la charge à plusieurs reprises avec une ténacité remarquable et beaucoup de violence sur un sujet qui apparaît secondaire dans un pays miné par la pauvreté, l’inégalité, l’insécurité, la corruption. Cette interdiction désormais actée dans un délai de deux ans aura pour effet à très court terme la disparition d’une espèce et de celles qu’elle côtoie dans les espaces qui lui sont dédiés. Sans doute les terres où le toro est élevé seront consacrées à la monoculture industrielle du café ».
« Quel sens a tout cela ? Quelle crédibilité apporter aux prétendus défenseurs des animaux qui agissent concrètement pour la disparition d’une des espèces les plus remarquables de la planète ? »
Comment un défenseur de la biodiversité pourrait ne pas être convaincu par de telles envolées lyriques ?
C’est trop rare pour ne pas être souligné : une enquête publique a débouché sur un avis défavorable. Il s’agissait de l’extension de la construction de logements sur le secteur IV du Sequé. La commissaire enquêtrice a entendu les contributions faites sur le registre. Même si on ne peut partager toute son argumentation, son avis défavorable bloque le projet. Et permet d’en rediscuter.
Ce samedi 16 décembre 2023, une centaine de personnes se sont rassemblées au col d’Ispegi (682m), lieu de passage entre la Navarre et la Basse-Navarre, pour demander le retrait de la loi Darmanin et affirmer leur solidarité avec les personnes migrantes.
Ce rassemblement était organisé par un collectif d’associations, de partis et de syndicats d’Iparalde.
Dans une déclaration commune, les organisateurs ont expliqué leur choix de ce lieu symbolique, plutôt que Bayonne ou Hendaye sur la côte.
« Nous sommes réuni.e.s ici au col d’Ispegi.
L’État français l’a fermé pendant de nombreuses années, et il a été officiellement rouvert ce 30 octobre.
Il n’y a aucune frontière pour nous ici, et il n’y en a jamais eu.
Historiquement, comme dans de nombreux endroits, ce col a été un lieu de passage pour les Basques du Sud et les Basques du Nord, ainsi que pour de nombreuses personnes qui cherchaient et recherchent aujourd’hui une vie meilleure.
Il a été un lieu de passage, il le reste et il le restera.
L’État français, comme l’Europe, instaure des frontières, construisant des murs au lieu de construire des ponts.
Nous dénonçons cette politique anti-immigration.
Personne n’est illégal dans notre pays.
Le Pays basque est un pays accueillant, et le restera. Alors que l’État français ferme les frontières, nous disons « bienvenue aux réfugié.e.s » »
18 décembre, journée internationale des migrant.e.s
Le rassemblement au col d’Ispegi fait partie des dizaines d’initiatives organisées entre le 16 et le 18 décembre partout en France pour la journée internationale des migrant.e.s par le collectif « Marche des solidarités ».
Le Collectif rappelle qu’il y a une crise de l’accueil des exilé.e.s (quelque soit la raison du choix de l’exil), et non pas d’une crise de l’immigration. La loi Darmanin, de plus en plus répressive contre les personnes migrantes, est avant tout le fruit de manœuvres politiciennes entre la majorité (relative) macroniste, la droite et l’extrême-droite.Les exilé.e.s en sont les otages et les victimes. Au-delà, ce sont les libertés de toutes et tous qui régressent.
Dans l’appel à la journée du 18 décembre, le Collectif ajoute : « Car cette loi ne se contente pas de vouloir rendre « la vie impossible » pour les immigré·e·s et toutes et tous les étrangères et étrangers, harcelé·e·s par la police, emprisonné·e·s, expulsé·e·s. Elle est justifiée à répétition par l’idée, fondamentalement raciste, que les immigré·e·s, comprenez les Noir·e·s, les Arabes, les Asiatiques, les Musulman·e·s, avec ou sans papiers, né·e·s en France ou à l’étranger, seraient potentiellement des dangers et des profiteurs et profiteuses du système de protection sociale.
En retour elle légitime une société fondée sur le développement des inégalités, la déshumanisation, le contrôle et la surveillance policière, la limitation des libertés et l’exploitation sans frein de toutes et tous les travailleurs. »
C’est un feuilleton qui dure depuis des mois. A la recherche d’une majorité à droite pour faire voter « sa loi », comme le fit jadis Sarkozy son inspirateur, Darmanin multiplie sans complexe les surenchères répressives avec Les Républicains. Des mobilisations contre cette loi sont attendues d’ici la fin de l’année.
Ce lundi 6 novembre la loi Darmanin contre l’immigration reprend son parcours législatif au Sénat, parcours qui avait été suspendu après son passage en commission de mars dernier.
Les polémiques politiciennes entre la majorité et la droite n’avaient pas cessé depuis cette suspension, elles vont se développer encore plus pour savoir qui est le plus répressif. Les surenchères xénophobes vont être de mise. Les étrangers sont pris en otages de conflits (très médiatisés à défaut d’être importants) au sein du gouvernement et de manœuvres pour dégager une éventuelle majorité à l’Assemblée nationale.
L’objet de ce billet n’est pas de détailler les très nombreuses mesures régressives et répressives contenues dans le projet de loi, Libération, Le Monde, Mediapart, Basta et d’autres le font déjà et continueront à le faire. Cela inclut le retour de la double peine, l’introduction du critère (oh combien flou et extensible) de « non respect des principes républicains » pour justifier des expulsions et des refus de régularisations, voire des déchéances de la nationalité. Et aussi l’invocation de la loi sur le « séparatisme » qui conduit à de multiples atteintes aux libertés. Et en plus, la suppression de l’AME (aide médicale d’état) réclamée par la droite et en voie d’acceptation par Darmanin. Et encore, par les mêmes, la volonté de désobéir aux conventions internationales. S’y ajoutent l’augmentation de la durée de rétention, l’extension sans limite des OQTF, doublés d’IRTF ; la restriction des recours. Darmanin, ou le lepénisme décomplexé.
« La contestation voire le mépris affiché pour le respect par la France des conventions internationales, prônée par le ministère de l’Intérieur lui-même, et largement banalisée dans le débat politique et médiatique, témoigne d’une grave perte de repères sur ce qu’est l’État de droit. Alors que la période appelle apaisement et cohésion, les orientations gouvernementales nous projettent à l’inverse dans un abîme d’arbitraire, de stigmatisation et de précarisation accrue de nombreuses personnes étrangères ; des mécanismes qui ont toujours fait le lit des ressentiments et de la violence ».
De la circulaire à la loi ; puis de nouveau une circulaire ?
L’article 3 du projet de loi est devenu fameux par la place qu’il occupe dans les polémiques, article censé faciliter la régularisation administrative de personnes qui travaillent déjà. Cet article vise à instaurer un titre de séjour pour le travail dans les métiers dits en tension, valable un an seulement, renouvelable, et soumis à des critères stricts (8 fiches de paie et trois ans sur le territoire). La liste des « métiers en tension » reste arbitraire, soumise à révision régulière. Cette régularisation administrative potentielle assigne les travailleurs immigrés à leur utilité économique. Pas très humaniste.
Mais ce titre de séjour serait de plein droit. Un travailleur pourrait en faire la demande directement, sans passer par un patron, et sans être totalement soumis à l’arbitraire d’un préfet. Logiquement, l’ouverture d’un tel droit est une opportunité réelle, et donc un espoir, pour toutes les personnes dans cette situation. Il est donc impossible pour les associations de solidarités de s’y opposer frontalement, malgré les limites de cet article 3.
C’est ce qu’exprime très bien Marie Cosnay dans un entretien pour Libération le 3 novembre :
« Pour ma part, je soutiendrai cette mesure pour une raison simple : tous les gens sans papiers que je connais souhaitent qu’elle passe. De toute façon, ils travaillent déjà. Ils le font en se débrouillant, et les entreprises qui les emploient se débrouillent aussi. Quitter cette hypocrisie pour régulariser les travailleurs nous rendrait moins fous et donnerait des droits, même provisoires, en termes de santé et d’accès à des aides aux étrangers concernés. Bien sûr, ce n’est pas la mesure idéale à laquelle nous aspirons. Mais elle produirait quelques gains, et, personnellement, je ne m’autoriserais pas le luxe de les laisser de côté ».
Cet article 3 prendrait la suite de la « circulaire Valls », qui permettait depuis 2012 cette régularisation par le travail, tout en la soumettant à l’arbitraire des préfets et au bon vouloir des patrons qui, en faisant la demande pour leur ouvrier, reconnaissait par là même être dans l’illégalité et devaient payer une taxe spéciale. Malgré tout, au titre de cette circulaire, autour de 30 000 régularisations étaient faites chaque année.
Dans la chasse aux voix de droite pour faire passer sa loi à l’Assemblée nationale, Darmanin et le Gouvernement semblent prêts à abandonner la loi pour une nouvelle circulaire (et donc le rétablissement de l’arbitraire préfectoral) sur la régularisation par le travail : de la circulaire Valls à la circulaire Darmanin.
Le travail est un droit, le travail donne des droits
A Pays basque, un Collectif est né fin 2021 sur les problématiques de régularisation par le travail et l’application, ou la non-application, de la circulaire Valls au gré des préfets (Landes et Pyrénées Altlantiques) et de leurs mutations. Pour faire face aussi à la complexification des procédures.
Le Collectif est composé d’Etorkinekin Diakite et de la Cimade d’une part, et des syndicats LAB, CFDT, CGT-construction, FSU et Solidaires de l’autre. Des avocats y participent, et un lien est établi avec l’inspection du travail.
Il a déjà une longue histoire. Il a tenu une conférence de presse en mai 2022 sur cette situation, puis a organisé le 28 janvier dernier un forum-débat avec de nombr-eux-euses intervenant.e.s et près de 200 participants dans les locaux de l’Université à Bayonne.
Il a mis en place à la rentrée de septembre une permanence unitaire, dans les locaux d’Etorkinekin à Bayonne pour écouter et aider les salarié.e.s à connaître et, si nécessaire à faire valoir, leurs droits ou à constituer leur dossier de régularisation. Cette permanence est gratuite et confidentielle. Pour venir à la permanence, il faut prendre rendez-vous, par téléphone (07 45 24 47 65) ou par courriel (emploietrangers@gmail.com). Alors, lectrices et lecteurs de ce billet, si vous avez connaissance d’une telle situation, vous pouvez aider à mettre en lien vers cette permanence.
Le Collectif a organisé le 24 octobre à Bayonne un nouveau débat sur la loi Darmanin et la régularisation par le travail, avec la projection du film « Premier de corvée ». Une centaine de participants ont pu échanger (à distance) avec Julia Pascual, journaliste au Monde et coréalisatrice du film.
Devant le fort durcissement de la législation répressive qui se profile avec la loi Darmanin, le Collectif élargit ses objectifs : Détecter et aider les régularisations potentielles, individuelles ou collectives – contre la surexploitation, le respect du droit du travail pour les travailleurs migrants sans papiers ou en statut précaire – veille sur la situation locale, repérer les abus et les documenter.
Quel que soit l’issue finale, article 3 de la loi pour ouvrir un droit, ou circulaire qui maintienne l’arbitraire préfectoral, le Collectif ne manquera pas de travail.
Les 15-17 septembre, c’était la 9e édition du festival Climax à Darwin (Bordeaux) qui, après « Les Résistantes » au Larzac, s’est placé cette année sous la bannière « Resist ». Comme toujours, il a revisité les thèmes essentiels de l’écologie avec une focale spécifique sur les peuples autochtones et ce qu’on peut apprendre d’eux : Resist. Il s’est terminé par un appel urgent de Raoni contre la remise en cause de leurs terres par le parlement brésilien.
Tables rondes et conférences dans la journée, concerts le soir, un « village des activistes » avec une trentaine d’associations, il y en a pour tous publics à Climax pendant 3 jours.
Ce serait trop long de parler en détails des sujets débattus. Je vais me concentrer sur 3 moments forts ou plus originaux, et donc juste mentionner les autres thèmes qui furent abordés : climat et migrations, dont une table ronde avec SOS Méditerranée et une conférence de François Gemenne ; Ecologie radicale et désobéissance civile avec Greenpeace et les Soulèvements de la terre ; une table ronde sur « la résistance en héritage » avec de très nombreux invités (voir la photo) ; une table ronde « Resisters, alliances sororales pour la défense du vivant » ; et un « stand up » de Paul Watson (la séance la plus suivie, avec plusieurs centaines de participants), mis à l’écart de Sea-Sheperd global, mais toujours soutenu par la branche française (la plus nombreuse).
(tribune pour le débat « la résistance en héritage »)
En complément du festival, a été organisée une « marche des fragilités », en solidarité autant avec les espèces en voie d’extinction que les humains en situation d’exclusion. Elle s’est terminée par une offrande à la Garonne pour lui donner une dimension spirituelle.
L’appel de Raoni pour les droits fonciers des peuples indigènes
(Raoni lors de la séance d’ouverture)
Commençons donc par la fin. Depuis l’époque Bolsonaro, le lobby agro-industriel et les parlementaires de droite et l’extrême-droite essaient de détricoter le processus de démarcation des terres indigènes, datant de la constitution post-dictature. Sur ces terres, il y a reconnaissance des droits fonciers historiques de ces peuples, ce qui va avec de nombreuses mesures de protection des terres.
La loi que la droite et l’extrême-droite est en train de faire voter, dite « seuil temporel » (« marco temporal ») est de limiter dans le temps cette démarcation aux peuples qui le réclamaient déjà avant la constitution de 1988. Cette loi comporte aussi d’autres mesures tout aussi régressives.
Droite et extrême-droite sont assurées de la majorité dans les deux chambres au Brésil. Tout ce que peut faire Sonia Guajajara, la ministre indigène, c’est de retarder les votes pour laisser le temps au tribunal supérieur fédéral de se prononcer sur le projet de loi, et, sinon le rejeter, du moins en enlever les aspects les plus dangereux.
Par hasard, la question générale des droits fonciers des peuples indigènes s’est invitée à Bruxelles, où est débattue une directive sur « le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité », qui devait inclure une référence aux droits fonciers des peuples indigènes et à la déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones (septembre 2007).
Problème : l’État français refuse la reconnaissance de droits fonciers spécifiques pour les peuples indigènes sur son territoire, dont la Guyane, au nom de l’égalité entre tous les citoyens. Une partie de la Commission Européenne veut retirer la référence aux peuples indigènes. Macron est devant une belle contradiction : soutenir les droits des peuples indigènes en Amazonie, sauf en Guyane…
Un nouveau thème : l’écologie décoloniale
Pour la première fois, je crois, le thème de l’écologie décoloniale a fait l’objet d’un débat, avec Soraya Fettih (350.org) et Karfa Sira Diallo (Mémoires et Partages).
Dans cette table ronde intitulée « écologie décoloniale : pour refaire un monde commun », il a été beaucoup question des origines coloniales du conservationnisme, mais aussi de l’actualité de l’héritage colonial dans une affaire comme celle du chlordécone aux Antilles, et plus globalement sur les relations entre écologie et colonialité (c’est-à-dire la persistance des schémas de pensée, des relations économiques et des dominations héritées de la période coloniale), avec une référence constante au livre de Malcom Ferdinand, « Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen » (2019).
Karfa Sira Diallo, Bordelais, élu au Conseil régional avec EELV, est connu pour son travail sur la mémoire de l’esclavage, en particulier sur le passé négrier de nombreux ports français de la côte Atlantique. Il organise régulièrement des parcours sur ce sujet à Bordeaux, mais aussi à Bayonne comme encore ce dimanche 17 lors des journées du patrimoine. https://memoiresetpartages.com/
Soraya Fettih est principalement intervenue sur le projet EACOP, ce projet dévastateur d’exploitation pétrolière et d’oléoduc de Total en Tanzanie et Ouganda, contre lequel se battent les populations locales et des ONG. Voir cette lutte :
On peut rattacher au thème de la colonialité la conférence que devait donner Fatima Ouassak, intitulée « écologie pirate et quartiers populaires ». Elle est fondatrice du « Front des mères », mais surtout, dans le quartier La Noue entre Montreuil et Bagnolet, elle est à l’origine de Verdragon, une « maison de l’écologie populaire », qui est un lieu-repère sur l’alimentation, l’école, la solidarité, les enfants, dans un quartier populaire. Elle a récemment publié « Pour une écologie pirate ». Ayant dû se décommander, elle a été remplacée par un petit film sur la fête des enfants pirates de Verdragon.
Résister au désastre ? Faire alliance avec le vivant et ses gardiens
Cette table ronde fut le moment le plus étrange de Climax. Elle accueillait des chamanes, Lena Creus (Sami, Suède), Moira Mellon (Mapuche, Argentine), la Cacique Tanone et Ururay (Kariri Xoco, Brésil) ; Franck Desplanques, photographe et journaliste (spécialiste des peuples de Sibérie) ; et… Marie Toussaint, juriste, députée écologiste européenne, initiatrice de « Notre affaire à tous » (Bordeaux).
La table ronde était ainsi présentée :
« La crise écologique contemporaine est une crise de l’économie extractiviste. C’est aussi une crise des diversités du monde vivant autant qu’une crise de nos relations au vivant lui-même.
Ces situations de crise peuvent être appréhendées comme des des opportunités de voir autrement ce qui nous entoure. Des formes de relation au monde qui avaient été passées sous silence ou écrasées resurgissent comme des voies de passage possibles.
Les peuples premiers, gardiens et gardiennes de sites sacrés et des savoirs ancestraux, savent que la terre ne s’est pas tue, les esprits de la terre, les esprits de l’eau, de l’air, du feu sont en colère quand les humains ne respectent pas les lois d’équilibre qui sont à la fois sociales, environnementales, cosmologiques et spirituelles. Des siècles de discriminations, de colonisation et de spoliations ont poussé ces communautés autochtones à travers le monde à s’engager dans une lutte pour faire respecter leurs droits, défendre leurs territoires, leurs cultures, leurs identités.
Du chamanisme, aux rêves et rites totémiques, des luttes pour des droits à la terre aux pratiques visant à devenir territoire autonome pour résister à l’accélération des politiques prédatrices, Ils nous laissent entrevoir une multitude d’initiatives porteuses d’un même engagement : prendre soin de nos existences humaines et non humaines et défendre le vivant en résistant contre la destruction des milieux de vie, rivières, forêts …Des cosmologies qui ne sont pas seulement des visions mais des pratiques pour la résistance et l’action. »
Le droit est-il un chamanisme occidental ? Plus prosaïquement, Marie Toussaint était appelée à intervenir sur le rôle croissant du droit dans la protection de l’environnement, et de la reconnaissance de fleuves ou forêts comme sujets de droit. En Nouvelle Zélande, Equateur, mais aussi en Corse, sans oublier les demandes en cours pour la Loire et la Garonne.
(inter) Darwin en situation précaire
Dans la table ronde « Sous le béton, la terre », Philippe Barre, fondateur de l’écosystème Darwin, a rappelé que la situation du lieu était toujours précaire. Il se situe dans une ZAC pilotée par Bordeaux Métropole Aménagement (BMA). Une occupation précaire avait été accordée par Juppé il y a plusieurs années dans cette ancienne caserne Niel. Depuis, le béton de l’écoquartier n’en finit pas de couler, à gauche, à droite, et en arrière du site. Darwin avait pu acheter une première parcelle (le long du quai), mais cela en était resté là.
Les négociations avec la mairie EELV de Bordeaux ont abouti en décembre 2022, avec la constitution d’une co-société entre la Ville et Darwin pour acquérir la parcelle limitrophe, et la sortir de la ZAC. Le processus est en cours. Par contre, Marignan, qui construit sur la ZAC pour BMA, n’a pas voulu lâcher prise sur la parcelle suivante, où Darwin avait aussi des activités. Elle a acquis (notamment) cette parcelle en septembre 2022, et procéder à la destruction des bâtiements qui s’y trouvaient l’été dernier, malgré une procédure en référé de Darwin.
La réduction de l’espace accordé à Darwin est visible depuis ma première visite en 2019. L’objectif de BMA / Marignan semble être d’étouffer Darwin au milieu d’un écoquartier privé pour en diminuer le pouvoir d’attraction : c’est un des lieux les plus visités de Bordeaux.
La ferme Olha occupée à Senpere depuis le mardi 27 juin
La ferme comporte une maison et 50 ha, partie en prairie et partie boisée, avec 6 ha de terres agricoles. La vente se fait au prix de 1,3 millions d’euros. La SAFER a proposé une préemption partielle pour 220 000 euros de la partie agricole. Vendeur et acheteur sont près à l’accepter, à condition que le prix soit maintenu pour la seule maison et les terrains non-agricoles. Condition qui, selon la SAFER contribuerait à la hausse exponentielle des terres agricoles au Pays basque
(photo Ostia)
L’occupation est soutenu par le collectif Lurzaindia et le syndicat paysan ELB (relai de la Confédération paysanne).
Le collectif Ostia, à l’origine de l’occupation, s’est constitué lors de l’occupation d’une ferme à Arbonne, chemin de Berrueta, l’été 2021, qui avait abouti à ce que la vente spéculative soit cassée, au bout de près de 3 mois d’occupation. Lurzaindia et ELB en étaient acteurs aussi.
En octobre 2022, 800 personnes et 600 tracteurs avaient manifesté contre un projet immobilier de Bouygues sur des terres agricoles.
Ostia est aussi présent en zone urbaine : occupation pendant une semaine d’une villa construite par le promoteur Alday à Anglet en juillet 2022. Il avait apporté récemment son soutien à l’occupation d’un immeuble vide rue Sainte Ursule à Bayonne par les jeunes de Mauritzia
De fait, il est le correspondant local des Soulèvements de la Terre. Il est à l’origine de toutes les rassemblements de solidarité devant la sous-préfecture de Bayonne, avant et après la dissolution.
(photo Patxi Beltzaiz)
Le rassemblement du 28 juin, initialement prévu devant la sous-préfecture, comme les 150 autres mobilisations de ce jour dans l’hexagone, avait été déplacé sur le lieu de l’occupation.
(photo Ostia)
Le 29, un rassemblement a eu lieu à Donibarne, devant la Maison Adam (célèbre pour ses macarons), qui avait baissé le rideau dès 18h pour ne pas voir les manifestants. Les propriétaires en sont la famille Teilleria, acheteur dans cette opération. Des notables basques pris la main dans la spéculation. Ostia appelle au boycott de la Maison Adam.
(photo rassemblement Donibarne)
L’occupation continue, notre soutien est indispensable. La ferme est près du lac de Saint Pée sur Nivelle (Senpere), 1420 chemin Zukaizti.