Noël à Bayonne: le pataquès des lanternes

On invoquera sans doute la poisse (les intempéries). Mais le chaos qui a régné à Bayonne le samedi 9 décembre à l’occasion d’un lancer de lanternes avorté est devenu la règle des fêtes à Bayonne, du jambon à Pâques, l’été et maintenant à Noël. L’alcoolisation en moins il est vrai.

La folle journée des lanternes

Malgré la pluie et les rafales de vent, la vente des lanternes avait débuté en début d’après-midi. Des queues de plusieurs centaines de mètres s’étaient formées pour en acheter. Devant la détérioration des conditions atmosphériques, le lancer prévu en début de soirée sur la Nive a été annulé par la Ville. Ce qui n’a pas empêché nombre des acheteurs (au prix de 8 euros, avec 2 places pour la grand roue dans le pack) à les utiliser, et on a pu les voir s’élever dans le ciel de Bayonne.

La Ville a d’abord annoncé le report du lancer au lendemain, dimanche. Avant de l’annuler complètement. Le deuxième lancer, prévu pour le samedi 16 devrait avoir lieu normalement, le temps annoncé s’y prêtant.

Le chaos s’est prolongé, en raison du temps, le jour suivant avec l’annulation d’animations et l’arrêt de la grand roue.

Saturation

Avant de se manifester par la foule dans les rues totalement congestionnées du centre de Bayonne, la saturation s’était traduite le samedi tôt le matin par les kilomètres de bouchon à la frontière franco-espagnole à l’entrée en Iparalde, La veille déjà, les camping-cars étaient nombreux à différents endroits de la ville.

Les déplacements « doux » étaient les plus touchés, y compris aux abords du centre : bus embouteillés, vélos bloqués, piétons en pleine cohue,…

Les rues du centre étaient aussi saturées que pendant les Fêtes estivales. Il faut dire que la communication de la Ville avait particulièrement ciblé nos voisins du sud,et que ce lâcher coïncidait (une hasard ? Une volonté touristique délibérée ?) avec la semaine de l’Immaculée-Conception espagnole, qui donne aux voisins le temps de flâner en force entre Nive et Adour.

La pluie s’aggravant en fin d’après-midi, la foule s’est réfugiée à l’abri devant les commerces, voire à l’intérieur comme aux Halles, les paralysant complètement. Comme l’ont souligné des commerçants interrogés par Sud Ouest « On ne peut pas ignorer que la fréquentation des animations de Noël augmente de façon exponentielle d’année en année. Le problème, c’est que quand c’est bouché, rien ne se passe ».

Le responsable de la librairie Elkar, proche de la Cathédrale, souligne un paradoxe : même ceux qui en vivent en viennent à se plaindre du trop grand nombre de visiteurs. « Pour quelques-uns d’entre nous, c’est une journée perdue. Les rues saturées et les problèmes de circulation et de parking poussent nos clients habituels du week-end à reporter leur venue » (Sud Ouest).

Paroles d’habitants

Sud Ouest a recueilli quelques réactions :« Je ne pensais pas qu’ils avaient autant avancé les dates de la Foire au jambon », une allusion à la toute récente annonce municipale, qui consiste en réalité à les reculer du 4 au dimanche 7 avril, pour éviter le week-end de Pâques et en contenir la fréquentation.

Une dame s’éberlue en français : « Non mais c’est pour les lanternes tout ce monde ? Il faut être taré. » Un autre, au téléphone : « Ne venez pas, c’est n’importe quoi, je rentre. » À qui s’adresse-t-il ? « A ma femme et ma fille », lâche le Bayonnais. « Elles voulaient venir, mais ce n’est même plus plaisant ».

Place des Basques, une habitante de 83 ans peste contre « le grand bazar » : « Il y a du bruit, des gens qui urinent, des poubelles renversées. Les Bayonnais vont devoir partir à chaque fête ? »

Au Conseil municipal du 14 décembre

capture d’écran le 14.12.23

Le report, puis l’annulation du lancer du samedi 9, l’annulation d’animations, la non maîtrise de la foule, tout cela relève d’un manque d’anticipation des effets d’une com’ disproportionnée, et d’une déficience dans l’organisation. La municipalité a donné l’impression de naviguer à vue.

Cette question de la sur-fréquentation non-maîtrisée, pour cette journée du 9, comme à d’autres occasions, a été une fois de plus soulevée par les élu.e.s d’opposition, lors du conseil municipal du 14 septembre, en piratant une délibération modificative budgétaire concernant les Fêtes.

Jean-Mac Abadie, pour Demain Bayonne, a notamment regretté « L’autosatisfaction de certains responsables en matière de fréquentation record, qui est vécue comme un manque de respect par de nombreux Bayonnais et parties prenantes (associations, commerçants, personnels municipaux…) qui souhaiteraient simplement être écoutés et entendus au titre d’acteurs de leur ville ». Il a appelé la Ville à revoir sa communication pour maîtriser les flux touristiques.

L’absence de réelle concertation, le saucissonnage entre les différentes fêtes et entre les interlocuteurs a une nouvelle fois été soulignée

Ce à quoi le maire a répondu en affirmant « on travaille sur le sujet », on discute avec le Collectif 2032, « une génération spontanée de citoyens acteurs des Fêtes ». Et a osé disqualifier le Conseil municipal comme un cercle retreint » pour ces débats.

L’adjoint aux Fêtes récidive

capture d’écran

Le modèle des Fêtes estivales est reproduit à l’identique pour les autres. Un marketing territorial agressif, qu’on peut aussi appeler réclame, voire propagande, pour attirer les touristes. Avec, au programme, un empilement d’animations les plus diverses, certaines ciblant des publics spécifiques. Chacun.e peut y trouver son compte, et y trouverait davantage son plaisir si la cohue était moindre. Et la sécurité assurée.

Yves Ugalde, l’adjoint à la culture, aussi en charge des animations et grands événements, s’était fait remarqué par son déni de l’ampleur des problèmes rencontrés lors de l’édition 2023 des Fêtes de Bayonne (voir le billet « qui veut tuer les Fêtes (1) »).

Si l’on en croit Sud Ouest, il récidive en louant l’attractivité de Bayonne, et prend comme contre exemple les centres désertés dans d’autres villes moyennes. Tout au plus reconnaît-il : « En tout cas réfléchir à un étalement des animations, déconcentrer ». Même modèle que les Fêtes estivales, même fausse solution pour éviter de poser le problème de la sur-fréquentation.

Il y voit « une nouvelle preuve du magnétisme de Bayonne ». « C’est un phénomène que l’on peut constater à Jean-Dauger, à la Foire au jambon, en bien des moments qu’offre notre ville. Nous avons cette attractivité et une adéquation entre un patrimoine et ce que nous y proposons. » Il loue « une certaine authenticité ».

Fuite en avant

Yves Ugalde traduit fidèlement le modèle défini par le maire de Bayonne dans l’édito dans la plaquette de pub pour les fêtes de noël : « Grâce à un florilège d’animations, Noël reste un rendez-vous festif, culturel, commercial incontournable à destination tant des habitants que des visiteurs ». La politique commerciale et touristique qui s’appliquait aux Fêtes de Bayonne s’étend désormais à celles de Noël. On a pu le vérifier.

Quand la municipalité entendra-t-elle les habitant.e.s ? Quand s’arrêtera cette fuite en avant suicidaire pour la ville ?

Patrick Petitjean, le 15 décembre 2023

Les citations de Sud Ouest sont extraites d’un article de Pierre Penin, le 10/12, titré « la folie des lanternes »

Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (3) : Changer de modèle. Ou pas.

(l’An01 de Gébé est paru en 1970 en série dans Politique Hebdo, puis en film et en BD)

Le Collectif 2032 vient de présenter ses 10 propositions au maire. Au même moment, EELV-LE (Bayonne) a rendu publique une tribune prônant une démarche radicale : faire de 2024 une « année blanche » pour laisser aux habitant.e.s le temps de prendre la parole à travers une « convention citoyenne ». Faire des ajustements ou changer de modèle ? Tel est le dilemme soulevé par ces deux démarches.

Fêtes de Bayonne, pour une année blanche

La tribune de EELV-LE

Que reste-t-il de nos grandes Fêtes populaires que nous avons connues ? La course à la fréquentation, la volonté de faire « davantage » que les villes voisines (concurrentes dans l’attractivité touristique), nous conduisent dans le mur, à l’instar de l’édition 2023.

Les Bayonnaises et les Bayonnais aiment les bandas, les penas, le corso, la musique vivante, les cultures basques et gasconnes. Le plaisir de se retrouver ensemble. On aimait leur dimension humaine, aujourd’hui perdue.

Les Fêtes de Bayonne doivent être sauvées, nous, écologistes, y sommes attaché.e.s.

2012

Excédés donc motivés

Aujourd’hui, les Fêtes vont dans le mur : violences, alcoolisation massive, drogues dures, atmosphère machiste, la ville comme toilette publique, la saleté partout. Si les penas permettent un entre soi plus sécurisant, d’autres habitants fuient la ville.

Des habitant.e.s excédé.e.s, mais qui s’emparent du problème, notamment à travers le collectif 2023 et la pétition de « citoyens bayonnais » demandant de repenser les Fêtes en profondeur, sans se limiter à des ajustements de détails, et à faire appel aux habitants. Toutes et tous refusent leur caractère de plus en plus commercial.

2012

Déni et fuite en avant

Le bilan officiel présenté est surréaliste. Il se veut basé sur des « faits et chiffres », sans doute en opposition à la subjectivité des critiques. Tout est à la hausse (on s’en douterait), mais tout s’est quand même bien passé pour la sécurité, les secours, la prévention, l’hygiène et la propreté. Les spectacles et animations, la musique vivante ont été des gros succès. La mort de Patrice Lanies, les violences multiples et sexistes, et l’impact environnemental n’existent pas dans ce bilan.

Si l’augmentation de la fréquentation est reconnue (+ 20% depuis 2019), elle n’est pas vue comme un problème en soi, pour ne pas remettre en cause le marketing territorial, dont le sur-tourisme est une autre conséquence.

Face à cela, il est proposé une extension du périmètre, source inévitable d’une nouvelle augmentation, ou encore un simple changement de dates. Rien qui ne puisse changer la trajectoire « toujours plus » des fêtes, à l’inverse d’une décroissance nécessaire.

2012

Une année blanche en 2024 pour donner la parole aux habitants

On arrête tout, on réfléchit, comme disait Gébé en 1970.

Pour prendre le temps d’élaborer un nouveau modèle de Fêtes populaires, nous n’aurons pas trop d’une année blanche. Elle permettra aussi de « faire choc » pour tenter de dégonfler la participation sans avoir à compter sur l’image négative de l’édition 2023 dans la presse nationale.

On ne saurait se contenter des « consultations » faites à la va-vite par la municipalité auprès des acteurs (économiques pour la plupart) des Fêtes de la commission extra-municipale des Fêtes (les mêmes plus des élus), à peine élargies aux quelques représentants des Conseils de Quartier.

Une « Convention citoyenne pour les Fêtes de Bayonne », sur le modèle de la Convention pour le climat : son travail s’étalerait sur l’année, avec tirage au sort d’habitant.e.s, leur formation, l’audition de scientifiques (sociologues notamment) sur les problèmes soulevés.Tous les aspects des Fêtes y seront examinés, et des alternatives proposées pour les changer en profondeur, leur redonner un sens et un caractère populaire.

Sans exclure une fête en 2024 (sur une journée) pour la conclusion des travaux et la présentation des grandes lignes de l’édition 2025…

Sophie Bussière, Conseillère régionale de Nouvelle Aquitaine & Porte-parole EELV-Les Ecologistes

Mixel Esteban, Conseiller municipal de Bayonne et Conseiller communautaire CAPB

Les adhérent.e.s EELV-Les Ecologistes de Bayonne

2013

Une « année blanche » : un choc nécessaire

Les dérives des Fêtes de Bayonne ne sont pas nouvelles. Cela fait plusieurs années que l’ambiance devenait délétère. Les affichettes contre les violences sexistes, la recherche de zones « safe » par les participants, en témoignent. Les viols, les morts collatérales (accidents de la route, prises de substances) ont déjà existé. Ce qui s’est passé en 2023 n’est pas une surprise, mais un changement de nature, avec la mort de Patrice Lanies. 2023 a été l’année de tous les excès, ce devrait être un point de non-retour.

On aurait pu profiter de la parenthèse des non-fêtes dues au covid pour réfléchir avec les habitants à les reprendre en mains. Mais au lieu de cela, c’est le « business as usual » qui a repris ses droits en 2022 et 2023.

L’« année blanche », c’est donc cela : un choc à la hauteur de ce qui s’est passé.

Et aussi casser la spirale de la surfréquentation.

Et enfin, et surtout, prendre le temps pour que les habitants.e.s s’emparent de l’impasse des Fêtes actuelles, et proposent un nouveau modèle.

C’est tout cela que la municipalité cherche à étouffer : tirer un véritable bilan « politique » du modèle actuel, traiter la surfréquentation à sa racine, et faire confiance aux habitants.

Le débat annoncé pour le 4 décembre au conseil municipal a été supprimé. Mais soyons sûrs que lors du prochain conseil municipal le 14 décembre, le débat resurgira à l’occasion d’une délibération sur le budget des Fêtes

Les propositions du Collectif 2032

Comme annoncé au moment de sa création fin septembre, le Collectif a remis début décembre ses propositions « concrètes » au maire. Voulant léguer aux générations futures des Fêtes « pleinement améliorées » il indiquait « Nous voulons contribuer à apaiser la rue, à mettre les habitants et la culture locale aux coeur des festivités, à responsabiliser les festayres et réduire l’impact écologique des Fêtes ». A tort ou à raison, il s’en est strictement tenu à ce programme.

2014

Parmi les propositions

Elles sont au nombre de 10, à mettre en œuvre dès 2024.

En premier lieu, pour apaiser la rue, « une application des Fêtes pour communiquer, alerter, prévenir, orienter », c’est-à-dire un outil pour mettre en lien les acteurs des Fêtes, les aider à réagir « en cas d’incident et se coordonner avec le PC sécurité ». Une proposition particulièrement poussée par le représentant de l’UMIH (Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie » et par les Penas (le GAB, Groupement des Associations bayonnaises).

Puis, le développement des campagnes de prévention, avec un « protocole reconnu de tous ». Et, à la suggestion du Gaztetxe Zizpa, un objectif particulier avec les lieux de vie des jeunes, universités et établissements scolaires.

Ensuite, le déplacement de la fête foraine vers le Champ de Foire, une option déjà envisagée par la mairie, et poussée depuis plusieurs années par l’association « Carré des résidents » (Petit Bayonne), mais rejetée par les forains eux-mêmes.

2011

Et encore, une « expérimentation » : l’« absence de sonorisation extérieure » le jeudi 11 juillet 2024 jusqu’à 15h, ce qui semble avoir laissé sceptique le journaliste de Sud Ouest qui a fait le compte-rendu de la conférence de presse.

S’y ajoute la volonté de mettre en valeur la musique vivante (NDR : un souhait consensuel), « mieux répartie dans l’espace ».

Pour le « plus » écolo, le Collectif propose une amélioration de la collecte des déchets et la lutte contre les mictions sauvages (NDR : toujours très consensuel).

Plusieurs associations du Collectif sont déjà membres de la « commission extra-municipale des Fêtes ». La proposition est de réserver 4 sièges pour les jeunes dans cette instance (NDR : ce serait un progrès)

Enfin, il n’est pas favorable au changement de date des Fêtes, 2024 devant rester l’exception.

Les propositions semblent épouser les préoccupations sectorielles des membres du collectif, qui a reconnu lors de la présentation des propositions être formé de « groupes d’intérêts divergents ». Chaque groupe trouve son compte dans au moins une proposition.

Décevant

On pouvait attendre mieux du Collectif 2032, compte tenu de certains de ses membres, et au vu du développement des débats en octobre-novembre. L’UMIH semble avoir donner le là, dans la défense d’un modèle commercial.

On a malheureusement l’impression d’un « pschitt » : pas question d’un nouveau modèle (hormis des généralités sur la musique vivante) ; aucune remise en cause de la course à la fréquentation ; la consultation des habitants a disparu. On est dans l’entre-soi des acteurs économiques des Fêtes.

De manière étonnante EH Bai a apporté son soutien à ces propositions, alors qu’il avait appelé en octobre à « remettre en cause le modèle dans sa globalité » et avait refusé de « cautionner le modèle festif » actuel.

Il faut rappeler aussi que la pétition de « citoyens bayonnais », massivement signée, appelait à repenser le modèle en profondeur » et une « consultation des habitants sur tous les aspects ». Les propositions du Collectif 2032 en sont loin, hélas.

Ce n’est qu’un début, le combat continue pour que les Fêtes redeviennent populaires, des Fêtes citoyennes des habitants et habitantes de Bayonne.

Patrick Petitjean, 7 décembre 2023,

en remerciant Xan Ansalas pour ses photos

Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (2) Constats non partagés

2012

A la parole des habitants qui se libère, la municipalité répond par son « bilan partagé »des Fêtes : tout s’est bien passé, mieux qu’en 2022. Un bilan « technique », sans questionnement sur le modèle. Et pire, sans même un mot sur la mort de Patrice Lanies. Une attitude qui n’est pas passée auprès de son frère Pascal, interrogé par Sud Ouest ce 30 novembre. Deuxième volet sur les fêtes de Bayonne.

La nécessité d’une refondation des Fêtes

Un débat qui devient public en septembre

Le débat sur les Fêtes émerge des réseaux sociaux en septembre quand Sud-Ouest (édition Pays basque), consacre une double page le 9 septembre à des réactions de différentes personnalités : le président de la pena Haiz Egoa, le porte-parole de l’assemblée des jeunes de Bayonne (et promoteur des Fêtes alternatives), des élu.e.s de l’opposition. Réactions auxquelles le maire et ses adjoints ont pu répondre dans une autre double page le lendemain : voir le premier volet de cette série sur les Fêtes.

2012

Sur-fréquentation dangereuse, comportements irrespectueux devenus omniprésents, tabassage à mort de Patrice Lanies, glissement mercantile, sont les principales critiques faites, conduisant certains à réclamer un « tournant radical ». Le journaliste parle même d’« exaspération viscérale ».

L’empilement d’activités, animations et spectacles, sans logique ni sens, à seul fin de « faire du chiffre » de fréquentation, fait disparaître la magie potentielle de la fête. Pour la retrouver, il faut se réfugier dans les endroits « safe », notamment les penas.

La sur-fréquentation est mise en cause, tant en matière de sécurité (la congestion des lieux) que de développement d’une alcoolisation massive, elle-même source de dérives violentes (agressions, viols, meurtre de Patrice Lanies, autres décès liés aux Fêtes,…). La dérive mercantile est particulièrement soulignée par les élu.e.s, avec la flambée de certains prix : « les Fêtes sont devenues une machine à cash ».

Pour diminuer la densité humaine, ce sont principalement des solutions techniques qui sont mises en avant : changement des dates, élargissement du périmètre, en phase avec la municipalité. Le président de la pena y ajoute la suppression des comptoirs extérieurs : les cafetiers font 40 % de leurs recettes annuelles au moment des Fêtes. Une solution technique qui met cependant en cause la dérive commerciale.

Au-delà, faut-il remettre en cause le contenu, voir globalement le modèle des Fêtes ? L’assemblée des jeunes est celle qui va le plus loin, en dénonçant les choix politiques et la « folie des grandeurs » de la ville, avec les campagnes de pubs dans le métro parisien. Elle revendique des Fêtes organisées par les citoyen.ne.s de Bayonne à travers le secteur associatif. Mais il y a consensus pour proposer des Fêtes structurées autour de la culture, notamment de la musique vivante, basque et gasconne.

2023

Depuis cet article en septembre, la pression monte sur la municipalité pour un vrai débat sur le bilan et l’avenir des Fêtes. Les critiques se sont amplifiées, avec la création d’un collectif, une pétition, des tribunes politiques.

Collectif 2032

Le« collectif 2032 » (en 2032, on fêtera le centenaire des Fêtes) s’est constitué fin septembre. Il regroupe des acteurs des Fêtes : commerçants et restaurateurs du Petit Bayonne, syndicat patronal UMIH, Gaztetxea, Kasu, Baiona Banda, associations de riverains, Aski, le Groupment des Associations Bayonnaises (GAB, penas), etc. Il y a surtout des acteurs économiques, mais très divers, avec en plus Gaztetxea (l’assemblée de jeunes), et les proches de Patrice Lanies (Aski : ça suffit). Le collectif veut transmettre en 2032 aux nouvelles générations des Fêtes pleinement améliorées. « Nous voulons contribuer à apaiser la rue, à mettre les habitants et la culture locale au coeur des festivités, à responsabiliser les festayres et réduire l’impact écologique des Fêtes ». Le collectif promet des propositions concrètes début décembre, remises au maire, à mettre en place dès 2024 et demande à la ville de Bayonne d’organiser une consultation des habitants dès que possible.

La grande diversité du collectif (12 entités) interroge sur sa capacité à faire émerger un réel changement. A suivre quand ses propositions seront formulées.

Pétition

Plus offensive est une pétition de « citoyens bayonnais », lancée le 25 septembre. Elle compte 1673 signataires au 27 novembre, et on peut toujours la signer : https://www.change.org/p/f%C3%AAtes-de-bayonne-nous-souhaitons-une-consultation-des-habitant-e-s-mettons-les-habitants-au-c%C5%93ur-des-festivit%C3%A9s-signez-la-p%C3%A9tition-et-partagez-svp

Elle estime que le bilan des Fêtes est « trop lourd » et n’est « pas acceptable plus longtemps ». Il n’est plus suffisant d’ajuster quelques détails et de prendre des mesures techniques. L’heure n’est à repenser les Fêtes en profondeur. Consulter la commission extra-municipale des Fêtes et les acteurs habituels ne suffit pas (ce qui est le périmètre restreint retenu par le maire).

Le collectif demande au maire d’organiser une consultation des habitants dans les plus brefs délais, qui devrait traiter de tous les aspects, « dont la sécurité, l’hygiène, l’affluence, les dates, les horaires, les prix, la programmation, la prévention, la place de la langue basque, la participation des habitants et des structures privés, la communication, le transport, le stationnement ou encore la sonorisation ».

2011

Tribunes

Colette Capdevielle (élue socialiste) soulignait en août un nouveau profil (?) de festayres qui ont pour seul objectif de s’enivrer, profitant de ce que les Fêtes soient devenues « une formidable machine à cash ». Elle parlait des « barbares » qui violent et réclamait un bilan « courageux » discuté démocratiquement en dehors des cercles habituels (NDR : On n’en a pas pris le chemin). Elle sacrifiait aussi aux éléments de langage sur les Bayonnais qui ont « le sens de la fête dans leur ADN » et « l’esprit sacré » des Fêtes.

Pour sa part, l’association « Bihar Baiona – Demain Bayonne », qui a 3 élu.e.s au conseil municipal, insistait, fin septembre, sur un point peu présent auparavant, à savoir le caractère payant des Fêtes (pour le regretter), qui n’empêchait pas la sur-fréquentation et alourdissait le coût de la sécurité. Elle participe à la commission extra-municipale des Fêtes, et regrettait que les propositions faites dès 2020 avec les associations bayonnaises pour « une version renouvelée des Fêtes, de leur organisation et de leur gouvernance » soient restées sans suite.

Pendant l’hiver 2022-23, l’association a organisé des ateliers de travail pour définir des « propositions opérationnelles » : « co-construction citoyenne / responsabilité sociale et environnementale » ; « élargissement du périmètre géographique » ; « diffuser, partager la culture de la fête ».

Mais le sur-tourisme n’est pas identifié comme un problème majeur, pas plus que le modèle économique des Fêtes.

2014

De son côté, EH Bai a publié une déclaration sur les Fêtes le 24 octobre d’une tonalité beaucoup plus offensive, s’attaquant au modèle lui-même, cependant que ses propositions restent finalement très modestes.

Selon le parti abertzale, l’édition 2023 a été « celle de tous les excès », et il est impossible de « cautionner le modèle festif promu par la mairie ». Il relie l’« ambiance délétère » directement à la sur-fréquentation. Parmi les propositions jugées importantes : « la décroissance du format des Fêtes, des politiques efficaces contre les violences sexistes, la revalorisation de la culture, la baisse du nombre de déchets produits, la promotion de la langue basque, ou encore l’élargissement à d’autres quartiers ». Et, pour définir ce nouveau modèle, il en appelle aux Bayonnais.e.s et à leurs « initiatives populaires ».

La conclusion mérite d’être reprise en entier « la politique touristique et culturelle de la mairie de Bayonne est, selon nous, à remettre en cause dans sa globalité. Les Fêtes e Bayonne, la foire au jambon ou les lâchers de lanternes sont destinés à installer un tourisme de masse. Ce genre de projet rend impossible la participation des Bayonnais.e.s, il crée de fait un modèle culturel basé sur les retombées économiques, il n’est pas soutenable d’un point de vue écologique, et il aggrave potentiellement la crise du logement ».

Les élu.e.s non-majoritaires

Les trois groupes (BVO, Bihar Baiona et EELV se sont exprimés dans le magazine municipal de septembre, plus ou moins longuement selon l’espace accordé, proportionnel à leur nombre.

BVO a osé le terme « décivilisation » pour parler de la mort de Patrice Lanies et des nombreuses autres incivilités de toutes sortes. La sécurité et l’ambiance sonore sont ses principaux angles de critiques, avec le caractère payant des Fêtes, triplement rejeté : pour son caractère antisocial, pour son assimilation à un passe-droit par des festayres, et comme facteur supplémentaire d’insécurité.

Bihar Baiona a développé les mêmes analyses que dans sa tribune (voir plus haut), en insistant sur la nécessité d’une co-construction des prochaines Fêtes avec les habitants. Refusant aussi le bracelet payant, il a demandé une étude d’impact économique.

EELV a fustigé le déni par le maire et ses adjoints de leurs responsabilités dans les dérives des Fêtes ; il a dénoncé les campagnes de marketing outrancières et le « business de l’alcool éludé par la majorité ». Il a proposé de « se poser et réfléchir. Ensemble les habitants. Et pas un seul quarteron d’élus ». L’avenir des Fêtes passe par « mettre un terme à la mise en vente d’une ville où tout est permis ».

Ces angles d’attaque ont été repris lors du conseil du 19 octobre, profitant d’une délibération sur le paiement des forces de l’ordre (voir billet n°1), notamment le refus du caractère payant des fêtes ou la sécurité devenue ingérable à ce niveau de fréquentation. Et de contester les modalités de débat sur la réforme des Fêtes, où la majorité refuse plus que jamais une réflexion collective.

Pascal Lanies

Dernière intervention dans le débat public, celle de Pascal Lanies, le frère de Patrice, dans Sud Ouest du 30 novembre. Ses mots sont durs, à la mesure de la minimisation et du déni officiel de ce qui a conduit à la mort de son frère. A la mesure aussi d’un sentiment général à l’égard de ce que sont devenues les Fêtes.

Avec des très proches, il a fondé l’association « Aski » (Assez) pour honorer sa mémoire. Une affichette, avec le portrait de Patrice, a été éditée et figure sur nombre de vitrines du centre ville. Il interroge les conditions de prise en charge de son frère, et plus généralement les conditions de sécurité lors des Fêtes. Pour identifier la chaîne de responsabilités, la famille a porté plainte contre X et contre la ville de Bayonne. Elle s’est constituée partie civile.

Surtout, Pascal Lanies s’indigne que certains élus parlent d’« incident » ou d’« accident », et d’entendre qu’on ne peut pas faire de lien entre la mort de Patrice et les Fêtes, que ça aurait pu se passer avant ou après : « ce n’est pas un accident, c’est un meurtre, et il a été commis le soir de l’ouverture des Fêtes ».

2012

Il remet aussi en cause l’organisation des Fêtes. Il a l’impression d’assister à un « concours de la plus grosse affluence » dans l’espace réduit du centre ville, restreint en plus par la prolifération des bars extérieurs. Il pense que les habitants « en ont assez » et trouvent que que les Fêtes ont changé. Il fustige le « « Bayonneland » et refuse que Bayonne devienne « un parc d’attraction où l’on vienne faire ce que l’on ne ferait pas ailleurs« 

Le bilan « partagé » diffusé par le maire

Pascal Lanies avait sans doute eu connaissance de ce bilan officiel : la mort de Patrice a purement et simplement disparu de ce bilan. On ne saurait être davantage dans le déni de ce qui s’est passé lors des Fêtes. Son indignation se justifie pleinement.

Comme annoncé lors du conseil municipal du 19 octobre, le bilan « partagé » des Fêtes 2023, fait par la municipalité et les services, a été présenté à la Commission extra-municipale des Fêtes, aux cafetiers, restaurateurs, penas et forains. Puis le 27 novembre (ou le 25) aux anciens membres des conseils de quartier (dont le mandat vient de s’achever).

Au moment où ce billet est publié, il n’y a pas de compte rendu public de ces réunions. Mais les diapos qui ont introduit ces réunions sont parvenues jusqu’au Piment bayonnais. Toutes sont signées des services, et sûrement validées par le maire.

En liminaire, le bilan insiste sur le fait qu’il s’agit d’« éléments factuels », « chiffrés » : il faut ainsi comprendre qu’ils sont donc incontestables, et loin des réactions subjectives et émotionnelles des habitants. Voici donc quelques chiffres, les grands chapitres présents dans le bilan.

Indicateurs de fréquentation (2 diapos)

Les indicateurs choisis sont tous en forte hausse sur 2022 : téléphones portables, + 19 %; Bus de nuit, + 27 %; trains, +300 %; camping, + 39 % (saturé) ; pass d’entrée, + 18 % (285 600) ; 147 journalistes accrédités, en forte hausse.

Au total, l’estimation officielle est de 1 300 000 participants, en hausse de 20 % sur 2022. Avant le covid, en 2019, elle se montait à 900 000 participants.

Sécurité (4 diapos)

Le dispositif a été amélioré (il est décrit) et s’est avéré efficace

Le périmètre a été saturé au moment de l’ouverture et de la fermeture, ainsi que pour le réveil du roi Léon. Il est reconnu que l’accès des secours et le dégagement des personnes étaient rendus difficiles.

La gare routière (Lesseps) a bien fonctionné, mais la Place des Basques était au-dessus de ses capacités. Les concerts ont été volontairement interrompus à 2h30 pour la desserte des gares.

Malgré la pression « les dispositifs ont tenu bon ».

Il y a eu une activité très dense des services, avec un grand nombre de verbalisations pour stationnement sauvage, mictions publiques et nuisances sonores.

Secours et prévention (2 diapos)

« Un dispositif rodé et efficace ». Complété cette année par une équipe mobile à la gare routière. Il y a eu 1 322 prises en charge nocturne de festayres, en augmentation de 2,8 % sur 2022, moins forte que celle de la participation (NDR : il serait donc malvenu de se plaindre des excès). Il y a eu des moments de forte tension : le secteur Mayou / Victor Hugo au moment des cérémonies, les secteurs Halles, quais de la Nive et Porte d’Espagne tous les soirs.

Pour la prévention, 15 000 éthylotests ont été distribués, des actions de prévention ont eu lieu au camping et des maraudes dans le périmètre, avec une association spécialisée dans la lutte contre les addictions. Le bilan souligne le rôle des 58 penas et des deux points de repos dans le dispositif de prévention.

Hygiène et propreté (2 diapos)

2023

28 blocs sanitaires sur 9 sites, dont 15 urinoirs. Et surtoit 80 nouveaux dispositifs (60 féminins, 10 mixtes et 10 masculins). Au final, 80 m³ d’urine collectés. « Un bilan global satisfaisant », malgré la rémanence importante de l’odeur d’urine

« Propreté, une intervention qui atteint ses limites » : globalement, l’état de la ville a été « très sale cette année » (NDR : les habitants sont d’accord) et les services étaient à la limite de leurs possibilités. « La cohabitation a été compliquée » entre le nettoyage et les livreurs le matin, « en raison de la configuration de la ville ».

2012

Animations culturelles et festives (4 diapos)

« Mise en avant de la musique vivante: bandas, orchestres, choeurs ». 1300 musiciens dans l’espace public, 200 de plus qu’en 2022. Professionnalisation des grandes scènes avec des artistes de renom. Diversité des genres musicaux place de la République.

Penas (avec la sono à l’intérieur) et associations ont joué un « rôle majeur » dans cette mise en avant.

« Succès de toutes les animations », avec mention des animations portées par les penas : la foulée du festayre (10 500 participants) et la Nive en fête (200 participants). Mais le plus gros succès est celui de la course de vaches : 17 000 entrées, 3 000 de plus qu’en 2022, la place Paul-Bert devenant trop petite.

Succès aussi pour tous les spectacles, dont la journée des enfants, le festival de la force basque (12 000 participants), les manifestations sur l’eau et le « très beau corso ». Et en bas de cette diapo, un « NB : beau succès populaire des corridas »

Transports et stationnement (2 diapos)

Le parking et les espaces publics ont été saturés, la pression du stationnement sauvage a été énorme. Le parking des Fêtes a été saturé, avec 19 454 clients au lieu de 18 599 en 2022. Une offre renforcée, avec 3 parkings a été mise en place pour les vélos et les deux-roues.

En ce qui concerne l’offre de transports publics, il y a eu 210 000 voyages entre 20h30 et 4h en 5 jours, en hausse de 37 % sur 2022. Txiktxak proposait cette année un forfait pour les 5 jours des Fêtes, qui a connu « un vif succès », avec 18 500 vendus et 2 500 gratuits.

budget

Les recettes / dépenses confirment que la sécurité / secours représentent plus de la moitié des dépenses, et les animations 25% seulement.

capture d’écran

Un bilan surréaliste

Des chiffres, cela permet de tenir à distance tout bilan politique, loin de la réalité. Il n’est pas certain qu’il ait satisfait les différents cercles où il a été présenté. Les problèmes sont gommés ; meurtre, viols, violences sexistes sont évacuées. Mais on sait tout sur les toilettes. Les incivilités se réduisent à l’urine. L’autosatisfaction parcourt tout le document.

Ce bilan est stupéfiant, mais après tout, il ne s’agit que d’un bilan technique, fait par les services, et seulement destiné à ouvrir une discussion. Mais validé obligatoirement par le maire. Est-il encore « connecté » à ce qui se passe dans sa ville ?

On en reparlera dans le prochain volet de cette série.

En attendant, on ne peut que sursauter, de nouveau, sur les mots du maire dans l’édito pour la plaquette de pub pour les fêtes de noël : « Grâce à un florilège d’animations, Noël reste un rendez-vous festif, culturel, commercial incontournable à destination tant des habitants que des visiteurs ». Noël était connu comme fête familiale. Cela devient un élément d’une politique commerciale et touristique. Le modèle municipal pour les Fêtes de Bayonne s’étend désormais à celles de Noël, après la foire au jambon et le lâcher de lanternes.

Patrick Petitjean, 1er décembre 2023.

Et merci à Xan Ansalas pour ses photos des Fêtes

Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (1)

2011

La mort de Patrice Lanies lors des dernières Fêtes a servi de révélateur au tour insupportable pris par ces fêtes au fil des ans. Poursuivre sur le même modèle ne peut que conduire à la mort des Fêtes. Nombre d’habitants l’ont bien compris, qui débattent depuis cet été de la manière de les refonder. Ce n’est pas la direction prise par le duo Etchegaray et Ugalde pour qui seuls des ajustements techniques seraient nécessaires, sans changer de modèle. Premier volet de 3 articles sur les fêtes de Bayonne.

On ne peut continuer ainsi

Que reste-t-il d’une fête populaire ? Un méli-mélo programmatique occultant des réussites culturelles de moins en moins nombreuses, la surfréquentation, un centre ville devenu quasi-inaccessible pour ses habitants, l’alcoolisation à outrance et la saleté des petits matins qui va avec, la multiplication des incivilités et des agressions sexuelles, des habitants qui fuient Bayonne le temps des Fêtes.

Dans un tel contexte, l’assassinat de Patrice Lanies, pour avoir voulu dissuader un homme d’uriner sur sa porte, a été la goutte d’eau qui fait déborder l’exaspération des habitants. Il n’est plus possible de continuer comme cela, telle est le sentiment qui se diffuse dans la ville depuis août dernier.

2011

Sud-Ouest (édition Pays basque), en journal local parfois sensible à l’atmosphère de la ville, ne pouvait que s’en faire l’écho. Il a consacré une double page le 9 septembre avec les réactions d’habitants :«  beaucoup sont pour un tournant radical ».

Une pétition citoyenne

Depuis, les critiques se sont amplifiées, avec la création d’un « collectif 2032 » (en 2032, on têtera le centenaire des Fêtes, du moins il faut l’espérer) composé d’acteurs des Fêtes, et une pétition de « citoyens bayonnais », lancée le 25 septembre. Elle compte 1670 signataires au 17 novembre, et on peut toujours la signer : https://www.change.org/p/f%C3%AAtes-de-bayonne-nous-souhaitons-une-consultation-des-habitant-e-s-mettons-les-habitants-au-c%C5%93ur-des-festivit%C3%A9s-signez-la-p%C3%A9tition-et-partagez-svp

Je reviendrai dans le 2e volet de cette série, sur les différentes critiques faites, et qui vont très au-delà de ce qui est reconnu par les élus, à travers les prises de position de groupes d’habitants et d’élu.e.s de l’opposition municipale. Dans le 1er volet, je vais d’abord passer en revue la défense de leur modèle des Fêtes par le maire et ses adjoints, en partant de la 2e double page consacrée aux Fêtes par Sud Ouest le lendemain 10 septembre, avec les réactions des élus. Une défense qu’ils ont prolongée lors du conseil municipal du 19 octobre.

Les élus face à Sud Ouest

Pierre Mailharin, le journaliste auteur de ces deux articles, s’est appuyé sans détour sur les critiques entendues pour poser des questions directes, voir « punchy » aux trois principaux responsables : Jean-René Etchegaray (JRE), le maire ; Yves Ugalde (YU), l’adjoint à la culture et à l’évènementiel ; Christian Millet-Barbé (CMB), l’adjoint à la sécurité ; ainsi qu’Henri Lauqué (HL), président depuis 28 ans (mais oui!) de la commission extra-municipale des Fêtes (non-élu). Aux questions posées, les réponses des élus font apparaître plus que des nuances, entre un YU à fond dans le négationnisme des problèmes rencontrés, un CMB qui ne sort pas de sa fonction sécuritaire, et un JRE plus flou, moins bloqué, prêt à envisager des changements cosmétiques. Aucune interrogation sur le modèle actuel des Fêtes, au contraire. Tous mettant en avant des réponses techniques. Et tous sur la défensive.

Les articles de Sud Ouest étant réservés aux abonnés du journal, voilà donc ici l’essentiel (à mon avis) des questions / réponses des élus.

Pas d’exaspération des habitants.

JRE conteste d’emblée le journaliste qui affirme que « les Bayonnais sont exaspérés » par des « Fêtes saturées ». Il ne veut parler que de « surdensité », conséquence du « théâtre exceptionnel » que constitue le centre historique. Il évalue la participation à 1,3 millions de personnes (le Sous-Préfet a avancé 1,4 millions) sur 5 jours, avec une hausse vertigineuse de la fréquentation des campings, + 45 %, ce qui est une manière de pointer les jeunes du doigt.

Mais surtout, qu’on ne voit pas dans le marketing territorial éhonté de la ville (et des journaux) pour attirer les gens, non, c’est un phénomène « psychosociologique » post-covid, dit JRE.

Quant à la disposition géographique du centre ville, HL rappelle que l’amplitude géographique a déjà été élargie, ainsi que l’amplitude horaire, mais que cela n’a rien changé à la densité. Ce n’est pas surprenant, et un nouvel élargissement des lieux attirera davantage de fréquentation. C’est un phénomène bien connu de la circulation automobile : quant on ouvre de nouveaux espaces pour les voitures, elles l’occupent. C’est l’effet « aspirateur ».

2023

« la surfréquentation n’est-elle pas devenue très dangereuse ? »

En réponse à cette question du journaliste, CMB est dans un complet déni : « pas de comportements anormaux qui auraient pu être générés par cette densité, une baisse spectaculaire de la délinquance », « c’était assez exemplaire »… Il admet quant même les plaintes pour viol et le « drame absolu de la mort de Monsieur Lanies ».

JRE abonde dans la minimisation « il y a eu deux fois moins de gardes à vue ». Selon CMB encore, le PC sécurité n’a jamais été alarmé. La densité peut provoquer des bousculades, des piétinements, mais c’est tout. Ce n’est pas ce qui remonte des témoignages, en particulier des femmes. Difficile de se sentir en sécurité dans une ambiance violente et machiste.

2014

YU donne dans l’indécence, expliquant que la mort de Patrice Lanies n’est pas liée aux Fêtes, qu’elle aurait pu se produire avant ou après, que de tels « faits dramatiques » se produisent aussi ailleurs et avec moins de concentration humaine. Circulez, il ne s’est rien passé…

JRE et CMB reconnaissent la quasi-impossibilité des secours d’accéder au coeur de la fête, et même des services de sécurité à pied.

Si JRE admet qu’il faudra peut-être brider les Fêtes, en limitant leur jauge à la fréquentation de 2023, « il ne sera pas celui qui mettra un terme à ce qui est leur ADN ». Attribuer une caractéristique biologique aux Fêtes, c’est de l’anthropomorphisme, mais il n’est pas certain que cela signifie plus que : on ne changera rien.

Incivilités et musiques : JRE en ami des cafetiers restaurateurs

2023

A propos des nuisances sonores, question soulevée par le journaliste, JRE intervient en défense des cafetiers : « une immense majorité de cafetiers jouent magnifiquement le jeu, qu’il ne soit pas écrit que le maire est furieux contre eux ». Il n’y a que quelques brebis galeuses, 35 PV seulement ont été dressés, avec la moitié de récidivistes. Cette défense des cafetiers est une constante de JRE et de ses collègues.

Est soulevée aussi la question de la musique en plein air, ce que certains habitants appellent « une discothèque à ciel ouvert ». En journée, la musique est plébiscitée par les habitants.

2012 Plébiscitée, mais de plus en plus étouffée

HL et JRE défendent les « propositions musicales » en soirée, malgré les abus (selon eux) de certains DJs qui proposent de la musique « de fête » (?), et à condition d’éviter la cacophonie (qui est pourtant ressentie par les habitants). YU va dans la surenchère : « sans proposition à la dimension de la fréquentation, on provoque une forme d’errance. On l’a vu à la foire au jambon, à partir de 20h c’est devenu glauque ».

2015

Les mictions publiques sont une autre incivilité mise en avant. A l’évocation du modèle « Pampelune » par le journaliste, où les bars ouvrent leurs toilettes au public, YU reconnaît que les comptoirs extérieurs empêchent de le faire à Bayonne, mais que « une opposition radicale aux comptoirs extérieurs » (souvent rejetés par des habitants) « serait une fausse bonne idée », source d’insécurité. JRE et bien plus nuancé : selon lui, les comptoirs extérieurs sont là pour réguler les choses, mais ils participent d’une vraie « forme d’exaspération ». Et il propose d’y répondre par une « gouvernance consolidée ». Il s’en expliquera davantage en fin d’entretien.

Quand le journaliste évoque la critique des habitants sur le caractère commercial des Fêtes qui prend le pas sur la dimension culturelle, JRE rétorque qu’il refuse de leur « faire un procès général » : « ils font certainement de bonnes affaires pendant les Fêtes, et la plupart jouent le jeu et participent à l’animation de la ville toute l’année. A ceux qui nous disent que les Fêtes devraient être financées par les cafetiers, ce n’est pas réaliste deux secondes ».

Cette défense du modèle commercial et économique des Fêtes s’étend au maintien de leur caractère payant (le bracelet), une cible récurrente des élus minoritaires ou oppositionnels.

« On va convoquer le temps et l’espace » (JRE)

Changer les dates, élargir le périmètre des Fêtes, sont les solutions miracles avancées par les élus pour reprendre en mains les Fêtes. Ce sera le cas en 2024, pour cause des JO : elles auront lieu entre le 10 et le 14 juillet. Une expérimentation selon JRE, qui paraît ouvert à la recherche de nouvelles dates, y compris en juin ou septembre. Il est aussitôt recadré par YU, pour qui refuse une éventuelle concurrence avec les voisins (Dax, Mont-de-Marsan et Pampelune) et les difficultés pour la présences des enfants en dehors des vacances.

Pour l’espace, on réfléchit, disent les élus en choeur. Eloigner les forains sur les Allées Paulmy, pour libérer les Allées Boufflers et le Réduit, les habitants sont favorables mais pas les forains. Annexer Saint-Esprit ? Ou même, selon HL, s’étendre quai de Lesseps, aaprès l’Atalante et le Didam, pendant quelques années avant le démarrage du grand projet urbain ? Pour YU, ce ne sont que des « concepts ». L’élargissement à Mousserolles (réalisé cette année), et les forains à Paulmy, cela suffit.

La gouvernance

Selon le journaliste, il est reproché que les décisions pour les Fêtes ne soient prises que par un petit groupe de personnes. Ce à quoi JRE répond qu’au final, il sera toujours le seul responsable en tant que maire, celui qui peut être déféré devant un tribunal. Il récuse le procès trop rapide fait à la commission extra-municipale des Fêtes. YU et HL abondent dans son sens. Selon HL, 90 % du programme vient de propositions d’associations à travers cette commission

JRE annonce des constats partagés et un élargissement des consultations : cafetiers-restaurateurs, forains, penas (les acteurs économiques) et même des représentants des habitants. Cela reste très loin d’un vrai débat public, ce que confirmera le conseil municipal du 19 octobre.

le Conseil municipal du 19 octobre

Le débat sur les fêtes a pointé son nez lors du conseil municipal du 19 octobre à l’occasion d’une délibération à voter pour rembourser à l’Etat les frais de participation des forces de l’ordre à la sécurité lors des fêtes. En répondant aux interventions de plusieurs élus des oppositions (Mixel Esteban, Henri Etcheto, Mathieu Bergé et Sophie Herrera-Landa) en marge de la délibération financière, interventions sur lesquelles je reviendrai dans le 2e volet, le maire et son adjoint à la culture ont pour l’essentiel confirmé leurs réponses de septembre à Sud Ouest.

Ce débat est accessible sur la vidéo du Conseil, approximativement entre 1h54 et 2h24.

JRE a informé que le bilan était en cours au sein des commissions municipales, et invité les élus à y participer. Comme bilan, JRE s’est posé en victime impuissante d’une part de la structure médiévale de la ville, d’autre part de la surfréquentation : « il faut le reconnaître, on n’y peut rien ». Après le bilan, les perspectives : JRE a confirmé les deux points en discussion : les dates, et le périmètre géographique. Autant dire que la discussion est étroitement encadrée par JRE.

Tout en annonçant une séance spéciale du conseil municipal le 4 décembre pour conclure le débat sur les Fêtes, il a tout aussi étroitement défini le périmètre des habitants autorisés à débattre d’ici-là : Dans l’ordre, les cafetiers-restaurateurs, les associations des Penas (soit les acteurs économiques, et les membres des Conseils de quartier (quelques dizaines de personnes). Tout cela, très loin donc des habitants. JRE a insisté sur le fait que c’est le Conseil qui décide et que lui est seul responsable. Et qu’il n’est pas question de remettre en cause les Fêtes (comprendre leur modèle), comme le veulent certains habitants.

Mais un débat où les participant sont quasi exclusivement les acteurs économiques des Fêtes, ceux qui en tirent profit, est biaisé d’avance.

Quant à YU, il a commencé par un lapsus très révélateur, en parlant de la mort de Patrice Lanies comme d’un simple « incident », avant de se reprendre rapidement et de la qualifier de «accident dramatique ». Et de confirmer son argumentation de septembre dans Sud Ouest : il y a aussi des incidents dramatique ailleurs, c’est moins grave à Bayonne qu’ailleurs, il y a les mêmes incivilités que ce soit payant ou non, l’augmentation de la fréquentation est générale. Bref, circulez, il n’y a aucun problèmes avec les Fêtes. On est dans l’extrême conservatisme.

Autres fêtes, mêmes problèmes

Le refus de changer de « logiciel » pour les Fêtes les conduisent à terme dans le mur, et à leur fin. Faudra-t-t-il compter sur le Préfet pour ramener les élus au sens des réalités ? Il vient de le faire en ce qui concerne les lâchers de lanternes à Bayonne au moment de Noël, qui seront interdits à partir de 2024, à cause des risques d’incendie. Il aurait pu mentionner aussi l’aspect environnemental, d’envoyer des déchets dans l’atmosphère. Sans surprise, YU a regretté cette décision dans Mediabask, au motif qu’il s’agissait d’un « moment féérique » et que les retombées économiques étaient importantes. Et déjà une « tradition », donc à ne pas remettre en cause, même si elle ne date que de 2014.

La question de la foire au jambon est aussi revenue dans l’actualité ces derniers jours. Une tradition dite « ancestrale », dont la fréquentation avait explosé en 2023, avec 460 000 participants, des foules compactes rendant impossible les dégustations. On y est venu pour boire, comme pour les Fêtes. Et là encore, JRE ne propose qu’un changement de date, sans remise en cause du modèle et du marketing territorial

Il est urgent de changer de modèle pour redonner envie aux habitants de faire la fête, de participer à la fête de leur ville. C’est la question.

A suivre

La logique de la pétition de « citoyens bayonnais » (voir plus haut) est inverse de celle de JRE et YU. Elle donne des pistes pour refonder et sauver les Fêtes de Bayonne, même si elle a quelques manques. J’y reviendrai dans le 2e volet.

Dans ce 2e article, on reviendra sur d’autres problématiques dont certaines (mais pas toutes) ont été soulevées par les élus non-majoritaires, comme l’environnement, l’alcoolisation, le bilan carbone, l’importance des violences sexistes et le support qu’elles trouvent dans l’ambiance de violence et de machisme amenée par les corridas, la folklorisation et l’infantilisation au détriment des cultures populaires basques. Et ce qui fait tenir le modèle actuel, le marketing territorial et le surtourisme valorisé au-delà des fêtes.

Dans le 3e article, je tenterai de sortir du conformisme des débats de l’institution municipale : sauver les Fêtes de Bayonne nécessite plus de débat public, de radicalité et d’imagination.

Xan Ansalas pour les photos des Fêtes.

Captures d’écran du Conseil pour les élu.e.s

Patrick Petitjean, 18 novembre 2023

En complément de dernière minute

Ce samedi 18 au matin, quand ce billet part sur le site du piment, Sud Ouest publie des « brouillartas » où il se paie (gentiment) YU (adepte aussi de l’ADN)

Au feu les lanternes

Un risque de propagation du feu. Voilà, d’après la préfecture, la menace que font peser les lanternes volantes lâchées à Bayonne pour Noël. Les représentants de l’État soulignent que les pompiers partagent ce constat. Fermez le ban. Ce sera la dernière des lanternes cet hiver. Et l’adjoint à la culture de Bayonne, Yves Ugalde, de tiquer. « Il y a un débat », lâche-t-il. Cela ressemble plus à un désaccord profond, au vu de sa grimace. Il faut dire que le très « instagrammable » lâcher rassemble chaque année des milliers de personnes.

Noël jusqu’à 23 heures

Noël toujours, et toujours à Bayonne. Où le même Yves Ugalde a évoqué, lors de la présentation des animations de fin d’année, les efforts réalisés par la mairie en matière de sobriété énergétique. Ici, les décorations lumineuses de Noël, des LED peu consommatrices d’énergie, sont éteintes à 23 heures. La facture s’en voit considérablement allégée et l’environnement se porte mieux. Seulement voilà, un débat (encore) existerait à propos de futurs efforts. « Ce débat existe, assume Yves Ugalde. Je fais partie de ceux qui restent vigilants : les efforts environnementaux sont fondamentaux, mais il ne faudrait pas que l’ADN de notre ville, qui aime Noël, en pâtisse. »

Plateau urbain débarque à Bayonne

(entrée de l’hôpital Saint Vincent de Paul à Paris)

Une future occupation transitoire très cadrée

Parmi les 4 marchés passés pour aider la CAPB dans les débuts du projet « Rive Droite de l’Adour », l’un est intitulé « définition d’un projet d’occupation transitoire sur le site du projet RDA ».

A la demande d’avoir le cahier des charges pour un éventuel appel d’offres pour ce marché, l’administration a répondu que le marché avait juste été attribué à Plateau Urbain sur la base d’un devis, qu’elle a communiqué. Officiellement donc, pas d’appel d’offres, pas de choix alternatif. La notoriété de Plateau urbain écrasait une éventuelle concurrence.

L’intervention de Plateau urbain est facturée 22 150 euros HT. Ce marché avait été signé dès le printemps 2022.

Selon le président-maire lors de l’atelier du 25 mai, où Plateau Urbain (peut-être présent) ne s’est pas exprimé, leur intervention était déjà en cours.

Les différentes fonctions de Plateau urbain

https://www.plateau-urbain.com/

C’est une agence de création récente (2013), célèbre surtout par l’animation du site de l’hôpital Saint Vincent de Paul à Paris 14e entre 2015 et 2020. Son développement est fulgurant ces dernières années.

(Une des cours à l’entrée de l’hôpital Saint Vincent de Paul)

Il y a deux branches principales : Etudes et conseils, et gestion transitoire de lieux.

C’est cette 2e branche que Mauritzia qualifiait de R’Bnb de l’urbanisme transitoire. Plateau Urbain gère plusieurs dizaines de lieux, en attente de projets définitifs, dans de nombreuses villes. Cela va d’un petit bâtiment (un garage par exemple) à une ancienne université (ex-Censier à Paris), et peut donc concerner quelques structures à près de 200. Lesquelles sont louées, après un appel d’offres.

Les réalisations en cours sont ici : https://www.plateau-urbain.com/cesure

Pour les études, on en compte une cinquantaine, dont la majorité encore en cours. Celle pour la CAPB n’eset pas à ce jour répertoriée sur leur site : https://www.plateau-urbain.com/copieetudes

Les modalités de leurs interventions y sont décrites

(Sur le site des Grands Voisins, hôpital Saint Vincent de Paul)

Plateau urbain à Bayonne

Le devis à la base du marché consiste en une simple page, à télécharger si dessous.

(page devis)

La première phase de l’intervention (1/4 du devis) est la formation des élus et techniciens de la ville et de la CAPB aux problématiques de l’urbanisme transitoire.

La deuxième phase est « l’identification des opportunités spatiales et temporelles en vue d’une occupation temporaire à travers une analyse capacitaire du site », avec essentiellement des visites du site et des entretiens avec les gestionnaires et occupants actuels, ainsi que l’identification des « besoins et attentes programmatiques pour le site », avec des entretiens avec « les têtes de réseaux des champs de la culture, action sociale, vie économique, artisanat, évènementiel,… »avec enfin une analyse du marché locatif alternatif.

La dernière phase consistera en la définition des intentions stratégiques secteur par secteur, bâtiment par bâtiment se concluant par la présentation de plusieurs scénarios d’orientations. En plus des réunions de pilotage régulières, l’intervention se conclura avec un atelier de « définition de l’occupation temporaire avec les parties prenantes »

Au total, 8,5 de travail pour le directeur du projet, et 14 jours pour son adjoint. La durée de la mission n’est pas précisée. Même si des entretiens avec des acteurs locaux sont en principe au programme (on verra leur effectivité), cette intervention semble très fermée sur le commanditaire, et peu ouverte vers des acteurs potentiels plus éloignés de l’appareil municipal. Encore une occasion ratée.

(Grands Voisins sur le facebook de RDA))

La présentation officielle de l’intervention de Plateau urbain à Bayonne se trouve sur la page facebook « Rive droite de l’Adour » du 6 juin :

« Projet « Rive Droite de l’Adour » : urbanisme temporaire | Entre conception, études préalables, délais d’instruction des permis de construire, marchés publics de sélection des entreprises de travaux… un projet urbain comme le #projetrivedroitedeladour sera long à se concrétiser.

👉 D’ici là, la Ville de Bayonne et la Communauté d’agglomération Pays Basque ne laisseront pas les terrains vacants et inutilisés. Elles ont confié à la coopérative Plateau Urbain la tâche de développer un programme « d’urbanisme transitoire ». Il s’agit d’ouvrir au public des espaces d’expérimentation et de préfiguration du quartier à venir. Concrètement, le site sera mis à profit pour apporter temporairement de nouveaux services ou offres, culturelle par exemple. Cette programmation est encore en cours d’élaboration. Que proposeriez-vous ? »

Sans doute faut-il prendre au 1er degré la fin du post, et non comme de l’ironie. Mauritzia a proposé une occupation intercalaire en squattant le 16 rue Sainte Ursule, complètement dans l’otique « social et solidaire » affichée par Plateau urbain et la CAPB. La réponse fut l’envoi de la police pour les déloger.

On pouvait espérer un meilleur départ de l’intervention de Plateau urbain. Mais au regard des ambitions affichées il y a 10 ans, leur intégration au jeu de l’urbanisme libéral est complète.

Patrick Petitjean, 25 juin 2023

Premiers pas du projet « Rive droite de l’Adour », à Bayonne

(la salle de concertation)

Enquête, réunion publique, et ensuite ?

Annoncé lors d’une conférence presse le 25 avril dernier par Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne et président de la CAPB, le grand projet « Rive Droite de l’Adour » (RDA) semble à la peine, du moins dans sa partie publique. Les annonces (« un vaste processus de démocratie participative », « plusieurs ateliers participatifs d’ici l’été ») sont restées au stade de la communication.

En premier lieu, on a eu droit à une enquête pleine de couacs sur les « attentes » des habitants ; puis une réunion publique, à vocation confuse le 25 mai. Sans oublier, en simultané, l’occupation du 16 rue Saint Ursule (un immeuble vide situé au coeur du périmètre du projet) par le groupe Maurizia qui a mis le président-maire devant ses contradictions (il voulait de l’urbanisme transitoire, en voilà). Dur…

(périmètre du projet RDA)

Le projet RDA était né il y a 15 ans pour aménager le quartier en vue de la future gare TGV, puis mis en sommeil (faute de perspectives pour la LGV), avec toutefois la poursuite des acquisitions foncières par l’EPFL. Mais il n’a pas été abandonné. Son retour public le 25 avril a été précédé par la passation de marchés, notamment avec une agence d’urbanisme, Güller & Güller, il y a plus d’un an. Les 4 groupes, bénéficiaires des marchés, ont commencé à travailler il y a plus de 6 mois. Mais « la page est blanche » a fanfaronné le président-maire le 25 avril.

L’enquête « attentes » initiale

Elle a été victime, au démarrage, de nombreux couacs ou bugs, c’est selon : annoncée pour 2 jours, les 26 et 27 avril, sur le site, elle a été étendue jusqu’au 11 mai, a inclus la possibilité d’une réponse papier, et a fait l’objet d’une communication par affichette dans le quartier Saint-Esprit les derniers jours.

Plus bizarre : dans la version initiale, elle portait sur les usages du lieu, sa fréquentation (combien de fois, quels jours, avec qui, pour quoi faire, etc) et sur la perception du site (quels aspects sont appréciés). Avec, à la fin, une seule question ouverte « quels éléments aimeriez-vous qu’ils soient mis en valeur dans le projet ? » Quelques jours plus tard, deux nouvelles questions ouvertes ont été ajoutées : « Que souhaiteriez vous voir évoluer sur le site dans les prochaines années ? et « Qu’est-ce que ce quartier pourrait apporter de plus à l’Agglomération ? ». Mais ce n’était qu’un sondage sous prétention à une certaine rigueur scientifique.

Il y aurait eu 700 réponses, rapidement présentées oralement le 25 mai. Un livret les a réparties sur différents thème et est depuis peu disponible sur le site de la CAPB

(vue générale avec élu-e-s et président-maire)

Le premier « atelier participatif » du 25 mai.

Cet atelier est une sorte d’objet peu identifié. Sur le site de la CAPB, son objet et la liste de ses intervenants, ont ainsi fluctué. Il a été annoncé un rendu du sondage (fait), la présentation du projet par Güller (pas vraiment convaincant), avec aussi la participation de Plateau urbain (qui n’a pas été présenté ni n’est intervenu).

Plus d’une centaine de personnes était présente. Au final, la première partie de l’atelier a été informationnelle, avec quelques questions, rien de participatif. La seconde a été la reproduction sur place du sondage, les participants étaient répartis par table de 8, et invités à formuler leurs attentes sur des fiches autour de 6 thèmes (totalement cadré donc), puis les mettre sur les murs de la salle. Une simple technique pour faciliter la prise de parole, très répandue depuis quelques années, mais la participation citoyenne ne saurait s’y réduire. On attend le retour de cette séance, même sir les « attentes » recueillies ne semblent pas très différentes de celles du sondage antérieur.

(participants à table)

Reste une question importante : quel était le statut de cette réunion ? Dans le cadre d’un projet d’aménagement, une « concertation » répond à des contraintes réglementaires précises, même sans doute dès le stade de la « pré-programmation » qui est officiellement la phase actuelle. L’atelier du 25 ne semble pas rentrer dans un tel cadre. On comprend alors ce que le maire de Bayonne a voulu dire lors du Conseil municipal du 5 juin, en qualifiant cette réunion « d’avant-concertation ». Ni concertation, ni participation ce sera pour plus tard, du moins il faut l’espérer.

Lors de cette réunion, il a quand même été révélé que Güller travaillait depuis 6 mois, et avait fait un diagnostic du site. Le rendu n’a pas été très concluant, presque tout avait été dit il y a 15 ans déjà : la piétonisation du quai de Lesseps et le report de la circulation vers la voie ferrée, la nécessité de conserver les perspectives entre la citadelle militaire et la rive gauche de l’Adour, la végétalisation, etc. Il a aussi été réaffirmé les invariants du projet : logement (mais lesquels), campus universitaire (en repli d’Arkinova refusé à Anglet?), activités, espaces verts, etc.

Autant les « contenus » potentiels pourront être choisis par les opérateurs selon leurs désirs parmi les attentes exprimées à la réunion, autant les « contenants » eux-mêmes ne sont pas (encore?) soumis à discussion.

jeudi 25 mai 2023 Rencontre entre élus et riverain pour le projet rive droite de Bayonne, à la bourse du travail de Bayonne

(Président-maire – photo Sud Ouest, Nicolas Mollo)

Perplexité

On ne comprend toujours pas ce re-démarrage sur les chapeaux de roue. Quelle est l’urgence ? Les questions foncières ne semblent pas résolues, et même au point mort depuis que le sujet « Lesseps » avait été abordé lors du projet de quartier Saint Esprit il y a 5 ou 6 ans. A 3 reprises, depuis le 25 avril, le président-maire a annoncé un RV avec la SNCF dans les jours qui suivent : 3 ha à récupérer si SNCF veut, mais il est envisagé de faire sans. Quand à Pausa (l’armée), Duprat (en partie à l’État) et à la Pièce noyée (Port de Bayonne ?), ce n’est pas clair.

Et pourquoi maintenant ? Faire pression dans les négociations foncières pendantes ? Engager un dernier grand projet d’urbanisme dans l’optique des élections de 2026, le Prissé et le Séqué étant bien sur les rails ? Ou même imposer sa marque dans l’histoire avant (peut-être) de basculer de président-maire à sénateur en septembre prochain.

Et maintenant

Le calendrier de la suite de ce « vaste processus de démocratie participative » figurant sur le site de la CAPB oscille entre le vide et le flou : quelles étapes jusqu’au rendu de Güller au début 2024 ? A ce jour, 8 juin, rien.

On attend un vrai rendu écrit du diagnostic de Güller. Lors de la réunion du 25 mai, il a même été proposé de faire un diagnostic participatif, en marchant, partagé avec les habitants. On attend la réponse.

Il a aussi été proposé la création d’un comité de pilotage avec acteurs du quartier et habitants : on attend également la réponse.

Un mois après la demande, la CAPB a accepté de communiquer les cahiers des charges des 4 marchés signés pour le projet RDA (une telle communication est une obligation légale). On va pouvoir donc comprendre quelle est la commande politique à laquelle Güller et les autres sont censés répondre. Ce travail de décryptage fera l’objet d’un article dès que possible.

Sans attendre que le programme officiel se clarifie, pourquoi ne pas prendre au mot le président-maire : aider la CAPB à remplir la « page blanche » et à mettre en œuvre la « démocratie participative », pour « aider » les officiels.

Et constituer pour ce faire une « plateforme » citoyenne en s’inspirant de la démarche d’Herrian Bizi sur le logement ?

Patrick Petitjean, 8 juin 2023

Aupa Maurizia

photo : affichette « Bienvenue / Ongi Etori » à l’entrée du bâtiment

Le maire de Bayonne sur la défensive ?

La semaine qui se termine a vu les soutiens aux occupants du projet Maurizia s’étendre, jusqu’au sein du Conseil municipal (1er juin). Une première rencontre le 31 mai a permis d’ouvrir un dialogue, une seconde est prévue la semaine qui vient, mais toujours sans interruption de la procédure d’expulsion. L’audience en appel (non suspensif) contre la décision d‘expulsion a été repoussée au 6 juillet.

Le soutien le plus important est arrivé le matin de la rencontre avec le maire. Il est apporté par la quasi-totalité des associations dans le champ de la solidarité à Bayonne sous le titre « manifeste pour un urbanisme transitoire au Pays Basque ». Ces 12 associations affirment leur intérêt pour la démarche innovante du collectif Maurizia qui « ouvre un modèle sérieux pour répondre à la crise aiguë du logement et de l’hébergement au Pays basque et promouvoir la dimension socioculturelle au Pays Basque ». Et de conclure que les outils existent pour que Maurizia rentre dans le cadre de l’utilisation temporaire de foncier disponible.

photos : Recto et verso de l’appel des associations

Au conseil municipal de Bayonne le 1er juin

Le 1er juin, se tenait le conseil municipal de Bayonne. Vers la fin, était prévue une délibération pour renouveler la convention d’occupation temporaire de l’association Zizpa, qui gère le Gaztetxe, centre autogéré de jeunes. Il se situe sur le quai de Lesseps, à la hauteur du 13 rue Sainte Ursule à l’arrière. Donc à côté de l’immeuble occupé par Maurizia au 16 rue Sainte Ursule.

Il était impossible pour des élus solidaires de Maurizia de ne pas se saisir de l’opportunité de ce voisinage pour intervenir. Les interventions et la réponse du maire se trouvent sur la vidéo de ce conseil, entre 4h15 et 4h41.

https://www.bayonne.fr/ma-mairie/vie-municipale/conseils-municipaux/conseil-municipal-du-1er-juin-2023-31315

Photo : Salle du conseil (capture d’écran)

Jean-Marc Abadie (Bihar Baiona) a resitué le projet Maurizia dans la lutte contre les logements vacants, et a lu des passages de la déclaration des 12 associations. Puis, Mixel Esteban (EELV) a rappelé que, déjà, plusieurs occupations temporaires existaient dans cet ensemble de bâtiments (Gaztetxe, Pausa, Point Accueil Jour), et que les réserves foncières constituées quai de Lesseps par la ville pourraient être davantage utilisées, de manière temporaire aussi. Il a fait remarqué que le groupe était composé de jeunes qui avaient grandi à Bayonne, où leur famille habitait souvent encore, et que leur impossibilité de se loger était partagée par des dizaines et des dizaines d’autres du même âge.

Photo : Mixel Esteban (capture d’écran)

Dans sa réponse, le maire a confirmé avoir rencontré 3 porteurs du projet Maurizia, et compris qu’il combinait logement, culture et social. Avec un brin de paternalisme, il a trouvé ses interlocuteurs « bon enfant », sans violence verbale. Plus tard, il a fait état de sa compassion à leur égard. Il leur a reproché de « faire les choses à l’envers », en étant entrer sans autorisation dans l’immeuble, et a opposé leur attitude à celle de Zizpa, qui avant passé un accord avec la Ville pour avoir leur local.

Il a défendu l’état de droit – on en attendait pas moins d’un maire. Et réaffirmé que les règles étaient les règles.

Il avait été contacté par l’EPFL (propriétaire au nom de la CAPB), et n’est pas sans influence sur lui. Il va demander de ne pas envoyer pour l’instant la force publique, au moins jusqu’à la prochaine rencontre avec les occupants dans la semaine du 5 au 9 juin. Il a enfin reproché aux occupants d’organiser un concert le 2 juin, avec tous les risques de sécurité.

Mixel Esteban, a repris la parole pour rappeler que cette occupation ressemblait à celles qui avaient eu lieu au Pays Basque, de Bilbao à Bayonne, dans les années 1980 et que, déjà, à l’époque, on ne les écoutait pas assez. Certains des squatteurs de cette époque font partie aujourd’hui des animateurs des associations de solidarité à Bayonne, même conseillers municipaux…

Le soutien de Zizpa à Maurizia

La maire avait cherché à opposer l’attitude « responsable » de Zizpa à celle de Maurizia occupant un immeuble sans autorisation. Le lendemain du conseil, Zizpa publiait un texte de soutien à Maurizia, rappelant par là-même qu’ils avaient commencé par une occupation illégale, de l’ancien Palais de Justice.

Photo : communiqué de Zizpa

Le maire a-t-il les moyens de faire évacuer Maurizia ? Il en a certainement les moyens juridiques et policiers. Mais les moyens politiques ? Parmi les 12 associations, certaines sont très proches de lui. Aucune ne peut être qualifiée de radicale. Le soutien est aussi fort dans le quartier.

Surtout, cette occupation vient au moment où il relance le projet « Rive droite de l’Adour », en invoquant lui-même l’urbanisme transitoire. Quelque part Maurizia met en œuvre ce qu’il affiche vouloir faire, mais de manière plus jeune, plus sociale, moins contrôlée. Mais l’occupation bouscule le déroulement prévu de son projet et sa communication. S’il a de grandes capacités d’adaptation, on le voit mal se contenter de dire « OK, allez-y, vous aurez votre bail intercalaire ». On peut faire confiance à sa plasticité et à son imagination pour trouver un moyen de sortir de son impasse actuelle sans en appeler à la force publique.

A part cela, contrairement aux craintes du maire, la soirée du 2 juin s’est bien passée.

Photo : Aupa Maurizia (merci à Sophie B pour la photo de une et cette dernière)

Prochain RV : le 6 juin, après la manifestation syndicale contre la retraite à 64 ans. La maison des syndicats d’où partent les manifestations est justement au début de la rue Saint Ursule.

Toutes nouvelles sur leur page facebook :

https://www.facebook.com/profile.php?id=100092660680086

Patrick Petitjean 3 juin 2023

A Propos

Un nouveau blog sur Bayonne ? Et pourquoi donc ?

Il y a une absence à Bayonne, celle d’un media d’opinion clairement engagé du côté de l’écologie, de la démocratie et de la solidarité, un media qui prend parti sans être partisan, un media qui anime modestement la vie politique locale en rupture avec le conformisme ambiant.

Il y a certes de nombreuses groupes et pages sur Facebook, mais un post y remplace l’autre et, sitôt publié, sitôt recouvert et oublié. A l’inverse, un blog garde la trace et la mémoire.

Il y a bien sûr les actualités bayonnaises de la presse locale (Sud Ouest, Mediabask, Enbata,…), il y a aussi Ramdam6440, mais cela ne comble pas ce manque. A défaut, essayons une formule classique, beaucoup plus limitée, un blog.

Un blog pour contribuer modestement à l’information et aux débats sur la vie locale, à l’analyse et au décryptage de la politique municipale, au repérage des stratégies et dynamiques à l’oeuvre où se dessine déjà le futur préparé par notre caste dirigeante.

Un blog pour pimenter – c’est son titre – la « soupe politique » locale qui nous est servi par un milieu politique conservateur. « étouffe-citoyen.ne » même, où les connivences sont anciennes et nombreuses entre les différents milieux politiques, économiques, sportifs ou professionnels.

Un blog « éveillé » (« woke » en anglais) – cela aurait pu être son titre – en appui aux différents mouvements sociaux en lutte contre les discriminations et pour les droits, dont le premier est d’avoir un futur aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique.

Un blog qui défende le droit à une ville écologique, solidaire, féministe, antiraciste, pour toutes et tous et qui se fera l’écho des initiatives d’habitants qui rendent cette ville vivante.

Un blog ouvert, qui aurait pu s’appeler aussi « Place de Bayonne », en mémoire du mouvement des places, qui accueillera des tribunes diversifiées et qui n’oubliera pas que cette place est au Pays basque.

Un blog enfin qui est expérimental, et restera en chantier pendant plusieurs mois. Un blog qui n’est que la préfiguration, je l’espère, d’une aventure qui deviendra collective.

Patrick Petitjean