Bayonne, hommage au grutier mort au travail le 9 mars 2022

rassemblement 9 mars 2024

Ce 9 mars, cela fait deux ans que Mohamed Kichouhi a trouvé la mort dans l’effondrement de la grue du chantier de l’îlot Bergeret à Bayonne Saint-Esprit. Même si les travaux ont repris cet hiver et une nouvelle grue installée, le collectif de riverains ne laissera pas sa mémoire s’effacer. Un hommage lui a été rendu à 11h ce samedi 9 mars

Que d’eau

Le chantier avait débuté à l’automne 2021 pour la construction de deux bâtiments, l’un de 30 et l’autre de 15 appartements, en accession (sociale?) à la propriété, des BRS. Pendant l’hiver, les riverains avaient été frappés par les inondations sur le chantier autant que (en rembobinant le fil à partir d’aujourd’hui) par le caractère un peu foutraque du chantier.

Le terrain n’est officiellement pas en zone inondable, mais à chaque épisode de fortes pluies, ou de fortes marées, le trou se remplissait d’eau. Les autorisations données par la Ville et l’architecte, les précautions prises par les opérateurs (Domofrance et le COL), la conduite du chantier par l’entreprise de BTP (Lapix) et ses sous-traitants, continuent à laisser songeurs les membres du collectif 22-Bergeret.

chantier à l’arrêt, février 2023

Surtout si l’on compare avec le type d’études entreprises par la Ville pour le projet voisin « Rive Droite de l’Adour » sur l’inondabilité du secteur à moyen et long terme. Une prise de conscience trop tardive pour Bergeret.

Jugement à venir

L’expertise technique de la chute de la grue en mars 2022 avait conclu provisoirement dès décembre 2022 à un problème de coulage de béton sur un des piliers de support de la grue, béton qui n’eut pas le temps de se solidifier suffisamment avent la montée des eaux.

grue accidentée, vue d’un 8e étage voisin

Le rapport technique définitif remis en décembre à la justice confirme cette expertise, qui pointe du doigt la responsabilité technique de Lapix.

Mais responsabilité technique n’est pas responsabilité judiciaire, et il appartiendra au juge d’établir la chaîne, et les parts, de responsabilité dans l’accident. Cela peut prendre des années, comme c’est le cas dans nombre d’accidents mortels du travail.

Comme légalement obligatoires, des expertises géotechniques avaient été réalisées l’été 2021, avant le début du chantier, puis un an plus tard avant le gros œuvre. Ces deux expertises attiraient l’attention sur la proximité de la nappe phréatique, le marnage (marées), les inondations. Elles appelaient à un renforcement des précautions prises. L’enquête judiciaire devra déterminer lesquelles ont effectivement été prises dans cette première phase du chantier. Ces deux rapports demandant aussi à ce que soit effectuée une expertise géohydraulique complémentaire. Autant le COL avait accepté la demande du collectif de transmettre les deux expertises géotechniques, autant les suites données à la demande hydrogéologique ne sont pas encore connues.

Accidents du travail

Pour le collectif, il était important de relever le cadre général des morts au travail, au-delà du cas local. C’est le sens du travail fait avec les syndicats, CGT construction, LAB, Solidaires et FSU, notamment à l’occasion des hommages.

prise de parole le 9 mars 2024

Ce 9 mars, dans la prise de parole commune, il a été rappelé que chaque jour en France deux personnes meurent au travail. Une hausse de 14% en un an. C’est l’Etat d’Europe qui a le plus mauvais bilan avec 3,53 accidents mortels pour 100 000 travailleur·euses, d’après le service européen de statistiques Eurostat.

Depuis le début de l’année, 17 personnes sont mortes au travail au Pays Basque Sud. Rappelons aussi qu’en 2023 au Pays Basque, 59 personnes ne sont pas rentrées vivantes du travail, dont 5 en Iparralde. Bien plus encore se blessent quotidiennement ou développent des maladies longues voire incurables.

Les accident et morts au travail sont massifs mais invisibilisés. Les plus touché·es sont les ouvriers et ouvrières, les emplois peu qualifiés, de plus en plus les jeunes et les femmes.

Le Collectif 22-Bergeret

Il s’était constitué après l’accident de la grue en mars 2022. Il regroupe des riverains et d’habitants du Carré St Esprit (l’immeuble sur lequel la grue s’est effondrée), en solidarité avec la famille du grutier et toutes les victimes. Depuis 2 ans, la solidarité reste la première raison d’être du collectif, aussi pour que ne s’efface pas la mémoire de l’accident.

Pendant l’arrêt du chantier, le collectif a mené plusieurs actions et débats pour la remise en cause du permis de construire sur cet îlot. Cela aurait permis une refonte du projet avec un espace vert sur ce terrain à la place des constructions, ou pour le moins une inclusion d’un espace de ce type dans le projet, ce qui était pourtant plébiscité par les habitants du quartier.

Malgré tous les problèmes soulevés quand à la nature du chantier, malgré de nombreuses interpellations, la mairie a refusé toute remise en cause. Le dialogue n’a pas été possible.

A l’été 2023, les réparations du Carré Saint-Esprit ont commencé. Si la reconstruction du dernier étage, le plus impacté, est achevée, toutes les réparations nécessaires ne sont pas achevées, 2 ans après l’accident.

A l’automne dernier, sur le terrain dévasté, inondé, les systèmes de pompage, les tractopelles, les engins de terrassement et de forage sont entrés en action ; le 8 janvier 2024 une nouvelle grue a été montée ; aujourd’hui des ouvriers exécutent les travaux, coulent des dalles, érigent des murs, en béton.

montage de la grue le 8 janvier 2024

Le collectif a pris acte de la volonté de la ville, et son action, en plus de la solidarité, se tourne vers la vigilance. Les riverains ont, pour certains, une vue directe sur le chantier, et sont en contact régulier avec le chef de chantier. Ils ont l’impression de plus de sérieux, au regard de la phase avant l’accident.

Néanmoins le collectif a du intervenir à deux reprises : sur le respect des horaires de travail légaux et sur le respect de la sécurité des piétons le long du chantier boulevard Alsace Lorraine.

L’hommage du 9 mars 2024

Une soixantaine de personnes ont participé à l’hommage ce matin : syndicalistes, membres du collectif, habitants du quartier, famille et amis de Mohamed Kichouhi, membres de l’association Âge et Partage 64 (futurs propriétaires). En distribuant de flyers d’invitation pour le rassemblement, le collectif avait pu constater combien cet accident mortel restait présent dans la mémoire du quartier. Aucun.e représentant.e de la mairie. Le directeur du COL était présent.

rassemblement le 9 mars 2024

Quelques jours après la reprise du chantier en novembre 2023, une rose rouge enveloppée d’un papier transparent a été accrochée par une main anonyme sur une grille de clôture.

Les ouvriers et leur chef ont dit : « nous ne l’enlèverons pas ». Fanée, elle est toujours là. D’autres roses ont été accrochées par la famille, les syndicats, le collectif et des participants.

roses posées par la famille

Demain, sur ce terrain construit, la mémoire de Mohamed Kichouhi ne doit pas s’effacer, un « espace » doit lui être réservé, ou une plaque, ou toute autre installation mémorielle.

Âge et Partage voulait proposer que la salle au RdC de leur futur immeuble Zubi Mayou, qui sera ouverte au quartier, porte le nom de Mohamed Kichouihi. Une proposition qui va dans le sens de ce que souhaite le collectif. Mis en cherchant à imposer une prise de parole non prévue dans l’hommage, sans aucun contact préalable avec le collectif, la présidente de l’association a donné l’impression de vouloir davantage profiter de la présence de journalistes qu’afficher une réelle solidarité, tardive mais bienvenue. C’est dommage, et une maladresse à oublier.

Sans relâche, le collectif demande, et continuera à demander que justice soit rendue aux victimes, à toutes les victimes de l’effondrement de la grue. Et que la mort de Mohamed Kichouhi ne soit pas effacée.

Patrick Petitjean, le 9 mars 2024

Appel de Politis pour un véritable service public d’accueil des exilés

24 mars 2018

Face au regain des discours xénophobes, à l’exploitation politique indigente et délétère des peurs, Politis publie l’appel d’intellectuels et d’artistes en faveur du retrait du projet de loi immigration, et de la création d’un véritable service public d’accueil des exilés. 

« Ce n’est pas ça, la France ! »

Nous, signataires du présent appel, exprimons notre consternation devant la teneur du débat qui se mène au Sénat sur la loi immigration. Son indigence réside dans la nature même du texte du ministre de l’Intérieur, aggravé aujourd’hui des concessions auxquelles celui-ci se prête avec complaisance. La question de l’accueil des exilés, qui, plus que toute autre, dessine le visage de la France, mérite mieux que l’opération de basse politique à laquelle se livrent MM. Macron et Darmanin, dont le seul but est de recomposer la droite à leur profit et d’intégrer le Rassemblement national dans une majorité de gouvernement.

Alors que l’immigration est loin d’être la préoccupation principale des Françaises et des Français, qui s’inquiètent de l’inflation, des effets des désastres climatiques, de la dégradation du service public d’éducation, des déserts médicaux, des discriminations, le gouvernement est prêt à toutes les compromissions pour séduire une droite extrême et une extrême droite qui veulent dicter leur logique identitaire. Pour cela, MM. Macron et Darmanin n’hésitent pas à instrumentaliser la peur de l’autre et à jouer de tous les amalgames entre immigration et délinquance, entre immigration et terrorisme – laissant entendre que le danger viendrait nécessairement de l’extérieur.

Sur le même sujet : Loi Darmanin : la « menace à l’ordre public », l’épouvantail de l’Intérieur

Ce n’est pas en dressant des murs de xénophobie et de haine que la France fera face à des mouvements de population désormais irréversibles, qui, d’ailleurs, concernent moins notre pays que ses voisins. La France, ce pays dans lequel une multitude d’individus, d’origines, de croyances et d’opinions vit ensemble, ce n’est pas ça ! Ce n’est pas cet esprit de forteresse assiégée. Ce n’est pas la remise en cause du droit du sol, l’un des grands acquis de notre histoire. Ce n’est pas sacrifier des droits d’asile inaliénables et indivisibles. Ce n’est pas le recours à la notion floue de « menace à l’ordre public ».

Au prétexte de sécurité et de préférence nationale, le gouvernement attaque le socle de notre État de droit.

La France que nous voulons, ce n’est pas livrer les exilés à une justice expéditive devant un juge unique. Ce n’est pas la multiplication des obligations de quitter le territoire, avec la seule obsession du chiffre. La France que nous voulons, ce n’est pas, au mépris de toute humanité, interdire aux médecins de prendre en charge les exilés malades avant qu’ils éprouvent une « douleur aiguë » ou souffrent d’un mal incurable. Où est la logique quand on privilégie la médecine d’urgence à la prévention ?

Au prétexte de sécurité et de préférence nationale, le gouvernement attaque le socle de notre État de droit. S’il y a un problème d’intégration des exilés, c’est d’abord un problème social. Nous rejetons toute logique identitaire. Nous nous prononçons pour un véritable service public d’accueil des exilés, les initiant à notre langue et les orientant vers l’emploi dans le respect du droit du travail. Les grands mouvements qui agitent la planète appellent une réponse faite de lucidité, d’ambition, de dignité et de générosité. Avec MM. Macron et Darmanin, nous en sommes loin. C’est pourquoi nous demandons le retrait d’un projet de loi menaçant pour les exilés et dangereux pour toute notre société.


Signataires

Étienne Balibar, philosophe • Patrick Baudouin, président de la LDH • Hourya Bentouhami, philosophe • Amal Bentounsi, militante associative • Alain Bertho, anthropologue • William Bourdon, avocat • Youcef Brakni, militant associatif • Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières • Vincent Brengarth, avocat • Dominique Cabrera, cinéaste • Fanélie Carrey-Contes, secrétaire générale de La Cimade • Samuel Churin, comédien • Alexis Cukier, philosophe • Valérie Damidot, animatrice de télévision • Eva Darlan, comédienne • Laurence De Cock, historienne • Rokhaya Diallo, journaliste, autrice et réalisatrice • Samia Djitli, retraitée de la culture • Elsa Dorlin, philosophe • Annie Ernaux, écrivaine • Mireille Fanon-Mendès-France, présidente de la Fondation Frantz-Fanon • Éric Fassin, sociologue • Corentin Fila, comédien • Bernard Friot, sociologue, économiste • François Gemenne, politologue • Roland Gori, psychanalyste • Robert Guédiguian, cinéaste • Nacira Guénif, sociologue, anthropologue • Kaoutar Harchi, sociologue, écrivaine • Jean-Marie Harribey, économiste • Cédric Herrou, agriculteur et responsable de la communauté Emmaüs de la Roya • Chantal Jaquet, philosophe • Gaël Kamilindi, comédien • Bernard Lahire, sociologue • Mathilde Larrère, historienne • Frédéric Lordon, économiste • Sandra Lucbert, autrice • Noël Mamère, écologiste • Corinne Masiero, comédienne • Henry Masson, président de La Cimade • Christelle Mazza, avocat • Médine, rappeur • Philippe Meirieu, universitaire • Gérard Mordillat, cinéaste • Gérard Noiriel, historien • Émilie Notéris, écrivaine • Thomas Piketty, économiste • Jean-Michel Ribes, scénariste, réalisateur • Michèle Riot-Sarcey, historienne • Gisèle Sapiro, sociologue • Catherine Sinet, journaliste • Maboula Soumahoro, universitaire • Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice • Assa Traoré, militante associative • Enzo Traverso, historien • Usul, vidéaste • Marie-Christine Vergiat, vice-présidente de la LDH • Éric Vuillard, écrivain • Sophie Wahnich, historienne • Jacques Weber, comédien • Catherine Wihtol de Wenden, politiste, spécialiste des migrations internationales.

Appel paru dans Politis du 22 novembre 2023

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Marienia : Bouygues envoie 4 militant.e.s au tribunal

Libérez les personnes arrêtées

Ce matin à 6h, 4 militant.e.s d’Ostia ont été réveillés par la police et conduits au commissariat de Bayonne pour être placés en garde à vue. Libéré.e.s vers 15h, ils et elles sont convoqué.e.s devant le tribunal le 12 mars 2024 pour « dégradations en réunion ». Intimidation et répression battent leur plein.

Un rassemblement s’est tenu à midi devant le commissariat de Bayonne, à l’appel de Lurzaindia, ELB et Ostia pour demander la libération des personnes arrêtées. Près de 150 personnes y ont participé, dont de nombreux élèves venus du lycée Etxepare, où enseigne l’un des gardés à vue.

Les 4 personnes ont été libérées vers 15h, mais sont convoquées devant le tribunal de Bayonne le 12 mars prochain pour « dégradations en réunion ». Un deuxième rassemblement est prévu en fin d’après-midi à Cambo, où est localisé le projet de Bouygues.

Ce projet consiste en la construction de 84 logements sur des terres agricoles au lieu dit Marienia. La mairie y avait inclus quelques logements sociaux pour faire passer la pilule, mais cela n’est pas passé. Des recours ont été faits, contre le PLU (rejeté) et contre le Permis de Construire (victorieux). Bouygues a déposé un nouveau PC, et un nouveau recours est à l’examen.

Une manifestation importante (plusieurs centaines de personnes, et de nombreux tracteurs) s’était tenue le 22 octobre 2022 à Cambo.

Manifestation du 22.10.22
File de tracteurs sur le terrain convoité par Bouygues 22.10.22
Rassemblement après la manifestation sur le terrain 22.10.22

Le 17 décembre de la même année, un groupe de militant.e.s d’Ostia s’était invité dans une agence de Bouygues à Anglet, avec des seaux pleins de terre et de paille. Le contenu en avait été répandu par terre, et aussi, oh scandale, sur une magnifique maquette du projet de Cambo.

Une enquête avait été ouverte sur plainte de Bouygues. Prêt d’un an plus tard, elle débouche sur ces gardes à vue et un futur procès pour « dégradations en réunion ».

L’air du temps est, ici comme ailleurs, à la répression des luttes environnementales. Depuis un an, Ostia, avec ELB et Lurzaindia, a participé à plusieurs actions de défense des terres agricoles. Sans doute faut-il voir dans ces interpellations une intimidation et un avertissement en anticipation d’actions futures. A joué aussi, peut-être, le fait qu’Ostia ne cache pas sa solidarité ni sa proximité avec les Soulèvements de la Terre.

Patrick Petitjean, 7 novembre 2023

Loi Darmanin : surenchères xénophobes

C’est un feuilleton qui dure depuis des mois. A la recherche d’une majorité à droite pour faire voter « sa loi », comme le fit jadis Sarkozy son inspirateur, Darmanin multiplie sans complexe les surenchères répressives avec Les Républicains. Des mobilisations contre cette loi sont attendues d’ici la fin de l’année.

Ce lundi 6 novembre la loi Darmanin contre l’immigration reprend son parcours législatif au Sénat, parcours qui avait été suspendu après son passage en commission de mars dernier.

Les polémiques politiciennes entre la majorité et la droite n’avaient pas cessé depuis cette suspension, elles vont se développer encore plus pour savoir qui est le plus répressif. Les surenchères xénophobes vont être de mise. Les étrangers sont pris en otages de conflits (très médiatisés à défaut d’être importants) au sein du gouvernement et de manœuvres pour dégager une éventuelle majorité à l’Assemblée nationale.

L’objet de ce billet n’est pas de détailler les très nombreuses mesures régressives et répressives contenues dans le projet de loi, Libération, Le Monde, Mediapart, Basta et d’autres le font déjà et continueront à le faire. Cela inclut le retour de la double peine, l’introduction du critère (oh combien flou et extensible) de « non respect des principes républicains » pour justifier des expulsions et des refus de régularisations, voire des déchéances de la nationalité. Et aussi l’invocation de la loi sur le « séparatisme » qui conduit à de multiples atteintes aux libertés. Et en plus, la suppression de l’AME (aide médicale d’état) réclamée par la droite et en voie d’acceptation par Darmanin. Et encore, par les mêmes, la volonté de désobéir aux conventions internationales. S’y ajoutent l’augmentation de la durée de rétention, l’extension sans limite des OQTF, doublés d’IRTF ; la restriction des recours. Darmanin, ou le lepénisme décomplexé.

Pour une critique globale et détaillée du projet de loi, on peut se référer notamment au Gisti : https://www.gisti.org/spip.php?page=sommaire

Par ailleurs, cette surenchère répressive s’accompagne de campagnes répétées contres les associations qui défendent les personnes exilées. Un appel à la solidarité a été lancé le 2 novembre par le Gisti, la LDH, le SAF, le SM et une vingtaine d’associations de défense des droits humains. On peut le retrouver sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/association-gisti/blog/031123/des-attaques-repetees-contre-les-associations-qui-defendent-les-exiles

Il se termine ainsi :

« La contestation voire le mépris affiché pour le respect par la France des conventions internationales, prônée par le ministère de l’Intérieur lui-même, et largement banalisée dans le débat politique et médiatique, témoigne d’une grave perte de repères sur ce qu’est l’État de droit. Alors que la période appelle apaisement et cohésion, les orientations gouvernementales nous projettent à l’inverse dans un abîme d’arbitraire, de stigmatisation et de précarisation accrue de nombreuses personnes étrangères ; des mécanismes qui ont toujours fait le lit des ressentiments et de la violence ».

De la circulaire à la loi ; puis de nouveau une circulaire ?

L’article 3 du projet de loi est devenu fameux par la place qu’il occupe dans les polémiques, article censé faciliter la régularisation administrative de personnes qui travaillent déjà. Cet article vise à instaurer un titre de séjour pour le travail dans les métiers dits en tension, valable un an seulement, renouvelable, et soumis à des critères stricts (8 fiches de paie et trois ans sur le territoire). La liste des « métiers en tension » reste arbitraire, soumise à révision régulière. Cette régularisation administrative potentielle assigne les travailleurs immigrés à leur utilité économique. Pas très humaniste.

Mais ce titre de séjour serait de plein droit. Un travailleur pourrait en faire la demande directement, sans passer par un patron, et sans être totalement soumis à l’arbitraire d’un préfet. Logiquement, l’ouverture d’un tel droit est une opportunité réelle, et donc un espoir, pour toutes les personnes dans cette situation. Il est donc impossible pour les associations de solidarités de s’y opposer frontalement, malgré les limites de cet article 3.

C’est ce qu’exprime très bien Marie Cosnay dans un entretien pour Libération le 3 novembre :

« Pour ma part, je soutiendrai cette mesure pour une raison simple : tous les gens sans papiers que je connais souhaitent qu’elle passe. De toute façon, ils travaillent déjà. Ils le font en se débrouillant, et les entreprises qui les emploient se débrouillent aussi. Quitter cette hypocrisie pour régulariser les travailleurs nous rendrait moins fous et donnerait des droits, même provisoires, en termes de santé et d’accès à des aides aux étrangers concernés. Bien sûr, ce n’est pas la mesure idéale à laquelle nous aspirons. Mais elle produirait quelques gains, et, personnellement, je ne m’autoriserais pas le luxe de les laisser de côté ».

Cet article 3 prendrait la suite de la « circulaire Valls », qui permettait depuis 2012 cette régularisation par le travail, tout en la soumettant à l’arbitraire des préfets et au bon vouloir des patrons qui, en faisant la demande pour leur ouvrier, reconnaissait par là même être dans l’illégalité et devaient payer une taxe spéciale. Malgré tout, au titre de cette circulaire, autour de 30 000 régularisations étaient faites chaque année.

C’est le cas, notamment ces dernières semaines, pour la régularisation de centaines de travailleurs « sans-papiers » qui, avec la CGT et la CNT, avaient fait grève sur des chantiers du Grand Paris et des JO2024 : https://basta.media/Travailleurs-sans-papiers-regularises-les-strategies-payantes-d-une-greve-efficace

Dans la chasse aux voix de droite pour faire passer sa loi à l’Assemblée nationale, Darmanin et le Gouvernement semblent prêts à abandonner la loi pour une nouvelle circulaire (et donc le rétablissement de l’arbitraire préfectoral) sur la régularisation par le travail : de la circulaire Valls à la circulaire Darmanin.

Le travail est un droit, le travail donne des droits

A Pays basque, un Collectif est né fin 2021 sur les problématiques de régularisation par le travail et l’application, ou la non-application, de la circulaire Valls au gré des préfets (Landes et Pyrénées Altlantiques) et de leurs mutations. Pour faire face aussi à la complexification des procédures.

Le Collectif est composé d’Etorkinekin Diakite et de la Cimade d’une part, et des syndicats LAB, CFDT, CGT-construction, FSU et Solidaires de l’autre. Des avocats y participent, et un lien est établi avec l’inspection du travail.

Il a déjà une longue histoire. Il a tenu une conférence de presse en mai 2022 sur cette situation, puis a organisé le 28 janvier dernier un forum-débat avec de nombr-eux-euses intervenant.e.s et près de 200 participants dans les locaux de l’Université à Bayonne.

Il a mis en place à la rentrée de septembre une permanence unitaire, dans les locaux d’Etorkinekin à Bayonne pour écouter et aider les salarié.e.s à connaître et, si nécessaire à faire valoir, leurs droits ou à constituer leur dossier de régularisation. Cette permanence est gratuite et confidentielle. Pour venir à la permanence, il faut prendre rendez-vous, par téléphone (07 45 24 47 65) ou par courriel (emploietrangers@gmail.com). Alors, lectrices et lecteurs de ce billet, si vous avez connaissance d’une telle situation, vous pouvez aider à mettre en lien vers cette permanence.

Le Collectif a organisé le 24 octobre à Bayonne un nouveau débat sur la loi Darmanin et la régularisation par le travail, avec la projection du film « Premier de corvée ». Une centaine de participants ont pu échanger (à distance) avec Julia Pascual, journaliste au Monde et coréalisatrice du film.

Devant le fort durcissement de la législation répressive qui se profile avec la loi Darmanin, le Collectif élargit ses objectifs : Détecter et aider les régularisations potentielles, individuelles ou collectives – contre la surexploitation, le respect du droit du travail pour les travailleurs migrants sans papiers ou en statut précaire – veille sur la situation locale, repérer les abus et les documenter.

Quel que soit l’issue finale, article 3 de la loi pour ouvrir un droit, ou circulaire qui maintienne l’arbitraire préfectoral, le Collectif ne manquera pas de travail.

Patrick Petitjean, 5 novembre 2023

Foncier agricole, la spéculation en échec

Une nouvelle vente en « nue propriété » a eu lieu à Saint-Pée sur Nivelle il y a quelques jours, pour un terrain agricole de près de 4 ha et une maison à 50 000 euros. La nue propriété est une manière de priver la SAFER de son droit de préemption. L’annonce de deux rassemblements à Macaye et Bayonne a conduit l’acheteur à annuler la transaction.

La nue propriété interdit l’usufruit, et donc les activités agricoles, ce qui met la SAFER hors-jeu. Dès l’annonce de cette transaction, qui fait suite à plusieurs autres semblables, les organisations agricoles basques (ELB et Lurzaindia) et le collectif Ostia avaient appelé à se rassembler devant le domicile de l’acheteur à Macaye, et devant les bureaux du notaire à Bayonne, ce mercredi 18 octobre. Une quarantaine de personnes à Macaye (dont le aire) et une soixantaine à Bayonne ont participé à ces rassemblements.

Par crainte d’une occupation de son futur terrain, comme dans d’autres cas semblables, l’acheteur a préféré renoncer. Suite à la rencontre avec le notaire, il a été convenu d’organiser une rencontre entre les parties prenantes pour que ces terres gardent leur vocation agricole.

La réactivité des organisations agricoles, la mobilisation large d’habitants, sont indispensables pour bloquer cette spéculation sur les terres agricoles.

Patrick Petitjean, 18 octobre 2023

Bayonne Saint-Esprit : 22 quai Bergeret, la lutte continue

(mare au canards)

Jeudi 12 octobre, le collectif 22-Bergeret a organisé une réunion publique pour présenter ses propositions quant au futur du chantier interrompu depuis la chute de la grue, provoquant la mort du grutier, Mohamed Kichoui ; un chantier devenu friche. Le collectif avait invité la mairie de Bayonne, les deux constructeurs (Domofrance et COL) et l’EPFL propriétaire du terrain pour réagir en direct aux propositions. Ils étaient présents, sauf l’EPFL.

Le projet, le collectif, l’état des lieux

Plusieurs articles ont déjà été publiés sur ce blog à propos de l’accident de grue et du projet de construction. Voir en déroulant les différentes parutions du blog.

Rappel du projet

Le terrain avait été acquis par l’EPFL-PB (Etablissement Public Foncier Local du Pays basque, chargé de gérer le foncier pour le compte des communes) en 2014 pour le compte de la ville de Bayonne. Il est situé entre le quai Bergeret et le boulevard Alsace-Lorraine.

Le projet comporte deux bâtiments, 5 et 4 étages plus attiques, 1 parking souterrain. Domofrance (une filiale d’Action Logement pour l’Aquitaine), sur le bd Alsace Lorraine avec une trentaine de logements. Le COL (Comité Ouvrier du Logement, coopérative issue du mouvement des Castors au Pays basque après-guerre, aujourd’hui spécialisée dans l’accession sociale à la propriété et dans les projets participatifs) avec 15 logements pré-affectés par la ville de Bayonne pour une résidence participative seniors. Tous les logements sont proposés en accession sociale avec BRS (Bail Réel Solidaire), où le foncier reste public (pas de spéculation donc) et seul l’appartement est privé (avec des contraintes en cas de revente)

L’accident, le collectif de riverains

Le 9 mars 2022, la grue s’effondrait quelques heures après son installation dans un terrain inondé. Le grutier était tué, et l’immeuble voisin (le Carré Saint-Esprit) très endommagé. Le dernier étage était détruit et ses occupants, présents à l’intérieur, échappaient par miracle à la mort.

En solidarité avec toutes les victimes, un collectif a été créé par des riverains, pour obtenir la mise en sécurité du chantier, obtenir toutes les informations sur l’accident et ses suites, réfléchir à l’avenir de la parcelle.

Le 9 mars 2023, il a organisé un hommage au grutier, Mohamed Kichoui, avec les syndicats CGT et LAB du bâtiment. Plus d’une centaine d’habitants ont répondu à l’appel, pour manifester leur solidarité… mais sans aucun représentant de la mairie.

(plaque d’hommage)

L’état des lieux

Le chantier n’a pas repris, et s’est transformé en îlot de fraîcheur apprécié des riverains, dont une mare aux canards (voir photo à la une) et aux poissons. La végétation a aussi repris ses droits.

(Mare et retour du végétal en octobre 2023)

En septembre, les travaux de réparation de l’immeuble voisin ont débuté, pour plusieurs mois. Les ouvriers ont constaté les difficultés de fixer l’échafaudage côté chantier, sur une mince bande de terre molle entre la mare et l’immeuble.

(échafaudage sur le carré Saint-Esprit)

Pour un jardin mémoriel

Les riverains refusent l’effacement de l’accident mortel de Mohamed Kichoui et des autres victimes. Le chantier ne peut être relancé tel que comme s’il ne s’était rien passé. C’est pourtant ce qui semble être la première préoccupation de la mairie et du COL au vu de leurs annonces répétées de date pour cette reprise.

La proposition du collectif est d’inclure dans le projet un espace vert public, de taille suffisante, en plaine terre, qui constitue un espace mémoriel. Il y a actuellement dans l’ancien projet un tout petit espace vert privé (destiné à être un jardin partagé pour les propriétaires du bâtiment du COL). Evidemment inacceptable.

Le collectif a bien conscience que cela nécessite une modification du PC (Permis de Construire), voire une modification simplifiée du PLU (Plan Local d’Urbanisme)

A quelques blocs de l’îlot Bergeret (l’îlot Vigilant entre les rues Muscard, Bourbaki et Argote), un tel espace vert public avait pu être glissé dans un projet immobilier du COL (toujours en BRS), tout en nécessitant une modification du PLU (faite en 2019), une délibération du conseil municipal (en 2022) et une modification du PC. Les travaux vont commencé.

Le quartier est en demande d’espaces verts. Pourquoi ce qui a été possible pour Vigilant ne le serait pas pour Bergeret ?

Remettre sur le tapis la totalité du projet, y compris la programmation de logements

Le collectif avait fait au printemps dernier un sondage auprès d’une centaine de personnes. Sans surprise, les deux besoins qui sortent en premier sont les espaces verts et les logements, principalement les locations sociales. Sans surprise non plus, au vu de l’îlot de fraîcheur qu’est devenu le chantier, les habitants ne souhaitent pas de construction sur Bergeret.

Revoir très fortement la programmation des logements ou même faire table rase des bâtiments. Le collectif partage ces deux demandes, et laisse ces deux hypothèses encore ouvertes. Elles doivent être mises sur la table dans une re-discussion globale du projet.

Le collectif pose cette question : Ne faut-il pas profiter de l’arrêt du chantier pour revoir la programmation de logements, avec de vrais logements sociaux et en réduisant l’emprise des bâtiments pour laisser place à un espace vert ?

Rééquilibrer en faveur du locatif

Dans le projet actuel, tant Domofrance que le COL ne proposent que de l’accession dite sociale. Il n’y a pas de logements locatifs qui s’adressent aux jeunes, précaires, aux personnes de ressources modestes, notamment retraitées.

Pour mémoire : il y a 5000 habitants de Bayonne sur les listes de demande de logements sociaux. Ils et elles sont candidats à la location, pas à la propriété pour la plupart.

La mairie semble considérer qu’il y a suffisamment de diversité sociale à Saint-Esprit, et privilégie l’accession, au risque d’une gentrification. Cela se voit dans les contraintes souples au niveau du plan local de l’urbanisme, le PLU. Le seuil pour l’obligation de logements sociaux (avec une partie obligatoire de locatif) par opération immobilière est actuellement de 31 logements dans le quartier. Une révision proche va l’abaisser à 20. Cela reste très insuffisant.

La plate forme « Herrian Bizi », qui a organisé les manifestions sur le logement et regroupe de très nombreuses associations concernées et compétentes sur le logement, préconise un seuil de 3 ou 4 logements en général, avec davantage de locatif que d’accession. A Grenoble, ce seuil est de 3

Une alternative pour une résidence seniors participative

La mairie a décidé de faire une résidence seniors sur l’îlot Bergeret, c’est très bien, il en faut, et c’est son droit. Mais pourquoi en BRS, en plus pour des copropriétaires (les candidat.e.s du COL, sauf une, selon la presse) ? C’est son choix politique, mais ce n’est pas le seul possible

Si on veut faire une résidence seniors participative, pour des milieux populaires, il y a l’exemple de l’association Gurekinen, partenariat avec le COL, à Urt. C’est un projet de37 logements avec 27 locatifs et seulement 10 en BRS. Il y a 7 HLM stards et 3 très sociaux. Restent 17 logements locatifs, T1 et T2, sous forme d’une « maison partagée », avec des espaces collectifs. La maison partagée donne lieu à un processus participatif classique avec les futurs locataires.

37 logements, c’est le même ordre de grandeur que les 45 de Bergeret : Un projet semblable est concevable pour Bergeret, et contribuerait à réduire l’emprise des bâtiments et laisser de la place pour un espace vert public. Une proposition à débattre pour un nouveau PC

Mettre en oeuvre les principes de précaution et d’anticipation

Le collectif pose une autre question : Quelles leçons ont été tirées de l’accident avant une éventuelle reprise du chantier, avec ce sol spongieux. Quels est l’état des sols ? Quelles précautions pour construire dans la nappe phréatique ? Quelle anticipation des risques d’inondation en 2050 avec l’augmentation du niveau des océans ?

Il s’agit à la fois de précaution et d’anticipation.

L’îlot Vigilant est officiellement en zone inondable, contrairement à Bergeret, pourtant au bord de l’Adour. Le parking est donc tenu à un double coffrage, pas celui de Bergeret.

Pour les années qui viennent la ville a un grand projet d’urbanisme voisin, de l’autre côté du pont Saint Esprit, vers l’aval. Elle l’explique régulièrement, « l’inondabilité du secteur constituera un vrai sujet dans les décennies à venir ». Etait-il vraiment impossible, il y a 10 ans, d’anticiper ce risque d’inondabilité, 200m en amont de ce grand projet ?

Dans une plaquette diffusée en 2022, la ville expose son intention de lutter contre l’artificialisation des sols, pour les îlots de fraîcheur et le végétal en pleine terre.

Super de super. Mais n’était-il pas possible d’anticiper à Bergeret, en arrêtant la bétonnisation galopante du quartier ? Conçu il y a plus de 10ans, le projet actuel est un projet anachronique du « temps d’avant ». Pourquoi ne pas profiter de l’arrêt du chantier pour le reprendre complètement ?

Pour une concertation publique sur l’avenir du site

Le collectif demande une telle concertation depuis plus d’un an, mais se heurte à un refus de discussion. Il demande, pour le moins, que ce refus soit sérieusement motivé. Que de temps perdu ?

Il faut rappeler par ailleurs qu’un procès concernant l’accident va avoir lieu, que l’expert n’a pas rendu son rapport final, et qu’au-delà de Lapix, il y a les donneurs d’ordre, dont le maire qui a signé le PC. Une éventuelle reprise précipitée du chantier poserait le problème de sa responsabilité pour défaut de précaution.

Une concertation peut se faire dans les 4 à 6 mois à venir, voir plus, période dans laquelle le chantier ne pourra techniquement pas reprendre. Et déboucher sur une modification du PC, avec un nouvel équilibre espaces bâtis / espaces verts, et sur une nouvelle programmation beaucoup plus sociale.

Les conditions de reprise du chantier ne sont pas réunies. Malgré tout, le COL, Domofrance et la mairie ont convoqué, en réaction à la réunion publique du collectif, leur propre réunion 5 jours après, le 16 octobre. Avec au menu la reprise du chantier, avec la participation des entreprises concernées

Le débat avec les porteurs du projet actuel

La municipalité et le COL étaient déjà venues (sans avoir été invités) lors de la première réunion publique du collectif en janvier dernier. Cette fois-ci, ils étaient confrontés à des questions et propositions plus élaborées quant à l’avenir de la friche. Les échanges entre les participants et les porteurs du projet actuel ont été courtois, riches, mais n’ont pu que constater une impasse complète.

En premier lieu, les demandes d’information sur les études faites (ou à faire) sur les sols et l’inondabilité sont restées sans réponses

Un côté très positif cependant : le collectif a réussi à maintenir ses propres termes du débat : « quel type de logement social et pour quels habitants » et sur la complémentarité entre logements et espaces verts. Et donc en ne laissant pas les autorités le renvoyer dans une fausse alternative entre logements et espaces verts.

La discussion a porté sur le refus de remettre en cause le moindre aspect du projet actuel et donc le refus de toute concertation. Le COL et Domofrance ont surtout mis en avant les arguments économiques : les marchés déjà signés, les promesses de ventes, tous les coûts en augmentation. On a appris au passage que si les 15 logements du COL étaient déjà attribués, il restait à Domofrance quelques logements à vendre, la commercialisation ayant été arrêtée à la suite de l’accident.

Il y avait trois élu.e.s présent.e.s : Joseba Erremundeguy (conseiller délégué aux relations avec les conseils de quartier), Laurence Hardouin (adjointe à la transition) et Alain Laccasagne (adjoint à l’urbanisme). Plusieurs registres ont été mobilisés pour récuser toute remise en débat :

la défense de l’accession sociale à la propriété (par le trio), supposée permettre de loger les classes moyennes inférieures qui, comme chacun sait, rêvent de devenir propriétaires, surtout les personnes âgées au bout de leur « parcours résidentiel » (sic). C’est d’ailleurs le thème de la propagande d’Alday, promoteur bayonnais bien connu, pour vendre ses appartements « en accession maîtrisée » au Prissé. Comme si les BRS étaient vraiment accessibles à toutes les classes moyennes, surtout en ce moment, avec les difficultés de crédit et l’inflation. En contre partie, évidemment, pas un mot pour défendre le locatif social à Saint Esprit.

la responsabilité morale des élus (par JE et AL), envers les futurs habitants, qui ont signé des « réservations » et attendent leur appartement depuis des années (la livraison du bâtiment du COL était prévue en 2021, mais le covid, puis l’accident…). Sans éviter le registre larmoyant : certains sont très âgés et ne peuvent plus attendre

un BRS qui se crée, c’est une location qui se libère, (par le COL). Sauf qu’à Bergeret, les futurs propriétaires sont déjà propriétaires, sauf une qui a été mise en avant lors de la réunion. Dans un entretien à Sud Ouest en juin dernier, la présidente de l’association qui a bénéficié des BRS avait elle-même reconnu ses membres étaient déjà propriétaires.

on a commencé à faire, et on va le faire de plus en plus (LH), pour répondre à notre référence à la plaquette de la ville. Mais plus tard, ou ailleurs à Saint Esprit.

autoritaire (JE), avec cette affirmation choc : « La concertation, c’était les élections municipales. Ce projet était dans notre programme ».

à suivre

On en est resté là ce 12 octobre. Les discussions reprendront le lundi 16 avec le COL, Domofrance et le maire à la barre. Elles ne seront pas les dernières dans ce dossier.

Patrick Petitjean, le 16 octobre 2023

Voir aussi sur cette soirée : http://ramdam6440.fr/2023/10/16/le-collectif-22-quai-bergeret-enfin-pris-au-serieux/

Le site du collectif : http://22quaibergeret.fr

Fin de l’occupation de la ferme Olha

Les associations et collectifs (ELB, Ostia, Lurzaindia et habitants de Senpere) qui occupaient le domaine Olha à Saint-Pée ont d’un commun accord mis fin à cette action le 29 août. Le rapport de force n’était pas suffisant pour faire reculer vendeur et acheteur, qui avaient finalisé l’acte début août. Il faut dire que la famille Teillaria (l’acheteur) est propriétaire de la Maison Adam (« les macarons de la spéculation ») une institution luzienne puissamment soutenue.

Sur ce dossier, voir mes billets précédents des 29 juin et 14 août sur lepimentbayonnais.fr.

Pour finir l’action en beauté, 2 actions de blocage ont été organisées le matin du mardi 29 août à Bayonne (accès Nord) et Saint Jean de Luz (devant la gare). Une quarantaine de tracteurs et 200 personnes ont participé à ces actions.

L’occupation a certes échoué au regard de son objectif d’empêcher la vente, mais a a marqué une étape dans la prise de conscience de l’impact de la spéculation sur les terres agricoles et de la nécessité de préserver à tout prix la terre nourricière.

Lutte de classes en terre paysanne

Un peu comme post-scriptum à cette action, le journal Mediabask a publié un long entretien de William Roux avec la fille des anciens locataires sous le titre « La ferme Olha, une histoire, deux familles », où elle raconte l’expulsion du domicile que sa famille occupait depuis plus de 30 ans. Un récent éclairant sur les conflits de classe dans la campagne.

L’article entier est réservé aux abonnés de Mediabask. En voici des extraits.

« Le chant des oiseaux, le lac, la forêt touffue. Dans une impasse perdue de Saint-Pée, la ferme Olha était pour les époux Moleres et leur fille, leur “petit coin de paradis”. En 1989, lorsque un couple d’agriculteurs retraités prennent la direction de Biarritz, Mayi et Daniel Moleres emménagent dans la ferme Olha et ses 800 m² de jardin entourés de plus de 50 hectares boisés. L’endroit leur est familier. Mayi Moleres est née à Chuasti, la ferme voisine quelques mètres en contrebas.

“Chuasti était la ferme familiale. Mon oncle et ma tante, agriculteurs, ont exploité cette ferme à la suite de leurs parents. Mes aïeux métayers travaillaient déjà sur ces terres. La famille d’Elbée a acquis ce domaine au début des années 1960”, se souvient Maritxu Moleres, la fille unique des anciens locataires de la ferme Olha.

Entre les Moleres et les d’Elbée, les liens sont excellents durant plusieurs décennies. “Il y avait une relation de confiance et de services. Le Comte Elie d’Elbée avait du respect pour les agriculteurs et c’était un passionné d’ornithologie”. Si en 2015, Elisabeth D’Elbée, l’héritière de la ferme, émet l’idée de vendre son bien, ce n’est qu’en avril 2021, qu’elle prend sa décision. Lors d’une visite à ses locataires, elle annonce qu’une lettre de congé pour vente arrivera en juillet, soit six mois avant la fin du bail qui doit intervenir fin janvier 2022. Les époux Moleres ont alors 68 ans. Ils louent la ferme Olha pour 320 euros par mois depuis plus de 30 ans.

“Cette annonce fait l’effet d’une douche froide car ma mère est affaiblie par le traitement de son cancer du poumon, elle est alitée”, confie l’œil humide Maritxu Moleres. C’est dans ce contexte a débuté la valse des visites avec une agence immobilière de luxe : Côte Ouest immobilier Christie’s. “Je ne voulais pas exposer ma mère aux visites par pudeur ou par dignité. Mon père continuait à travailler comme jardinier, cela engendrait des contraintes d’organisation peu compatibles avec le fonctionnement d’une agence aux clients exigeants”. Une dizaine d’années auparavant, la ferme Chuasti avait été vendue par Elisabeth d’Elbée pour près d’un million d’euros. Olha, ses 330 m² habitables, ses cinq chambres et ses 28 hectares, est d’abord mise en vente pour la somme astronomique de 2,45 millions d’euros.« 

Mais les conditions légales du « congé pour vente » ne sont pas remplies, et les propriétaires sont dans l’obligation de reloger les locataires à l’identique. “Sauf que l’identique n’existe pas dans le secteur à cause de la tension du marché de l’immobilier. Même une maison de 90 m² avec un garage et un jardinet dans un rayon de cinq kilomètres entre Ahetze, Saint-Jean-de-Luz et Guéthary, reste introuvable”, constate celle qui voulait que ses parents restent près de l’endroit où ils ont passé leur vie. Sa mère meurt en juin 2021, ce qui n’empêche agence et notaire de poursuivre les procédures de mise en vente et de négociation de compensations pour un départ de la ferme. La première mise à prix pour la vente de la ferme avait été de 2,45 millions d’euros. Mai vendre un logement occupé fait diminuer la valeur spéculative d’un bien… et la procédure de vente est à l’arrêt.

C’est seulement un an plus tard que le notaire prend en main la négociation pour un départ indemnisé de la ferme, qui se termine à l’automne 2022. « Début 2023, Daniel Moleres rend les clés. Il est hébergé provisoirement sur Ahetze dans sa famille ». Et la vente se conclut finalement au printemps pour 1,3 millions d’euros

Patrick Petitjean, 10 septembre 2023

Olha : l’occupation se poursuit

Engagée le 27 juin, l’occupation du domaine Olha, à Saint-Pée-sur-Nivelle se poursuit. Il s’agit de refuser une vente spéculative à des non-agriculteurs. L’occupation est à l’initiative d’un collectif d’habitants de Saint-Pée et d’Ostia avec le soutien du syndicat paysan ELB et de Lurzaindia, auxquels la FDSEA vient de se joindre. Voir le premier article publié le 29 juin sur ce blog pour le début de l’occupation.

Pour mémoire, il s’agit d’un domaine d’une cinquantaine d’hectares, principalement boisée, avec 6 ha de prairie, exploités par un agriculteur voisin, 2 ha d’un étang, et une ancienne ferme inhabitée. Le domaine est classé en zone naturelle au PLU de Saint-Pée, et n’est plus considéré comme une exploitation agricole, ce qui facilite sa vente. La LPO y a géré une réserve ornithologique.

La vente se fait au prix de 1,3 millions d’euros. La SAFER a estimé la partie agricole à 220 000 euros. Elle a proposé de préempter cette partie seulement, mais la vendeuse (basque) a refusé, de même que de baisser son prix de vente. La SAFER était légalement fondée à intervenir, s’agissant d’un prix spéculatif et d’une vente à des non-agriculteurs : la famille Teillaria, propriétaire de la Maison Adam, célèbre pour ses macarons.

Plusieurs manifestations ont eu lieu devant la Maison Adam à Saint-Jean-de-Luz ou devant l’office notarial chargé de la vente. L’acheteur se défend en faisant état d’un projet « agricole » : culture de noisetiers, figuiers et cerisiers, ruches : produits nécessaires à leur entreprise de « gastronomie basque ». Il s’affiche aussi écolo (permaculture et rotation des cultures) et social (des potagers pour les employés de l’entreprise). Sans rire.

Cette belle déclaration d’intention n’a évidemment convaincu personne, vu les éléments du domaine et sa proximité avec Saint-Jean-de-Luz. Ce qui n’a pas empêché la vente d’être officiellement actée le 2 août. Ostia appelle au boycott de cet acteur de la gastronomie basque.

Depuis, la mobilisation continue pour préserver la totalité du domaine, ses terres agricoles et sa biodiversité. Un pique nique et un concert ont eu lieu le samedi 12 août sur le site.

Surtout, 70 maires ont rendu public leur refus de cette vente, leur volonté de préserver cette terre agricole. Parmi eux, les maires de Saint-Pée et Ahetze, villes les plus proches, mais pas Saint-Jean-de-Luz. Sur le littoral, seules Hendaye, Urrugne et Ciboure ont signé. Faut-il s’en étonner ? https://www.mediabask.eus/fr/info_mbsk/20230811/saint-pee-l-occupation-de-la-ferme-olha-continue

L’occupation continue, d’autres actions sont programmées. Notre soutien est indispensable. Le domaine est situé au nord-ouest de Saint-Pée-sur-Nivelle (Senpere), 1420 chemin Zukaizti, non loin d’Ahetze et de Saint-Jean-de-Luz

Patrick Petitjean, 14 août 2023

Les Résistantes sur le Larzac

Du 3 au 6 août, plusieurs milliers de militant.e.s écologistes se sont retrouvé.e.s sur le Larzac.

Ces rencontres écologistes étaient coorganisées par la Confédération paysanne, les Faucheurs et Faucheuses volontaires d’OGM et Terres de lutte. 4 jours pour réfléchir ensemble, pour mettre en valeur les résistances et les victoires.

L’appel Résistantes 2023

L’appel pour ces « rencontres des luttes locales et globales »était résolument offensif. Face à un gouvernement « qui impose son agenda destructeur et libéral ». « Réforme des retraites, mégabassines, lois sécuritaires, soutien à l’agro-industrie, greenwashing permanent et toutes sortes d’attaques sur nos froits et sur le Vivant s’enchainent à une vitesse effarante ». Le tout s’appuyant sur une répression toujours plus importante, en particulier contre les mouvements écologistes.

Les rencontres sont organisées pour mettre à l’honneur les résistances vivaces : des millions de marcheurs contre la réforme des retraites, des dizaines de milliers de manifestants sont les projets inutiles, imposés et polluants, en un mot, destructeurs. « Chaque jour, de nouveaux collectifs naissent, de nouvelles personnes se mettent à agir pour l’intérêt général, l’agriculture paysanne, le Vivant et la justice sociale

(Ouverture des rencontres)

Elles étaient placées sous une double égide : la référence du Larzac (dont la victoire finale) et les Soulèvements de la terre.

Larzac 1973-2003-2023

Les rencontres marquaient aussi tant le 50ème anniversaire du rassemblement de 1973 (100 000 personnes) contre l’extension du camp militaire, que le 20ème de celui de 2003 (200 000 personnes) pour la solidarité altermondialiste.

1973 a été le point culminant d’une mobilisation qui s’est étendue sur plusieurs années, marquée par la floraison de centaines de « comités Larzac » dans toute la France. Le projet d’extension a été abandonné en 1981 après l’élection de Mitterrand. Depuis, le Larzac est resté symbolique : un territoire de rébellion, de résistance, d’unité, de désobéissance civile. On parle encore d’un « esprit Larzac ».

2003 était de nature différente, à l’apogée du mouvement altermondialiste et des forums sociaux mondiaux : contre la marchandisation du monde, on mettant en avant les bases de la solidarité internationale

2023 était là pour acter les nouvelles formes du mouvement écologiste, son développement, son nouveau contenu (le Vivant, l’inscription dans des territoires, les multiples facettes, la coexistence de stratégies diverses, …), après l’impasse des grandes manifestations des dernières années et le succès de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes. En ce sens, les Soulèvements de la Terre, par leur problématique (la terre qui se soulève) et leur organisation en réseau, sont l’expression de cette nouvelle étape. Sans surprise, ils ont été une référence permanente des débats ; la soirée de soutien qui leur a été consacrée, et l’assemblée des comités SLT locaux ont été les plus suivis.

Les rencontres se déroulaient à la veille de l’étude du recours suspensif contre leur dissolution par le Conseil d’État, et une certaine discrétion était de rigueur. Quelques jours plus tard, le recours a été gagnant, permettant à SLT de reprendre toute sa place dans les manifestations de rentrée.

https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/suspension-du-decret-de-dissolution-par-le-conseil

(photo Guillaume Parveau pour Mediabask)

Réfléchir

Ce n’était pas un rassemblement, mais 4 jours de rencontres pour réfléchir ensemble sur ce qui rassemblaient toutes ces luttes locales en même temps que globales, et pour préparer les nombreuses initiatives prévues pour la rentrée.

La participation était donc auto-limitée (inscription préalable dissuasive en pratique), même si avec 7500 participants, les chiffres prévus ont été fortement dépassés

Plus de 150 forums, tables rondes, formations, assemblées de mouvements; plus un village associatif; plus encore des spectacles, films, concerts. Selon le journal Reporterre, 200 collectifs avaient répondu à l’appel. Par ailleurs, Reporterre tient à jour une carte des luttes locales : 600 sont répertoriées et localisées (https://reporterre.net/Carte-des-luttes-des-contestations-locales-toujours-plus-vives), dont 100 victorieuses.

Des moments importants pour développer des passerelles et structurer davantage les réseaux ont été la tenue d’assemblées, regroupant chacune les collectifs intervenant sur des thèmes voisins : jardins populaires en lutte, luttes contre les fermes usines, luttes contre les entrepôts et les flux logistiques, déroute des routes, luttes pour l’eau, comités locaux SLT et luttes locales, pour des forêts vivantes, coalitions de luttes régionales (pour créer des alliances multilocales), luttes antinucléaires, luttes contre les méthaniseurs, scientifiques en rébellion.

Tous ces collectifs se retrouvent dans une même lutte pour les biens communs essentiels (l’eau, l’air, les sols et les sous-sols, les terres agricoles et l’alimentation locale, les forêts), dans un contexte de crise écologique et de pollution systémique. Un débat particulièrement important a porté sur les imaginaires : se projeter vers un avenir souhaitable. On peut retrouver ce débat sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=PpJY9IISIZo&t=19s

Une ambition très politique donc, renforcée par la référence récurrente aux Soulèvements de la terre, même si elle diffère de celle des partis politiques, sans obligatoirement s’y opposer. Des députées EELV et LFI étaient présentes aux rencontres (Marie Toussaint, Marie Pochon, Aurélie Trouvé …), d’autres aussi peut-être. EELV et LFI sont particulièrement actifs également dans le soutien à SLT contre la dissolution.

Des regrets cependant : qu’il n’est pas été possible de donner une place plus visible à des thématiques comme le mouvement social sur les retraites, les personnes migrantes, la solidarité internationale, la révolte des quartiers populaires, les menaces de l’extrême-droite. Toutes thématiques qui peuvent se croiser avec « la terre et ses habitant.e.s qui se soulèvent », et d’ailleurs évoquées dans l’appel aux rencontres. A ce propos, on peut se référer à l’entretien avec Fatima Ouassak (Front des mères) sur l’écologie dans les quartiers populaires publié dans Reporterre au moment de la révolte des banlieues fin juin. https://reporterre.net/Fatima-Ouassak-On-etouffe-les-personnes-qui-vivent-dans-les-quartiers-populaires?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_hebdo

Quelques unes des initiatives de la rentrée

Convoi de l’eau de Sainte Soline à Paris du 18 au 27 août (https://bassinesnonmerci.fr/index.php/2023/06/01/18-27-aout-le-convoi-de-leau-sainte-soline-orleans-paris/)

23 septembre, pour l’abolition des bombes nucléaires (ICAN)

(http://icanfrance.org/)

7 octobre, actions contre les projets routiers partout (https://www.laderoutedesroutes.com/)

BAB luxe tour

Contre la spéculation, pour la défense de la terre

Le samedi 15 juillet, le Collectif Ostia a organisé plusieurs mobilisations pour dénoncer la spéculation au Pays basque, et notamment sur les trois villes du BAB. Des opérations péculatives ont donné lieu à des rassemblements à Sare, Ahetze, Ayherre (bords de l’Arbéroue) et Isturitz. Les mobilisations les plus fortes ont eu lieu à Cambo, contre le projet Marienia (objet déjà de nombreuses manifestations) et sur le BAN, pour un « luxe tour » sous la pluie.

Ces mobilisations viennent en appui à l’occupation de la maison Olha à Senpere, engagée le 27 juin, et qui a fait l’objet d’un article précédent. Elles font converger la défense des terres horticoles et des terres (foncier) urbaines. Le droit à l’alimentation et le droit au logement

https://lepimentbayonnais.fr/2023/06/29/pays-basque-non-a-la-speculation-sur-les-terres-agricoles/

Partant de Biarritz, avec plusieurs arrêts à Anglet et Bayonne, ce tour avait pour objectifs de dénoncer quelques uns des projets les plus spéculatifs sur le BAB, loin d’être exhaustifs. La pluie battante a aussi contribué à supprimer certaines étapes.

Les projets « visités » avaient pour caractéristiques de contourner les règles des PLU pour éviter d’inclure des logements sociaux, d’avoir des coûts de sortie au-delà de 8000 euros le m², des pubs qui insistent sur le « haut de gamme », « le produit d’exception » et « rare ».

Et de poser la question : pour qui construisez-vous ? Soulignant l’entre soi recherché des riches

Le Tour a été accueilli par Lysiann Brao, élue à Biarritz, qui a donné leur sens aux mobilisations du jour en se référant à l’esprit des « soulèvements de la terre », dont Ostia est le correspondant local :

(ouverture par Lysiann Brao)

« Nous nous tenons là debout, les pieds ancrés dans la terre, la terre qui nous nourrit, qui nous porte, sans qui aucun projet humain ne verrait le jour. Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est une question de choix, de réflexion commune : que devons faire de la terre ?

Après des années, voire des décennies de choix politiques qui ont mis de côté le fait que la terre n’est pas limitée, qu’elle n’est pas infinie, l’heure est venue de la penser autrement, car elle devient rare.

La rareté implique de faire des choix. Des choix cruciaux pour notre avenir. La terre doit être gérée comme un bien unique et précieux et chaque nouveau projet doit dorénavant apporter des preuves de son concours à l’intérêt général. Les collectivités publiques doivent donc investir massivement leur rôle d’arbitre et de faire valoir des intérêts généraux. Il ne s’agit plus d’essayer, de tenter, mais bien d’agir » (…) « en coupant avec les modèles obsolètes, et en choisissant l’intérêt général, l’intérêt de la terre pour tous ».

Biarritz

Le projet « Aguilera », près du stade du BO, consiste en la construction de 300 logements, environ, sur l’un des derniers fonciers publics de la ville de Biarritz. Loin de faire valoir les intérêts généraux de la population, la maire a décidé d’y limiter la construction de logements sociaux à 56 %, en location et accession sociale. Les élus du groupe « Euskal Herian Vert et Solidaire », Lysiann Brao et Brice Morin ont défendu l’idée de 100 % de logements accessibles, sans aucun soumis au marché libre et à ses 8000 euros du m².

A Anglet et à Bayonne aussi, d’importants fonciers publics ne sont que partiellement réservés aux intérêts généraux, le reste étant confié au privé.

Après Aguilera, le cortège d’une dizaines de vélos et de plusieurs covoiturages a parcouru des rues d’Anglet et de Bayonne, en clamant « « tout le monde déteste les spéculateurs » et « promoteurs, spéculateurs, association de malfaiteurs ».

Anglet

1er arrêt à la Villa Joia

(panneau avant démontage)

C’est un projet de de 12 logements à plus de 8000 euros le m² de Bouygues sur une surface de 799 m² au sol (à partir de 800, le PLU d’Anglet impose quelques logements sociaux). Le panneau a été démonté, et on le retrouvera devant le siège de la CAPB. Le chantier a été décoré.

(Villa Joia après le tour)

2e arrêt sur l’ex-centre technique municipal.

C’est une friche de 2ha de foncier public, que la ville va concéder à un promoteur (Eden) pour y construire 120 logements, dont seulement 50 sociaux. Là aussi, la minorité de gauche et écologiste a demandé 100 % de logements sociaux lors d’un conseil municipal en avril. Ce projet est présenté comme écoquartier, avec 50 % de renaturation. Peu convaincus, des habitants ont constitué un collectif pour contester le projet.

(photo devant friche ex-centre technique)

3e arrêt rue du Bois Belin

Il y a 2 projets annoncés au 31 et au 33 : la résidence Angelu (10 logements), qui en est au stade de l’espace de vente, et surtout la villa Anaya de Bouygues, où la maison reste à démolir : 10 logements aussi pour une surface au sol déclarée de 799 m², contournant une nouvelle fois le PLU. Bien joué, Bouygues

(photo maison décorée, future anaya après démolition)

Deux autres projets semblables ont été ignorés, pour cause de pluie, Le Clos des 5 cantons (Alday) et Waldorf (Rey). Aladay et Rey sont deux promoteurs, très actifs sur le BAB, que nous retrouverons donc à Bayonne

Bayonne

1er arrêt Villa Paulmy

C’est une opération d’Alday, qui vient juste d’être livrée sur les allées Paulmy : les panneaux étaient encore par terre dans la cour d’entrée. Les propriétaires, nouveaux occupants, se sont montrés particulièrement agressifs vis à vis des manifestants qui empiétaient de quelques mètres sur leur cour (privée)…

(banderole sur la clôture de la Villa Paulmy)

Au même endroit, c’est le « 14 allées Paulmy », le centre d’oncologie qui va déménager à la fin de l’été pour les Hauts de Bayonne. Cette parcelle, et des limitrophes, sont déjà l’objet de spéculation immobilière. Il y a 2 ans, lorsque le déménagement du centre avait ét décidé, un collectif s’est constitué pour demander 100 % de HLM pour la quarantaine de logements envisagés : les HLM sont absents du centre ville de Bayonne. La question est d’une actualité brûlante.

(des HLM à Paulmy)

2ème arrêt, Zagato, 5 avenue Raymond de Martres

Il s’agit d’un immeuble de 14 logements du promoteur Rey, associé pour l’occasion à l’architecte Hébrard, omniprésent à Bayonne dans ces opérations « haut de gamme ». La pub indique « logements luxueux à proximité de l’offre de soins ». Les prix avoisinent les 9000 euros du m2.

Situé entre le stade rénové de l’AB et l’hôpital de la Côte basque, le quartier Montalibet est en pleine restructuration à l’occasion de l’implantation du passage du tran-bus n°2. C’est un secteur d’intervention de l’EPFL, pour achats à l’amiable ou préemptions. A côté de Zagato, un nouveau permis de démolir vient d’être déposé pour une maison : projet immobilier à venir.

(Zagato)

Dans ce quartier aussi, figure le projet Xoko Ferdea de Bouygues, une étape supprimée du tour pour cause de pluie. Avec 17 logements, pour rester en dessous du seuil du PLU obligeant à quelques logements sociaux. Avec des prix au-delà de 7000 euros le m2

(Xoko Ferdea)

La partie Nord (rue Maubec) du tram-bus n°2 a vu les mêmes opérations de démolition / reconstruction pour des logements, sans doute moins « haut de gamme » qu’à Montalibet, mais en accession libre, avec peu d’aidés, et sans logements sociaux : de la gentrification à l’état pur, avec notamment Bouygues et Pichet à la manœuvre.

Un dernier arrêt bayonnais était prévu dans le centre ville, mais non réalisé: la Villa des Arènes, avec 13 logements (sous le seuil du PLU toujours), par Alday, avec le m² entre 8000 et 9000 euros.

CAPB

Le tour s’est terminé devant le siège de la CAPB à Bayonne, pour y déposer les panneaux récoltés pendant le tour,

(devant la CAPB)

et appeler les élus  à passer aux actes.

(Aux actes)

Car si la lutte contre les spéculations et pour le logement social dépend pour beaucoup dela législation et de la politique nationale du logement, les élus locaux ne sont pas sans moyens d’action. Et Ostia de rappeler en conclusion quelques propositions en matière de logement social et de lutte antispéculative :

– Utiliser tous les outils pour protéger la terre et le logement des lois du marché.

– Réviser les PLU et en appliquer les règles dès 3 logements.

– Au moins 70 % de logements sociaux dans les opérations privées, avec 45 % en location et 25 % en accession sociale.

– Utiliser tous les outils (ZAD, OAP,…) pour des programmes publics à 100 % de logements sociaux.

– Faire preuve de volonté politique et de fermeté envers les acteurs du marché, au lieu de simplement les « inviter » à se discipliner à la mode Macron. La pression plus que la compromission.

– Rejeter l’artificialisation des sols, notamment en modifiant radicalement le projet Arkinova sur les Landes de Juzan à Anglet.

Ce n’est qu’un début…

Patrick Petitjean, 18 juillet 2023