Bayonne-Lana : La nature n’est pas une réserve foncière à bétonner

Parmi les 6 mesures phares mises en avant par la liste Bayonne en Mouvement pour les élections municipales à Bayonne, figure un double projet dont le rapprochement fait sens : préserver de l’urbanisation l’espace naturel des domaines de Lana et Picquessary par la création d’un parc municipal naturel, et repositionner les logements prévus par le maire sortant vers un site déjà artificialisé, Glain. Cela fait sens, c’est l’écologie populaire : répondre aux besoins en logements en même temps que refuser l’artificialisation. La nature n’est pas une réserve foncière.

Promenade sur Lana et Picquessary en photos

Googlemap. En bas à gauche, Lana. En haut à droite, Picquessary. Au centre, le champ

L’urbanisation programmée par la mairie se situe sur deux domaines : Lana, au 7 de la rue Chala, et Picquessary au 90 de l’avenue Duvergier de Hauranne. Entre les deux, au 88 de l’avenue, un sentier « privé », conduit d’un côté à un champ limitrophe du domaine de Lana (peut-être rattaché), et de l’autre à un pavillon épargné par l’opération. Les autres maisons, le long de l’avenue, sont aussi épargnées. Les domaines, le champ, le sentier, sont déjà propriété de HSA, le bailleur social de la CAPB, qui sera en charge de l’aménagement. L’urbanisation concerne 5,4 ha.

La rue de Chala part de l’avenue Duvergier, et descend vers la plaine d’Ansot. Elle longe le domaine sur plusieurs dizaines de mètres. Lana comporte une maison de maître avec dépendances, un parc boisé de chênes et d’hêtres, une allée de platanes (dont certains, en mauvais état ont été coupés l’été 2025), des vergers, des murs en pierre, et au fond, vers le sud, en bordure du coteau, un espace boisé classé (qui ne figure dans l’urbanisation), avec un talweg, la descente vers la plaine d’Ansot et même une vue sur les Pyrénées dit le document de présentation du projet.

Le domaine, avec son allée, vu de l’entrée au 7 rue Chala. Juillet 2024
Laana, son mur en pierre, vu de la rue Chala. Juillet 2024
Le domaine de Lana, vu du champ. Juillet 2024
Arbres coupés à l’entrée du domaine. Décembre 2025
Allée, entrée de Lana.Décembre 2025
Dépendances, vues du champ. Décembre 2025

Au 88 avenue Duvergier de Hauranne, part le sentier, qui devient impraticable à partir du pavillon. On peut supposer qu’autrefois, il descendait vers la plaine d’Ansot. Il ne demande qu’à être réhabilité. Le champ est limitrophe du domaine de Lana, et laisse apercevoir l’enceinte et les dépendances de la maison

Le champ, vu du sentier (88 av. Duvergier de Hauranne). Juillet 2024

Le domaine de Picquessary se situe le long de l’avenue, au nord-est de l’espace de projet, en face des immeubles (en cours de livraison) du Prissé. La maison est au 90, et abrite aujourd’hui un tiers lieu d’Emmaus, Bidean, avec artistes et salles de réunions. Son parc comprend nombre d’arbres de hautes tiges. Propriété de HSA, le domaine a vocation à être densément urbanisé et la maison détruite.

La maison de Picquessary, qui abrite Bidean
L’arrière de Bidean, vu du 90 av. Duvergier de Hauranne
L’arrière de la maison de Picquessary, vue du sentier

Les photos ont été prises en juillet 2024 (sauf mention contraire), juste après la publication de la fiche « Lana » de la CAPB pour les « territoires engagés pour le logement ». On peut comprendre à quel point ce projet d’urbanisation est inacceptable pour quiconque a la moindre empathie envers la nature. C’est à l’origine du projet d’un « parc municipal naturel » au sein de l’association qui porte la liste « Bayonne en mouvement ». Dans le même esprit (pas d’artificialisation) et avec la volonté de conserver les logements, le projet de parc a été complété par le projet à Glain

Les étapes du dévoilement du projet « Chala Lana »

La mairie avait peu communiqué publiquement sur cette opération, restée discrète dans les documents d’urbanisme, publics, votés en conseil municipal. Elle apparaissait dès l’ancien PLU (2007) sous la rubrique « projet d’aménagement d’ensemble ». Elle figure de manière beaucoup plus précise dans une délibération du conseil municipal du 22.7.22, pour justifier la taille de la future école du Prissé en tant que zone 2AU (urbanisation future) au PLU, avec un « potentiel d’urbanisation non négligeable pour l’avenir du quartier ». Le chiffre de 335 logements est déjà indiqué dans la fiche, s’ajoutant aux 350 logements prévus de l’autre côté de l’avenue Duvergier de Hauranne.

Mais le travail des services sur les grands projets est discret par principe, et il ne faut pas compter sur les élus pour informer la population de ce qui se prépare en amont, avant qu’un projet soit finalisé. Ce n’est qu’en juillet 2024, à travers la convention signée avec l’État par la CAPB (un document public cette fois) au titre de « territoires engagés pour le logement ». L’État accorde des subventions supplémentaires à une vingtaine de projets sur la CAPB, dont celui de Chala Lana. Lequel a une fiche avec (entre autres) le montage financier, la programmation, les échéances, etc.

Le projet est davantage dévoilé lors de l’adoption du projet de PLUi par la CAPB (le 21 juin 2025), et par Bayonne (le 5 juin : il s’agissait d’une information sans vote) : il est présenté sous forme d’une OAP (Orientation d’Aménagement et de Programmation) d’une dizaine de pages que l’on peut retrouver dans le document 3.1 (livret 1, OAP sectorielles d’intérêt communal, pp.115-121) du PLUi sur le site de la CAPB..

Le double projet, mesure phare de Bayonne en mouvement

La présentation de la mesure phare sur la vidéo

https://www.facebook.com/reel/762238266955910

avec la présentation :

𝐍𝐨𝐬 𝟔 𝐦𝐞𝐬𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐩𝐡𝐚𝐫𝐞𝐬 – 𝐄𝐩𝐢𝐬𝐨𝐝𝐞 𝟏 : 𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐟𝐢𝐧 𝐚̀ 𝐥’𝐚𝐫𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐢𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐥𝐬 𝐞𝐧 𝐚𝐦𝐞́𝐧𝐚𝐠𝐞𝐚𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐪𝐮𝐚𝐫𝐭𝐢𝐞𝐫 𝐞𝐱𝐞𝐦𝐩𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐆𝐥𝐚𝐢𝐧 𝐞𝐭 𝐬𝐭𝐨𝐩𝐩𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭 𝐢𝐦𝐦𝐨𝐛𝐢𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐏𝐫𝐢𝐬𝐬𝐞́ 𝟐, 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐲 𝐜𝐫𝐞́𝐞𝐫 𝐮𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐜 𝐦𝐮𝐧𝐢𝐜𝐢𝐩𝐚𝐥.

À Bayonne, nous portons une vision claire et cohérente : répondre aux besoins des habitants sans grignoter davantage d’espaces naturels. Cela passe par deux projets complémentaires.

👉 À Glain, nous voulons transformer un site aujourd’hui dominé par les parkings et des équipements vieillissants en un quartier mixte, vivant et végétalisé. Logements pour tous (dont habitats participatifs et seniors), commerces, services, espaces de travail et lieux de vie viendront s’y développer, tout en maintenant les usages existants.

✅ Le parking public sera conservé : le nombre de places sera a minima maintenu à l’identique, avec une organisation plus optimisée.

🌱 Les équipements de loisirs seront intégrés au projet, les berges de la Nive valorisées et les mobilités durables renforcées.

👉 À Chala Lana, nous faisons un choix fort et responsable : préserver un espace naturel stratégique face aux dérèglement climatique et renoncer à un projet immobilier de plus de 300 logements pour créer un grand parc municipal.

Ce parc offrira des lieux de promenade, des espaces de jeux et de sports, des jardins familiaux, un parcours sport/santé, renforcera les continuités écologiques entre l’Adour et la Nive.

🌍 Deux sites, une même ambition : améliorer le cadre de vie, répondre aux besoins de logement là où la ville est déjà artificialisée, et protéger les espaces naturels qui font la richesse de Bayonne.

L’argumentaire est également développé ici : https://www.facebook.com/reel/1641163403548019

Et le projet sera précisé sur le site de la liste « Bayonne en mouvement »

Pour un parc naturel municipal sur les domaines de Lana et Picquessary

Sur ce vaste espace naturel en surplomb de la plaine d’Ansot, la municipalité en place porte un projet d’artificialisation pour construire plus de 300 nouveaux logements. Ce, en face des 350 logements de l’opération du Prissé et à quelques centaines de mètres des quartiers très densément peuplés de Belharra et Cam de Prats dont la conséquence est la congestion déjà quasi permanente de la rue Duvergier de Hauranne. Nous stopperons ce projet immobilier pour préserver cet espace naturel et en faire un parc municipal aux ambitions environnementales et sociales emblématiques.

La ville de Bayonne possède seulement 3 zones de jardins familiaux (Chauron, Becadine et Saint-Bernard). L’existence d’un vaste pré, où les foins se faisaient encore il y a peu, entre les deux domaines serait une localisation pertinente pour un 4e espace de tels jardins, à proximité de zones très densément peuplées.

Parmi les autres aménagements potentiels :

  • Un lieu de promenade, pour les habitant.e.s du quartier et tous-tes les Bayonnais.e.s.
  • Une continuité du chemin vers la plaine d’Ansot
  • Des espaces de jeux et de ballons conçus pour et avec les enfants.
  • Renforcer les continuités écologiques en faveur de la biodiversité entre l’Adour et la Nive.
  • Développer un parcours de sport/santé.
  • Pérenniser le tiers-lieu Emmaus Bidean comme lieu de vie du parc (domaine de Picquessary)
  • Une guinguette…

HELP

HELP : Habitat Environnement Limpou Prissé

L’automne dernier les riverains ont constitué une association, HELP, pour s’opposer au projet de la municipalité. Son site : https://help.e-monsite.com/

Une pétition a été lancée :

https://www.change.org/p/non-au-projet-priss%C3%A9-2-%C3%A0-bayonne-sauvons-notre-dernier-espace-naturel?signed=true

Patrick Petijean, 23 février 2026

L’appel « pour une écologie de rupture »

Un appel « à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture » a été lancé fin janvier à l’occasion des élections municipales par une cinquantaine de militant.e.s du parti « Les Ecologistes » récusant l’alliance prioritaire avec le PS au niveau national mais surtout dans plusieurs villes où traditionnellement, l’autonomie des Verts était la règle, comme à Paris. L’écho de cet appel (700 signataires à ce jour), et la violente réaction de la direction du Parti, montrent l’ampleur de la crise de l’écologie politique.

J’ai signé cet appel, que je reproduis en entier à la fin de ce billet, et qu’on peut trouver ici : https://blogs.mediapart.fr/un-ensemble-de-militant-es-ecologistes/blog/260126/municipales-2026-la-social-ecologie-preferons-l-ecologie-de-rupture?xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260126-210930&M_BT=255339085941

Le bureau politique des Ecologistes n’a voulu voir dans cet appel qu’une manipulation de LFI et quelques brebis égarées : il s’agirait « d’une démarche externe organisée en lien avec la direction de la France insoumise et des candidats sur les listes insoumises aux municipales qui se présentent contre celles soutenues par nos groupes locaux, et articulée avec quelques opérations de débauchages éparses mais mises en scène avec une communication très organisée, relayée au plus haut de l’organigramme des insoumis ». Une tribune « signée par quelques dizaines de militant·es » dont « la majorité des signataires n’ont jamais été membres du Mouvement » (29 janvier).

Contrairement à ce qu’il semble avoir compris, ce n’est pas simplement de la cuisine électorale pour les prochaines municipales . « Celles et ceux qui imaginent un complot ourdi par La France insoumise ne sont que des tacticien·nes de petite zone : des gens pour qui la politique se réduit à une mauvaise cuisine d’appareil ».

L’alliance prioritaire avec le PS, notamment dans des villes où la tradition d’EELV était autre, et où les têtes de liste ont des positions, à rebours de l’écologie (comme à Montpellier). A un moment où, de facto, le PS est devenu un soutien du gouvernement. C’est aussi une volonté de marginaliser LFI, et est donc loin de préserver le difficile chemin d’une alternative unitaire pour 2027. Le fond de l’appel n’est pas déterminé par ces municipales.

Ces réactions officielles, comme les « suspensions » de quelques signataires, sont celles d’un appareil hors sol, qui ne comprend pas la crise de ce parti, et plus profondément la faillite de l’écologie politique.

Un des initiateurs a répondu à ces réactions dans son blog sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/jerome-g/blog/310126/mon-parti-ma-quitte

Ouvrir un nouveau chemin pour l’écologie politique

Le nombre de signataires de l’appel témoigne de l’ampleur de la diaspora des écologistes de gauche et de leurs attentes au regard des enjeux qui sont (brièvement) rappelés au début de l’appel « pour une écologie de rupture ». Les discussions (visio et boucles whatsapp) entre signataires montrent qu’ils/elles ont eu des parcours multiples, la grande majorité est passée par les Verts à un moment ou à un autre. Nombre d’entre eux/elles sont encore membres des Ecologistes. Pour la plupart, LFI n’est pas une option d’adhésion : absence de démocratie interne, pas radicalement écolo. Des alliés sans doute, mais pas plus. Plusieurs signataires font partie de groupes déjà constitués qui se réclament d’une écologie radicale, populaire, sociale, etc : les qualificatifs sont variés. Tous/toutes sont conscient.e.s de la faillite des partis politiques écologistes, et plus largement de la crise d’identité de l’écologie politique : voir les deux contributions dont le lien figure plus loin.

L’appel a servi de révélateur, une référence commune en est issue, « les Verts populaires ». Mais tout reste à faire pour dessiner un nouveau chemin de l’écologie politique. Plusieurs moments d’échanges sont en cours d’organisation d’ici l’été. La suite dira si cet appel aura réussi à être le déclencheur d’une nouvelle « composition » dans l’espace de l’écologie politique de rupture, de transformation sociale.

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture

Jamais l’humanité n’a marché aussi près du précipice, au risque de sa propre survie et de celle de l’ensemble du vivant. Alors même que la conscience de la crise climatique n’a jamais été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante à l’échelle planétaire. Cette vague brune emporte avec elle les droits sociaux, les libertés publiques, les protections de l’environnement, ainsi que l’État de droit, le droit international et le multilatéralisme.

L’ordre du monde vacille et notre siècle voit se multiplier crimes de masse et génocides, exposés en direct sur nos écrans. Dans l’indifférence, et parfois la complicité, des dirigeants mondiaux. À cette violence globale s’ajoute une offensive ciblée contre celles et ceux qui défendent concrètement le vivant et les droits sociaux.

Partout dans le monde, des défenseuses et défenseurs de l’écologie sont assassiné.es parce qu’ils et elles s’opposent à des projets miniers, pétroliers, agro-industriels ou de déforestation — notamment en Amérique latine, devenue la région la plus meurtrière pour ces combats. Entre 2012 et 2022, deux mille personnes ont été assassinées dans le monde. Cette répression touche aussi syndicalistes, leaders communautaires, féministes et journalistes. C’est un même front : contre l’écologie, contre le social, contre la démocratie.

La France, puissance économique et militaire, n’échappe pas à cette vague réactionnaire, aux teintes brunes, allant du lepénisme aux courants identitaires dont le point de ralliement est l’islamophobie. Elle constitue même un risque majeur de bascule mondiale, comparable à l’Allemagne des années 1930.

Face à cette bascule, alors même que jamais la conscience de la crise climatique n’a été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, la question de l’unité de la gauche et des écologistes est une responsabilité politique majeure : les choix d’alliances que nous faisons aujourd’hui, y compris au niveau municipal, engagent directement notre capacité collective à résister à la vague réactionnaire et à transformer concrètement le quotidien.

Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire. Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Écologistes est devenue illisible en votant, au même moment, les motions de censure au Parlement à l’opposé du Parti socialiste.

Trop souvent, l’écologie a été assimilée à des politiques néo-libérales de régulation environnementale qui ne sont pas notre projet. Les ZFE en sont un parfait exemple : le gouvernement macroniste, condamné par la justice européenne, refuse d’assumer ses responsabilités et se défausse sur les collectivités locales, tout en leur refusant les moyens d’un accompagnement social nécessaire.

Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons.

La nouvelle séquence politique est marquée par l’effondrement du bloc (il)libéral et l’ouverture d’un affrontement entre l’extrême droite et la reconstruction d’un bloc populaire, social, progressiste, écologiste et unitaire. Dans ce contexte, l’écologie doit devenir l’un des piliers d’un projet majoritaire, ancré dans le réel social — travail, logement, santé, mobilités, alimentation, énergie — et indissociable de la dignité humaine. Cela implique une rupture avec le capitalisme productiviste et ses logiques de prédation : le temps des écologies dépolitisées est révolu.

Mais cette écologie de transformation ne saurait être technocratique et asociale. Elle doit être concrète et populaire, s’ancrer dans les communes, dans les quartiers, dans les bassins de vie, là où se vivent les tensions entre la fin du mois et la fin du monde, là où se construisent aussi les solidarités, les nouvelles pratiques, les résistances et les bifurcations. En démocratie, le pouvoir n’est légitime que s’il est conquis par le peuple, exercé et contrôlé par lui. C’est à cette condition que l’action publique trouve sa légitimité, et que l’écologie cesse d’être perçue comme une contrainte pour devenir une promesse partagée. L’écologie peut et doit assumer d’être une force de recomposition sociale, altermondialiste, décroissante et démocratique.

Avec l’immense majorité du pays, nous clamons que les luttes sociales et les luttes écologiques sont indissociables. Nous avons maintenant besoin de les intégrer organiquement, car toute mesure pleinement écologique est sociale, et toute mesure pleinement sociale est écologique.

Nous, signataires, n’acceptons pas que l’écologie se dissolve à nouveau dans la social-démocratie.

Le rassemblement de la gauche et des écologistes doit se construire et se renforcer sur la base unitaire issue du programme du Nouveau Front populaire et de sa dynamique, ce qui inclut évidemment de travailler avec l’ensemble de la gauche.

Compléments

Et pour compléter l’appel, voici deux contributions sur les impasses actuelles de l’écologie politique, accessibles sur les blogs de Mediapart :

L’une d’Yves Guillerault « L’écologie met pied à terre » qui revient sur la trajectoire de l’écologie politique depuis les années 1970 : « La débandade écologiste, avec ralliements à LFI ou au PS, démontre qu’une culture d’écologie politique n’existe pas encore dans ce pays. Après l’utopie des années 1970, l’écologie de parti se résume aujourd’hui à des luttes bourgeoises pour la conquête de strapontins dans l’architecture peu démocratique de la politique professionnelle et du pouvoir. Or l’écologie politique se joue sur le terrain ».

L’écologie politique met pied à terre

L’autre, signée K1000, « réponse d’un écologiste suspendu », qui plaide pour la réconcialiation de l’écologie politique avec quelques éléments basqiues du marxisme.

https://blogs.mediapart.fr/k1000/blog/090226/critique-de-la-social-ecologie-reponse-d-un-ecologiste-suspendu-la-direction-de-son-parti?xtor=CS3-5

Tout a une fin

J’avais rejoint les Verts en 1988, avec des dizaines de militant.e.s venant de la gauche alternative et/ou autogestionnaire, un mouvement qui avait contribué à enraciner les Verts à gauche au début des années 1990, et qui marquait son enracinement dans l’héritage de mai 1968.

J’en suis resté membre (hormis une parenthèse de 2 ans quand j’habitais dans les Landes) malgré la droitisation sensible depuis la participation au gouvernement sous Hollande en 2012, accentuée avec la candidature Jadot en 2022. Le congrès du printemps 2025 a complété cette évolution politique par un verrouillage en règle du parti par un clan, une centralisation à rebours des traditions écolos, et une personnalisation outrancière autour de Marine Tondelier. A l’issu de ce congrès, j’ai décidé de ne pas renouveler ma cotisation en 2026. Le lancement à contretemps par Marine Tondelier de sa candidature à la Présidentielle, puis la répression contre les signataires de l’appel fin janvier n’ont pu que me conforter dans ma décision.

J’étais donc présentement « adhérent en retard de cotisation », c’est fini.

Les Soulèvements de la Terre : l’avenir de l’écologie politique ?

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Le droit au logement à Bayonne : priorité aux cadres

Une décision très récente (5 février) du Président de la CAPB met en lumière son soutien au développement des logements publics du type « LLI », des locations pour cadres. Plusieurs opérations de ce type ont été livrées en 2025 à Bayonne. L’importance de ce soutien contraste avec la faiblesse de celui apporté aux logements HLM à Bayonne. La municipalité sortante renvoie aux communes voisines la nécessité de prioriser les locations sociales, en raison de leur retard à combler. Le slogan semble être « donner moi vos classes aisées et je vous envoie mes classes populaires ».

Cette décision consiste en une garantie d’emprunt de la CAPB pour HSA (Habitat Sud Atlantique, le bailleur social de la CAPB) concernant son achat en VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement) à un promoteur (AFC-promotion) de 10 logements sous le régime « LLI » (Logement Locatif Intermédiaire). C’est la 4e opération de ce type à être livrée en 2025, une 5e sera finalisée l’an prochain. Les LLI sont des logements publics que les plafonds rendent accessibles aux cadres, et les loyers inaccessibles aux classes populaires.

Ces logements LLI sont mis dans la catégorie « logement social », même s’ils ne sont pas actuellement pris en compte dans l’indice SRU. Pour l’instant, car cette prise en compte fait partie de la prochaine loi gouvernementale sur le logement. La future loi va booster à la hausse l’indice SRU de Bayonne !

Voir mon billet : https://lepimentbayonnais.fr/2026/01/25/bayonne-du-detournement-de-la-loi-sru/

Les VEFA : Promoteurs aménageurs

Le site de HSA comporte un onglet spécial pour les LLI, sans que soit précisé la manière dont ces logements sont intégrés au patrimoine du bailleur (voir bandeau à la une)

https://locationintermediaire.habitatsudatlantic.fr/residences

Il s’agit en fait d’achats en VEFA à un promoteur privé. Une pratique devenue régulière des bailleurs sociaux, pas seulement pour les LLI : voir Alday et l’opération Darrigrand (ex-maison diocésaine). L’État s’inquiète d’ailleurs de cette tendance.

On peut se poser la question : « qui aide qui ? ». Est-de vraiment du « gagnant-gagnant » comme souvent présenté ? En période de crise de l’immmobilier les promoteurs peuvent faire état auprès des banques, pour avoir des emprunts, de la vente garantie d’une partie de leurs constructions. Inversement, les bailleurs se déchargent d’une partie de leurs investissements pour des constructions. Sur le Prissé, comme plus tard à la nouvelle Citadelle, HSA est l’aménageur. Pour les autres opérations, ce sont Bouygues (deux fois), AFC Promotion et Kaufmann and Broad

Les opérations

Zelana

La garantie d’emprunt concerne la résidence Zelana, livrée en juillet dernier, construite par AFC- promotion sous couvert de la SCCV Le Bois Joli. Les LLI comportent 3 villas et 7 appartements. Elle se situe à Sainsontan, 7 chemin du Grand Hargous. L’opération se limite à ces 10 logements.

L’opération Akoya, portée par Bouygues, se situe 121 rue Maubec, à Saint-Esprit. Elle situe le long du T2. Elle comporte un total de 42 logements, 24 « libres », 8 « maîtrisés » et 10 LLI, en principe à destination des militaires de la Citadelle mili. Aucun HLM (le PLU l’impose seulement à partir de 50 logements) ni BRS… La mixité sociale ne passe pas par Bouygues. La résidence a été inaugurée en juillet 2025. Les LLI ont été acquis par HSA, et sont tous loués.

Akoya

L’opération Zura, portée par Bouygues, se situe 31 chemin de Trouillet, à Arrousets. Elle est aussi adressée comme 11-18 rue de Sélestat. Les LLI comportent 10 appartements et 6 maisons. L’opération comporte aussi 7 BRS et 57 appartements « grand standing ». Les LLI, acquis par HSA sont tous loués.

Entrée de Zura

L’opération Prissé de HSA, dont j’ai souvent parlé dans des billets précédents, comporte 182 logements sociaux (70 en location et 88 en BRS, plus 24 LLI acquis en VEFA sur Alday) et 168 logements construits par Alday, dont 124 sont « libres » et 44 « maîtrisés). Il reste des LLI à louer (voir le site de HSA ci-dessus). Cette opération est en cours de livraison.

L’opération Artzaina se situe à l’angle du Chemin de Sainsontan et de l’avenue Louis de Foix : 2 immeubles construits par Kaufmann et Broad. Ils ont été acquis en totalité par ERILIA, len VEFA, et non pas HSA comme pour les autres opérations mentionnées. C’est un bailleur social privé lié aux caisses d’Epargne, peu présent au Pays basque. Il y a 31 LLI (pour cadres donc) et 11 LLS. Ces 42 logements représentent la quasi-totalité des logements sociaux enregistrés pour 2024 au RPLS (répertoire national des logements locatifs des bailleurs sociaux) au 1/1/2025.

Artzaina

Le T2 comme instrument de peuplement

Zelana, Akoya et Artzaina ont en commun de se situer sur la partie nord du trajet du T2.

Comme la construction en cours de 46 logements (résidence Cap A Ma) par Nexity aux 114-118 rue Maubec, dont 14 en accession sociale : à moins de 50 logements, le PLU en vigueur n’oblige pas à inclure des logements locatifs sociaux. Je reviendrai bientôt sur une autre opération qui se monte à côté de Nexity, sur un terrain boisé.

Comme la construction en cours par Bouygues, 1 rue de la Porcelaine, de Zuria, avec 19 logements (sous le seuil des 20 logements où le PLU obligerait à une part de logement social…). Livraison prévue au 3e trimestre 2026.

Comme la construction à venir de la nouvelle Citadelle, où les HLM reconstruits seront « complétés » par près de 200 logements « libres » et une résidence étudiante, soit 575 logements prohrammés pour l’instant, mais les PC restent à déposer : voir mon billet

Plus largement le secteur « Matras », avenue rue Louis de Foix (au-delà du rond point où débouchent cette avenue, la rue Maubec et l’avenue du 14 avril 1814), est un secteur de veille foncière, un « périmètre de réflexion » où intervient l’Etablissement Public Foncier Local (EPFL) pour préempter. Cela laisse présager d’autres opérations semblables.

Cette politique de gentrification n’est pas nouvelle. Un travail de repérage (effectué en novembre 2022) des PC affichés à moins de 5 minutes à pied d’un arrêt du T2, comme dans le haut de la rue Maubec ou chemin de Hargous (une rue parallèle à Louis de Foix) avait permis de faire l’inventaire des chantiers récents, en cours ou annoncés. On dénombrait 11 chantiers, avec entre 12 et 87 logements chacun, soit un total de 392 logements, où figurait déjà Akoya de Bouygues.

Les promoteurs étaient ceux qu’on retrouve souvent sur la ville : Pichet (pour 2 opérations, dont celle de 87 logements), Bouygues, Cogedim, Kaufmann & Broad, Aedifim, Eiffage et quelques autres. Parfois ces nouvelles constructions se sont faites au prix de la démolition de maisons basques typiques, parfois en artificialisant des parcelles arborées et végétalisées, notamment dans le projet L’Hargousier de l’Aedifim chemin de Hargous.

Dans toutes ces opérations, il n’y avait pas de logements sociaux, au sens de la loi SRU (locations, PSLA, BRS). Tous ces projets affichaient de l’accession « aidée » via le PTZ (Prêt Taux Zéro), ou « maîtrisée » (catégorie très floue). Quasiment tous étaient accessibles au dispositif « Pinel » (« jeanbrun » aujourd’hui), qui encourage l’investissement locatif pour location à l’année, avec des réductions fiscales. Pour toutes ces opérations c’était le libre marché immobilier.

On peut donc parler d’une politique consciente de peuplement, d’une politique en vigueur pour attirer des couches moyennes aisées, au nom de la mixité sociale, et en s’appuyant sur la valorisation du passage du T2.

Le passage d’un moyen de transport rapide est partout le support d’une spéculation foncière. Les mairies peuvent chercher à la freiner, laisser faire, ou même l’encourager pour faciliter une politique de peuplement, une gentrification. C’est ce qui et le choix de la municipalité actuelle

Avec le maire sortant, c’est une logique de métropolisation qui s’impose à Bayonne, au détriment des équilibres territoriaux. Et notamment des équilibres sociaux, en faisant de la politique immobilière une machine à aspirer les cadres vers la ville centre

Patrick Petitjean, 10 février 2026

Bayonne : du détournement de la loi SRU

Le logement va être au centre de la campagne des élections municipales, à la mesure de la crise qui touche toutes les catégories de la population. D’un côté, nous aurons le maire-candidat, Jean-René Etchegaray, qui va se féliciter du respect de la loi SRU, et poursuivre sa politique de gentrification ; de l’autre, notamment, la liste « Baiona en mouvement », qui défend le droit au logement dans le sillage des propositions de la plate forme « Herrian Bizi », avec une priorité aux classes populaires.

Les propositions d’Herrian Bizi se trouvent ici : https://lepimentbayonnais.fr/2025/10/21/droit-au-logement-a-bayonne-1-auzolan-et-herrian-bizi/

« A Bayonne, nous sommes les seuls du Pays basque à atteindre et même dépasser la proportion de 25 % de logements sociaux au regard du nombre de résidences principales dans la ville, en conformité avec la loi SRU » : gageons que cette auto-satisfaction récurrente de Jean-René Etchegaray reviendra comme un leitmotiv dans sa campagne électorale pour « démontrer » l’attention qu’il porte aux difficultés de logement des classes populaires. Or, c’est une double mystification : il n’est pour rien dans ces 25 %, qui sont l’héritage d’Henri Grenet, maire de Bayonne de 1959 à 1995 ; et l’indice SRU est de moins en moins pertinent pour reflet l’effort fait en faveur du logement locatif social. C’est d’autant plus scandaleux que cette auto-satisfaction s’accompagne du renvoi vers les villes voisines des demandeurs de logement locatifs sociaux.

Menaces sur le logement social et la loi « Solidarité et Renouvellement Urbain » (SRU)

Dernières menaces contre cette loi, le 20 janvier, un projet de loi (à l’initiative d’une sénatrice LR) portant sur le logement a été adopté en première lecture par le Sénat. Figure dans de projet de nouvelle loi l’intégration des logements locatifs dits « intermédiaires » (LLI) dans les critères SRU pour avoir le label « logement social » : les LLI sont des logements aidés, où les plafonds de ressources pour en bénéficier sont élevés, ce qui les rend accessibles aux ménages aisés. Rien de social en réalité. HSA incorpore déjà des LLI dans ses constructions du Prissé et de Citadelle. Construire des LLI fait monter l’indice SRU.

Mais le plus stupéfiant dans ce projet de loi, c’est un amendement soutenu par le gouvernement pour définir les places de prison comme du logement social, pouvant donc être comptées dans l’indice SRU, selon Mediapart du 20 janvier. De quoi le faire exploser à la hausse, à Bayonne notamment… Heureusement, à une voix près, l’amendement a été repoussé par le Sénat. Partie remise ? On ne rappellera jamais assez que le maire re-candidat de Bayonne est un soutien de ce gouvernement…

Cette loi sénatoriale devrait ensuite passer à l’Assemblée nationale. Mais elle a toute chance d’être court-circuitée par une « grande loi sur le logement », promise par le ministre du logement, Jeanbrun, et confirmée ce vendredi par Lecornu selon Le Monde du 24 janvier. Elle devrait venir dès la première quinzaine de février devant le Conseil des ministres. Elle devait comporter principalement une relance de la construction par de nouveaux abattements fiscaux pour l’investissement locatif, plus ou moins importants selon qu’il s’agit de PLI (prêt location intermédiaire), PLUS, PLAI. Ces logements devront garder un statut locatif pendant 9 ans, avant de pouvoir retourner à la spéculation.

Si un soutien aux bailleurs sociaux devrait figurer, avec la diminution de deux ponctions existant actuellement sur leur budget, les autres annonces laissent présager une aggravation de la situation du logement social en général et des locataires en particulier : nouvelles dispositions pour faciliter les expulsions locatives, facilitation de l’intervention des maires dans les attributions locatives (davantage de clientélisme), introduction des baux de 3 ans, assouplissement des critères de la loi SRU, privation d’APL pour les étudiants étrangers non-européens (déjà la préférence nationale). Autant dire que la résistance

La loi SRU n’est déjà plus ce qu’elle était

Au fil des années, le taux SRU de logements sociaux est devenu un mauvais indicateur de l’effort en faveur du droit au logement (de la possibilité d’accéder à un logement accessible) des classes populaires.

La loi SRU date de 2000. Elle introduisait l’obligation de construire un minimum de logements sociaux dans un certain nombre de communes (20 % puis 25%). A l’origine, quand on parlait de logement social, il s’agissait de locations pour loger prioritairement les classes populaires. Les PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration), PLUS (Prêt Locatif à Usage Social) et PLS (Prêt Locatif Social) familiaux. PLUS est la catégorie standard ; PLAI est pour les revenus les plus bas ; et PLS pour les classes moyennes.

Quand on parlait de demandeurs de logement, c’était des demandes de location faites auprès des bailleurs sociaux. Dans sa défense des privilèges sociaux, la droite cherche régulièrement à remettre en cause ou à contourner cette loi.

Le virage majeur date de l’arrivée au pouvoir de Macron. Un décret pris le 27/06/2019 en application de la loi Elan du 23/11/ 018 permet l’inclusion des PSLA (prêt social location accession) et (bail réel solidaire) BRS dans les quotas de logements sociaux reconnus par la loi SRU.

C’est un premier glissement de sens : le logement social est devenu une notion plastique, floue. Dans les récits des élu.e.s (mais aussi journalistes et parfois bailleurs), on commence par relier le logement social à la longue liste des aspirants locataires. Mais quand on parle de développer le logement social, en réalité, la priorité est devenue les BRS. Ainsi, Le Plan Local de l’Habitat (PLH) de la CAPB, voté en 2020, visait la construction de 1200 logements par an avec (déjà) 2 logements locatifs pour 1 BRS. Le bilan 2024 indique que seuls 42 % des locatifs prévus ont été réalisés, comme le montre les deux tableaux ci-après extraits de la brochure d’Herrian Bizi « Logement social, construisons la solidarité en dur » (décembre 2025).

Le logement social de 2024 n’est plus celui de 2018. Le développement des BRS, très bon outil anti-spéculatif à l’origine, est devenu un moyen de diminuer la part du logement des classes populaires.

Nouveau glissement il y a 3 ans quand le plafond pour être éligible à un BRS a été relevé pour ouvrir le dispositif aux classes aisées.

Autre opportunité de la loi SRU qui commence à être exploitée pour moins construire de logement locatif social : les logements spécifiques (étudiants et personnes âgées notamment – bientôt prisonniers?) qui émargent à la rubrique PLS non-familiaux. On voit donc se multiplier les résidences étudiantes publiques qui permettent d’augmenter l’indice SRU. Ainsi , la résidence étudiante inaugurée à Bidart il y a quelques semaines a permis à la ville de se rapprocher des 25 %. Le maire s’en est outrageusement félicité, mais s’est fait épingler par ses concurrents électoraux sur ce vrai-faux logement social. Bien entendu, les résidences étudiantes sont une nécessité pour elles-mêmes.

Tout ce qui entre dans le taux SRU : Les logements sociaux pris en compte dans les quotas SRU sont plus larges que les HLM classiques. On y trouve, pêle-mêle : les logements conventionnés ANAH, les foyers conventionnés, les résidences sociales, les places en CADA, les terrains familiaux pour gens du voyage, …

L’indice SRU est donc de moins en moins pertinent pour apprécier l’effort d’une ville pour loger les classes populaires. Un bien meilleur indicateur est le taux de logements locatifs du type PLAI, PLUS et PLS familiaux, au regard des résidences principales. Comme on le verra ci-dessous dans le cas bayonnais, ce dernier indice est nettement plus bas que le premier.

Un indice de logements locatifs sociaux en baisse à Bayonne

En 2024, selon le Répertoire du Parc Locatif Social (RPLS), il y avait 6433 HLM à Bayonne, dont 4349 construits depuis plus de 40 ans, à l’époque d’Henri Grenet. Depuis qu’Etchegaray est maire, il y a eu seulement 822 constructions de HLM… Quand il se félicite de respecter la loi SRU, en réalité il rend hommage à son prédécesseur. Quand Jean Grenet remplace son père en 1995, il y a une politique massive de construction de logements privés, « libres », une politique poursuivie pas Etchegaray, qui fait baisser le rapport entre le nombre de HLM et celui des résidences principales

Je n’ai pas retrouvé l’indice SRU quand la loi entre en vigueur en 2000, mais on peu raisonnablement supposé qu’il était très au-delà des 25 %.

Depuis, la construction de logement sociaux était calculée au plus juste, pour ne pas descendre au dessous des 25 %. Cet objectif est explicite lors du conseil municipal du 9 décembre 2020, lors de la discussion sur le PLH : Bayonne revoie à la baisse pour ce qui la concerne le nombre de HLM et à la hausse celui de BRS, qui figuraient dans le projet initial de la CAPB.

Voir mon billet déjà ancien : https://lepimentbayonnais.fr/2023/05/28/baionan-bizi-se-loger-a-bayonne-3/

Non content de se vanter pour lui de la politique mise en œuvre par Grenet père, Etchegaray renvoie la responsabilité de construire des HLM aux villes voisines sous prétexte qu’elles sont déficientes en la matière. En gros : prenez mes classes populaires, je prend vos classes moyennes

Méprisant, car il pointe négativement le locatif social comme une charge à partager avec les villes voisines, et non comme une réponse positive aux besoins sociaux.

Il s’agit d’une véritable politique de peuplement, combinant les BRS, les LLI, les 3 résidences étudiantes programmées, la notion de logement abordable…

Voir : https://lepimentbayonnais.fr/2025/07/26/gentrification-et-peuplement-a-bayonne/

Et aussi : https://lepimentbayonnais.fr/2025/10/26/droit-au-logement-a-bayonne-2-labordable-a-labordage-du-logement-public/

Le PLUi à Bayonne renforce la priorité pour les classes moyennes

Le PLUi pour les 5 communes de agglomération « côte basque Adour » a été adopté par la CAPB puis validé par les conseils municipaux. Il est en attente d’enquête publique avant une adoption définitive… après les élections municipales, et donc modifiable par les nouvelles majorités.

Le tableau qui suit, extrait de ce PLUi, pour cadrer la construction de logements sociaux (de différents types), est suffisamment explicite quand aux objectifs de Bayonne au regard des villes voisines pour ne pas nécessiter beaucoup de commentaires.

Dans les opérations de 20 logements ou plus, il est retenu l’obligation de 40 % de logements sociaux dans les quartiers périphériques, mais seulement 30 % dans les Quartiers de Politique de la Ville et à Saint-Esprit esprit où il y a déjà trop de ces logements selon la ville.

Dans les opérations de 50 logements ou plus, c’est 45 % de logements sociaux, qui se décomposent eux-mêmes en 45 % de locatifs familiaux et 55 % de BRS et PLS

Pour le diffus, il y a une norme à partir de 10 logements, voir moins, mais plus faible, sauf pour la rénovation dans le centre ancien

Dans les autres villes, c’est 70 % de logements sociaux, de manière quasi uniforme, ce qui est décomposé en 70 % de locatifs et 30 % de BRS.

Faites le calcul : 20 % de HLM à Bayonne, 49 % dans les autres villes.

Si l’indice SRU pour Bayonne est officiellement de 27,8 % aujourd’hui grâce aux BRS, l’indice HLM versus résidences principales tourne autour de 22 % (un peu plus un peu moins selon les logements livrés chaque année). Ce n’est pas vraiment glorieux, c’est un héritage, et c’est à la baisse depuis 2000.

Il est temps de revenir à une politique du logement basée sur les besoins des ménages réels inscrits comme demandeurs de logement, et non sur la volonté d’attirer les classes moyennes aisées à Bayonne.

Patrick Petitjean, 25 janvier 2026

Corridas à Bayonne. Une tradition opaque et délétère.

Le devenir des corridas à Bayonne s’est invité lors du conseil municipal du 11 décembre. Il était question d’une modification du budget annexe « fêtes et corridas ». Comme chaque année, Mixel Esteban (ex-EELV, opposition) a demandé la séparation en 2 de ce budget, pour clarifier les finances du volet « corrida ». Et là, surprise : « bon sang, mais c’est bien sûr, on y pense depuis longtemps » a réagi Yves Ugalde, adjoint tauromachique. Que peut bien cacher ce changement de pied ? Et quel rôle joue encore Jean Lartigue, le mandataire qui commence à ressembler au sparadrap du Capitaine Haddock ?

Les corridas s’invitent au conseil municipal

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion est entre 3h06 et 3h11

Mixel Esteban

Quand Mixel Esteban rappelle sa position traditionnelle pour la séparation du budget des fêtes traditionnelles de celui pour les corridas, Yves Ugalde plussoie sur cette idée, d’autant plus, selon lui, que les corridas ont été bénéficiaires cette année. Invité à réagir, Esteban réaffirme l’importance de mettre les corridas à part et propose une régie de gestion spécifique. Il se félicite que les corridas soient devenues bénéficiaires en 2025 mais rappelle que c’est loin d’avoir toujours été le cas.

Sur la lancée, Ugalde révèle qu’il est le premier à vouloir une telle clarification, mais sans désengager la ville. Il récuse notamment l’idée d’une Délégation de Service Public (DSP) : selon lui, les 3 grandes arènes qui ont choisi cette option se trouvent en grande difficulté financière. Une régie permettrait de maîtriser complètement les dépenses, sans risquer de dépendre de financiers non-tauromachiques.

Puis, on passe à une séquence pré-électorale. Le maire rend un hommage appuyé au trio qui pilote les corridas : Ugalde, son adjoint dont il vante l’expertise tauromachique, Marc Amestoy, son directeur de cabinet, et Olivier Baratchart, directeur des Arènes municipales. Il vante leur compétence pour faire la chasse aux meilleurs élevages, parfois très loin de Bayonne, garantie d’avoir les meilleurs toreros.

Son discours est à la fois convenu, mettant en avant la richesse de la tradition taurine, et flatteur pour les Bayonnais « un public connaisseur ». Et d’exalter la singularité du modèle bayonnais, basé sur les Penas taurines, avec une jeunesse de plus en plus présente. Il lance un appel à maintenir cette tradition : serait-elle menacée malgré son discours apologétique ?

Ugalde s’arroge le mot de la fin : la Ville est libre de ses choix car elle n’est mariée avec personne dans le « système taurin ».

Système taurin ? On aimerait en savoir plus ce qu’Ugalde entend par là. L’appui sur un mandataire – le même depuis près de 10 ans – pour conseiller le trio en fait-il partie ? J’y reviens un peu plus loin.

Opacité et mandataire

Le mélange budgétaire avec les Fêtes rend difficile d’établir les dépenses réelles de la ville pour les corridas, directes et indirectes. Il faudrait éplucher le budget ligne par ligne, au-delà même du budget annexe qui leur est consacré. La propagande pro-corridas s’infiltre dans nombre d’opérations de communication, ou dans d’autres fêtes et spectacles : ainsi, le festival Paseo inclut dans sa brochure les corridas de la fin août. Ainsi, les fêtes de Noël comportent l’initiative « toromagique » aux Arènes, un mélange de sensibilisation des enfants à la corrida et de solidarité pour des jouets de Noël. L’aide aux Penas, pour partie, y participe aussi. Sans parler des 5 cercles taurins. Et la distribution massive de billets gratuits. Il y a un véritable « système taurin », clientéliste, municipal…

rue du Moulin à Saint Esprit

La Ville achète les toros et salarie les toreros. Cela est inscrit bien sûr dans les budgets, mais figure aussi de manière plus explicite dans des délibérations du conseil, des décisions du maire, et des marchés. Malheureusement, il ne semble pas y avoir une grande régularité dans ces actes administratifs. Pourquoi une année, et pas l’autre ? J’ai pu avoir communication de certains, dont je reproduis des extraits ci-dessous.

Au fil de ces documents, on relève des explications fantaisistes pour des marchés sans concurrence, y compris avec des engagements seulement oraux. Et toujours l’omniprésence de Jean Lartigue et de la Tomefra, dont la Ville affirmait pourtant il y a 3 ans vouloir se débarrasser. Cela sera-t-il le cas pour 2026 ? Pour la première fois, la Ville a lancé un marché avec appel à concurrence, en décembre dernier. Résultat à venir.

La Tomefra est une société de droit espagnol, basée à Bilbo, constituée en juin 2011. Elle possède aussi une adresse à Anglet. Son président est Jean Lartigue. La Tomefra est intervenue, et intervient encore, comme mandataire pour l’organisation de corridas dans de nombreuses villes du Sud-Ouest, directement ou par son président. Ce fut le cas de Soustons, Mont-de-Marsan ou Orthez. En 2025, en partenariat avec une 2ème société, la Tomefra a repris des mains de la ville d’Eauz (Gers) l’organisation des corridas de cette ville.

Jean Lartigue

Mais surtout, on en apprend beaucoup sur ses relations avec la ville e Bayonne dans un article datant du 2 janvier 2023, que l’on trouve ici :

https://presselib.com/article/corridas-un-comite-municipal-aux-commandes-a-bayonne

Selon cet article, Lartigue a déjà été mandataire pendant 7 ans pour Bayonne. Il continuera comme conseiller technique en 2023.

D’après la facture de l’achat des toros en 2024, il l’était encore. En 2014 encore. Même chose por 2025, en dépit de l’annonce par la Ville de sa volonté de rapatrier les compétences du mandataire en décembre 2024 dans sa décision d’attribution du marché. L’appel à concurrence pour 2026 se fixe le même objectif.

Alors, Lartigue, un sparadrap collant sur les mains de la Ville, tel celui que le Capitaine Haddock promène dans les aventures de Tintin ?

2024

Un arrêté a été pris le 4 juillet 2024 pour l’achat de toros pour les corridas de 2024. J’en avais déjà parlé dans un billet à l’époque : https://lepimentbayonnais.fr/2024/08/17/a-bayonne-on-a-lhumour-tauromachique-sanglant/

On peut y lire « Le marché a pour objet la création ou l’acquisition d’une oeuvre d’art ou d’une performance artistique unique » ; et encore : « chaque taureau participe à l’exécution d’un spectacle » (il faut oser présenter une mise à mort comme cela) et « chaque taureau a des caractéristiques qui le rendent unique » conséquence, selon l’arrêté, le marché peut être passé sans publicité ni mise en concurrence préalables. Merci les taureaux.

On y a aussi la confirmation que Lartigue est toujours le mandataire pour assister la ville dans les négociations d’achat, et que ces négociations « se déroulent traditionnellement de manière orale et non écrite ». Si l’on fie à la facture (squelettique) de la société Tomefra pour ce marché, il s’est monté en 2024 à 26 000 €.

2025

Pour 2025, on peut se reporter à la décision du maire en date du 9 décembre 2024, attribuant le marché de mandataire à la Tomefra, toujours sans publicité et sans mise en concurrence, mais cette fois « au regard du montant du marché ». L’article référencé pour ce « gré-à-gré » vient du code de la commande publique et non do Code général des Collectivités territoriales comme pour l’arrêté de juillet 2024.

Comme dans le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP )(1 page), il est fait état de l’engagement de la Tomefra de transférer à la commune ses connaissances et compétences comme mandataire afin que « la Ville de Bayonne puisse à court terme effectuer directement les missions » du mandataire. Le CCTP définit avec précision la fonction du mandataire, notamment tour du salariat des toreros par la Ville, charges sociales incluses. Le marché pour 2025 est encore de 26 000 euros, sans les toros.

2026

Cette fois, il y a publicité et mise en concurrence. Le marché a été lancé au début de décembre 2025, avec une échéance le 26 décembre. Le marché reste sous les 90 000 €. On attend les résultats. Le marché est très précis sur la répartition des fonctions entre la Ville et le futur mandataire. Le mandataire doit assister le trio municipal qui organise les corridas, un point c’est tout. Le mandataire n’a plus les coudées franches, semble-t-il.

Le mandataire est là pour assister le comité d’organisation et la mise en œuvre opérationnelle de ses décisions. Selon 4 axes : l’assistance – le choix et transports des toros – le recrutement des toreros et leurs contrats – la commercialisation des corridas.

La clarification amenée par ce CCTP inédit est-elle un autre volet de la mise en ordre (et en conformité) du dossier « corridas » par la Ville en cohérence avec les déclarations lors du Conseil municipal ?

L’Union des Villes Taurines de France (UVTF)

Bayonne adhère à l’UVTF, ainsi qu’à d’autres associations pro-corridas. Le coût de l’adhésion n’est pas négligeable. Semble-t-il, cela n’entre pas dans le budget annexe… Il y a deux factures annuelles, l’une pour une part fixe (5 000 €) et l’autre pour une part variable indexée sur le nombre de spectateurs (plus de 20 000 revendiqués en 2024). Voir la photo de la facture variable pour 2024. J’attends communication des factures pour 2025

Le président de l’UVTF est Julien Dubois, maire de Mont-de-Marsan, récemment épinglé pour être un conducteur obstiné sans permis. Il avait donné une interview à Sud Ouest le 10 novembre 2024 pour présenter et faire le bilan de la saison tauromachique. Selon lui, 55 villes sont adhérentes, en quasi totalité dans le sud-ouest et le sud-est. C’était au moment de la discussion au Sénat de la proposition d’interdire les corridas aux mineurs, derrière laquelle il voyait le début de la fin : les organisateurs pouvant être eux-mêmes poursuivis en cas de présence de mineurs. D’où un « état de veille permanent sur tout ce qui pourrait porter atteinte aux corridas ».

Quelques mois après, le maire de Vieux-Boucau décidait de ne plus organiser de corridas dans les Arènes de la Ville, tout en continuant d’y organiser d’autres spectacles taurins sans mise à mort, comme des courses landaises. Un double sacrilège pour le président de l’UVTF : interdire les corridas, et, en même temps, poursuivre les spectacles taurins. Une dissociation impossible à admettre pour l’UVTF, qui a menacé d’exclure Vieux-Boucau. Peur de la disparition ?

Voir mon billet de mars 2025 après la décision de Vieux-Boucau.

Dans la propagande pro-corridas, à Bayonne comme ailleurs, on cherche de plus en plus à cacher le mot « corridas » (et son image souvent négative) derrière l’euphémisme de « spectacle taurin », et d’y assimiler les jeux taurins, spectacles de rue, encierros, courses landaises ou camarguaises.

Une tradition délétère

Les corridas sont interdites en France par l’article 521-1 du Code pénal, réprimant le délit de sévices graves et d’actes de cruauté envers les animaux domestiques. Mais elle n’est pas considérée comme une infraction là où existerait une “tradition locale ininterrompue”, sans que soient précisés les périmètres géographiques concernés. Elle est donc simplement tolérée, en l’occurrence dans une cinquantaine de villes.

pena taurine à Saint Esprit

La ville de Bayonne se réclame malheureusement de cette tradition délétère. Les traditions ont un début et une fin, même à Bayonne. Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, du droits des animaux, comment peut-on vouloir défendre le vivant, et ne pas vouloir mettre fin à ce spectacle dégradant, une école de la violence et de la cruauté ? Comment prétendre « agir pour une meilleure cohabitation animal/humain en ville » (selon le plan de transition écologique et solidaire de la ville de Bayonne) et continuer à se réclamer de cette tradition ? S’il est des cultures et des traditions qui font partie de l’identité basque, les corridas n’en font pas partie. Zezenketarik Ez !

Patrick Petitjean, 8 janvier 2026

Bayonne : la valse des panneaux « cyclistes, pied à terre ! »

On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Pendant quelques jours cette semaine, aux abords des zones piétonnes du centre de Bayonne, les cyclistes étaient obligés de mettre pied à terre la nuit… Sous peine d’une amende de 150 euros. Une farce ? Mercredi soir, Bizi a recouvert ces 29 panneaux par des posters plus classiques. Un bandeau est ensuite venu corriger les horaires officiels, mais pas l’obligation de mettre « pied à terre ». Une rectification apposée par les services municipaux ?

L’intention était sans doute louable : éviter les conflits entre piétons et cyclistes dans des zones commerciales, dans le centre piétonnisé, quand la foule est dense. Mais la vision de l’usage du vélo par la ville est déterminée par le tourisme : prédominance d’un commerce où l’on fait ses courses à pied, et le vélo est fait pour le tourisme et non un usage quotidien. Et aussi par les lunettes des automobilistes.

La dernière commission extramunicipale sur le vélo fin octobre était consacrée à la question du vélo dans les aires piétonnes, jugée prioritaire par la ville. Cette commission consultative regroupe élus, services et associations concernées. La quasi totalité des élus était absente. Mais aussi, parmi les associations, seules étaient présentes celles des personnes handicapées, des aveugles et des taxis. Les cyclistes n’étaient pas là…

Screenshot

La question du pourquoi des vélos en secteur piétonnier n’était pas posée. Le seul angle d’attaque était la répression, pas la sensibilisation.

Les horaires d’interdiction de rouler en centre ville ont été simplement décalqués de ceux exigés des habitants pour leur voiture.

De là cette injonction absurde : pied à terre la nuit.

On trouve l’arrêté d’interdiction sur le site de Bizi, mais, curieusement pas sur le site de la ville au moment où ce billet est écrit.

capture d’écran de l’article 1 de l’arrêté du 24 novembre

Comme on peut lire, il y a des exemptions : les livreurs « professionnels habilités » (c’est précisé) et PMR (ouf!) : ils n’auront pas à mettre pied à terre, au contraire des cyclistes avec 2 ou 3 enfants ou les vélos cargo.

Les discussions lors de la commission ne semblent pas avoir été très loin.

Mettre en oeuvre un panneau « aire piétonne » clair et perceptible par tous… Mettre des panneaux indiquant que les piétons sont prioritaires… « pied à terre » aussi bien pour les vélos que pour les trottinettes, skates, EDPM.

Effectivement, il est proposé d’expérimenter l’obligation du « pied à terre » dès lors que le secteur piétonnier passe en régime aire piétonne. Il souligne que les habitants du secteur piétonnier ont l’autorisation de circuler sur les plages horaires suivantes : 6h00 à 10h30 et de 19h15 à 22h00.

Ces horaires pourraient être appliqués au « pied à terre » soit l’autorisation de circuler de 6h00 à 10h30 et de 19h15 à 22h00.

Le pied à terre de nuit est débattu. Mais conclusion :

Le pied à terre est maintenu la nuit dans un premier temps.

– Les professionnels circulant à vélo seront autorisés sans contrainte d’horaire

– L’expérimentation aura une durée de 6 mois. Un bilan sera proposé en mai/juin 2026.

L’assemblée valide la proposition faite soit une autorisation de circuler dans l’hypercentre de

6h00 à 10h30 et de 19h15 à 22h00

Réaction immédiate de Bizi

Sitôt ces 39 panneaux apposés en début de semaine, Bizzi a réagi, d’un côté par un appel à la désobéissance : “Nous appelons à désobéir à cette mesure injuste et à continuer de circuler à vélo en laissant la priorité aux piétons. Nous souhaitons une cohabitation respectueuse entre piétons et cyclistes. Mais plutôt que d’interdire les vélos, nous sommes pour mieux faire fonctionner l’aire piétonne existante, par l’installation de panneaux et par toute démarche de sensibilisation qui rappelle que les piétons sont prioritaires dans ce secteur”

Et d’un autre côté par une action « coup de poing » le mercredi soir : le collage de posters sur ces panneaux, avec des préconisations conformes aux usages habituels (le respect des piétons par les cyclistes roulant au pas et non le « pied à terre »).

Faut-il rappeler qu’un.e cycliste avec son vélo à la main au milieu des piétons est lui-même ou elle-même un.e piéton.ne encombré.e et encombrant.e ?

Bizi remarque aussi que l’amélioration des aménagements cyclables autour de la zone piétonne – aujourd’hui très insuffisants – pourrait limiter le transit des vélos en zone piétonne…

photo Bizi

Les horaires rectifiés dans la foulée.

On peut déceler sur la photo suivante qu’un simple bandeau, avec 10h-22h comme horaire de « pied à terre », a été collé en urgence sur les panneaux. Sans doute par les services de la ville, mais on attend l’arrêté conforme sans lequel l’amende la nuit court toujours.

Cela enlève l’absurdité des premiers panneaux, mais maintient l’obligation du « pied à terre ». La philosophie municipale n’a pas changé.

Au final

La ville s’intéresse avant tout au centre ville, alors que les enjeux et difficultés de la politique « vélo » sont autres. Ils nécessitent surtout des interventions sur la voirie, des mesures de prévention et de sensibilisation. Ils sont aussi ailleurs, y compris les conflits potentiels entre piétons et cyclistes.

Les attentes des piétons sont de nature différente de celles, réelles ou supposées des commerçants des zones piétonnes.

A juste titre, Bizi considère qu’il s’agit d’un rétropédalage de la ville en matière de politique cyclable

Patrick Petitjean, 21 décembre 2025

Bayonne : l’Atalante vise la rue des Graouillats

Le conseil municipal du 11 décembre – le dernier de la mandature – fut consensuel selon les journaux. Il fut surtout un pré-lancement de la campagne électorale du maire sortant et futur candidat à sa succession. Il y eu nombre de glorifications de la politique suivie, pleine de succès et d’adhésion populaire : la réouverture du musée Bonnat-Helleu, la sécurité, la médiathèque, la bonne santé financière, etc. Ce qui n’alla pas sans accrochages avec quelques élu.e.s critiques. Mais également, au fil des délibérations, on a vu apparaître de potentielles futures annonces électorales. Et notamment un agrandissement du cinéma L’Atalante.

l’entrée de la rue des Graouillats depuis le quai

Une délibération portait sur l’achat par l’Etablissement Public Foncier Local (EPFL), pour le compte de la Ville, d’un immeuble situé 3 rue des Graouillats, dans le quartier Saint Esprit. « Graouillats » vient sans doute du Gascon, pour grenouilles. C’était orthographié « Graouillet » au moyen-âge, et l’existence de cette rue est attestée depuis le XVIIe siècle. C’est un quartier anciennement marécageux, et toujours sujet à inondation. La photo ci-après a été prise au petit matin du 11 févier 2024, à l’angle de la rue des Graouillats et du Quai Amiral Sala où se situe l’Atalante.

Le conseil municipal du 11 décembre est ici :

La discussion se situe entre 2h25 et 2h29. Alain Lacassagne présente la délibération sur l’achat de l’immeuble 3 rue des Graouillats et pointe la proximité avec l’Atalante pour justifier l’opération.

3 rue des Graouillats : immeuble vendu… à l’EPFL

Le maire insiste en faisant l’apologie de l’Atalante actuelle, qui manquerait, selon lui, d’une ou deux salles compte tenu de son succès. Il souligne les bas tarifs de l’Atalante, tout en manifestant son ignorance de ces tarifs, hésitant entre 4€, 4,5€ ou 5€ pour les abonnements. Et de faire honte à l’opposition qui avait osé critiquer le dépassement du coût des travaux pour le nouvel immeuble quai Amiral Sala : le coût final étant quasiment le double des 2 à 2,5 millions prévus. Comme si la dérive des coûts était la source du succès, plutôt que la qualité de la programmation, ou l’attractivité la terrasse sur les bords de l’Adour.

En conclusion, Yves Ugalde est revenu sur la comparaison entre le GCR, avec 188 567 spectateurs dans ses 7 salles à Glain, et l’Atalante avec 171 000 spectateurs dans seulement 3 salles.

Yves Augalde adjoint à la culture et à la corrida, lors du conseil municipal du 11 décembre

La convention qui définit le portage financier par l’EPFL pour la Ville explicite les objectifs :

« – conforter l’offre en équipement culturel en lien direct avec la proximité du cinéma d’art et d’essai afin de développer l’attractivité du quartier Saint Esprit ;

produire des logements sociaux dans le cadre de la politique volontariste de la Ville ».

De l’ancienne à la nouvelle Atalante

L’ancienne Atalante était composée de trois salles : la salle historique, rue Denis Etcheverry, et deux salles (L’autre Cinéma) quai de l’Amiral Sala, de l’autre côté du Pont Saint Esprit. Devant le nombre croisant de spectateurs, la Ville, en accord avec l’association « Cinéma et culture » qui gérait ces salles, a décidé la construction d’un nouveau cinéma. La Ville a acquis l’immeuble à côté de la salle quai Sala. Le regroupement des deux immeubles permet l’existence de 3 salles à cet emplacement. La Ville est propriétaire, et l’association est locataire. Les nouvelles salles furent inaugurées fin août 2019.

Si le gain en places est minime (une vingtaine), on peut y voir un « geste architectural » en bord de l’Adour, comme la ville et friande en d’autres endroits de cette rive. On peut aimer, ou ne pas aimer ce « geste », en rapport avec son coût très élevé. Ce qui marque ce nouvel Atalante est d’ailleurs l’existence d’une terrasse en bord de l’Adour pour son bistrot, dont le succès a été de pair avec l’augmentation du nombre de spectateurs.

L’Atalante en deux immeubles quai Sala

Et l’Atalante craque de nouveau devant la fréquentation, tant des salles que du bistrot.

Pour se donner un peu d’air, pour l’administration de l’ensemble et la gestion du bistrot, l’association a acquis, en son nom propre, il y a deux ans, le rez-de chaussée du 1 rue des Graouillats, cet immeuble étant géré sous le registre d’une copropriété. Mais ce local est impropre à répondre au besoin d’une autre salle.

L’acquisition par la Ville du 3 rue des Graouillats permettra-t-il d’y répondre ? La faisabilité technique est très loin d’être évidente. Cependant, la ville dispose (3b rue des Graouillats) d’un peit parking en surface qui pourrait être utilisé. Mais peut-être, l’Atalante bis n’est-il qu’une promesse en vue des élections, dont il ne restera que du vent dans quelques années, comme tant d’autres mirages électoraux ?

Entre temps, le bâtiment de la salle historique se dégrade, de manière accélérée depuis qu’elle a été totalement murée en septembre dernier.

l’état lépreux de l’ancienne Atalante le 18.12.25

Le bâtiment avait été occupé quelques jours pendant l’été, donnant espoir d’une réouverture provisoire. Si cette occupation a permis de remettre dans le débat public la question de l’ancienne Atalante, ce fut un coup pour rien, et le silence est retombé. Début octobre, j’avais publié un billet faisant le point de la situation :

En ayant tout muré, la mairie semble jouer la dégradation progressive, et laisser la démolition comme seule perspective.

Patrick Petitjean, 19 décembre 2025

(la partie « de l’ancienne à la nouvelle Atalante » a été révisée le 20 décembre)

Droit au logement à Bayonne (2) : L’abordable à l’abordage du logement public

Vous avez aimé le Guillaume Kasbarian ? Vous dégusterez du Vincent Jeanbrun, le nouveau ministre. Il est partisan d’une remise en cause radicale du modèle français de logement social. Il surfe sur l’accentuation de la crise du logement pour tenterde faire accepter la remise en cause du modèle HLM. Il s’appuie sur la politique européenne en la matière, et sur des tendances répandues chez beaucoup d’élus : vive le logement abordable, priorité aux classes moyennes sur les classes populaires.

Ce billet fait suite à celui du 21 octobre sur les propositions d’Herrian Bizi

L’Europe

La crise du logement concerne la plupart des pays européens, ce qui a conduit la Commission Européenne à s’emparer du sujet. Elle prépare un rapport sur le « logement abordable ». Ce n’est pas une compétence directe de la CE, et les traditions politiques en matière de logement diffèrent très fortement d’un pays à l’autre. Les rapports de force politiques sont très en faveur de la droite au niveau européen. Pour elle, il s’agit de simplifier les dispositifs pour augmenter l’offre : pas d’encadrement ni de plafonnement des loyers, moins de logements publics. C’est un choix en faveur des marchés, qui s’adresse aux revenus intermédiaires. Les élu.es des Verts européens et de « The Left » se mobilisent contre les orientations proposées.

Les premières discussions pour ce rapport sont inquiétantes, même si la volonté d’agir est plutôt positive, selon la Fondation pour le logement (FPL). Il s’agirait de créer une nouvelle catégorie, présentée comme sociale, le logement abordable, intermédiaire entre le social public et le privé. Ce serait très régressif par rapport au logement social à la française, comme par rapport aux coopératives en Suisse ou en Autriche.

Selon le rapport de la FPL sur le mal-logement en Europe, les besoins en logement se concentrent sur les bas loyers. «  Il ne s’agit pas en soi de critiquer le soutien aux classes moyennes, mais de souligner que cette réorientation s’opère au détriment des ménages à faibles revenus et des publics vulnérables, pourtant les plus exposés aux situations d’exclusion du logement », précise le rapport.

https://www.fondationpourlelogement.fr/mal-logement-en-europe-29-des-menages-en-difficulte/

Photo Alda

Une tradition bayonnaise

Cela fait bien longtemps que la municipalité bayonnaise a introduit les mots « logement abordable » dans sa politique du logement, de manière vague au début. Il est omniprésent dans les discussions sur le PLH en 2020, lorsque la ville de Bayonne réussit à faire revoir à la baisse les objectifs fixés à l’origine par ce PLH pour ce qui la concerne. Voir ce billet :

La problématique du logement abordable est à la base des chartes de « mixité sociale ».

Elle est aussi à l’oeuvre dans l’introduction des LLI (logement locatif intermédiaire) dans le programme des bailleurs sociaux. Les LLI ne sont accessibles qu’aux classes moyennes supérieures et aux plus aisées. Voir :

Les pactes pour la mixité sociale

Le 5 avril 2023, Etchegaray faisait voter par le conseil municipal une dite « charte de mixité sociale » entre la ville, les promoteurs immobiliers et les bailleurs sociaux, fixant la proportion des divers types de logements dans les grosses opérations immobilières. Voir toujours le billet : https://lepimentbayonnais.fr/2023/05/28/baionan-bizi-se-loger-a-bayonne-3/

Ce pacte fixait à 45% au moins (dont 30% locatifs et 15% BRS) le pourcentage de logements sociaux, et donc 55% de libres, dont au moins 15% de prix maîtrisés, pour les grands projets.

Pour les opérations plus petites, c’est différencié selon les secteurs.

Ces chiffres avaient vocation à se retrouver dans le futur PLUi, mais ont pu évoluer depuis deux ans. Le PLU en vigeur est encore plus souple. Le projet de nouveau PLUi (en attente d’enquête publique) reprend les chiffres de la charte.

Le conseil communautaire du 23 mars 2024 a adopté une « charte partenariale public/privé en faveur du développement du logement social et de l’accession libre abordable », Le glissement vers le terme « abordable » est lourd de sens. J’ai publié un 2e billet sur le pacte communautaire :

Ce pacte communautaire prévoit que dans les opérations qui ont moins de 60% de logements sociaux, les logements libres devront être, pour moitié des « logements abordables ». Les échelles de prix sont précisées, et, surtout la « cible » sociale est les ménages qui sont au niveau du plafond LLI (Logement Locatif Intermédiaire) plus 30% : autant dire les classes moyennes aisées, pas les plus proches des classes populaires. Avec, comme toujours une clause antispéculative limitée à 10 ans, et donc un obstacle très temporaire à la spéculation.

Ces pactes « gravent dans le marbre » la priorité politique pour le logement des classes moyennes. Etchegaray met l’accent sur les contraintes qu’ils feraient peser sur les promoteurs. Les bailleurs sociaux ayant pris le compétence « aménagement », ils peuvent jouer le rôle de maître d’ouvrage, et donc avoir la main par rapport aux promoteurs quand à la conception de l’opération, au-delà des typologies de logements.

Malgré ces contraintes, c’est bien d’une aide au secteur privé dont il s’agit, comme le souligne un article du journal Sud Ouest le 16 octobre avec son titre : « les bailleurs sociaux à la rescousse du privé ». Selon le journal, jusqu’à récemment, ce sont les opérateurs privés qui construisaient, et revendaient en VEFA (Vente en l’Etat Futur d’Achèvement) des appartements aux bailleurs sociaux pour en faire des HLM. Et même, ces appartements étaient vendus « à un prix inférieur au coût de production » et « le manque à gagner était répercuté sur le prix des logements libres » : les promoteurs comme bienfaiteurs des HLM, il faut oser.

Mais maintenant, comme le fait remarquer Lausséni Sangaré, directeur de HSA, les promoteurs ont besoin, vis-à-vis des banques, de justifier de la commercialisation potentielle des appartements construits. Et la garantie d’achats par les bailleurs sociaux de 55% d’entre eux (le pacte) est plus que bienvenue.

Même s’il faut pour cela que le promoteur laisse la maîtrise d’ouvrage au bailleur, et se contente de droits à construire ou de VEFA. On est d’ailleurs en droit d’espérer davantage de transparence financière sur les transactions immobilières entre promoteurs et bailleurs, au moins autant que pour celles qui existent (en principe) au niveau d’une ville.

page du supplément immobilier de Sud Ouest le 16 octobre

Le nouveau ministre

Vincent Jeanbrun, membre exclu de LR, est porteur d’idées radicales pour le logement et la politique de la ville.Il avait présenté en juin un rapport « Réparer les quartiers. Rétablir la République », où il affirmait : « Il est urgent et nécessaire de protéger les honnêtes gens qui n’aspirent qu’à vivre en paix et en sécurité contre toute la violence qu’ils subissent au quotidien ». Il y propose la fin du logement social à vie au profit d’un bail à durée déterminée.

Il propose en outre de permettre « aux bailleurs sociaux d’expulser les locataires qui causent des troubles à l’ordre public dans l’ensemble du quartier sans avoir à saisir la justice ».

Et de suggérer, parmi les conditions pour bénéficier d’un logement social et s’y maintenir, un casier judiciaire exempt de condamnation pendant dix ans pour des faits de violences et de trafic de drogue.

Il enfourche le combat de l’extrême-droite contre « l’assistanat » en proposant de donner la priorité à ceux qui sont en situation de travail dans l’attribution d’un logement social. Il plaide pour inverser la loi SRU en limitant à 30% le nombre de logements sociaux dans chaque commune. Il encourage la vente massive des HLM à leurs locataires. Tous propriétaires, c’est la France rêvée de Jeanbrun. Comme des promoteurs.

Ventes de HLM au Pays basque

Ce n’est pas la première fois qu’un ministre pousse à la vente de HLM. Les bailleurs étaient plus que réticents au début : l’Etat baisse ses concours financiers sous prétexte que ces ventes abondent leurs fonds propres. Avec ou sans états d’âme, ils sont contraints d’appliquer la politique gouvernementale.

Ils se sont donc mis à ces ventes, mais « avec modération ». On voit régulièrement des annonces dans la presse « HLM à vendre ». Dans le supplément immobilier de Sud Ouest du 16 octobre, le bailleur Office 64 indique qu’il vend entre 5 et 10 HLM chaque année, vente réservée à ses locataires qui ont au moins 2 ans d’ancienneté. La vente se fait en BRS « pour que le bien reste dans le contingent des quotas SRU de logements sociaux ». Dont acte : il s’agit d’un transfert d’un logement locatif public à un logement semi-privé, sans d’ailleurs que l’argument de la sauvegarde du foncier public ne soit évoqué,pour le justifier. Cela diminue le parc locatif : on peut se demander si ces ventes sont toujours compensées par un nombre équivalent de constructions supplémentaires.

De son côté « pour soutenir ses fonds propres », HSA se fixe l’objectif de 20 ventes par an, en BRS, mais sans les réserver à ses locataires.

Les engagements demandés par Herrian Bizi en vue des élections municipalesde 2026 demandent donc une réorientation très importante de la politique municipale du logement à Bayonne. En particulier le 1er engagement « investir plus de moyens financiers que le mandat précédent ». Même si l’écart n’a jamais été aussi grand entre les besoins d’un côté, l’état des finances locales, le désengagement de l’Etat et le coût de la construction de l’autre. Quel.le.s candidat.es sauront répondre positivement à cet appel ?

Patrick Petitjean, 26 octobre 2025

Droit au logement à Bayonne (1) : Auzolan et Herrian Bizi

Le succès des journées Auzolan le 11 octobre, et en particulier de la table ronde sur le logement social, reflète l’ampleur prise par la crise du logement dans les préoccupations de la population. Elles placent le droit au logement au cœur des enjeux des prochaines élections municipales. La plate forme Herrian Bizi a présenté aux futur.es candidat.es 17 engagements à prendre, en toute priorité, pour le logement social. Quelques jours plus tard, en nommant Vincent Jeanbrun comme ministre du logement, Lecornu déclarait la guerre au logement social.

photo Alda

Exemplaire ?

En avant-propos, il faut pointer du doigt ce qui restera comme l’exemple le plus dévastateur de la politique du logement à Bayonne depuis 2020, la fin de la cité populaire de la Citadelle. Mais la communication d’Etchegaray sur le logement est particulièrement efficace, et fait apparaître son action comme exemplaire.

Au point par exemple que la représentante du DAL lors d’Auzolan (1ère table ronde de l’après-midi) a affirmé que la démolition de logements sociaux dans le cadre de la rénovation urbaine, cela ne se faisait pas à Bayonne, contrairement à bon nombre d’autres villes. Et bien, c’est raté. A la Citadelle, il y a destruction totale des 242 logements locatifs, et tous ne sont pas reconstruits. Voir mon billet : https://lepimentbayonnais.fr/2025/02/28/bayonne-citadelle-la-mort-dune-cite-populaire/

La Citadelle : et l’humain ?

Le projet Citadelle est venu en débat lors du Conseil municipal ce 16 octobre au sujet de la vente par la ville du terrain de l’école primaire à HSA, cette école ayant vocation à être regroupée, dans le cadre de cette opération immobilière, avec l’école maternelle, à l’endroit actuel de cette dernière. Les oppositions ont critiqué le prix de vente élevé, accusant la ville de rançonner HSA pour améliorer ses finances. C’est sans doute vrai. Mais c’est le petit bout de la lorgnette, sans distanciation d’avec le discours officiel sur l’exemplarité et la pertinence de cette opération de rénovation-reconstruction

Mettre en avant le mauvais état des logements, pour justifier leur démolition, comme le fait Etchegaray, est le discours standard dans toutes les opérations de ce genre. Il n’y a eu aucune justification de l’impossibilité de la rénovation, ni étude publique des coûts comparés entre rénovation et démolition / reconstruction ; aucune explication de la différence de traitement entre les immeubles semblables du Polo et de la Citadelle ; aucune explication de pourquoi, dans le 1er projet, la moitié des immeubles de la Citadelle était rénovée, et seule une moitié détruite, ce qui est peu cohérent avec le discours sur l’impérieuse nécessité de tout démolir lors du 2e projet.. Il reste maintenant 211 logements locatifs familiaux (au lieu de 241 dans l’ancienne cité). Ajouter des logements étudiants et des BRS permet de dépasser les 2/3 de logements dits sociaux. Le reste (184) sont des logements privés : loger les classes moyennes et supérieures à proximité du Trambus 2, transport rapide, cela limiterait leur usage de la voiture. C’est l’écologie d’Etchegaray.

Les grosses opérations de démolition / reconstruction de tours et de barres HLM ont fini par être abandonnées par l’ANRU, à de rares exceptions. Elles faisaient l’objet de beaucoup de luttes des habitant.es pour s’y opposer. Démolir des logements, ce n’est pas seulement détruire du bâti, c’est détruire ce qui fait l’histoire d’une vie, c’est mépriser les classes populaires, c’est faire primer l’immobilier sur l’humain.

Et tous les efforts d’HSA pour reloger, dans de bonnes conditions d’écoute, les locataires n’effacent pas qu’il s’agit de relogement forcé.

Se méfier du vocabulaire utilisé

Parler de « logement social » n’a pas le même sens dans toutes les bouches. Dans la loi SRU à l’origine, il s’agissait presque exclusivement des HLM. Vinrent Sarkozy puis Macron. Et dans la loi, l’accession sociale à la propriété, PSLA puis BRS, est devenue aussi du logement social. Les élusont suivi, les bailleurs aussi. Les associations ont du suivre, même si elles différencient le locatif. La distinction entre la location et l’accession aurait gagner à être plus explicite d’ailleurs dans les propositions d’Herrian Bizi

Quand on parle de demandeurs de logement social, de files d’attente, c’est seulement du locatif dont il s’agit. Pas de BRS.

Lors d’Auzolan, les intervenant.es du premier débat de l’après-midi ont à peine évoqué les BRS, leurs interventions concernaient clairement le locatif.

Il paraît que parler de « HLM » serait dévalorisant. Parlons donc de logement public pour distinguer le locatif de l’accession sociale (semi-publique) et du logement abordable (privé).

Un autre mythe est celui du caractère exemplaire de la ville de Bayonne, la seule au Pays basque à respecter le quota de 25% de logement social figurant dans la loi SRU. La construction des cités HLM date des années 1960-1990. Après, la proportion de HLM a régulièrement décru. Lors de la promulgation de la loi SRU en 2000, Bayonne était largement au-dessus des quotas. Ensuite, ce fut le service minimum en HLM pour se maintenir à 25%. Une légère remontée a pu être observée sous Etchegaray par l’inclusion de l’accession sociale : une politique en faveur des classes moyennes, pas des classes populaires.

Dans le billet ci-après, je donne quelques éléments historiques sur le développement des cités populaires à Bayonne.

Aider les plus modestes plutôt que les classes moyennes

Auzolan

photo Mediabask

La table ronde la plus intéressante fut celle en début d’après-lidi. On y refusa du monde. Elle était présidée par Jean Luc Berho, président de Soliha et fondateur des entretiens d’Inxauseta. Sont intervenu.es : Emma Cosse, présidente de l’USH, Union sociale pour l’Habitat ; Gaëlle Vincens, plate-forme Herrian Bizi ; Marie Huiban, du DAL Paris ; Christophe Robert, de la Fondation pour le Logement des défavorisés (FPL) ; Peio Dufau, EH Bai, député.

Le point fort fut la présentation des 17 mesures sur lesquelles il est demandé aux futur.es candidat.es aux élections municipales de s’engager. Il a été aussi beaucoup discuté de l’encadrement des loyers, dont la phase expérimentale se termine bientôt, et pour lequel une nouvelle loi est nécessaire.

Christophe Robert a particulièrement insisté sur la nécessité à assurer une continuité en matière de logement entre les services à apporter aux personnes en grandes difficultés (à travers les CCAS notamment : accueil de jour, bagagerie, adresses, etc.), l’hébergement (de la compétence de l’Etat, mais une ville peut s’en emparer, quitte à demander un remboursement à l’Etat, comme le CAPB le fait pour Pausa), le recours à l’intermédiation d’association, comme sas avant les PLAI, etc. Le 13e engagement proposé par Herrian Bizi (voir ci-dessous) porte en partie sur ce sujet.

On pourrait y ajouter de l’habitat pour voyageurs, des HLM avec possibilité d’installer une caravane à l’année (une alternative partielle aux aires de grand passage). Egalement les Tiny Houses, l’habitat léger, etc.

Les villes font souvent une sorte de service minimum en matière de logement social. La FPL demande une autre logique que le simple respect de la loi SRU et du quota officiel de PLAI.

Photo Alda

Christophe Robert a enfin rappelé l’importance de l’accès aux droits en matière de logement et la nécessité de faire appliquer la loi qui réserve 25% des attributions aux ménages les plus modestes.

Les HLM au Pays basque

Dans un entretien le 16 octobre avec Sud Ouest, la présidente de l’Union Sociale de l’Habitat pour la Nouvelle Aquitaine avance le chiffre de 90% des candidats pour un HLM ayant un revenu inférieur au revenu médian de la région. C’est un effet du ciseau entre le renchérissement du logement d’un côté et la précarisation de l’emploi, la cherté de la vie, etc.

Selon l’enquête de l’USH, la moitié des demandeurs sont des personnes seules, retraité.es, étudiant.es, adultes sans enfants. Un quart sont des familles monoparentales. Pour combien de ces demandeurs les BRS constitueraient une option possible ou souhaitée ?

Au Pays basque, le délai pour obtenir un HLM est de 25 mois, davantage qu’à Bordeaux (19 mois), et que la moyenne régionale (15 mois). Il y a eu 15 384 demandes d’attribution et 3 636 demandes de mutation, avec en face 1 182 attributions seulement.

La situation de la CAPB est donc catastrophique pour les HLM, conséquence des priorités de ses responsables politiques, Etchegaray en tête.

L’appel que lance la présidente de l’USH régionale est le même que celui lancé le 11 octobre par les participant.es à la table ronde d’Auzolan : l’impérieuse nécessité d’une mobilisation collective et durable pour le logement HLM.

Présentation des 17 propositions

Alors que le logement est une préoccupation majeure pour les habitant·es du territoire, la plateforme unitaire « Se loger au Pays – Herrian Bizi » propose en amont des élections municipales et communautaires du printemps 2026 une série d’engagements ambitieux et courageux, nécessaires à mettre en oeuvre pour enrayer la crise du logement. Les réponses des listes candidates seront rendues publiques afin de permettre au public d’évaluer leur niveau d’engagement.

Les 17 mesures sont répartis en 6 blocs, qui chacun concerne Bayonne à des degrés différents.

Photo Alda

1- Développer le logement social

1-1 « Investir plus de moyens financiers dans le logement social ». Les « revenus modestes » sont explicitement désignés pour en bénéficier, catégorie qui ne trouve pas de logement locatif accessible dans le privé. Investir davantage de moyens financiers que le mandat précédent. Un vrai défi compte tenu des finances locales, Bayonne compris

1-2 « Mettre du foncier gratuit à disposition des bailleurs sociaux » : il s’agirait de faire l’inverse de ce que fait la municipalité actuelle, à savoir taxer un maximum HSA comme dans l’opération Citadelle.

1-3 « Créer dans les PLUi des secteurs de mixité sociale » avec des règles plus contraignantes pour favoriser la construction de logements sociaux, sur des secteurs plus vastes. Les chiffres proposés sont de 70% de logements sociaux, dont 45% de locatifs, et ce dès le seuil de 3 ou 4 logements.

La « charte de mixité sociale, en vigueur à Bayonne en est très loin (voir la partie « charte » dans le 2e article à suivre). Cet objectif de 70% est parfois jugé peu crédible par des acteurs de la construction, compte tenu des modèles économiques actuels du secteur. La discussion promet d’être chaude pour ces municipales.

2- Réguler les résidences secondaires

2- 4 Introduire dans les PLUi des zones interdisant les résidences secondaires selon la loi Echaniz. Le pourcentage de résidences secondaires pour appliquer cette disposition de la loi n’est officiellement pas atteint à Bayonne.

2-5 Majorer la TH à 60% sur les résidences secondaires : déjà fait à Bayonne.

2-6 Lutter contre les fausses déclarations de résidence principale. C’est un problème récurrent dans tout le Pays basque. Mais cela reste compliqué (croisement de données de plusieurs sources) et demande des moyens financiers, du personnel municipal et de la volonté politique.

3- Enrayer la transformation des logements en meublés permanents

3-7 Abaisser à 90 jours par le nombre maximal de jours autorisés pour la location touristique, au lieu de 120 actuellement. C’est déjà fait à Bayonne.

3-8 Informer les habitants sur les restrictions réglementaires pour les locations touristiques dans les copropriétés. Au-delà, le transformation de logements loués vides, avec un bail de 3 ans, en logements meublés avec des baux moins protecteur (et encadrés) de 1 an est un phénomène dangereux qui se développe.Et qui encourage les faux baux « mobilité » (9 mois maxi, réservés à des catégories précises) pour permettre la location touristique pendant l’été. Alda a très bien décrit le phénomène. Le problème est le même que pour les fausses résidences principales pour lutter contre ce phénomène.

3-9 Etendre les règles de compensation à d’autres communes. Elles existent déjà à Bayonne

4- Protéger le foncier agricole

4-10 Protéger les terres agricoles pour accroitre l’autonomie alimentaire du territoire. Ce paragraphe comporte aussi l’engagemnt à respecter les objectifs du SCoT concernant le ZAN (Zéro Artificialisation Net).

Cela concerne doublement Bayonne : il y a encore des terres agricoles, et Etchegaray souhaite en artificialiser certaines dans le projet de PLUi. Il y a aussi des zones naturelles ou forestières où existent des projets d’urbanisation. Dans le PADD (qui comporte les orientations du PLUi), les 5 communes de l’agglomération bayonnaise ne souhaitent pas respecter la réduction différenciée (c’est-à-dire réduction plus forte sur la côte basque, plus faible à l’intérieur du Pays basque) de l’artificialisation préconisée par le SCoT pour rééquilibrer le développement.

4-11 et 4-12 Bayonne n’est pas concerné

5- Utiliser les logements vacants

5-13 Recenser les logements privés vacants, pour les rénover et les remettre en location à l’année, en privilégiant une offre sociale, via les bailleurs sociaux et l’intermédiation locative. A Bayonne, ville centre, donc plus riche et plus attractive pour les personnes en grandes difficultés, c’est une forme de logement essentielle à développer avant l’entrée en location sociale classique.

Mais avant l’intermédiation, il y a la question de l’hébergement, qui manque dans les engagements. La réquisition de logements vacants en ce sens pourrait aider : ce point a été soulevé dans les débats à Auzolan.

5-14 Lancer systématiquement des procédures pour récupérer les biens sans maître

5-15 Exonérer pendant 5 ans de taxe foncière les propriétaires qui rénovent leur logement et le mettent en location conventionnée.

6- Pour le droit de vivre et se loger au Pays

6-16 Mise en place d’un observatoire du foncier

6-17 Mise en place d’un permis de louer avec autorisation préalable. L’objectif est de lutter contre les logements insalubres et les passoires thermiques, mais le moyen ne fait pas l’unanimité parmi les acteurs du droit au logement. Il y a la crainte que cela serve à certains élus pour écarter un certain type de population. Sa faisabilité juridique semble aussi incertaine.

Il y a des villes, comme Paris et Lyon où existent des « polices de l’habitat » qui agissent dans plusieurs domaines : insalubrité, plafonnement, compensation, fausses résidences principales, etc).

Une autre alternative serait de créer une sorte de « carte grise » pour tous les logements, comprenant des informations de base, et permettant le suivi de la fonction du logement (principal ou non, meublé ou vide, etc).

A suivre : Droit au logement à Bayonne (2) : L’abordable à l’abordage du logement public

Patrick Petitjean, 21 octobre 2025

Associations en danger. Résistances

Les associations ont rarement fait l’objet d’une attaque aussi brutale, tant sur le plan des libertés associatives que sur celui de son financement. Le Pays basque n’y échappe pas. Le mouvement associatif avait appelé le 11 octobre à une journée nationale d’actions. Le 16 octobre, ce sont les salariés des associations qui sont appelés à faire grève. A Bayonne, le syndicat Asso Solidaires donne RV à 17h30 au café des Pyrénées. L’Observatoire des libertés associatives a puplié un rapport sur les atteintes aux libertés et présenté plusieurs propositions pour y faire face. Passage en revue de la résistance.

Le Mouvement associatif a été créé en 1992 pour défendre la liberté d’association et, au-delà, la vie associative. Pour la première fois de son existence, il a appelé à une journée nationale d’actions « ça ne tient plus » pour alerter sur la situation catastrophique de nombre d’associations. Un véritable plan social associatif avec destruction de plusieurs milliers d’emplois

Pour 2026, le plan Bayrou prévoyait d’augmenter la saignée en retirant plusieurs milliards aux budgets des associations. Un plan que le nouveau premier ministre soutenait. Les bénévoles dirigeants associatifs ont indiqué qu’un tiers des structures prévoyaient des licenciements, ce qui impliquerait des dizaines de milliers de licenciements.

La baisse générale des subventions risque d’entrainer le délitement du tissu associatif, que tout le monde sait pourtant essentiel pour la démocratie. Les associations du secteur de la solidarité et de la culture sont particulièrement atteintes. Bénéficier de plusieurs sources de financement était jusqu’à présent un appui incontestable ; mais l’effet pervers l’est autant quand chaune es sources réduit son aide simultanément, même de peu pour chacune.

Le CAC

A côté du Mouvement associatif, le Collectif des Associations Citoyennes (CAC) regroupe l’aile la plus engagée des associations depuis une quinzaine d’années, et était partie prenante des initiatives du 11 octobre

https://www.associations-citoyennes.net/

Le Collectif des Associations Citoyennes s’inscrit naturellement dans cette action. Il appelle les associations dans leur diversité à participer à la mobilisation, partout en France :

  • Pour que leurs voix soient entendues et faire du 11 octobre une grande journée unitaire du monde associatif ;
  • Pour peser autant que possible dans les arbitrages budgétaires du budget de l’État 2026 comme de ceux des Collectivités Territoriales ;
  • Pour redonner un sens « politique » au travail associatif, ne plus accepter d’être de simples « prestataires » de la commande publique ;
  • Pour une société démocratique, écologique et sociale dans laquelle les associations ont un rôle majeur à jouer.

A Bayonne

L’annulation de la Zuperfête fin septembre a mis en lumière les difficultés des associations à Bayonne. Cela reflète un état général, principalement dans les secteurs du social, de la solidarité et de la culture. Mais les problèmes sont particulièrement graves à la ZUP, où l’artotekafe n’est pas sûr de survivre à la fin de l’années. D’autres associations intervenant auprès des jeunes de ce quartier sont déstabilisées, ou même le lieu d’une répression politique. La résistance s’organise

La liste citoyenne, regroupant la majorité des forces de gauche pour les municipales de 2026 à Bayonne, a exprimé son soutien aux associations de la ZUP.

À Bayonne, le syndicat Asso Solidaires donne rendez-vous le 16 octobre, à 17h30, au Café des Pyrénées. “Il y a quand même un gros tissu associatif au Pays Basque Nord et c’est vrai que, pour le moment, il n’y a pas vraiment de force présente sur le département. L’idée serait de commencer à se retrouver pour échanger sur la situation dans nos associations afin d’initier, peut-être, quelque chose venu des salariés”, explique sa représentante au Pays Basque Nord, Ihintza Erbina, selon Mediabask.

Deux compléments pour un débat municipal

Voici deux compléments pour nourrir le débat sur la vie associative, qui ne manquera pas de s’engager à l’occasion des prochaines élections municipales à Bayonne :

Le rapport de l’observatoire des libertés associatives et un appel des élus écologistes

l’observatoire des libertés associatives

L’Observatoire des Libertés Associatives est un projet initié par l’Institut Alinsky et qui rassemble autour de lui plusieurs associations et fédérations d’associations parmi lesquelles la Ligue des Droits de l’Homme, France Nature Environnement, la Coordination Pas Sans Nous, le Collectif des Associations Citoyennes, etc. Après un premier rapport sur les répressions contre les associations paru en octobre 2020, l’équipe de chercheur.euses sous la houlette de Julien Talpin, approfondit ce travail pour nourrir les plaidoyers de défenses des libertés associatives.

Les cas de restriction de libertés des associations portant des interpellations citoyennes par les autorités publiques locales et nationales sont nombreux et trop peu reconnus comme un problème. Cela a incité plusieurs associations concernées à constituer à partir de mars 2019 un Observatoire des libertés associatives. Cet outil doit donner une visibilité large à un phénomène souvent occulté, presque ignoré par les médias, banalisé par le politique et parfois intériorisé par les associations elles-mêmes. 
Le rapport « Une citoyenneté réprimée » présente 100 cas de restrictions associatives et 12 pistes pour protéger les libertés.

Il est téléchargeable à partir du site ci-dessus.

12 propositions

Sur le même site, on trouve aussi 12 propositions pour protéger les libertés associatives et construire un environnement favorable à la démocratie d’interpellation. Chacune des têtes de chapitre suivantes peuvent déployées à partir du site.

1- Mettre en place une procédure de reconnaissance pour mieux protéger les associations​

2 – Renforcer la visibilité des prérogatives de Défenseur des droits pour les personnes morales

3 – Instituer des “garants des débats citoyens” chargés d’assurer la qualité du débat et de protéger contre les attaques personnelles abusives​

4 – Une justification renforcée et une procédure de protection en cas de soupçon de coupe-sanction de subvention​

5 – Clarifier et faciliter l’accès à l’aide juridictionnelle pour les personnes morales à but non lucratif afin de financer les recours en justice​

6 – Protéger les associations contre les procédures juridiques visant à les empêcher de contribuer à des questions d’intérêt public​

7 – Mieux surveiller et contrôler les pratiques policières​

8 – Faciliter les dons aux associations citoyennes en reconnaissant les activités de contribution au débat public et de défense des droits comme étant d’intérêt général​

9 – Instaurer un fonds pour le droit d’interpellation citoyenne géré par une autorité administrative indépendante​

10 – Favoriser les financements pluriannuels​

11 – Créer des commissions mixtes d’attribution des subventions dans toutes les collectivités territoriales finançant des acteurs associatifs​

12 – Élargir et approfondir l’analyse ouverte dans ce rapport par la création d’une mission d’information parlementaire​

Pour des villes garantes et protectrices des libertés associatives

À l’occasion de la mobilisation nationale « Ça ne tient plus » en défense des associations ce samedi 11 octobre, un large ensemble de maires, candidat·es et élu·es locaux écologistes, notamment Stéphane Baly, Grégory Doucet, Jeanne Barseghian et Léonore Moncond’huy appelle à défendre les associations en leur donnant les moyens d’agir. « La démocratie ne se résume pas qu’aux urnes, mais aussi à la vivacité des liens associatifs existant dans la société ».

La démocratie ne se résume pas qu’aux urnes, mais aussi à la vivacité des liens associatifs existant dans la société.

Les associations sont les forces vitales de notre démocratie locale. Dans chaque quartier et chaque secteur, elles tissent des liens et créent des solidarités. Filet de sécurité pour les plus fragiles, espace d’émancipation, de création, de loisirs, de débat : les associations sont à la fois refuge et tremplin. Elles tissent des liens, raccommodent ce que la vie déchire et brodent de nouvelles solidarités.

S’attaquer aux associations ce n’est pas seulement s’attaquer à notre démocratie : c’est rompre des liens humains essentiels. Car derrière chaque subvention coupée, chaque local fermé, chaque procédure administrative complexifiée, ce sont des liens humains qui se défont, des solidarités qui disparaissent et notre vivre-ensemble qui est menacé.

 Ces associations sont aujourd’hui fragilisées par un contexte budgétaire, administratif et national hostile à leurs actions : coupe de subventions, présomption de culpabilité instaurée via le contrat d’engagement républicain, injonctions à une prétendue neutralité, logique de marchandisation plutôt que de non-lucrativité, fragilisation des modes de financement… Différents rapports, issus notamment de l’Observatoire des libertés associatives, du collectif des associations citoyennes ou encore du monde associatif, le montrent : ces dernières années, le lien qui unit les associations aux autorités publiques a changé. Auparavant partenaires de l’action publique, les associations sont devenues des prestataires. De force de propositions, elles deviennent délégataires. De contre-pouvoir, elles s’autocensurent.

 À Lille, par exemple, la part des appels à projet dans le financement des associations environnementales est passée de 8% en 2019 à 61% en 2023. Ces appels à projet dominants sont révélateurs de cette volonté de cadrer l’action des associations (à fortiori environnementales), de tuer l’initiative associative au profit d’un projet municipal descendant.

 À Poitiers, le Préfet a tenté d’imposer une procédure de restitution de subvention suite à la programmation d’une formation à la désobéissance civile par Alternatiba dans le cadre d’un village associatif.

Dans le Rhône, le département a retiré à trois associations des subventions après l’alerte des élu·es des risques environnementaux d’un port de plaisance.

À Tourcoing, des membres de l’association La Brigade du respect, ont dû payer une amende et réaliser des travaux d’intérêt général suite à quelques pochoirs. L’objet de l’association est pourtant d’agir contre le harcèlement de rue dans l’espace public.

Dans plusieurs territoires, les plannings familiaux sont attaqués, et cela s’inscrit dans une logique plus large de réduction des droits des femmes et des minorités, ayant des conséquences directes sur la santé de personnes et leurs droits.

Les prochaines élections municipales seront donc cruciales pour le monde associatif. La vitalité du monde associatif n’est pas seulement un indicateur démocratique, elle constitue le socle même d’un projet municipal qui prend soin de ses habitantes et habitants.

Les associations incarnent une démocratie continue, indispensable à la démocratie représentative. Être élu·e, c’est écouter, rencontrer, partager et construire des solutions avec celles et ceux qui connaissent le terrain. Les associations, en première ligne pour comprendre la société et la complexité des problématiques locales, sont des partenaires essentiels des politiques publiques.

Pour retisser la confiance entre les pouvoirs publics et les associations, les villes écologistes s’engagent à prioriser les conventions pluriannuelles d’objectifs plutôt que les appels à projets, comme le recommande le CESE. Nous nous engageons également à créer un dispositif de médiation en cas de conflit avec une institution afin que le Préfet ne soit plus seul arbitre : car l’écologie, par essence, chérit les contre-pouvoirs.

 Défendre les associations, c’est aussi leur donner les moyens d’agir. C’est pourquoi il est primordial de permettre aux associations non seulement de monter des projets, mais aussi de fonctionner : garantir leur autonomie, soutenir la formation et l’outillage de leurs membres, défendre le droit de réunion, ouvrir des lieux, faciliter l’accès aux salles municipales.

Garantir la liberté associative, c’est garantir la liberté d’expression et d’action collective. Les villes écologistes doivent être des refuges pour ces libertés et incarner une vision d’émancipation, de coopération et de justice sociale. Soutenir les associations, c’est soutenir notre démocratie et prendre soin du vivre-ensemble. 

Patrick Petitjean, 13 octobre 2025