Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (3) : Changer de modèle. Ou pas.

(l’An01 de Gébé est paru en 1970 en série dans Politique Hebdo, puis en film et en BD)

Le Collectif 2032 vient de présenter ses 10 propositions au maire. Au même moment, EELV-LE (Bayonne) a rendu publique une tribune prônant une démarche radicale : faire de 2024 une « année blanche » pour laisser aux habitant.e.s le temps de prendre la parole à travers une « convention citoyenne ». Faire des ajustements ou changer de modèle ? Tel est le dilemme soulevé par ces deux démarches.

Fêtes de Bayonne, pour une année blanche

La tribune de EELV-LE

Que reste-t-il de nos grandes Fêtes populaires que nous avons connues ? La course à la fréquentation, la volonté de faire « davantage » que les villes voisines (concurrentes dans l’attractivité touristique), nous conduisent dans le mur, à l’instar de l’édition 2023.

Les Bayonnaises et les Bayonnais aiment les bandas, les penas, le corso, la musique vivante, les cultures basques et gasconnes. Le plaisir de se retrouver ensemble. On aimait leur dimension humaine, aujourd’hui perdue.

Les Fêtes de Bayonne doivent être sauvées, nous, écologistes, y sommes attaché.e.s.

2012

Excédés donc motivés

Aujourd’hui, les Fêtes vont dans le mur : violences, alcoolisation massive, drogues dures, atmosphère machiste, la ville comme toilette publique, la saleté partout. Si les penas permettent un entre soi plus sécurisant, d’autres habitants fuient la ville.

Des habitant.e.s excédé.e.s, mais qui s’emparent du problème, notamment à travers le collectif 2023 et la pétition de « citoyens bayonnais » demandant de repenser les Fêtes en profondeur, sans se limiter à des ajustements de détails, et à faire appel aux habitants. Toutes et tous refusent leur caractère de plus en plus commercial.

2012

Déni et fuite en avant

Le bilan officiel présenté est surréaliste. Il se veut basé sur des « faits et chiffres », sans doute en opposition à la subjectivité des critiques. Tout est à la hausse (on s’en douterait), mais tout s’est quand même bien passé pour la sécurité, les secours, la prévention, l’hygiène et la propreté. Les spectacles et animations, la musique vivante ont été des gros succès. La mort de Patrice Lanies, les violences multiples et sexistes, et l’impact environnemental n’existent pas dans ce bilan.

Si l’augmentation de la fréquentation est reconnue (+ 20% depuis 2019), elle n’est pas vue comme un problème en soi, pour ne pas remettre en cause le marketing territorial, dont le sur-tourisme est une autre conséquence.

Face à cela, il est proposé une extension du périmètre, source inévitable d’une nouvelle augmentation, ou encore un simple changement de dates. Rien qui ne puisse changer la trajectoire « toujours plus » des fêtes, à l’inverse d’une décroissance nécessaire.

2012

Une année blanche en 2024 pour donner la parole aux habitants

On arrête tout, on réfléchit, comme disait Gébé en 1970.

Pour prendre le temps d’élaborer un nouveau modèle de Fêtes populaires, nous n’aurons pas trop d’une année blanche. Elle permettra aussi de « faire choc » pour tenter de dégonfler la participation sans avoir à compter sur l’image négative de l’édition 2023 dans la presse nationale.

On ne saurait se contenter des « consultations » faites à la va-vite par la municipalité auprès des acteurs (économiques pour la plupart) des Fêtes de la commission extra-municipale des Fêtes (les mêmes plus des élus), à peine élargies aux quelques représentants des Conseils de Quartier.

Une « Convention citoyenne pour les Fêtes de Bayonne », sur le modèle de la Convention pour le climat : son travail s’étalerait sur l’année, avec tirage au sort d’habitant.e.s, leur formation, l’audition de scientifiques (sociologues notamment) sur les problèmes soulevés.Tous les aspects des Fêtes y seront examinés, et des alternatives proposées pour les changer en profondeur, leur redonner un sens et un caractère populaire.

Sans exclure une fête en 2024 (sur une journée) pour la conclusion des travaux et la présentation des grandes lignes de l’édition 2025…

Sophie Bussière, Conseillère régionale de Nouvelle Aquitaine & Porte-parole EELV-Les Ecologistes

Mixel Esteban, Conseiller municipal de Bayonne et Conseiller communautaire CAPB

Les adhérent.e.s EELV-Les Ecologistes de Bayonne

2013

Une « année blanche » : un choc nécessaire

Les dérives des Fêtes de Bayonne ne sont pas nouvelles. Cela fait plusieurs années que l’ambiance devenait délétère. Les affichettes contre les violences sexistes, la recherche de zones « safe » par les participants, en témoignent. Les viols, les morts collatérales (accidents de la route, prises de substances) ont déjà existé. Ce qui s’est passé en 2023 n’est pas une surprise, mais un changement de nature, avec la mort de Patrice Lanies. 2023 a été l’année de tous les excès, ce devrait être un point de non-retour.

On aurait pu profiter de la parenthèse des non-fêtes dues au covid pour réfléchir avec les habitants à les reprendre en mains. Mais au lieu de cela, c’est le « business as usual » qui a repris ses droits en 2022 et 2023.

L’« année blanche », c’est donc cela : un choc à la hauteur de ce qui s’est passé.

Et aussi casser la spirale de la surfréquentation.

Et enfin, et surtout, prendre le temps pour que les habitants.e.s s’emparent de l’impasse des Fêtes actuelles, et proposent un nouveau modèle.

C’est tout cela que la municipalité cherche à étouffer : tirer un véritable bilan « politique » du modèle actuel, traiter la surfréquentation à sa racine, et faire confiance aux habitants.

Le débat annoncé pour le 4 décembre au conseil municipal a été supprimé. Mais soyons sûrs que lors du prochain conseil municipal le 14 décembre, le débat resurgira à l’occasion d’une délibération sur le budget des Fêtes

Les propositions du Collectif 2032

Comme annoncé au moment de sa création fin septembre, le Collectif a remis début décembre ses propositions « concrètes » au maire. Voulant léguer aux générations futures des Fêtes « pleinement améliorées » il indiquait « Nous voulons contribuer à apaiser la rue, à mettre les habitants et la culture locale aux coeur des festivités, à responsabiliser les festayres et réduire l’impact écologique des Fêtes ». A tort ou à raison, il s’en est strictement tenu à ce programme.

2014

Parmi les propositions

Elles sont au nombre de 10, à mettre en œuvre dès 2024.

En premier lieu, pour apaiser la rue, « une application des Fêtes pour communiquer, alerter, prévenir, orienter », c’est-à-dire un outil pour mettre en lien les acteurs des Fêtes, les aider à réagir « en cas d’incident et se coordonner avec le PC sécurité ». Une proposition particulièrement poussée par le représentant de l’UMIH (Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie » et par les Penas (le GAB, Groupement des Associations bayonnaises).

Puis, le développement des campagnes de prévention, avec un « protocole reconnu de tous ». Et, à la suggestion du Gaztetxe Zizpa, un objectif particulier avec les lieux de vie des jeunes, universités et établissements scolaires.

Ensuite, le déplacement de la fête foraine vers le Champ de Foire, une option déjà envisagée par la mairie, et poussée depuis plusieurs années par l’association « Carré des résidents » (Petit Bayonne), mais rejetée par les forains eux-mêmes.

2011

Et encore, une « expérimentation » : l’« absence de sonorisation extérieure » le jeudi 11 juillet 2024 jusqu’à 15h, ce qui semble avoir laissé sceptique le journaliste de Sud Ouest qui a fait le compte-rendu de la conférence de presse.

S’y ajoute la volonté de mettre en valeur la musique vivante (NDR : un souhait consensuel), « mieux répartie dans l’espace ».

Pour le « plus » écolo, le Collectif propose une amélioration de la collecte des déchets et la lutte contre les mictions sauvages (NDR : toujours très consensuel).

Plusieurs associations du Collectif sont déjà membres de la « commission extra-municipale des Fêtes ». La proposition est de réserver 4 sièges pour les jeunes dans cette instance (NDR : ce serait un progrès)

Enfin, il n’est pas favorable au changement de date des Fêtes, 2024 devant rester l’exception.

Les propositions semblent épouser les préoccupations sectorielles des membres du collectif, qui a reconnu lors de la présentation des propositions être formé de « groupes d’intérêts divergents ». Chaque groupe trouve son compte dans au moins une proposition.

Décevant

On pouvait attendre mieux du Collectif 2032, compte tenu de certains de ses membres, et au vu du développement des débats en octobre-novembre. L’UMIH semble avoir donner le là, dans la défense d’un modèle commercial.

On a malheureusement l’impression d’un « pschitt » : pas question d’un nouveau modèle (hormis des généralités sur la musique vivante) ; aucune remise en cause de la course à la fréquentation ; la consultation des habitants a disparu. On est dans l’entre-soi des acteurs économiques des Fêtes.

De manière étonnante EH Bai a apporté son soutien à ces propositions, alors qu’il avait appelé en octobre à « remettre en cause le modèle dans sa globalité » et avait refusé de « cautionner le modèle festif » actuel.

Il faut rappeler aussi que la pétition de « citoyens bayonnais », massivement signée, appelait à repenser le modèle en profondeur » et une « consultation des habitants sur tous les aspects ». Les propositions du Collectif 2032 en sont loin, hélas.

Ce n’est qu’un début, le combat continue pour que les Fêtes redeviennent populaires, des Fêtes citoyennes des habitants et habitantes de Bayonne.

Patrick Petitjean, 7 décembre 2023,

en remerciant Xan Ansalas pour ses photos

Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (2) Constats non partagés

2012

A la parole des habitants qui se libère, la municipalité répond par son « bilan partagé »des Fêtes : tout s’est bien passé, mieux qu’en 2022. Un bilan « technique », sans questionnement sur le modèle. Et pire, sans même un mot sur la mort de Patrice Lanies. Une attitude qui n’est pas passée auprès de son frère Pascal, interrogé par Sud Ouest ce 30 novembre. Deuxième volet sur les fêtes de Bayonne.

La nécessité d’une refondation des Fêtes

Un débat qui devient public en septembre

Le débat sur les Fêtes émerge des réseaux sociaux en septembre quand Sud-Ouest (édition Pays basque), consacre une double page le 9 septembre à des réactions de différentes personnalités : le président de la pena Haiz Egoa, le porte-parole de l’assemblée des jeunes de Bayonne (et promoteur des Fêtes alternatives), des élu.e.s de l’opposition. Réactions auxquelles le maire et ses adjoints ont pu répondre dans une autre double page le lendemain : voir le premier volet de cette série sur les Fêtes.

2012

Sur-fréquentation dangereuse, comportements irrespectueux devenus omniprésents, tabassage à mort de Patrice Lanies, glissement mercantile, sont les principales critiques faites, conduisant certains à réclamer un « tournant radical ». Le journaliste parle même d’« exaspération viscérale ».

L’empilement d’activités, animations et spectacles, sans logique ni sens, à seul fin de « faire du chiffre » de fréquentation, fait disparaître la magie potentielle de la fête. Pour la retrouver, il faut se réfugier dans les endroits « safe », notamment les penas.

La sur-fréquentation est mise en cause, tant en matière de sécurité (la congestion des lieux) que de développement d’une alcoolisation massive, elle-même source de dérives violentes (agressions, viols, meurtre de Patrice Lanies, autres décès liés aux Fêtes,…). La dérive mercantile est particulièrement soulignée par les élu.e.s, avec la flambée de certains prix : « les Fêtes sont devenues une machine à cash ».

Pour diminuer la densité humaine, ce sont principalement des solutions techniques qui sont mises en avant : changement des dates, élargissement du périmètre, en phase avec la municipalité. Le président de la pena y ajoute la suppression des comptoirs extérieurs : les cafetiers font 40 % de leurs recettes annuelles au moment des Fêtes. Une solution technique qui met cependant en cause la dérive commerciale.

Au-delà, faut-il remettre en cause le contenu, voir globalement le modèle des Fêtes ? L’assemblée des jeunes est celle qui va le plus loin, en dénonçant les choix politiques et la « folie des grandeurs » de la ville, avec les campagnes de pubs dans le métro parisien. Elle revendique des Fêtes organisées par les citoyen.ne.s de Bayonne à travers le secteur associatif. Mais il y a consensus pour proposer des Fêtes structurées autour de la culture, notamment de la musique vivante, basque et gasconne.

2023

Depuis cet article en septembre, la pression monte sur la municipalité pour un vrai débat sur le bilan et l’avenir des Fêtes. Les critiques se sont amplifiées, avec la création d’un collectif, une pétition, des tribunes politiques.

Collectif 2032

Le« collectif 2032 » (en 2032, on fêtera le centenaire des Fêtes) s’est constitué fin septembre. Il regroupe des acteurs des Fêtes : commerçants et restaurateurs du Petit Bayonne, syndicat patronal UMIH, Gaztetxea, Kasu, Baiona Banda, associations de riverains, Aski, le Groupment des Associations Bayonnaises (GAB, penas), etc. Il y a surtout des acteurs économiques, mais très divers, avec en plus Gaztetxea (l’assemblée de jeunes), et les proches de Patrice Lanies (Aski : ça suffit). Le collectif veut transmettre en 2032 aux nouvelles générations des Fêtes pleinement améliorées. « Nous voulons contribuer à apaiser la rue, à mettre les habitants et la culture locale au coeur des festivités, à responsabiliser les festayres et réduire l’impact écologique des Fêtes ». Le collectif promet des propositions concrètes début décembre, remises au maire, à mettre en place dès 2024 et demande à la ville de Bayonne d’organiser une consultation des habitants dès que possible.

La grande diversité du collectif (12 entités) interroge sur sa capacité à faire émerger un réel changement. A suivre quand ses propositions seront formulées.

Pétition

Plus offensive est une pétition de « citoyens bayonnais », lancée le 25 septembre. Elle compte 1673 signataires au 27 novembre, et on peut toujours la signer : https://www.change.org/p/f%C3%AAtes-de-bayonne-nous-souhaitons-une-consultation-des-habitant-e-s-mettons-les-habitants-au-c%C5%93ur-des-festivit%C3%A9s-signez-la-p%C3%A9tition-et-partagez-svp

Elle estime que le bilan des Fêtes est « trop lourd » et n’est « pas acceptable plus longtemps ». Il n’est plus suffisant d’ajuster quelques détails et de prendre des mesures techniques. L’heure n’est à repenser les Fêtes en profondeur. Consulter la commission extra-municipale des Fêtes et les acteurs habituels ne suffit pas (ce qui est le périmètre restreint retenu par le maire).

Le collectif demande au maire d’organiser une consultation des habitants dans les plus brefs délais, qui devrait traiter de tous les aspects, « dont la sécurité, l’hygiène, l’affluence, les dates, les horaires, les prix, la programmation, la prévention, la place de la langue basque, la participation des habitants et des structures privés, la communication, le transport, le stationnement ou encore la sonorisation ».

2011

Tribunes

Colette Capdevielle (élue socialiste) soulignait en août un nouveau profil (?) de festayres qui ont pour seul objectif de s’enivrer, profitant de ce que les Fêtes soient devenues « une formidable machine à cash ». Elle parlait des « barbares » qui violent et réclamait un bilan « courageux » discuté démocratiquement en dehors des cercles habituels (NDR : On n’en a pas pris le chemin). Elle sacrifiait aussi aux éléments de langage sur les Bayonnais qui ont « le sens de la fête dans leur ADN » et « l’esprit sacré » des Fêtes.

Pour sa part, l’association « Bihar Baiona – Demain Bayonne », qui a 3 élu.e.s au conseil municipal, insistait, fin septembre, sur un point peu présent auparavant, à savoir le caractère payant des Fêtes (pour le regretter), qui n’empêchait pas la sur-fréquentation et alourdissait le coût de la sécurité. Elle participe à la commission extra-municipale des Fêtes, et regrettait que les propositions faites dès 2020 avec les associations bayonnaises pour « une version renouvelée des Fêtes, de leur organisation et de leur gouvernance » soient restées sans suite.

Pendant l’hiver 2022-23, l’association a organisé des ateliers de travail pour définir des « propositions opérationnelles » : « co-construction citoyenne / responsabilité sociale et environnementale » ; « élargissement du périmètre géographique » ; « diffuser, partager la culture de la fête ».

Mais le sur-tourisme n’est pas identifié comme un problème majeur, pas plus que le modèle économique des Fêtes.

2014

De son côté, EH Bai a publié une déclaration sur les Fêtes le 24 octobre d’une tonalité beaucoup plus offensive, s’attaquant au modèle lui-même, cependant que ses propositions restent finalement très modestes.

Selon le parti abertzale, l’édition 2023 a été « celle de tous les excès », et il est impossible de « cautionner le modèle festif promu par la mairie ». Il relie l’« ambiance délétère » directement à la sur-fréquentation. Parmi les propositions jugées importantes : « la décroissance du format des Fêtes, des politiques efficaces contre les violences sexistes, la revalorisation de la culture, la baisse du nombre de déchets produits, la promotion de la langue basque, ou encore l’élargissement à d’autres quartiers ». Et, pour définir ce nouveau modèle, il en appelle aux Bayonnais.e.s et à leurs « initiatives populaires ».

La conclusion mérite d’être reprise en entier « la politique touristique et culturelle de la mairie de Bayonne est, selon nous, à remettre en cause dans sa globalité. Les Fêtes e Bayonne, la foire au jambon ou les lâchers de lanternes sont destinés à installer un tourisme de masse. Ce genre de projet rend impossible la participation des Bayonnais.e.s, il crée de fait un modèle culturel basé sur les retombées économiques, il n’est pas soutenable d’un point de vue écologique, et il aggrave potentiellement la crise du logement ».

Les élu.e.s non-majoritaires

Les trois groupes (BVO, Bihar Baiona et EELV se sont exprimés dans le magazine municipal de septembre, plus ou moins longuement selon l’espace accordé, proportionnel à leur nombre.

BVO a osé le terme « décivilisation » pour parler de la mort de Patrice Lanies et des nombreuses autres incivilités de toutes sortes. La sécurité et l’ambiance sonore sont ses principaux angles de critiques, avec le caractère payant des Fêtes, triplement rejeté : pour son caractère antisocial, pour son assimilation à un passe-droit par des festayres, et comme facteur supplémentaire d’insécurité.

Bihar Baiona a développé les mêmes analyses que dans sa tribune (voir plus haut), en insistant sur la nécessité d’une co-construction des prochaines Fêtes avec les habitants. Refusant aussi le bracelet payant, il a demandé une étude d’impact économique.

EELV a fustigé le déni par le maire et ses adjoints de leurs responsabilités dans les dérives des Fêtes ; il a dénoncé les campagnes de marketing outrancières et le « business de l’alcool éludé par la majorité ». Il a proposé de « se poser et réfléchir. Ensemble les habitants. Et pas un seul quarteron d’élus ». L’avenir des Fêtes passe par « mettre un terme à la mise en vente d’une ville où tout est permis ».

Ces angles d’attaque ont été repris lors du conseil du 19 octobre, profitant d’une délibération sur le paiement des forces de l’ordre (voir billet n°1), notamment le refus du caractère payant des fêtes ou la sécurité devenue ingérable à ce niveau de fréquentation. Et de contester les modalités de débat sur la réforme des Fêtes, où la majorité refuse plus que jamais une réflexion collective.

Pascal Lanies

Dernière intervention dans le débat public, celle de Pascal Lanies, le frère de Patrice, dans Sud Ouest du 30 novembre. Ses mots sont durs, à la mesure de la minimisation et du déni officiel de ce qui a conduit à la mort de son frère. A la mesure aussi d’un sentiment général à l’égard de ce que sont devenues les Fêtes.

Avec des très proches, il a fondé l’association « Aski » (Assez) pour honorer sa mémoire. Une affichette, avec le portrait de Patrice, a été éditée et figure sur nombre de vitrines du centre ville. Il interroge les conditions de prise en charge de son frère, et plus généralement les conditions de sécurité lors des Fêtes. Pour identifier la chaîne de responsabilités, la famille a porté plainte contre X et contre la ville de Bayonne. Elle s’est constituée partie civile.

Surtout, Pascal Lanies s’indigne que certains élus parlent d’« incident » ou d’« accident », et d’entendre qu’on ne peut pas faire de lien entre la mort de Patrice et les Fêtes, que ça aurait pu se passer avant ou après : « ce n’est pas un accident, c’est un meurtre, et il a été commis le soir de l’ouverture des Fêtes ».

2012

Il remet aussi en cause l’organisation des Fêtes. Il a l’impression d’assister à un « concours de la plus grosse affluence » dans l’espace réduit du centre ville, restreint en plus par la prolifération des bars extérieurs. Il pense que les habitants « en ont assez » et trouvent que que les Fêtes ont changé. Il fustige le « « Bayonneland » et refuse que Bayonne devienne « un parc d’attraction où l’on vienne faire ce que l’on ne ferait pas ailleurs« 

Le bilan « partagé » diffusé par le maire

Pascal Lanies avait sans doute eu connaissance de ce bilan officiel : la mort de Patrice a purement et simplement disparu de ce bilan. On ne saurait être davantage dans le déni de ce qui s’est passé lors des Fêtes. Son indignation se justifie pleinement.

Comme annoncé lors du conseil municipal du 19 octobre, le bilan « partagé » des Fêtes 2023, fait par la municipalité et les services, a été présenté à la Commission extra-municipale des Fêtes, aux cafetiers, restaurateurs, penas et forains. Puis le 27 novembre (ou le 25) aux anciens membres des conseils de quartier (dont le mandat vient de s’achever).

Au moment où ce billet est publié, il n’y a pas de compte rendu public de ces réunions. Mais les diapos qui ont introduit ces réunions sont parvenues jusqu’au Piment bayonnais. Toutes sont signées des services, et sûrement validées par le maire.

En liminaire, le bilan insiste sur le fait qu’il s’agit d’« éléments factuels », « chiffrés » : il faut ainsi comprendre qu’ils sont donc incontestables, et loin des réactions subjectives et émotionnelles des habitants. Voici donc quelques chiffres, les grands chapitres présents dans le bilan.

Indicateurs de fréquentation (2 diapos)

Les indicateurs choisis sont tous en forte hausse sur 2022 : téléphones portables, + 19 %; Bus de nuit, + 27 %; trains, +300 %; camping, + 39 % (saturé) ; pass d’entrée, + 18 % (285 600) ; 147 journalistes accrédités, en forte hausse.

Au total, l’estimation officielle est de 1 300 000 participants, en hausse de 20 % sur 2022. Avant le covid, en 2019, elle se montait à 900 000 participants.

Sécurité (4 diapos)

Le dispositif a été amélioré (il est décrit) et s’est avéré efficace

Le périmètre a été saturé au moment de l’ouverture et de la fermeture, ainsi que pour le réveil du roi Léon. Il est reconnu que l’accès des secours et le dégagement des personnes étaient rendus difficiles.

La gare routière (Lesseps) a bien fonctionné, mais la Place des Basques était au-dessus de ses capacités. Les concerts ont été volontairement interrompus à 2h30 pour la desserte des gares.

Malgré la pression « les dispositifs ont tenu bon ».

Il y a eu une activité très dense des services, avec un grand nombre de verbalisations pour stationnement sauvage, mictions publiques et nuisances sonores.

Secours et prévention (2 diapos)

« Un dispositif rodé et efficace ». Complété cette année par une équipe mobile à la gare routière. Il y a eu 1 322 prises en charge nocturne de festayres, en augmentation de 2,8 % sur 2022, moins forte que celle de la participation (NDR : il serait donc malvenu de se plaindre des excès). Il y a eu des moments de forte tension : le secteur Mayou / Victor Hugo au moment des cérémonies, les secteurs Halles, quais de la Nive et Porte d’Espagne tous les soirs.

Pour la prévention, 15 000 éthylotests ont été distribués, des actions de prévention ont eu lieu au camping et des maraudes dans le périmètre, avec une association spécialisée dans la lutte contre les addictions. Le bilan souligne le rôle des 58 penas et des deux points de repos dans le dispositif de prévention.

Hygiène et propreté (2 diapos)

2023

28 blocs sanitaires sur 9 sites, dont 15 urinoirs. Et surtoit 80 nouveaux dispositifs (60 féminins, 10 mixtes et 10 masculins). Au final, 80 m³ d’urine collectés. « Un bilan global satisfaisant », malgré la rémanence importante de l’odeur d’urine

« Propreté, une intervention qui atteint ses limites » : globalement, l’état de la ville a été « très sale cette année » (NDR : les habitants sont d’accord) et les services étaient à la limite de leurs possibilités. « La cohabitation a été compliquée » entre le nettoyage et les livreurs le matin, « en raison de la configuration de la ville ».

2012

Animations culturelles et festives (4 diapos)

« Mise en avant de la musique vivante: bandas, orchestres, choeurs ». 1300 musiciens dans l’espace public, 200 de plus qu’en 2022. Professionnalisation des grandes scènes avec des artistes de renom. Diversité des genres musicaux place de la République.

Penas (avec la sono à l’intérieur) et associations ont joué un « rôle majeur » dans cette mise en avant.

« Succès de toutes les animations », avec mention des animations portées par les penas : la foulée du festayre (10 500 participants) et la Nive en fête (200 participants). Mais le plus gros succès est celui de la course de vaches : 17 000 entrées, 3 000 de plus qu’en 2022, la place Paul-Bert devenant trop petite.

Succès aussi pour tous les spectacles, dont la journée des enfants, le festival de la force basque (12 000 participants), les manifestations sur l’eau et le « très beau corso ». Et en bas de cette diapo, un « NB : beau succès populaire des corridas »

Transports et stationnement (2 diapos)

Le parking et les espaces publics ont été saturés, la pression du stationnement sauvage a été énorme. Le parking des Fêtes a été saturé, avec 19 454 clients au lieu de 18 599 en 2022. Une offre renforcée, avec 3 parkings a été mise en place pour les vélos et les deux-roues.

En ce qui concerne l’offre de transports publics, il y a eu 210 000 voyages entre 20h30 et 4h en 5 jours, en hausse de 37 % sur 2022. Txiktxak proposait cette année un forfait pour les 5 jours des Fêtes, qui a connu « un vif succès », avec 18 500 vendus et 2 500 gratuits.

budget

Les recettes / dépenses confirment que la sécurité / secours représentent plus de la moitié des dépenses, et les animations 25% seulement.

capture d’écran

Un bilan surréaliste

Des chiffres, cela permet de tenir à distance tout bilan politique, loin de la réalité. Il n’est pas certain qu’il ait satisfait les différents cercles où il a été présenté. Les problèmes sont gommés ; meurtre, viols, violences sexistes sont évacuées. Mais on sait tout sur les toilettes. Les incivilités se réduisent à l’urine. L’autosatisfaction parcourt tout le document.

Ce bilan est stupéfiant, mais après tout, il ne s’agit que d’un bilan technique, fait par les services, et seulement destiné à ouvrir une discussion. Mais validé obligatoirement par le maire. Est-il encore « connecté » à ce qui se passe dans sa ville ?

On en reparlera dans le prochain volet de cette série.

En attendant, on ne peut que sursauter, de nouveau, sur les mots du maire dans l’édito pour la plaquette de pub pour les fêtes de noël : « Grâce à un florilège d’animations, Noël reste un rendez-vous festif, culturel, commercial incontournable à destination tant des habitants que des visiteurs ». Noël était connu comme fête familiale. Cela devient un élément d’une politique commerciale et touristique. Le modèle municipal pour les Fêtes de Bayonne s’étend désormais à celles de Noël, après la foire au jambon et le lâcher de lanternes.

Patrick Petitjean, 1er décembre 2023.

Et merci à Xan Ansalas pour ses photos des Fêtes

Appel de Politis pour un véritable service public d’accueil des exilés

24 mars 2018

Face au regain des discours xénophobes, à l’exploitation politique indigente et délétère des peurs, Politis publie l’appel d’intellectuels et d’artistes en faveur du retrait du projet de loi immigration, et de la création d’un véritable service public d’accueil des exilés. 

« Ce n’est pas ça, la France ! »

Nous, signataires du présent appel, exprimons notre consternation devant la teneur du débat qui se mène au Sénat sur la loi immigration. Son indigence réside dans la nature même du texte du ministre de l’Intérieur, aggravé aujourd’hui des concessions auxquelles celui-ci se prête avec complaisance. La question de l’accueil des exilés, qui, plus que toute autre, dessine le visage de la France, mérite mieux que l’opération de basse politique à laquelle se livrent MM. Macron et Darmanin, dont le seul but est de recomposer la droite à leur profit et d’intégrer le Rassemblement national dans une majorité de gouvernement.

Alors que l’immigration est loin d’être la préoccupation principale des Françaises et des Français, qui s’inquiètent de l’inflation, des effets des désastres climatiques, de la dégradation du service public d’éducation, des déserts médicaux, des discriminations, le gouvernement est prêt à toutes les compromissions pour séduire une droite extrême et une extrême droite qui veulent dicter leur logique identitaire. Pour cela, MM. Macron et Darmanin n’hésitent pas à instrumentaliser la peur de l’autre et à jouer de tous les amalgames entre immigration et délinquance, entre immigration et terrorisme – laissant entendre que le danger viendrait nécessairement de l’extérieur.

Sur le même sujet : Loi Darmanin : la « menace à l’ordre public », l’épouvantail de l’Intérieur

Ce n’est pas en dressant des murs de xénophobie et de haine que la France fera face à des mouvements de population désormais irréversibles, qui, d’ailleurs, concernent moins notre pays que ses voisins. La France, ce pays dans lequel une multitude d’individus, d’origines, de croyances et d’opinions vit ensemble, ce n’est pas ça ! Ce n’est pas cet esprit de forteresse assiégée. Ce n’est pas la remise en cause du droit du sol, l’un des grands acquis de notre histoire. Ce n’est pas sacrifier des droits d’asile inaliénables et indivisibles. Ce n’est pas le recours à la notion floue de « menace à l’ordre public ».

Au prétexte de sécurité et de préférence nationale, le gouvernement attaque le socle de notre État de droit.

La France que nous voulons, ce n’est pas livrer les exilés à une justice expéditive devant un juge unique. Ce n’est pas la multiplication des obligations de quitter le territoire, avec la seule obsession du chiffre. La France que nous voulons, ce n’est pas, au mépris de toute humanité, interdire aux médecins de prendre en charge les exilés malades avant qu’ils éprouvent une « douleur aiguë » ou souffrent d’un mal incurable. Où est la logique quand on privilégie la médecine d’urgence à la prévention ?

Au prétexte de sécurité et de préférence nationale, le gouvernement attaque le socle de notre État de droit. S’il y a un problème d’intégration des exilés, c’est d’abord un problème social. Nous rejetons toute logique identitaire. Nous nous prononçons pour un véritable service public d’accueil des exilés, les initiant à notre langue et les orientant vers l’emploi dans le respect du droit du travail. Les grands mouvements qui agitent la planète appellent une réponse faite de lucidité, d’ambition, de dignité et de générosité. Avec MM. Macron et Darmanin, nous en sommes loin. C’est pourquoi nous demandons le retrait d’un projet de loi menaçant pour les exilés et dangereux pour toute notre société.


Signataires

Étienne Balibar, philosophe • Patrick Baudouin, président de la LDH • Hourya Bentouhami, philosophe • Amal Bentounsi, militante associative • Alain Bertho, anthropologue • William Bourdon, avocat • Youcef Brakni, militant associatif • Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières • Vincent Brengarth, avocat • Dominique Cabrera, cinéaste • Fanélie Carrey-Contes, secrétaire générale de La Cimade • Samuel Churin, comédien • Alexis Cukier, philosophe • Valérie Damidot, animatrice de télévision • Eva Darlan, comédienne • Laurence De Cock, historienne • Rokhaya Diallo, journaliste, autrice et réalisatrice • Samia Djitli, retraitée de la culture • Elsa Dorlin, philosophe • Annie Ernaux, écrivaine • Mireille Fanon-Mendès-France, présidente de la Fondation Frantz-Fanon • Éric Fassin, sociologue • Corentin Fila, comédien • Bernard Friot, sociologue, économiste • François Gemenne, politologue • Roland Gori, psychanalyste • Robert Guédiguian, cinéaste • Nacira Guénif, sociologue, anthropologue • Kaoutar Harchi, sociologue, écrivaine • Jean-Marie Harribey, économiste • Cédric Herrou, agriculteur et responsable de la communauté Emmaüs de la Roya • Chantal Jaquet, philosophe • Gaël Kamilindi, comédien • Bernard Lahire, sociologue • Mathilde Larrère, historienne • Frédéric Lordon, économiste • Sandra Lucbert, autrice • Noël Mamère, écologiste • Corinne Masiero, comédienne • Henry Masson, président de La Cimade • Christelle Mazza, avocat • Médine, rappeur • Philippe Meirieu, universitaire • Gérard Mordillat, cinéaste • Gérard Noiriel, historien • Émilie Notéris, écrivaine • Thomas Piketty, économiste • Jean-Michel Ribes, scénariste, réalisateur • Michèle Riot-Sarcey, historienne • Gisèle Sapiro, sociologue • Catherine Sinet, journaliste • Maboula Soumahoro, universitaire • Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice • Assa Traoré, militante associative • Enzo Traverso, historien • Usul, vidéaste • Marie-Christine Vergiat, vice-présidente de la LDH • Éric Vuillard, écrivain • Sophie Wahnich, historienne • Jacques Weber, comédien • Catherine Wihtol de Wenden, politiste, spécialiste des migrations internationales.

Appel paru dans Politis du 22 novembre 2023

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Qui veut tuer les Fêtes de Bayonne ? (1)

2011

La mort de Patrice Lanies lors des dernières Fêtes a servi de révélateur au tour insupportable pris par ces fêtes au fil des ans. Poursuivre sur le même modèle ne peut que conduire à la mort des Fêtes. Nombre d’habitants l’ont bien compris, qui débattent depuis cet été de la manière de les refonder. Ce n’est pas la direction prise par le duo Etchegaray et Ugalde pour qui seuls des ajustements techniques seraient nécessaires, sans changer de modèle. Premier volet de 3 articles sur les fêtes de Bayonne.

On ne peut continuer ainsi

Que reste-t-il d’une fête populaire ? Un méli-mélo programmatique occultant des réussites culturelles de moins en moins nombreuses, la surfréquentation, un centre ville devenu quasi-inaccessible pour ses habitants, l’alcoolisation à outrance et la saleté des petits matins qui va avec, la multiplication des incivilités et des agressions sexuelles, des habitants qui fuient Bayonne le temps des Fêtes.

Dans un tel contexte, l’assassinat de Patrice Lanies, pour avoir voulu dissuader un homme d’uriner sur sa porte, a été la goutte d’eau qui fait déborder l’exaspération des habitants. Il n’est plus possible de continuer comme cela, telle est le sentiment qui se diffuse dans la ville depuis août dernier.

2011

Sud-Ouest (édition Pays basque), en journal local parfois sensible à l’atmosphère de la ville, ne pouvait que s’en faire l’écho. Il a consacré une double page le 9 septembre avec les réactions d’habitants :«  beaucoup sont pour un tournant radical ».

Une pétition citoyenne

Depuis, les critiques se sont amplifiées, avec la création d’un « collectif 2032 » (en 2032, on têtera le centenaire des Fêtes, du moins il faut l’espérer) composé d’acteurs des Fêtes, et une pétition de « citoyens bayonnais », lancée le 25 septembre. Elle compte 1670 signataires au 17 novembre, et on peut toujours la signer : https://www.change.org/p/f%C3%AAtes-de-bayonne-nous-souhaitons-une-consultation-des-habitant-e-s-mettons-les-habitants-au-c%C5%93ur-des-festivit%C3%A9s-signez-la-p%C3%A9tition-et-partagez-svp

Je reviendrai dans le 2e volet de cette série, sur les différentes critiques faites, et qui vont très au-delà de ce qui est reconnu par les élus, à travers les prises de position de groupes d’habitants et d’élu.e.s de l’opposition municipale. Dans le 1er volet, je vais d’abord passer en revue la défense de leur modèle des Fêtes par le maire et ses adjoints, en partant de la 2e double page consacrée aux Fêtes par Sud Ouest le lendemain 10 septembre, avec les réactions des élus. Une défense qu’ils ont prolongée lors du conseil municipal du 19 octobre.

Les élus face à Sud Ouest

Pierre Mailharin, le journaliste auteur de ces deux articles, s’est appuyé sans détour sur les critiques entendues pour poser des questions directes, voir « punchy » aux trois principaux responsables : Jean-René Etchegaray (JRE), le maire ; Yves Ugalde (YU), l’adjoint à la culture et à l’évènementiel ; Christian Millet-Barbé (CMB), l’adjoint à la sécurité ; ainsi qu’Henri Lauqué (HL), président depuis 28 ans (mais oui!) de la commission extra-municipale des Fêtes (non-élu). Aux questions posées, les réponses des élus font apparaître plus que des nuances, entre un YU à fond dans le négationnisme des problèmes rencontrés, un CMB qui ne sort pas de sa fonction sécuritaire, et un JRE plus flou, moins bloqué, prêt à envisager des changements cosmétiques. Aucune interrogation sur le modèle actuel des Fêtes, au contraire. Tous mettant en avant des réponses techniques. Et tous sur la défensive.

Les articles de Sud Ouest étant réservés aux abonnés du journal, voilà donc ici l’essentiel (à mon avis) des questions / réponses des élus.

Pas d’exaspération des habitants.

JRE conteste d’emblée le journaliste qui affirme que « les Bayonnais sont exaspérés » par des « Fêtes saturées ». Il ne veut parler que de « surdensité », conséquence du « théâtre exceptionnel » que constitue le centre historique. Il évalue la participation à 1,3 millions de personnes (le Sous-Préfet a avancé 1,4 millions) sur 5 jours, avec une hausse vertigineuse de la fréquentation des campings, + 45 %, ce qui est une manière de pointer les jeunes du doigt.

Mais surtout, qu’on ne voit pas dans le marketing territorial éhonté de la ville (et des journaux) pour attirer les gens, non, c’est un phénomène « psychosociologique » post-covid, dit JRE.

Quant à la disposition géographique du centre ville, HL rappelle que l’amplitude géographique a déjà été élargie, ainsi que l’amplitude horaire, mais que cela n’a rien changé à la densité. Ce n’est pas surprenant, et un nouvel élargissement des lieux attirera davantage de fréquentation. C’est un phénomène bien connu de la circulation automobile : quant on ouvre de nouveaux espaces pour les voitures, elles l’occupent. C’est l’effet « aspirateur ».

2023

« la surfréquentation n’est-elle pas devenue très dangereuse ? »

En réponse à cette question du journaliste, CMB est dans un complet déni : « pas de comportements anormaux qui auraient pu être générés par cette densité, une baisse spectaculaire de la délinquance », « c’était assez exemplaire »… Il admet quant même les plaintes pour viol et le « drame absolu de la mort de Monsieur Lanies ».

JRE abonde dans la minimisation « il y a eu deux fois moins de gardes à vue ». Selon CMB encore, le PC sécurité n’a jamais été alarmé. La densité peut provoquer des bousculades, des piétinements, mais c’est tout. Ce n’est pas ce qui remonte des témoignages, en particulier des femmes. Difficile de se sentir en sécurité dans une ambiance violente et machiste.

2014

YU donne dans l’indécence, expliquant que la mort de Patrice Lanies n’est pas liée aux Fêtes, qu’elle aurait pu se produire avant ou après, que de tels « faits dramatiques » se produisent aussi ailleurs et avec moins de concentration humaine. Circulez, il ne s’est rien passé…

JRE et CMB reconnaissent la quasi-impossibilité des secours d’accéder au coeur de la fête, et même des services de sécurité à pied.

Si JRE admet qu’il faudra peut-être brider les Fêtes, en limitant leur jauge à la fréquentation de 2023, « il ne sera pas celui qui mettra un terme à ce qui est leur ADN ». Attribuer une caractéristique biologique aux Fêtes, c’est de l’anthropomorphisme, mais il n’est pas certain que cela signifie plus que : on ne changera rien.

Incivilités et musiques : JRE en ami des cafetiers restaurateurs

2023

A propos des nuisances sonores, question soulevée par le journaliste, JRE intervient en défense des cafetiers : « une immense majorité de cafetiers jouent magnifiquement le jeu, qu’il ne soit pas écrit que le maire est furieux contre eux ». Il n’y a que quelques brebis galeuses, 35 PV seulement ont été dressés, avec la moitié de récidivistes. Cette défense des cafetiers est une constante de JRE et de ses collègues.

Est soulevée aussi la question de la musique en plein air, ce que certains habitants appellent « une discothèque à ciel ouvert ». En journée, la musique est plébiscitée par les habitants.

2012 Plébiscitée, mais de plus en plus étouffée

HL et JRE défendent les « propositions musicales » en soirée, malgré les abus (selon eux) de certains DJs qui proposent de la musique « de fête » (?), et à condition d’éviter la cacophonie (qui est pourtant ressentie par les habitants). YU va dans la surenchère : « sans proposition à la dimension de la fréquentation, on provoque une forme d’errance. On l’a vu à la foire au jambon, à partir de 20h c’est devenu glauque ».

2015

Les mictions publiques sont une autre incivilité mise en avant. A l’évocation du modèle « Pampelune » par le journaliste, où les bars ouvrent leurs toilettes au public, YU reconnaît que les comptoirs extérieurs empêchent de le faire à Bayonne, mais que « une opposition radicale aux comptoirs extérieurs » (souvent rejetés par des habitants) « serait une fausse bonne idée », source d’insécurité. JRE et bien plus nuancé : selon lui, les comptoirs extérieurs sont là pour réguler les choses, mais ils participent d’une vraie « forme d’exaspération ». Et il propose d’y répondre par une « gouvernance consolidée ». Il s’en expliquera davantage en fin d’entretien.

Quand le journaliste évoque la critique des habitants sur le caractère commercial des Fêtes qui prend le pas sur la dimension culturelle, JRE rétorque qu’il refuse de leur « faire un procès général » : « ils font certainement de bonnes affaires pendant les Fêtes, et la plupart jouent le jeu et participent à l’animation de la ville toute l’année. A ceux qui nous disent que les Fêtes devraient être financées par les cafetiers, ce n’est pas réaliste deux secondes ».

Cette défense du modèle commercial et économique des Fêtes s’étend au maintien de leur caractère payant (le bracelet), une cible récurrente des élus minoritaires ou oppositionnels.

« On va convoquer le temps et l’espace » (JRE)

Changer les dates, élargir le périmètre des Fêtes, sont les solutions miracles avancées par les élus pour reprendre en mains les Fêtes. Ce sera le cas en 2024, pour cause des JO : elles auront lieu entre le 10 et le 14 juillet. Une expérimentation selon JRE, qui paraît ouvert à la recherche de nouvelles dates, y compris en juin ou septembre. Il est aussitôt recadré par YU, pour qui refuse une éventuelle concurrence avec les voisins (Dax, Mont-de-Marsan et Pampelune) et les difficultés pour la présences des enfants en dehors des vacances.

Pour l’espace, on réfléchit, disent les élus en choeur. Eloigner les forains sur les Allées Paulmy, pour libérer les Allées Boufflers et le Réduit, les habitants sont favorables mais pas les forains. Annexer Saint-Esprit ? Ou même, selon HL, s’étendre quai de Lesseps, aaprès l’Atalante et le Didam, pendant quelques années avant le démarrage du grand projet urbain ? Pour YU, ce ne sont que des « concepts ». L’élargissement à Mousserolles (réalisé cette année), et les forains à Paulmy, cela suffit.

La gouvernance

Selon le journaliste, il est reproché que les décisions pour les Fêtes ne soient prises que par un petit groupe de personnes. Ce à quoi JRE répond qu’au final, il sera toujours le seul responsable en tant que maire, celui qui peut être déféré devant un tribunal. Il récuse le procès trop rapide fait à la commission extra-municipale des Fêtes. YU et HL abondent dans son sens. Selon HL, 90 % du programme vient de propositions d’associations à travers cette commission

JRE annonce des constats partagés et un élargissement des consultations : cafetiers-restaurateurs, forains, penas (les acteurs économiques) et même des représentants des habitants. Cela reste très loin d’un vrai débat public, ce que confirmera le conseil municipal du 19 octobre.

le Conseil municipal du 19 octobre

Le débat sur les fêtes a pointé son nez lors du conseil municipal du 19 octobre à l’occasion d’une délibération à voter pour rembourser à l’Etat les frais de participation des forces de l’ordre à la sécurité lors des fêtes. En répondant aux interventions de plusieurs élus des oppositions (Mixel Esteban, Henri Etcheto, Mathieu Bergé et Sophie Herrera-Landa) en marge de la délibération financière, interventions sur lesquelles je reviendrai dans le 2e volet, le maire et son adjoint à la culture ont pour l’essentiel confirmé leurs réponses de septembre à Sud Ouest.

Ce débat est accessible sur la vidéo du Conseil, approximativement entre 1h54 et 2h24.

JRE a informé que le bilan était en cours au sein des commissions municipales, et invité les élus à y participer. Comme bilan, JRE s’est posé en victime impuissante d’une part de la structure médiévale de la ville, d’autre part de la surfréquentation : « il faut le reconnaître, on n’y peut rien ». Après le bilan, les perspectives : JRE a confirmé les deux points en discussion : les dates, et le périmètre géographique. Autant dire que la discussion est étroitement encadrée par JRE.

Tout en annonçant une séance spéciale du conseil municipal le 4 décembre pour conclure le débat sur les Fêtes, il a tout aussi étroitement défini le périmètre des habitants autorisés à débattre d’ici-là : Dans l’ordre, les cafetiers-restaurateurs, les associations des Penas (soit les acteurs économiques, et les membres des Conseils de quartier (quelques dizaines de personnes). Tout cela, très loin donc des habitants. JRE a insisté sur le fait que c’est le Conseil qui décide et que lui est seul responsable. Et qu’il n’est pas question de remettre en cause les Fêtes (comprendre leur modèle), comme le veulent certains habitants.

Mais un débat où les participant sont quasi exclusivement les acteurs économiques des Fêtes, ceux qui en tirent profit, est biaisé d’avance.

Quant à YU, il a commencé par un lapsus très révélateur, en parlant de la mort de Patrice Lanies comme d’un simple « incident », avant de se reprendre rapidement et de la qualifier de «accident dramatique ». Et de confirmer son argumentation de septembre dans Sud Ouest : il y a aussi des incidents dramatique ailleurs, c’est moins grave à Bayonne qu’ailleurs, il y a les mêmes incivilités que ce soit payant ou non, l’augmentation de la fréquentation est générale. Bref, circulez, il n’y a aucun problèmes avec les Fêtes. On est dans l’extrême conservatisme.

Autres fêtes, mêmes problèmes

Le refus de changer de « logiciel » pour les Fêtes les conduisent à terme dans le mur, et à leur fin. Faudra-t-t-il compter sur le Préfet pour ramener les élus au sens des réalités ? Il vient de le faire en ce qui concerne les lâchers de lanternes à Bayonne au moment de Noël, qui seront interdits à partir de 2024, à cause des risques d’incendie. Il aurait pu mentionner aussi l’aspect environnemental, d’envoyer des déchets dans l’atmosphère. Sans surprise, YU a regretté cette décision dans Mediabask, au motif qu’il s’agissait d’un « moment féérique » et que les retombées économiques étaient importantes. Et déjà une « tradition », donc à ne pas remettre en cause, même si elle ne date que de 2014.

La question de la foire au jambon est aussi revenue dans l’actualité ces derniers jours. Une tradition dite « ancestrale », dont la fréquentation avait explosé en 2023, avec 460 000 participants, des foules compactes rendant impossible les dégustations. On y est venu pour boire, comme pour les Fêtes. Et là encore, JRE ne propose qu’un changement de date, sans remise en cause du modèle et du marketing territorial

Il est urgent de changer de modèle pour redonner envie aux habitants de faire la fête, de participer à la fête de leur ville. C’est la question.

A suivre

La logique de la pétition de « citoyens bayonnais » (voir plus haut) est inverse de celle de JRE et YU. Elle donne des pistes pour refonder et sauver les Fêtes de Bayonne, même si elle a quelques manques. J’y reviendrai dans le 2e volet.

Dans ce 2e article, on reviendra sur d’autres problématiques dont certaines (mais pas toutes) ont été soulevées par les élus non-majoritaires, comme l’environnement, l’alcoolisation, le bilan carbone, l’importance des violences sexistes et le support qu’elles trouvent dans l’ambiance de violence et de machisme amenée par les corridas, la folklorisation et l’infantilisation au détriment des cultures populaires basques. Et ce qui fait tenir le modèle actuel, le marketing territorial et le surtourisme valorisé au-delà des fêtes.

Dans le 3e article, je tenterai de sortir du conformisme des débats de l’institution municipale : sauver les Fêtes de Bayonne nécessite plus de débat public, de radicalité et d’imagination.

Xan Ansalas pour les photos des Fêtes.

Captures d’écran du Conseil pour les élu.e.s

Patrick Petitjean, 18 novembre 2023

En complément de dernière minute

Ce samedi 18 au matin, quand ce billet part sur le site du piment, Sud Ouest publie des « brouillartas » où il se paie (gentiment) YU (adepte aussi de l’ADN)

Au feu les lanternes

Un risque de propagation du feu. Voilà, d’après la préfecture, la menace que font peser les lanternes volantes lâchées à Bayonne pour Noël. Les représentants de l’État soulignent que les pompiers partagent ce constat. Fermez le ban. Ce sera la dernière des lanternes cet hiver. Et l’adjoint à la culture de Bayonne, Yves Ugalde, de tiquer. « Il y a un débat », lâche-t-il. Cela ressemble plus à un désaccord profond, au vu de sa grimace. Il faut dire que le très « instagrammable » lâcher rassemble chaque année des milliers de personnes.

Noël jusqu’à 23 heures

Noël toujours, et toujours à Bayonne. Où le même Yves Ugalde a évoqué, lors de la présentation des animations de fin d’année, les efforts réalisés par la mairie en matière de sobriété énergétique. Ici, les décorations lumineuses de Noël, des LED peu consommatrices d’énergie, sont éteintes à 23 heures. La facture s’en voit considérablement allégée et l’environnement se porte mieux. Seulement voilà, un débat (encore) existerait à propos de futurs efforts. « Ce débat existe, assume Yves Ugalde. Je fais partie de ceux qui restent vigilants : les efforts environnementaux sont fondamentaux, mais il ne faudrait pas que l’ADN de notre ville, qui aime Noël, en pâtisse. »

Marienia : Bouygues envoie 4 militant.e.s au tribunal

Libérez les personnes arrêtées

Ce matin à 6h, 4 militant.e.s d’Ostia ont été réveillés par la police et conduits au commissariat de Bayonne pour être placés en garde à vue. Libéré.e.s vers 15h, ils et elles sont convoqué.e.s devant le tribunal le 12 mars 2024 pour « dégradations en réunion ». Intimidation et répression battent leur plein.

Un rassemblement s’est tenu à midi devant le commissariat de Bayonne, à l’appel de Lurzaindia, ELB et Ostia pour demander la libération des personnes arrêtées. Près de 150 personnes y ont participé, dont de nombreux élèves venus du lycée Etxepare, où enseigne l’un des gardés à vue.

Les 4 personnes ont été libérées vers 15h, mais sont convoquées devant le tribunal de Bayonne le 12 mars prochain pour « dégradations en réunion ». Un deuxième rassemblement est prévu en fin d’après-midi à Cambo, où est localisé le projet de Bouygues.

Ce projet consiste en la construction de 84 logements sur des terres agricoles au lieu dit Marienia. La mairie y avait inclus quelques logements sociaux pour faire passer la pilule, mais cela n’est pas passé. Des recours ont été faits, contre le PLU (rejeté) et contre le Permis de Construire (victorieux). Bouygues a déposé un nouveau PC, et un nouveau recours est à l’examen.

Une manifestation importante (plusieurs centaines de personnes, et de nombreux tracteurs) s’était tenue le 22 octobre 2022 à Cambo.

Manifestation du 22.10.22
File de tracteurs sur le terrain convoité par Bouygues 22.10.22
Rassemblement après la manifestation sur le terrain 22.10.22

Le 17 décembre de la même année, un groupe de militant.e.s d’Ostia s’était invité dans une agence de Bouygues à Anglet, avec des seaux pleins de terre et de paille. Le contenu en avait été répandu par terre, et aussi, oh scandale, sur une magnifique maquette du projet de Cambo.

Une enquête avait été ouverte sur plainte de Bouygues. Prêt d’un an plus tard, elle débouche sur ces gardes à vue et un futur procès pour « dégradations en réunion ».

L’air du temps est, ici comme ailleurs, à la répression des luttes environnementales. Depuis un an, Ostia, avec ELB et Lurzaindia, a participé à plusieurs actions de défense des terres agricoles. Sans doute faut-il voir dans ces interpellations une intimidation et un avertissement en anticipation d’actions futures. A joué aussi, peut-être, le fait qu’Ostia ne cache pas sa solidarité ni sa proximité avec les Soulèvements de la Terre.

Patrick Petitjean, 7 novembre 2023

Loi Darmanin : surenchères xénophobes

C’est un feuilleton qui dure depuis des mois. A la recherche d’une majorité à droite pour faire voter « sa loi », comme le fit jadis Sarkozy son inspirateur, Darmanin multiplie sans complexe les surenchères répressives avec Les Républicains. Des mobilisations contre cette loi sont attendues d’ici la fin de l’année.

Ce lundi 6 novembre la loi Darmanin contre l’immigration reprend son parcours législatif au Sénat, parcours qui avait été suspendu après son passage en commission de mars dernier.

Les polémiques politiciennes entre la majorité et la droite n’avaient pas cessé depuis cette suspension, elles vont se développer encore plus pour savoir qui est le plus répressif. Les surenchères xénophobes vont être de mise. Les étrangers sont pris en otages de conflits (très médiatisés à défaut d’être importants) au sein du gouvernement et de manœuvres pour dégager une éventuelle majorité à l’Assemblée nationale.

L’objet de ce billet n’est pas de détailler les très nombreuses mesures régressives et répressives contenues dans le projet de loi, Libération, Le Monde, Mediapart, Basta et d’autres le font déjà et continueront à le faire. Cela inclut le retour de la double peine, l’introduction du critère (oh combien flou et extensible) de « non respect des principes républicains » pour justifier des expulsions et des refus de régularisations, voire des déchéances de la nationalité. Et aussi l’invocation de la loi sur le « séparatisme » qui conduit à de multiples atteintes aux libertés. Et en plus, la suppression de l’AME (aide médicale d’état) réclamée par la droite et en voie d’acceptation par Darmanin. Et encore, par les mêmes, la volonté de désobéir aux conventions internationales. S’y ajoutent l’augmentation de la durée de rétention, l’extension sans limite des OQTF, doublés d’IRTF ; la restriction des recours. Darmanin, ou le lepénisme décomplexé.

Pour une critique globale et détaillée du projet de loi, on peut se référer notamment au Gisti : https://www.gisti.org/spip.php?page=sommaire

Par ailleurs, cette surenchère répressive s’accompagne de campagnes répétées contres les associations qui défendent les personnes exilées. Un appel à la solidarité a été lancé le 2 novembre par le Gisti, la LDH, le SAF, le SM et une vingtaine d’associations de défense des droits humains. On peut le retrouver sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/association-gisti/blog/031123/des-attaques-repetees-contre-les-associations-qui-defendent-les-exiles

Il se termine ainsi :

« La contestation voire le mépris affiché pour le respect par la France des conventions internationales, prônée par le ministère de l’Intérieur lui-même, et largement banalisée dans le débat politique et médiatique, témoigne d’une grave perte de repères sur ce qu’est l’État de droit. Alors que la période appelle apaisement et cohésion, les orientations gouvernementales nous projettent à l’inverse dans un abîme d’arbitraire, de stigmatisation et de précarisation accrue de nombreuses personnes étrangères ; des mécanismes qui ont toujours fait le lit des ressentiments et de la violence ».

De la circulaire à la loi ; puis de nouveau une circulaire ?

L’article 3 du projet de loi est devenu fameux par la place qu’il occupe dans les polémiques, article censé faciliter la régularisation administrative de personnes qui travaillent déjà. Cet article vise à instaurer un titre de séjour pour le travail dans les métiers dits en tension, valable un an seulement, renouvelable, et soumis à des critères stricts (8 fiches de paie et trois ans sur le territoire). La liste des « métiers en tension » reste arbitraire, soumise à révision régulière. Cette régularisation administrative potentielle assigne les travailleurs immigrés à leur utilité économique. Pas très humaniste.

Mais ce titre de séjour serait de plein droit. Un travailleur pourrait en faire la demande directement, sans passer par un patron, et sans être totalement soumis à l’arbitraire d’un préfet. Logiquement, l’ouverture d’un tel droit est une opportunité réelle, et donc un espoir, pour toutes les personnes dans cette situation. Il est donc impossible pour les associations de solidarités de s’y opposer frontalement, malgré les limites de cet article 3.

C’est ce qu’exprime très bien Marie Cosnay dans un entretien pour Libération le 3 novembre :

« Pour ma part, je soutiendrai cette mesure pour une raison simple : tous les gens sans papiers que je connais souhaitent qu’elle passe. De toute façon, ils travaillent déjà. Ils le font en se débrouillant, et les entreprises qui les emploient se débrouillent aussi. Quitter cette hypocrisie pour régulariser les travailleurs nous rendrait moins fous et donnerait des droits, même provisoires, en termes de santé et d’accès à des aides aux étrangers concernés. Bien sûr, ce n’est pas la mesure idéale à laquelle nous aspirons. Mais elle produirait quelques gains, et, personnellement, je ne m’autoriserais pas le luxe de les laisser de côté ».

Cet article 3 prendrait la suite de la « circulaire Valls », qui permettait depuis 2012 cette régularisation par le travail, tout en la soumettant à l’arbitraire des préfets et au bon vouloir des patrons qui, en faisant la demande pour leur ouvrier, reconnaissait par là même être dans l’illégalité et devaient payer une taxe spéciale. Malgré tout, au titre de cette circulaire, autour de 30 000 régularisations étaient faites chaque année.

C’est le cas, notamment ces dernières semaines, pour la régularisation de centaines de travailleurs « sans-papiers » qui, avec la CGT et la CNT, avaient fait grève sur des chantiers du Grand Paris et des JO2024 : https://basta.media/Travailleurs-sans-papiers-regularises-les-strategies-payantes-d-une-greve-efficace

Dans la chasse aux voix de droite pour faire passer sa loi à l’Assemblée nationale, Darmanin et le Gouvernement semblent prêts à abandonner la loi pour une nouvelle circulaire (et donc le rétablissement de l’arbitraire préfectoral) sur la régularisation par le travail : de la circulaire Valls à la circulaire Darmanin.

Le travail est un droit, le travail donne des droits

A Pays basque, un Collectif est né fin 2021 sur les problématiques de régularisation par le travail et l’application, ou la non-application, de la circulaire Valls au gré des préfets (Landes et Pyrénées Altlantiques) et de leurs mutations. Pour faire face aussi à la complexification des procédures.

Le Collectif est composé d’Etorkinekin Diakite et de la Cimade d’une part, et des syndicats LAB, CFDT, CGT-construction, FSU et Solidaires de l’autre. Des avocats y participent, et un lien est établi avec l’inspection du travail.

Il a déjà une longue histoire. Il a tenu une conférence de presse en mai 2022 sur cette situation, puis a organisé le 28 janvier dernier un forum-débat avec de nombr-eux-euses intervenant.e.s et près de 200 participants dans les locaux de l’Université à Bayonne.

Il a mis en place à la rentrée de septembre une permanence unitaire, dans les locaux d’Etorkinekin à Bayonne pour écouter et aider les salarié.e.s à connaître et, si nécessaire à faire valoir, leurs droits ou à constituer leur dossier de régularisation. Cette permanence est gratuite et confidentielle. Pour venir à la permanence, il faut prendre rendez-vous, par téléphone (07 45 24 47 65) ou par courriel (emploietrangers@gmail.com). Alors, lectrices et lecteurs de ce billet, si vous avez connaissance d’une telle situation, vous pouvez aider à mettre en lien vers cette permanence.

Le Collectif a organisé le 24 octobre à Bayonne un nouveau débat sur la loi Darmanin et la régularisation par le travail, avec la projection du film « Premier de corvée ». Une centaine de participants ont pu échanger (à distance) avec Julia Pascual, journaliste au Monde et coréalisatrice du film.

Devant le fort durcissement de la législation répressive qui se profile avec la loi Darmanin, le Collectif élargit ses objectifs : Détecter et aider les régularisations potentielles, individuelles ou collectives – contre la surexploitation, le respect du droit du travail pour les travailleurs migrants sans papiers ou en statut précaire – veille sur la situation locale, repérer les abus et les documenter.

Quel que soit l’issue finale, article 3 de la loi pour ouvrir un droit, ou circulaire qui maintienne l’arbitraire préfectoral, le Collectif ne manquera pas de travail.

Patrick Petitjean, 5 novembre 2023

Immobilier Bayonne : les rencontres de Sud Ouest

Acculés financièrement par une politique gouvernementale qui privilégient l’accession des classes moyennes à la propriété, de plus en plus tributaires du financement par des collectivités locales également en difficultés, les 4 principaux bailleurs sociaux du Pays Basque (HSA, Domofrance, Office 64 et le COL) ont fait le point de leurs priorités, entre le locatif et l’accession. Le schisme cognitif s’approfondit.

Le 17 octobre, se sont tenues les tables rondes annuelles « immobilier » du journal Sud Ouest, avec promoteurs, élus, bailleurs sociaux et autres agents immobiliers. Cette grand’ messe professionnelle a été l’occasion de faire le tour des réactions à la politique gouvernementale face à la crise du marché de l’immobilier. L’entrée par l’immobilier est une manière biaisée politiquement de parler de la crise du logement, c’est celle de ces rencontres (Sud Ouest affiche fièrement que 2/3 de ses lecteurs sont des propriétaires), mais aussi trop souvent celle des collectivités basques qui voient dans l’accession à la propriété le rêve de tout à chacun.

A noter que l’an passé, des associations comme Alda avaient été invitées aux tribunes. Pas cette année.

Table ronde 1 : Politique du logement : quelles sont les attentes ?

photo (recadrée de Bertrand Lapègue / Sud Ouest

Le ton est donné d’emblée par la composition de la tribune : 4 mâles blancs de plus de 50 ans. 2 élus locaux (Hirigoyen pour la CAPB et Lasserre pour le Conseil Départemental 64) et 2 professionnels. Plus en visio, Lionel Causse, député. Et les attentes dont il est question sont celles des propriétaires, vues par les professionnels de l’immobilier ou les élus.

Le clivage principal est celui de la compensation obligatoire pour toute mutation d’un logement locatif (privé bien sûr, le locatif social n’est pas concerné) vers un meublé de tourisme, une mesure entrée en vigueur en mars dernier seulement. Selon la CAPB, en attendant un bilan plus complet, on est passé de 20 000 à 4 000 meublés de tourisme, ce qui donne un potentiel de 10 000 logements susceptibles de revenir sur le marché locatif. Il n’y a eu que 200 nouvelles demandes de mutation en 6 mois.

Ce bilan positif est fortement contesté par les professionnels, pour lesquels seulement 5 % à 6 % des meublés sont revenus sur le marché, les autres restant en résidences secondaires. 800 emplois auraient été perdus en raison de cette interdiction de louer. Les professionnels sont applaudis par une salle acquise à leur cause.

Un autre débat affleure, mais entre les élus locaux : dans le cadre de la décentralisation, il est possibles pour des intercos d’une certaine taille de se constituer en « Autorité Organisatrice de l’Habitat », ce qui leur donne davantage de pouvoir d’intervention. La CAPB se prépare à être candidate pour ce faire, une perspective défendue par Lionel Causse et Roland Hirigoyen, mais qui suscite la méfiance de Jean-Jacques Lasserre pour qui le CD64 y perdrait une partie de ses prérogatives, au moment même où il cherche à renforcer son action sur le logement.

Table ronde 2 : Le Pays basque est-il toujours attractif ?

Il s’agit, bien sûr, d’attractivité pour les investissements et acheteurs immobiliers, sans plus. Si cette deuxième tribune est plus mixte (âge et genre) que la première, elle ne brille pas par l’originalité des propos.

Il faut en retenir l’omniprésence de Pascal Thibaut, patron de la Fédération des Promoteurs Immobiliers de Nouvelle Aquitaine. Il est aussi directeur de AEDIFIM, qui sévit avec l’opération L’Argousier, 54 chemin de l’Hargous à Bayonne (Sainsontan).

maison et terrain rasés par l’AEDIFIM pour construire l’Argousier

Lors des rencontres 2022, il apparaissait déjà au centre des discussions, et avait annoncé les discussions en cours avec la mairie de Bayonne sur une charte de la mixité sociale, finalement venue seulement en mars dernier devant le conseil municipal. Il s’en était fait le chantre.

Il a déploré l’insuffisance des aides de l’État pour l’investissement locatif, malgré la prolongation du PTZ dans les zones tendues et s’est félicité du passage des principales villes basques en « zone A », un découpage administratif qui permet une augmentation des plafonds l’accession sociale des classes intermédiaires. Il y a été de son couplet contre les riverains qui bloquant les projets par leurs recours systématiques

Cette année, il était parmi les intervenants officiels des deux premières tribunes, mais a eu aussi le privilège d’une intervention de la salle lors de la troisième.

Peut-on construire plus de logements sociaux ?

Photo (recadrée) de de Bertrand Lapègue/ Sud Ouest

La troisième table ronde a réuni les 4 principaux bailleurs sociaux du Pays basque : Xavier Camlong (directeur territorial de Domofrance), Lausséni Sangaré (directeur de HSA), Thierry Montet (directeur Office 64) et Jean-Baptiste Darroquy (directeur commercial du COL).

Une remarque pour commencer : quand on parle de logements sociaux, on ne sait pas toujours de quoi on parle. Depuis la loi ELAN (2016) qui a étendu le logement social du locatif à l’accession de type BRS, le terme est structurellement polysémite. Pour nombre d’élus, c’est un rideau de fumée volontaire pour camoufler des choix de peuplement, en faveur des classes moyennes tout en respectant les normes administratives de la loi SRU. Pour les habitants, demandeurs de logement, ce sont des locations HLM. Pour les bailleurs, cela dépend, HSA et Domofrance restent principalement davantage tournés vers la location que le COL et O64, même si tous font de l’accession.

Habitat Sud Atlantique

HSA a ouvert le bal en constatant que 1200 logements sociaux programmés étaient en souffrance faute de financement. La ponction de Macron en 2018 a entraîné la perte de construction de 300 logements en 5 ans. Le taux du livret A est un autre facteur d’augmentation des coûts. Il faut y ajouter le coût des matériaux de construction et les conséquences des nouvelles normes.

HSA ne peut plus maintenir une cadence qui pourtant est déjà insuffisante. Il y a 50 000 euros de déficit par appartement destiné à la location. Il y a nécessité de restaurer les capacités financières des bailleurs. Les collectivités le font, en partie, en recapitalisant et subventionnant. Mais est-ce suffisant.

HSA attire aussi l’attention sur les risques de l’ouverture du logement social aux catégories sociales intermédiaires. C’est le fil directeur de la politique gouvernementale pour relancer la construction. et le nouveau « zonage A » va dans le même sens de relèvement des plafonds. Avec des catégories plus solvables, il y va y avoir une pression à la hausse. Or, les bailleurs sociaux achètent nombre de logements sociaux en VEFA au privé pour les louer ensuite. C’est risque de devenir un frein supplémentaire.

Office 64

Dans un premier temps, l’O64 a donné quelques chiffres sur la location sociale. La part des demandeurs éligibles au PLAI (logements destinés aux plus modestes) a augmenté de 48 % à 60 % depuis 4 ans. On voit des demandeurs de HLM qui, avant, pouvaient louer dans le privé. La demande de locatif a augmenté de 20 % en deux ans. Il y a 11 000 demandes de logement en attente

Grâce au Département, O64 a pu relancer la sortie de 300 logements agréés depuis deux ans. Mais, la crise est devant, et en 2024 et 2025, on diminuera de moitié les agréments.

Mais très vite, O64 est passé à la promotion de l’accession sociale. Les prix moyens étaient de 2 500 euros le m², mais jusqu’à 3 300 ces derniers mois : c’est devenu inaccessible aux primo-accédants, car demandant trop d’apport personnel.

Pour O64, le BRS permet de solvabiliser les ménages (on peut aussi comprendre : on peut vendre plus et plus cher). Le PLSA (accession différée à la propriété) permettait de revendre après 10 ans à des prix spéculatifs, ce qui est en réalité une période très courte. Le BRS est, au contraire, anti-spéculatif. O64 défend l’idée de différencier les prix d’accès en profitant du nouveau « zonage A » et de ses plafonds plus élevés : vendre plus cher permet d’équilibrer des ventes moins chères. Quelque part, O64 semble assumer la hausse des prix de vente, au contraire de HSA.

Domofrance

D’une manière qu’on peut trouver surprenante, compte tenu de son image comme bailleur, Domofrance (une filiale d’Action logement en Aquitaine) a fait l’intervention la plus offensive, en s’attaquant de front à la politique gouvernementale : ce sont des réponses par le haut à la crise de l’immobilier, au lieu de chercher à répondre aux besoins réels. L’État donne la priorité aux plus riches.

Cela ne répond pas aux besoins, étudiants ou retraités qui gagnent moins de 1000 euros par mois : le défi aux bailleurs, c’est de proposer des solutions. Le plafond pour être éligible au PLAI est à 1 100 euros, et le SMIC à 1 300 euros. Les 2/3 des demandeurs sont sous le plafond PLAI. 60 % des nouveaux locataires sont des familles monoparentales, des femmes pour la plupart.

Le taux de rotation des locataires HLM est de 4,5 % pour Domofrance au Pays basque, contre 10 % au niveau national, en raison de la crise : d’où les conséquences sur le temps d’attente pour les demandeurs. Malgré les suppléments de loyers à payer pour ceux qui dépassent les plafonds une fois installés, les locataires ne peuvent aller dans le locatif privé, ni à plus forte raison acheter.

Pour Domofrance, l’accession sociale n’est pas une réponse adaptée à ces catégories de la population. Maintenant, on peut produire des logements en accession pour des revenus allant jusqu’à 3 000 euros : de plus, si les plafonds augmentent (merci au nouveau zonage), on risque de construire plus cher.

Le Comité Ouvrier pour le Logement

Au contraire des 3 autres bailleurs, le COL n’était pas représenté par son directeur, mais seulement par son directeur commercial. Tout un programme. Son représentant a d’ailleurs été introduit par le journaliste comme « spécialisé dans l’accession sociale ».

Et de fait, le COL y a consacré la quasi totalité de son intervention, se félicitant que ses prix au m² restaient accessibles au plus grand nombre, grâce à la combinaison des PTZ et des BRS. Il a regretté le retard pris : le virage anti-spéculatif des BRS a eu 10 ans de retard pour anticiper et limiter la crise actuelle.

Il se félicite du nouveau zonage qui permet de produire pour des revenus intermédiaires, aujourd’hui exclus, grâce à l’augmentation des plafonds. Il n’exclut pas une diminution des surfaces pour améliorer l’accessibilité.

Le schisme cognitif

Le constat est incontestable sur les difficultés nouvelles pour se loger dans les couches sociales intermédiaires, celles qui étaient au-dessus des plafonds du logement social, mais qui avaient des revenus insuffisants pour louer ou acheter dans le privé. L’augmentation des plafonds pour leur permettre d’accéder à la location ou à l’accession sociales est donc légitime. Le BRS est une bonne solution, comme le PLI.

Le problème est d’en faire l’horizon indépassable de la politique du logement.

Cela produit un écart de plus en plus grand, qui n’épargne pas les bailleurs sociaux, entre les constats (voir Domofrance et HSA) et les solutions proposées (voir le COL, et en partie O64).

L’accession sociale (ou maîtrisée) n’est pas la solution pour la majorité des demandeurs, dont les revenus n’atteignent pas 1000 euros. Et cependant, la location n’est plus la priorité de tous les bailleurs, malgré les listes d’attente, fusse-t-il pour les contraintes financières. La stratégie commerciale du COL est désormais centrée sur les BRS.

Qu’en est-il des choix politiques des élus ? A l’inverse du projet Aguilera à Biarritz, qui s’est même fait retoquer par la Préfecture pour son taux trop faible de logements sociaux, il en est d’autres comme Biremont à Boucau, 100 % logement social (au sens large), piloté par HSA : 146 logements, dont 102 locatifs pour HSA, 44 BRS dont 12 commercialisés par 064 et 32 par le COL. Les positionnements des uns et des autres sont significatifs.

Patrick Petitjean 27 octobre 2023

Bayonne : Le Carré maudit

vendredi 21h

La grue était tombée le 9 mars 2022 sur l’immeuble voisin, le Carré Saint-Esprit, détruisant un appartement du dernier étage. Les réparations avaient commencé en début de mois. Vendredi 20 septembre, la dépression Aline est passée par là, et l’échafaudage a été sérieusement endommagé. Les riverains imaginent ce qui aurait pu se passer si une grue avait été déjà remontée…

Principale victime, l’emballage du dernier étage, une housse sensée le protéger des intempéries pendant sa reconstruction. On voit sur les photos, prises le vendredi soir et le samedi, les morceaux de toile qui volètent au vent…

samedi matin, vu du Bd Alsace Lorraine

Les dégâts portés à l’échafaudage proprement dit seront expertisés dans la semaine, mais au vu des photos, le désordre semble important. A voir aussi les conséquences de l’entrée de la pluie à travers la bâche détériorée.

les dégâts sur l’échafaudage, à gauche et à droite, vus d’un immeuble voisin

Une barre est tombée sur le boulevard Alsace Lorraine, détériorant le toit d’un abri-bus. Pas de blessés, et le boulevard a été interdit à la circulation pendant l’épisode venteux.

Une barre de l’échafaudage tombée sur le boulevard. Photo PG
L’abribus détérioré

Sans surprise, avec les fortes pluies (et le niveau de l’Adour), le niveau d’eau dans la mare voisine est à son maximum ce samedi matin. Le COL, Domofrance et la mairie pourront-ils rester droit dans leurs bottes et reprendre le chantier comme de si de rien n’était ?

Patrick Petitjean 21 octobre 2023

Lapix, de retour quai Bergeret à Bayonne

Le quai Bergeret, déjà défiguré, où l’immeuble du COL ne dépareillera pas

La responsabilité de Lapix, entreprise du bâtiment omniprésente à Bayonne, dans la chute de la grue quai Bergeret et dans la mort du grutier a suffisamment été pointée par l’expert judiciaire pour que, avant même le procès au pénal, son assureur, AXA, avance le coût des réparations sur l’immeuble touché dans l’accident. Pour des raisons financières, et malgré la faute professionnelle, le COL et Domofrance ont confirmé le marché avec Lapix. La vie d’un ouvrier ne vaut rien pour eux.

Pour reprendre la main sur le dossier de la friche Bergeret et relancer le chantier malgré l’accident mortel de mars 2022, le COL, Domofrance et la mairie avaient organisé une rencontre avec les riverains ce lundi 16 octobre. Pour eux, soyons rassurés, tout baigne. L’accident n’est plus un sujet. Les engagements financiers interdisent tout report, à plus forte raison toute modification du projet. Et de changer d’entreprises. C’est l’argument avancé pour justifier le retour prochain de Lapix et de sa grue sur le chantier. Les riverains apprécieront.

C’est la même entreprise qui vient d’être condamnée le 17 octobre par le tribunal de Bayonne pour un accident du travail sur un de ses chantiers dans le sud des Landes, où un ouvrier avait eu le bassin écrasé par une structure métallique en 2020.

Pour reprendre le chantier sans attendre le jugement au pénal de l’accident, le maire et le COL parlent aussi de « l’insupportable attente » des personnes qui ont réservé leur appartement depuis plusieurs années. Faudra-t-il considérer le grutier décédé comme responsable du retard ?

Selon le COL et Domofrance «  Le projet est comme ça, on ne peut revenir en arrière ». « L’accident n’a pas remis en cause le cahier de charges ». « Zéro accident, ce n’est pas possible ». La question a été posée d’installer une plaque, à défaut du jardin mémoriel proposé par les riverains. Réponse du COL : les copropriétaires ne sont pas en général favorables, cela donne une image négative de leur résidence…

Les conditions de reprise du chantier

Le calendrier a été fourni

(photo V. T.)

Il n’y aura pas de gros œuvre avant le démontage en janvier (en principe) de l’échafaudage installé sur le Carré Saint Esprit.La grue sera décalée de 1m50 par rapport à celle qui s’est effondrée, avec de nouveaux pieux. Sur les études préalables au moment du PC, ou supplémentaires après l’accident concernant les sols et l’inondabilité, sur les problèmes d’une grue dans un sol inondé en permanence, pas de réponses réelles, si ce n’est : l’expert a fait des préconisations, un protocole de précaution (et avant l’accident?) a été défini. Soyez rassurés, bonnes gens.

Le COL a, en principe, donné son accord pour qu’une réunion plus technique soit organisée sur ces questions. A suivre ?

Le boulevard Alsace Lorraine

(photo V.T.)

Un plan de l’organisation du futur chantier a été présenté, qui empiète fortement sur ce boulevard. C’est une voie à forte circulation : bus, autocars intercités (flixbus et autres) en plus du trafic habituel de vélos, voitures et camions, et des piétons sur les trottoirs. Les embouteillages sont importants tous les jours entre 7h30 et 8h30. Cela promet : on peut le voir dès maintenant, à échelle réduite avec le chantier de réparation du carré Saint-Esprit.

A cette occasion a été constaté l’inexistence à Bayonne, contrairement à d’autres villes, d’une « charte de chantier » où les entreprises concernées s’engagent à respecter leur insertion dans un quartier (du bruit au déplacement des piétons et à la circulation de leurs camions) et où la ville renforce la surveillance de voirie.

Ce problème rejoint celui de l’accès, à partir du boulevard, au parking de 37 places qui sera construit sous les bâtiments : une promesse de difficultés supplémentaires de circulation aux heures de pointe.

Le locatif social, c’est toujours non

Ce n’était pas à l’ordre du jour, mais cela n’a pas manqué d’être abordé par les présents : pourquoi que des BRS, sans location sociale ? Pour Domofrance, pas de réponse. Pour le COL, c’était la volonté des membres de l’association Âge et Partage 64 qui porte le projet de résidence pour personnes âgées.

Et toujours le dogme : le BRS, c’est du social, même si le maire avait semblé en douter il y a quelques mois lors d’un conseil municipal. La priorité est de loger les classes moyennes, intermédiaires entre les plafonds de la location et un privé inaccessible : d’où l’accession sociale. Cela se tient. Mais comment prétendre que les personnes âgées modestes, les précaires, les CDD, les jeunes, qui sont souvent en dessous du SMIC peuvent accéder au BRS ? On en fait quoi ? Les 2/3 de demandeurs de logements sociaux sont en deçà du plafond d’une location très sociale (PLAI), moins que le SMIC.

Zubi Mayou

C’est le nom du bâtiment du COL qui devrait abriter la résidence seniors, le long du quai Bergeret. Ce projet est porté par une association, Âge et Partage 64, officiellement constituée à Anglet en août 2017. L’association s’est racontée dans 3 articles de Sud Ouest en septembre 2017, octobre 2018 et juin 2023. Plusieurs de ses membres étaient présentes le 16 octobre, ce qui a permis de préciser les articles de Sud Ouest et d’en savoir un peu plus.

L’association

L’idée était dans l’air depuis 2016, mais la réunion publique de lancement a eu lieu en septembre 2017 à Anglet. Sur la quarantaine de personnes présentes, seules 5 ou 6 sont restées dans le projet : le groupe de futurs propriétaires s’est constitué progressivement. Lors de cette réunion, elle donnait l’exemple de plusieurs résidences sociales seniors : les Babayagas (locatif, Montreuil), Chamarel (Vaux en Velin, coopérative) ou les Boboyakas (Bègles, coopérative). C’est une autre voie qui a été prise : de l’accession sociale à la propriété, comme le COL l’avait fait déjà au Séqué avec Terra Arte.

L’association disait rechercher du foncier sur le BAB : il est venu l’année suivante grâce au maire de Bayonne qui a proposé ce foncier à l’association, lors d’une rencontre avec la présidente en 2018. Le groupe s’est progressivement complété en 2019, une fois le foncier trouvé, beaucoup de membres ne se connaissant pas avant. Ils et elles ont progressivement pris leur place dans le processus participatif de conception de l’immeuble et de son fonctionnement.

Dans le Sud Ouest de juin 2023, on apprenait que tous sont déjà propriétaires (en réalité, il y a quelques locataires), alors que le BRS est plutôt destiné aux primo-accédants, mais avec des revenus inférieurs à 2 000 euros par mois, ce qui les fait rentrer dans les plafonds du BRS. Selon cet article, le prix au m² est fixé à 2 600 euros, à comparer avec les prix du marché à Saint Esprit.

La présidente de l’association a confirmé lundi que le choix d’être propriétaires individuels était celui de ses membres, au lieu d’une propriété collective sous forme coopérative. La solidarité et le participatif ont leurs limites. Être déjà propriétaires permet aussi d’éviter les emprunts, impossibles pour des personnes âgées.

Actuellement l’association comporte une trentaine de membres pour 15 futurs propriétaires. Cela permettra d’animer le local du rez-de-chaussée, ouvert sur le quartier, et, subsidiairement, de candidater pour remplacer des propriétaires qui viendraient à décéder.

Comment ce foncier public a-t-il été attribué à l’association ?

Apparemment, « sur un coin de bureau » entre le maire et Colette Schnurrenberger la présidente de l’association.

Modeste, le maire de Bayonne a attribué à Martine Bisauta la maternité de l’idée de résidence seniors, et a affirmé n’avoir agi que comme « facilitateur »

Pour de l’habitat participatif, il y a en général appel public à candidatures, réunions d’information, après lesquelles se constitue un groupe qui travaille collectivement le projet. Cela se passe ainsi avec le COL pour Vigilant ou HSA au Prissé. Ou pour Gurekin à Urt et à Hasparren.

(voir billet précédent du 16 octobre 2023)

Quand il s’agit d’un groupe constitué en amont, pour du foncier public (foncier privé, c’est autre chose) il y a en général (à Paris notamment) un appel à intérêt, et choix selon des critères prédéfinis entre les groupes postulants. Ici, il n’y a pas eu d’appel à manifestation d’intérêt pour un groupe.

S’il y a bien eu une ou deux réunions publiques sur Anglet pour présenter le projet et constituer la liste des futurs propriétaires, qu’en est-il dans le quartier Saint-Esprit ?

Les riverains n’ont souvenir ni d’une réunion publique pour recruter des candidats, ni même d’une simple réunion d’information pour présenter le projet.

Le contraste est saisissant avec a manière dont le COL a pourtant procédé sur un îlot voisin du même quartier, Vigilant, où un appel public a été fait, et où le directeur du COL a déclaré selon Sud Ouest du 29 avril 2021 : « Nous travaillons bien avec les associations de quartier » « Quand vous faites un projet qui tient compte de son environnement, il faut discuter, respecter le quartier ». Pour quoi donc tant d’opacité de la part de la mairie et du COL à Bergeret ?

Quel contenu BRS ?

L’Etablissement Public Foncier Local du Pays Basque, EPFL-PB reste propriétaire du foncier à travers de Bizitegia, son Office Foncier Solidaire (OFS), avec lequel les BRS seront signés.

C’est donc lui qui est chargé de contrôler l’éligibilité des postulants au regard des plafonds et autres conditions. C’est aussi lui qui devra appliquer les décisions du Conseil municipal de Bayonne de juillet 2019 concernant cette opération. Il touchera la redevance du foncier, 1,5 euros par m² pendant 60 ans, pour les appartements du COL comme pour ceux de Domofrance. C’est enfin lui qui veillera à l’éligibilité des éventuels remplaçants des propriétaires décédés.

Un Conseil d’Administration de l’EPFL de septembre de la même année à confirmé ces décisions, tout en évaluant à 30,31 ans la durée d’amortissement du foncier avec cette redevance. C’est une contribution solidaire des propriétaires pendant 30 ans pour aider à la constitution de rserves foncières publiques.

Le Conseil municipal avait aussi fixé à 30 % de moins que le prix du marché pour le prix au m² des appartements, tant pour Domofrance que pour le COL. Pour Zubi Mayou (Sud Ouest de juin 2023), c’est 2600 euros par m², avec un prix du marché actuel autour de 5000 euros.

Voir aussi sur cette réunion

Patrick Petitjean, 19 octobre 2023

Foncier agricole, la spéculation en échec

Une nouvelle vente en « nue propriété » a eu lieu à Saint-Pée sur Nivelle il y a quelques jours, pour un terrain agricole de près de 4 ha et une maison à 50 000 euros. La nue propriété est une manière de priver la SAFER de son droit de préemption. L’annonce de deux rassemblements à Macaye et Bayonne a conduit l’acheteur à annuler la transaction.

La nue propriété interdit l’usufruit, et donc les activités agricoles, ce qui met la SAFER hors-jeu. Dès l’annonce de cette transaction, qui fait suite à plusieurs autres semblables, les organisations agricoles basques (ELB et Lurzaindia) et le collectif Ostia avaient appelé à se rassembler devant le domicile de l’acheteur à Macaye, et devant les bureaux du notaire à Bayonne, ce mercredi 18 octobre. Une quarantaine de personnes à Macaye (dont le aire) et une soixantaine à Bayonne ont participé à ces rassemblements.

Par crainte d’une occupation de son futur terrain, comme dans d’autres cas semblables, l’acheteur a préféré renoncer. Suite à la rencontre avec le notaire, il a été convenu d’organiser une rencontre entre les parties prenantes pour que ces terres gardent leur vocation agricole.

La réactivité des organisations agricoles, la mobilisation large d’habitants, sont indispensables pour bloquer cette spéculation sur les terres agricoles.

Patrick Petitjean, 18 octobre 2023