Marche climat du 26 septembre : On veut vivre, pas survivre

Pour joindre le Piment Bayonnais, proposer des contributions, faire des critiques, etc : lepimentbayonnais(at)riseup.net

Après deux mois d’interruption, dont septembre consacré à l’organisation de la marche (objet de ce billet), c’est reparti pour le blog.

Un petit millier de personnes ont déambulé pour le climat dans les rues de Bayonne ce samedi 26 septembre. C’était sans doute la première initiative climatique de cette ampleur depuis la manifestation organisée par Bizi en septembre 2019, au plus fort du mouvement climat. Cette marche répondait à un appel national lancé début août pour refuser que les responsables politiques ne tournent la page, comme si canicules, sécheresse et incendies de l’été étaient négligeables. Plusieurs centaines de telles marches ont eu lieu partout en France, témoignant d’un début de renaissance du mouvement climat. L’habitabilité de la planète est en jeu.

La marche climat de 2019, organisée par Bizi, s’étant terminée sur le pont Saint-Esprit. Photo Mediabask

Sauf indication du contraire, les photos de la déambulation bayonnaise sont celles du Piment.

L’appel national

L’appel national pour des marches « pour le climat, le vivant, la paix, la justice sociale » avait été lancé début août. A l’origine, des militants « climat » de la fin des années 2010, actifs aujourd’hui dans différentes associations, notamment « Consom’acteurs ». L’appel est lancé sur une base individuelle. Avec une volonté de rassembler très largement, sur un contenu simple, ce qui a pu susciter une méfiance de la part de secteurs plus « politiques » comme les Soulèvements de la Terre, eux-mêmes occupés à préparer (avec d’autres) une manifestation nationale le 3 octobre contre Syngenta et les pesticides. L’accent était mis aussi sur les signatures locales de groupes actifs sur le climat, quelque soit un éventuel rattachement national.

Le mouvement n’a vraiment décollé que début septembre : le nombre de signataires s’est envolé, notamment celui de structures locales. Des appels à se joindre aux marches ont été lancés par des personnalités importantes (Cyril Dion, Greta Thumberg) et par les centrales syndicales (CGT, Solidaires et FSU) : « le monde du travail ne doit plus subir l’inaction écologique ».

Des militant.es anticoloniaux et antiracistes ont également rejoint l’appel, appelant à la vigilance du mouvement climat sur ces questions, et compensant l’absence des associations écologistes des quartiers populaires parmi les signataires initiaux.

Le matin de la marche, l’appel comptait 52 599 signataires à titre individuel, 1 217 structures principalement locales, une centaine de parlementaires. 264 mobilisations étaient au programme. 130 000 manifestant.es ont été comptabilisé.es par les organisateurs.

Tout est sur le site 26septembre.org

Les marches se sont faites sur la base de 3 propositions

1- Un plan d’urgence : Des lieux frais dans chaque bassin de vie, des écoles, crèches, hôpitaux et EHPAD où l’on ne meure pas de chaud, la protection des travailleur·ses de la chaleur, un toit pour chacun·e, de vrais moyens pour les secours.

2- Un plan d’adaptation : Le Fonds vert rétabli, l’ingénierie publique rendue aux territoires, la rénovation des logements engagée, des forêts protégées et restaurées, des sols restaurés, des haies replantées, des rivières et des nappes traitées comme des communs.

3- Un plan d’atténuation : La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles, l’interdiction d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, des transports publics accessibles partout. Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance.

L’appel demande que contribuent à financer ces plans celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe et en tirent profit : taxer les superprofits fossiles, taxer ceux de l’armement – et un impôt climatique sur les grandes fortunes.

(inter) Le climat partout présent

Les marches du 26 septembre ont pris, et prendront, place dans un ensemble d’initiatives où la question du climat et de la justice sociale sont présentes : la mobilisation nationale des pompiers du 27 au 29 septembre, la grève de la fonction publique le 29 septembre, la manifestation contre Syngenta et les pesticides le 3 octobre, les casserolades des 10 et 11 octobre contre la loi « omnibus » du Parlement européen, la manifestation « decolonize » à Paris le 12 octobre, l’appel de gilets jaunes pour le 17 octobre, la journée de la misère le 17 octobre, la journée d’actions du collectif enfantiste le 14 novembre contre les violences faites aux enfants et aux adolescents. Et bien sûr, le soutien aux manifestations lycéennes qui viennent de débuter, notamment à celle du 6 octobre.

D’ores et déjà, rendez-vous est donné pour la saison 2 des marches les 14‑15 novembre, avec comme thème central « pour le présent et l’avenir des enfants » (pour converger avec le collectif enfantiste). Cette saison 2 s’inscrit dans la mobilisation internationale du « Climate Action Network » au moment de la COP 31 (Antalya, Turquie, 9 au 20 novembre). Elle se situe aussi à deux jours du vote solennel du budget prévu (mais la date est encore aléatoire…) en première lecture à l’Assemblée nationale.

Ce calendrier est sur le site 26septembre.org

Inaction climatique

Le bilan macronien concernant le climat est particulièrement désastreux. Si l’on regarde notamment les trois grands secteurs émetteurs de GES : Les transports et le trafic routier ? Pas d’alternative à l’automobile, mais de nouvelles autoroutes, l’électrification comme solution miracle – Le logement ? « Stop and go » dans l’isolation des logements, remise en location des passoires thermiques – L’agriculture ? Pas de déviation du modèle productiviste.

Et concrètement, cela se traduit par la diminution des crédits du fonds Vert, destiné aux collectivités locales pour la rénovation des bâtiments publics, par l’amputation du budget de l’ADEME. Le projet de budget pour 2027 pousse encore plus loin l’hypocrisie : pour afficher une hausse du fonds Vert, le gouvernement y inclut la rénovation des bâtiments de l’État, transférée depuis une autre ligne budgétaire.

La marche de Bayonne

Devant la Mairie
rassemblement devant la mairie

Fin août, un collectif « marche du 26 septembre » a été constitué par un (tout) petit nombre de signataires individuels du Pays basque et du Sud des Landes pour organiser une marche à Bayonne.

Ce fut, il faut l’avouer, un peu compliqué, malgré la motivation des membres du collectif et même si les thèmes étaient porteurs après l’été caniculaire. Insérer localement une initiative « venue de Paris » est un peu à rebours d’une culture militante, où les associations suivent leur propre agenda, souvent calé longtemps à l’avance, dans leur couloir. Il faut avoir conscience de ces difficultés, en vue de l’acte 2 des mobilisations climat, qui provient d’un appel international du réseau Climate Action Network pour mi-novembre.

Lors du rassemblement de Cancer colère 64 devant la permanence de Brisson à Biarritz le 29 août 2026

Méfiance vis-à-vis de « Paris », scepticisme vis-à-vis d’un collectif de citoyen-nes, il a fallu un certain temps pour que la dynamique locale prenne mi-septembre.

Au final, l’appel a recueilli de nombreux soutiens (citoyen.nes, associations, syndicats, partis) au Pays basque, sous forme de la signature de l’appel national ou d’un appel séparé à la marche. Tout cela fortement relayé sur les réseaux sociaux.

Il faut compter entre 300 et 400 signatures individuelles au Pays basque. Parmi les parlementaires, on trouve Colette Capdevielle et Peio Dufau. Parmi les structures locales, il y a Baskula ; Bayonne en mouvement / Baiona Mugimenduan ; Bizi ; Demain Bayonne / Bihar Baiona ; Forêts vivantes 64 ; Les Ecologistes Pays basque ; Victoires populaires Sud Pays basque ; Vue d’Ensemble.

Devant la mairie. Photo L.

En liaison avec le collectif « 26 septembre », l’appel a été relayé par un large éventail d’autres structures locales : Alda ; Cancer colère 64 ; CDDH-PB ; CFDT ; CGT ; Collectif enfantiste 64 ; EH Bai ; Eusko ; FSU ; LAB ; LDH ; LFI ; NPAOstia ; Oxfam 64 ; REV ; Solidaires. Sans que cela soit exclusif de la participation d’autres associations à la marche.

Finalement, tout le monde était là devant la mairie de Bayonne le 26 septembre, avec un petit millier de participants à la déambulation (selon la police, 800 au début, 500 à l’arrivée). Conformément à l’esprit de l’appel, le cortège était un flot d’habitant.es, sans être segmenté par des étendards, où les appartenances se mélangeaient. Les photos ci-après en témoignent.

La montée rue du Port Neuf. Rue pleine depuis la mairie
La descente vers les halles
photo L.

Le choix avait été fait de limiter les interventions au départ de la mairie : le Collectif « 26 septembre », Baskula et Vue d’Ensemble, ainsi qu’Oxfam 64 et la CGT qui en avaient fait la demande. Choix aussi de terminer par un moment convivial au kiosque du jardin public.

Le long de Boufflers
photo M.

Le reportage d’Ici Pays basque rend bien compte de la déambulation :

https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques-64/bayonne/a-bayonne-un-millier-de-personnes-marchent-pour-le-climat-2307218

Bayonne en attente d’un vrai plan d’action contre le dérèglement climatique

A Bayonne, on se souvient que, dès juin, des écoles avaient du être transférées vers les locaux climatisés de l’AB Campus. La végétalisation de la cour de l’école Jules Ferry avait été présentée comme exemplaire, mais ce n’était qu’une vitrine, visible de l’extérieur pour la communication. L’isolation des bâtiments avait été oubliée, et les élèves ont du partir à l’AB Campus.

Le maire était si fier de sa nouvelle médiathèque. Hélas, elle a du être fermée à plusieurs reprises pendant l’été, pour son inadaptation aux canicules. Ce fut aussi le cas des Halles, de gymnases, de la bibliothèque Sainte Croix, etc. J’ai pu expérimenter en août, lors d’un spectacle, l’étuve qu’était la salle polyvalente de l’école Brana. Cette école où la ville avait fait raser en juin le jardin pédagogique.

Mais le problème des bâtiments et lieux publics ne doit pas faire oublier l’essentiel pour le quatidien des habitants : les logements devenus des bouilloires thermiques. On attend leur inventaire sur toute la ville, au-delà des bailleurs sociaux.

Les habitants.es sont en droit d’attendre davantage de transparence, avec un bilan complet des problèmes rencontrés pendant les vagues de chaleur. Avec un recueil de la parole des habitant.es sur ce qu’ils/elles ont vécu.

Ils/elles sont surtout en droit d’attendre un vrai plan d’action – et il y a urgence – pour l’adaptation au dérèglement climatique, une accélération des mesures à prendre, notamment pour l’isolation des bâtiments et logements. Développer les lieux de fraîcheur, dans tous les quartiers, les faire connaître. Aller vers un « permis de louer », comme à Lyon, conditionnant le certificat de salubrité d’un logement à son adaptation aux canicules.

On ne peut se contenter de l’achat des brasseurs d’air pour équiper les écoles lors de cette rentrée, ou de la végétalisation de quelques cours d’école supplémentaires. Nous avons besoin d’actions rapides, pas de proclamations.

Vers un nouveau plan climat à la CAPB

Le territoire basque n’est pas épargné, loin s’en faut, par le dérèglement climatique. Le CEREMA a publié en 2025, pour la CAPB, un atlas des vulnérabilités du Pays basque face aux aléas climatiques. Pression du niveau de la mer sur les falaises, les routes et les habitations ; diminution du stock d’eau disponible pour nos élevages, nos forêts, nos sols et nos industries ; fonte des glaciers dans les Pyrénées ; dérèglement du cycle de l’eau ; disparition d’espèces ; épisodes de chaleur de plus en plus difficiles à supporter.

Le dérèglement est déjà là, ou à nos portes : forêts et habitations parties en fumée, populations déplacées et faune décimée, cultures détruites par la canicule ou les grêlons, troupeaux contraints de quitter les esquives prématurément, et rivières à sec.

Le Conseil communautaire avait justement à son ordre du jour lors de sa séance du 26 septembre le lancement de la révision du PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de la CAPB à horizon 2019.

Dans son long entretien avec le journal Mediabask le 3 juin, Alain Iriart, fraichement élu Président de la CAPB, n’avait consacré que peu de place aux enjeux climatiques, même indirectement en parlant de la politique logement ou de l’agriculture.

Daniel Olçomendy, vice-président en charge de la transition écologique et énergétique et du tourisme durable, a, dans le même journal le 21 juillet, explicité davantage la politique de la CAPB en la matière. Il a semblé se satisfaire de ce qui est déjà là : un plan climat « ambitieux » depuis 2021 ; un secrétariat général à la transition énergétique, avec 25 agents, permettant l’articulation des différentes politiques publiques concernées par l’enjeu climatique ; le rôle d’expertise de la CAPB auprès des municipalités, notamment pour les projets d’aménagement et l’énergie.

Peut-être était-il trop tôt pour une prise de conscience de la nécessité de passer à la vitesse supérieure dans la lutte climatique, d’accélérer tant l’adaptation que l’atténuation. Mais la CAPB a-t-elle les moyens de conserver ne serait-ce que les objectifs actuels de son plan climat ? Car, et Daniel Olçomendy l’a souligné, les moyens financiers fournis par l’État sont en train de se réduire considérablement : le (bienvenu) secrétariat général à la transition dépend en grande partie de l’aide de l’ADEME, dont le gouvernement vient de réduire le budget. Le fonds Vert pour la CAPB est passé de 800 000 € en 2025 à 150 000 € en 2026. La CAPB va avoir des arbitrages financiers douloureux à faire.

Si les débats lors de la séance du Conseil communautaire le 26 septembre ont permis un certain retour critique sur le PCAET en cours, il n’est pas apparu une claire volonté politique d’accélérer, voire même d’être seulement à la hauteur des objectifs nationaux de neutralité carbone : la trajectoire de réduction des GES étant très insuffisante dans le plan actuel.

Les plans climat sont toujours traités d’une manière davantage technique que politique, réservés aux spécialistes. L’été caniculaire, qui se répètera, montre qu’il faut aussi une plus grande ambition pour impliquer les habitants dans ces plans, reconnaître leur rôle. L’actualisation et la mise à niveau du nouveau plan de la CAPB devrait faire l’objet d’une information plus lisible par les habitant.e.s et, encore mieux, avec leur participation directe sous forme de conventions citoyennes et participatives.

Pour un Pays basque habitable sur une planète habitable

Habitable : c’est le concept, la valeur même, qui permet de relier les 4 thèmes mis en avant le 26 septembre : le réchauffement climatique, le vivant (avec la biodiversité comme interdépendances de tous les vivants – et pas seulement une liste d’espèces à protéger), la paix (contre la course aux armements et le militarisme), la justice sociale (le monde est de moins en moins également habitable).

Il faut lire à ce sujet : Baptiste Parizot & Laurent Neyret : Liberté, dignité, habitabilité (tracts, Gallimard, 4€90)

Plusieurs dossiers brûlants, tous reliés aux enjeux climatiques, restent ouverts au Pays basque : la LGV, le projet E-cho, le projet immobilier de Marienia à Cambo, les pesticides avec leur cortège de cancers, les artificialisations programmées dans les PLUi de la côte, les bouilloires thermiques, etc. Ils ne manqueront pas d’être présents lors de la journée pour le logement (Auzolan) organisée le 31 par Alda, lors du salon Lurrama, la ferme du Pays basque, organisé par EHLG les 6-8 novembre sur le thème de l’eau, tout comme lors de manifestations à Pau par Forêts vivantes (10 octobre, 11h) contre les projets E-CHO et NACRE ; et à Cambo dans les prochaines semaines pour la défense de Marienia.

Ces enjeu sont, bien sûr, aussi au coeur des nombreuses initiatives de la semaine Klima, organisée jusqu’au 11 octobre par la CAPB avec la participation de nombreuses associations

Les manifestations du 26 septembre ont représenté, notamment à Bayonne, une première relance des mouvements climat. Ce frémissement est à prolonger les 14-15 novembre au moment de la COP 31, et bien au-delà pour être à la hauteur de l’enjeu « un monde habitable ».

Patrick Petitjean 5 octobre 2026

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