Associations en danger. Résistances

Les associations ont rarement fait l’objet d’une attaque aussi brutale, tant sur le plan des libertés associatives que sur celui de son financement. Le Pays basque n’y échappe pas. Le mouvement associatif avait appelé le 11 octobre à une journée nationale d’actions. Le 16 octobre, ce sont les salariés des associations qui sont appelés à faire grève. A Bayonne, le syndicat Asso Solidaires donne RV à 17h30 au café des Pyrénées. L’Observatoire des libertés associatives a puplié un rapport sur les atteintes aux libertés et présenté plusieurs propositions pour y faire face. Passage en revue de la résistance.

Le Mouvement associatif a été créé en 1992 pour défendre la liberté d’association et, au-delà, la vie associative. Pour la première fois de son existence, il a appelé à une journée nationale d’actions « ça ne tient plus » pour alerter sur la situation catastrophique de nombre d’associations. Un véritable plan social associatif avec destruction de plusieurs milliers d’emplois

Pour 2026, le plan Bayrou prévoyait d’augmenter la saignée en retirant plusieurs milliards aux budgets des associations. Un plan que le nouveau premier ministre soutenait. Les bénévoles dirigeants associatifs ont indiqué qu’un tiers des structures prévoyaient des licenciements, ce qui impliquerait des dizaines de milliers de licenciements.

La baisse générale des subventions risque d’entrainer le délitement du tissu associatif, que tout le monde sait pourtant essentiel pour la démocratie. Les associations du secteur de la solidarité et de la culture sont particulièrement atteintes. Bénéficier de plusieurs sources de financement était jusqu’à présent un appui incontestable ; mais l’effet pervers l’est autant quand chaune es sources réduit son aide simultanément, même de peu pour chacune.

Le CAC

A côté du Mouvement associatif, le Collectif des Associations Citoyennes (CAC) regroupe l’aile la plus engagée des associations depuis une quinzaine d’années, et était partie prenante des initiatives du 11 octobre

https://www.associations-citoyennes.net/

Le Collectif des Associations Citoyennes s’inscrit naturellement dans cette action. Il appelle les associations dans leur diversité à participer à la mobilisation, partout en France :

  • Pour que leurs voix soient entendues et faire du 11 octobre une grande journée unitaire du monde associatif ;
  • Pour peser autant que possible dans les arbitrages budgétaires du budget de l’État 2026 comme de ceux des Collectivités Territoriales ;
  • Pour redonner un sens « politique » au travail associatif, ne plus accepter d’être de simples « prestataires » de la commande publique ;
  • Pour une société démocratique, écologique et sociale dans laquelle les associations ont un rôle majeur à jouer.

A Bayonne

L’annulation de la Zuperfête fin septembre a mis en lumière les difficultés des associations à Bayonne. Cela reflète un état général, principalement dans les secteurs du social, de la solidarité et de la culture. Mais les problèmes sont particulièrement graves à la ZUP, où l’artotekafe n’est pas sûr de survivre à la fin de l’années. D’autres associations intervenant auprès des jeunes de ce quartier sont déstabilisées, ou même le lieu d’une répression politique. La résistance s’organise

La liste citoyenne, regroupant la majorité des forces de gauche pour les municipales de 2026 à Bayonne, a exprimé son soutien aux associations de la ZUP.

À Bayonne, le syndicat Asso Solidaires donne rendez-vous le 16 octobre, à 17h30, au Café des Pyrénées. “Il y a quand même un gros tissu associatif au Pays Basque Nord et c’est vrai que, pour le moment, il n’y a pas vraiment de force présente sur le département. L’idée serait de commencer à se retrouver pour échanger sur la situation dans nos associations afin d’initier, peut-être, quelque chose venu des salariés”, explique sa représentante au Pays Basque Nord, Ihintza Erbina, selon Mediabask.

Deux compléments pour un débat municipal

Voici deux compléments pour nourrir le débat sur la vie associative, qui ne manquera pas de s’engager à l’occasion des prochaines élections municipales à Bayonne :

Le rapport de l’observatoire des libertés associatives et un appel des élus écologistes

l’observatoire des libertés associatives

L’Observatoire des Libertés Associatives est un projet initié par l’Institut Alinsky et qui rassemble autour de lui plusieurs associations et fédérations d’associations parmi lesquelles la Ligue des Droits de l’Homme, France Nature Environnement, la Coordination Pas Sans Nous, le Collectif des Associations Citoyennes, etc. Après un premier rapport sur les répressions contre les associations paru en octobre 2020, l’équipe de chercheur.euses sous la houlette de Julien Talpin, approfondit ce travail pour nourrir les plaidoyers de défenses des libertés associatives.

Les cas de restriction de libertés des associations portant des interpellations citoyennes par les autorités publiques locales et nationales sont nombreux et trop peu reconnus comme un problème. Cela a incité plusieurs associations concernées à constituer à partir de mars 2019 un Observatoire des libertés associatives. Cet outil doit donner une visibilité large à un phénomène souvent occulté, presque ignoré par les médias, banalisé par le politique et parfois intériorisé par les associations elles-mêmes. 
Le rapport « Une citoyenneté réprimée » présente 100 cas de restrictions associatives et 12 pistes pour protéger les libertés.

Il est téléchargeable à partir du site ci-dessus.

12 propositions

Sur le même site, on trouve aussi 12 propositions pour protéger les libertés associatives et construire un environnement favorable à la démocratie d’interpellation. Chacune des têtes de chapitre suivantes peuvent déployées à partir du site.

1- Mettre en place une procédure de reconnaissance pour mieux protéger les associations​

2 – Renforcer la visibilité des prérogatives de Défenseur des droits pour les personnes morales

3 – Instituer des “garants des débats citoyens” chargés d’assurer la qualité du débat et de protéger contre les attaques personnelles abusives​

4 – Une justification renforcée et une procédure de protection en cas de soupçon de coupe-sanction de subvention​

5 – Clarifier et faciliter l’accès à l’aide juridictionnelle pour les personnes morales à but non lucratif afin de financer les recours en justice​

6 – Protéger les associations contre les procédures juridiques visant à les empêcher de contribuer à des questions d’intérêt public​

7 – Mieux surveiller et contrôler les pratiques policières​

8 – Faciliter les dons aux associations citoyennes en reconnaissant les activités de contribution au débat public et de défense des droits comme étant d’intérêt général​

9 – Instaurer un fonds pour le droit d’interpellation citoyenne géré par une autorité administrative indépendante​

10 – Favoriser les financements pluriannuels​

11 – Créer des commissions mixtes d’attribution des subventions dans toutes les collectivités territoriales finançant des acteurs associatifs​

12 – Élargir et approfondir l’analyse ouverte dans ce rapport par la création d’une mission d’information parlementaire​

Pour des villes garantes et protectrices des libertés associatives

À l’occasion de la mobilisation nationale « Ça ne tient plus » en défense des associations ce samedi 11 octobre, un large ensemble de maires, candidat·es et élu·es locaux écologistes, notamment Stéphane Baly, Grégory Doucet, Jeanne Barseghian et Léonore Moncond’huy appelle à défendre les associations en leur donnant les moyens d’agir. « La démocratie ne se résume pas qu’aux urnes, mais aussi à la vivacité des liens associatifs existant dans la société ».

La démocratie ne se résume pas qu’aux urnes, mais aussi à la vivacité des liens associatifs existant dans la société.

Les associations sont les forces vitales de notre démocratie locale. Dans chaque quartier et chaque secteur, elles tissent des liens et créent des solidarités. Filet de sécurité pour les plus fragiles, espace d’émancipation, de création, de loisirs, de débat : les associations sont à la fois refuge et tremplin. Elles tissent des liens, raccommodent ce que la vie déchire et brodent de nouvelles solidarités.

S’attaquer aux associations ce n’est pas seulement s’attaquer à notre démocratie : c’est rompre des liens humains essentiels. Car derrière chaque subvention coupée, chaque local fermé, chaque procédure administrative complexifiée, ce sont des liens humains qui se défont, des solidarités qui disparaissent et notre vivre-ensemble qui est menacé.

 Ces associations sont aujourd’hui fragilisées par un contexte budgétaire, administratif et national hostile à leurs actions : coupe de subventions, présomption de culpabilité instaurée via le contrat d’engagement républicain, injonctions à une prétendue neutralité, logique de marchandisation plutôt que de non-lucrativité, fragilisation des modes de financement… Différents rapports, issus notamment de l’Observatoire des libertés associatives, du collectif des associations citoyennes ou encore du monde associatif, le montrent : ces dernières années, le lien qui unit les associations aux autorités publiques a changé. Auparavant partenaires de l’action publique, les associations sont devenues des prestataires. De force de propositions, elles deviennent délégataires. De contre-pouvoir, elles s’autocensurent.

 À Lille, par exemple, la part des appels à projet dans le financement des associations environnementales est passée de 8% en 2019 à 61% en 2023. Ces appels à projet dominants sont révélateurs de cette volonté de cadrer l’action des associations (à fortiori environnementales), de tuer l’initiative associative au profit d’un projet municipal descendant.

 À Poitiers, le Préfet a tenté d’imposer une procédure de restitution de subvention suite à la programmation d’une formation à la désobéissance civile par Alternatiba dans le cadre d’un village associatif.

Dans le Rhône, le département a retiré à trois associations des subventions après l’alerte des élu·es des risques environnementaux d’un port de plaisance.

À Tourcoing, des membres de l’association La Brigade du respect, ont dû payer une amende et réaliser des travaux d’intérêt général suite à quelques pochoirs. L’objet de l’association est pourtant d’agir contre le harcèlement de rue dans l’espace public.

Dans plusieurs territoires, les plannings familiaux sont attaqués, et cela s’inscrit dans une logique plus large de réduction des droits des femmes et des minorités, ayant des conséquences directes sur la santé de personnes et leurs droits.

Les prochaines élections municipales seront donc cruciales pour le monde associatif. La vitalité du monde associatif n’est pas seulement un indicateur démocratique, elle constitue le socle même d’un projet municipal qui prend soin de ses habitantes et habitants.

Les associations incarnent une démocratie continue, indispensable à la démocratie représentative. Être élu·e, c’est écouter, rencontrer, partager et construire des solutions avec celles et ceux qui connaissent le terrain. Les associations, en première ligne pour comprendre la société et la complexité des problématiques locales, sont des partenaires essentiels des politiques publiques.

Pour retisser la confiance entre les pouvoirs publics et les associations, les villes écologistes s’engagent à prioriser les conventions pluriannuelles d’objectifs plutôt que les appels à projets, comme le recommande le CESE. Nous nous engageons également à créer un dispositif de médiation en cas de conflit avec une institution afin que le Préfet ne soit plus seul arbitre : car l’écologie, par essence, chérit les contre-pouvoirs.

 Défendre les associations, c’est aussi leur donner les moyens d’agir. C’est pourquoi il est primordial de permettre aux associations non seulement de monter des projets, mais aussi de fonctionner : garantir leur autonomie, soutenir la formation et l’outillage de leurs membres, défendre le droit de réunion, ouvrir des lieux, faciliter l’accès aux salles municipales.

Garantir la liberté associative, c’est garantir la liberté d’expression et d’action collective. Les villes écologistes doivent être des refuges pour ces libertés et incarner une vision d’émancipation, de coopération et de justice sociale. Soutenir les associations, c’est soutenir notre démocratie et prendre soin du vivre-ensemble. 

Patrick Petitjean, 13 octobre 2025

Ballet autour de l’ex-Atalante : Etxea, le COL, la Ville

L’occupation de l’ancien cinéma l’Atalante n’aura duré qu’une vingtaine de jours. Un coup sans suite, décevant, au regard des attentes des habitants du quartier. Mais elle a eu le mérite de faire apparaître au grand jour les manœuvres immobilières de la ville. Elle a remis en avant la vocation culturelle et sociale du lieu. Les porteurs du projet Etxea de 2019 sont réapparus. Mais le bâtiment est maintenant totalement muré et semble voué à retomber dans l’oubli et à être démoli.

L’occupation de l’ancienne Atalante par le Conseil Socialiste avait été présenté dans mon billet du 4 septembre, dans lequel je rappelai aussi l’histoire d’Etxea, de Catach et de la mairie en 2019, après le transfert de la salle de cinéma sur le quai Amiral Sala.

L’Atalante en photos au fil du temps

Cinéma ouvert, nostalgie
Cinéma fermé, culture en berne
Cinéma décoré, espoir d’une renaissance
Cinéma occupé, trop bref, trop loin du quartier
Cinéma muré, avant démolition ?
Cinéma muré et taggé…

Une occupation éclair

L’ambition du collectif occupant était de bâtir un « centre socialiste », un projet à long terme avec la double fonction d’une « base rouge » et d’un lieu social et culturel ouvert sur le quartier et au-delà.

Plusieurs rencontres avec le maire ont fait apparaître que le projet d’un tel lieu n’était pas nouveau pour les occupants.

Le Conseil socialiste a une couverture juridique associative, Pindarra, qui avait mené plusieurs occupations semblables dans le centre ville depuis 2 ans. Selon le maire, un contrat de bail avait même été passé avec Pindarra pour un local municipal attenant à l’école des Arènes.

Pour obtenir leur départ de l’ex-Atalante, il leur a proposé un local au 14 rue de Lesseps, un bâtiment qui fait l’objet d’une opération d’urbanisme transitoire, en cours d’aménagement.

L’occupation a donc cessé le 21 septembre, contre la « garantie » d’un local et la promesse d’un débat sur l’avenir de l’ex-Atalante.

Quai de Lesseps : promesse, promesse

J’ai parlé ici de cet urbanisme transitoire

Le 14 quai de Lesseps en octobre 2025

Le 14, acheté en 2011 par l’EPFL, racheté par la CAPB l’an passé. Projet d’urbanisme transitoire : un local pour l’accueil du public de 110 m2 en RdC, et des chambres d’étudiants à l’étage. Travaux depuis un an. Livraison repoussée du débat 2026 à juin. Promis à plusieurs associations (clientélisme). Aménagement ayant évolué pour partager les locaux ?

Le projet de la ville au grand jour

Si J.-R. Etchegaray a rapidement reçu les occupants, il n’a pas fait mystère de son objectif de mettre fin à cette occupation : elle ne pourra pas durer en l’état ». Car « si un bâtiment public est fermé, c’est qu’il présente un risque » (Sud Ouest du 9.9). Difficile de ne pas y voir surtout un prétexte.

On apprend, dans le même article, que les projets immobiliers de la ville dans le secteur avaient conduit son bras armé, le COL, à racheter le bâtiment du Centre culturel espagnol lors de sa mise en vente.

Si elle fut seulement conclue en février 2024, nul doute que le projet d’achat était bien antérieur.

Selon le journal « l’idée est de bâtir une dizaine de logements sociaux, avec un espace dédié pour l’association qui occupait les locaux. Une démolition-reconstruction pour des BRS.

Mais le projet est plus large, et englobe l’îlot voisin de l’ex-Atalante

Voici ce qu’en dit Sud Ouest dans ce même article :

« Concernant le site de l’ancien Atalante, plusieurs options sont à l’étude. « Le premier scénario consiste à rénover l’immeuble et créer quatre logements. Ce qui risque d’être une opération extrêmement coûteuse, compte tenu de la fragilité de la structure et des doutes que nous avons sur ses fondations », avance Imed Robbana, le directeur du COL. Dans le second, la démolition et reconstruction du bâtiment historique sont envisagées avec une douzaine de logements sociaux à la clé ».

Rénovation, avec 4 BRS d’un côté, démolition-recontruction avec une douzaine de logements, les deux branches de l’alternative n’ont pas le même poids dans la politique municipale. Quand en plus, le COL insiste sur le fait qu’en 2019, un simple « réaménagement des locaux » (pas une rénovation complète) pour les confier à Etxea se montait déjà à 2 millions d’euros, il est difficile de croire à l’option « rénovation ».

(inter4) Etxea reprend la lumière

Depuis le covid, le projet Etxea avait disparu, croyait-on. D’autant plus qu’un nouveau projet avait vu le jour, Patxoki Berria, porté la ville, le COL et par une partie de acteurs engagés dans Etxea, Ce nouveau projet, situé place Patxoki, a bien des aspects similaires : le mélange tiers-lieu et logement, le COL. Mais la demande est suffisante pour deux projets proches.

Dans son article du 9.9, Sud Ouest affirmait que l’association pensait son idée abandonnée, et qu’elle était en sommeil. Mais, pas du tout. Etxea s’est chargé de le démentir, dans un communiqué du 16 septembre, que l’on peut retrouver dans le journal Enbata :

Parmi les explications fournies dans ce communiqué, Etxea confirme qu’après l’acquisition du centre culturel espagnol, un projet global sur les deux lieux a été élaboré, et que depuis de longs mois des réunions tripartites avaient eu lieu entre la mairie, le COL et Etxea. Et que le principe d’une réhabilitation (avec réhaussement de plusieurs niveaux pour des logements sociaux) avait été acté en mairie dès le 14 octobre 2024.

Le communiqué ne parle pas de l’éventualité d’une démolition reconstruction… Il annonce que les études concernant la faisabilité technique et les différents scénarii devraient être rendues prochainement.

Un nouvel Etxea ?

Comme rappelé dans mon billet du 4 septembre, le projet Etxea consistait en un tiers-lieu, associant salle de spectacles, coworking, accueil d’associations et de start-up, avec une ambition écologique et sociale. Comme le rappelle Sud Ouest (9.9), il était « porté par une équipe d’acteurs très implantés dans le paysage social et culturel basque ». On ne saurait mieux rappeler qu’Etxea était un projet construit d’emblée avec la mairie, même si cette dernière a finalement été forcée de faire un appel à projets, dont le résultat était connu d’avance.

Dans son communiqué, Etxea affirme ne porter aucun « jugement négatif » sur l’occupation (encore en cours le 16.9), dont les animations « semblent d’une grande qualité et correspondent en grande partie à ce que nous comptions développer ». Mais, malgré ces quelques fleurs, le nom « conseil socialiste » n’est pas mentionné, et Etxea rappelle que la gouvernance du projet « ne peut être liée, et encore moins dirigée par une organisation politique »

Dans son communiqué, Etxea affiche son ouverture aux habitants et associations du quartier « nos statuts et notre projet établissent une gouvernance ouverte à tous.tes les habitant.es et acteurs-trices du quartier, de la ville et du territoire qui veulent prendre part à l’association Etxea ».

Selon Sud Ouest, le nouveau projet pour l’Atalante serait piloté, logiquement, par l’association Etxea, même si « ça demanderait une grosse remise à jour ». Mais, dans son communiqué, Etxea va plus loin : « Dans tous les cas, au vu du nombre d’années écoulées depuis 2019, Etxea est tout à fait favorable à ce que, une fois rendues les conclusions de l’étude du COL, la mairie réalise un nouvel appel à projets, ouvert à toutes et à tous ».

Et poursuit : « Pour notre part, nous y présenterions à nouveau le même type de projet -bien évidemment réactualisé- de Kafe Antzoki citoyen, soutenable et solidaire, tiers lieu ouvert à et au service des habitants et des dynamiques populaires, culturelles et artistiques du quartier, de Bayonne et du Pays Basque. Nous continuerions à défendre le maintien de l’âme et du cachet de l’ancienne Atalante. Notre projet intégrera la possibilité de continuer à produire des logements sociaux sans artificialiser de sols ».

Dans son communiqué, Etxea joue la transparence des négociations tripartites avec la ville et le COL. Bien davantage que ses partenaires ne l’avaient fait jusque là. Mais jusqu’à quel point ? Que reste-t-il de l’ancienne équipe d Etxea ? Qui a négocié ?

Quel est le rôle du COL ? Ce n’est pas la première fois qu’il intervient entre la ville et des porteurs de projets (parfois proches des Abertzale), choisis sans appel à projet (voir Zubi Mayou), ou avec des appels très pipés (voir Etxea 2019). On est souvent dans l’opacité.

Etxea 2025 donne cette fois des assurances de transparence et d’ouverture pour l’avenir. A suivre

Et maintenant ?

Le projet de la ville pour l’îlot de l’Atalante est sorti de l’ombre dans lequel il était maintenu. Il importe de ne pas l’y laisser retomber. Les habitants du quartier sSaint-Esprit ont dans l’attente d’une réunion d’information et d’un débat public.

Parler d’un nouvel appel à projets qui porterait sur l’animation de l’ex-Atalante ,n’est-il pas un leurre ? L’enjeu est d’abord entre réhabilitation versus démolition, avec reconstruction d’une salle et création de logements. Plus transparent serait un appel à idées, ou concours d’architectes pour sa remise en état. Ne faudrait-il pas une expertise indépendante de celle du COL le futur constructeur ? Mais l’immobilier l’emporte sur le culturel dans la politique municipale.

Patrick Petitjean, 8 octobre 2025

Terres agricoles de Marienia. Le double discours d’Etchegaray

La défense des terres agricoles de Marienia à Cambo reste d’une actualité brulante. Samedi 6, une bonne centaine de personnes sont venues récolter les pommes de terre semées au printemps dernier. Mardi 9, 3 personnes comparaissaient devant le tribunal de Bayonne à la suite d’une bousculade lors d’un conseil municipal à Cambo. Le rassemblement du 6 a fait apparaître au grand jour la trahison d’Etchegaray.

Comme à chaque fois qu’un rassemblement a lieu sur ces terres, le 6 octobre, l’ambiance était celle d’une fête populaire, avec de nombreux enfants, même temps que militante, pour faire vivre cette terre nourricière de 3,5 hectares que Bouygues, le maire de Cambo et leurs alliés veulent urbaniser.

Plus de 2 tonnes de pommes de terre ont été récoltées ce 6 septembre. Elles avaient été plantées le 17 mai, en même temps que des piments doux et des courges. Mais, pendant l’été, les plntations de piments et de courges avaint été vandalisées, sans doute par des amis de Bouygues.

Le 17 mai, le serment des Makila avait été partagé par des centaines de participants.

Les associations qui portent ces mobilisations : Lurzaindia, le syndicat ELB, le Cade, Ostia et Nahi Dugun Herria

Le double jeu d’Etchegaray

Pendant longtemps, le président de la CAPB a laissé entendre qu’il était ouvert à remettre sur le tapis le projet d’urbanisation de Marienia, qu’il allait organiser un débat au conseil communautaire.

Dans le même temps, la CAPB se rangeait systématiquement aux côtés du maire de Cambo et de Bouygues dans les procédures contre le PLU et le permis de construire, avec l’argument que la CAPB ne pouvait s’opposer à une commune qui en fait partie. Tous les recours ont été perdus jusqu’à maintenant par les défenseurs des terres agricoles, et une procédure n’est pas totalement achevée.

Le masque d’Etchegaray est tombé quand, pendant l’été, les organisations agricoles ont appris par la Safer qu’une nouvelle « déclaration d’intention d’aliéner » (redéfinition des termes de la vente) avait été déposée, ouvrant une possibilité de préemption par la CAPB, avec un délai de 2 mois pour y recourir. Cette nouvelle DIA a été reçue le 16 juillet par la Safer… mais la CAPB l’avait entre les mains le 13 janvier. Et avait refusé de préempter. De là un sentiment total de trahison de la part d’Etchegaray, de son double discours.

La CAPB avait portant pris un engagement : préserver l’espace agricole comme un bien commun ». On en est loin. Quant au débat promis, selon Sud Ouest du 8 septembre, il n’aurait pas lieu au conseil de la CAP, mais lors d’une conférence des maires. Et Marienia serait noyé au milieu d’une discussion générale sur le foncier agricole.

Le nouveau compromis de vente comprenait une baisse du prix de vente, d’un peu plus de 3 millions à 2,62 millions d’euros, ce qui rendait obligatoire cette nouvelle DIA. Comme d’usage, ce nouveau compromis de vente comporte des clauses suspensives : levée de tous les recours, lieux libérés de toute occupation. Or, un recours n’est pas totalement levé. Les lieux sont-ils libres de toute occupation ? Pas clair ! Les plantations peuvent-elles être considérées comme une occupation ? Et selon quel régime juridique sont-elles encore utilisées par un éleveur ?

Le début des travaux reste encore heureusement problématique, et dépend du rapport de forces politiques, de la mobilisation citoyenne. Du blé d’hiver va être semé cet automne

Le procès du 9 septembre.

Lors d’une manifestation pendant un conseil municipal, le maire de Cambon était tombé lors d’une bousculade, et s’était cogné la tête par terre. Il avait reconnu qu’aucun coup n’avait été porté, mais avait porté plainte, en pleine d’une campagne politique et médiatique sur les « violences contre les élu.es ».

Il y avait une centaine de manifestants lors de cette séance, il y a eu deux heures de vacarme avant l’arrêt du conseil municipal. D’une manière qui a semblé un peu arbitraire, 3 manifestants avaient été déférés devant le tribunal de Bayonne pour entrave au déroulement du conseil municipal et « violence », accusés d’être à l’origine de la bousculade.

Une petite centaine de personnes se sont rassemblées ce 9 septembre devant le tribunal de Bayonne.

Le procureur a requis 5000 euros d’amendes, dont 4000 avec sursis. Jugement le 16 octobre

Patrick Petitjean, 11 septembre 2025

L’ancien Atalante revit à Bayonne

Les locaux historiques du cinéma Atalante étaient fermés depuis le 21 mars 2019. Ils ont été de nouveau ouverts au public ce mercredi 3 septembre par un groupe de jeunes militant.es du groupe « Conseil socialiste d’Iparalde » pour y développer un projet culturel, social et politique. Un tel lieu manquait beaucoup au quartier Saint Esprit, dont les habitants étaient frustrés d’avoir vu leurs demandes repoussées par la mairie.

Entre 100 et 150 personnes se sont entassées dans le hall d’accueil de l’ancien cinéma en fin d’après-midi, ce mercredi, pour soutenir l’occupation. Parmi elles, des acteurs anciens et actuels de la vie du quartier, dont plusieurs avaient participé aux tentatives de faire revivre ce lieu depuis 2019.

Sortie de la réunion du mercredi 3 septembre

Les locaux ont été achetés par la ville en 2015 et 2016. Il y avait une salle de 150 places, et un hall, avec comptoir, lieu de convivialité plus que complémentaire du cinéma. L’Atalante, c’était aussi deux autres salles, sans âme, quai de l’Amiral Sala. C’était insuffisant au regard de la demande croissante des spectateurs. L’association, qui gère le cinéma, et la mairie, ont donc décidé de la construction d’une nouvelle salle et de la rénovation des deux existantes, quai Sala. Le nouvel Atalante, avec ses trois salles, a été inauguré le 28 août 2019, et c’est une très belle réussite.

Mais contrairement aux attentes des habitants et aux promesses pré-électorales de la mairie en 2019, les locaux de l’ancien Atalante sont restés vides. Ils ne le sont plus.

Le projet de Conseil socialiste

https://www.facebook.com/kontseiluaieh

Et le programme de la semaine

Souvenirs, le tour de passe passe de 2019, Catach et Etxea

Les demandes de tiers-lieux n’ont jamais manqué à Bayonne, particulièrement dans le quartier Saint-Esprit, de la part d’artistes, d’artisans et associations. Vers la même époque (2019), un projet au 22 quai Bergeret avait été repoussé par la ville, au profit d’une opération immobilière. Il ya 2 ans, un immeuble vide avait été réquisitionné quai de Lesseps / rue Sainte Ursule par un groupe de jeunes (Maurizia), en vue d’un projet social et culturel. La mairie avait fait évacuer l’immeuble par la police au bout de quelques semaines.

Quand le moment du déménagement de l’Atalante s’était rapproché, une association, Catach, s’était portée candidate à la reprise de l’ancien cinéma. Son projet avait près de 2 ans, et elle était à la recherche de locaux. Catach est le nom d’un festival artistique que l’association animait à Saint-Martin de Seignanx. Son projet de tiers-lieu, TLAK (pour Tiers ieu Artistique et Culturel) avait été lancé en septembre 2017, et déposé en mairie en juin 2018. Il avait été construit avec associations et artistes du quarier, et fait l’objetd’une enquête auprès des habitants. C’est donc naturellement qu’en 2019 Catach a candidaté pour les locaux de l’Atalante.

Mais entre-temps, un projet concurrent s’était monté, Etxea. Selon Sud-Ouest, voici les personnes motrices d’Etxea « Citons Jean-Daniel Elichiry, actuel directeur général d’Atherbea. Celui d’Euskal moneta (eusko), Dante Edme-Sanjurjo. Jean-Noël « Txetx » Etcheverry estconnu pour ses multiples engagements, dont l’association Bizi !. Bixente Eyherabide est l’organisateur du salon Lurrama. Frank Suarez est un pilier de l’Institut culturel basque. Jean-Pierre Saint-Picq préside l’association Cinéma & Cultures, socle de l’Atalante. Laëtitia Léglise est régisseuse de plusieurs festivals importants. Eloixa Ospital officie au sein de Biarritz culture et contribue notamment à l’organisation du festival Temps d’aimer. Peio d’Uhalt gère les élections Elkar en France. Stéphanie Carré a cofondé le festival La Ruée au jazz et chante dans plusieurs groupes. Rémi Rivière, journaliste investi dans lemonde culturel, préside l’association Etxea ».

Rien que du beau monde, très institutionnel, partenaires installés de la mairie. On peut comprendre que ce projet concurrent ait été vécu comme construit à partir de la mairie. Le match était plié d’avance.

Au-delà du profil des porteurs, les deux projets étaient largement convergents, répondant en partie aux attentes des habitants.

Après audition des deux projets pendant l’été, le maire a choisi sans surprise Etxea en septembre 2019. Nombre d’habitants ont regretté qu’un projet parachuté (Etxea l’était davantage que Catach) ait été préféré à une démarche d’ouverture aux habitant.e.s de ce quartier, de leur faire confiance et de construire avec elles/eux de beaux lendemains. Une telle démarche aurait été un peu plus créative, originale et courageuse, mais ce n’st pas le genre de la mairie de Bayonne.

Début septembre 2919, Etchegaray choisit donc le projet Etxea. Mediabask se fait, fin 2019, l’écho des polémiques entraînées par ce choix
Le 21 janvier 2020, un nouvel article de Mediabask laisse entrevoir une ouverture d’Etxea, en partie à cause du coût des travaux qui se monteraient à 2 millions d’euros, en partie sans doute aussi pour calmer le jeu. On peut y lire : « Le projet de reprise du cinéma L’Atalante entre dans sa deuxième phase. L’association Etxea, présidée par Rémi Rivière, veut maintenant l’ »étoffer » et « lancer la collaboration avec d’autres structures associatives« . L’année à venir sera consacrée à identifier précisément quelles activités seront accueillies dans ce futur tiers-lieu. En attendant le vote favorable du conseil municipal ».

Et vint le covid… Et personne n’entendit plus parler d’Etxea, publiquement au moins.

Mais le caractère désespéramment vide de l’ancien Atalante est resté ces dernières années une blessure permanente pour les habitants du quartier. C’st un lieu emblématique, très visible près de l’école Jules Ferry, du square du Marquisat et de la rue Sainte Catherine.

La photo en Une de cet article montre une des décorations qui y avaient été faites.

Le 27 janvier de cette année, deux artistes ont fait de nouvelles décorations, ravivant l’espoir d’une réouverture.

Artistes à l’oeuvre
Signatures
C’est décoré, à défaut de revivre encore

C’est fait ce 3 septembre. Merci à elles et eux.

Patrick Petitjean, 4 septembre 2025

Du quai de Lesseps (Bayonne) au quai d’Austerlitz (Paris)

Quai de Lesseps au bord de l’Adour à Bayonne, et quai d’Austerlitz au bord de la Seine à Paris : rien à voir à première vue, mais les deux situations sont reliées par l’urbanisme transitoire. Ici, quai de Lesseps, le récent scandale de la manière dont le PAJ est traité et le gâchis des immeubles à l’abandon depuis des années, au mieux destinés à des logements provisoires pour étudiants, loin de l’esprit d’un urbanisme transitoire solidaire. Là, quai d’Austerlitz, Les Amarres, un tiers-lieu solidaire et festif qui va fermer ses portes début juillet

Les Amarres, un tiers-lieu solidaire et festif quai d’Austerlitz

Ce tiers-lieu va larguer les amarres le 5 juillet, après 4 ans d’existence. C’était un « Point d’Accueil Jour », une cantine populaire, le siège d’une douzaine d’associations solidaires. Ce fut un lieu de soir »es culturelles et festives, un lieu de rencontres militantes. Il avait notamment hébergé une rencontre nationale du réseau « maisons accueillantes » à laquelle une délégation d’Etorkinekin avait participé.

Dans son bilan, en forme d’une auto présentation, les Amarres écrivent :

« De 2021 à 2025, les Amarres ont pris vie dans les anciens bureaux du port autonome de Paris, sur les quais de Seine, et sont progressivement devenus un lieu incontournable des luttes pour les justices sociales. Porté par les associations Aurore et Yes We Camp, ce tiers-lieu solidaire et culturel s’est donné pour mission de créer un espace d’hospitalité, de convivialité et de rencontre entre des publics très variés.
Chaque jour, ce lieu unique a accueilli plus de 300 personnes en parcours migratoire (hommes, femmes, enfants), des travailleur·euse·s d’une trentaine d’associations engagées dans l’accompagnement des personnes exilées, et des milliers de visiteur·euses venu·e·s participer à une programmation culturelle engagée et inclusive.
Ce projet a suscité un véritable engouement. De nombreuses associations, collectivités, écoles, entreprises de l’ESS et porteurs de projets sont venu·e·s visiter ce lieu et s’en inspirer. Son équilibre singulier, entre social, culturel et citoyen, en a fait un laboratoire pour imaginer la ville inclusive et solidaire de demain ».

Aurore – un peu l’équivalent d’Atherbea – et Yes We Camp étaient avec Plateau Urbain les moteurs des Grands Voisins à l’ex-hôpital Saint Vincent de Paul, à Paris 14e il y a une dizaine d’années.


Le Point Accueil Jour (PAJ) de Bayonne

Sud Ouest et Mediabask se sont faits l’écho du cri d’alarme lancé par le PAJ le 18 juin, à l’issue de son assemblée générale. Le PAJ accueille des personnes en situation de précarité pour une bagagerie, des douches, des lessives, des recharges de téléphones, de la chaleur humaine. Le PAJ, c’est aussi 80 bénévoles.

Près de 37 000 personnes y sont passées en 2024, presque deux fois plus qu’en 2021 après le covid.

Le PAJ occupe un immeuble traversant entre le quai de Lesseps (l’ancien bar-tabac-PMU Le Vincennes) et la rue Sainte Ursule (le local initial, auquel Le Vincennes s’est ajouté en décembre 2020). A l’image de la plupart des autres immeubles du quai de Lesseps, il était propriété de l’EPFL depuis une bonne dizaine d’années, puis revenu récemment dans le giron de la CAPB. Tous étaient à l’abandon, sans entretien, se dégradant. Un immense gâchis. Certains, comme celui-là servaient de locaux provisoires

Installations électriques vétustes, placards moisis, murs troués, cafards, … des conditions d’insalubrité indignes tant pour les « passagers » que les bénévoles.

Des locaux pérennes avaient été promis par la ville : un pôle social, dans le cadre du projet « Rive Droite de l’Adour » sur lequel elle a beaucoup communiqué il y a deux ans, avant que le silence ne retombe depuis un an. Ce pôle social était promis dans un délai de deux ans, aujourd’hui allongé à 4 ou 5 ans, d’après une affirmation de l’adjoint Arnaud Fontaine à Mediabask. Ce qui est une (mauvaise) plaisanterie, vu que le projet est plutôt annoncé pour 10 ou 15 ans. Une manière de se moquer du PAJ

Urbanisme transitoire ?

Je n’aurais pas parlé de ce tiers-lieu parisien, si le maire de Bayonne ne s’était pas réclamé de l’urbanisme transitoire, en faisant appel à Plateau Urbain pour un aménagement transitoire du quai de Lesseps. Tout en ayant expulsé le collectif Maurizia qui avait squatté un immeuble encore en bon état pour en faire un tiers-lieu. Voir ce billet : https://lepimentbayonnais.fr/2023/05/30/soutenir-le-projet-maurizia/

J’ai présenté le travail de Plateau Urbain, et le « très peu » qu’en avait retenu la ville : des logements étudiants. La ville n’a jamais fait de publicité sur le travail de Plateau Urbain, dès fois que cela donnerait des idées aux associations locales.

Dans ses propositions, il y avait un esprit proche de celui des Amarres, en s’appuyant sur des associations comme la Table du Soir, le Point Accueil Jour, Atherbea, déjà présentes sur le quai de Lesseps. Mais le maire n’en a prtiquement rien retenu.

Voir le billet : https://lepimentbayonnais.fr/2025/04/20/bayonne-quai-de-lesseps-vers-la-re-ouverture-frileuse-de-3-immeubles-debut-2026/

Yes We Camp, partenaire habituel de Plateau Urbain aurait pu mettre en musique un tel projet.

https://yeswecamp.org/

Curieusement, dans la brochure 2025 de Yes We Camp, on trouve la mention d’un travail réalisé à Bayonne pour un cabinet d’architecture, UOA. Ou pour la mairie ? Mais aucune trace nulle part.

Tous les ingrédients des Amarres sont présents quai de Lesseps. Mais que peut-on attendre d’un maire si loin des valeurs qui peuvent être mises en œuvre dans cet urbanisme transitoire ? Vivement que Bayonne puisse respirer.

Patrick Petitjean, 25 juin 2025

Le serment des makila

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées aujourd’hui 17 mai 2025, à Cambo, sur le site de Marienia, pour affrimer leur volonté indéfectible de préserver ces terres agricoles et empêcher leur urbanisation. Elles ont prêté le « serment des makila » en plantant des bâtons, en référence à ce qui s’était fait au Larzac en 1972 et à Notre-Dame des Landes en 2018. Un serment de revenir sir Bouygues veut engager des travaux. Puis elles ont planté des pommes de terre, piments doux et courges pour concrétiser le maintien du caractère agricole du site.

Deux cortèges, partant de la mairie de Cambo et de celle d’Itxassou ont convergé vers le site.

Voici quelques photos du cortège de Cambo.

Sur le site, les associations organisatrices (Lurzaindia, ELB, Ostia, Cade, etc.) ont procédé à la lecture du serment des makila.

Le rassemblement (photo Ostia)
Intervention d’Ostia sur la convergence des luttes
Les géants, gardiens des terres agricoles et de la montagne basque

Puis, les bâtons ont été brandis et installés le long de la bordure du champ

Une forêt de bâtons (photo Ostia)
On plante les bâtons
Alignement de bâtons

Avant une séquence musicale, différentes plantations ont rappelé la vocation nourricière de ces terres.

Pommes de terre plantées
plantation de piments doux

16 ans déjà

Le conflit date de 2 009, quand le maire de Cambo a voulu rendre constructibles ces terres agricoles.

3 billets ont déjà été consacrés à Marienia sur ce blog. On peut les retouver sur le site du blog.

Le 7.11.23, sur les interpellations dans l’affaire des maquettes de Bouygues.

Le 25.5.24, sur une manifestation avec tracteurs de défense des terres agricoles à Cambo.

Ces deux billets rappellent les éléments du projet

Le 9.2.25, avant le proès (reporté) sur la bousculade

La répression

Des procédures sont en cours pour faire annuler la modification du PLU de Cambo qui avait ouvert ces terres agricoles à l’urbanisation, et pour faire annuler le permis de construire déposé par Bouygues en conséquence.Elles sont en cour administrative d’appel (le PC) ou en cour de cassation (le PLU). A noter que la CAPB apporte dans ces procédures son soutien à la mairie de Cambo et à Bouygues.

Suite aux manifestations, deux procès sont menés contre des militant.e.s. L’un à la suite d’une bousculade lors d’un conseil municipal, et l’autre pour avoir déversé de la terre sur une maquette du projet de Bouygues.

Pour la bousculade, initialement prévu le 11/2/25, le procès des 3 incullpé.e.s a été renvoyé au 9 septembre.

Pour la maquette, le jugement en appel vient d’être rendu : les 4 militant-e-s ont été condamnés à verser 8 742 euros à Bouygues (davantage qu’en première instance, mais Bouygues réclamait 40 000 euros) et 2 000 euros de frais de justice.

Procédures judiciaires, procès, menaces des bulldozers, l’actualité va rester chaude à Marienia ces prochains mois.

Patrick Petitjean, 17 mai 2025

Bayonne : justice pour Mohamed, décédé dans la chute d’une grue

Plaque accrochée au bâtiment

Il y a 3 ans, le 9 mars 2022 ; Mohamed K trouvait la mort dans la chute de la grue du chantier Bergeret à Bayonne Saint-Esprit. Les syndicats et le collectif de riverains ont tenu à lui rendre hommage en ce 3e anniversaire de l’accident, en même qu’aux nombreux morts au travail. Plusieurs dizaines de personnes ont participé à un rassemblement sur les lieux de l’accident. Une plaque provisoire a été posée sur le bâtiment en cours de finition.

Le gros œuvre est terminé, tant pour l’immeuble du COL (quai Bergeret) que celui de Domofrance (boulevard Alsace Lorraine). Les travaux se déroulent à l’intérieur. Les deux immeubles comprendront des logements vendus en « Bail Réel Solidaire ». Ce « solidaire » serait-il vide de sens ? Serait-il juste un rideau de fumée pour devenir plus facilement propriétaire ?

Invités par les organisateurs, la mairie, le COL et Domofrance ont gardé le silence. Ils n’ont pas jugé bon de répondre à la proposition d’une plaque provisoire. Mais les syndicats et le collectif de riverains ne lâcheront rien. Il n’est pas question de laisser s’effacer la mémoire de l’accident. Leur volonté est d’obtenir une plaque d’hommage à Mohamed sur la façade de l’immeuble avant son inauguration (en principe à la fin de l’année). C’est une pâque provisoire qui a été installée en attendant, visible de la rue.

Enfin, la justice prend son temps. Au bout de quelques mois, les expertises avaient nettement pointé la responsabilité de la société Lapix. L’enquête est ouverte, mais elle semble bien silencieuse. Là encore, avec la famille de Mohamed, on ne lâchera rien.

Plaque vue depuis l’autre côté du boulevard

Patrick Petitjean, 7 mars 2025

Ci-après, l’intervention faite au nom du collectif de riverains et des syndicats lors du rassemblement du vendredi 7 mars

Après demain dimanche 9 mars 2025, nous nous souviendrons de la mort de Mohamed Kichouhi dans la chute de la grue du chantier Lapix, il y a 3 ans le 9 mars 2022.

Nous avons décidé de lui rendre hommage aujourd’hui 7 mars et de réaffirmer notre soutien et notre solidarité avec sa compagne, ses 2 enfants et l’ensemble de sa famille.

Comme les années précédentes, cette commémoration a été organisée, en accord avec la famille, grâce à l’action concertée du Collectif d’habitants-es 22 Bergeret et des organisations syndicales, CGT Construction, FSU, LAB, Solidaires Pays Basque, tous et toutes mobilisé-s-es face au drame de la mort d’un ouvrier au travail.

Drame dont nous dénonçons la fréquence mais aussi la minimisation quand ce n’est pas l’effacement et l’impunité des responsables.

Chaque jour deux personnes meurent au travail en France. D’après le service européen de statistiques Eurostat, c’est l’Etat d’Europe qui a le plus mauvais bilan.

En 2024 au Pays Basque, 64 personnes ne sont pas rentrées vivantes du travail et depuis le début de l’année 2025, 9 ou 13 dans l’attente d’une réponse. personnes sont mortes au travail.

Les accidents et morts au travail sont nombreux mais souvent invisibles !

Nous devons nous rassembler et nous organiser pour faire entendre notre voix et celle de celles et ceux qui ont perdu leur vie au travail.

Le 9 mars 2022, la mort de Mohamed Kichouhi. a été un élément déclencheur pour nombre d’entre nous. Depuis le 9 mars 2022, nos 4 organisations syndicales (CGT construction 64, FSU, LAB et Solidaires) se réunissent régulièrement et ont construit un premier protocole d’action en cas d’accident du travail grave ou mortel.

Ce protocole a pour but de faire de la prévention en amont dans les entreprises mais aussi et surtout de réagir rapidement en cas d’accident du travail grave ou mortel.

Ce travail intersyndical a fait éco au-delà du Pays Basque. Nous sommes invité·es à participer aux assises de la santé et la sécurité des travailleur·euses à Paris les 25 et 26 mars prochain pour présenter notre protocole.

Au-delà de ces immeubles, at au-delà de l’hommage à Mohamed Kichouhi, c’est la mémoire de l’ensemble des victimes des accidents du travail mortels que nous voulons commémorer aujourd’hui.

Au-delà de la famille et des proches, la mort de Mohamed Kichouhi a heurté les consciences des professionnels et des habitants de ce quartier qui ont décidé de s’unir pour réagir.

Le 28 avril prochain, pour la Journée internationale de la santé et sécurité au travail, l’intersyndicale souhaite aussi organiser en Pays Basque un moment de présentation de notre protocole à l’ensemble des délégué·es qui le peuvent. Dès aujourd’hui, nous vous donnons rendez-vous le 28 avril prochain.

Vous le voyez, les travaux sont bien avancés. La nouvelle grue, installée le 8 janvier 2024, a été démontée la semaine dernière.

Et aujourd’hui nous sommes réuni-e-s devant la façade en béton d’un immeuble qui cache un autre immeuble côté Adour. Entre les deux, est prévu un petit « espace vert privatif hors sol » invisible du quai et du boulevard.

« Il faut bien avancer, loger les personnes, passer à autre chose » pouvons-nous entendre.

Une telle remarque fait fi de la douleur d’une famille qui a perdu un de ses membres et qui n’a toujours pas de réponse à la question : « pourquoi la grue est-elle tombée dès que Mohamed Kichouhi est arrivé sur la flèche pour vérifications ? ».

Car, si des éléments des enquêtes menées ont pu « fuiter », la justice ne s’est toujours pas prononcée sur les causes et les responsabilités.

Nous avons informé les autorités municipales et les maîtres d’ouvrage de l’organisation de cet hommage et de notre volonté que la mort de Mohamed Kichouhi ne soit pas effacée.

Ainsi, en accord avec la famille, nous allons accrocher, sur cette façade, une plaque en mémoire de Mohamed et déposer des fleurs.

Militants écolos en procès à Bayonne le 11 février

Le 11 février prochain 3 défenseurs de la terre nourricière seront jugés à Bayonne suite à une action collective de protestation lors du Conseil municipal de Cambo le 10 avril 2024, protestation face au refus du maire de Cambo de tout dialogue sur le dossier Marienia, ces terres agricoles qu’il veut urbaniser avec Bouygues. Un rassemblement de soutien est organisé à 13h devant le tribunal.

« Nous sommes tou.tes des défenseur.es de la terre nourricière»

Sur la lutte pour préserver les terres agricoles de Marienia, plusieurs billets ont déjà été publiés sur ce blog. Notamment à la suite d’une grande manifestation le 25 mai dernier.

Le CADE (collectif des associations de défense de l’environnement) et le syndicat agricole ELB notamment ont lancé un appel à se mobiliser pour le procès, reproduit ci dessous :

(…) Brutalement interpellés le 2 octobre 2024, pour deux d’entre eux, Felipe et Benjamin, chez eux à 6 heures à leur domicile, le troisième, Patxi, lors du rassemblement de protestation contre les arrestations du matin, ils ont été emmenés menottés à la gendarmerie et gardés à vue jusqu’au soir après comparution devant le procureur.

On les accuse d’avoir participé à cette action de protestation. On essaie également de leur faire porter le chapeau de prétendues violences à la fin de ladite action ainsi que de la dégradation du parquet de la salle municipale…

Cette action se situait dans le cadre d’une dynamique collective large, entamée depuis 2014, réunissant les agriculteur-trices et des personnes concerné.es par le sujet fondamental de la préservation des terres. Depuis dix ans, des associations, partis, syndicats, paysan-ne-s et habitant-e-s ont organisé de nombreuses initiatives pour protéger les terres de Marienia.

Rappelons ainsi que le 7 décembre dernier un rassemblement était organisé par les signataires de ce communiqué pour soutenir la démarche de dizaines d’élu.es de la Communauté Pays Basque pour l’obtention d’un débat public au sein du Conseil communautaire qui devra déboucher sur des solutions, pour Marienia mais aussi plus largement pour la préservation des terres agricoles.

Dans le contexte actuel de catastrophes écologiques – catastrophes dues au changement climatique, à la disparition de la biodiversité, etc – la lutte de Marienia est emblématique et fondamentale. Il est vital de stopper l’artificialisation des espaces naturels et de préserver les terres nourricières, outil de travail des paysan.nes, aussi bien pour l’alimentation de tou.tes que la préservation du vivant en général.

Le procès du 11 février prochain sera une étape importante dans ce combat. Plutôt que s’attaquer au problème de fond, les autorités choisissent de criminaliser les défenseur.es de la terre. Nous rappellerons que ce combat est collectif et au nom de l’intérêt général.

Le 11 février, c’est une mobilisation importante que nous devons réaliser. Nous faisons appel aux personnes, associations, partis à se mobiliser ce jour-là, pour signifier ensemble : « Nous sommes tou.tes des défenseur.es de la terre nourricière»

Cade, ELB, Lurzaindia, Nahi Dugun Herria, OSTIA

Criminalisation des mouvements écolos

Dans un contexte politique où, en Europe comme ailleurs, la droite et l’extrême-droite ont le vent en poupe, plus les effets du réchauffement climatique se font sentir, plus les mouvements écolos servent de boucs-émissaires. L’offensive est politique et juridique, contre les normes et le plan vert européen. Mais aussi policière, avec les procès à répétition contre les militant-es de « Bassines non merci ». Il n’est pas de région qui ne connaisse son procès contre des « écoterroristes ».

Mais cette répression n’a nulle part en Europe atteint un niveau aussi élevé qu’au Royaume Uni : 5 activistes de « Just Stop Oil » ont été condamnés à 4 ou 5 ans de prison ferme simplement pour avoir participer à une réunion zoom de préparation du blocage d’une autoroute en juillet 2024. Avec une dizaine d’autres activistes emprisonné.es, leurs appels contre ces jugements sont passés devant un tribunal les 29 et 30 janvier derniers. Résultat en attente.

Juste à côté de chez nous, en Navarre, dans la vallée du Baztan, les habitants luttent contre un projet spéculatif touristique avec golf, hôtel de luxe et plus de 200 villas. Une vallée de petits villages, d’un bourg et de terres agricoles, dont 40 ha seraient artificialisées. Lors d’un rférendum, les habitants ont massivement refusé le projet. En 2021, un campement avait bloque durant 13 jours l’ouverture des travaux. 7 activistes sont convoqué.es devant le tribunal de Pampelune en mai prochain.

Au total, 20 ans de prison et 56 000 euros d’amende sont requis pour “délits graves de violence et de coercition” et “d’appartenance à une organisation criminelle”.

Pour protester contre cette convocation une manifestation le 1er février a réuni 18 000 personnes, dont des délégations venant de ce côté du Pays basque.

photo Aitor_Karasatorre_FOKU

Patrick Petitjean, 8 février 2025

Bayonne, quai de Lesseps : rendez-nous Maurizia

En mai 2023, un groupe de jeunes avait occupé un immeuble vide au 16 rue Saint Ursule. C’était le projet Maurizia : des logements, une salle pour des activités solidaires et culturelles. Prétextant des questions de sécurité, la CAPB l’avait expulsé après quelques semaines. Aujourdhui, la CAPB procède à des études pour des projets d’urbanisme transitoire dans 5 des immeubles de ce bout de quai, dont celui qui avait été occupé. L’action de Maurizia est ainsi légitimée a posteriori

J’avais publié à l’époque un biller pour présenter et soutenir le projet Maurizia :

L’immeuble squatté était double, entre le quai de Lesseps et la rue Sainte Ursule, et correspond à deux des adresses sous étude, le 16 rue Sainte Ursule et le 9b quai de Lesseps.

entrée du 16 rue Sainte Ursule au moment du squat
Le 9h quai de Lesseps lors de l’évacuation du squat

Depuis deux ans, la CAPB conduit diverses études pour aménager le secteur de la rive droite de l’Adour, entre le pont Saint Esprit et le pont rouge, entre le Didam et la pièce noyée. Ce nouveau quartier ne devrait sortir de terre que dans un délai de 10 à 15 ans, au mieux.

Les différents immeubles existants – entre le Didam et le centre Pausa – avaient été progressivement achetés depuis plus de 10 ans par l’Etablissement Public Foncier Local pour le compte de la CAPB. Depuis, ils étaient, pour la plupart inoccupés, hébergeant cependant des activités sociales pour des périodes plus ou moins longues. Aujourd’hui on y trouve le Gaztetxe (maison autonome de jeunes), le Point Accueil jour et la Table du Soir.

Des éléments d’un « plan guide » pour le projet d’aménagement avaient été soumis à concertation au printemps dernier, et l’équipe de concepteurs aurait du présenter son projet à cette rentrée, avant validation par le conseil de la CAPB. Ce plan guide avait même été annoncé au départ pour la fin 2023. Les retards s’accumulent, mais rien ne presse, vus les délais prévus.

Une occupation provisoire des bâtiments dont l’état semblait correct était régulièrement évoquée, demandée même par des habitants. Le projet Maurizia était dans cet esprit.

Des études avaient été demandées par la CAPB à une association spécialiste de l’urbanisme transitoire, Plateau Urbain. Deux marchés avaient été conclus en 2023, l’un après l’autre, mais aucun résultat n’avait été rendu public. Etait-ce seulement un contre-feu communicationnel, ou verra-t-on resurgir Plateau Urbain sur les 5 immeubles identifiés par la CAPB et objet de cette nouvelle étude.

Le cahier des charges (CCTP) qui a servi pour le marché, présente ainsi la commande de la CAPB :

« Dans l’attente et afin d’annoncer la transformation du secteur et apporter de nouveaux services aux Bayonnais, la CAPB souhait rouvrir certains bâtiments du quai de Lesseps pour y accueillir des occupants, de manière provisoire, le temps de la mise en oeuvre du projet.

Afin d’étudier les conditions de faisabilités de ces occupations provisoires, la CAPB doit faire établir les plans d’intérieurs des 5 bâtiments d’ores et déjà identifiés pour ce projet ».

La CAPB reconnaît par ailleurs qu’elle ne dispose pas de croquis des intérieurs des n°9b et n°16 (Sainte Ursule), au contraire des 3 autres : c’est justement l’immeuble double qui avait été squatté, et qu’elle a fait évacué pour insécurité…

En dehors de ce double bâtiment, figurent dans la liste :

L’immeuble de la Manutention, au n°17, à côté de Pausa, dont la conservation et le transformation en tiers-lieu figurait dans l’ébauche de plan guide

La Manutention, 17 quai de Lesseps

Un immeuble officiellement au n°14 (cahier des charges, mais photo google), mais c’est le n°11 qui qui peut s’y lire en réalité

11 ou 14 quai de Lesseps

L’immeuble du n°10b, auquel les habitants du quartier attribue un style hollandais, alors que la plaque qui y est apposée raconte une autre histoire : ancien hôtel des douanes sous le second empire, il est de style Napoléon III. Lors des considérations, les habitants ne comprenaient pas que la CAPB veuillent le détruire

l’ancien hôtel des douanes au 10b quai de Lesseps
la plaque au 10b quai de Lesseps

Ces bâtiments souvent vides vont-ils retrouver finalement un peu de vie ?

Patrick Petitjean, 3 novembre 2024

Marienia : en défense des terres agricoles

Samedi 25 mai à Cambo, un rassemblement pour la défense des terres agricoles a été organisé pour réaffirmer un engagement : s’opposer au projet Mairie/Bouygues d’artificialisation du plateau de Marienia. La journée a débuté par des ateliers le matin et en début d’après-midi, s’est poursuivie par une déambulation de 300 personnes jusqu’au site, et s’est achevée par un concert.

Ces « 10h » étaient organisées par le CADE, ELB, Lurzaindia, Nahi Dugun Herria, ELB Gazte et le collectif Ostia.

Cambo, à l’ouverture du matin

L’atelier du matin

L’atelier du matin, consacré à l’état de la lutte, est revenu sur le début de l’histoire : le déclassement de ces terres agricoles par Vincent Bru, alors maire de Cambo, en 2009, aujourd’hui député Modem. Le PLU en vigueur a été adopté en 2019. Au regard des nouvelles législations (la loi climat, le Zéro artificialisation net), ce PLU ne passerait plus. Un nouveau PLU (intercommunal cette fois) est d’ailleurs en cours d’élaboration, mais cela prendra quelques années.

Les complices

La mairie de Cambo pour le PC et la CAPB (Etchegaray) pour le PLU argumentent sur l’urgence du logement, et sur le caractère non agricole de Marienia. Cambo est en situation de « carence » quand au respect de la loi SRU, avec 8 % de logements sociaux seulement et est soumise à une amende par l’État. A cela, l’opposition municipale et les associations répondent en énonçant les sites négligés par la ville, certains vides depuis longtemps et qui pourraient accueillir des logements sociaux en nombre. C’est un choix politique spéculatif de s’obstiner sur l’artificialisation de Marienia, pour des logements dans un écrin naturel avec vue sur la montagne.

Leur 2e argument est que Marienia ne serait plus une terre agricole, alors que le déclassement est purement administratif, de papier, et ne correspond pas à la réalité du terrain. Loin d’être une friche, il est exploité, en affermage, par un agriculteur qui y fait du fourrage et paître son troupeau.

Le plateau de Marienia, samedi 25 mai 2024

L’atelier a aussi permis de faire le point sur les procédures en cours, contre le PLU de Cambo, et contre le PC déjà déposé par Bouygues. Les deux en sont au stade de l’appel devant la cour administrative de Bordeaux. Contre le PLU, il y a eu échec devant le TA de Pau : la vocation agricole de Mariena étant remis en cause, au prétexte que ces terres seraient incapables d’accueillir du piment ou de la cerise, sachant que Cambo fait partie des zones du piment d’Espelette et de la cerise d’Ixassou. Il fallait oser l’affirmer. Il y a bon espoir pour le recours. Contre le PC, Bouygues a modifié son PC et a fait appel de son rejet par le TA. Si le PC est validé, il devient applicable, même si le PLU est annulé.

En ce qui concerne la situation juridique du foncier, la promesse de vente a été signée il y a longtemps, mais les clauses suspensives font que Bouygues n’en a pas encore la propriété entière.

Dans les débats, il a été mis l’accent sur la responsabilité centrale de la CAPB, et de son président Jean-René Etchegaray. La CAPB défend le PLU de Cambo et ses avocats font leur l’argumentation sur le caractère non-agricole de Marienia. Elle pourrait enclencher une modification partielle du PLU de Cambo pour remettre Marienia en zone agricole. Mais non.

Toutes les demandes de médiation faites auprès d’Etchegaray, rencontré officiellement à plusieurs reprises, sont restées sans suite. Au contraire, il a viré de ses responsabilités de référent du pôle territorial Errobi Peio Etxeleku, conseiller municipal à Cambo, sous prétexte d’une solidarité insuffisante avec le maire de Cambo dans l’affaire de la bousculade lors d’un conseil municipal.

3 autres ateliers ont eu lieu l’après-midi : l’agriculture paysanne, que faire en cas de répression, et préparations d’action en cas de survenue de bulldozers.

La déambulation

Au loin, l’ancienne clinique Beaulieu

En fin d’après-midi, s’est déroulée une déambulation vers le plateau de Marienia. Le parcours a été ponctué de plusieurs haltes à la hauteur de fonciers utilisables pour la construction de logements. Notamment le centre Argia, fermé depuis 10ans, inscrit au PLU comme hôtel de luxe, mais qui fait aujourd’hui seulement l’objet d’une révision partielle du PLU de Cambo pour y construire des logements à l’année, dont 60 % de sociaux.. Et aussi la clinique Beaulieu, fermée depuis 2013, visible plus loin sur une autre colline : avec un vaste terrain, elle vient d’être rachetée en 2021 par l’EPFL. Pour quel projet ? Mystère.

Devant l’hôtel d’Angleterre

Un arrêt a aussi été fait devant l’ancien hôtel d’Angleterre, au centre ville, qui vient dêtre acheté par des Camboars pour y faire – logements sociaux.

la montée du cortège vers le plateau

Le cortège a débouché à côté du plateau où ont été réinstallés de grands panneaux (l’installation faite il y a 18 mois avait été détruite par des partisans de Bouygues il y a peu) affichant l’opposition au projet d’artificialisation.

L’installation des panneaux

Ensemble jusqu’à l’arrêt du projet d’artificialisation

Lors du rassemblement, une déclaration solennelle a été lue par les organisateurs :

« Constatant que l’artificialisation des sols

accélère la crise climatique et la chute de la biodiversité par la perte irremplaçable de la couverture végétale et d’espaces naturels,

diminue le nombre de terres arables, par la disparition continuelle de surfaces agricoles,

enrichit un système économique bénéficiant aux grandes entreprises extractivistes et du BTP

facilite la spéculation foncière au détriment de paysan-nes ouvrant pour le développement de la souveraineté alimentaire,

favorise la spéculation immobilière, à l’encontre d’une politique du logement basée sur la justice sociale et le respect de l’environnement.

Considérant que le projet de construction de résidences sur le plateau de Marienia à Cambo-les-Bains

fait fi de tous les dérèglements et dangers cités ci-dessus,

ne prend pas en compte l’avis des syndicats agricoles, des groupes d’opposition d’élus de la commune, des associations en faveur de l’environnement et du droit au logement,

incite à la coopération entre une multinationale et quelques élu-es et notables,

contribue à la marchandisation de notre territoire et accentue les tensions,

défigure le paysage.

Nous nous engageons à nous mobiliser jusqu’à l’arrêt complet de ce projet d’artificialisation en combinant différentes tactiques, y compris sur le terrain

A cet effet, les initiatives seront prises de manière concertée, dans le respect des sensibilités de chaque organisation signataire de cette déclaration. Nous invitons d’ores et déjà les citoyen-nes, les associations et élu-es à se joindre à nos côtés, pour veiller en permanence à ce que le plateau de Mariena ne soit pas dénaturé.

Le présent et l’avenir de la question foncière dépendent aussi de notre implication à toutes eet tous. Ne laissons pas une minorité décider d’une orientation au profit d’intérêts particuliers. La Terre est un bien commun, protégeons-la à Marienia comme ailleurs.

A Cambo-les Bains, le 25 mai 2025

CADE, ELB Gazte, ELB, Lurzaindia, Nahi Dugon Herria, réseau Ostia »

Lecture de l’engagement

Patrick Petitjean 26 mai 2024