L’ancien Atalante revit à Bayonne

Les locaux historiques du cinéma Atalante étaient fermés depuis le 21 mars 2019. Ils ont été de nouveau ouverts au public ce mercredi 3 septembre par un groupe de jeunes militant.es du groupe « Conseil socialiste d’Iparalde » pour y développer un projet culturel, social et politique. Un tel lieu manquait beaucoup au quartier Saint Esprit, dont les habitants étaient frustrés d’avoir vu leurs demandes repoussées par la mairie.

Entre 100 et 150 personnes se sont entassées dans le hall d’accueil de l’ancien cinéma en fin d’après-midi, ce mercredi, pour soutenir l’occupation. Parmi elles, des acteurs anciens et actuels de la vie du quartier, dont plusieurs avaient participé aux tentatives de faire revivre ce lieu depuis 2019.

Sortie de la réunion du mercredi 3 septembre

Les locaux ont été achetés par la ville en 2015 et 2016. Il y avait une salle de 150 places, et un hall, avec comptoir, lieu de convivialité plus que complémentaire du cinéma. L’Atalante, c’était aussi deux autres salles, sans âme, quai de l’Amiral Sala. C’était insuffisant au regard de la demande croissante des spectateurs. L’association, qui gère le cinéma, et la mairie, ont donc décidé de la construction d’une nouvelle salle et de la rénovation des deux existantes, quai Sala. Le nouvel Atalante, avec ses trois salles, a été inauguré le 28 août 2019, et c’est une très belle réussite.

Mais contrairement aux attentes des habitants et aux promesses pré-électorales de la mairie en 2019, les locaux de l’ancien Atalante sont restés vides. Ils ne le sont plus.

Le projet de Conseil socialiste

https://www.facebook.com/kontseiluaieh

Et le programme de la semaine

Souvenirs, le tour de passe passe de 2019, Catach et Etxea

Les demandes de tiers-lieux n’ont jamais manqué à Bayonne, particulièrement dans le quartier Saint-Esprit, de la part d’artistes, d’artisans et associations. Vers la même époque (2019), un projet au 22 quai Bergeret avait été repoussé par la ville, au profit d’une opération immobilière. Il ya 2 ans, un immeuble vide avait été réquisitionné quai de Lesseps / rue Sainte Ursule par un groupe de jeunes (Maurizia), en vue d’un projet social et culturel. La mairie avait fait évacuer l’immeuble par la police au bout de quelques semaines.

Quand le moment du déménagement de l’Atalante s’était rapproché, une association, Catach, s’était portée candidate à la reprise de l’ancien cinéma. Son projet avait près de 2 ans, et elle était à la recherche de locaux. Catach est le nom d’un festival artistique que l’association animait à Saint-Martin de Seignanx. Son projet de tiers-lieu, TLAK (pour Tiers ieu Artistique et Culturel) avait été lancé en septembre 2017, et déposé en mairie en juin 2018. Il avait été construit avec associations et artistes du quarier, et fait l’objetd’une enquête auprès des habitants. C’est donc naturellement qu’en 2019 Catach a candidaté pour les locaux de l’Atalante.

Mais entre-temps, un projet concurrent s’était monté, Etxea. Selon Sud-Ouest, voici les personnes motrices d’Etxea « Citons Jean-Daniel Elichiry, actuel directeur général d’Atherbea. Celui d’Euskal moneta (eusko), Dante Edme-Sanjurjo. Jean-Noël « Txetx » Etcheverry estconnu pour ses multiples engagements, dont l’association Bizi !. Bixente Eyherabide est l’organisateur du salon Lurrama. Frank Suarez est un pilier de l’Institut culturel basque. Jean-Pierre Saint-Picq préside l’association Cinéma & Cultures, socle de l’Atalante. Laëtitia Léglise est régisseuse de plusieurs festivals importants. Eloixa Ospital officie au sein de Biarritz culture et contribue notamment à l’organisation du festival Temps d’aimer. Peio d’Uhalt gère les élections Elkar en France. Stéphanie Carré a cofondé le festival La Ruée au jazz et chante dans plusieurs groupes. Rémi Rivière, journaliste investi dans lemonde culturel, préside l’association Etxea ».

Rien que du beau monde, très institutionnel, partenaires installés de la mairie. On peut comprendre que ce projet concurrent ait été vécu comme construit à partir de la mairie. Le match était plié d’avance.

Au-delà du profil des porteurs, les deux projets étaient largement convergents, répondant en partie aux attentes des habitants.

Après audition des deux projets pendant l’été, le maire a choisi sans surprise Etxea en septembre 2019. Nombre d’habitants ont regretté qu’un projet parachuté (Etxea l’était davantage que Catach) ait été préféré à une démarche d’ouverture aux habitant.e.s de ce quartier, de leur faire confiance et de construire avec elles/eux de beaux lendemains. Une telle démarche aurait été un peu plus créative, originale et courageuse, mais ce n’st pas le genre de la mairie de Bayonne.

Début septembre 2919, Etchegaray choisit donc le projet Etxea. Mediabask se fait, fin 2019, l’écho des polémiques entraînées par ce choix
Le 21 janvier 2020, un nouvel article de Mediabask laisse entrevoir une ouverture d’Etxea, en partie à cause du coût des travaux qui se monteraient à 2 millions d’euros, en partie sans doute aussi pour calmer le jeu. On peut y lire : « Le projet de reprise du cinéma L’Atalante entre dans sa deuxième phase. L’association Etxea, présidée par Rémi Rivière, veut maintenant l’ »étoffer » et « lancer la collaboration avec d’autres structures associatives« . L’année à venir sera consacrée à identifier précisément quelles activités seront accueillies dans ce futur tiers-lieu. En attendant le vote favorable du conseil municipal ».

Et vint le covid… Et personne n’entendit plus parler d’Etxea, publiquement au moins.

Mais le caractère désespéramment vide de l’ancien Atalante est resté ces dernières années une blessure permanente pour les habitants du quartier. C’st un lieu emblématique, très visible près de l’école Jules Ferry, du square du Marquisat et de la rue Sainte Catherine.

La photo en Une de cet article montre une des décorations qui y avaient été faites.

Le 27 janvier de cette année, deux artistes ont fait de nouvelles décorations, ravivant l’espoir d’une réouverture.

Artistes à l’oeuvre
Signatures
C’est décoré, à défaut de revivre encore

C’est fait ce 3 septembre. Merci à elles et eux.

Patrick Petitjean, 4 septembre 2025

Du quai de Lesseps (Bayonne) au quai d’Austerlitz (Paris)

Quai de Lesseps au bord de l’Adour à Bayonne, et quai d’Austerlitz au bord de la Seine à Paris : rien à voir à première vue, mais les deux situations sont reliées par l’urbanisme transitoire. Ici, quai de Lesseps, le récent scandale de la manière dont le PAJ est traité et le gâchis des immeubles à l’abandon depuis des années, au mieux destinés à des logements provisoires pour étudiants, loin de l’esprit d’un urbanisme transitoire solidaire. Là, quai d’Austerlitz, Les Amarres, un tiers-lieu solidaire et festif qui va fermer ses portes début juillet

Les Amarres, un tiers-lieu solidaire et festif quai d’Austerlitz

Ce tiers-lieu va larguer les amarres le 5 juillet, après 4 ans d’existence. C’était un « Point d’Accueil Jour », une cantine populaire, le siège d’une douzaine d’associations solidaires. Ce fut un lieu de soir »es culturelles et festives, un lieu de rencontres militantes. Il avait notamment hébergé une rencontre nationale du réseau « maisons accueillantes » à laquelle une délégation d’Etorkinekin avait participé.

Dans son bilan, en forme d’une auto présentation, les Amarres écrivent :

« De 2021 à 2025, les Amarres ont pris vie dans les anciens bureaux du port autonome de Paris, sur les quais de Seine, et sont progressivement devenus un lieu incontournable des luttes pour les justices sociales. Porté par les associations Aurore et Yes We Camp, ce tiers-lieu solidaire et culturel s’est donné pour mission de créer un espace d’hospitalité, de convivialité et de rencontre entre des publics très variés.
Chaque jour, ce lieu unique a accueilli plus de 300 personnes en parcours migratoire (hommes, femmes, enfants), des travailleur·euse·s d’une trentaine d’associations engagées dans l’accompagnement des personnes exilées, et des milliers de visiteur·euses venu·e·s participer à une programmation culturelle engagée et inclusive.
Ce projet a suscité un véritable engouement. De nombreuses associations, collectivités, écoles, entreprises de l’ESS et porteurs de projets sont venu·e·s visiter ce lieu et s’en inspirer. Son équilibre singulier, entre social, culturel et citoyen, en a fait un laboratoire pour imaginer la ville inclusive et solidaire de demain ».

Aurore – un peu l’équivalent d’Atherbea – et Yes We Camp étaient avec Plateau Urbain les moteurs des Grands Voisins à l’ex-hôpital Saint Vincent de Paul, à Paris 14e il y a une dizaine d’années.


Le Point Accueil Jour (PAJ) de Bayonne

Sud Ouest et Mediabask se sont faits l’écho du cri d’alarme lancé par le PAJ le 18 juin, à l’issue de son assemblée générale. Le PAJ accueille des personnes en situation de précarité pour une bagagerie, des douches, des lessives, des recharges de téléphones, de la chaleur humaine. Le PAJ, c’est aussi 80 bénévoles.

Près de 37 000 personnes y sont passées en 2024, presque deux fois plus qu’en 2021 après le covid.

Le PAJ occupe un immeuble traversant entre le quai de Lesseps (l’ancien bar-tabac-PMU Le Vincennes) et la rue Sainte Ursule (le local initial, auquel Le Vincennes s’est ajouté en décembre 2020). A l’image de la plupart des autres immeubles du quai de Lesseps, il était propriété de l’EPFL depuis une bonne dizaine d’années, puis revenu récemment dans le giron de la CAPB. Tous étaient à l’abandon, sans entretien, se dégradant. Un immense gâchis. Certains, comme celui-là servaient de locaux provisoires

Installations électriques vétustes, placards moisis, murs troués, cafards, … des conditions d’insalubrité indignes tant pour les « passagers » que les bénévoles.

Des locaux pérennes avaient été promis par la ville : un pôle social, dans le cadre du projet « Rive Droite de l’Adour » sur lequel elle a beaucoup communiqué il y a deux ans, avant que le silence ne retombe depuis un an. Ce pôle social était promis dans un délai de deux ans, aujourd’hui allongé à 4 ou 5 ans, d’après une affirmation de l’adjoint Arnaud Fontaine à Mediabask. Ce qui est une (mauvaise) plaisanterie, vu que le projet est plutôt annoncé pour 10 ou 15 ans. Une manière de se moquer du PAJ

Urbanisme transitoire ?

Je n’aurais pas parlé de ce tiers-lieu parisien, si le maire de Bayonne ne s’était pas réclamé de l’urbanisme transitoire, en faisant appel à Plateau Urbain pour un aménagement transitoire du quai de Lesseps. Tout en ayant expulsé le collectif Maurizia qui avait squatté un immeuble encore en bon état pour en faire un tiers-lieu. Voir ce billet : https://lepimentbayonnais.fr/2023/05/30/soutenir-le-projet-maurizia/

J’ai présenté le travail de Plateau Urbain, et le « très peu » qu’en avait retenu la ville : des logements étudiants. La ville n’a jamais fait de publicité sur le travail de Plateau Urbain, dès fois que cela donnerait des idées aux associations locales.

Dans ses propositions, il y avait un esprit proche de celui des Amarres, en s’appuyant sur des associations comme la Table du Soir, le Point Accueil Jour, Atherbea, déjà présentes sur le quai de Lesseps. Mais le maire n’en a prtiquement rien retenu.

Voir le billet : https://lepimentbayonnais.fr/2025/04/20/bayonne-quai-de-lesseps-vers-la-re-ouverture-frileuse-de-3-immeubles-debut-2026/

Yes We Camp, partenaire habituel de Plateau Urbain aurait pu mettre en musique un tel projet.

https://yeswecamp.org/

Curieusement, dans la brochure 2025 de Yes We Camp, on trouve la mention d’un travail réalisé à Bayonne pour un cabinet d’architecture, UOA. Ou pour la mairie ? Mais aucune trace nulle part.

Tous les ingrédients des Amarres sont présents quai de Lesseps. Mais que peut-on attendre d’un maire si loin des valeurs qui peuvent être mises en œuvre dans cet urbanisme transitoire ? Vivement que Bayonne puisse respirer.

Patrick Petitjean, 25 juin 2025

Le serment des makila

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées aujourd’hui 17 mai 2025, à Cambo, sur le site de Marienia, pour affrimer leur volonté indéfectible de préserver ces terres agricoles et empêcher leur urbanisation. Elles ont prêté le « serment des makila » en plantant des bâtons, en référence à ce qui s’était fait au Larzac en 1972 et à Notre-Dame des Landes en 2018. Un serment de revenir sir Bouygues veut engager des travaux. Puis elles ont planté des pommes de terre, piments doux et courges pour concrétiser le maintien du caractère agricole du site.

Deux cortèges, partant de la mairie de Cambo et de celle d’Itxassou ont convergé vers le site.

Voici quelques photos du cortège de Cambo.

Sur le site, les associations organisatrices (Lurzaindia, ELB, Ostia, Cade, etc.) ont procédé à la lecture du serment des makila.

Le rassemblement (photo Ostia)
Intervention d’Ostia sur la convergence des luttes
Les géants, gardiens des terres agricoles et de la montagne basque

Puis, les bâtons ont été brandis et installés le long de la bordure du champ

Une forêt de bâtons (photo Ostia)
On plante les bâtons
Alignement de bâtons

Avant une séquence musicale, différentes plantations ont rappelé la vocation nourricière de ces terres.

Pommes de terre plantées
plantation de piments doux

16 ans déjà

Le conflit date de 2 009, quand le maire de Cambo a voulu rendre constructibles ces terres agricoles.

3 billets ont déjà été consacrés à Marienia sur ce blog. On peut les retouver sur le site du blog.

Le 7.11.23, sur les interpellations dans l’affaire des maquettes de Bouygues.

Le 25.5.24, sur une manifestation avec tracteurs de défense des terres agricoles à Cambo.

Ces deux billets rappellent les éléments du projet

Le 9.2.25, avant le proès (reporté) sur la bousculade

La répression

Des procédures sont en cours pour faire annuler la modification du PLU de Cambo qui avait ouvert ces terres agricoles à l’urbanisation, et pour faire annuler le permis de construire déposé par Bouygues en conséquence.Elles sont en cour administrative d’appel (le PC) ou en cour de cassation (le PLU). A noter que la CAPB apporte dans ces procédures son soutien à la mairie de Cambo et à Bouygues.

Suite aux manifestations, deux procès sont menés contre des militant.e.s. L’un à la suite d’une bousculade lors d’un conseil municipal, et l’autre pour avoir déversé de la terre sur une maquette du projet de Bouygues.

Pour la bousculade, initialement prévu le 11/2/25, le procès des 3 incullpé.e.s a été renvoyé au 9 septembre.

Pour la maquette, le jugement en appel vient d’être rendu : les 4 militant-e-s ont été condamnés à verser 8 742 euros à Bouygues (davantage qu’en première instance, mais Bouygues réclamait 40 000 euros) et 2 000 euros de frais de justice.

Procédures judiciaires, procès, menaces des bulldozers, l’actualité va rester chaude à Marienia ces prochains mois.

Patrick Petitjean, 17 mai 2025

Bayonne : justice pour Mohamed, décédé dans la chute d’une grue

Plaque accrochée au bâtiment

Il y a 3 ans, le 9 mars 2022 ; Mohamed K trouvait la mort dans la chute de la grue du chantier Bergeret à Bayonne Saint-Esprit. Les syndicats et le collectif de riverains ont tenu à lui rendre hommage en ce 3e anniversaire de l’accident, en même qu’aux nombreux morts au travail. Plusieurs dizaines de personnes ont participé à un rassemblement sur les lieux de l’accident. Une plaque provisoire a été posée sur le bâtiment en cours de finition.

Le gros œuvre est terminé, tant pour l’immeuble du COL (quai Bergeret) que celui de Domofrance (boulevard Alsace Lorraine). Les travaux se déroulent à l’intérieur. Les deux immeubles comprendront des logements vendus en « Bail Réel Solidaire ». Ce « solidaire » serait-il vide de sens ? Serait-il juste un rideau de fumée pour devenir plus facilement propriétaire ?

Invités par les organisateurs, la mairie, le COL et Domofrance ont gardé le silence. Ils n’ont pas jugé bon de répondre à la proposition d’une plaque provisoire. Mais les syndicats et le collectif de riverains ne lâcheront rien. Il n’est pas question de laisser s’effacer la mémoire de l’accident. Leur volonté est d’obtenir une plaque d’hommage à Mohamed sur la façade de l’immeuble avant son inauguration (en principe à la fin de l’année). C’est une pâque provisoire qui a été installée en attendant, visible de la rue.

Enfin, la justice prend son temps. Au bout de quelques mois, les expertises avaient nettement pointé la responsabilité de la société Lapix. L’enquête est ouverte, mais elle semble bien silencieuse. Là encore, avec la famille de Mohamed, on ne lâchera rien.

Plaque vue depuis l’autre côté du boulevard

Patrick Petitjean, 7 mars 2025

Ci-après, l’intervention faite au nom du collectif de riverains et des syndicats lors du rassemblement du vendredi 7 mars

Après demain dimanche 9 mars 2025, nous nous souviendrons de la mort de Mohamed Kichouhi dans la chute de la grue du chantier Lapix, il y a 3 ans le 9 mars 2022.

Nous avons décidé de lui rendre hommage aujourd’hui 7 mars et de réaffirmer notre soutien et notre solidarité avec sa compagne, ses 2 enfants et l’ensemble de sa famille.

Comme les années précédentes, cette commémoration a été organisée, en accord avec la famille, grâce à l’action concertée du Collectif d’habitants-es 22 Bergeret et des organisations syndicales, CGT Construction, FSU, LAB, Solidaires Pays Basque, tous et toutes mobilisé-s-es face au drame de la mort d’un ouvrier au travail.

Drame dont nous dénonçons la fréquence mais aussi la minimisation quand ce n’est pas l’effacement et l’impunité des responsables.

Chaque jour deux personnes meurent au travail en France. D’après le service européen de statistiques Eurostat, c’est l’Etat d’Europe qui a le plus mauvais bilan.

En 2024 au Pays Basque, 64 personnes ne sont pas rentrées vivantes du travail et depuis le début de l’année 2025, 9 ou 13 dans l’attente d’une réponse. personnes sont mortes au travail.

Les accidents et morts au travail sont nombreux mais souvent invisibles !

Nous devons nous rassembler et nous organiser pour faire entendre notre voix et celle de celles et ceux qui ont perdu leur vie au travail.

Le 9 mars 2022, la mort de Mohamed Kichouhi. a été un élément déclencheur pour nombre d’entre nous. Depuis le 9 mars 2022, nos 4 organisations syndicales (CGT construction 64, FSU, LAB et Solidaires) se réunissent régulièrement et ont construit un premier protocole d’action en cas d’accident du travail grave ou mortel.

Ce protocole a pour but de faire de la prévention en amont dans les entreprises mais aussi et surtout de réagir rapidement en cas d’accident du travail grave ou mortel.

Ce travail intersyndical a fait éco au-delà du Pays Basque. Nous sommes invité·es à participer aux assises de la santé et la sécurité des travailleur·euses à Paris les 25 et 26 mars prochain pour présenter notre protocole.

Au-delà de ces immeubles, at au-delà de l’hommage à Mohamed Kichouhi, c’est la mémoire de l’ensemble des victimes des accidents du travail mortels que nous voulons commémorer aujourd’hui.

Au-delà de la famille et des proches, la mort de Mohamed Kichouhi a heurté les consciences des professionnels et des habitants de ce quartier qui ont décidé de s’unir pour réagir.

Le 28 avril prochain, pour la Journée internationale de la santé et sécurité au travail, l’intersyndicale souhaite aussi organiser en Pays Basque un moment de présentation de notre protocole à l’ensemble des délégué·es qui le peuvent. Dès aujourd’hui, nous vous donnons rendez-vous le 28 avril prochain.

Vous le voyez, les travaux sont bien avancés. La nouvelle grue, installée le 8 janvier 2024, a été démontée la semaine dernière.

Et aujourd’hui nous sommes réuni-e-s devant la façade en béton d’un immeuble qui cache un autre immeuble côté Adour. Entre les deux, est prévu un petit « espace vert privatif hors sol » invisible du quai et du boulevard.

« Il faut bien avancer, loger les personnes, passer à autre chose » pouvons-nous entendre.

Une telle remarque fait fi de la douleur d’une famille qui a perdu un de ses membres et qui n’a toujours pas de réponse à la question : « pourquoi la grue est-elle tombée dès que Mohamed Kichouhi est arrivé sur la flèche pour vérifications ? ».

Car, si des éléments des enquêtes menées ont pu « fuiter », la justice ne s’est toujours pas prononcée sur les causes et les responsabilités.

Nous avons informé les autorités municipales et les maîtres d’ouvrage de l’organisation de cet hommage et de notre volonté que la mort de Mohamed Kichouhi ne soit pas effacée.

Ainsi, en accord avec la famille, nous allons accrocher, sur cette façade, une plaque en mémoire de Mohamed et déposer des fleurs.

Militants écolos en procès à Bayonne le 11 février

Le 11 février prochain 3 défenseurs de la terre nourricière seront jugés à Bayonne suite à une action collective de protestation lors du Conseil municipal de Cambo le 10 avril 2024, protestation face au refus du maire de Cambo de tout dialogue sur le dossier Marienia, ces terres agricoles qu’il veut urbaniser avec Bouygues. Un rassemblement de soutien est organisé à 13h devant le tribunal.

« Nous sommes tou.tes des défenseur.es de la terre nourricière»

Sur la lutte pour préserver les terres agricoles de Marienia, plusieurs billets ont déjà été publiés sur ce blog. Notamment à la suite d’une grande manifestation le 25 mai dernier.

Le CADE (collectif des associations de défense de l’environnement) et le syndicat agricole ELB notamment ont lancé un appel à se mobiliser pour le procès, reproduit ci dessous :

(…) Brutalement interpellés le 2 octobre 2024, pour deux d’entre eux, Felipe et Benjamin, chez eux à 6 heures à leur domicile, le troisième, Patxi, lors du rassemblement de protestation contre les arrestations du matin, ils ont été emmenés menottés à la gendarmerie et gardés à vue jusqu’au soir après comparution devant le procureur.

On les accuse d’avoir participé à cette action de protestation. On essaie également de leur faire porter le chapeau de prétendues violences à la fin de ladite action ainsi que de la dégradation du parquet de la salle municipale…

Cette action se situait dans le cadre d’une dynamique collective large, entamée depuis 2014, réunissant les agriculteur-trices et des personnes concerné.es par le sujet fondamental de la préservation des terres. Depuis dix ans, des associations, partis, syndicats, paysan-ne-s et habitant-e-s ont organisé de nombreuses initiatives pour protéger les terres de Marienia.

Rappelons ainsi que le 7 décembre dernier un rassemblement était organisé par les signataires de ce communiqué pour soutenir la démarche de dizaines d’élu.es de la Communauté Pays Basque pour l’obtention d’un débat public au sein du Conseil communautaire qui devra déboucher sur des solutions, pour Marienia mais aussi plus largement pour la préservation des terres agricoles.

Dans le contexte actuel de catastrophes écologiques – catastrophes dues au changement climatique, à la disparition de la biodiversité, etc – la lutte de Marienia est emblématique et fondamentale. Il est vital de stopper l’artificialisation des espaces naturels et de préserver les terres nourricières, outil de travail des paysan.nes, aussi bien pour l’alimentation de tou.tes que la préservation du vivant en général.

Le procès du 11 février prochain sera une étape importante dans ce combat. Plutôt que s’attaquer au problème de fond, les autorités choisissent de criminaliser les défenseur.es de la terre. Nous rappellerons que ce combat est collectif et au nom de l’intérêt général.

Le 11 février, c’est une mobilisation importante que nous devons réaliser. Nous faisons appel aux personnes, associations, partis à se mobiliser ce jour-là, pour signifier ensemble : « Nous sommes tou.tes des défenseur.es de la terre nourricière»

Cade, ELB, Lurzaindia, Nahi Dugun Herria, OSTIA

Criminalisation des mouvements écolos

Dans un contexte politique où, en Europe comme ailleurs, la droite et l’extrême-droite ont le vent en poupe, plus les effets du réchauffement climatique se font sentir, plus les mouvements écolos servent de boucs-émissaires. L’offensive est politique et juridique, contre les normes et le plan vert européen. Mais aussi policière, avec les procès à répétition contre les militant-es de « Bassines non merci ». Il n’est pas de région qui ne connaisse son procès contre des « écoterroristes ».

Mais cette répression n’a nulle part en Europe atteint un niveau aussi élevé qu’au Royaume Uni : 5 activistes de « Just Stop Oil » ont été condamnés à 4 ou 5 ans de prison ferme simplement pour avoir participer à une réunion zoom de préparation du blocage d’une autoroute en juillet 2024. Avec une dizaine d’autres activistes emprisonné.es, leurs appels contre ces jugements sont passés devant un tribunal les 29 et 30 janvier derniers. Résultat en attente.

Juste à côté de chez nous, en Navarre, dans la vallée du Baztan, les habitants luttent contre un projet spéculatif touristique avec golf, hôtel de luxe et plus de 200 villas. Une vallée de petits villages, d’un bourg et de terres agricoles, dont 40 ha seraient artificialisées. Lors d’un rférendum, les habitants ont massivement refusé le projet. En 2021, un campement avait bloque durant 13 jours l’ouverture des travaux. 7 activistes sont convoqué.es devant le tribunal de Pampelune en mai prochain.

Au total, 20 ans de prison et 56 000 euros d’amende sont requis pour “délits graves de violence et de coercition” et “d’appartenance à une organisation criminelle”.

Pour protester contre cette convocation une manifestation le 1er février a réuni 18 000 personnes, dont des délégations venant de ce côté du Pays basque.

photo Aitor_Karasatorre_FOKU

Patrick Petitjean, 8 février 2025

Bayonne, quai de Lesseps : rendez-nous Maurizia

En mai 2023, un groupe de jeunes avait occupé un immeuble vide au 16 rue Saint Ursule. C’était le projet Maurizia : des logements, une salle pour des activités solidaires et culturelles. Prétextant des questions de sécurité, la CAPB l’avait expulsé après quelques semaines. Aujourdhui, la CAPB procède à des études pour des projets d’urbanisme transitoire dans 5 des immeubles de ce bout de quai, dont celui qui avait été occupé. L’action de Maurizia est ainsi légitimée a posteriori

J’avais publié à l’époque un biller pour présenter et soutenir le projet Maurizia :

L’immeuble squatté était double, entre le quai de Lesseps et la rue Sainte Ursule, et correspond à deux des adresses sous étude, le 16 rue Sainte Ursule et le 9b quai de Lesseps.

entrée du 16 rue Sainte Ursule au moment du squat
Le 9h quai de Lesseps lors de l’évacuation du squat

Depuis deux ans, la CAPB conduit diverses études pour aménager le secteur de la rive droite de l’Adour, entre le pont Saint Esprit et le pont rouge, entre le Didam et la pièce noyée. Ce nouveau quartier ne devrait sortir de terre que dans un délai de 10 à 15 ans, au mieux.

Les différents immeubles existants – entre le Didam et le centre Pausa – avaient été progressivement achetés depuis plus de 10 ans par l’Etablissement Public Foncier Local pour le compte de la CAPB. Depuis, ils étaient, pour la plupart inoccupés, hébergeant cependant des activités sociales pour des périodes plus ou moins longues. Aujourd’hui on y trouve le Gaztetxe (maison autonome de jeunes), le Point Accueil jour et la Table du Soir.

Des éléments d’un « plan guide » pour le projet d’aménagement avaient été soumis à concertation au printemps dernier, et l’équipe de concepteurs aurait du présenter son projet à cette rentrée, avant validation par le conseil de la CAPB. Ce plan guide avait même été annoncé au départ pour la fin 2023. Les retards s’accumulent, mais rien ne presse, vus les délais prévus.

Une occupation provisoire des bâtiments dont l’état semblait correct était régulièrement évoquée, demandée même par des habitants. Le projet Maurizia était dans cet esprit.

Des études avaient été demandées par la CAPB à une association spécialiste de l’urbanisme transitoire, Plateau Urbain. Deux marchés avaient été conclus en 2023, l’un après l’autre, mais aucun résultat n’avait été rendu public. Etait-ce seulement un contre-feu communicationnel, ou verra-t-on resurgir Plateau Urbain sur les 5 immeubles identifiés par la CAPB et objet de cette nouvelle étude.

Le cahier des charges (CCTP) qui a servi pour le marché, présente ainsi la commande de la CAPB :

« Dans l’attente et afin d’annoncer la transformation du secteur et apporter de nouveaux services aux Bayonnais, la CAPB souhait rouvrir certains bâtiments du quai de Lesseps pour y accueillir des occupants, de manière provisoire, le temps de la mise en oeuvre du projet.

Afin d’étudier les conditions de faisabilités de ces occupations provisoires, la CAPB doit faire établir les plans d’intérieurs des 5 bâtiments d’ores et déjà identifiés pour ce projet ».

La CAPB reconnaît par ailleurs qu’elle ne dispose pas de croquis des intérieurs des n°9b et n°16 (Sainte Ursule), au contraire des 3 autres : c’est justement l’immeuble double qui avait été squatté, et qu’elle a fait évacué pour insécurité…

En dehors de ce double bâtiment, figurent dans la liste :

L’immeuble de la Manutention, au n°17, à côté de Pausa, dont la conservation et le transformation en tiers-lieu figurait dans l’ébauche de plan guide

La Manutention, 17 quai de Lesseps

Un immeuble officiellement au n°14 (cahier des charges, mais photo google), mais c’est le n°11 qui qui peut s’y lire en réalité

11 ou 14 quai de Lesseps

L’immeuble du n°10b, auquel les habitants du quartier attribue un style hollandais, alors que la plaque qui y est apposée raconte une autre histoire : ancien hôtel des douanes sous le second empire, il est de style Napoléon III. Lors des considérations, les habitants ne comprenaient pas que la CAPB veuillent le détruire

l’ancien hôtel des douanes au 10b quai de Lesseps
la plaque au 10b quai de Lesseps

Ces bâtiments souvent vides vont-ils retrouver finalement un peu de vie ?

Patrick Petitjean, 3 novembre 2024

Marienia : en défense des terres agricoles

Samedi 25 mai à Cambo, un rassemblement pour la défense des terres agricoles a été organisé pour réaffirmer un engagement : s’opposer au projet Mairie/Bouygues d’artificialisation du plateau de Marienia. La journée a débuté par des ateliers le matin et en début d’après-midi, s’est poursuivie par une déambulation de 300 personnes jusqu’au site, et s’est achevée par un concert.

Ces « 10h » étaient organisées par le CADE, ELB, Lurzaindia, Nahi Dugun Herria, ELB Gazte et le collectif Ostia.

Cambo, à l’ouverture du matin

L’atelier du matin

L’atelier du matin, consacré à l’état de la lutte, est revenu sur le début de l’histoire : le déclassement de ces terres agricoles par Vincent Bru, alors maire de Cambo, en 2009, aujourd’hui député Modem. Le PLU en vigueur a été adopté en 2019. Au regard des nouvelles législations (la loi climat, le Zéro artificialisation net), ce PLU ne passerait plus. Un nouveau PLU (intercommunal cette fois) est d’ailleurs en cours d’élaboration, mais cela prendra quelques années.

Les complices

La mairie de Cambo pour le PC et la CAPB (Etchegaray) pour le PLU argumentent sur l’urgence du logement, et sur le caractère non agricole de Marienia. Cambo est en situation de « carence » quand au respect de la loi SRU, avec 8 % de logements sociaux seulement et est soumise à une amende par l’État. A cela, l’opposition municipale et les associations répondent en énonçant les sites négligés par la ville, certains vides depuis longtemps et qui pourraient accueillir des logements sociaux en nombre. C’est un choix politique spéculatif de s’obstiner sur l’artificialisation de Marienia, pour des logements dans un écrin naturel avec vue sur la montagne.

Leur 2e argument est que Marienia ne serait plus une terre agricole, alors que le déclassement est purement administratif, de papier, et ne correspond pas à la réalité du terrain. Loin d’être une friche, il est exploité, en affermage, par un agriculteur qui y fait du fourrage et paître son troupeau.

Le plateau de Marienia, samedi 25 mai 2024

L’atelier a aussi permis de faire le point sur les procédures en cours, contre le PLU de Cambo, et contre le PC déjà déposé par Bouygues. Les deux en sont au stade de l’appel devant la cour administrative de Bordeaux. Contre le PLU, il y a eu échec devant le TA de Pau : la vocation agricole de Mariena étant remis en cause, au prétexte que ces terres seraient incapables d’accueillir du piment ou de la cerise, sachant que Cambo fait partie des zones du piment d’Espelette et de la cerise d’Ixassou. Il fallait oser l’affirmer. Il y a bon espoir pour le recours. Contre le PC, Bouygues a modifié son PC et a fait appel de son rejet par le TA. Si le PC est validé, il devient applicable, même si le PLU est annulé.

En ce qui concerne la situation juridique du foncier, la promesse de vente a été signée il y a longtemps, mais les clauses suspensives font que Bouygues n’en a pas encore la propriété entière.

Dans les débats, il a été mis l’accent sur la responsabilité centrale de la CAPB, et de son président Jean-René Etchegaray. La CAPB défend le PLU de Cambo et ses avocats font leur l’argumentation sur le caractère non-agricole de Marienia. Elle pourrait enclencher une modification partielle du PLU de Cambo pour remettre Marienia en zone agricole. Mais non.

Toutes les demandes de médiation faites auprès d’Etchegaray, rencontré officiellement à plusieurs reprises, sont restées sans suite. Au contraire, il a viré de ses responsabilités de référent du pôle territorial Errobi Peio Etxeleku, conseiller municipal à Cambo, sous prétexte d’une solidarité insuffisante avec le maire de Cambo dans l’affaire de la bousculade lors d’un conseil municipal.

3 autres ateliers ont eu lieu l’après-midi : l’agriculture paysanne, que faire en cas de répression, et préparations d’action en cas de survenue de bulldozers.

La déambulation

Au loin, l’ancienne clinique Beaulieu

En fin d’après-midi, s’est déroulée une déambulation vers le plateau de Marienia. Le parcours a été ponctué de plusieurs haltes à la hauteur de fonciers utilisables pour la construction de logements. Notamment le centre Argia, fermé depuis 10ans, inscrit au PLU comme hôtel de luxe, mais qui fait aujourd’hui seulement l’objet d’une révision partielle du PLU de Cambo pour y construire des logements à l’année, dont 60 % de sociaux.. Et aussi la clinique Beaulieu, fermée depuis 2013, visible plus loin sur une autre colline : avec un vaste terrain, elle vient d’être rachetée en 2021 par l’EPFL. Pour quel projet ? Mystère.

Devant l’hôtel d’Angleterre

Un arrêt a aussi été fait devant l’ancien hôtel d’Angleterre, au centre ville, qui vient dêtre acheté par des Camboars pour y faire – logements sociaux.

la montée du cortège vers le plateau

Le cortège a débouché à côté du plateau où ont été réinstallés de grands panneaux (l’installation faite il y a 18 mois avait été détruite par des partisans de Bouygues il y a peu) affichant l’opposition au projet d’artificialisation.

L’installation des panneaux

Ensemble jusqu’à l’arrêt du projet d’artificialisation

Lors du rassemblement, une déclaration solennelle a été lue par les organisateurs :

« Constatant que l’artificialisation des sols

accélère la crise climatique et la chute de la biodiversité par la perte irremplaçable de la couverture végétale et d’espaces naturels,

diminue le nombre de terres arables, par la disparition continuelle de surfaces agricoles,

enrichit un système économique bénéficiant aux grandes entreprises extractivistes et du BTP

facilite la spéculation foncière au détriment de paysan-nes ouvrant pour le développement de la souveraineté alimentaire,

favorise la spéculation immobilière, à l’encontre d’une politique du logement basée sur la justice sociale et le respect de l’environnement.

Considérant que le projet de construction de résidences sur le plateau de Marienia à Cambo-les-Bains

fait fi de tous les dérèglements et dangers cités ci-dessus,

ne prend pas en compte l’avis des syndicats agricoles, des groupes d’opposition d’élus de la commune, des associations en faveur de l’environnement et du droit au logement,

incite à la coopération entre une multinationale et quelques élu-es et notables,

contribue à la marchandisation de notre territoire et accentue les tensions,

défigure le paysage.

Nous nous engageons à nous mobiliser jusqu’à l’arrêt complet de ce projet d’artificialisation en combinant différentes tactiques, y compris sur le terrain

A cet effet, les initiatives seront prises de manière concertée, dans le respect des sensibilités de chaque organisation signataire de cette déclaration. Nous invitons d’ores et déjà les citoyen-nes, les associations et élu-es à se joindre à nos côtés, pour veiller en permanence à ce que le plateau de Mariena ne soit pas dénaturé.

Le présent et l’avenir de la question foncière dépendent aussi de notre implication à toutes eet tous. Ne laissons pas une minorité décider d’une orientation au profit d’intérêts particuliers. La Terre est un bien commun, protégeons-la à Marienia comme ailleurs.

A Cambo-les Bains, le 25 mai 2025

CADE, ELB Gazte, ELB, Lurzaindia, Nahi Dugon Herria, réseau Ostia »

Lecture de l’engagement

Patrick Petitjean 26 mai 2024

Bayonne, hommage au grutier mort au travail le 9 mars 2022

rassemblement 9 mars 2024

Ce 9 mars, cela fait deux ans que Mohamed Kichouhi a trouvé la mort dans l’effondrement de la grue du chantier de l’îlot Bergeret à Bayonne Saint-Esprit. Même si les travaux ont repris cet hiver et une nouvelle grue installée, le collectif de riverains ne laissera pas sa mémoire s’effacer. Un hommage lui a été rendu à 11h ce samedi 9 mars

Que d’eau

Le chantier avait débuté à l’automne 2021 pour la construction de deux bâtiments, l’un de 30 et l’autre de 15 appartements, en accession (sociale?) à la propriété, des BRS. Pendant l’hiver, les riverains avaient été frappés par les inondations sur le chantier autant que (en rembobinant le fil à partir d’aujourd’hui) par le caractère un peu foutraque du chantier.

Le terrain n’est officiellement pas en zone inondable, mais à chaque épisode de fortes pluies, ou de fortes marées, le trou se remplissait d’eau. Les autorisations données par la Ville et l’architecte, les précautions prises par les opérateurs (Domofrance et le COL), la conduite du chantier par l’entreprise de BTP (Lapix) et ses sous-traitants, continuent à laisser songeurs les membres du collectif 22-Bergeret.

chantier à l’arrêt, février 2023

Surtout si l’on compare avec le type d’études entreprises par la Ville pour le projet voisin « Rive Droite de l’Adour » sur l’inondabilité du secteur à moyen et long terme. Une prise de conscience trop tardive pour Bergeret.

Jugement à venir

L’expertise technique de la chute de la grue en mars 2022 avait conclu provisoirement dès décembre 2022 à un problème de coulage de béton sur un des piliers de support de la grue, béton qui n’eut pas le temps de se solidifier suffisamment avent la montée des eaux.

grue accidentée, vue d’un 8e étage voisin

Le rapport technique définitif remis en décembre à la justice confirme cette expertise, qui pointe du doigt la responsabilité technique de Lapix.

Mais responsabilité technique n’est pas responsabilité judiciaire, et il appartiendra au juge d’établir la chaîne, et les parts, de responsabilité dans l’accident. Cela peut prendre des années, comme c’est le cas dans nombre d’accidents mortels du travail.

Comme légalement obligatoires, des expertises géotechniques avaient été réalisées l’été 2021, avant le début du chantier, puis un an plus tard avant le gros œuvre. Ces deux expertises attiraient l’attention sur la proximité de la nappe phréatique, le marnage (marées), les inondations. Elles appelaient à un renforcement des précautions prises. L’enquête judiciaire devra déterminer lesquelles ont effectivement été prises dans cette première phase du chantier. Ces deux rapports demandant aussi à ce que soit effectuée une expertise géohydraulique complémentaire. Autant le COL avait accepté la demande du collectif de transmettre les deux expertises géotechniques, autant les suites données à la demande hydrogéologique ne sont pas encore connues.

Accidents du travail

Pour le collectif, il était important de relever le cadre général des morts au travail, au-delà du cas local. C’est le sens du travail fait avec les syndicats, CGT construction, LAB, Solidaires et FSU, notamment à l’occasion des hommages.

prise de parole le 9 mars 2024

Ce 9 mars, dans la prise de parole commune, il a été rappelé que chaque jour en France deux personnes meurent au travail. Une hausse de 14% en un an. C’est l’Etat d’Europe qui a le plus mauvais bilan avec 3,53 accidents mortels pour 100 000 travailleur·euses, d’après le service européen de statistiques Eurostat.

Depuis le début de l’année, 17 personnes sont mortes au travail au Pays Basque Sud. Rappelons aussi qu’en 2023 au Pays Basque, 59 personnes ne sont pas rentrées vivantes du travail, dont 5 en Iparralde. Bien plus encore se blessent quotidiennement ou développent des maladies longues voire incurables.

Les accident et morts au travail sont massifs mais invisibilisés. Les plus touché·es sont les ouvriers et ouvrières, les emplois peu qualifiés, de plus en plus les jeunes et les femmes.

Le Collectif 22-Bergeret

Il s’était constitué après l’accident de la grue en mars 2022. Il regroupe des riverains et d’habitants du Carré St Esprit (l’immeuble sur lequel la grue s’est effondrée), en solidarité avec la famille du grutier et toutes les victimes. Depuis 2 ans, la solidarité reste la première raison d’être du collectif, aussi pour que ne s’efface pas la mémoire de l’accident.

Pendant l’arrêt du chantier, le collectif a mené plusieurs actions et débats pour la remise en cause du permis de construire sur cet îlot. Cela aurait permis une refonte du projet avec un espace vert sur ce terrain à la place des constructions, ou pour le moins une inclusion d’un espace de ce type dans le projet, ce qui était pourtant plébiscité par les habitants du quartier.

Malgré tous les problèmes soulevés quand à la nature du chantier, malgré de nombreuses interpellations, la mairie a refusé toute remise en cause. Le dialogue n’a pas été possible.

A l’été 2023, les réparations du Carré Saint-Esprit ont commencé. Si la reconstruction du dernier étage, le plus impacté, est achevée, toutes les réparations nécessaires ne sont pas achevées, 2 ans après l’accident.

A l’automne dernier, sur le terrain dévasté, inondé, les systèmes de pompage, les tractopelles, les engins de terrassement et de forage sont entrés en action ; le 8 janvier 2024 une nouvelle grue a été montée ; aujourd’hui des ouvriers exécutent les travaux, coulent des dalles, érigent des murs, en béton.

montage de la grue le 8 janvier 2024

Le collectif a pris acte de la volonté de la ville, et son action, en plus de la solidarité, se tourne vers la vigilance. Les riverains ont, pour certains, une vue directe sur le chantier, et sont en contact régulier avec le chef de chantier. Ils ont l’impression de plus de sérieux, au regard de la phase avant l’accident.

Néanmoins le collectif a du intervenir à deux reprises : sur le respect des horaires de travail légaux et sur le respect de la sécurité des piétons le long du chantier boulevard Alsace Lorraine.

L’hommage du 9 mars 2024

Une soixantaine de personnes ont participé à l’hommage ce matin : syndicalistes, membres du collectif, habitants du quartier, famille et amis de Mohamed Kichouhi, membres de l’association Âge et Partage 64 (futurs propriétaires). En distribuant de flyers d’invitation pour le rassemblement, le collectif avait pu constater combien cet accident mortel restait présent dans la mémoire du quartier. Aucun.e représentant.e de la mairie. Le directeur du COL était présent.

rassemblement le 9 mars 2024

Quelques jours après la reprise du chantier en novembre 2023, une rose rouge enveloppée d’un papier transparent a été accrochée par une main anonyme sur une grille de clôture.

Les ouvriers et leur chef ont dit : « nous ne l’enlèverons pas ». Fanée, elle est toujours là. D’autres roses ont été accrochées par la famille, les syndicats, le collectif et des participants.

roses posées par la famille

Demain, sur ce terrain construit, la mémoire de Mohamed Kichouhi ne doit pas s’effacer, un « espace » doit lui être réservé, ou une plaque, ou toute autre installation mémorielle.

Âge et Partage voulait proposer que la salle au RdC de leur futur immeuble Zubi Mayou, qui sera ouverte au quartier, porte le nom de Mohamed Kichouihi. Une proposition qui va dans le sens de ce que souhaite le collectif. Mis en cherchant à imposer une prise de parole non prévue dans l’hommage, sans aucun contact préalable avec le collectif, la présidente de l’association a donné l’impression de vouloir davantage profiter de la présence de journalistes qu’afficher une réelle solidarité, tardive mais bienvenue. C’est dommage, et une maladresse à oublier.

Sans relâche, le collectif demande, et continuera à demander que justice soit rendue aux victimes, à toutes les victimes de l’effondrement de la grue. Et que la mort de Mohamed Kichouhi ne soit pas effacée.

Patrick Petitjean, le 9 mars 2024

Appel de Politis pour un véritable service public d’accueil des exilés

24 mars 2018

Face au regain des discours xénophobes, à l’exploitation politique indigente et délétère des peurs, Politis publie l’appel d’intellectuels et d’artistes en faveur du retrait du projet de loi immigration, et de la création d’un véritable service public d’accueil des exilés. 

« Ce n’est pas ça, la France ! »

Nous, signataires du présent appel, exprimons notre consternation devant la teneur du débat qui se mène au Sénat sur la loi immigration. Son indigence réside dans la nature même du texte du ministre de l’Intérieur, aggravé aujourd’hui des concessions auxquelles celui-ci se prête avec complaisance. La question de l’accueil des exilés, qui, plus que toute autre, dessine le visage de la France, mérite mieux que l’opération de basse politique à laquelle se livrent MM. Macron et Darmanin, dont le seul but est de recomposer la droite à leur profit et d’intégrer le Rassemblement national dans une majorité de gouvernement.

Alors que l’immigration est loin d’être la préoccupation principale des Françaises et des Français, qui s’inquiètent de l’inflation, des effets des désastres climatiques, de la dégradation du service public d’éducation, des déserts médicaux, des discriminations, le gouvernement est prêt à toutes les compromissions pour séduire une droite extrême et une extrême droite qui veulent dicter leur logique identitaire. Pour cela, MM. Macron et Darmanin n’hésitent pas à instrumentaliser la peur de l’autre et à jouer de tous les amalgames entre immigration et délinquance, entre immigration et terrorisme – laissant entendre que le danger viendrait nécessairement de l’extérieur.

Sur le même sujet : Loi Darmanin : la « menace à l’ordre public », l’épouvantail de l’Intérieur

Ce n’est pas en dressant des murs de xénophobie et de haine que la France fera face à des mouvements de population désormais irréversibles, qui, d’ailleurs, concernent moins notre pays que ses voisins. La France, ce pays dans lequel une multitude d’individus, d’origines, de croyances et d’opinions vit ensemble, ce n’est pas ça ! Ce n’est pas cet esprit de forteresse assiégée. Ce n’est pas la remise en cause du droit du sol, l’un des grands acquis de notre histoire. Ce n’est pas sacrifier des droits d’asile inaliénables et indivisibles. Ce n’est pas le recours à la notion floue de « menace à l’ordre public ».

Au prétexte de sécurité et de préférence nationale, le gouvernement attaque le socle de notre État de droit.

La France que nous voulons, ce n’est pas livrer les exilés à une justice expéditive devant un juge unique. Ce n’est pas la multiplication des obligations de quitter le territoire, avec la seule obsession du chiffre. La France que nous voulons, ce n’est pas, au mépris de toute humanité, interdire aux médecins de prendre en charge les exilés malades avant qu’ils éprouvent une « douleur aiguë » ou souffrent d’un mal incurable. Où est la logique quand on privilégie la médecine d’urgence à la prévention ?

Au prétexte de sécurité et de préférence nationale, le gouvernement attaque le socle de notre État de droit. S’il y a un problème d’intégration des exilés, c’est d’abord un problème social. Nous rejetons toute logique identitaire. Nous nous prononçons pour un véritable service public d’accueil des exilés, les initiant à notre langue et les orientant vers l’emploi dans le respect du droit du travail. Les grands mouvements qui agitent la planète appellent une réponse faite de lucidité, d’ambition, de dignité et de générosité. Avec MM. Macron et Darmanin, nous en sommes loin. C’est pourquoi nous demandons le retrait d’un projet de loi menaçant pour les exilés et dangereux pour toute notre société.


Signataires

Étienne Balibar, philosophe • Patrick Baudouin, président de la LDH • Hourya Bentouhami, philosophe • Amal Bentounsi, militante associative • Alain Bertho, anthropologue • William Bourdon, avocat • Youcef Brakni, militant associatif • Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières • Vincent Brengarth, avocat • Dominique Cabrera, cinéaste • Fanélie Carrey-Contes, secrétaire générale de La Cimade • Samuel Churin, comédien • Alexis Cukier, philosophe • Valérie Damidot, animatrice de télévision • Eva Darlan, comédienne • Laurence De Cock, historienne • Rokhaya Diallo, journaliste, autrice et réalisatrice • Samia Djitli, retraitée de la culture • Elsa Dorlin, philosophe • Annie Ernaux, écrivaine • Mireille Fanon-Mendès-France, présidente de la Fondation Frantz-Fanon • Éric Fassin, sociologue • Corentin Fila, comédien • Bernard Friot, sociologue, économiste • François Gemenne, politologue • Roland Gori, psychanalyste • Robert Guédiguian, cinéaste • Nacira Guénif, sociologue, anthropologue • Kaoutar Harchi, sociologue, écrivaine • Jean-Marie Harribey, économiste • Cédric Herrou, agriculteur et responsable de la communauté Emmaüs de la Roya • Chantal Jaquet, philosophe • Gaël Kamilindi, comédien • Bernard Lahire, sociologue • Mathilde Larrère, historienne • Frédéric Lordon, économiste • Sandra Lucbert, autrice • Noël Mamère, écologiste • Corinne Masiero, comédienne • Henry Masson, président de La Cimade • Christelle Mazza, avocat • Médine, rappeur • Philippe Meirieu, universitaire • Gérard Mordillat, cinéaste • Gérard Noiriel, historien • Émilie Notéris, écrivaine • Thomas Piketty, économiste • Jean-Michel Ribes, scénariste, réalisateur • Michèle Riot-Sarcey, historienne • Gisèle Sapiro, sociologue • Catherine Sinet, journaliste • Maboula Soumahoro, universitaire • Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice • Assa Traoré, militante associative • Enzo Traverso, historien • Usul, vidéaste • Marie-Christine Vergiat, vice-présidente de la LDH • Éric Vuillard, écrivain • Sophie Wahnich, historienne • Jacques Weber, comédien • Catherine Wihtol de Wenden, politiste, spécialiste des migrations internationales.

Appel paru dans Politis du 22 novembre 2023

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Marienia : Bouygues envoie 4 militant.e.s au tribunal

Libérez les personnes arrêtées

Ce matin à 6h, 4 militant.e.s d’Ostia ont été réveillés par la police et conduits au commissariat de Bayonne pour être placés en garde à vue. Libéré.e.s vers 15h, ils et elles sont convoqué.e.s devant le tribunal le 12 mars 2024 pour « dégradations en réunion ». Intimidation et répression battent leur plein.

Un rassemblement s’est tenu à midi devant le commissariat de Bayonne, à l’appel de Lurzaindia, ELB et Ostia pour demander la libération des personnes arrêtées. Près de 150 personnes y ont participé, dont de nombreux élèves venus du lycée Etxepare, où enseigne l’un des gardés à vue.

Les 4 personnes ont été libérées vers 15h, mais sont convoquées devant le tribunal de Bayonne le 12 mars prochain pour « dégradations en réunion ». Un deuxième rassemblement est prévu en fin d’après-midi à Cambo, où est localisé le projet de Bouygues.

Ce projet consiste en la construction de 84 logements sur des terres agricoles au lieu dit Marienia. La mairie y avait inclus quelques logements sociaux pour faire passer la pilule, mais cela n’est pas passé. Des recours ont été faits, contre le PLU (rejeté) et contre le Permis de Construire (victorieux). Bouygues a déposé un nouveau PC, et un nouveau recours est à l’examen.

Une manifestation importante (plusieurs centaines de personnes, et de nombreux tracteurs) s’était tenue le 22 octobre 2022 à Cambo.

Manifestation du 22.10.22
File de tracteurs sur le terrain convoité par Bouygues 22.10.22
Rassemblement après la manifestation sur le terrain 22.10.22

Le 17 décembre de la même année, un groupe de militant.e.s d’Ostia s’était invité dans une agence de Bouygues à Anglet, avec des seaux pleins de terre et de paille. Le contenu en avait été répandu par terre, et aussi, oh scandale, sur une magnifique maquette du projet de Cambo.

Une enquête avait été ouverte sur plainte de Bouygues. Prêt d’un an plus tard, elle débouche sur ces gardes à vue et un futur procès pour « dégradations en réunion ».

L’air du temps est, ici comme ailleurs, à la répression des luttes environnementales. Depuis un an, Ostia, avec ELB et Lurzaindia, a participé à plusieurs actions de défense des terres agricoles. Sans doute faut-il voir dans ces interpellations une intimidation et un avertissement en anticipation d’actions futures. A joué aussi, peut-être, le fait qu’Ostia ne cache pas sa solidarité ni sa proximité avec les Soulèvements de la Terre.

Patrick Petitjean, 7 novembre 2023