Herrian Bizi – Se loger au pays(1)

Droit au Logement

Le 1er avril est une journée européenne de manifestations pour le droit au logement. Au Pays basque, la mobilisation est prise en charge par la plate forme « Herrian Bizi – Se loger au Pays », avec pour objectif de faire mieux que la manifestation « logement » de novembre 2021 qui avait réuni 1200 personnes.

Pour accompagner cette mobilisation et débattre, voici le premier d’une série de billets sur la problématique du logement à Bayonne, après un détour indispensable par un cadrage plus général – et à l’échelon de la Communauté d’Agglomération du Pays basque (CAPB).

Depuis 18 mois, la situation du logement s’est aggravée à Bayonne, au Pays basque et dans beaucoup d’endroits. Le droit au logement est de plus en plus inaccessible, particulièrement pour les milieux modestes ou précaires, en attente d’un logement social à louer. Le droit au logement n’est pas le même, selon le point d’où on le considère : selon celles et ceux en attente d’une location sociale, ou selon les maires de droite (Olive à Anglet, Arosteguy à Biarritz, Alzuri à Bidart) et Renaissance (Etchegaray à Bayonne), plus sensibles au droit au logement des classes moyennes et supérieures que des classes populaires. Le droit au logement n’est pas quelque chose de consensuel…

Une régulation des locations touristiques est mise en œuvre depuis le 1er mars. C’est une première avancée. Un encadrement des loyers a été demandé à l’État, et est à l’étude, avec une décision dans quelques mois. La limitation des résidences secondaires n’est pas encore à l’ordre du jour.

Mais cette régulation est bien tardive, des milliers de locations à l’année se sont déjà transformées en locations saisonnières depuis 2 ou 3 ans, et le « toujours plus » touristique n’est pas remis en cause. Il est reconnu que la fiscalité nationale favorise les locations de courte durée au détriment des locations avec les baux 3/6/9. La fiscalité locale n’est pas dépourvue de moyens pour peser davantage sur les résidences secondaires. Mais le choix de l’attractivité touristique pèse davantage en sens contraire.

Les politiques locales s’exercent dans le cadre très contraint des politiques nationales, et s’y opposent le plus souvent. En plus des contraintes financières grandissantes dictées par l’État, un nouveau phénomène vient compliquer la situation locale : autrefois marginale, l’accession sociale à la propriété occupe une place de plus en plus importante, au détriment des logements locatifs sociaux traditionnels.

Les collectivités locales font de gros efforts financiers pour aider les bailleurs à construire des logements sociaux locatifs… sans pouvoir enrayer le recul de tels logements face aux dites « accessions sociales » à la propriété. Entre « location sociale » et « accession sociale », le déséquilibre est flagrant pour 2022, à Bayonne comme pour la CAPB. Le logement social, c’est de plus en plus l’accession et de moins en moins la location. Au point qu’une prise de conscience semble se faire jour sur ce déséquilibre, au moins en paroles.

Peut-on imaginer que le « devenir propriétaire » reste l’horizon obligatoire du parcours résidentiel obligé depuis Chirac ? Surtout pour les générations précaires, les personnes isolées, les milieux modestes etc. C’est leur droit au logement qui est en cause.

Patrick Petitjean 20/03/23

Bergeret à Saint Esprit (3)

Îlot Bergeret : le chantier de trop à Saint-Esprit ?

La maison du 22 quai Bergeret (photo ci-dessus) a été démolie en avril 21 (photo maison à terre). Les hangars du boulevard Alsace-Lorraine ont suivi. On est ensuite passé au stade du creusement d’un trou pour les futures fondations des immeubles.

L’eau n’a pas été longue à envahir ce trou. Il y a eu des pompages réguliers Il semble même que le chantier a été interrompu quelque temps. Mais cela n’a pas empêché l’installation des piliers pour le montage de la grue, qui a commencé le 8 mars 2022 (voir photo montage). Elle s’est effondrée dès le 9 mars.

Un expert judiciaire a recherché les causes de l’effondrement. Dans son rapport remis en décembre dernier, il pointe une faute dans le coulage d’une pièce en béton sur l’un des 4 piliers d’appui de la grue. Ce béton aurait été coulé trop bas, et serait devenu sans consistance. Avant que cette pièce ait pu sécher convenablement, le niveau d’eau avait bougé. L’expert note le rôle probable de la marée, qui fait baisser et hausser le niveau de l’Adour voisin. Une enquête est en cours pour « homicide involontaire », et ce sera au tribunal de valider les causes de l’accident et surtout les responsabilités. Dans quelques années…

Curieusement, malgré sa proximité de l’Adour, l’îlot Bergeret n’est pas situé officiellement en zone inondable, au titre de la zone reconnue par le Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI). A ce titre, il n’est pas obligatoire de prendre en compte un tel risque pour l’obtention du Permis de Construire. Dans le PC « Bergeret », on ne trouve donc aucune analyse de sol, du niveau de la nappe phréatique, etc. Cela ne veut pas dire que le COL ou Domofrance n’aient pas fait procéder à ce genre d’analyses. On peut espérer qu’elles existent, question de responsabilité des constructeurs, au-delà du respect formel des règles du PC.

Le 2 mars de cette année, le COL a fait installer deux colonnes (voir photo) pour procéder à des sondages hydrogéologiques « en préalable à la reprise du chantier », selon le directeur du COL lui-même dans Sud Ouest, qui précise que la date n’en est pas fixée, et qu’une réunion d’information sera organisée en préalable en direction des riverains.

Pourtant, l’Adour déborde régulièrement. Il y a notamment eu des crues importantes en décembre 2019 et décembre 2021. Les fortes pluies de décembre 2019 avaient inondé quelques rues du quartier, à quelques dizaines de mètres de l’îlot Bergeret, avant le début chantier. Ces rues sont en contrebas une colline, et sont victimes d’un ruissellement typique dû à l’artificialisation des sols en raison des multiples constructions. D’ailleurs, les cartes gardent trace d’un ruisseau venant de cette colline et allant vers l’Adour, ruisseau aujourd’hui disparu. L’eau passe par où elle peut, et l’artificialisation modifie le régime de circulation des eaux souterraines.

Si l’îlot Bergeret ne relève pas du PPRI, ce n’est pas le cas d’un autre chantier du COL, plus au coeur du quartier, à moins d’une centaine de mètres de l’Adour. Le PC pour cette opération, dite « Vigilante » (du nom d’une association sportive qui utilisait la parcelle), a été demandé, et obtenu, à peu près en même temps que celui pour Bergeret. Le chantier a pris du retard pour tenir compte de la modification n°16 du PLU (dont j’ai parlé dans le 1er billet sur Bergeret). Mais qui, pour cette opération, contenait des modifications plus importantes, pour y insérer un jardin public demandé par des habitants du quartier.

Le PPRI avait été prescrit le 23/07/2012 par le Préfet et délimité les zones inondables du quartier. Le projet « Vigilante » est dans cette zone, et d’ailleurs, il est situé près des rues qui ont été inondées en 2019. Pour le dossier du PC, des études spécifiques étaient obligatoires, même si le PC ne comporte qu’une attestation de l’architecte qu’elles ont bien été faites…

Le PPRI définit une côte de référence, celle d’une crue de fréquence centennale. Dans la décision d’accorder le PC, tout un article détaille les obligations qui en découlent : ne pas construire d’habitations sous cette côte, n’utiliser que des matériaux adaptés sous cette côte, interdiction d’installations électriques, etc. Des prescriptions spécifiques concernent d’éventuels parkings souterrains, notamment des caissons supplémentaires de protection.

Le PPRI ne s’appliquant pas pour l’îlot Bergeret, rien de tout cela be figure au PC, même s’il comporte aussi un parking souterrain

Tout cette zone a été construite sur d’anciens marécages. Beaucoup d’immeubles ont été construits (photo) le long du quai, mais surtout le long du boulevard Alsace-Lorraine. Parfois de 8 étages. Cela ne pose pas a priori de problèmes techniques de construire dans des zones marécageuses. Mais visiblement, l’eau « aime » envahir la dernière zone, non construite, de « liberté » dans le quartier : elle s’y est installée dans le trou il y a près de 2 ans, et n’en bouge pas (photo).

Au-delà des raisons techniques, la chute de la grue n’est-elle pas la conséquence d’un trop plein d’artificialisation des sols, dans ce quartier ? Même si la légalité a été formellement respectée, la maire (qui signe le PC), le COL et Domofrance (les opérateurs), l’EPFL (Etablissement Public Foncier Local, propriétaire du terrain), ont-ils pris la mesure du problème des modifications du régime des eaux ?

Dans le 4e (et dernier) billet, je reviendrai sur les multiples raisons de refuser la reprise du chantier.

Patrick Petitjean, 14 mars 2023

Bergeret à Saint Esprit (2)

Hommage à Mohamed Kichoui le 9 mars 2023

Un an après, sur les lieux de l’accident

Entre 100 et 120 personnes ont participé ce midi (9 mars 2023) à Bayonne Saint-Esprit à un hommage à Mohamed Kichouhi, grutier décédé il y a juste un an dans l’effondrement d’une grue.

Le rassemblement était organisé à l’endroit même de l’accident, par le collectif de riverains et les syndicats CGT-Construction, LAB, Solidaires et FSU. La famille et les proches de Mohamed étaient présents.

Après la pose d’une plaque, le dépôt d’une gerbe par les organisateurs, et aussi de fleurs par des participants, une chaîne humaine s’est mise en place le long de ce qui fut la position de la grue par terre, à travers le boulevard.

Les syndicats comme le collectif sont intervenus en français et en basque pour rendre hommage à Mohammed et dénoncer les accidents du travail, notamment sur les chantiers de construction

Dans son intervention, le collectif a rappelé le refus de voir le chantier redémarrer et sa demande d’un espace vert mémoriel à cet endroit. La mairie était absente.

Extraits de l’intervention du collectif de riverains :

« Il y a un an, Mohamed Kichouhi a perdu la vie dans cet accident, laissant sa compagne enceinte d’une petite fille qui ne connaitra jamais son père et un orphelin de douze ans.

Profondément attristés et marqués par cette tragédie, nous exprimons notre solidarité et notre sympathie à sa compagne, ses enfants, sa famille, ses amis et ses collègues. (…)

Au-delà de ce drame, la résidence Carré St Esprit a été durement touchée, un appartement a notamment été détruit, dont les habitants n’ont toujours pas réintégré leur logement et ne le pourront sans doute pas de sitôt. La résidence elle-même n’est toujours pas réparée non plus.

Pour nous, riverains, il serait inadmissible que le chantier reprenne, avant que la résidence ne soit remise en état et que nous soyons pleinement rassurés quant aux conditions de cet éventuel redémarrage des travaux sur le site.
(…) Nous serions favorables à la création d’un espace vert mémoriel dans ce lieu en hommage à Mohamed Kichouhi »

Patrick Petitjean, 9 mars 2023

A Propos

Un nouveau blog sur Bayonne ? Et pourquoi donc ?

Il y a une absence à Bayonne, celle d’un media d’opinion clairement engagé du côté de l’écologie, de la démocratie et de la solidarité, un media qui prend parti sans être partisan, un media qui anime modestement la vie politique locale en rupture avec le conformisme ambiant.

Il y a certes de nombreuses groupes et pages sur Facebook, mais un post y remplace l’autre et, sitôt publié, sitôt recouvert et oublié. A l’inverse, un blog garde la trace et la mémoire.

Il y a bien sûr les actualités bayonnaises de la presse locale (Sud Ouest, Mediabask, Enbata,…), il y a aussi Ramdam6440, mais cela ne comble pas ce manque. A défaut, essayons une formule classique, beaucoup plus limitée, un blog.

Un blog pour contribuer modestement à l’information et aux débats sur la vie locale, à l’analyse et au décryptage de la politique municipale, au repérage des stratégies et dynamiques à l’oeuvre où se dessine déjà le futur préparé par notre caste dirigeante.

Un blog pour pimenter – c’est son titre – la « soupe politique » locale qui nous est servi par un milieu politique conservateur. « étouffe-citoyen.ne » même, où les connivences sont anciennes et nombreuses entre les différents milieux politiques, économiques, sportifs ou professionnels.

Un blog « éveillé » (« woke » en anglais) – cela aurait pu être son titre – en appui aux différents mouvements sociaux en lutte contre les discriminations et pour les droits, dont le premier est d’avoir un futur aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique.

Un blog qui défende le droit à une ville écologique, solidaire, féministe, antiraciste, pour toutes et tous et qui se fera l’écho des initiatives d’habitants qui rendent cette ville vivante.

Un blog ouvert, qui aurait pu s’appeler aussi « Place de Bayonne », en mémoire du mouvement des places, qui accueillera des tribunes diversifiées et qui n’oubliera pas que cette place est au Pays basque.

Un blog enfin qui est expérimental, et restera en chantier pendant plusieurs mois. Un blog qui n’est que la préfiguration, je l’espère, d’une aventure qui deviendra collective.

Patrick Petitjean