
Première chronique (subjective et partielle) des séances du nouveau conseil municipal.
Le nouveau conseil municipal de Bayonne a été installé ce samedi 28 mars, avec l’élection du maire et de ses adjoints. Ces premières séances sont souvent formelles, administratives. Elle l’a été à Bayonne. Mais ce déroulement froid n’est pas une obligation légale comme le maire l’a laissé entendre. Dans nombre d’autres villes, et pas seulement à Biarritz où la municipalité a changé, les nouveaux maires ont tenu des discours politiques mobilisateurs : ce fut le cas à Marseille, Lyon ou Paris, comme on a pu le lire dans les journaux. Faire le choix d’un formalisme fastidieux, apolitique en surface, est un choix politique du maire, et cela engage mal la suite de cette mandature.
Dès cette séance inaugurale, on a l’impression d’être dans un non-évènement. Les foules ne sont pas précipitées pour acclamer les nouveaux élus et le maire. Les séances du conseil sont publiques, mais le petit nombre de sièges à l’intérieur de la salle officielle est réservé aux journalistes et à de rares invités. La population est reléguée à regarder la séance dans un petit salon, avec quelques dizaines de places, à peine occupées ce matin-là. Plus de monde quand même que d’habitude : familles de nouveaux élus, rares militant.es, membres de clubs de séniors…

Mais la séance étant publique, une porte reste ouverte entre la salle du conseil et ce salon, pour pouvoir admirer nos représentants.

Le conseil est ici : https://www.youtube.com/watch?v=_alVLYokcJ0
L’impression d’étouffoir est renforcée par le fait que le président de la séance est le maire sortant lui-même, en tant que doyen de l’assemblée. Le discours introductif du nouveau maire est lénifiant : il se félicite des conditions de la campagne, qu’il a jugée sereine, respectueuse, sans dérapages, et souligne l’importance du rôle de l’opposition.

On verra à l’usage : le respect de l’opposition n’était pas le mode de fonctionnement pendant la mandature précédente.
Ce minimum syndical du maire n’incitait guère à chercher à lui répondre sur un autre ton. Pour l’opposition, Jean-Claude Iriart, tradition républicaine oblige, a salué l’élection du nouveau maire et a affirmé que l’opposition jouera tout son rôle dans la « primauté du pacte démocratique », terminant par quelques mots en Euskara.

Après l’élection du maire, ce fut l’élection des adjoints. Pour une ville de la taille de Bayonne, le nombre maximum est de 13. Mais, lorsqu’il y a des conseils de quartiers, on peut en élire 4 supplémentaires (au maximum pour une ville cette taille), baptisés adjoints de quartier : il y en a donc 17.
Contrairement à la séance inaugurale de 2020, il n’y a pas eu de discussion sur ce point. Il y a 6 ans, une autre délibération créait 4 conseils de quartier, alors qu’il était jusqu’alors admis que Bayonne comportait une douzaine de quartiers historiques. La réduction à 4 conseils fut donc contestée par l’opposition.
Comme à l’époque, le choix de 4 adjoints supplémentaires n’est qu’une gratification (symbolique, financière, relationnelle) pour 4 élu.e.s. Il n’y a aucune nécessité pour que la responsabilité des différents quartiers (même en plus grand nombre) ne soit pas assumée par des déjà-adjoints ou des conseillers délégués.
Cette année, la réduction des quartiers à 4 étant considérée comme acquise, il n’y a pas eu de contestation, on a juste pu deviner quelques mimiques désabusées dans l’opposition, compte tenu du caractère factice de l’argumentation du maire.

La liste des adjoints ne révèle pas de surprise : 14 des 17 adjoints l’étaient déjà entre 2020 et 2026, pour le renouvellement, on passera. Pire, il y a eu peu de promotions ou de déclassements dans l’ordre protocolaire. Les 3 disparus sont Christian Millet-Barbé, ex-2e adjoint délégué à la sécurité, et Xabier Parillon-Etchart, qui ne figuraient pas parmi les candidats sur la liste du maire en 2026 ; et Agnès Duhart qui était déjà reléguée en fin de liste des candidats. Deux des nouveaux adjoints font partie des 4 supplémentaires : Serge Arcouet et Jennifer Mothes.
La seule nouveauté est Joseba Erremundeguy, bascophone, qui était conseiller délégué aux conseils de quartier entre 2020 et 2026, qui figurait déjà en 5e position sur la liste en 2026, omniprésent dans la campagne électorale. Il fait non seulement son entrée comme adjoint, mais il est promu directement comme 2e adjoint, grillant tous ses collègues. En marche pour 2032 ?
Comme il se doit, l’opposition n’a pas participé à l’élection du maire et de ses adjoints, et elle a approuvé la charte de l’élu municipal. Un seul point a suscité un débat, et un vote contre par les élu.e.s d’opposition.
Il s’agit de la délibération traditionnelle pour déléguer directement au maire certaines décisions qui relèvent légalement du conseil municipal. Il s’agit en général de décisions mineures, dont le conseil municipal se dessaisit au profit du maire pour alléger ses réunions, ce qui se justifie. Mais figure dans ces délégations aussi la possibilité pour le maire de signer des marchés publics jusqu’à un montant de 5 M€. C’était un point important de la liste Bayonne en Mouvement dans son chapitre « gouverner autrement » de mieux contrôler ce pouvoir discrétionnaire du maire, notamment en partageant ce pouvoir avec un petit groupe d’adjoints.

Au nom de l’opposition, David Ospital est intervenu pour remettre en cause ce pouvoir exorbitant du maire, trouvant excessive élevée la limite des 5 M€ : « ce n’est pas raisonnable ». En réponse, le maire n’a pas justifié cette limite, et a évacué la question, en disant que cela existait pour le précédent mandat, et que toutes les villes, de gauche, de droite, écologiste, faisaient pareil. Evacuer une question plutôt que d’y répondre est une tradition bien ancrée chez le maire.
A noter, pour l’anecdote, qu’à Lyon, sur ce même sujet, la même remarque a été faite par les élus LFI, pourtant alliés du maire écolo.
Ce premier conseil a été expédié en 1h12. Le prochain aura lieu le 09/04 pour voter, notamment, sur les nombreuses délégations dans les organismes extérieurs et pour débattre des orientations budgétaires. Le suivant, principalement consacré au vote du budget, aura lieu le 30/04.
Un premier conseil pesant, sans vie, soporifique même. On respire toujours mal à Bayonne.
A suivre
Patrick Petitjean, 31 mars 2026
Voici les élus nommés adjoints au maire de Bayonne: Sylvie Durruty, Joseba Erremundeguy, Laurence Hardouin, Yves Ugalde, Christine Lauqué, Cyrille Laiguillon, Déborah Loupien-Suarès, Nicolas Alquie, Christine Martin-Dolhagaray, Loic Corrégé, Sophie Castel, AlainLacassagne, Françoise Brau-Boirie, Serge Arcouet, Sylvie Meyzenc, Jérôme Aguerre, JenniferMothes.