Pas d’argent public pour les corridas à Bayonne !

Les corridas sont une tradition archaïque et cruelle. En finir avec, cela ne fait sans doute pas partie des préoccupations et besoins immédiats des habitant.e.s. Il est incontestable que le sujet divise profondément la population bayonnaise, mais jusqu’à quel point ? Les partis de gauche sont notamment divisés en leur sein. Les corridas apparaissent presque comme un non sujet pour la campagne électorale en cours.

La droite et l’extrême droite sont en faveur des corridas, sans trop l’afficher, on ne sait jamais quelles réactions cela provoquerait. Le sujet est absent du document programmatique du maire sortant. Dans la majorité actuelle, seule Laurence Hardouin (ex-EH-Bai passée dans la majorité) manifeste régulièrement son hostilité aux corridas lors des votes en conseil municipal.

Pour les prochaines municipales, la liste Bayonne en Mouvement (BeM) s’est constituée en rassemblant diverses formations et militant.e.s de gauche, autour de 3 principaux partis politiques (DB-BB, EH-Bai, et la moitié du PS avec Colette Capdevielle), lesquels comportent toutes les nuances sur les corridas. Comme pour les listes de 2020, dont est largement isssue BeM, la prise de position sur le sujet reste discrète, een annexe du document programmatique qui va figurer sur le site dans les prochains jours. Elle reprend globalement celles de 2020 : pas d’argent public pour les corridas. J’y reviens juste après.

Henri Etcheto ne s’est pas encore exprimé sur le sujet. REV (le parti d’Aymeric Caron, Révolution Ecologique pour le Vivant) participe à la liste LFI. Les corridas y occupent donc une place plus visible, avec un chapitre « une ville engagée pour le bien-être animal » où figure « mettre fin aux subventions et à l’accueil de la corrida » : le premier point ne diffère pas de la position de BeM, mais le deuxième se prononce en plus contre la location des Arènes (propriété de la ville) pour des corridas.

De son côté, la Fondation Brigitte Bardot 64, dans une lettre aux candidat.e.s, semble se montrer conciliante sur le sujet, et converge avec LFI et BeM : « Pas de soutien aux spectacles et activités incompatibles avec le bien-être animal ! »

La position de Bayonne en Mouvement

Un groupe de travail, avec des pro et anti, a travaillé le sujet des corridas. La proposition complète sera mis en ligne comme annexe au projet global d’ici quelques jours. Les récits étaient évidemment contradictoires sur ce qu’était cette tradition.

Au final, « BeM ne proposera pas l’abolition des corridas à Bayonne lors de la prochaine mandature. Les différentes propositions ci-après visent à respecter la pluralité d’opinion et de sensibilité des citoyennes et citoyens bayonnais, à apporter plus de transparence sur l’organisation des corridas, à favoriser le débat parmi les habitant.e.s. »

Les motifs

« La question de la corrida apparaît comme un sujet extrêmement clivant. Interdite au sein de l’État français par l’article 521-1 du Code pénal réprimant le délit de sévices graves et d’actes de cruauté envers les animaux domestiques, elle n’est pas considérée comme une infraction là où existe une “tradition locale ininterrompue”, sans que soient précisés les périmètres géographiques concernés. La ville de Bayonne se réclame de cette tradition. Les arènes sont l’un des édifices emblématiques de la ville, et les corridas y réunissent à chaque représentation des milliers de personnes.

Le mouvement / liste BeM est fondé sur des valeurs de gauche. Les clivages sur l’abolition totale de la corrida sont les mêmes que dans la population bayonnaise. BeM considère que le sujet ne se résume pas à des considérations politiques, mais qu’il concerne aussi des questions de traditions, de respect du vivant, de rapports à la souffrance animale, d’éthique et de sensibilité individuelle et collective.

À Bayonne, les corridas sont organisées et entièrement financées par la municipalité, qui est propriétaire des arènes. Ce financement se fait au dépens d’autres spectacles artistiques : musiques actuelles, danse, théâtre… Leur financement n’est pas clairement lisible. En effet, il est fondu dans le budget “fêtes traditionnelles” débattu et voté en conseil municipal, aux côtés de la Foire au Jambon et des Fêtes de Bayonne. D’autre part, plusieurs lignes de ce budget ne sont pas clairement explicitées et il est de la responsabilité de la mairie de rendre compte à ses administré.es des dépenses réalisées pour sa ville. Il existe également plusieurs dépenses annexes contribuant en partie aux corridas : communication, travail des services, subventions aux associations taurines, investissement et entretien des arènes, … »

Les propositions de BeM : ni interdiction, ni promotion

Comme mesures simples et immédiates :

* Analyse détaillée du financement et de l’organisation des corridas à Bayonne, des dépenses connexes. Dissociation du budget des fêtes.

* Enquête participative sur l’opinion des habitant.e.s

* Développement de spectacles non-taurins aux Arènes, dont la Ville restera propriétaire, et responsable des travaux

Comme mesures structurelles :

1- « Arrêt du financement public de l’organisation des corridas. L’organisation de corridas apparaissant comme fortement clivante, la municipalité arrêtera de financer avec l’argent des habitants les prestations et nécessités matérielles qui y sont inhérentes »

2- « L’organisation des corridas sera externalisée en étant transmise à un opérateur privé ».

3- « Désengagement de la publicité liée aux corridas ».

    Les mesures 1 et 2 vont de pair. Les modalités de privatisation vont être difficiles à inventer. En particulier, il ne pourra s’agir d’une « délégation de service public », parce que justement les corridas ne sont pas un service public, ne sont pas d’intérêt général.

    La mesure 3 découle en principe de la 1re. Mais jusqu’à quelle communication peut considérer qu’il s’agit de publicité ? Les corridas devront disparaître de la communication sur les Fêtes de Bayonne, de celle du journal municipal, des panneaux municipaux, de l’offfice de tourisme, etc.

    De même il s’agira de cesser d’adhérer aux associations taurines, locales ou nationales et de cesser de les subventionner.

    Affaires courantes toromachiques

    Le sparadrap Tomefra est toujours là

    Dans un billet précédent, j’avais parlé du débat lors du conseil municipal de décembre à propos de la confusion entre le budget des fêtes et celui des corridas. Yves Ugalde, l’adjoint tauromachique, avait dit être partisan de la clarification, et hautement affirmé que la Ville est libre de ses choix car elle n’est mariée avec personne dans le « système taurin », sans que soit clair ce qu’il voulait dire.

    Ce système, était-ce la Tomefra et Jean Lartigue, dont la ville avait depuis plusieurs années des velléités de s’émanciper, comme je le racontai dans ce billet.

    La Tomefra est une société de droit espagnol, basée à Bilbo, constituée en juin 2011. Elle possède aussi une adresse à Anglet. Son président est Jean Lartigue. La Tomefra est intervenue, et intervient encore, comme mandataire pour l’organisation de corridas dans de nombreuses villes du Sud-Ouest, directement ou par son président. Ce fut le cas de Soustons, Mont-de-Marsan ou Orthez. En 2025, en partenariat avec une 2ème société, la Tomefra a repris des mains de la ville d’Eauz (Gers) l’organisation des corridas de cette ville.

    La ville avait lancé à l’automne 2025 un appel d’offres pour l’organisation des corridas en 2026, avec un cahier des charges très détaillé sur les compétences réciproques de la Ville et du mandataire, sans doute pour le cadrer davantage. Par une décision du 22 janvier 2026, la ville a procédé à l’attribution de ce marché. Surprise, seule entreprise candidate, la Tomefra a de nouveau remporté le marché, pour la même somme (26 000 €) qu’en 2025. Vous avez dit « mariée avec personne dans le système taurin » ?

    Les toros comme « fournitures »

    J’ai obtenu en janvier de cette année les factures des achats de toros décidés lors du conseil municipal du 5 juin 2025. Elles sont présentées comme de simples « fournitures », ce qui en dit long sur la considération « administrative » d’êtres vivants. Autour de 200 000 € : voilà une économie à faire.

    L’Esprit taurin

    Le même conseil municipal avait décidé de la mise à disposition d’une entreprise de spectacles toromachiques, l’Esprit taurin, des Arènes pendant les Fêtes de Bayonne, moyennant redevance quand même.

    A gauche, lors de ce vote, Henri Etcheto et son groupe (dont Colette Capdevielle) s’étaient alignés sur la majorité sortante. Les 3 élu.e.s de Demain Bayonne (DB-BB) n’avaient pas participé au vote, tout comme Laurence Hardouin et Mixel Esteban (ex-EELV).

    Ce complément aux corridas des Fêtes rappelle l’importance de l’écosystème toromachique pris globalement. Pour faire accepter les mises à mort, nombreuses sont les activités destinées à « blanchir » les corridas, comme Toromagie pour les enfants à Noël, ou ce spectacle « Esprit taurin ». Il serait temps de s’interroger sur l’esprit taurin des corridas comme source de l’atmosphère de virilisme et de violence lors des Fêtes

    UVTF

    L’Union des villes taurines de France est une des principales machines à propagande des corridas. Le maire sortant de Mont de Marsan en est le président. Il avait bataillé durement contre la suppression des spectacles taurins dans Intervilles il y a deux ans, ou contre le maire de Vieux Boucan qui avait renoncer à organiser des corridas il y a un an.

    J’ai obtenu aussi début février la facture payée en octobre dernier par la Ville à l’UVTF pour 2025. J’avais déjà publié sur le billet cité plus haut la facture pour 2024.

    Il y a une part fixe (5 000 €) faisant l’objet d’une facture à part, et une part dépendant du montant (1%) des contrats passés avec les élevages, et une part variable, en fonction du nombre de spectateurs déclarés par la Ville pour les corridas (0.50 € par billet). En 2024, il y avait eu 20 336 billets vendus, et 20 867 en 2025, soit une augmentation de 2,5 %, loin des discours triomphalistes des torophiles. En 2024, la somme venant du pourcentage sur les contrats se montait à 2 576 €, elle était de 3 764 € en 2025, une augmentation de 50 %.

    Au total, 12 745 € en 2024 et 14 198 € en 2025 pour la part variable

    Ce n’est pas la seule officine de propagande taurine qui reçoit des aides financières de la ville. De l’argent public à économiser, dans la foulée des propositions de BeM.

    Patrrick Petitjean, 26 février 2026

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