L’appel « pour une écologie de rupture »

Un appel « à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture » a été lancé fin janvier à l’occasion des élections municipales par une cinquantaine de militant.e.s du parti « Les Ecologistes » récusant l’alliance prioritaire avec le PS au niveau national mais surtout dans plusieurs villes où traditionnellement, l’autonomie des Verts était la règle, comme à Paris. L’écho de cet appel (700 signataires à ce jour), et la violente réaction de la direction du Parti, montrent l’ampleur de la crise de l’écologie politique.

J’ai signé cet appel, que je reproduis en entier à la fin de ce billet, et qu’on peut trouver ici : https://blogs.mediapart.fr/un-ensemble-de-militant-es-ecologistes/blog/260126/municipales-2026-la-social-ecologie-preferons-l-ecologie-de-rupture?xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260126-210930&M_BT=255339085941

Le bureau politique des Ecologistes n’a voulu voir dans cet appel qu’une manipulation de LFI et quelques brebis égarées : il s’agirait « d’une démarche externe organisée en lien avec la direction de la France insoumise et des candidats sur les listes insoumises aux municipales qui se présentent contre celles soutenues par nos groupes locaux, et articulée avec quelques opérations de débauchages éparses mais mises en scène avec une communication très organisée, relayée au plus haut de l’organigramme des insoumis ». Une tribune « signée par quelques dizaines de militant·es » dont « la majorité des signataires n’ont jamais été membres du Mouvement » (29 janvier).

Contrairement à ce qu’il semble avoir compris, ce n’est pas simplement de la cuisine électorale pour les prochaines municipales . « Celles et ceux qui imaginent un complot ourdi par La France insoumise ne sont que des tacticien·nes de petite zone : des gens pour qui la politique se réduit à une mauvaise cuisine d’appareil ».

L’alliance prioritaire avec le PS, notamment dans des villes où la tradition d’EELV était autre, et où les têtes de liste ont des positions, à rebours de l’écologie (comme à Montpellier). A un moment où, de facto, le PS est devenu un soutien du gouvernement. C’est aussi une volonté de marginaliser LFI, et est donc loin de préserver le difficile chemin d’une alternative unitaire pour 2027. Le fond de l’appel n’est pas déterminé par ces municipales.

Ces réactions officielles, comme les « suspensions » de quelques signataires, sont celles d’un appareil hors sol, qui ne comprend pas la crise de ce parti, et plus profondément la faillite de l’écologie politique.

Un des initiateurs a répondu à ces réactions dans son blog sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/jerome-g/blog/310126/mon-parti-ma-quitte

Ouvrir un nouveau chemin pour l’écologie politique

Le nombre de signataires de l’appel témoigne de l’ampleur de la diaspora des écologistes de gauche et de leurs attentes au regard des enjeux qui sont (brièvement) rappelés au début de l’appel « pour une écologie de rupture ». Les discussions (visio et boucles whatsapp) entre signataires montrent qu’ils/elles ont eu des parcours multiples, la grande majorité est passée par les Verts à un moment ou à un autre. Nombre d’entre eux/elles sont encore membres des Ecologistes. Pour la plupart, LFI n’est pas une option d’adhésion : absence de démocratie interne, pas radicalement écolo. Des alliés sans doute, mais pas plus. Plusieurs signataires font partie de groupes déjà constitués qui se réclament d’une écologie radicale, populaire, sociale, etc : les qualificatifs sont variés. Tous/toutes sont conscient.e.s de la faillite des partis politiques écologistes, et plus largement de la crise d’identité de l’écologie politique : voir les deux contributions dont le lien figure plus loin.

L’appel a servi de révélateur, une référence commune en est issue, « les Verts populaires ». Mais tout reste à faire pour dessiner un nouveau chemin de l’écologie politique. Plusieurs moments d’échanges sont en cours d’organisation d’ici l’été. La suite dira si cet appel aura réussi à être le déclencheur d’une nouvelle « composition » dans l’espace de l’écologie politique de rupture, de transformation sociale.

Patrick Petitjean, 18 février 2026

Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture

Jamais l’humanité n’a marché aussi près du précipice, au risque de sa propre survie et de celle de l’ensemble du vivant. Alors même que la conscience de la crise climatique n’a jamais été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante à l’échelle planétaire. Cette vague brune emporte avec elle les droits sociaux, les libertés publiques, les protections de l’environnement, ainsi que l’État de droit, le droit international et le multilatéralisme.

L’ordre du monde vacille et notre siècle voit se multiplier crimes de masse et génocides, exposés en direct sur nos écrans. Dans l’indifférence, et parfois la complicité, des dirigeants mondiaux. À cette violence globale s’ajoute une offensive ciblée contre celles et ceux qui défendent concrètement le vivant et les droits sociaux.

Partout dans le monde, des défenseuses et défenseurs de l’écologie sont assassiné.es parce qu’ils et elles s’opposent à des projets miniers, pétroliers, agro-industriels ou de déforestation — notamment en Amérique latine, devenue la région la plus meurtrière pour ces combats. Entre 2012 et 2022, deux mille personnes ont été assassinées dans le monde. Cette répression touche aussi syndicalistes, leaders communautaires, féministes et journalistes. C’est un même front : contre l’écologie, contre le social, contre la démocratie.

La France, puissance économique et militaire, n’échappe pas à cette vague réactionnaire, aux teintes brunes, allant du lepénisme aux courants identitaires dont le point de ralliement est l’islamophobie. Elle constitue même un risque majeur de bascule mondiale, comparable à l’Allemagne des années 1930.

Face à cette bascule, alors même que jamais la conscience de la crise climatique n’a été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, la question de l’unité de la gauche et des écologistes est une responsabilité politique majeure : les choix d’alliances que nous faisons aujourd’hui, y compris au niveau municipal, engagent directement notre capacité collective à résister à la vague réactionnaire et à transformer concrètement le quotidien.

Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire. Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Écologistes est devenue illisible en votant, au même moment, les motions de censure au Parlement à l’opposé du Parti socialiste.

Trop souvent, l’écologie a été assimilée à des politiques néo-libérales de régulation environnementale qui ne sont pas notre projet. Les ZFE en sont un parfait exemple : le gouvernement macroniste, condamné par la justice européenne, refuse d’assumer ses responsabilités et se défausse sur les collectivités locales, tout en leur refusant les moyens d’un accompagnement social nécessaire.

Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons.

La nouvelle séquence politique est marquée par l’effondrement du bloc (il)libéral et l’ouverture d’un affrontement entre l’extrême droite et la reconstruction d’un bloc populaire, social, progressiste, écologiste et unitaire. Dans ce contexte, l’écologie doit devenir l’un des piliers d’un projet majoritaire, ancré dans le réel social — travail, logement, santé, mobilités, alimentation, énergie — et indissociable de la dignité humaine. Cela implique une rupture avec le capitalisme productiviste et ses logiques de prédation : le temps des écologies dépolitisées est révolu.

Mais cette écologie de transformation ne saurait être technocratique et asociale. Elle doit être concrète et populaire, s’ancrer dans les communes, dans les quartiers, dans les bassins de vie, là où se vivent les tensions entre la fin du mois et la fin du monde, là où se construisent aussi les solidarités, les nouvelles pratiques, les résistances et les bifurcations. En démocratie, le pouvoir n’est légitime que s’il est conquis par le peuple, exercé et contrôlé par lui. C’est à cette condition que l’action publique trouve sa légitimité, et que l’écologie cesse d’être perçue comme une contrainte pour devenir une promesse partagée. L’écologie peut et doit assumer d’être une force de recomposition sociale, altermondialiste, décroissante et démocratique.

Avec l’immense majorité du pays, nous clamons que les luttes sociales et les luttes écologiques sont indissociables. Nous avons maintenant besoin de les intégrer organiquement, car toute mesure pleinement écologique est sociale, et toute mesure pleinement sociale est écologique.

Nous, signataires, n’acceptons pas que l’écologie se dissolve à nouveau dans la social-démocratie.

Le rassemblement de la gauche et des écologistes doit se construire et se renforcer sur la base unitaire issue du programme du Nouveau Front populaire et de sa dynamique, ce qui inclut évidemment de travailler avec l’ensemble de la gauche.

Compléments

Et pour compléter l’appel, voici deux contributions sur les impasses actuelles de l’écologie politique, accessibles sur les blogs de Mediapart :

L’une d’Yves Guillerault « L’écologie met pied à terre » qui revient sur la trajectoire de l’écologie politique depuis les années 1970 : « La débandade écologiste, avec ralliements à LFI ou au PS, démontre qu’une culture d’écologie politique n’existe pas encore dans ce pays. Après l’utopie des années 1970, l’écologie de parti se résume aujourd’hui à des luttes bourgeoises pour la conquête de strapontins dans l’architecture peu démocratique de la politique professionnelle et du pouvoir. Or l’écologie politique se joue sur le terrain ».

L’écologie politique met pied à terre

L’autre, signée K1000, « réponse d’un écologiste suspendu », qui plaide pour la réconcialiation de l’écologie politique avec quelques éléments basqiues du marxisme.

https://blogs.mediapart.fr/k1000/blog/090226/critique-de-la-social-ecologie-reponse-d-un-ecologiste-suspendu-la-direction-de-son-parti?xtor=CS3-5

Tout a une fin

J’avais rejoint les Verts en 1988, avec des dizaines de militant.e.s venant de la gauche alternative et/ou autogestionnaire, un mouvement qui avait contribué à enraciner les Verts à gauche au début des années 1990, et qui marquait son enracinement dans l’héritage de mai 1968.

J’en suis resté membre (hormis une parenthèse de 2 ans quand j’habitais dans les Landes) malgré la droitisation sensible depuis la participation au gouvernement sous Hollande en 2012, accentuée avec la candidature Jadot en 2022. Le congrès du printemps 2025 a complété cette évolution politique par un verrouillage en règle du parti par un clan, une centralisation à rebours des traditions écolos, et une personnalisation outrancière autour de Marine Tondelier. A l’issu de ce congrès, j’ai décidé de ne pas renouveler ma cotisation en 2026. Le lancement à contretemps par Marine Tondelier de sa candidature à la Présidentielle, puis la répression contre les signataires de l’appel fin janvier n’ont pu que me conforter dans ma décision.

J’étais donc présentement « adhérent en retard de cotisation », c’est fini.

Les Soulèvements de la Terre : l’avenir de l’écologie politique ?

Patrick Petitjean, 18 février 2026

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