
« Ca ne tient plus » pouvait-on lire sur les banderoles les 25 et 28 février à Bayonne lors des manifestations du collectif 64-40 constitué par diverses associations. Les coupes budgétaires, faites en 2025 ou à venir en 2026, menacent l’existence même de nombre d’entre elles. C’est du lien social qui se défait, ce sont des services publics menacés. C’est aussi une partie de la société civile, au fondement de la vie démocratique. L’étau financier n’est qu’une des menaces pesant sur le mouvement associatif, comme analysé par l’Observatoire des libertés associatives. Garantir la pérennité de la vie associative est un défi pour les prochaines municipalités.
Un collectif d’associations locales s’est constituée à Bayonne et Boucau à l’automne dernier pour se défendre contre l’asphyxie financière qui se profilait. A l’origine, surtout des centres sociaux. Loin de se cantonner au « social », le collectif s’est rapidement élargi à plusieurs secteurs, qu’ils subissent aussi des baisses de subventions, ou par prise de conscience des enjeux existentiels du mouvement associatif.
Comme il l’indique dans une tribune publiée dans Mediabask : « Pratiques sportives et culturelles, crèches, centres de loisirs, actions vers les aînés et vers les jeunes, prévention, insertion, etc. tous les secteurs sont en sursis. Déjà, des fermetures de secteurs sont réelles dans notre département : ici un centre de loisirs, là une ludothèque, ici les activités du bien-vieillir, là le cours d’aquarelle… Va-t-on laisser tous ces domaines au secteur commercial ? Seuls ceux qui ont les moyens y accéderont alors et des services aux publics seront abandonnés. On a vu les dérives de la recherche de rentabilité dans certains établissements d’accueil des tout petits ou des aînés dépendants… »
Deux manifestations ont eu lieu à Bayonne. Avec 250 personnes le 25 février. Le 28 février, il s’agissait de porter le deuil de nos pertes associatives. Aux côtés des centres sociaux, on pouvait rencontrer les cyclistes de Txirrind’Ola et la Clavette, le Planning familial, Etorkinekin, Saint Esprit sur le Pont (association de quartier), etc.


L’observatoire des libertés associatives
L’Observatoire des Libertés Associatives est un projet initié par l’Institut Alinsky et qui rassemble autour de lui plusieurs associations et fédérations d’associations parmi lesquelles la Ligue des Droits de l’Homme, France Nature Environnement, la Coordination Pas Sans Nous, le Collectif des Associations Citoyennes, etc.
Son rapport récent, « Une citoyenneté réprimée », présente 100 cas de restrictions associatives et 12 pistes pour protéger les libertés associatives. Il analyse le changement de relation au monde associatif qui est à l’oeuvre avec ces « restrictions ».
« Dans la continuité du « contrat d’engagement républicain » qui fonctionne comme contrôle idéologique, les associations sont de plus en plus confrontées à des exigences de « neutralité » : des injonctions à la dépolitisation et à l’autocensure de la part des pouvoirs publics, notamment municipaux ».

« Il y a quelques années, les relations entre l’État et le monde associatif relevait du partenariat. Les associations étaient reconnues pour leur capacité critique et leur rôle démocratique. Puis il y a eu un infléchissement dans la vision des pouvoirs publics. Une relation plus verticale s’est mise en place, avec l’idée que les associations seraient des auxiliaires de l’État. »
Le rapport conclut en détaillant une série de quatre propositions pour faire face à ces dérives : « former juridiquement les acteurs institutionnels et associatifs », « consacrer le rôle critique des associations dans les chartes d’engagement réciproque et les conventions », « recourir au contentieux stratégique pour renforcer le droit à ne pas être neutre » et « réduire le recours à la commande publique au profit de subventions pluriannuelles ».
Quelles propositions pour Bayonne ?
La solidarité et la démocratie ont leur base dans la vitalité du tissu associatif local. Défendre les libertés associatives et développer tout ce qui favorise « l’en-commun » des associations au-delà de son éclatement. Sortir du du tête-à-tête entre une association (ou un secteur associatif thématique) et un.e élu.e référent.e, source de clientélisme et de concurrence entre associations. Le mouvement associatif a une valeur intrinsèque, au-delà du partenariat avec une municipalité.
Comme indiqué dans le programme (sur le site) de « Bayonne en mouvement », « les associations, outre les emplois qu’elles portent, jouent un rôle essentiel pour « faire société », produire du lien social dans tous les domaines. En cela, elles constituent un rempart contre la montée des idées d’extrême-droite ».
Renforcer le soutien apporté par la ville de Bayonne à la vie associative pourrait passer, entre autres, par :
- La création un « conseil de la vie associative » pour co-élaborer la politique associative, notamment des critères de financement.
- L’établissement d’une « charte des engagements réciproques » entre la municipalité et les associations pour garantir les libertés associatives et l’autonomie des associations.
- Le renforcement du rôle de la Maison des associations et sa cogestion sous l’égide du conseil de la vie associative
- La contractualisation pluriannuelle, avec des « conventions d’objectifs et de moyens ».
L’utilité d’un tel Conseil, articulé sur une Charte, ressort de l’expérience de nombreuses villes, dont Paris.
https://www.paris.fr/pages/le-conseil-parisien-des-associations-19853
https://www.paris.fr/pages/associations-engageons-nous-ensemble-6387
Ici, « Bayonne en Mouvement » a fait du soutien aux associations une de ses 6 mesures phares pour les municipales, que l’on retrouve dans la plaquette programmatique sous le chapeau « Etre une ville à l’écoute de ses associations grâce à un interlocuteur unique : le guichet’Asso », il est complété par un partenariat appuyé par une « charte des engagements réciproques », et des « conventions d’objectifs et de moyens pluriannuelles ».
Mais il y a eu la crainte qu’un Conseil des associations ne devienne un lieu de contre-pouvoir, et ne soit qu’une usine à gaz compte tenu de la grande hétérogénéité du monde associatif. La dimension participative a été renvoyée à une simple commission extra-municipale. Ces commissions sont en général des structures qui vivent mal et restent sous l’hégémonie de la municipalité.
Avoir un guichet unique, c’est une demande de clarification des relations avec la municipalité, et c’est utile. Mais c’est insuffisant, et surtout risque de maintenir le clientélisme et une logique de guichet financier, loin de l’« en-commun » de toutes les associations. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux actuels (financements, libertés), c’est dommage.
Patrick Petitjean, 10 mars 2026