
Il y a 3 ans, le 9 mars 2022 ; Mohamed K trouvait la mort dans la chute de la grue du chantier Bergeret à Bayonne Saint-Esprit. Les syndicats et le collectif de riverains ont tenu à lui rendre hommage en ce 3e anniversaire de l’accident, en même qu’aux nombreux morts au travail. Plusieurs dizaines de personnes ont participé à un rassemblement sur les lieux de l’accident. Une plaque provisoire a été posée sur le bâtiment en cours de finition.

Le gros œuvre est terminé, tant pour l’immeuble du COL (quai Bergeret) que celui de Domofrance (boulevard Alsace Lorraine). Les travaux se déroulent à l’intérieur. Les deux immeubles comprendront des logements vendus en « Bail Réel Solidaire ». Ce « solidaire » serait-il vide de sens ? Serait-il juste un rideau de fumée pour devenir plus facilement propriétaire ?
Invités par les organisateurs, la mairie, le COL et Domofrance ont gardé le silence. Ils n’ont pas jugé bon de répondre à la proposition d’une plaque provisoire. Mais les syndicats et le collectif de riverains ne lâcheront rien. Il n’est pas question de laisser s’effacer la mémoire de l’accident. Leur volonté est d’obtenir une plaque d’hommage à Mohamed sur la façade de l’immeuble avant son inauguration (en principe à la fin de l’année). C’est une pâque provisoire qui a été installée en attendant, visible de la rue.
Enfin, la justice prend son temps. Au bout de quelques mois, les expertises avaient nettement pointé la responsabilité de la société Lapix. L’enquête est ouverte, mais elle semble bien silencieuse. Là encore, avec la famille de Mohamed, on ne lâchera rien.

Patrick Petitjean, 7 mars 2025

Ci-après, l’intervention faite au nom du collectif de riverains et des syndicats lors du rassemblement du vendredi 7 mars

Après demain dimanche 9 mars 2025, nous nous souviendrons de la mort de Mohamed Kichouhi dans la chute de la grue du chantier Lapix, il y a 3 ans le 9 mars 2022.
Nous avons décidé de lui rendre hommage aujourd’hui 7 mars et de réaffirmer notre soutien et notre solidarité avec sa compagne, ses 2 enfants et l’ensemble de sa famille.
Comme les années précédentes, cette commémoration a été organisée, en accord avec la famille, grâce à l’action concertée du Collectif d’habitants-es 22 Bergeret et des organisations syndicales, CGT Construction, FSU, LAB, Solidaires Pays Basque, tous et toutes mobilisé-s-es face au drame de la mort d’un ouvrier au travail.
Drame dont nous dénonçons la fréquence mais aussi la minimisation quand ce n’est pas l’effacement et l’impunité des responsables.
Chaque jour deux personnes meurent au travail en France. D’après le service européen de statistiques Eurostat, c’est l’Etat d’Europe qui a le plus mauvais bilan.
En 2024 au Pays Basque, 64 personnes ne sont pas rentrées vivantes du travail et depuis le début de l’année 2025, 9 ou 13 dans l’attente d’une réponse. personnes sont mortes au travail.
Les accidents et morts au travail sont nombreux mais souvent invisibles !
Nous devons nous rassembler et nous organiser pour faire entendre notre voix et celle de celles et ceux qui ont perdu leur vie au travail.
Le 9 mars 2022, la mort de Mohamed Kichouhi. a été un élément déclencheur pour nombre d’entre nous. Depuis le 9 mars 2022, nos 4 organisations syndicales (CGT construction 64, FSU, LAB et Solidaires) se réunissent régulièrement et ont construit un premier protocole d’action en cas d’accident du travail grave ou mortel.
Ce protocole a pour but de faire de la prévention en amont dans les entreprises mais aussi et surtout de réagir rapidement en cas d’accident du travail grave ou mortel.
Ce travail intersyndical a fait éco au-delà du Pays Basque. Nous sommes invité·es à participer aux assises de la santé et la sécurité des travailleur·euses à Paris les 25 et 26 mars prochain pour présenter notre protocole.
Au-delà de ces immeubles, at au-delà de l’hommage à Mohamed Kichouhi, c’est la mémoire de l’ensemble des victimes des accidents du travail mortels que nous voulons commémorer aujourd’hui.
Au-delà de la famille et des proches, la mort de Mohamed Kichouhi a heurté les consciences des professionnels et des habitants de ce quartier qui ont décidé de s’unir pour réagir.
Le 28 avril prochain, pour la Journée internationale de la santé et sécurité au travail, l’intersyndicale souhaite aussi organiser en Pays Basque un moment de présentation de notre protocole à l’ensemble des délégué·es qui le peuvent. Dès aujourd’hui, nous vous donnons rendez-vous le 28 avril prochain.
Vous le voyez, les travaux sont bien avancés. La nouvelle grue, installée le 8 janvier 2024, a été démontée la semaine dernière.
Et aujourd’hui nous sommes réuni-e-s devant la façade en béton d’un immeuble qui cache un autre immeuble côté Adour. Entre les deux, est prévu un petit « espace vert privatif hors sol » invisible du quai et du boulevard.
« Il faut bien avancer, loger les personnes, passer à autre chose » pouvons-nous entendre.
Une telle remarque fait fi de la douleur d’une famille qui a perdu un de ses membres et qui n’a toujours pas de réponse à la question : « pourquoi la grue est-elle tombée dès que Mohamed Kichouhi est arrivé sur la flèche pour vérifications ? ».
Car, si des éléments des enquêtes menées ont pu « fuiter », la justice ne s’est toujours pas prononcée sur les causes et les responsabilités.
Nous avons informé les autorités municipales et les maîtres d’ouvrage de l’organisation de cet hommage et de notre volonté que la mort de Mohamed Kichouhi ne soit pas effacée.
Ainsi, en accord avec la famille, nous allons accrocher, sur cette façade, une plaque en mémoire de Mohamed et déposer des fleurs.
