
Le mardi 21 mai, la CAPB a organisé un atelier pour le rendu du travail de l’agence Güller & Güller, chargée du plan guide pour le projet d’aménagement de la rive droite de l’Adour, sur plus de 17 ha entre les quartiers Saint Esprit et Saint Bernard. Plus d’un an après le lancement officiel, la CAPB a rendu publiques des premières cartes, permettant de visualiser un peu mieux ses projets.
Le compte rendu de l’atelier « analyse des scenarii d’aménagement » et le document (diapos) distribué lors de la soirée seront prochainement disponibles sur le site de la CAPB. En attendant, en voici les grandes lignes, ainsi que des premiers commentaires, dont certains ont été aussi ceux de participants à cet atelier. Il y avait 70 à 80 personnes présentes.
Après un rappel des « défis » et des étapes des « contributions citoyennes », le document présente les principes directeurs de l’aménagement, communs aux deux variantes évoquées pour la localisation des projets. Pour la partie commune, comme pour chacune des variantes, la CAPB a sorti ses chiffres et ses cartes, qui sont un bon reflet des choix municipaux, malgré une communication léchée.
Les propositions faites sont, bien entendu, présentées comme émanant, pour la plupart, de la reprise par les programmistes et les services de la CAPB des suggestions faites par les habitants à travers enquêtes et ateliers depuis 1 an. Ce fut abondamment rappelé, communication oblige.
En ouverture, l’étude sur les risques d’inondation à l’horizon 2100 a été présentée, avec une hypothèse « catastrophe ». Les délais pour cette étude sont, paraît-il, une des raisons du retard (6 mois) dans le rendu du travail de MM. Güller.
Après cet atelier
Les deux scenarii vont être revus, éventuellement mélangés, les arbitrages rendus, pour aboutir à une proposition finale (mais toujours provisoire) qui sera présentée publiquement à l’automne, puis soumise aux votes du conseil municipal et du conseil communautaire. Ce ne sera pas la fin : le plan guide est supposé être évolutif. Il définit « la philosophie, les ambitions, les grands équilibres » : on y est. Il pose aussi « les premiers principes d’une organisation spatiale et urbaine du futur quartier » : on y est aussi. Mais, il devait proposer aussi « les temporalités des différents secteurs à aménager » : le document présenté n’y est pas encore.
Des modifications du PLU seront indispensables pour mettre en œuvre les différents projets contenus dans ce plan guide. Un premier PLUi (au niveau des 5 villes « Côte Basque Adour »), lancé en 2015, est en cours d’élaboration, à échéance de fin 2025 (en principe). Mais en parallèle, un autre PLUi a été lancé, au niveau du Labourg Ouest, devant être finalisé 3 ou 4 ans plus tard, remplacé le précédent, qui sera mieux en phase avec les échéances annoncées pour les premiers aménagements de la rive droite. Tout cela donnera lieu à des débats sur ces aménagements.
Derrière, les autorisations d’urbanisme prendront aussi beaucoup de temps, administratif, mais aussi réglementairement consultatif. Les premiers chantiers sont annoncés, dans le document fourni, dans 10 ou 15 ans. Mais on sait que dans un domaine, les bâtiments universitaires, la CAPB veut aller vite, compte tenu des engagements pris au niveau de la région et de l’augmentation souhaitée (et souhaitable) du nombre d’étudiants.
Le reste est plus lointain, voire aléatoire, d’autant plus que les négociations foncières avec l’État, l’armée et la SNCF sont loin d’être terminées. Même si les premières acquisitions foncières remontent à plus de 15 ans, à travers l’EPFL, la CAPB est loin d’être propriétaire des quelques 17 ha du projet.
Pour des raisons de longueur, cet article est segmenté en 3 billets : le 1er, celui-là, avec la présentation de l’atelier, des enjeux du plan guide, et de l’étude sur les risques de submersion : sans nul doute la partie la plus intéressante et novatrice du document présenté. Le 2e sera sur le socle commun. Et le 3e sur les deux variantes présentées.
2100 au regard des inondations de 2014
L’emprise du projet ne figure pas dans les secteurs identifiés comme « à risque » dans le PPRI (Plan de Prévention des Risques d’Inondation) en vigueur, validé par la Préfecture en juillet 2012, autant dire une éternité au vu de ce qu’on sait de l’accélération du dérèglement climatique.
Le bureau d’études a appliqué la méthodologie traditionnelle : partir d’une crue « centennale » (supposée n’arriver que tous les 100 ans) et faire de la prospective à 50 ou 100 ans.
Ici, la référence a été la crue du 1er février 2014, considérée comme un évènement « extrême » où le changement climatique était déjà à l’oeuvre. Et reprendre les calculs du GIEC sur l’élévation du niveau de l’océan en 2100, soit 60 cm.

60 cm, cela correspond aux prescriptions d’une circulaire gouvernementale datant déjà du 27/11/2011, appliquée à la médiane du scénario du GIEC à 3,6° de réchauffement.
Résultat, presque tout le secteur d’aménagement serait sous les eaux… : voir le trait rouge de la carte qui entoure les zones inondées. Quai de Lesseps, on aurait de l’eau presque jusqu’à la taille…
Seule la zone du rond point et du boulevard Henri Grenet y échapperait.
On attend avec inquiétude le même scénario appliqué à l’ensemble de la ville…
Adaptation pour prévenir les dégâts et les limiter

3 principes sont mis en avant :
– la transparence hydraulique, ce qui veut dire ne pas faire obstacle aux mouvements des eaux ;
– la mise en place de casiers de débordement contrôlé, avec des paliers (voir carte) ;
– la rehausse de la voirie structurante (en jaune sur la carte)
S’y ajoutent un merlon de protection pour Saint Esprit Ouest (quai de Lesseps) jusqu’à la rue Sainte Ursule, et la mise hors eau du coeur résidentiel de logements.
Tout cela implique force remblais et déblais ; des nombreuses construction sur pilotis ; des zones de stockage (comme le secteur de la pièce noyée), …
Au vu de cette étude, on aurait aimé une telle étude préventive à Saint Esprit, au lieu d’une bétonisation brutale, à l’ancienne, sans égard pour les risques d’inondation. La construction (en cours) d’immeubles pour parachever le front quai Bergeret a vu la chute d’une grue mal installée dans une mare, et la mort du grutier en mars 2022.
Patrick Petitjean, 27 mai 2024