
Mort d’un grutier
Le 9 mars 2022, Mohamed Kichoui était victime de l’effondrement de la grue qui venait d’être installée sur le chantier de l’îlot Bergeret, à Bayonne Saint Esprit.
Demain, 9 mars 2023, un an après sa mort, un hommage lui sera rendu par les syndicats et le collectif de riverains, constitué au lendemain de l’accident.
Je reviendrai dans d’autres posts sur cet hommage, sur les interrogations que suscite cet accident, et sur les devenirs possibles de cet îlot.
Un peu d’histoire

En attendant, il est intéressant de revenir sur le double projet immobilier qui devait y voir le jour. Le terrain est situé entre le quai Bergeret, au bord de l’Adour et le boulevard Alasace-Lorraine, très bétonné et à forte circulation. Au départ, il y avait côté boulevard des entrepôts en fin de vie, et, côté Adour, une maison de style basque, suffisamment grande pour accueillir plusieurs logements en cas de rénovation. Habiter cette maison, vide depuis des années et parfois squattée, faisait rêver les passants et les riverains.
Mais la ville a racheté (via l’établissement public foncier du Pays basque) dès 2016 toutes les parcelles concernées, avant de procéder à la destruction des bâtiments en 2020.
Comme l’a raconté à l’époque le journal Mediabask (9.8.18), des habitants du quartier et au-delà se sont mobilisés d’abord pour une autre utilisation de la parcelle côté boulevard, avec une association, Magnolia. L’idée était de constitué une sorte de tiers-lieu avec ateliers d’artistes et artisans et une sorte de « centre commercial alternatif ». Magnolia a organisé des réunions publiques.
« Insiders » et « outsiders »
En face, depuis 2017, la ville avait en ligne de mire un autre projet, avec deux bailleurs sociaux, Domofrance (pour un immeuble de 30 logements côté boulevard) et le COL pour 15 logements en habitat participatif pour personnes âgées. Ce projet participatif était connu depuis 2017. Il était porté par une association, « âge et partage 64 » dont la présidente était (un hasard?) une ancienne présidente du COL qui, en 2022 était encore membre de son CA, le représentait à la fédération des coop HLM, et présidait le club des coopérateurs du COL Autant dire que le combat était inégal. Avec en plus l’argument obligé « c’est du logement social », mais en fait de l’accession sociale pour couches moyennes, pas du locatif pour les habitants qui en ont le plus besoin.
Magnolia a quand même complété son projet avec « Plan B » qui concernait tout l’îlot, avec en plus un habitat intergénérationnel tourné vers les artisans âgés. Des négociations ont eu lieu entre la mairie et « plan B » en 2018. La mairie semblait prête à concéder quelques m² sur le contingent de Domofrance, insuffisant même pour le centre commercial alternatif, mais refusait tout net le projet « plan B » jugé non abouti. « Plan B » devait se contenter de la promesse d’un autre local, toujours en attente.

L’utilité du PLU en question : un projet doit-il s’adapter au PLU ou l’inverse ?
Les permis de construire sont alors préparés par Domofrance et le COL. Malheureusement, le PLU ne permet pas la réalisation du projet conçu par l’association. Qu’à cela ne tienne, on va modifier le PLU pour permettre le projet. C’est la 16e modification du PLU de Bayonne, qui va occuper l’année 2019, dans laquelle est prévu une modification sur cet îlot en plus d’une dizaine de modifications pour d’autres secteurs. Cette modification est adoptée par le Conseil de l’agglo le 9 novembre 2019, et le PC, prêt à l’avance, était officiellement co-déposé par le COL et Domofrance le 6 décembre 2019.
Le PC accordé le 29 mai 2020, le chantier pouvait commencer en période de confinement. Après les démolitions, la moitié de la parcelle s’était transformée en mare. On allait en arriver aux fondations.
Ce 9 mars 2022, quelques heures après avoir été montée, la grue s’effondrait, provoquant la mort du grutier.
A suivre, après l’hommage (2e billet), les circonstances de l’accident (3e billet)
Patrick Petitjean, 8 mars 2023
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