Ballet autour de l’ex-Atalante : Etxea, le COL, la Ville

L’occupation de l’ancien cinéma l’Atalante n’aura duré qu’une vingtaine de jours. Un coup sans suite, décevant, au regard des attentes des habitants du quartier. Mais elle a eu le mérite de faire apparaître au grand jour les manœuvres immobilières de la ville. Elle a remis en avant la vocation culturelle et sociale du lieu. Les porteurs du projet Etxea de 2019 sont réapparus. Mais le bâtiment est maintenant totalement muré et semble voué à retomber dans l’oubli et à être démoli.

L’occupation de l’ancienne Atalante par le Conseil Socialiste avait été présenté dans mon billet du 4 septembre, dans lequel je rappelai aussi l’histoire d’Etxea, de Catach et de la mairie en 2019, après le transfert de la salle de cinéma sur le quai Amiral Sala.

L’Atalante en photos au fil du temps

Cinéma ouvert, nostalgie
Cinéma fermé, culture en berne
Cinéma décoré, espoir d’une renaissance
Cinéma occupé, trop bref, trop loin du quartier
Cinéma muré, avant démolition ?
Cinéma muré et taggé…

Une occupation éclair

L’ambition du collectif occupant était de bâtir un « centre socialiste », un projet à long terme avec la double fonction d’une « base rouge » et d’un lieu social et culturel ouvert sur le quartier et au-delà.

Plusieurs rencontres avec le maire ont fait apparaître que le projet d’un tel lieu n’était pas nouveau pour les occupants.

Le Conseil socialiste a une couverture juridique associative, Pindarra, qui avait mené plusieurs occupations semblables dans le centre ville depuis 2 ans. Selon le maire, un contrat de bail avait même été passé avec Pindarra pour un local municipal attenant à l’école des Arènes.

Pour obtenir leur départ de l’ex-Atalante, il leur a proposé un local au 14 rue de Lesseps, un bâtiment qui fait l’objet d’une opération d’urbanisme transitoire, en cours d’aménagement.

L’occupation a donc cessé le 21 septembre, contre la « garantie » d’un local et la promesse d’un débat sur l’avenir de l’ex-Atalante.

Quai de Lesseps : promesse, promesse

J’ai parlé ici de cet urbanisme transitoire

Le 14 quai de Lesseps en octobre 2025

Le 14, acheté en 2011 par l’EPFL, racheté par la CAPB l’an passé. Projet d’urbanisme transitoire : un local pour l’accueil du public de 110 m2 en RdC, et des chambres d’étudiants à l’étage. Travaux depuis un an. Livraison repoussée du débat 2026 à juin. Promis à plusieurs associations (clientélisme). Aménagement ayant évolué pour partager les locaux ?

Le projet de la ville au grand jour

Si J.-R. Etchegaray a rapidement reçu les occupants, il n’a pas fait mystère de son objectif de mettre fin à cette occupation : elle ne pourra pas durer en l’état ». Car « si un bâtiment public est fermé, c’est qu’il présente un risque » (Sud Ouest du 9.9). Difficile de ne pas y voir surtout un prétexte.

On apprend, dans le même article, que les projets immobiliers de la ville dans le secteur avaient conduit son bras armé, le COL, à racheter le bâtiment du Centre culturel espagnol lors de sa mise en vente.

Si elle fut seulement conclue en février 2024, nul doute que le projet d’achat était bien antérieur.

Selon le journal « l’idée est de bâtir une dizaine de logements sociaux, avec un espace dédié pour l’association qui occupait les locaux. Une démolition-reconstruction pour des BRS.

Mais le projet est plus large, et englobe l’îlot voisin de l’ex-Atalante

Voici ce qu’en dit Sud Ouest dans ce même article :

« Concernant le site de l’ancien Atalante, plusieurs options sont à l’étude. « Le premier scénario consiste à rénover l’immeuble et créer quatre logements. Ce qui risque d’être une opération extrêmement coûteuse, compte tenu de la fragilité de la structure et des doutes que nous avons sur ses fondations », avance Imed Robbana, le directeur du COL. Dans le second, la démolition et reconstruction du bâtiment historique sont envisagées avec une douzaine de logements sociaux à la clé ».

Rénovation, avec 4 BRS d’un côté, démolition-recontruction avec une douzaine de logements, les deux branches de l’alternative n’ont pas le même poids dans la politique municipale. Quand en plus, le COL insiste sur le fait qu’en 2019, un simple « réaménagement des locaux » (pas une rénovation complète) pour les confier à Etxea se montait déjà à 2 millions d’euros, il est difficile de croire à l’option « rénovation ».

(inter4) Etxea reprend la lumière

Depuis le covid, le projet Etxea avait disparu, croyait-on. D’autant plus qu’un nouveau projet avait vu le jour, Patxoki Berria, porté la ville, le COL et par une partie de acteurs engagés dans Etxea, Ce nouveau projet, situé place Patxoki, a bien des aspects similaires : le mélange tiers-lieu et logement, le COL. Mais la demande est suffisante pour deux projets proches.

Dans son article du 9.9, Sud Ouest affirmait que l’association pensait son idée abandonnée, et qu’elle était en sommeil. Mais, pas du tout. Etxea s’est chargé de le démentir, dans un communiqué du 16 septembre, que l’on peut retrouver dans le journal Enbata :

Parmi les explications fournies dans ce communiqué, Etxea confirme qu’après l’acquisition du centre culturel espagnol, un projet global sur les deux lieux a été élaboré, et que depuis de longs mois des réunions tripartites avaient eu lieu entre la mairie, le COL et Etxea. Et que le principe d’une réhabilitation (avec réhaussement de plusieurs niveaux pour des logements sociaux) avait été acté en mairie dès le 14 octobre 2024.

Le communiqué ne parle pas de l’éventualité d’une démolition reconstruction… Il annonce que les études concernant la faisabilité technique et les différents scénarii devraient être rendues prochainement.

Un nouvel Etxea ?

Comme rappelé dans mon billet du 4 septembre, le projet Etxea consistait en un tiers-lieu, associant salle de spectacles, coworking, accueil d’associations et de start-up, avec une ambition écologique et sociale. Comme le rappelle Sud Ouest (9.9), il était « porté par une équipe d’acteurs très implantés dans le paysage social et culturel basque ». On ne saurait mieux rappeler qu’Etxea était un projet construit d’emblée avec la mairie, même si cette dernière a finalement été forcée de faire un appel à projets, dont le résultat était connu d’avance.

Dans son communiqué, Etxea affirme ne porter aucun « jugement négatif » sur l’occupation (encore en cours le 16.9), dont les animations « semblent d’une grande qualité et correspondent en grande partie à ce que nous comptions développer ». Mais, malgré ces quelques fleurs, le nom « conseil socialiste » n’est pas mentionné, et Etxea rappelle que la gouvernance du projet « ne peut être liée, et encore moins dirigée par une organisation politique »

Dans son communiqué, Etxea affiche son ouverture aux habitants et associations du quartier « nos statuts et notre projet établissent une gouvernance ouverte à tous.tes les habitant.es et acteurs-trices du quartier, de la ville et du territoire qui veulent prendre part à l’association Etxea ».

Selon Sud Ouest, le nouveau projet pour l’Atalante serait piloté, logiquement, par l’association Etxea, même si « ça demanderait une grosse remise à jour ». Mais, dans son communiqué, Etxea va plus loin : « Dans tous les cas, au vu du nombre d’années écoulées depuis 2019, Etxea est tout à fait favorable à ce que, une fois rendues les conclusions de l’étude du COL, la mairie réalise un nouvel appel à projets, ouvert à toutes et à tous ».

Et poursuit : « Pour notre part, nous y présenterions à nouveau le même type de projet -bien évidemment réactualisé- de Kafe Antzoki citoyen, soutenable et solidaire, tiers lieu ouvert à et au service des habitants et des dynamiques populaires, culturelles et artistiques du quartier, de Bayonne et du Pays Basque. Nous continuerions à défendre le maintien de l’âme et du cachet de l’ancienne Atalante. Notre projet intégrera la possibilité de continuer à produire des logements sociaux sans artificialiser de sols ».

Dans son communiqué, Etxea joue la transparence des négociations tripartites avec la ville et le COL. Bien davantage que ses partenaires ne l’avaient fait jusque là. Mais jusqu’à quel point ? Que reste-t-il de l’ancienne équipe d Etxea ? Qui a négocié ?

Quel est le rôle du COL ? Ce n’est pas la première fois qu’il intervient entre la ville et des porteurs de projets (parfois proches des Abertzale), choisis sans appel à projet (voir Zubi Mayou), ou avec des appels très pipés (voir Etxea 2019). On est souvent dans l’opacité.

Etxea 2025 donne cette fois des assurances de transparence et d’ouverture pour l’avenir. A suivre

Et maintenant ?

Le projet de la ville pour l’îlot de l’Atalante est sorti de l’ombre dans lequel il était maintenu. Il importe de ne pas l’y laisser retomber. Les habitants du quartier sSaint-Esprit ont dans l’attente d’une réunion d’information et d’un débat public.

Parler d’un nouvel appel à projets qui porterait sur l’animation de l’ex-Atalante ,n’est-il pas un leurre ? L’enjeu est d’abord entre réhabilitation versus démolition, avec reconstruction d’une salle et création de logements. Plus transparent serait un appel à idées, ou concours d’architectes pour sa remise en état. Ne faudrait-il pas une expertise indépendante de celle du COL le futur constructeur ? Mais l’immobilier l’emporte sur le culturel dans la politique municipale.

Patrick Petitjean, 8 octobre 2025

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